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  • Carnet de Bord - Aventure Équipement de Laurent Perez

    Au début de toute cette aventure verticale, il y a Laurent, surnommé Lolo, un passionné qui sillonne les routes en quête de nouveaux horizons à équiper et à grimper. Avec 44 ans de vie dédiée à la grimpe, dont 40 ans consacrés à l'équipement, il est tout un parcours, des heures gravées dans le caillou, des kilos de ferraille portés comme un fardeau, et des frayeurs qui ont laissé des marques. Mais malgré ces années passées, l'esprit d'aventure et la motivation demeurent intacts. "Et malgré toutes ces années, toutes ces heures,  tous ces spots, tout  ces kilomètres, toujours motivé !!! Toujours au fond de moi ,cette envie de partir,  de voyager de rencontrer,  d'aller voir derrière la montagne,  s'il y a pas un nouveau bout de caillou a découvrir, avec de nouveaux grimpeurs à  rencontrer,  belle et de nouvelles énergies a découvrir , vous voyez ce flow qui te pousse à avancer avancer avancer ici et ailleurs !!! Cette envie de toujours aller voir plus loin rencontrer partager découvrir mais d'être aussi le premier sur ces bouts de caillou !!" Lolo, après un projet réussi en Tunisie, prend une décision audacieuse début 2023 grâce à son ami Émir B. : larguer toutes les amarres, aménager une maison sur roues, charger des kilos de ferraille, et partir sans plan défini, prêt à vivre son rêve de voyager, rencontrer, équiper, et découvrir de nouveaux spots de grimpe. Le projet le conduit en Algérie, une destination prometteuse où deux trips sont dédiés à découvrir, rencontrer les acteurs locaux, grimper, et bien sûr, équiper. " L'Algerie pour découvrir , rencontrer les acteurs locaux, grimper et aussi équiper  : Du Nord au Sud, de la côtes en deep water solo aux dômes de granit du désert de Tamanrasset : Algerie, pour nous les fanatiques du caillou tout est a re-decouvrir, à faire... Un projet dans mon projet de vie ..." Mais le rêve ne s'arrête pas là. L'année 2023 devient le point de départ d'un "Travel Bolting Climbing Trip" en Grèce avec la C.T.B.T. (Crazzy Team Bolting Trip). L'idée germe lors d'une discussion animée avec Adrien B. un équipeur , et l'association Malika Project entre en scène, offrant une opportunité idéale : du caillou, des passionnés du perfo, des grimpeurs locaux motivés, et un projet de développement pour l'escalade. "Pas vraiment de plan juste un projet :  voyager, rencontrer, équiper  , rééquiper profiter de la vie et voir derrière la montagne ce qu'il y a comme nouveau bout de caillou" Arrivé à Manika en Grèce en novembre 2023, Lolo se retrouve immergé dans cette aventure. Initialement hésitant, il se laisse emporter par l'énergie de la team. Malgré les préjugés, il réalise que Manikia est un terrain de jeu infini, en grande partie grâce aux précurseurs grecs et aux équipeurs grenoblois. Les locaux, en particulier la team Manikia Project, travaillent ardemment pour maintenir et développer ce spot d'avenir. Avec l'association, Lolo et la C.T.B.T. se lancent dans le développement de nouveaux secteurs à l'ombre, répondant au besoin de variété de niveaux en Grèce. Après deux mois intensifs de perçage, de purge, de brossage, et de bière locale, ils ajoutent des lignes entre 5c et 8c, et même quelques incontournables dans des dévers monstrueux. L'énergie partagée entre la C.T.B.T. et l'association Malika Project était à la hauteur du projet de Lolo : donner à la falaise, répondre au projet de développement, contribuer au topo et surtout, permettre aux grimpeurs du monde entier de profiter de Manikia. "Alors amis de la communauté grimpe :  venez profiter , grimper et contribuer au développement de l'escalade à Manikia!  Avec une vraie éthique de grimp'acteur ( et pas de con sot mateur!) en  respectant évidemment les locaux, le travail engagé et ce bel environnement qui attend que vous." En ce début d'année 2024, avec une dernière ligne équipée, "Malaka & Chibani", Lolo quitte ses amis grecs de Manikia, laissant derrière lui des voies prêtes à être escaladées. Cependant, la migration vers de nouveaux horizons ne se fait pas attendre. Un simple message de potes du monde entier le conduit à Leonidio, en Grèce, pour rejoindre la "Panjika Coopérative". Une nouvelle destination, de nouveaux amis, et une suite palpitante à suivre dans cette aventure verticale sans fin. Ainsi va le carnet de bord de Laurent, un grimpeur infatigable, toujours à la recherche du prochain bout de caillou à découvrir. 💬 : Laurent Perez 📷 : Louise Noël/ Thibault Marot

  • Overhang : Un voyage au cœur du verdon

    L'escalade c'est une aventure personnelle, une quête d'auto-amélioration et un défi constant face aux éléments naturels. Overhang , un documentaire réalisé par une équipe de passionnées, capture cette essence à travers le parcours inspirant de Jonathan Bargibant, un grimpeur déterminé à conquérir la voie légendaire du Verdon, « Tom et Je Ris » , cotée 8b+. Depuis plus de cinq ans, Jonathan Bargibant rêve de gravir cette voie emblématique. Ce documentaire nous plonge dans son univers, où chaque prise, chaque mouvement, chaque effort compte. Récemment devenu père, Jonathan doit désormais équilibrer sa vie familiale, professionnelle et sportive. Ce nouvel équilibre apporte une dimension supplémentaire à sa quête, illustrant les sacrifices et les compromis nécessaires pour poursuivre une passion exigeante. "C'est quand même un des rares sports où on n'est pas confronté aux autres mais plus à soi-même : la nature, le rocher a fait une voie, c'est une chorégraphie et toi tu arrives avec tes qualités, tes défauts, c'est un état d'esprit." Tom et je ris : « Tom et Je Ris » est une voie d'escalade située dans les gorges du Verdon, culminant à 60 mètres de hauteur. Perchée en altitude, elle est accessible après une marche d'approche de 1h30. Cette voie, cotée 8b+, représente un rêve d'enfant pour Jonathan Bargibant depuis qu'il en a vu les premières images. Lorsque l'on commence à travailler sur cette voie, l'objectif est de l'apprendre par cœur, de manière à éliminer tout doute et toute hésitation. « Tom et Je Ris » est une voie particulièrement exigeante : les points d'ancrage sont espacés, et très vite, on se retrouve avec 100 mètres de vide en dessous de soi, perdant de vue son assureur. "Avant de partir dans Tom et je ris, j'ai peur, mais à force de faire des voies et de grimper, j'ai appris à canaliser mes émotions. Quand on met un essai, il n'y a plus rien d'autre qui compte à part la prise suivante." L'Équipe Derrière la Caméra : Le court métrage est l'œuvre de Lucas Costes, Mathéo Bourgeois et Alban Giraudon, membres de l'équipe d'Overhang . Leur mission était de capturer non seulement les défis physiques de l'escalade, mais aussi les aspects émotionnels et mentaux de cette aventure. Leur travail a abouti à un documentaire de 13 minutes, tourné sur une période de 7 jours, dont 5 dans les spectaculaires gorges du Verdon. Les Défis du Tournage : Le tournage de Overhang n’a pas été sans obstacles. Trouver des partenaires d’escalade, accéder aux sites de tournage et réaliser des prises de vue dans des conditions extrêmes ont représenté des défis majeurs. L'utilisation de drones a permis de capturer l'immensité des lieux et de situer Jonathan dans ce vaste paysage naturel. En plus, l'équipe a dû s'adapter aux variations de la lumière naturelle, en profitant des premières et dernières heures de la journée, lorsque la lumière est la plus belle. Pour suivre Jonathan de près, l'équipe a installé des cordes statiques, leur permettant de descendre en rappel et de remonter pour capturer les moments clés de son ascension. Une caméra de cinéma a été utilisée pour garantir des images de haute qualité, malgré les conditions exigeantes du tournage en extérieur. La réalisation de Overhang s'est déroulée sur 9 mois, avec un budget modeste de 1200 euros. Le tournage a demandé des nuits blanches et un engagement total de l'équipe. Le résultat final est un témoignage de la passion et de la détermination qui animent les grimpeurs. "Peu importe que l'on grimpe dans du facile ou dans du difficile, en fait, on fait tous le même sport. Les meilleurs grimpeurs de la planète font exactement les mêmes choses que les débutants ; ce n'est pas exactement pareil, ils ne le font pas de la même façon, mais on est confronté aux mêmes situations : un combat contre soi-même." Overhang n'est pas simplement un film sur l'escalade. C'est une exploration de la passion, de la persévérance et de la recherche de l'équilibre dans la vie. Jonathan Bargibant nous montre que l'escalade est une manière de se confronter à soi-même et de trouver un sens dans un monde en perpétuel mouvement. Ce documentaire est une source d'inspiration pour tous ceux qui cherchent à suivre leurs passions malgré les défis de la vie quotidienne. https://www.youtube.com/watch?v=43mkH7bagWw 📷 : Lucas Costes 💬 : Jonathan Bargibant 🗞 : GrimpActu.

  • Odyssée dans Drøneren au Groenland : Une conquête hors du temps

    Le Groenland. Terre de glace, royaume des fjords et des montagnes vierges, où seuls les plus audacieux osent s'aventurer.   C’est là, sur cette côte déchiquetée et sauvage, qu’un groupe de quatre aventurier s’est lancé dans une expédition dantesque, à la frontière de l’impossible. Symon Welfringer, Matteo Della Bordella, Silvan Schupbach et Alex Gammeter ont passé 35 jours à affronter la mer, la montagne et des conditions climatiques extrêmes, dans une quête qui les mènerait jusqu’à une paroi encore jamais escaladé, au cœur des fjords glacés. Le défi était immense : parcourir plus de 450 km en kayak  le long de la côte Est du Groenland, pour rejoindre le fjord de Skjoldugen et tenter l’ascension d’un big wall jamais gravi, sur la montagne méconnue de Drøneren. L’aventure combinait toutes les composantes d’une épopée légendaire : tempêtes, icebergs, ours polaires, escalade extrême et une mer souvent impraticable. Symon Welfringer nous a partagé son aventure avec une intensité palpable, livrant des mots remplis d’émotions brutes et de réflexions profondes. L’Océan, Première Épreuve Le voyage a débuté sur l’eau. En autonomie totale, les quatre aventuriers ont dû pagayer jour après jour, à travers des conditions maritimes redoutables. La mer, gelée en de nombreux endroits, s'opposait à chaque avancée. "Mardi 31 juillet, côte Est du Groenland, près du Cap Moesting ou quand j'ai découvert que le vent pouvait faire s'envoler des cailloux. Cela fait maintenant une semaine que nous avons commencé notre périple en kayak, dans le but de rejoindre un Big Wall plus au sud le long de la côte. La météo et les conditions en mer ne nous ont pas épargnés. " Les passages bloqués par les icebergs et les tempêtes imprévisibles rendaient la navigation périlleuse. "Cette année, la quantité de glace en mer est la plus élevée depuis 20 ans, et de nombreux passages sont encore bloqués par les icebergs, même à cette période de l’année. Trouver un itinéraire avec nos kayaks s’est révélé bien plus compliqué que prévu. Malgré tout, nous parvenons à réaliser de belles journées de navigation, nous rapprochant petit à petit du fjord où se trouve la paroi que nous voulons gravir." Ce n’était pas qu’une question de distance. Les éléments  semblaient s’acharner contre eux. Le vent soufflait à plus de 100 km/h, rendant les bivouacs impossibles. À plusieurs reprises, les quatre compagnons ont dû se réfugier dans des grottes pour éviter d’être balayés par les tempêtes. "Arrivés avant-hier sur une petite île, nous attendons à l'abri d'une grotte le passage d’une tempête. Même si elle était prévue par la météo, nous ne nous attendions pas à une telle intensité. Nos tentes peinent à tenir en place sous des rafales dépassant les 100 km/h, accompagnées d'une pluie continue. Nous trouvons des emplacements de plus en plus abrités et espérons qu’en un jour ou deux, nous pourrons faire sécher nos affaires et reprendre nos kayaks... si Éole le permet." La Rencontre avec le Mur : Un Géant Vierge de 1200 mètres Après dix jours éprouvants , le fjord tant espéré se dévoile enfin. Le but de l'expédition est en vue. Là, devant eux, se dresse un géant de roche : une paroi de 1200 mètres , encore ingrimpé , dont ils seront les premiers à tenter l’ascension. Un big wall qui se dresse comme une invitation à l’exploit, mais aussi une promesse de défis techniques redoutables. "Après dix journées bien intenses, nous voici enfin arrivés à destination. Ces journées en kayak représentent déjà un véritable accomplissement en elles-mêmes, compte tenu des conditions que nous avons affrontées. Malgré tout, nous avons réussi à parcourir une telle distance avec nos bateaux lourdement chargés. Désormais, place au repérage des lieux et au choix de la ligne que nous souhaitons gravir. Le mur que nous visons semble vraiment long, peut-être entre 1200 et 1400 mètres. Heureusement, quelques vires se dessinent, ce qui est plutôt rassurant étant donné le matériel dont nous disposons. Nous prévoyons environ six à sept jours d'ascension, à condition que la météo reste clémente." La première tentative  d’ascension débute dans l’euphorie, mais la pluie tenace et le froid glaçant s'invitent rapidement. "Une semaine bien humide sur Skjoldungen. Cela fait déjà sept jours que nous sommes installés dans ce magnifique fjord, mais les progrès en termes d'escalade se font attendre. La météo a été capricieuse, et nous n'avons eu que deux belles journées pour grimper. Nous avons parcouru environ 500 mètres sur notre mur, où nous avons fixé une partie des longueurs pour maximiser notre efficacité lors de la prochaine ascension. La face est immense, avec sûrement plus de 1400 mètres d'escalade, mais les longueurs ne semblent pas trop extrêmes. Nous estimons que cela ne devrait pas dépasser le 7, du moins, c'est ce que nous espérons. Cependant, nous avons déjà traversé de superbes passages, alternant fissures rectilignes et dalles techniques." Une course contre la météo et la nature sauvage La semaine suivante se transforme en une série de tentatives et d'échecs. Chaque jour, les quatre alpinistes avancent un peu plus haut sur la paroi, seulement pour être repoussés par les éléments. "Ces deux derniers jours, la neige s'est invitée à des altitudes avoisinant les 800 à 1000 mètres, mettant à rude épreuve notre patience. Avec le strict minimum dans nos kayaks pour le campement, nos idées de confort s'éloignent jour après jour : sacs de couchage et vêtements mouillés, moustiques à volonté, panneaux solaires hors service. La semaine à venir pourrait nous offrir le créneau de trois à quatre jours nécessaires pour gravir ce mur vierge. Rien que cette perspective nous tient en haleine et réchauffe nos corps." Après trois tentatives infructueuses, l'espoir commence à s’effriter. Pourtant, c’est dans ces moments de doute que la nature de l'aventurier se révèle. Avec une ténacité hors du commun, le groupe se lance dans une ultime tentative , à la veille de leur date de retour prévue. Ce sera le tout ou rien. "D'abord, c'est la neige qui a recouvert notre mur et rempli les fissures de glace, puis le vent violent nous a forcés à faire demi-tour, emportant au passage plusieurs de nos cordes fixées sur la paroi. Finalement, avec une patience infinie, nous avons tenté un dernier essai avant notre date de retour imposée, et la délivrance est enfin arrivée." L'Apothéose : Un Sommet Inoubliable Le 19 août 2024 , après plusieurs jours d’ascension continue, marquée par des passages techniques exigeants allant jusqu'au 7b, l’équipe atteint enfin le sommet. Une victoire éclatante, après tant d'efforts. "Malgré le froid persistant, qui a rendu les bivouacs difficiles et peu reposants, les conditions étaient idéales pour progresser. Hier, nous avons atteint le sommet de cette face vierge de 1200 mètres, après avoir gravi 35 longueurs. Probablement la plus belle vue que nous ayons jamais contemplée : un horizon infini où l'océan et la banquise se confondent." Depuis là-haut, la vue est imprenable. L’océan, la banquise, s’étendent à perte de vue, baignant dans une lumière presque irréelle.   Mais le triomphe a un goût amer. La fatigue, l’épuisement, le froid intense rendent cette réussite d’autant plus poignante. 35 longueurs d’une intensité extrême , un froid mordant lors des bivouacs, et pourtant, la satisfaction d’avoir marqué l’histoire de ce mur vierge, gravé leur nom dans la roche de Drøneren. "Cet après-midi, nous avons terminé les rappels et nous voilà déjà en train de préparer nos kayaks pour entamer le chemin du retour. Nous allons maintenant essayer de rattraper le retard accumulé sur notre planning initial, d'autant plus que la météo semble, cette fois, être de notre côté." Un ours dans la tempête De retour au camp, un autre évènement attendait les aventuriers. Quelques jours auparavant, un ours polaire  avait été aperçu autour du campement. D’abord curieux mais distant, l’animal était revenu, cette fois plus menaçant. "Il y a deux semaines, nous avons aperçu pour la première fois un ours polaire près du camp. Il restait à distance et semblait plutôt paisible. Il y a quatre jours, alors que nous préparions nos kayaks pour le retour, il est réapparu, cette fois beaucoup plus près et bien plus agressif. Quelques coups de fusil tirés en l'air et nos cris ont suffi à le faire fuir, mais depuis, nous restons sur nos gardes. La région est réputée pour la présence des ours polaires, capables de parcourir plus de 50 km par jour. Depuis cette rencontre, chaque nuit, nous organisons des tours de garde, chacun surveillant le camp pendant 3 heures. La fatigue se fait de plus en plus sentir, mais les conditions de navigation en kayak sont favorables. Les journées sont longues, mais les paysages que nous traversons sont encore plus majestueux. La fin de notre périple approche à grands pas !" "J’aime cet état. Usé, fatigué, Aux abords de l’Arbor de Tasiilaq, 33 jours seuls face aux éléments, immergés dans l’immensité et la beauté brute des paysages groenlandais. Seule une légère brise vient nous tirer de nos pensées. Déjà mélancoliques d'une liberté éphémère. Le retour à la norme s’annonce brutal, un choc. Comment mettre des mots sur des images, comment raconter l’indicible ? Nous laissons les aurores boréales nous bercer une dernière fois. Reconnaître que le passé est envié, Que l’avenir pourrait être plus troublé. Tempêtes, ours, et péripéties façonnent notre odyssée, Pour une dernière nuit sous ce ciel étoilé." L’Adieu à la liberté sauvage Le 26 août, après 33 jours dans l’immensité du Groenland, l’expédition touche à sa fin. Le retour à la civilisation  est vécu comme une rupture brutale. Après tant de jours passés à défier les éléments, à embrasser cette nature grandiose et impitoyable, le choc du retour à la normalité est palpable. "Je me suis offert un pack de bières au Duty Free de Reykjavik. Je le savoure tranquillement dans l’avion, direction Lyon via Vienne. Relâché. Mes pensées vagabondent à mesure que les canettes se vident. La mélancolie me gagne, souvenirs d'une beauté passée, d’une quête de liberté. Je trie les images de notre voyage. Chaque photo ravive une sensation plus qu’un simple souvenir.L’inconfort autrefois pesant devient aujourd'hui une absence palpable." C’est là tout le paradoxe des grandes aventures : l’inconfort d’hier devient aujourd’hui un manque.  Le Groenland, dans toute sa dureté, sa pureté sauvage, a offert à ces hommes une expérience qui les marquera à jamais. "Donner un sens. Grimper, pagayer, bien sûr. Mais que cherche-t-on vraiment là-bas ?Pourquoi ce besoin de se démarquer, de toucher l’inconnu, de flirter avec le danger et la peur ? Se sentir vivant. Je prends une dernière gorgée. Promis, j’arrête." 📷 : Symon Welfringer 💬 : Symon Welfringer 🗞️ : GrimpActu.

