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  • Calendrier World Climbing Europe 2027 : toutes les compétitions

    World Climbing Europe a dévoilé son calendrier d’escalade 2027. Au programme : les Coupes d’Europe seniors et jeunes, les Championnats d’Europe jeunes et les Championnats d’Europe de para-escalade. Retrouvez toutes les dates, les villes hôtes et les disciplines, avec trois rendez-vous prévus en France. La saison européenne d’escalade 2027 débutera les 3 et 4 avril à Lleida, en Espagne, avec une Coupe d’Europe jeunes de bloc. Elle se poursuivra jusqu’à la fin du mois d’octobre, avec les compétitions de vitesse de Toulouse/Tournefeuille. World Climbing Europe annonce un total de 26 événements. Le calendrier publié présente actuellement 25 rendez-vous datés, tandis que le lieu et les dates des Championnats d’Europe jeunes de bloc restent à confirmer. La France accueillera trois rendez-vous de ce calendrier continental : une Coupe d’Europe de bloc au Vendéspace, puis les Coupes d’Europe jeunes et seniors de vitesse à Toulouse/Tournefeuille. Mise à jour : cet article reprend le calendrier communiqué par World Climbing Europe le 27 octobre 2026. Les dates et lieux peuvent encore évoluer. Le calendrier des Coupes d’Europe d’escalade 2027 Les Europe Series constituent le circuit continental senior de World Climbing Europe. Le calendrier 2027 prévoit des compétitions dans les trois disciplines : le bloc, la difficulté et la vitesse, avec également du relais de vitesse à Bytom. La première étape se déroulera le 25 avril à Mezzolombardo, en Italie, avec une compétition de vitesse. Le bloc débutera ensuite à Göteborg, en Suède, les 1er et 2 mai, avant une première étape de difficulté à Nieuwegein, aux Pays-Bas, les 8 et 9 mai. Le circuit se poursuivra à Vienne, Liptovsky et Duisbourg, avant de rejoindre la France au début du mois de juillet. Le Vendéspace accueillera alors une Coupe d’Europe de bloc les 2 et 3 juillet. La deuxième partie de la saison comprendra les compétitions de vitesse et de relais de vitesse de Bytom, les rendez-vous de vitesse et de difficulté de Žilina, puis une étape de difficulté à Ostermundigen. La dernière compétition senior annoncée aura lieu le 30 octobre à Toulouse/Tournefeuille, en vitesse. Les trois rendez-vous européens organisés en France La France accueillera trois compétitions inscrites au calendrier World Climbing Europe 2027, réparties entre le Vendéspace et Toulouse/Tournefeuille. Vendéspace : une Coupe d’Europe de bloc les 2 et 3 juillet Le premier rendez-vous français du calendrier européen se déroulera au Vendéspace les 2 et 3 juillet 2027. Cette étape des Europe Series sera exclusivement consacrée au bloc. Elle prendra place après les compétitions de Göteborg, Vienne et Liptovsky, programmées au mois de mai. Toulouse/Tournefeuille : deux compétitions de vitesse pour terminer la saison Toulouse/Tournefeuille accueillera les dernières épreuves des circuits européens jeunes et seniors de vitesse. La Coupe d’Europe jeunes se tiendra le 29 octobre. Elle sera suivie, le 30 octobre, de la Coupe d’Europe senior. Les trois rendez-vous français seront donc : Vendéspace, les 2 et 3 juillet : Coupe d’Europe de bloc ; Toulouse/Tournefeuille, le 29 octobre : Coupe d’Europe jeunes de vitesse ; Toulouse/Tournefeuille, le 30 octobre : Coupe d’Europe senior de vitesse. Les Coupes d’Europe jeunes 2027 Les Europe Youth Series débuteront avant le circuit senior, avec une première compétition de bloc à Lleida les 3 et 4 avril. Les jeunes spécialistes du bloc se retrouveront ensuite à Soure, au Portugal, les 17 et 18 avril, puis à Bucarest, en Roumanie, les 5 et 6 juin. En difficulté, trois étapes sont annoncées : Graz, en Autriche, les 17 et 18 juillet ; Bergen, en Norvège, les 4 et 5 septembre ; puis Imst, en Autriche, les 11 et 12 septembre. Le calendrier de vitesse comprendra quatre rendez-vous : Mezzolombardo le 24 avril, Duisbourg le 29 mai, Slovenska Bistrica le 25 septembre et Toulouse/Tournefeuille le 29 octobre. Au total, le tableau publié rassemble ainsi dix rendez-vous pour les Coupes d’Europe jeunes, répartis entre avril et octobre. Les Championnats d’Europe jeunes : un rendez-vous