Symon Welfringer réalise une première historique en Himalaya
- GrimpActu

- 23 juil.
- 4 min de lecture
Le Français Symon Welfringer réalise une première historique en Himalaya avec l'ouverture de The Leopard of Higher Ground, une nouvelle voie gravie en escalade libre sur la face ouest du Tahu Rutum, au Pakistan. Accompagné de Siebe Vanhee et Sean Villanueva, l'alpiniste signe une performance inédite entre 6 000 et 6 700 mètres d'altitude, où jamais une voie n'avait été ouverte en libre aussi haut dans l'Himalaya.

Une première historique pour l'escalade libre en Himalaya
L'histoire de l'escalade libre en Himalaya vient de connaître un nouveau chapitre. Du 15 au 29 juin 2026, Symon Welfringer, Siebe Vanhee et Sean Villanueva ont ouvert The Leopard of Higher Ground, une nouvelle voie sur la face ouest du Tahu Rutum, dans le Karakoram pakistanais.
Réalisée intégralement en escalade libre, cette ascension repousse les limites du big wall en haute altitude. Jamais une ouverture de voie en libre n'avait été réalisée à une telle altitude dans l'Himalaya, faisant de cette expédition l'une des performances majeures de l'alpinisme moderne.
Symon Welfringer et une cordée internationale
Avant même le début de l'ascension, Symon Welfringer s'interroge sur sa place au sein de cette équipe. Sean Villanueva et Siebe Vanhee grimpent ensemble depuis de nombreuses années et possèdent déjà une solide expérience commune en expédition.
Le Français explique avoir d'abord eu le sentiment de devoir trouver sa légitimité dans cette cordée déjà bien rodée. Cette impression disparaît progressivement lors de la partie mixte de la face, où son expérience d'alpiniste lui permet d'apporter toute son expertise. Symon nous raconte...
Symon Welfringer : « La face a deux parties rocheuses, séparées en son milieu par une zone en mixte. À ce moment-là, j'ai retrouvé mes repères classiques, et ça m'a rassuré dans ma légitimité, et mis en confiance dans la cordée. »

Quinze jours suspendus entre 6 000 et 6 700 mètres
Après cinq jours de trek pour rejoindre le pied de la montagne à 4 600 mètres, l'expédition connaît un premier coup dur. Un quatrième membre de l'équipe est contraint d'abandonner en raison du mal aigu des montagnes, transformant les deux cordées initialement prévues en une seule équipe de trois grimpeurs.
La progression s'effectue ensuite en style capsule, une méthode consistant à installer plusieurs camps suspendus (portaledges) tout en hissant progressivement le matériel. Pendant quinze jours, les trois alpinistes vivent littéralement accrochés à la paroi.
Une tempête de neige les immobilise durant trois jours dans leurs portaledges avant qu'une fenêtre météo favorable ne leur permette de poursuivre l'ascension jusqu'au sommet de leur ligne.
Symon Welfringer : « La météo était bonne, la ligne était dingue, le rocher pile comme on l'imaginait, dans les difficultés qu'on souhaitait. Tout est passé en escalade libre à vue, sans artif, c'était le graal. »
Une voie intégralement gravie en libre
La réussite de The Leopard of Higher Ground ne tient pas uniquement à son altitude.
L'ensemble de la voie a été parcouru à vue, sans recours à la progression artificielle.
Les passages les plus difficiles atteignent environ 7b, une cotation largement à la portée technique des trois grimpeurs. Mais en haute altitude, la difficulté ne se résume pas uniquement au niveau des mouvements.
Symon Welfringer : « Les longueurs dures étaient dans le 7b, ce qui n'est pas extrême pour nous, explique-t-il. Mais étant donné le côté aventureux de la chose, la fatigue, les risques liés aux chutes de pierres, l'outillage, la logistique, ça joue dans la façon dont tu te déplaces sur la paroi. »

Quand la logistique devient la véritable difficulté
À plus de 6 000 mètres, chaque longueur exige une importante préparation.
Transport du matériel, installation des camps, hissage des sacs, gestion de l'isolement, risques de chutes de pierres et fatigue liée à l'altitude transforment chaque progression en véritable expédition.
Selon Symon Welfringer, une seule journée d'escalade nécessitait souvent deux jours consacrés à la logistique.
Une aventure aussi marquante sur le plan humain
Au retour de l'expédition, Symon Welfringer évoque un sentiment bien différent de la simple satisfaction sportive.
L'alpiniste décrit une expérience difficile à assimiler, comme si l'intensité vécue durant ces deux semaines dépassait les émotions habituellement associées à une réussite.
Symon Welfringer : « Je suis évidemment content, mais ce qui prédomine, c'est autre chose, tente-t-il d'expliquer. Je réalise ce qu'on a fait, je m'amuse à retracer la ligne, mais ce n'est bizarrement pas une joie franche. »
Il reconnaît avoir réalisé un rêve majeur de sa carrière, tout en expliquant que ce bonheur demande encore du temps pour être pleinement intégré.
Symon Welfringer : « Je n'ai jamais rien fait d'aussi beau, j'ai coché une énorme case de mes rêves d'alpiniste. Mais ce que je ressens ne correspond pas à ce que j'imaginais. C'est comme si j'allais devoir digérer tout ça, comme si ce bonheur, je ne l'avais pas encore consommé. »
Un hommage à Kyle Dempster
Le nom de la voie, The Leopard of Higher Ground, possède une double signification.
Il fait d'abord référence au nom local du Tahu Rutum, associé au léopard des neiges, emblème des hautes montagnes du Karakoram.
Mais il rend surtout hommage à Kyle Dempster, alpiniste américain disparu en 2016. En 2013, celui-ci avait tenté une ascension en solitaire sur cette même face sans atteindre le sommet. Plus tard, il ouvrira à Salt Lake City un café baptisé Higher Ground, dont le nom inspire directement celui de cette nouvelle voie.
Les trois ascensionnistes ont également réussi à gravir en libre deux longueurs que Dempster avait franchies en escalade artificielle, un clin d'œil fort à son héritage.

✍️ : Théo de GrimpActu














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