  • Au cœur du Peak District : L'escalade britannique à l'état brut

    On connaît trop bien l’escalade sportive, très attrayante et qui procure une satisfaction rapide. On tire (fort) sur des prises, on clippe des spits, la démarche est simple, efficace, internationale. Mais bienvenue au Peak District. Cette région, où, une activité qu’on a l’habitude de faire - monter sur des cailloux - peut être interprétée et vécue d’une manière différente, imposant plus de lenteur et une attitude moins consumériste pour une pratique beaucoup plus radicale.  La BRCT est partie une bonne semaine en Angleterre en cette fin de septembre 2024.  Objectif : découvrir cette nouvelle facette, cette nouvelle “culture” de l’escalade, et nous n’avons pas été déçu·e·s. Le Peak district offre une quantité impressionnante d’escalade variée allant de grottes de calcaire rappelant vaguement notre trou Magritte national, aux falaises de Gritstone (ces dernières étant la raison principale de notre venue). Le Gritstone, ou « Grit » pour les intimes, est un grès compact à gros grains qui rappelle parfois par son aspect le granit. Les falaises se présentent sous la forme de longues barres rocheuses au sommet de plateaux dégagés magnifiques. Le Grit présente plusieurs particularités. La première est que les falaises sont généralement très basses, allant de 4 à 15 mètres de haut. La deuxième est que le rocher est totalement vierge. En effet, l’éthique anglaise interdit formellement l’ajout de protections fixes. L’approche est puriste, on n’équipe et on n’aménage pas le rocher. Si on veut y grimper, on ramène sa propre sacoche de courage et de détermination, on développe ses capacités physiques et surtout mentales. On part donc chargés comme des mules avec plein de matos comme pour une expédition d’alpinisme…sur ces blocs de quelques mètres de haut. Car il faut : cordes (à double), coinceurs, dégaines, sangles, crashpads, tout ça pour grimper 10 ou 15 mètres. Si les fissures évidentes, et donc souvent accessibles, sont facilement protégeables, il n’en est pas de même lorsque la difficulté des lignes augmente. Moins de prises entraîne forcément moins de protections à placer, rappelant rapidement au grimpeur que le sol n’est jamais très loin. Nous avons donc le choix entre des lignes très faciles à grimper en sécurité ou des lignes beaucoup plus dures en risquant sa vie. On a bien cherché mais on à pas trouvé d’entre-deux ! Nous sommes donc souvent restés bien en dessous de notre niveau max pour éviter de prendre trop de risques, et se familiariser à cette grimpe technique et mentale. Heureusement, le pied des falaises est souvent parsemé de beaux blocs qui permettent de forcer un petit peu entre deux voies terrifiantes. Caractéristiques d’une escalade au Peak District : Il n’y a pas de relais - on se débrouille pour installer une moulinette avec des sangles et des coinceurs. Pour déséquiper, il faut descendre en rappel ou grimper en second comme en grande voie. Souvent, les longueurs relativement dures sont travaillées en moulinette jusqu’à connaissance des mouvements et des placements des protections, et ensuite seulement essayées en tête. Il faut accepter l’engagement, et savoir qu’une chute peut avoir des conséquences. On protège parfois le début des voies avec des crashpads. Le reste de la voie - si vous avez de la chance - il y a parfois moyen de mettre 1, 3, 5, 8, …. bons ou moins bons coinceurs, mais pas toujours là où on le voudrait. Risque ou engagement ?   Le gritstone est l’essence même de l’escalade au Peak. C’est un rocher unique en son genre. Le grain ultra adhérent dessine des courbes lisses sculptées par le vent. Très peu de prises franches pour s’y sécuriser avec les doigts, tout n’est qu’un grand jeu de fissure, de compression de plats et de confiance en ses adhérences. Un type d’escalade qui ne s’apprivoise qu’en grimpant ici. Pour des grimpeur.euses de calcaire, le challenge n’est pas seulement physique mais aussi mental : qui dit rocher peu prisu dit peu (voir pas) de protections. Quand le mur est lisse, il n’y a parfois pas le choix que d’avancer loin, même très loin au-dessus du point. Au Peak District, le risque de chute dangereuse ou de retour au sol fait partie du jeu et s’intègre même dans la cotation. Cela peut paraître complètement insensé aux premiers abords. Mais en s’y intéressant de plus près, cette philosophie est passionnante. En préservant le rocher de la perfo, une face reste pure et fière face au grimpeur. Elle conserve sa prestance et sa beauté, ce qui la rend d’autant plus mythique et désirable. Le rocher y regorge son mystère d’escalade, ses failles, ses passages. Seuls les plus téméraires pourront alors s’offrir leurs secrets. Mais le risque dans tout cela ? Le risque s’apprivoise, la prise de risque s’apprend. Il requiert de la patience et de l’humilité. Une moulinette devient alors une alliée. Une ascension en moulinette, une fierté. On prend le temps de décortiquer le rocher, comprendre son sens. Pendu dans la corde, les mouvements aléatoires sont répétés encore et encore. Jusqu’à ce que l’aléatoire, le risque, ne le soit plus. Le corps a intégré la chorégraphie tellement profondément que l’esprit n’a plus besoin d’être présent. À ce moment-là, l’ascension en tête (ou en solo, la différence est parfois très fine) ne paraît plus si folle que ça. Le risque s’est métamorphosé en engagement. Le corps s’élève presque seul, l’esprit à la fois ailleurs et complètement présent. Ce n’est plus qu’une danse parfaitement exécutée, un envol, une respiration. Je pense que c’est ce qu’on appelle le flow.  La complexité des cotations Vous l’aurez compris, nous avons découvert une éthique de grimpe bien particulière en arrivant sur le Gritstone. Aucun point, aucun relais, ici on ne laisse aucune trace de notre passage sur le rocher. Mais au-delà de cette éthique, c’est aussi une approche ainsi qu’un fonctionnement de cotation et de l'enchaînement bien différent de chez nous ! Les anglais utilisent une échelle de cotation propre à eux qu’on appelle les « E grade ». Elle est aussi complexe qu’incompréhensible, même si nous commencions à en saisir quelques subtilités au fur et à mesure du séjour. Le « E grade » prend en compte l’expérience globale vécue lors de la réalisation de la voie. La cotation intègre autant la difficulté des mouvements que l'engagement et la dangerosité. Prenons l'exemple de la voie nommée Gaïa (la perf du séjour enchaînée par Maro), elle est cotée “E8 6C”. Le E8 détermine un mélange des difficultés physiques, techniques ainsi que du danger (sur une échelle qui va actuellement de E1 à E11). Dans ce cas-ci, il n’y avait qu’une seule possibilité de protection sur toute la voie, ce qui en fait en partie sa difficulté. Cette cotation est toujours suivie d’un autre chiffre (dans ce cas-ci 6C), ce niveau fait référence à la difficulté physique, et elle représente le niveau du mouvement le plus dur de la voie. Cette cotation n’a de sens que si elle est combinée au « E ». Nous avons pu remarquer au fur et à mesure des voies qu’un E3 peut être bien plus dangereux qu’un E5. Et inversement, tout dépend de la difficulté de la voie, et de bien d’autres facteurs qui sont pris en compte dans l’équation complexe du « E  grade ». Même les locaux avaient dû mal à nous expliquer la logique de ce système. C’est aussi pourquoi elle est considérée comme l’échelle de cotation la plus controversée au monde..! Météo et gastronomie Une semaine de trip dans le Peak District ne signifie pas seulement se faire peur en trad sur des voies bien trop courtes et bien trop aléatoires. C’est aussi le moment de profiter de tout ce qui nous semble bizarre et farfelu chez nos voisins d’outre-Manche. Commençons par la météo. On a beau dire qu’il fait souvent moche en Belgique, c’est bien pire en Angleterre. En 8 jours sur place, 6 ont été marqués par la pluie ou a minima le brouillard. Les deux autres par le froid et le vent. Il ne faut par contre pas se décourager pour sortir grimper. En effet, il y a toujours un rocher ou l’autre qui reste sec quelles que soient les conditions.  Le premier jour de grimpe, alors que tout semblait perdu au vu de la pluie qui ne s'était pas arrêtée de la nuit, on a décidé de tout de même aller jeter un coup d’oeil au site le plus proche du camping (conseil : ne pas aller en camping au peak district) : Raven Tor. Et là, surprise, la majorité des voies étaient sèches et nous n’étions même pas les seuls grimpeurs ! On a pu faire la rencontre de Stone, un vieux de la vieille qui grimpe dans le coin depuis plus de 50 ans et qui connaît tous les secrets du Peak District. Après une longue explication sur les orientations des faces, les températures du rocher et la direction du vent à laquelle on ne comprend pas tout, on est sûr d’une chose : on trouvera du rocher sec toute la semaine.  Les anglais l’ont bien compris, il faut composer avec la météo et ne pas faire la fine bouche avec le temps. Et pour être honnête, il ne faut pas non plus faire la fine bouche avec certaines de leurs spécialités culinaires. En vrac, la “clotted cream”, les “scones” ou les “crumpets”, les “pies”, les “palek paneer”, la “guiness” et bien d’autres que certains auront plus ou moins appréciées.. ou pas.  L’escalade en Grande Bretagne Il y a aussi des falaises calcaires qui ressemblent aux belges, équipées avec des spits et des broches. Le site le plus connu est peut être Raven Tor , avec la minuscule et extrême voie Hubble de Ben Moon, le premier 8c+ au monde. Il y a aussi différents sea cliffs, permettant parfois l’escalade de plusieurs longueurs le long des côtes, ou la maîtrise du trad est indispensable. La pratique du bloc est courante, il y a différents sites un peu partout. Un de personnages mythiques et historiques est Jerry Moffat, un des meilleurs grimpeurs des années ‘80 et ‘90, le premier à faire par exemple 7c+ à vue, 8a+ et 8c+ après travail, et aussi 8B bloc au Peak district avec “The Ace”. Gaia, par Maro Gaia, c’est la première voie (ou peut-on dire monument?) qui me vient en tête quand on mentionne le Peak District et l’escalade sur grit. Libérée en 1986 par Johnny Dawes (la légende Anglaise de l’escalade audacieuse), et cotée E8 6c, elle bénéficie quasi immédiatement d’une immense réputation. Cette tour arrondie super engagée offre très peu de protections, pour ne pas dire qu’une seule. Il ne manque pas de vidéos sur internet de personnes prenant des chutes sensationnelles en étant sauvés à 2cm du sol par leur assureur. Gaia est une ligne mythique et aujourd’hui encore, elle fait rêver de nombreux grimpeurs. Elle m'attirait particulièrement.  En partant en Angleterre, j’étais loin de me projeter dans un tel engagement et de potentielles blessures. Et pourtant. Je souhaite partager ici mon cheminement. Le plus important aura été d’embrasser mon dialogue intérieur : ces voix qu’on essaie souvent de bloquer, peuvent parfois être utiles, voire sages. Ca commence comme ça : “Wow regarde cette voie comme elle est belle! Il faut absolument que je l’essaie.” “Un enchaînement serait dingue mais est-ce que ça vaut une jambe cassée?” Avec une voie comme celle-ci, encore plus que dans l’escalade sportive ou même le trad normal, il y a de vrais risques qui se présentent. Dans Gaia, il y a un seul placement de coinceur à 6 mètres du sol, juste avant le crux physique. Ensuite, c’est parti pour 8 mètres de dalle psycho sur plats tout en équilibre. “Ouf, c’est dur, je ne sais pas si je veux vraiment essayer ça en tête. Il n’y a aucune réglette où prise franche a serrer.’’ “N’abandonne pas tout de suite, vas-y encore quelques fois en moulinette. Ah ça roule déjà mieux. Trois fois de plus et c’est rando! Peut-être après la dixième répétition? On verra.” A la fin j’arrive a avoir une sensation de légèreté, je connais les mouvements tellement bien et je grimpe sans effort. A un moment donné, pendant cette après-midi ensoleillée, je savais qu’ il ne me restait plus qu’à essayer la voie en tête. On a caché le relais improvisé derrière le bord du rocher et David a mis son casque pour m’assurer (au cas où je lui tombais dessus). Dans le début facile de la voie, jusqu’au coinceur, je réfléchissais encore. Mais dès que j’ai senti la prise du crux dans mes doigts, je suis rentré dans le flow le plus intense de ma vie. Je ne pensais à rien du tout sauf au caillou sous ma peau. Je ne me suis pas rendu compte du temps qui passait ni de la corde qui disparaissait sous mes pieds. Avant de le savoir, j'étais assis au sommet du rocher. C'était une expérience de fou que je n’oublierai jamais de ma vie et pour laquelle je veux remercier toute l'équipe. Le fait d’être là ensemble m’inspirait et me réconfortait. Ainsi les objectifs deviennent réalisables et le processus est beaucoup plus agréable. Vive la BRCT! L’escalade est une culture En résumé, l’escalade anglaise est un mélange bizarre et unique de bloc et de grande voie en trad, la plupart du temps accompagné par des moutons, du brouillard, un bon vent froid et/ou de la pluie. Il est donc absolument utile d’avoir déjà pratiqué l’escalade sur coinceurs, les frites à la mayonnaise et la météo belge avant de débarquer ici ! En plus, il faut se prêter à un processus de questionnement permanent: est-ce que je me sens prêt, est-ce que j’ai vraiment envie d’engager ? Chaque membre de notre équipe a dû renoncer plusieurs fois à des montées en tête, par peur de se faire mal ou par manque de détermination. C’est un beau jeu de pouvoir inclure tout cet aspect mental et décisionnel dans notre sport. On accepte de se dire “je n’ose pas” et “tant pis pour moi”. Au Peak, un rocher est un rocher, il n’est pas vêtu de spits. Il n’est pas modifié pour nous permettre de le grimper. C’est à nous de développer nos capacités. Gaia, ce légendaire caillou de 12 mètres en E8 6c, aurait pû n’être rien d’autre qu’une des milliers de voies spitées dans le monde, une banalité qui ne vaudrait pas le voyage. Mais sans spit, elle révèle sa beauté et son véritable intérêt : Gaia est magnifique et elle se mérite. C’est aussi ça la variété de la pratique qui fait que l’escalade n’est pas seulement un sport mais aussi toute une culture. On ne grimpe pas de la même façon au Peak, à Bleau, au Yosemite, à Kalymnos, dans les grandes Jorasses ou à Freyr, et c’est ça la richesse de la grimpe. On y vit d’autres histoires, on y ressent d’autres émotions, on s’y perd et on s’y retrouve.  📝 : Pablo Recourt 📷 : Emile Pino 🗞️ : GrimpActu.