par discipline Le bloc, la difficulté et la vitesse disposeront chacun de leurs propres Championnats d’Europe jeunes en 2027. Deux compétitions sont déjà datées. Les Championnats d’Europe jeunes de difficulté se dérouleront à Augsbourg, en Allemagne, les 25 et 26 septembre. Ceux de vitesse auront également lieu en Allemagne, mais à Leipzig, les 2 et 3 octobre. Le lieu et les dates des Championnats d’Europe jeunes de bloc seront annoncés ultérieurement. Un accord pluriannuel pour Augsbourg L’organisation des Championnats d’Europe jeunes de difficulté à Augsbourg s’accompagne d’une nouveauté : le site hôte a signé un accord pluriannuel avec World Climbing Europe. Présenté comme une première par l’organisation, cet engagement prévoit l’accueil de compétitions à Augsbourg jusqu’en 2028. Les Championnats d’Europe de para-escalade à Genève Genève, en Suisse, accueillera les Championnats d’Europe de para-escalade du 2 au 4 août 2027. Les compétitions se disputeront en difficulté. Ce rendez-vous sera intégré aux Championnats d’Europe paralympiques, un événement multisport. World Climbing présente cette participation comme une première pour la para-escalade. Les dates du 2 au 4 août correspondent aux épreuves d’escalade. Elles s’inscrivent dans le programme plus large de l’événement multisport, annoncé du 2 au 15 août. Cette compétition continentale interviendra un an avant les débuts de la para-escalade aux Jeux paralympiques de Los Angeles 2028. Trois nouveaux pays hôtes en 2027 Le calendrier européen 2027 marquera l’arrivée de trois nouveaux pays parmi les organisateurs : la Suède, les Pays-Bas et la Norvège. Ces trois nations accueilleront pour la première fois un événement World Climbing Europe : Göteborg, en Suède : Coupe d’Europe de bloc les 1er et 2 mai ; Nieuwegein, aux Pays-Bas : Coupe d’Europe de difficulté les 8 et 9 mai ; Bergen, en Norvège : Coupe d’Europe jeunes de difficulté les 4 et 5 septembre. Ces nouvelles destinations viendront compléter un calendrier réparti sur l’ensemble du continent, aux côtés de villes déjà présentes sur les circuits européens. Les dates essentielles de la saison européenne 2027 Pour retenir les principaux rendez-vous du calendrier World Climbing Europe 2027 : 3 et 4 avril : ouverture des Coupes d’Europe jeunes à Lleida, en bloc ; 25 avril : première Coupe d’Europe senior à Mezzolombardo, en vitesse ; 2 et 3 juillet : Coupe d’Europe de bloc au Vendéspace ; 2 au 4 août : Championnats d’Europe de para-escalade à Genève ; 25 et 26 septembre : Championnats d’Europe jeunes de difficulté à Augsbourg ; 2 et 3 octobre : Championnats d’Europe jeunes de vitesse à Leipzig ; 29 et 30 octobre : clôture des circuits européens de vitesse à Toulouse/Tournefeuille. Avec trois nouveaux pays hôtes, des Championnats d’Europe jeunes distincts pour chaque discipline et un rendez-vous de para-escalade intégré à un événement multisport, la saison européenne 2027 proposera plusieurs nouveautés. Cet article sera actualisé en cas de changement de dates, de lieux ou de disciplines annoncé par World Climbing Europe. ✍️ Théo de GrimpActu Source : World Climbing Europe. © World Climbing

  • Pietro Vidi : interview après Drifter’s Escape et confirmation du 9a+ trad

    ➡️ You can find the English version of this article right here. Le 13 octobre 2026, Pietro Vidi a réalisé la première répétition de Drifter’s Escape, sur le Stawamus Chief, à Squamish. Pour GrimpActu, l’Italien confirme le 9a+ proposé par Connor Herson et raconte une escalade où le placement de chaque doigt peut décider de la réussite d’un mouvement. Il revient aussi sur ses choix de protections et sur ce qui l’attire dans le trad, des projets extrêmes aux fissures découvertes à vue. Une photo montrée par Connor Herson a suffi à faire entrer Drifter’s Escape dans les projets de Pietro Vidi. Deux fissures parallèles, un panneau de granite légèrement déversant au-dessus de Squamish : avant de devenir un objectif de difficulté, la voie l’a attiré par sa ligne. L’Italien a ensuite consacré une grande partie de son été à s’entraîner à Arco pour préparer le voyage. Grimpée à l’origine en artificiel en 1975, Drifter’s Escape a été libérée par Connor Herson