  • Les Grips à travers l’objectif de David Pillet

    Le week-end dernier (14-15 décembre 2024), l’Axone de Montbéliard a vibré au rythme des Grips , une compétition où l’escalade s’est mêlée aux codes du spectacle. Sous les lumières éclatantes et au son des basses profondes, les plus grands noms de la discipline ont offert un ballet aérien, alliant force, grâce et précision. Au milieu de cette effervescence, l’objectif de David Pillet a saisi l’essence même de l’événement. Ses clichés capturent ces instants suspendus, où la puissance d’un geste rencontre l’émotion d’un moment. Dans chaque image, on devine l’effort, le rêve et cette magie propre aux premiers grands rendez-vous. À travers ses photos, les Grips deviennent plus qu’une simple compétition : une œuvre éphémère, sublimée par le regard d’un artiste qui sait révéler la poésie du mouvement et l’intensité des regards. Les grips une rencontre entre deux passions : escalade et photographie Pour David Pillet, les Grips étaient bien plus qu’un événement sportif. « Les Grips, c’est un condensé de tout ce que j’aime : l’escalade et la musique. » Dès que Morgane, l’organisatrice, lui a présenté ce concept, il a su qu’il voulait en être. La compétition mêlait à la perfection les dimensions sportives et artistiques : une mise en lumière des ouvreurs, une proximité rare entre les athlètes et le public, et une ambiance immersive qui laissait place à la créativité. David décrit l’atmosphère comme « fantastique » . Un public dynamique, porté par l’énergie contagieuse de Rémi au micro, vibrait au rythme des exploits des grimpeurs. Cette ferveur collective a alimenté son travail. « C’est cette énergie qui donne le ton à mes clichés » , confie-t-il. Le moment fort : la création en direct Parmi les souvenirs marquants de cette première édition, un instant se distingue pour David : le changement de bloc en finale. Les ouvreurs, véritables chefs d’orchestre de l’escalade, ont créé sous les yeux du public, transformant la compétition en un spectacle vivant. Pierre Broyer, Rémi Samyn, Gan Hirashima et Manuel Hassler, accompagnés de leur équipe, ont dévoilé l’envers du décor en ouvrant de nouveaux blocs. Pour David, ce moment d’intense collaboration représentait l’essence même de l’événement. Il l’a immortalisé avec un œil attentif, capturant non seulement la technicité mais aussi l’émotion de l’instant. Une approche instinctive et artistique David ne se contente pas de photographier : il raconte une histoire. « Je n’arrive jamais avec une idée précise. Je laisse la lumière m’embarquer, je me mets dans ma bulle, et après quelques clichés, je sais où je veux aller. » Cette approche instinctive, couplée à son expérience en tant que grimpeur, lui permet de capturer la subtilité du mouvement et la profondeur des émotions. Son travail se nourrit d’une observation minutieuse : les sourires, les moments de tension, la joie d’un top réussi ou la frustration d’un échec. « Je suis grimpeur moi-même et c’est un atout pour anticiper des mouvements ou des positions sur le mur.  » , explique-t-il, soulignant l’avantage que lui confère sa connaissance intime de la discipline. "Ce qui m’a toujours attiré dans la photographie, c’est qu’elle peut donner envie d’avoir été là où elle a été prise ou bien se rappeler du plaisir qu’on a eu à y être. C’était la première édition des Grips, je voudrais que mes clichés donnent envie au public de venir sur les prochaines éditions et que ceux qui étaient dans le public se remémorent ces moments à travers des photographies." Quand l’art transcende le sport Au-delà des performances athlétiques, les clichés de David témoignent de la beauté de l’escalade. Il joue avec la lumière et le cadrage pour créer des images qui interpellent. Pour lui, la photographie sportive peut être bien plus qu’un simple reportage : c’est un vecteur d’émotions, un moyen de revivre l’instant ou d’en rêver. Et les Grips, avec leur fusion unique de musique, de lumière et de mouvement, étaient le terrain parfait pour ce dialogue entre art et performance. "C’est mon rôle de prouver qu’il y a une place pour l’art dans l’escalade ou dans le sport en général. L’art appartient à celui qui le transmet et à celui qui accepte de le recevoir. Le sport créé des émotions comme on a pu l’entendre aux Grips avec le public et c’est ce que je cherche à retranscrire au travers de mes photographies. Et puis, il a des instants de grâce dans cette discipline, chorégraphies précises, personnelles et uniques de chaque athlète qui permettent cette transgression artistique de la photographie de sport." Une image à part : le Graal du photographe Parmi toutes les photos qu’il a prises, une en particulier restera gravée dans sa mémoire : un cliché de Naïlé lors de la finale. «  Le Graal pour moi, c’est de savoir exactement ce que je ferai d’une photo au moment où je déclenche. Et lorsque j’ai pris cette photo, je savais déjà ce qu’elle allait devenir. » Ce sentiment, rare et précieux pour un photographe, illustre l’exigence artistique de David : chaque image doit raconter une histoire et provoquer une émotion. 📸 : David Pillet 💭 : David Pillet 📝 : GrimpActu.

  • Flore Beaudelin : l'artiste qui donne du relief à la grimpe

    Si vous êtes passionné d’escalade, il y a de fortes chances que vous ayez déjà croisé l’univers visuel de Flore Beaudelin , même sans la connaître. Depuis plusieurs années, cette graphiste et illustratrice talentueuse a su imprimer sa marque dans la sphère verticale, collaborant avec des noms emblématiques comme Petzl , les Éditions Guérin , GRIMPER Magazine , ou encore Décathlon . De bandes dessinées inspirantes comme So High  avec Romain Desgranges, à des projets graphiques pour des compétitions mythiques telles que les 24h du mur , Flore ne cesse de donner vie à l’univers de l’escalade à travers son crayon. Mais l’escalade n’est pas son seul terrain de jeu. Entre ses incursions dans le surf, avec des projets aux côtés de champions comme Justine Dupont, et le livre d’illustrations en collaboration avec Aurélie Dutertre ( Blessures et traumatismes  – Éditions Glénat), Flore prouve que son art traverse les disciplines sportives. Cette année encore, elle a surpris et ravi ses fans en dévoilant un calendrier Grimpe 2025 . Une œuvre personnelle qui reflète une nouvelle dimension de son métier : celle d’une créatrice libre, jonglant entre tradition artisanale et modernité graphique. Découvrons ensemble l’univers de Flore Beaudelin, où se mêlent passion pour l’escalade, humour graphique et dépassement de soi. Une aventure artistique et professionnelle hors des sentiers battus La liberté comme moteur Depuis huit ans, Flore Beaudelin trace sa propre voie en tant que graphiste et illustratrice indépendante. ' J’ai travaillé quelque temps en entreprise. Seulement, le manque de liberté et la monotonie de fournir tous les jours le même type de travail m'exaspèrent.  Parfois, je me disais « Est -ce-que je ne serais pas plus heureuse à mon compte même si c'est précaire ? ». Et puis, il y a eu Romain Desgranges et son idée saugrenue de faire une BD sur sa vie. Quelques tests de planches plus tard, l’aventure commençait avec les éditions Guérin. C’est en essayant que j’ai pu répondre à la question : Oui je suis heureuse en indep' !' Un parcours académique atypique Son parcours en médiation culturelle puis en communication visuelle témoigne d’un cheminement réfléchi, où chaque étape a nourri sa carrière actuelle. « Finalement, le dessin m’a rattrapée avec So High, et je n’en suis plus sortie » , confie-t-elle. Une trajectoire marquée par un équilibre entre technique et sensibilité artistique, où le crayon est devenu son outil d’expression le plus naturel. Le dessin, un compagnon depuis toujours Des souvenirs d’enfance en pleine nature Le dessin fait partie intégrante de la vie de Flore depuis son enfance, qu’elle évoque avec nostalgie. "Nos vacances en famille se passaient souvent à bord de notre petit combi Volkwagen dans les pays anglo-saxons. Dès que l’on s’arrêtait je dégainais mon crayon pour dessiner chevaux, moutons et autres quadrupèdes que j'avais pu croiser lors du trajet, pendant que les parents préparaient le campement." Cet ancrage dans l’observation du vivant semble aujourd’hui encore nourrir son art, notamment dans la finesse avec laquelle elle illustre les mouvements et les paysages liés à l’escalade. Artisan plus qu’artiste Curieuse distinction : Flore préfère se définir comme une artisan plutôt qu’une artiste. « Je me trouve trop carrée pour un artiste » , explique-t-elle. Ce pragmatisme transparaît dans son approche : répondre à une demande, créer quelque chose d’utile, tout en conservant une dimension technique et maîtrisée. Une posture qui reflète l’héritage d’une éducation scientifique, mais aussi un profond respect pour le travail bien fait. La rencontre avec l’escalade Un coup de foudre inattendu C’est en 2014 que Flore découvre l’escalade, un sport qui répondait à son besoin d’évasion après son installation à Paris. " Cela faisait 1 an que j’étais arrivée à Paris. J’étais en manque de nature, d’évasion. Un jour, je tombe sur une pub en 4eme de couv' d'un magazine : un homme à la Indiana Jones mais sans chapeau, grimpant sur une falaise pour faire vendre une jolie montre suisse. Je n’ai pas acheté la montre mais je me suis retrouvée dans une salle de grimpe quelques jours plus tard avec une amie. Pour le côté nature, on repassera mais quel kiffe !"   Une communauté à croquer Pour une illustratrice, l’univers de l’escalade est une source d’inspiration infinie : des mouvements élégants, des paysages spectaculaires, mais aussi des travers et des spécificités propres à la communauté des grimpeurs. « C’est drôle à caricaturer », explique Flore, qui sait poser un regard plein d’humour sur ce milieu qu’elle affectionne tant. Des défis créatifs et des projets en évolution De la BD aux projets plus personnels Entre So High  et Blessures et traumatismes , Flore a relevé des défis variés, qu’ils soient techniques ou créatifs. Ces expériences l’ont non seulement fait grandir en tant qu’illustratrice, mais aussi donné envie de développer des projets plus personnels, comme son Calendrier Grimpe 2025 . L’envie d’un nouveau départ ? Grenoble, où elle réside actuellement, lui offre un cadre idéal pour explorer de nouvelles activités : " Je n’ai pas encore réussi à me saturer de la grimpe, par contre depuis que je suis descendue à Grenoble, je ne suis plus aussi monomaniaque. Je vais aussi courir pour m’aérer et entendre chanter les oiseaux, faire du cheval me prendre pour Trinita. J’ai envie de retourner glisser aussi sur les vagues…mais ça marche pas à Grenoble.." Mais l’escalade reste au cœur de sa vie, et les paysages mythiques comme Indian Creek ou Bleau continuent d’alimenter son imaginaire. "Indian Creek est sans doute le spot qui m’a le plus marqué. Je ne suis pas la plus vaillante en voie alors sur coinceurs…mais quels paysages, quel imaginaire et quel courage il faut déployer là-bas ! Et puis Bleau, évidemment, son environnement si particulier, les amis, les perf’, le bloc." Une vision créative pour l’avenir Flore aspire à des collaborations stimulantes et rêve d’un projet qui combinerait humour, escalade et illustration. « Un projet rigolo avec des gens drôles mais pas trop quand même » , plaisante-t-elle. Avec sa capacité à capturer l’essence d’un univers et à le transcrire avec un savant mélange de technique et de sensibilité, nul doute que son chemin continuera de surprendre.