le 14 juillet 2025, avec une proposition de cotation à 9a+. Pietro Vidi en signe la première répétition après environ quinze séances et dix essais en tête. Son expérience de Tribe et son ascension récente de Dreamcatcher lui donnent aujourd’hui des points de comparaison pour évaluer cette difficulté. Après environ quinze séances et dix essais en tête, Pietro Vidi confirme cette cotation. Il décrit une voie nettement plus difficile que Tribe et s’appuie également sur son expérience récente de Dreamcatcher pour la situer. Entretien recueilli par GrimpActu. Réponses traduites de l’anglais et légèrement éditées pour la clarté. © Quinn Mason - Pietro Vidi Une ligne devenue un objectif de saison GrimpActu : Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’investir dans Drifter’s Escape ? Au-delà de sa difficulté annoncée, qu’avait cette ligne pour devenir un projet aussi important pour toi ? Pietro Vidi : J’ai rencontré Connor dans le Yosemite. Il avait déjà enchaîné Drifter’s Escape et m’a montré quelques photos. À partir de ce jour-là, j’étais vraiment motivé. C’est une ligne tellement belle, tellement incroyable. Pour moi, elle était trop belle pour ne pas aller l’essayer. Je crois que Camilla et moi avons commencé à organiser le voyage alors que nous étions encore dans le Yosemite. C’était l’un de mes grands objectifs de la saison. J’ai commencé à m’y préparer à mon retour de mon séjour suivant dans le Yosemite, en mai. J’ai passé pratiquement tout l’été à m’entraîner à Arco avec les gars de l’équipe nationale, pour préparer ce voyage. Apprendre à saisir une prise, doigt par doigt GrimpActu : Tu décris une escalade d’une complexité technique inhabituelle. Peux-tu nous raconter un passage précis qui résume ce projet, et ce que tu as dû apprendre pour le réussir ? Pietro Vidi : La paroi déverse d’environ dix degrés, et même moins par endroits. L’escalade est donc extrêmement technique. Il y a deux crochetages de pointe vraiment mauvais qui m’ont posé problème. Je ne suis pas très habitué aux fissures fines, surtout pour les pieds, et c’est quelque chose que j’ai vraiment dû apprendre. Les prises de pied sur la face sont aussi incroyablement petites et offrent très peu d’adhérence. Ensuite, il y a les deux fissures : une pince dans la première et une drôle de cavité pour un verrou de doigts dans la dernière. Ce sont des prises très inhabituelles, mais aussi extraordinaires. Il faut être extrêmement précis dans la manière de placer chaque doigt. Sinon, les mouvements semblent impossibles. J’ai consacré environ cinq séances au dernier passage bloc. Je n’arrivais pas à faire les mouvements comme Connor, probablement à cause de différences de taille de doigts ou de style de grimpe. J’ai passé cinq séances à apprendre comment saisir une prise dans laquelle je n’arrivais pas vraiment à rentrer les doigts. Il a fallu que j’apprenne à les coincer de façons assez étranges et intéressantes, en calant les articulations au fond de la fissure et en utilisant un effet de levier. C’est assez difficile à expliquer. Mais c’est inhabituel de devoir consacrer autant d’attention à la manière exacte de saisir une prise et de déplacer ses doigts à l’intérieur, plutôt qu’au mouvement lui-même. C’était vraiment intéressant. GrimpActu : Tu as découvert un repos sans les mains et une autre méthode pour le haut. Comment ces solutions ont-elles émergé, et qu’ont-elles changé dans ta perception de la voie ? Pietro Vidi : Il y a un repos sans les mains au milieu de la voie. Connor récupère lui aussi sans les mains, mais avec un crochetage de pointe gauche. Moi, je pivote autour de ce même pied et je finis assis, face au vide. Dans les deux cas, le repos permet de lâcher complètement les mains. Je ne pense donc pas que cela change la cotation. Les mouvements pour s’y installer sont assez difficiles et impressionnants dans les deux méthodes. Je trouvais simplement ça sympa : si on peut s’asseoir sur une vire, pourquoi pas ? Mais Connor avait déjà envisagé cette solution et décidé qu’elle n’en valait pas la peine. Pour moi, cela ne change donc absolument pas la cotation. Le dernier passage bloc correspond vraiment au style de Connor, avec beaucoup de coincements de pointes et de doigts. Il a fallu que je trouve une autre solution. J’ai utilisé pratiquement les mêmes prises, mais je suis passé de l’une à l’autre différemment. Cela m’a demandé beaucoup de temps pour apprendre cette séquence, mais peut-être que Connor aurait trouvé ma méthode plus difficile. Ces mouvements ne lui posaient pas particulièrement problème. Je pense donc que c’est simplement une différence de style. Choisir ses protections, puis réussir à s’engager Adapter les méthodes ne concernait pas seulement les mouvements. Pietro Vidi a également cherché à réduire l’énergie consacrée à la pose du matériel. Ses réponses décrivent la manière dont il a évalué les chutes et construit sa confiance dans les protections. GrimpActu : Tu as choisi de poser moins de protections que Connor pour économiser de l’énergie. Comment as-tu construit cette stratégie, et comment as-tu évalué le risque que tu étais prêt à accepter ? Pietro Vidi : J’ai posé moins de protections que Connor, mais je pense que la voie restait très sûre. Si l’une des protections avait cédé, j’aurais peut-être fait une chute de vingt mètres, mais je pense que cela se serait bien passé. La paroi est suffisamment déversante pour qu’il n’y ait rien à heurter. C’est impressionnant, mais en réalité très sûr. Le début était un peu délicat, parce qu’on est seulement protégé par un micro-coinceur en laiton numéro quatre. L’escalade n’était pas si difficile, mais je tremblais quand même beaucoup lors de mes premiers essais, ce qui est inhabituel pour moi. Il y a beaucoup de gaz et les protections sont toutes petites. C’était vraiment effrayant, même si le risque réel était très faible selon moi. Comme je le disais, il n’y a rien à heurter : même une chute de vingt mètres se serait probablement bien passée. J’ai essayé de poser le moins de matériel possible tout en gardant la voie relativement sûre, afin de ne pas gaspiller d’énergie dans des placements inutiles. GrimpActu : Dans les passages difficiles, comment parviens-tu à te concentrer pleinement sur les mouvements tout en restant conscient des protections et des conséquences d’une chute ? Pietro Vidi : Je tremblais beaucoup lors de mes premières tentatives. Mais après une ou deux chutes sur le matériel, les choses ont commencé à changer. J’ai chuté sur des protections dans chacune des deux fissures : j’avais donc testé ces chutes. Une fois que tu te mets dans l’état d’esprit d’essayer d’enchaîner, tu ne penses plus vraiment aux protections. Même dans le Peak District, où une chute peut entraîner une blessure grave, je pense être assez bon pour mettre cette partie de mon cerveau de côté lorsque je décide de m’engager. Je me concentre simplement sur le fait de tout donner, sans penser aux chutes. ©Christian Adam - Connor Herson Trois chutes à la sortie avant le bon essai GrimpActu : Après plusieurs chutes tout près de la sortie, qu’est-ce qui a fait la différence lors de l’essai réussi ? Que s’est-il passé dans ta tête lorsque tu as réalisé les derniers mouvements ? Pietro Vidi : Je suis tombé trois fois tout à la fin de la voie. La première fois, j’ai simplement essayé de passer en me battant. Les deux autres fois, j’étais extrêmement daubé. Je ne pense pas que ces chutes aient eu des causes mentales. Elles étaient davantage liées à la performance physique et aux conditions. Peut-être que je n’avais pas tout exécuté parfaitement sur certains essais, mais je pense avoir plutôt bien réussi à rester solide mentalement. Le dernier jour du voyage, nous avons enfin eu des conditions correctes pour la première fois. J’ai saisi l’occasion et j’ai enchaîné dès mon premier essai de la journée. La voie commençait vraiment à me travailler, mais je pense avoir finalement assez bien réussi à garder le cap. « Je pense vraiment que c’est 9a+ » GrimpActu : Après cette première répétition, quel est ton avis sur le 9a+ proposé par Connor ? Pietro Vidi : Je pense vraiment que c’est 9a+. Cela m’a demandé plus de trois fois plus de séances que Dreamcatcher, que j’avais grimpée juste avant, et c’est clairement beaucoup plus difficile que Tribe. Je n’ai pas enchaîné Bon Voyage. J’en étais très proche, mais je pense que Drifter’s Escape