  • L'escalade pour tous : Comment les Frères Mawem vont révolutionner l'escalade avec le "Footing Vertical"

    L'escalade est bien plus qu'un sport ; c'est un voyage intérieur, un défi personnel, et une communauté soudée. Pour les Frères Mawem, Mickaël et Bassa, l'escalade est également une passion qui a forgé leur vie. Leur récente initiative, le Footing Vertical, incarne leur vision d'un sport accessible à tous, indépendamment des capacités physiques. Cette innovation promet de transformer le paysage de l'escalade et de rendre ce sport exaltant accessible à ceux qui en étaient auparavant exclus. Voici l'histoire inspirante derrière cette initiative et comment elle pourrait redéfinir le paysage de l'escalade. Une vision inclusive de l'escalade : L'idée du Footing Vertical a émergé d'un désir profond de partager les bienfaits de l'escalade au-delà des frontières habituelles du sport. Les Frères Mawem ont vu à quel point l'escalade pouvait être transformatrice, tant sur le plan physique que mental. Leur objectif est simple mais ambitieux : permettre à chaque individu, peu importe ses limites physiques, de vivre l'expérience enrichissante de l'escalade. « L'escalade nous a apporté tant de choses — non seulement sur le plan physique, mais aussi mental et humain. C’est un sport qui vous pousse à aller au-delà de vos limites, à faire preuve de persévérance et de confiance en soi. Nous avons voulu transmettre ces valeurs à un public plus large, notamment à ceux qui, en raison de diverses limitations physiques ou motrices, n'ont pas accès à cette discipline » explique Mickaël. Cette vision les a conduits à collaborer avec Sébastien Kuehn, un ingénieur passionné d'escalade. Ensemble, ils ont conçu le Footing Vertical, une machine révolutionnaire permettant aux personnes en situation de handicap de grimper de manière autonome tout en préservant l'essence même du sport. «Cette rencontre a été vraiment très importante pour développer ce projet. Aujourd’hui, nous ne sommes pas juste des associés, nous sommes des amis. Faire quelque chose que personne n’a jamais essayé de faire, même les plus grandes marques de matériel d’escalade, est un vrai défi. Mais nos compétences réunies, avec beaucoup de motivation, ont permis de surmonter les obstacles. » Le footing vertical : une révolution technologique Le Footing Vertical se distingue par ses innovations techniques majeures. Au cœur du système se trouve un enrouleur automatique motorisé qui compense le poids du grimpeur. Ce dispositif permet de réduire le facteur physique de l'escalade sans altérer la sensation de grimper. Il ajuste le soutien en fonction du poids du grimpeur et suit ses mouvements tout au long de l'ascension, offrant une expérience fluide et immersive. « C’est un système mécatronique développé pour l’équilibrage de charges. Il apprend la quantité de poids à enlever à une personne et suit tous ses mouvements jusqu’en haut de la voie. L’assistance physique n’enlève pas les besoins en coordination ni le grand frisson de s’élever verticalement. » Le Harnais C.H.A.S. est une autre pièce maîtresse de cette innovation. Conçu spécifiquement pour les personnes en situation de handicap, ce harnais assure une position optimale et un soutien complet. Il protège les parties sensibles du corps, comme les cervicales et le bassin, tout en facilitant l'enfilage sans nécessiter de mouvements compliqués. Pour garantir la sécurité, le Contrôleur B.A.S.S. joue un rôle crucial. Ce dispositif connecté empêche les grimpeurs de commencer leur ascension sans être correctement attachés. Il déclenche des alertes en cas de sécurité non respectée et surveille l'usure des équipements, assurant ainsi une maintenance préventive. Un impact sur la communauté : L'impact du Footing Vertical ne se limite pas seulement à l'amélioration de la pratique de l'escalade. Il vise également à changer les perceptions du sport et à promouvoir l'inclusion. En rendant l'escalade accessible à un plus large public, les Frères Mawem espèrent que d’autres disciplines sportives suivront leur exemple. "Nous savons déjà que l'escalade plaît énormément. Cependant, le premier obstacle pour beaucoup reste le physique. Tout le monde ne cherche pas à se dépasser physiquement. Certaines personnes souhaitent simplement trouver un endroit où elles se sentent bien, un lieu respectueux où elles peuvent développer leur confiance en elles-mêmes et en autrui. L'escalade offre cet environnement unique, propice à l'épanouissement personnel." La participation de Camille, une jeune gymnaste devenue tétraplégique, a été essentielle dans le développement du Footing Vertical. Grâce à ce système, Camille a retrouvé non seulement la possibilité de grimper mais aussi l’espoir de participer aux Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028. Son parcours illustre le potentiel transformateur du Footing Vertical et l'impact profond de ces innovations sur les individus. Vers une évolution globale de l'escalade : Le Footing Vertical sera présenté aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, marquant un tournant dans l'histoire de l'escalade. Cette présentation offre une visibilité internationale au projet et souligne l'importance croissante de l'inclusivité dans le sport. Les Frères Mawem voient leur initiative non seulement comme une opportunité de démontrer leurs innovations mais aussi comme une chance d’inspirer d’autres à adopter des solutions inclusives. « Lorsque nous avons eu cette idée fin 2021, début 2022, nous avons immédiatement pensé à Paris 2024. C'était notre dernière compétition et l'occasion idéale pour mettre en avant le Footing Vertical. C’est une grande chance de présenter nos systèmes pendant les Jeux Paralympiques, car l’escalade paralympique fera son entrée aux Jeux de Los Angeles 2028.» Leur ambition est de voir le Footing Vertical dans toutes les salles d'escalade, privées ou publiques, et d'élargir l'accès à ce sport à un public plus vaste. Au-delà de l'escalade, ils envisagent également d'adapter leur technologie à d'autres environnements, y compris les milieux médicaux et professionnels. "Aujourd'hui, l'escalade est l'un des premiers sports émergents, de plus en plus pratiqué. Les gens en tombent réellement amoureux. Dans les prochaines années, il y aura de plus en plus de salles d'escalade et de pratiquants, et cela deviendra l'un des rares sports véritablement accessibles à tous. Nous avons la chance de pratiquer un sport avec des valeurs exceptionnelles, à la fois physiquement très complet et excellent pour la mobilité. Il est donc naturel que l'escalade continue d'évoluer dans cette direction." Pour découvrir davantage sur le Footing Vertical et voir le projet en action, une vidéo exclusive est disponible sur YouTube : 💬 Mickaël Mawem - www.mbs-industry.com 📷 Les Frères Mawem 🗞 GrimpActu.

  • Seb Bouin et Alain Robert : récit d’un solo urbain historique

    Dans un moment inédit pour l’escalade urbaine, Seb Bouin , l’un des meilleurs grimpeurs de la scène internationale, a réalisé son tout premier free solo aux côtés d’ Alain Robert , surnommé le "Spiderman français". Ensemble, ils ont gravi la tour Total à La Défense, sans corde ni équipement de sécurité, dans une ascension à mains nues qui symbolise une rencontre entre deux générations de l'escalade. Habitué aux voies extrêmes en falaise, Seb Bouin a choisi de sortir de sa zone de confort pour suivre les pas d’une légende vivante de l’escalade urbaine, offrant ainsi un spectacle de courage et d’audace. Pour Alain Robert, cette ascension était une idée de Seb.  " Il y a environ six mois, il m’a contacté. Évidemment, je connaissais Seb. Il fait partie des trois personnes au monde qui ont fait du 9C en cordée. Alors, après qu'il m'ait proposé l'idée, je lui ai dit : Ok, on va trouver quelque chose qui ne soit pas trop compliqué. J’ai donc choisi la Tour Total. Je savais que même s’il n’avait jamais grimpé en solo, ni sur un building, avec son niveau en escalade, a priori, il n'y avait pas de raison que cela se passe mal." La veille de leur tentative, Seb Bouin, désireux de se familiariser avec la tour, a gravi quelques mètres avec un ami, mais cette préparation lui a laissé des doutes. "L a veille de l’ascension, il est allé essayer un peu la Tour, vite fait. Moi, j’étais cassé, donc il est parti avec mon pote Claude à La Défense, vers 22h ou 23h. Il a fait quelques mètres à la montée et à la descente, puis finalement, il n'a pas dormi de la nuit. Il a commencé à se demander : Pourquoi je fais ça ? Il est très bien dans son monde, dans l’escalade en falaise, c’est vraiment ce qui l’éclate. Alors il a dû se poser la question : Pourquoi je fais ça ?" Le lendemain matin, alors qu'ils se rapprochaient de la tour, l'atmosphère était empreinte d'excitation mêlée d'appréhension. "Seb m’a dit qu’il n’hésiterait pas à redescendre s’il ne sentait pas à l’approche du premier toit, qui est situé à environ 8-9 mètres du sol. Mais je sentais qu’il avait vraiment envie de le faire, donc c’était cool. Moi, j’étais sûr à 100% qu'il serait à l’aise, et ça a été le cas." Pendant l’ascension, Alain Robert a partagé ses impressions : " Pour moi, c’était une escalade tranquille, donc on pouvait discuter. Mais parfois, lui n’avait pas envie de parler, car il réalisait que le vide sous ses jambes se creusait, et qu’en solo, soit tu vas au sommet et tu restes en vie, soit tu tombes." L'expérience de Seb Bouin a rapidement pris le dessus, et Alain Robert était confiant : " Je ne lui ai pas donné beaucoup de conseils, car il a rapidement trouvé sa technique. Le seul truc que je lui ai dit, c’était : Écoute Seb, il y a un dièdre qui est très ouvert, tu peux t’y reposer. Au début, il a grimpé sur les vitres à droite, puis il s'est installé dans le dièdre, ce qui l’a aidé." Une vie dédiée au solo : Pour Alain Robert, l'escalade en solo est plus qu'un sport, c'est une passion qui a façonné sa vie. "Ma carrière s'est construite malgré une invalidité de 66%, principalement aux mains et aux doigts. C’est comme demander à un sculpteur de sculpter avec des outils cassés. On m’avait dit que je ne pourrais plus jamais grimper, mais neuf ans plus tard, je faisais les premiers 8b en solo de l’histoire de l’escalade. Des voies comme La Nuit du Lézard , extrêmement mythiques. J’en ai discuté avec Alex Honnold , même lui trouvait ça complètement fou. Il estime que j'ai amené le solo en territoire inconnu. Je ne grimpe pas avec une marge de sécurité, je fais des voies très aléatoires, avec des adhérences, des jetés, des pieds lisses, etc. Pol pot a été l'apogée de tout ça. Même après avoir travaillé cette voie 50 fois, tu as une chance sur deux d'arriver en haut vivant. C’est important pour moi que les gens ne me connaissent pas uniquement pour les buildings. J'ai réalisé plus de 15 voies en solo dans le 8ème degré. À l’époque, les médias ne s’intéressaient pas à ces performances. Avec du recul, je me rends compte que ce n’était pas très raisonnable, mais j'avais la foi en moi et en mon escalade." La profondeur de son engagement est palpable : " Grimper en solo, c’est ma vie. C’est un chemin de vie. Pour moi, l’escalade, c’est un mode de vie, une façon de penser, de fixer des objectifs les uns après les autres. J’en parlais avec Seb, je lui disais que le jour où je ne pourrai plus grimper en solo, j’arrêterai de penser, car je ne conçois pas l’escalade autrement. J’ai encore l'objectif de grimper en solo jusqu’à 70 ans, donc j’ai quelques années devant moi." Sa détermination est alimentée par une philosophie de vie, où la peur est perçue comme un obstacle à surmonter plutôt qu'une barrière. "C'est là l'essence de mes valeurs. Je veux transmettre des valeurs de courage, de bravoure, de surmonter les obstacles. Les peurs ne sont pas uniquement celles entre la vie et la mort. Il y a ceux qui ont peur de passer un examen, d’autres qui flippent pour leur permis de conduire. L’important, c'est de montrer aux gens que la peur peut se gérer, et de se poser cette question : "Qu’est-ce que je veux faire dans ma vie ?" Des épreuves qui forgent le caractère : L'ascension de la tour Total a également été marquée par un moment critique pour Alain Robert. À environ 150 mètres du sol, il a rencontré des difficultés techniques dues à une glissade. "Durant cette ascension, il y a eu un moment très particulier. J’ai eu une grosse galère à peu près aux trois quarts. Je me reposais avec les pieds en écart, mais je n’avais pas fait attention à la boue sur une barre horizontale. Quand j’ai voulu redémarrer, mes pieds ont glissé sur les cadres en aluminium. Ça a duré deux ou trois minutes, je glissais à chaque tentative. J’ai compris qu’il y avait un problème avec mon chausson droit. J’ai essayé de le nettoyer, mais à 150 mètres du sol, ce n’est pas l’endroit idéal pour ça. Je n’ai jamais réussi à bien le nettoyer, donc j’ai dû faire les 30-40 mètres restants vraiment au taquet. À chaque vitre, je me disais : Ok, c’est bien, tu te rapproches du sommet. C’était super chaud." Seb lui était déjà en haut et il l'encourageait : " Il avait compris que quelque chose n’allait pas. Il avait vu qu’on discutait pendant toute l’ascension, mais à un moment donné, je n’ai plus parlé. Il a compris que j'étais dans une situation délicate. Moi, j’étais en mode survie. J’ai regardé en bas une fois, et je me suis dit que ce ne serait pas joli de s'écraser là. Mais j’ai réussi à rester concentré, et à grimper comme il fallait pour rester en vie. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mon gamin de 10 ans à Bali qui m'attend pour fêter son anniversaire, pour ma femme, et pour tous les gens qui m’aiment. À travers cette expérience, Alain Robert souhaite inspirer les autres à surmonter leurs propres peurs et réaliser leur projets. "Je vois beaucoup de gens qui ne réalisent pas leur rêve, parfois parce qu’ils n’ont même pas pensé à en avoir un. Ils se retrouvent pris dans un système qui ne leur convient pas. Moi, je ne suis pas là pour critiquer la société, mais juste pour partager et inspirer. Quand je reçois des messages de personnes qui me disent : Alain, tu m'inspires tellement, j’ai combattu un cancer grâce à toi, c’est la récompense ultime de ma vie." Rencontrer Seb Bouin a été un moment fort pour Alain Robert : " C'est un mec en or, motivé, avec une mentalité que j’admire. Il ouvre des voies, il essaie de faire des trucs plus durs, et il a déjà des idées de voies qui pourraient être du 9c+" À 70 ans, Alain Robert a l'intention de continuer à grimper, avec la même passion qui l’a toujours animé. Son histoire est celle d'un homme qui a défié les limites et qui, malgré les obstacles, continue d'inspirer une nouvelle génération de grimpeurs. Seb Bouin , après cette ascension audacieuse, partage avec nous ses réflexions et émotions, dévoilant les coulisses d'une aventure à la fois risquée et enrichissante. Lorsqu'on lui demande ce qui l’a motivé à sortir de sa zone de confort et à tenter son premier free solo urbain, Seb Bouin répond avec sincérité : "La première des motivations c'était la rencontre avec Alain. Je n'avais vraiment aucun objectif à grimper cette tour. Je voulais rencontrer le personnage dans son élément, et éventuellement faire une tour avec lui. Je lui ai dit depuis le début que si je ne le sentais pas, je le laisserai la faire tout seul." Habitué des falaises naturelles, s'est aussi laissé tenter par l'aspect mental du défi : "Le challenge mental m'a attiré. Je voulais voir ce que j'avais un peu dans les tripes, et voir comment j'étais capable de gérer mes émotions." Une ascension très différente de la falaise Grimper une structure en pleine ville est une toute autre expérience pour Seb, qui a été confronté à de nouvelles questions : "Je me questionnais beaucoup. La structure urbaine, est-ce que les perspectives vont m'impressionner ? Est-ce que je vais réagir différemment ? Est-ce que c'est solide ? À vrai dire, j'ai eu pas mal d'appréhensions pour pas grand-chose. Cette tour était solide, et au final, les perspectives n’étaient pas si impressionnantes lorsqu’on grimpe. Bien sûr, c'était différent, car le métal n'a pas la même texture que le rocher, il faut protéger la peau des doigts. Mais, j'ai réussi à m’adapter rapidement." Pour Seb Bouin, les plus grandes difficultés ont été avant l'ascension : "Les plus grandes difficultés mentales ont été avant l’ascension. J’ai pas mal appréhendé la veille et le matin (sur la qualité de la structure, et sur les perspectives). Le départ était un peu tendu, mais passé 30 mètres, j'ai commencé à me détendre. J'ai compris que j'avais la marge physique et que mon cerveau arrivait à occulter la peur et les émotions négatives." Bien qu'il ait envisagé de faire demi-tour si nécessaire, Seb Bouin s’est senti plus à l’aise après les premiers mètres : "Je me suis dit que si je ne le sentais pas après 10 mètres, je ferais demi-tour." Cette expérience a profondément marqué Bouin, notamment sur le plan émotionnel : "Cette collaboration et ce solo m’ont permis d'apprendre à gérer mes émotions les plus profondes. De les connaître et de les contrôler. Un solo comme celui-ci permet aussi de relativiser sur la vie et ses problèmes, et de se centrer sur l'essentiel pour nous." "C'était vraiment cette rencontre qui m'intéressait. Ce personnage est si atypique. C'était un super moment. Nous avons bien discuté pendant et après l'ascension. Nous venons tous les deux de la falaise, et il était très intéressant d’échanger nos idées. Je le remercie de m’avoir emmené là-haut." Quant à l'avenir du free solo urbain pour Bouin, la porte n'est pas totalement fermée : "Pourquoi pas. À voir avec le temps. Mais ce qui est sûr, c'est que pour le moment, ce sera du facile." Des critiques émergeantes : Cependant, cette ascension n’a pas été sans susciter des critiques. Certains observateurs s’interrogent sur les motivations qui ont poussé Seb Bouin à s’engager dans le solo urbain, un domaine qu’il avait jusqu’alors soigneusement évité. Ils pointent du doigt le choix de la Tour Total Énergies comme étant particulièrement symbolique, voire problématique. Pour certains, cette ascension soulève des questions éthiques et écologiques. La tour de Total, étant l’un des plus grands pollueurs de France, a suscité des interrogations sur l’image que cette performance renvoie. Ils estiment que Bouin, en s’associant à Alain Robert, a choisi une scène qui, bien que spectaculaire, fait indirectement la promotion d’une entreprise accusée de crimes climatiques. La critique s'étend également à l’aspect marketing de l'ascension. Beaucoup voient cette opération comme une tentative désespérée de gagner en visibilité à travers un exploit médiatisé, plutôt que comme un geste authentique d’engagement envers l’escalade ou l’environnement. Dans un contexte où la marchandisation du sport semble croissante, cette performance est perçue comme une dilution des valeurs originelles de l’escalade, celles de la camaraderie, du respect de la nature et de la recherche du défi personnel en dehors des lumières du spectacle. En somme, au lieu de célébrer l’exploit, certains grimpeurs et passionnés d’escalade se sont sentis trahis. Ils appellent à une réflexion plus profonde sur les choix que l’on fait dans le cadre de nos pratiques sportives, notamment en ce qui concerne les symboles que nous véhiculons et les entreprises que nous choisissons de mettre en avant. Ce débat sur la responsabilité sociale et environnementale dans le monde de l’escalade ne fait que commencer et devrait continuer à alimenter les discussions. 🗨️ : Alain Robert et Seb Bouin ✏️ : GrimpActu. 📸 : @janvirtphotography www.janvirt.com