est plus difficile. Je n’ai pas fait énormément d’escalade sportive ces derniers temps, mais je suis assez certain que 9a+ est la bonne cotation. GrimpActu : En trad, le choix des protections et l’effort nécessaire pour les poser peuvent varier d’un grimpeur à l’autre. Pour toi, que doit exprimer la cotation, et quelles informations faut-il partager pour bien comprendre une ascension ? Pietro Vidi : Je pense que la cotation devrait probablement correspondre à la manière la plus efficace de grimper la voie, en posant le minimum de protections nécessaire pour qu’elle reste sûre. Mais cela reste aussi un choix personnel. Si je veux rendre la voie physiquement plus proche de 9a en sautant toutes les protections, cela ne va pas forcément me demander moins de temps ni être plus facile. Il faudrait que je travaille beaucoup plus pour pouvoir raisonnablement envisager de ne pas tomber dans certaines sections. Au bout du compte, je ne pense donc pas que le nombre de protections posées change énormément les choses. J’en ai peut-être posé trois de moins que Connor. Mais, en contrepartie, mes chutes étaient vraiment risquées et la peur m’a peut-être fait davantage dauber. La cotation devrait refléter la manière la plus efficace de grimper la voie. Mais si tu choisis de poser beaucoup moins de protections et de rendre la voie très effrayante, cela ne va probablement pas t’aider. Tu ne mettras pas forcément moins de temps à l’enchaîner. La rareté des lignes, et le goût de l’aventure Au-delà de l’évaluation de la difficulté, Pietro Vidi revient à ce qui l’avait attiré sur les photos de Connor : une ligne naturelle. Cette recherche esthétique nourrit son intérêt pour le trad, mais il situe aussi une partie de son plaisir loin des projets longuement répétés. GrimpActu : Tu pratiques le bloc, le trad et les grandes voies à très haut niveau. Qu’est-ce que tu trouves dans le trad qui te touche particulièrement, et que les autres disciplines ne t’apportent pas de la même manière ? Pietro Vidi : Je pense que le trad m’attire vraiment par sa pureté. Tu grimpes simplement un morceau de rocher sans spits, exactement comme la nature te l’a offert. Mais c’est aussi la rareté des lignes qui donne envie d’aller parcourir toutes les plus difficiles. Elles sont tellement rares. Je trouve ça vraiment chouette de devoir faire un long voyage pour essayer une seule voie, parce qu’il est incroyablement difficile de trouver une belle ligne qui soit à la fois dure et protégeable sur coinceurs. Je pense que c’est cette rareté qui m’attire autant. En bloc, notamment, il existe tellement de possibilités que peu de lignes se distinguent de la même manière. En trad, nous avons la chance que pratiquement toutes les voies les plus difficiles soient aussi des lignes extraordinaires. Elles sont tellement pures, belles et uniques. GrimpActu : À travers une performance comme celle-ci, beaucoup de grimpeurs découvrent le trad par son niveau extrême. Qu’aimerais-tu leur transmettre de cette pratique, au-delà de la cotation et des images spectaculaires ? Pietro Vidi : Je pense même que le trad peut être une discipline encore plus intéressante pour les grimpeurs qui ne sont pas nécessairement très forts ou qui ne travaillent pas des projets à un niveau aussi élevé. Quand tu travailles une voie de trad vraiment difficile, cela finit presque par devenir de l’escalade sportive. Tu connais parfaitement tous les placements de protections et tu finis par dépasser la peur. À un moment, cela commence à ressembler à une voie sportive. Mais dans des niveaux plus accessibles, tu peux simplement partir à l’aventure. Tu peux avoir un peu peur, ce qui est assez agréable parce que cela apporte de l’adrénaline, tout en gardant une expérience très sûre et plaisante. Tu peux grimper ces lignes extraordinaires que la nature offre. Je pense que beaucoup plus de personnes devraient essayer le trad et en profiter, même dans des niveaux plus faciles. ➡️ À lire également : Drifter’s Escape 9a+ : Connor Herson repousse les limites du trad à Squamish ✍️ Théo de GrimpActu © Quinn Mason - Pietro Vidi Pietro Vidi: an interview after Drifter’s Escape and the confirmation of 9a+ trad On October 13, 