  • Grimpe Rose : Quand l’escalade soutient Octobre Rose et la lutte contre le cancer du sein

    L'escalade, un sport d'endurance et de résilience, devient un vecteur de soutien et de solidarité à l'occasion de Grimpe Rose , un challenge organisé dans le cadre d'Octobre Rose, dédié à la lutte contre le cancer du sein. Ce challenge, né en 2023, revient cette année pour une deuxième édition encore plus marquante, permettant aux grimpeurs de tout âge de se mobiliser pour une cause noble tout en se confrontant aux parois du gymnase d'escalade d'Espace Vertical à Saint-Martin-d'Hères. Une initiative inspirée par la passion et l'engagement : L’idée de Grimpe Rose  est née de la rencontre entre Émilie Langard, qui préparait son DEJEPS d’escalade, et l’association Des Sommets Pour Rebondir . Loin d’être une simple épreuve sportive, ce challenge se veut une célébration de la vie, du dépassement de soi, et une manière de sensibiliser un public toujours plus large à la lutte contre le cancer du sein. Émilie, physicienne clinique, connaissait déjà bien cette cause et a trouvé, avec l'association, une opportunité de marier son amour de la grimpe avec un engagement profond pour aider les femmes à reconstruire leur vie après la maladie. Dès la première édition en octobre 2023, le succès fut au rendez-vous : salle pleine, ambiance chaleureuse et fonds récoltés permettant à huit femmes de vivre une aventure en haute montagne à Chamonix, loin des salles de soins et des diagnostics lourds. Suite à cette réussite, il semblait naturel de réitérer l’expérience. L’escalade comme symbole de résilience : Pourquoi l’escalade pour représenter la lutte contre le cancer du sein ? Ce sport incarne parfaitement la résilience, la force et la persévérance, des qualités que partagent ceux qui font face à cette maladie. L’escalade exige de se confronter à ses peurs, d’apprendre à faire confiance à son corps, et de surmonter des obstacles, tout comme le parcours d’une personne atteinte de cancer. L’association Des Sommets Pour Rebondir  a d’ailleurs déjà proposé des séances d’escalade adaptées aux femmes en rémission grâce à Perrine Merle, spécialisée dans les sports post-cancer. Pour les participantes, renouer avec une activité physique est un pas essentiel vers la reconstruction physique et mentale. L’escalade, avec son mélange unique de concentration, de force et d’équilibre, permet de retrouver un lien avec son corps après des mois, voire des années, de traitements éprouvants. Des bienfaits physiques et psychologiques indéniables : Les sorties en montagne, organisées chaque mois par Des Sommets Pour Rebondir , offrent un véritable bol d'air frais et d'énergie aux femmes touchées par le cancer. Que ce soit à travers la randonnée, le ski de fond, le VTT ou l’escalade, ces activités permettent à chacune de se reconnecter à elle-même et de redécouvrir son potentiel. Ces moments partagés dans la nature sont empreints de solidarité et de bienveillance. La dynamique de groupe joue un rôle fondamental : dans cet environnement, chaque progrès est salué, chaque difficulté est surmontée ensemble. Cette communauté soudée permet aux participantes de retrouver une confiance en elles souvent mise à mal par la maladie. Comme le témoigne une des membres : « La montagne ne guérit pas à elle seule, mais elle contribue largement à notre mieux-être. » Un challenge accessible et solidaire : Le contest Grimpe Rose  est conçu pour être accessible à toutes et à tous, à partir de 12 ans. Les participants s’affronteront en binôme sur les murs d’Espace Vertical, avec pour objectif de remporter un maximum de points en grimpant des voies en moulinette, accessibles jusqu’au niveau 6a. Encadrés par des professionnels de l’escalade, cet événement se déroule dans une ambiance conviviale et familiale. Avec un droit d’inscription fixé à 8 euros par personne, tous les fonds récoltés seront directement reversés à l’association Des Sommets Pour Rebondir . Ce geste symbolique permet non seulement de financer des projets comme les week-ends en montagne pour les participantes, mais aussi de soutenir leur processus de guérison, aussi bien physique que mental. L’association « Des Sommets Pour Rebondir » : Créée il y a dix ans par Véronique Mady, une passionnée de montagne touchée par le cancer, Des Sommets Pour Rebondir  est aujourd'hui présidée par Carine Seveycou. L’association a pour mission de redonner de l’énergie et de la confiance aux femmes confrontées à la maladie à travers des sorties régulières en montagne, organisées avec l’aide des Guides de Grenoble. De la randonnée au canyoning en passant par des ascensions plus techniques, les sorties sont adaptées à l’état de santé de chacune, sans aucune pression de performance. Ce qui différencie Des Sommets Pour Rebondir  d’autres associations, c’est la manière dont elle favorise l’esprit de groupe et l'entraide. Ces valeurs sont au cœur de l’expérience vécue lors des sorties en montagne, où l'humour et la complicité entre les participantes créent des liens solides. Un témoignage marquant évoque la force de ce collectif : « En 2020, après un an de sorties en montagne, j'ai gravi la pyramide Vincent à 4215m avec sept autres femmes et deux guides. Moins d’un an après mes dernières séances de radiothérapie, ce projet m’a permis de me dépasser. Ces émotions et ce lien que nous avons partagé resteront gravés à jamais. » Un rendez-vous à ne pas manquer : La deuxième édition de Grimpe Rose , qui aura lieu le samedi 12 octobre à partir de 19h, promet d’être un événement inoubliable. Que vous soyez grimpeur chevronné ou simple amateur, ce challenge est une occasion unique de mêler plaisir et solidarité. Chaque geste compte, et ensemble, nous pouvons faire une différence pour toutes ces femmes qui luttent chaque jour contre la maladie.