2026, Pietro Vidi made the first repeat of Drifter’s Escape on the Stawamus Chief in Squamish. Speaking to GrimpActu, the Italian confirms Connor Herson’s proposed 9a+ grade and describes climbing where the placement of each finger can determine whether a move works. He also discusses his protection choices and what draws him to trad, from extreme projects to onsight crack climbing. Photos shown to him by Connor Herson were enough to put Drifter’s Escape on Pietro Vidi’s list of projects. Two parallel cracks on a gently overhanging granite face above Squamish: before it became a challenge of difficulty, it was the line itself that attracted him. The Italian then spent much of his summer training in Arco to prepare for the trip. Originally climbed on aid in 1975, Drifter’s Escape was first freed by Herson on July 14, 2025, with a proposed grade of 9a+. Pietro Vidi made its first repeat after approximately fifteen sessions and ten lead attempts. His experience on Tribe and his recent ascent of Dreamcatcher now give him points of comparison for assessing its difficulty. Interview by GrimpActu. Answers in the original English, lightly edited for clarity. A line that became a goal for the season GrimpActu: What drew you to Drifter’s Escape? Beyond its proposed difficulty, what made this particular line become such an important project for you? Pietro Vidi: I met Connor in the Valley. He had already sent Drifter’s Escape and showed me some photos. From that day, I was really hooked. It’s such a beautiful, amazing line. For me, the line was just too good not to go and try it. I think Camilla and I started planning the trip when we were still in the Valley. It was one of my big goals for the season. I’ve been training for it since I came back from my next trip to the Valley in May. I spent pretty much the whole summer training in Arco with the guys from the national team, just preparing for this trip. Learning to grip a hold, finger by finger GrimpActu: You describe climbing of unusual technical complexity. Could you walk us through a specific section that captures the challenge of this project, and explain what you had to learn to climb it? Pietro Vidi: The wall is about ten degrees overhanging, even less in some places, so the climbing is extremely technical. There are two really bad toe hooks that I struggled with. I’m not that used to thin cracks, especially for the feet, so that was something I really had to learn. The footholds on the face are also incredibly small and low-friction. Then there are the two cracks: a pinch in the first crack and this weird finger-lock pod in the last one. They’re such unusual holds, but also amazing. You have to be super intentional about how you place every single finger. Otherwise, the moves feel impossible. I spent about five sessions working on the final boulder problem. I couldn’t do the moves the way Connor did them, probably because of differences in finger size or climbing style. I spent five sessions learning how to grab one particular hold where I couldn’t really fit my fingers. I had to learn to jam in some very weird and interesting ways, wedging my knuckles into the back of the crack and using leverage. It’s pretty hard to explain, but it’s unusual to have to focus so much attention not on the movement itself, but on exactly how you grab a hold and how you move your fingers inside it. That was really interesting. GrimpActu: You found a no-hands rest and different beta for the upper section. How did you discover those solutions, and how did they change your perception of the route? Pietro Vidi: There’s a no-hands rest in the middle of the route. Connor also rests without his hands, but he uses a left toe hook, whereas I pivot around on the same foot and end up sitting, facing outwards. The rest is completely hands-free either way, so I don’t think it changes the grade. Both ways of getting into the rest involve moves that are pretty hard and scary. I just thought it was cool, and if you can sit on a ledge, why not? But Connor had already thought of that and decided it wasn’t worth it. So for me, it definitely doesn’t change the grade. The final boulder problem is very much Connor’s