  • Didier Berthod : son come-back incroyable à l'escalade

    En 2020, Didier Berthod, prodige de l'escalade mondialement connu pour ses ascensions audacieuses, a fait un retour inattendu et triomphal dans le monde de la grimpe après avoir passé plus d'une décennie au sein d'une communauté religieuse. Son parcours est une véritable odyssée, marquée par une quête de sens et une exploration profonde de la foi, de l'intellect et de l'humanité. À travers ses expériences, Didier a redéfini sa relation avec l'escalade et avec lui-même, démontrant que les passions les plus ancrées peuvent renaître même après des détours spirituels et intellectuels. Cet article retrace le cheminement extraordinaire de Didier Berthod, de ses premières prises en tant que grimpeur élite à sa renaissance comme philosophe et grimpeur, jusqu'à ses récentes réalisations sur les parois les plus emblématiques du monde. Didier a commencé l'escalade à l'âge de 13 ans lors d'un camp d'alpinisme près de Chamonix. Rapidement, cette activité est devenue une partie intégrante de son existence, nourrie par les exploits de grimpeurs emblématiques comme Ben Moon, Alex Huber, et Yuji Hirayama. Sa passion pour l'escalade s'est transformée en ambition de devenir professionnel, une décision qui allait façonner sa vie. La percée avec Greenspit : L'une des premières réalisations marquantes de Didier fut l’ascension de Greenspit en 2003. Cette ascension s'inscrit dans sa découverte et son amour pour l’escalade de fissure, une discipline à la fois exigeante et authentique. "Pour parler de Greenspit il me faut tout d’abord évoquer mon rapport à l’escalade de fissure. Comme l’immense majorité des européens qui débutaient l’escalade à cette époque, j’avais commencé par clipper des spits, faire du bloc et grimper en salle quand il pleuvait. Les fissures, connaissais pas. Ou du moins, uniquement à travers quelques photos du Yosemite, ou certaines histoires concernant les longues voies à Chamonix. Mais je dois dire cependant que j’éprouvais une certaine attirance pour ces fissures. C’était beau, pur, éthiquement très exigeant. Certes la légende voulait que ça faisait mal, que c’était impossible sans une technique quasi-ésotérique réservé à un petit peuple d’élu nord-américain, et que c’était flippant à mort car les spits y’en avaient pas, et qu’ainsi pour revenir le soir autour du feu sain et sauf il fallait placer friends, nuts et compagnie, autant de pièces bizarres qui coûtent chers et dont personne ne sait vraiment si ça tient ou pas… bref, grosse légende à faire pâlir Tolkien. Mais ça m’intéressait quand même, et ça m’attirait. Et à cette époque Alex Huber venait de grimper en libre Salathe Wall sur El Capitan au Yosemite, et les photos de la fissure du Head Wall me faisaient rêver. Du coup je m’y suis mis, petit à petit. D’abord à Chamonix, notamment au Petit Clocher du Portalet, puis par-ci par-là autour de chez moi (car quand on aime, on cherche, et quand on cherche, bien souvent on trouve). Puis finalement, à 21 ans, j’ai fait mon premier séjour au Yosemite. Une sorte de révélation, même si je me suis fait rouster bien comme il faut, que ce soit en big wall (j’avais essayé Salathe en libre), ou sur des fissures d’une seule longueur en mode falaise. Mais c’était un déclic, et le virus, je l’ai choppé. L’année suivante je découvrais une sorte de petit Yosemite en Italie, grâce à un reportage dans un magazine français. C’était la Vallée de l’Orco. J’y suis allé principalement pour faire la fameuse fissure dite du désespoir (une sorte de grosse offwidth-cheminée diagonale – Fessura della Disperazione en italien). Mais dès mon premier jour dans cette vallée magnifique, j’avais repéré un toit fissuré qui paraissait majeur. J’y suis allé, et de suite ça a été le coup de foudre. Une ligne extraordinaire, une fissure qui traverse horizontalement un gros mur déversant. La fissure était équipée de spits jusqu’au milieu. A cette époque j’étais très remonté face à l’idée de spiter des fissures, et je me suis permis de tout enlever. Pour la petite histoire, ce jour même l’équipeur est venu au pied du toit. Il avait vu que des grimpeurs essayaient la fissure, et était tout content que sa voie trouvait de l’intérêt. Ce n’était pas à proprement parler sa voie. C’était l’italien Roberto Perucca, le prodige de cette région dans les années 80, malheureusement décédé bien trop jeune dans un accident, qui l’avait ouverte. En sa mémoire le toit avait était rééquipée par Gian Mario, un jeune locale. Lorsqu’il a vu que les spits avaient été enlevé, il est parti en larmes. Il était persuadé que j’avais détruit la voie, et par conséquent détruit le mémorial. Mon italien était trop mauvais pour bien lui expliquer la situation, et même si mon italien aurait été meilleur, son cerveau n’aurait de toute façon pas réussi à mettre ensemble les deux concepts de « plus de spits » et « possible quand même de grimper ». C’était assez chaud. Pour ma part j’essayais tant bien que mal de lui dire que je n’avais pas enlevé les spits pour rendre impossible l’ascension, mais que je l’avais fait pour rendre l’ascension encore plus intéressante. Et, surtout, j’avais mis un relais à la sortie du toit, accomplissant en un sens l’effort de Perucca. Je crois que c’est cela, combiné avec mes essais dans la voie avec les friends, qui lui a permis de voir le concept. Et depuis c’est devenu un très bon ami, je pense même qu’il est encore plus fier de son mémorial ainsi. C’est d’ailleurs lui qui m’a assuré lors de ma réussite. Celle-ci est arrivée durant l’automne. Mon projet initial était de repartir aux États-Unis, mais je n’avais pas d’argent. Alors je me suis dit que la vallée de l’Orco serait mon Yosemite pour cette année. Et j’y suis allé souvent, et j’ai réussi la fissure, que j’ai nommée Greenspit. Là j’avais fait l’ascension avec les protections en place, ce qui se nomme dans le jargon américain « pinkpoint ». C’était plus simple ainsi dans le deux sens du terme. D’une part cela évite de devoir enlever les protections à chaque essai, et d’autre part ça évite de devoir mettre les protections pendant l’ascension. J’ai côté la voie 5.14, ce qui faisait appel au système américain de cotation et qui évoquait automatiquement que Greenspit se situait dans la catégorie des fissures américaines. Aussi 5.14 ne se trouve jamais comme tel dans un topo. Ces chiffres sont toujours précisés par une lettre, qui va de « a » à « d », comme d’ailleurs dans le système français (qui va lui de « a » à « c »). 5.14 regroupe les cotations qui vont de 8b+ à 9a. Or je ne voulais pas mettre de lettre car je voyais bien que la voie pouvait être du 9a pour un grimpeur qui ne savait pas coincer, ou « que » du 8b+ pour quelqu’un qui savait. Je trouvais marrant de titiller les européens sur cette question. Aujourd’hui le consensus est de coter la voie 8b, ce qui m’avait d’ailleurs semblé le cas lorsque, quelques années plus tard, j’avais regrimpé Greenspit en plaçant les protections (redpoint). Finalement, je dois également mentionner mon ami grimpeur et photographe Fred Moix, qui était là lors de l’enchaînement, et qui a pris les fameuses photos qui ont fait le tour de monde. C’est d’ailleurs grâce à lui que je me suis retrouvé dans les magazines, moi qui avait toujours été jusque-là en-dessous des radars médiatiques." Didier a réalisé plusieurs ascensions notables qui ont marqué sa carrière. Parmi elles, la fissure « From Switzerland With Love » à Indian Creek en 2004, et la première longueur de « l’Histoire sans fin » au Petit Clocher du Portalet. Il a également libéré une voie d’artif en Norvège sur la paroi du Blamann et gravi « Learning to Fly » à Indian Creek. L’Impact du Film "First Ascent" : La participation de Didier au film "First Ascent" a joué un rôle crucial dans sa reconnaissance internationale. À une époque où les réseaux sociaux et YouTube n'existaient pas encore, ce film est devenu une référence incontournable dans le milieu de l’escalade. Didier se souvient : "Le film First Ascent m’a projeté sur la scène internationale comme aucun autre média papier ne l’avait fait. Ceci s’explique par le contexte de l’époque, où les médias sociaux n’existaient pas, et Youtube non plus. Ainsi si un grimpeur voulait voir un film d’escalade, il n’avait pas d’autre choix que d’acheter une VHS ou un DVD, ou d’aller à un festival de film de montagne. Or First Ascent s’est trouvé être une grosse production américaine (c’est, pour le faire court, l’ancêtre des Reel Rock), qui s’est vu primé dans quasiment tous les festivals de films. Mais je crois que ce film a également permis aux grimpeurs de voir le côté humain et quelque peu charismatique de ma personne. Un aspect qui n’est que difficilement partageable sur du média papier. Et les gens, je crois ont aimé. Mais ce film se termine également sur mon arrêt de l’escalade et mon entrée dans un monastère. Ma carrière s’arrêtait là, et ce film n’a donc en rien modifié ou influencé ma carrière. En y réfléchissant cela a dû être la source de beaucoup de frustration de la part de nombreuses personnes, car dans le même mouvement par lequel il me découvrait, je les quittais. Un peu comme si un produit qui venait de figurer sur un publicité était aussitôt retiré du marché.." Une blessure déterminante : En 2006, Didier a subi une blessure au genou, une ancienne déchirure des ligaments croisés qui a refait surface. Cette blessure a eu un impact profond sur sa carrière et sa vie personnelle. "Ce fut une expérience assez libérante. En effet, en février 2006 j’apprenais que j’allais devenir papa. Un choc immense pour la personne relativement jeune que j’étais alors, et aussi pas mal perdu en dehors du monde de l’escalade. J’ai eu l’impression que ma vie s’effondrait, que j’allais devoir arrêter l’escalade et que « tout était foutu ». Après avoir exploré plusieurs options professionnelles afin d’assumer cette future paternité, je me suis dit que je pouvais peut-être envisager de gagner de l’argent avec l’escalade. J’étais bien sponsorisé, mais je ne recevais que de l’aide matériel. Je ne me sentais pas à la hauteur de demander plus, et aussi je ne voulais guère entrer dans le monde professionnel. Mais là, au vue des circonstances, je me suis dit que je pouvais, au moins, essayer de franchir le pas. L’année précédente j’avais été à deux doigts de réussir une fissure au Canada, la désormais fameuse Cobra Crack. Mes tentatives avaient été filmées et il ne manquait plus que l’enchaînement pour boucler le film. Réussir la Cobra m’aurait sans problème permis d’accéder à du sponsorship professionnel, et même si ce n’était pas mon plan ni même mon état d’esprit, je me suis dit que ça pouvait être une solution pour vivre l’escalade en mode famille. Je m’étais alors beaucoup entraîné pour cet objectif, mais j’étais très fatigué psychologiquement car le couple n’allait pas bien et moi- même j’étais vraiment profondément déstabilisé. Lorsque mon genou m’a clairement fait comprendre qu’il fallait que j’opère, ça m’a libéré de toute cette pression que j’avais. Il était clair qu’il fallait maintenant prendre soin de moi, faire une pause, revenir en Suisse (j’étais alors entre le Canada, les Etats-Unis et l’Australie) et me faire opérer." Un parcours marqué par la spiritualité : Après sa blessure au genou, Didier Berthod a entamé une transition profonde vers la vie religieuse. Bien qu'il ait été chrétien depuis son enfance, cette période de sa vie a été marquée par un retour intensifié à la foi. "J’étais chrétien depuis mon enfance. Par culture et tradition, mais aussi par intérêt personnel. Les questions philosophiques relatives au sens de l’existence me passionnaient déjà. Je n’étais pas forcément un chrétien très pratiquant ni même très dogmatique, mais j’essayais tout de même de suivre ce qui se nomme « l’enseignement de l’Église ». Le pape était alors Jean-Paul II, et les sujets du préservatif et de la sexualité en général étaient l’un de ses grands cheval de bataille. Pour ma part je n’avais jamais eu de petite amie alors ces questions ne me touchaient que d’assez loin. Mais en 2005 je suis tombé amoureux d’une grimpeuse canadienne et les débuts de ma vie sexuelle ont été marqué par la honte et la culpabilité. Et ces sentiments ont d’ailleurs explosé lorsque j’apprenais que j’allais devenir papa. Ma réaction spirituelle et religieuse a été de me durcir encore plus par rapport à ces sujets, et j’ai voulu tout de suite me marier. Mais aussi, au vue de ma détresse existentielle, je me suis tourné vers Dieu et vers l’Église comme jamais auparavant. Je découvrais que la figure de Jésus était principalement celle d’un Sauveur, et non pas celle d’un philosophe, d’un sage ou d’un prédicateur charismatique. Or ça tombait bien, car j’avais justement besoin d’aide. Ou besoin d’être sauvé. Je me suis tourné alors vers lui à fond, mais alors vraiment à fond. J’ai prié, j’ai jeûné, j’ai pratiqué les sacrements de l’Église. Le soir même où mon genou a lâché, j’ai vécu comme une expérience mystique. J’ai cru un moment devenir chamane, ou vivre une sorte d’expérience chamanique. Ce n’est pas facile à décrire, mais en gros c’était comme si je comprenais le monde d’une manière plus profonde et plus vraie, transperçant le monde imprécis et trompeur des apparences. J’ai tout de suite aussi eu l’impression de vivre une expérience divine et spécifiquement chrétienne. Le lendemain je téléphonais à un prêtre auprès de qui je m’étais ouvert au sujet de mes difficultés. Il m’a tout de suite confirmé dans mon interprétation chrétienne de cet événement, et cela a donné le coup de départ à l’interprétation spécifiquement chrétienne de ma vie : tout faisait sens pour que je me pense comme un élu du Christ, un humain choisi pour vivre une vie particulière à la suite de Jésus Christ. Depuis ce jour j’ai assumé d’être un élu, et j’allais franchir toutes les étapes pour concrétiser cet appel divin. J’ai coupé petit-à-petit tous les liens qui me liaient à la société et « au monde » comme l’on dit dans le langage chrétien, à commencer par ma petite amie enceinte. Mais j’ai aussi coupé tous les liens que j’avais avec ma famille, mes amis, et aussi avec moi-même. Je précise aussi que dans l’univers biblique et catholique, tout quitter pour suivre Jésus est tout-à-fait légitime du moment que la personne en question est appelée par Dieu pour le faire. Et même quitter femme et enfants. D’ailleurs le saint patron de la Suisse, saint Nicolas de Flüe, avait quitté sa femme et ses dix enfants pour vivre en ermite. Certes les chrétiens savent que ce n’est pas ordinaire, mais c’est tout-à-fait légitime dans leur vision du monde." Rejoindre la communauté Eucharistein : Séduit par le charisme et l'intelligence du fondateur de la communauté Eucharistein, Didier n'a pas hésité à s'engager corps et âme dans cette nouvelle voie. "Le prêtre auprès de qui je m’étais ouvert était le fondateur de la communauté Eucharistein. Un homme extraordinairement charismatique, pour ne pas dire gouroutique. Il m’avait séduit dès la première rencontre. Un homme très intelligent, capable de parler pendant des heures sur tous les sujets possibles et imaginables. Il avait des réponses pertinentes et pleines de sens sur les sujets philosophiques qui m’intéressaient énormément. Il n’a pas fallu grand-chose depuis mon expérience mystique pour rejoindre sa communauté et m’y engager corps et âme. La prêtrise est venue dans un deuxième temps. La communauté étant catholique, elle se devait de posséder un certain nombre de prêtre afin de célébrer les sacrements. En effet tout le système religieux catholique tourne autour de la figure du prêtre. Dans notre communauté nous ne choisissions rien par nous-même. Il s’agissait toujours de choix qui venait de nos supérieurs, et ce pour tous les domaines de notre vie. Un jour la communauté m’a annoncé qu’elle m’avait sélectionné pour devenir prêtre. Mon sentiment était mitigé entre d’une part quitter la vie cachée et coupée du monde que j’appréciais énormément, et d’autre part avoir la possibilité d’imiter encore plus le Christ. Mais de toute façon mon sentiment n’avait aucune importance dans mon style de vie. J’ai donc débuté des études de philosophie et de théologie dans une université suisse, et suis devenu prêtre en 2018." La transition vers la philosophie et le retour à l'escalade : En 2020, Didier Berthod a pris une décision cruciale : quitter la communauté religieuse et reprendre l'escalade. Ce choix a été largement motivé par son immersion dans les études universitaires. "Les études universitaires m’ont ouvert à la réflexion intellectuel. Avant cette étape, j’avais toujours snobé la pensée ou la réflexion philosophique, ayant toujours été, en un sens, un pur existentialiste (un existentialiste snobe la réflexion au profit de l’expérience humaine brut, sans filtre idéologique). J’avais par exemple horreur des livres, considérant ces derniers comme un obstacle à l’expérience relationnelle (que cette dernière soit avec soi-même, les autres, la nature ou encore le domaine du divin). A l’âge de 25 ans, je n’avais dû lire en tout et pour tout qu’une vingtaine de livre. Lors de mon entrée dans la communauté, je découvrais un intérêt pour la lecture de la Bible ainsi que pour la vie de certaines figures charismatiques, mais je snobais toujours la réflexion, qu’elle ait été théologique ou philosophique. Jésus n’avait rien écrit, et il n’avait pas passé ses nuits à étudier. Il avait été inspiré par Dieu, grâce à ses heures de prières et à sa radicalité. Je voulais faire de même. Mais lors de mes études, j’ai découvert la richesse de la pensée, de la réflexion, de l’étude. Et j’y suis allé à fond. J’ai étudié et lu comme peu de mes collègues de classe. J’avais trente ans lorsque je débutais mes études universitaires, et en l’espace de cinq ans j’ai comme rattrapé tout le retard que j’avais accumulé ayant quitté l’école très tôt et n’ayant jamais mis un nez dans un livre. Je suis devenu théologien, un peu historien et pas mal philosophe. Et cela m’a naturellement amené à questionner la véracité historique de la Bible, sa pertinence plus de deux milles ans après les faits qu’elle rapporte. J’en suis arrivé à découvrir que Jésus était bien plus humain que ce que je pensais, moi qui l’avait toujours considéré comme une divinité qui partageait certes ce que la philosophie nommait « la nature humaine », mais qui ne partageait pas l’expérience humaine. Jésus par exemple ne tombait pas amoureux, n’avait pas peur, n’avait pas la foi. Il était Dieu, et donc très différent de moi qui ne l’était pas. Découvrant un Jésus humain, qui partage non seulement la même nature que moi mais également la même expérience que moi (une expérience marquée par le doute, la peur, l’incertitude, etc.), j’ai senti la nécessité de reconnecter avec mon histoire, mon passé. De redevenir humain. Ceci m’a placé en porte à faux massive d’avec ma communauté et j’ai donc dû la quitter. Mon christianisme n’était tout simplement plus le même, et j’ai choisi de partir. J’ai rejoint la ville de Toulon pour des raisons internes à l’église catholique, et là j’ai exercé le métier de prêtre pendant une année. Et c’est là que j’ai repris l’escalade, dans ce mouvement d’unification de ma vie, pour ne pas dire de réhumanisation. Je reprenais l’escalade de la même manière que je reprenais contact avec ma famille et mes amis. C’est également à ce moment-là que j’ai voulu rencontrer ma fille, ainsi que revoir mon ancienne compagne." Avec détermination, il s'est entraîné intensivement et a rapidement retrouvé un bon niveau, atteignant des performances impressionnantes en peu de temps. "Je me rappelle avoir eu très mal aux doigts et aux pieds ! bon, il faut dire que mon premier jour dehors s’est passé au Cimaï, où les prises sont bien tranchantes ! J’ai fait un 6b+ et quelques 6c. C’était très laborieux. Les sensations n’étaient absolument pas là. Mais c’était cool quand même. Être dehors, grimper, passer un bon moment avec un copain. Sinon j’ai grimpé en salle à Toulon, et c’était sympa. C’était à la fois reprendre une activité que je connaissais déjà, et en même temps faire quelque chose de complètement nouveau. J’ai assez rapidement décidé de m’entraîner afin de revisiter la fin de ma carrière, et l’entraînement a fait que j’ai progressé somme toute assez vite. En juin 2020, soit 8 mois après la reprise, je refaisais du 8a. Atteindre le 8b m’a pris une année de plus, et de même pour le 8c. Je m’attendais que ce soit un peu plus rapide, mais je découvrais que mes tendons avaient besoin de temps pour redevenir forts. A ce propos ma grande crainte était de me blesser et c’est malheureusement arrivé en 2022, une grosse tendinite au coude qui a nécessité une pause de deux mois." Réalisations récentes et défis majeurs : Ascension de The Crack of Destiny L'une des réalisations marquantes de Didier est l'ascension de The Crack of Destiny (8c) à Squamish en 2023. Cette fissure, située au sommet du Chief, est une voie spectaculaire et techniquement exigeante. "Crack of Destiny est une fissure extraordinaire tout au somment du Chief à Squamish (Le Chief c’est un peu l’El Capitan canadien). Tu la grimpes comme une dernière longueur du Verdon, en tappant un rappel depuis le haut. T’as 500 mètres de gaz, et c’est juste magique. La voie fait 30 mètres, dans un dévers à 25 degrés. La fissure est homogène tout le long, d’une taille juste suffisante pour y coincer les doigts. Je suis arrivé à Squamish en mars 2022 et il était clair que j’avais Cobra Crack en tête. Je me disais que ce serait cool de retenter l’aventure et d’essayer de terminer ce projet. Mais je voulais également revisiter mon rapport à Squamish. Je ne connaissais que la Cobra, et j’avais l’impression de ne connaître qu’un tout petit bout de rocher par rapport à ce que Squamish peut offrir. J’ai donc passé du temps à repérer des lignes, à me balader, à jumeler et à feuilleter les topos. Dans un topo j’ai vu une photo dans laquelle on voyait ce qui allait devenir Crack of Destiny. La fissure était parfaite, mais puisque visiblement personne ne l’avait grimpé j’ai pensé qu’elle devait être trop petite pour coincer les doigts. En fissure, c’est souvent très difficile d’estimer la véritable taille lorsque tu regardes une photo ou que tu jumelle de loin. Pour en avoir le cœur net il faut quasiment toujours aller jeter un coup d’œil de près, et c’est ce que j’ai fait. Ma grande surprise était de découvrir à quel point la fissure était déversante, ce qui ne se voyait pas en photo. La taille de la fissure était bonne, une fissure à doigt parfaite, sauf le dernier mètre. Ce fut de suite le coup de foudre, et je me suis mis à la travailler. J’ai appris par la suite que certains grimpeurs canadien l’avaient déjà essayé dans le passé, mais ils l’avaient jugée impossible car à la fin la fissure se bouche avant de rejoindre un dièdre. Pour ma part j’ai trouvé une méthode qui consiste à faire une sorte de karaté kick et permet de rejoindre le dièdre là où la fissure reste suffisamment grande pour les doigts. Durant l’été 2022 j’y suis monté une trentaine de fois, j’étais à deux doigts de la réussir mais ça ne l’a pas fait. Il faut dire que durant cet été je galérais avec ma tendinite au coude et je n’arrivais pas à grimper à fond. Dès le début de la saison 2023 j’y suis retourné, et l’enchaînement est arrivé assez vite. D’abord en pinkpoint, puis en red quelques jours plus tard. C’était magique. Ça m’a beaucoup apporté, notamment dans le fait de me confirmer dans ce que je pourrais appeler mon audace. En effet dès mon retour à l’escalade j’avais en tête de retrouver le haut niveau et de revisiter ma carrière. Beaucoup n’y croyais pas, et personnellement j’ai eu des hauts et des bas aussi. Listez tous les obstacles pour retrouver le haut-niveau, je cochais presque chaque case. Mais j’avais ce désir au fond de moi, une démarche qui faisait sens et qui m’habitait. Etre confirmé dans mon intuition m’a également aidé dans mon travail de confiance en moi-même, moi qui avait arrêté de me faire confiance durant mes années de vie monastique (où l’on était entraîné à faire confiance à Dieu ou à l’Église, mais jamais à soi-même)." Retour à Cobra Crack : Parmi les projets chers à Didier, Cobra Crack occupe une place spéciale. Ayant tenté cette voie près de 20 ans plus tôt, il a ressenti un profond désir de revenir et de finir ce qu'il avait commencé. "Je dirais que j’étais porté par deux sources de motivation pour retourner à Cobra Crack. La première était le désir d’achever ce projet. Certes la première ascension m’avait échappée, mais la voie restait toujours à gravir, que ce soit pour la deuxième, la troisième ou peu importe la place. Et mon rapport à la Cobra était un rapport marqué par l’échec. Non pas que ce soit à ce point déterminant pour mon existence (ce n’est pas parce que je vis l’échec que je suis un échec), mais tout de même j’avais le sentiment d’un inachevé. Et ce d’autant plus que j’avais repris le niveau nécessaire pour la faire. La deuxième source de motivation était simplement l’escalade en elle-même. Cobra, avant d’être une des plus difficile fissure du monde, c’est d’abord une des plus belle. Et c’était ça qui m’avait amené à l’essayer en 2005. Je voulais donc la grimper comme n’importe quel grimpeur qui veut grimper une ligne particulière. Il y a de l’attirance, et c’est souvent inexplicable. Je suis retourné dans Cobra dès après mon enchaînement de Destiny, l’année passée. J’étais vraiment en forme et les mouvements dans Cobra filaient facile. Par contre je me sentais vraiment sous pression. Chaque fois que je partais pour essayer la Cobra, je me sentais stressé dès le matin au café. C’était dure à gérer, surtout parce que j’avais l’impression de n’avoir aucune prise pour gérer ce stress. Mais ça ne m’empêchait pas de taper des essais et dès le deuxième jour dans la voie je tombais tout en haut. Lors de mon troisième jour je me suis pris un râteau tout en haut, après le rétablissement, au niveau où tu places la protection après le runout. Je pense que j’ai pris dix bons mètres, et je me suis fracassé sur la dalle en bas. Je n’étais jamais tombé si haut, et j’avais toujours jugé la chute dans Cobra comme impressionnante mais pas dangereuse. Durant cette chute j’ai aussi pivoté sur moi-même, ce qui fait que je n’ai pas pu amortir le choc avec mes pieds. J’ai tapé de dos, et j’ai mis la main pour amortir la chute. Et la main n’a pas trop aimé car à l’hôpital, deux heures après, la radio montrait un radius en trois morceaux… C’était bizarre. C’était comme si le sort s’acharnait. Une sorte de malédiction autour de cette fissure. Mais j’ai pris la vie du bon côté, en choisissant volontairement de ne pas partir dans des interprétations mystiques de cet événement. Des chutes, ça arrive, et surtout quand on est stressé et sous pression. On n’arrive moins à s’écouter et à écouter les autres ainsi que les petits signes de la vie. J’ai eu cet accident en juillet de l’année passée, et en janvier de cette année j’étais de retour en forme. Je suis retourné dans la Cobra mi-avril, grâce à un printemps étonnamment sec à Squamish. Mon but principal était de trouver un moyen de placer une protection supplémentaire afin d’éviter de risquer à nouveau une chute dangereuse. Contre toute attente, la meilleure option s’est avéré être le fameux mono inversé. Ajouter une protection dans le head wall c’était comme ajouter un mouvement, mais pour moi c’était ça ou rien. Physiquement, faire les mouvements isolés a toujours été assez facile pour moi. Mais c’est au niveau de l’endurance que ça bloquait (ça a toujours été mon point faible). Je tombais toujours un peu essoufflé, comme si j’avais besoin d’un repos au milieu de la voie. Le head wall de Cobra c’est 14 mouvements difficiles à la suite, sans pieds et sans repos. Pour travailler ça j’ai créé un circuit sur mon spraywall qui imitait l’effort de Cobra. Et ça m’a beaucoup aidé. Aussi ce qui est difficile avec Cobra ce sont les gobies, à savoir la peau qui s’arrache à cause des coincements. Lorsque tu te fais un gobie, il faut laisser en tout cas une bonne semaine voire 10 jours pour guérir. Et durant tout ce temps tu ne peux pas retaper des essais car sinon le gobie, au lieu de guérir, s’aggrave encore plus. Cette année je me suis fait trois beaux gobies lors de mon deuxième jours, c’était embêtant ! Sinon psychologiquement ce n’était pas facile de choisir de retourner dans Cobra. J’ai ici à Squamish plein de projet et j’étais très tenté de laisser tomber Cobra pour m’amuser sur les projets. Un nouveau projet c’est excitant, c’est fun. Cobra, c’est vieux, j’y suis monté déjà plein de fois. C’était presque plus une corvée qu’autre chose. C’était aussi difficile parce que j’avais peur de m’enfermer dans un projet sans fin. De devoir aller à Cobra durant toute une saison, et passer ainsi à côté d’autres aventures. Je ne voulais pas me retrouver bloqué dans un monde fermé. Et aussi j’avais plein de raisons qui venaient dans mon esprit pour me dire d’arrêter là, que l’histoire était suffisamment belle ainsi, que ça ne changerait pas grand- chose de réussir ou non… Aussi la pression était toujours là, mais cette année j’ai réussi à mettre le doigt sur sa source. Il se trouvait en effet que je me disais inconsciemment, chaque fois que je montais essayer Cobra, que cette fois ça sera la bonne. Que ce jour sera le jour J. Ainsi j’ai pu travailler dessus, en me forçant à penser et à croire qu’aujourd’hui ce ne sera pas le jour J. Que ce ne sera pas la bonne. Qu’aujourd’hui ce ne sera qu’un jour de plus à essayer la Cobra, à se faire des gobies aux doigts, à passer du temps avec les copains. Et le premier jour où j’ai pu faire ce travail psychologique, ça a passé !" La réussite, la magie, la délivrance : "Réussir Cobra était également magique, mais différent de Destiny. Là c’était plus profond, une sorte d’accomplissement. J’ai aussi eu en tête la final du film « un jour sans fin », où le protagoniste passe enfin à un autre jour. Et il le passe à la fois parce qu’il a travaillé sur lui, mais aussi un peu comme un cadeau. Les raisons profondes lui échappent. C’est juste que c’était mûr, que le moment était arrivé, que là, ça sonnait juste. J’ai vraiment le sentiment que les causes profondes de ma réussite m’échappent. Pourquoi que maintenant et pas en 2005 ? Franchement, ce n’est pas une question de forme. Peut-être mon rapport à l’escalade, aux autres, à moi-même ? Quoi qu’il en soit pour moi c’est sûr que cette ascension est symboliquement et psychologiquement énorme. Je me sens aussi tellement privilégié car une telle expérience ne se vit que très rarement dans une vie. En y réfléchissant je vois aussi que j’ai fait Cobra non seulement pour moi-même mais également pour la communauté des grimpeurs. Depuis le film First Ascent, il y avait comme un sentiment répandu d’inachevé dans mon histoire. Une petite tristesse de voir ce jeune grimpeur tout plaquer pour « supprimer » sa vie dans un monastère et dire merde au monde en disant oui à Dieu. Lorsque j’ai annoncé ma réussite sur instagram, il y a eu comme une vague de joie qui a été complètement folle. C’était comme si la communauté des grimpeurs attendait inconsciemment cela. C’était fou." Réflexion et avenir Leçons tirées du parcours atypique La vie de Didier Berthod, marquée par des transitions radicales entre l'escalade de haut niveau et la vie religieuse, lui a apporté une meilleure compréhension de lui-même. "Disons que la plus grande leçon que je tire de tout cela est une meilleure connaissance de moi-même. J’ai toujours eu beaucoup de mal à me connaître et à me situer par rapport aux autres, et mon passé me montre que la raison de cela est certainement dû à un câblage particulier de mon cerveau. Je suis extrêmement polyvalent et doué, capable de performer en escalade mais également sur des bancs d’université. Je découvre aussi que j’ai une grande capacité à sortir des sentiers battus afin d’ouvrir des voies nouvelles, que ce soit en escalade ou ailleurs. Si une activité me passionne, je vais la vivre en profondeur et bien souvent la faire évoluer. Mes années dans la religion m’ont également beaucoup apporté pour comprendre le monde d’aujourd’hui, très marqué par le fondamentalisme religieux de toute sorte. Mais ça, c’est un autre sujet.." Objectifs futurs et contributions à la communauté Didier continue de viser des projets ambitieux en escalade, principalement des fissures à travers le monde. Toutefois, ses priorités incluent aussi la reconstruction de ses relations familiales, notamment avec sa fille et sa compagne. Il envisage également de partager son histoire à travers un film ou un livre, inspirant ainsi d'autres grimpeurs et explorateurs de vie. "Mes principaux projets sont des fissures, ça n’étonnera personne. J’ai des projets un peu partout dans le monde, que ce soit ici à Squamish, au Yosemite, en Utah, ou en Europe. J’aimerais bien continuer à pousser le niveau dans ce domaine, et à continuer à dénicher des perles. Par rapport à la communauté, disons que pour l’instant mon plus gros projet est devant ma porte. Ma compagne et ma fille sont mes priorité, elles que j’ai laissé tomber lorsque je suis rentré au monastère. Tout est à construire, et en partant bien plus bas que zéro. Sinon y’aura sans un film qui sortira autour de Cobra, et je m’imagine bien prendre la parole ici ou là pour le présenter. De nombreuses personnes me poussent aussi à écrire un livre pour partager mon histoire, peut-être que je vais m’y mettre un jour." Un dernier message ? "Disons que je bien placé pour encourager la communauté à aller au bout de ses rêves ! Même si ce n’est pas un message absolument universel, bien souvent la clé de la réalisation de ses rêves se trouve en soi-même. Notre destinée ici-bas me semble bien plus façonnée par nos choix, nos désirs, nos engagements que par les dieux (ou le sort, ou la fatalité). Après, d’un point de vue plus humain, je suis aussi assez bien placé pour encourager chaque personne à croire qu’il est possible de trouver sa voie. Non pas sa voie d’escalade, mais son chemin dans la vie. Trouver une certaine joie de vivre a été pour moi très difficile, et je crois que ce n’est facile pour personne. L’escalade apporte beaucoup, mais bien souvent cela ne suffit pas. Si la joie de vivre n’est pas backupé sur du plus profond que l’escalade, cette joie peut devenir malheureusement bien fragile. Je n’ai pas réponse toute faite sur les moyens de trouver sens à sa vie, mais je sais que chacun possède en lui-même les ressources nécessaire pour le trouver." 💬 : Didier Berthod 📷 : Pim Shaitosa @rach4thesky @fredmoix 🗞 : GrimpActu.

  • Mattéo Soulé : Un nouveau souffle dans les gorges du Tarn

    Certains projets se démarquent par leur complexité et leur capacité à repousser les limites physiques et mentales des grimpeurs. Pour Matteo Soulé, "Chouffe qui plâtre" dans les Gorges du Tarn représente bien plus qu'une simple voie. Elle a été un combat contre ses propres faiblesses, et une quête de dépassement de soi. Retour sur une ascension qui en dit long sur la détermination et la passion de ce jeune grimeur. Un projet atypique et séduisant : Ce qui a d’abord attiré Matteo dans ce projet, c’est son caractère atypique. La voie "Chouffe qui plâtre" combine deux sections très exigeantes : une traversée de 8B+ intitulée "Chouffe qui peut" et le 8C "Trois pattes dans le plâtre". Pour Matteo, cette configuration unique représentait à la fois une faiblesse et une opportunité. "Ce qui m'a attiré dans ce projet, c'est son profil atypique, qui est aussi mon point faible. C'était un bon moyen de m'entraîner dans ce style, donc un bon challenge." Une combinaison redoutable La complexité de "Chouffe qui plâtre" réside dans l’enchaînement des deux sections. "Donc, la voie commence par le départ du 8B+ 'Chouffe qui peut', une longue traversée dans le plafond, suspendu sur des trous. À la fin de la traversée, au lieu de faire le crux du 8B+, tu continues de traverser jusqu'à rejoindre le 8C 'Trois pattes dans le plâtre'. Il faut donc réussir presque tout le 8B+ sans trop forcer pour arriver au crux de la voie, sur des trous plats, avant de faire tout le crux de 'Trois pattes dans le plâtre'." Ce mélange de longues traversées sur des trous et de mouvements puissants demande une endurance physique exceptionnelle et une capacité à gérer ses forces de manière millimétrée. Les premières tentatives ont été particulièrement éprouvantes pour Matteo. Mais au lieu de se décourager, chaque essai lui a permis de progresser un peu plus. Cette progression lente mais constante a été une source de motivation. "Les principales difficultés que j'ai eues sont tout d'abord le manque de physique et de volume dans ce style. Au début, j'arrivais à la fin du 8B+ totalement épuisé, donc il était difficile de se sentir bien, mais le point positif, c'est qu'à chaque essai, je progressais un petit peu. C'était vraiment motivant à l'idée d'y retourner, car je savais que ce n'était qu'une question de temps." Quelques doutes concernant la cotation ? L’histoire de Matteo avec "Chouffe qui plâtre" ne commence pas cette année. "J'étais allé voir la voie l'année dernière et je me demandais si elle était possible car je ne faisais pas les mouvements, donc à première vue, je trouvais ça vraiment extrême. J'en ai tenu compte pour la cotation." Pour Matteo, la cotation de 9a est en adéquation avec le reste des voies du secteur, bien qu’il admette que le doute subsiste quant à son exactitude. Surmonter les déceptions La fin de l’année a été marquée par une déception pour Matteo lors de la Coupe d'Europe Jeune à Dornbirn, où il a terminé à la 10ème place. Ce résultat l’a privé d’une sélection pour le championnat du monde en Chine, une expérience qui l’a profondément marqué. "Ça a été assez frustrant, car c'était la seule compétition permettant de se sélectionner pour le championnat du monde en Chine. J'ai vraiment été déçu par cette compétition, car j'ai eu la sensation de ne pas avoir été au meilleur de ma forme et de ne pas avoir donné tout ce que je pouvais. À mon retour chez moi, j'ai traversé une période de démotivation et de perte d'envie. J'ai donc passé mon été en falaise, me coupant un peu de la résine, pour revenir à fond à la rentrée." Un retour à l’essentiel Matteo n’a pas suivi de préparation spécifique pour cette voie, voyant en ce projet un moyen de retrouver le goût de la performance. "Mais j'ai pris conscience qu'il fallait que je garde en tête que je faisais cela d'abord parce que j'aimais ce sport, et qu'il était important de toujours conserver cette passion en soi." Cette approche lui a permis de se rappeler pourquoi il aime tant l’escalade, au-delà des compétitions et des classements. Si la performance physique est cruciale, Matteo reconnaît que l’aspect mental est tout aussi déterminant, voire plus intrigant. Trouver un équilibre mental reste un objectif majeur qu’il souhaite relever, car il est convaincu que c’est la clé pour libérer tout son potentiel. Des sacrifices et des ambitions L’ascension vers le sommet implique de nombreux sacrifices. Pour Matteo, jongler entre l’escalade et les études n’est pas toujours facile. "Ces deux dernières années, j'avais des entraînements le lundi, mardi, mercredi, jeudi et les week-ends après-midi, surtout. Les mardis et jeudis matins, je faisais de la préparation physique axée sur différents protocoles en fonction des périodes de l'année, tels que la rési, la force, ou autres. En général, je n'avais pas beaucoup d'entraînements spécifiquement axés sur mes projets en falaise, mais je vais essayer de mettre cela en place pour mon prochain projet." "Il est vrai que cela peut sembler paradisiaque de penser qu'on a moins de cours pour faire plus d'escalade, mais c'est aussi beaucoup de choix, de doutes, et pour moi, cela entraîne également des tensions avec mon entourage et des doutes envers moi-même." Ces sacrifices ne sont pas vains. Ses prochains objectifs sont clairs : décrocher une médaille au championnat d'Europe et à la Coupe d'Europe à la fin du mois de septembre. "Mes prochains objectifs sont d'aller chercher une médaille au championnat d'Europe et à la Coupe d'Europe fin septembre. J'ai fait beaucoup de volume et travaillé des voies dures dans mon niveau supra-maximal pour me mettre en forme et motivé. Mon projet pour cette année est 'Black Wolf' à la Verrière, près de chez moi, car j'y suis récemment retourné et j'ai bien progressé. C'est la voie la plus difficile que j'ai jamais essayée, et j'ai vraiment envie de m'y investir cette année."

  • Des JO de Paris à son enchaînement de "Change" : Alex Megos nous raconte

    Cet article est disponible en français et en anglais / This article is available in French and English. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 marquaient un tournant pour beaucoup d'athlètes, mais pour le grimpeur allemand Alexander Megos, cet événement représentait à la fois un défi et une leçon de résilience. À la suite de son incroyable performance sur "Change", un 9b+ emblématique, il se confie sur ses expériences, ses émotions, et ce que ces deux événements signifient pour lui. Une préparation olympique avec une fin amère : Lorsque l'on évoque les JO de Paris avec Alex Megos, son état d'esprit initial apparaît comme plutôt positif : "Mon état d'esprit en arrivant aux Jeux Olympiques de Paris était plutôt positif. Je n'étais ni nerveux ni stressé, j'étais vraiment impatient de participer à la compétition et je me sentais bien. Pourtant, malgré ces bonnes sensations, le résultat n'a pas été à la hauteur de ses attentes. "  C'est donc d'autant plus décevant qu'à la fin, malgré mes bonnes sensations, je n'ai pas pu pleinement montrer toute ma force." Alex avait choisi de concentrer ses efforts d'abord sur le bloc, conscient qu'une journée de repos entre les épreuves lui permettrait de se recentrer sur la difficulté. " J'ai d'abord choisi de me concentrer sur le bloc, sachant que nous aurions une journée de repos entre les épreuves. Toute mon attention était donc dirigée vers le bloc. Une fois cette épreuve terminée, je savais que je pouvais me recentrer. Après cela, tout mon focus était sur la difficulté. Je n'ai jamais vraiment perçu cela comme une compétition combinée, car il y avait beaucoup de temps entre les épreuves de bloc et de difficulté." Cependant, malgré une préparation minutieuse et une forme optimale, la déception reste palpable dans ses paroles. Un glissement de pied inattendu l'a empêché de se qualifier pour la finale, et même aujourd'hui, il peine à comprendre ce qui a pu causer cette erreur. "Ce qui a été le plus difficile à accepter pour moi à Paris, c'est que je me sentais vraiment très fort et en pleine forme sur le mur, mais je n'ai pas pu montrer ma vraie capacité en difficulté. C'est vraiment décevant et frustrant, d'autant plus que toute la saison précédente de difficulté s'était très bien déroulée pour moi. Je ne sais pas exactement ce qui m'a empêché de révéler tout mon potentiel. Parfois, je me dis que c'est simplement une question de malchance. Et honnêtement, je pense que j'ai été vraiment malchanceux avec ce glissement de pied. Tout semblait bien, j'étais dans une bonne dynamique, et puis mon pied a glissé de manière totalement inattendue. Je ne sais pas exactement combien il me manquait pour accéder aux finales, mais si je n'avais pas glissé, je pense que j'aurais facilement pu y parvenir, car je me sentais vraiment en forme et très fort. Je n'avais pas besoin d'aller très loin dans les voies pour me qualifier. " Même si la frustration demeure, Alex Megos garde une perspective philosophique sur l'événement. "Ce que je retiens, c'est que même si je me sentais bien, des imprévus peuvent toujours survenir. Parfois, on ne peut pas tout contrôler, et il faut apprendre à gérer ces situations. L'idéal est de faire beaucoup de compétitions et de s'entraîner pour éviter que ce genre d'erreurs ne se produise. Non, je ne dirais pas que les Jeux Olympiques de Paris ont changé ma perspective sur la compétition en escalade. Cela m'a simplement rappelé que le bloc n'est pas toujours très amusant, et que ce n'est pas toujours captivant à regarder non plus. Par contre, je pense que la difficulté reste intéressante à regarder, même pour les spectateurs qui ne connaissent pas bien l'escalade." "Change" : Une ascension surprise en Norvège : Après la déception des JO, Alex ne s'attendait pas à une telle réussite en falaise. "Quand je suis venu en Norvège, je n'avais pas vraiment l'intention de changer quoi que ce soit. Je voulais simplement partir en vacances et aller grimper quelque part, et la Norvège semblait être un bon choix pour l'été. Alors, ma petite amie et moi y sommes allés. Par la suite, j'avais envie de tenter une autre voie. Mais comme « Change » avait déjà des dégaines en place, car Cork était en train de l'essayer, j'ai décidé de saisir l'opportunité. C'est ainsi que j'ai trouvé mon nouveau projet." Il nous raconte ... "La voie se compose de deux longueurs. La première longueur est équivalente à un 9a/9a+, et la deuxième à un 9a. La L1 inclut ce fameux mouvement qui demande beaucoup d'energie avec une prise en boîte très serrée, où vous avez un pied très haut et vous placez un gros genou presque immédiatement après le départ, ce qui permet de ne pas se fatiguer trop rapidement. Ensuite, vous devez faire le premier pas de bloc avant de grimper tranquillement jusqu'au premier relais. La deuxième longueur est plutôt endurante. Il présente un petit crux au début, et le reste de la voie est peut-être équivalent à un 8b+ technique, mais il est très épuisant, avec de nombreuses sections difficiles. À la fin, l’endurance devient le véritable défi. J’étais tellement proche de la chute à plusieurs reprises dans cette fin de voie, simplement parce que j’étais complètement épuisé après avoir grimpé 40 mètres. J'ai utilisé des genouillères pour l'une des premières fois de ma carrière, car j'ai remarqué que de nombreuses voies difficiles aujourd'hui les utilisent. Comme j'avais longtemps refusé de les adopter, je manquais de compétences dans ce domaine et j'avais vraiment besoin de m'entraîner. Donc oui, Flatanger est un excellent endroit pour s'entraîner. J'essaie d'apprendre des grimpeurs qui utilisent souvent des genouillères et d'adapter un peu mon style pour pouvoir essayer des voies plus difficiles avec cet accessoire." Une ascension historique et une leçon de vie : Malgré la complexité de la voie et son manque de préparation spécifique, Alex a réussi à enchaîner "Change" lors de son premier essai complet. "J'étais vraiment ravi après avoir réussi la voie, car je ne m'attendais pas du tout à l'enchaîner lors de cet essai. Je savais que c'était possible si tout se passait parfaitement, mais je n'avais pas réussi à franchir la première ou le deuxième longueur individuellement, donc je savais qu'il me fallait une tentative exceptionnelle pour avoir une chance. Cette tentative réussie a été, en quelque sorte, la première vraie tentative que j'ai faite depuis le sol. Oui, ça a été un énorme combat et c'était extrêmement gratifiant, mais aussi très stressant, car je n'avais jamais enchaîné de grandes sections de la voie auparavant." Pour Alex, "Change" n'est pas seulement une réalisation personnelle, c'est aussi une connexion avec l'histoire de l'escalade. Cette voie a une grande importance pour moi. C'est seulement ma troisième voie en 9b+, et c'est un morceau d'histoire. C'était la première voie en 9b+ réalisée par Adam en 2012, ce qui en fait un véritable morceau d'histoire. De plus, Flatanger est un lieu emblématique et historique. C'est donc super cool d'être de retour ici après neuf ans. Mais au-delà des chiffres et des cotations, ce que Megos retient de cette expérience, c'est l'importance de l'amusement et du partage. "Ce que j'aimerais partager, c'est que le plaisir est essentiel. Pour moi, c'est la clé. Et être bien entouré est tout aussi important. Avoir une bonne compagnie lors de mes voyages d'escalade a toujours été crucial pour moi, et cela fait une énorme différence." Puis, un 9a expédié avec une touche inédite : À peine remis de son ascension dans « Change », Alex Megos a poursuivi sur sa lancée avec une performance impressionnante à Flatanger. Enchaînant le 9a « Little Badder » au premier essai, Megos a surpris tout le monde en intégrant deux genouillères pour la première fois. Connu pour son aversion envers ce type d'équipement, il a néanmoins réussi à maîtriser ces accessoires pendant toute la durée de la voie From the Paris olympics to his ascent of "Change": Alex Megos shares his story The Paris 2024 Olympic Games were a pivotal moment for many athletes, but for German climber Alexander Megos, the event represented both a challenge and a lesson in resilience. Following his incredible performance on "Change," an iconic 9b+ route, he opens up about his experiences, emotions, and what these two events mean to him. An olympic preparation with a bittersweet ending When discussing the Paris Olympics with Alex Megos, his initial mindset was quite positive: "My state of mind when arriving at the Paris Olympic Games was pretty positive. I wasn’t nervous or stressed; I was really looking forward to the competition, and I felt good." However, despite these good feelings, the result didn’t meet his expectations. "That’s why it’s even more disappointing that in the end, despite feeling good, I couldn’t fully show all my strength." Alex had chosen to focus his efforts first on bouldering, knowing that a rest day between events would allow him to refocus on lead climbing. "I chose to focus on bouldering first, knowing we would have a rest day between events. So all my attention was on bouldering. Once that event was over, I knew I could refocus. After that, my entire focus was on lead climbing. I never really saw it as a combined competition because there was a lot of time between the bouldering and lead events." However, despite meticulous preparation and optimal form, the disappointment is still palpable in his words. An unexpected foot slip prevented him from qualifying for the final, and even today, he struggles to understand what caused this mistake. "What was most difficult for me to accept in Paris was that I felt really strong and in great shape on the wall, but I couldn’t show my true ability in lead climbing. It’s really disappointing and frustrating, especially since the entire previous lead season had gone very well for me. I don’t exactly know what kept me from revealing my full potential. Sometimes, I think it’s simply a matter of bad luck. And honestly, I think I was really unlucky with that foot slip. Everything seemed fine; I was in a good rhythm, and then my foot slipped totally unexpectedly. I don’t know exactly how much I missed out on making the finals, but if I hadn’t slipped, I think I could have easily made it because I felt really strong. I didn’t need to go very far up the routes to qualify." Even though the frustration remains, Alex Megos maintains a philosophical perspective on the event. "What I take away is that even if you feel good, unforeseen things can always happen. Sometimes, you can’t control everything, and you have to learn to deal with those situations. The ideal is to compete a lot and train to avoid making these kinds of mistakes. No, I wouldn’t say the Paris Olympics changed my perspective on climbing competitions. It just reminded me that bouldering isn’t always very fun, and it’s not always exciting to watch either. On the other hand, I think lead climbing remains interesting to watch, even for spectators who aren’t very familiar with climbing." "Change": A surprise ascent in Norway After the disappointment of the Olympics, Alex didn’t expect such a success on rock. "When I came to Norway, I didn’t really intend to change anything. I just wanted to go on vacation and climb somewhere, and Norway seemed like a good choice for summer. So, my girlfriend and I went there. Later, I wanted to try another route. But since ‘Change’ already had quickdraws in place because Cork was trying it, I decided to seize the opportunity. That’s how I found my new project." He tells us more: "The route is made up of two pitches. The first pitch is equivalent to a 9a/9a+, and the second to a 9a. The L1 includes the famous move that requires a lot of energy with a very tight box grip, where you have a very high foot and place a big knee almost immediately after the start, which prevents you from getting tired too quickly. Then you have to make the first boulder move before climbing calmly to the first anchor. The second pitch is more endurance-based. It has a small crux at the beginning, and the rest of the route might be equivalent to a technical 8b+, but it’s very exhausting, with many difficult sections. In the end, endurance becomes the real challenge. I was so close to falling several times at the end of the route, simply because I was completely exhausted after climbing 40 meters. I used kneepads for one of the first times in my career because I noticed that many hard routes today use them. Since I had long refused to adopt them, I lacked skills in this area and really needed to practice. So yes, Flatanger is an excellent place to train. I’m trying to learn from climbers who often use kneepads and adapt my style a bit to be able to try harder routes with this accessory." A historic ascent and a life lesson Despite the route’s complexity and his lack of specific preparation, Alex managed to send "Change" on his first full attempt. "I was really thrilled after sending the route because I didn’t expect to send it on that attempt. I knew it was possible if everything went perfectly, but I hadn’t managed to complete the first or second pitches individually, so I knew I needed an exceptional attempt to have a chance. This successful attempt was, in a way, the first real attempt I made from the ground. Yes, it was a huge battle and extremely rewarding, but also very stressful because I had never sent large sections of the route before." For Alex, "Change" is not just a personal achievement; it’s also a connection with the history of climbing. "This route is very important to me. It’s only my third 9b+ route, and it’s a piece of history. It was the first 9b+ route done by Adam in 2012, making it a real piece of history. Moreover, Flatanger is an iconic and historic place. So, it’s super cool to be back here after nine years." But beyond the numbers and grades, what Megos takes away from this experience is the importance of fun and sharing. "What I’d like to share is that fun is essential. For me, it’s the key. And being well surrounded is just as important. Having good company on my climbing trips has always been crucial for me, and it makes a huge difference." Then, a 9a dispatched with an unexpected twist: Barely recovered from his ascent of "Change," Alex Megos continued his impressive streak at Flatanger. Sending the 9a "Little Badder" on his first attempt, Megos surprised everyone by using knee pads for the first time. Known for his aversion to this type of gear, he nonetheless managed to master these accessories throughout the climb. 💬 : @alexandermegos 📷 : @johannajpn

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