style, with lots of toe jams and finger jams. I had to find a different solution. I basically used the same holds but moved between them in a different way. It took me a long time to learn that sequence, but perhaps Connor would have found my beta harder. He wasn’t really struggling with those moves, so I guess it’s just a difference in climbing styles. Choosing the protection, then committing to the climbing Adapting the beta was not only about the moves. Pietro Vidi also looked for ways to reduce the energy spent placing gear. His answers describe how he assessed the falls and built confidence in the protection. GrimpActu: You chose to place less gear than Connor to save energy. How did you develop that strategy, and how did you assess the level of risk you were willing to accept? Pietro Vidi: I placed less gear than Connor, but I think the route was still very safe. If one of the pieces had ripped, I might have taken a twenty-metre fall, but I think it would have been alright. The wall is so steep that there’s nothing to hit. It’s scary, but actually very safe. The beginning was a little sketchy because you’re only protected by a number four brass micro-nut. The climbing itself wasn’t that hard, but I was still very shaky on my first couple of tries, which is unusual for me. There’s so much exposure, and the gear is so small. It was really scary, even though I felt the actual risk was very low. As I said, there’s nothing to hit, so even a twenty-metre fall would probably have been okay. I tried to place as little gear as possible while keeping the route relatively safe, so I wasn’t wasting energy on unnecessary placements. GrimpActu: In the hardest sections, how do you focus fully on the movement while remaining aware of your protection and the consequences of a fall? Pietro Vidi: I was very shaky on my first attempts, but after taking one or two falls on the gear, things started to feel different. I actually fell onto protection in both cracks, so I’d tested those falls. Once you get into the mindset of trying to send, you don’t really think about protection anymore. Even in the Peak District, where falling can mean getting seriously injured, I think I’m pretty good at switching off that side of my brain when I decide to go for it. I just focus on trying really hard and don’t think about the falls at all. Three falls at the finish before the successful attempt GrimpActu: After several falls so close to the finish, what made the difference on the successful attempt? What was going through your mind as you completed those final moves? Pietro Vidi: I fell three times right at the very end of the route. The first time, I just tried to fight through, and the other two times I was extremely pumped. I don’t think those falls happened for mental reasons. They were more about physical performance and conditions. Maybe I didn’t execute everything perfectly on some attempts, but I think I did a pretty good job of keeping my mind together. On the last day of the trip, we finally had decent conditions for the first time. I took the opportunity and sent it on my first try of the day. The route was really starting to get into my head, but I think I managed to hold everything together quite nicely in the end. “I definitely think it’s 9a+” GrimpActu: Having made the first repeat, what is your assessment of Connor’s proposed 9a+ grade? Pietro Vidi: I definitely think it’s 9a+. It took me more than three times as many sessions as Dreamcatcher, which I climbed just before, and it’s definitely much harder than Tribe. I haven’t climbed Bon Voyage. I was very close, but I think this route is harder than that. I haven’t done that much sport climbing lately, but I’m pretty sure 9a+ is the right grade. GrimpActu: In trad climbing, the choice of protection and the effort required to place it can vary from one climber to another. What do you think the grade should reflect, and what information should climbers share to help others understand an ascent? Pietro Vidi: I think the grade should probably reflect the most efficient way to climb the route, placing as little protection as necessary to keep it safe. But at the same time, it’s a personal choice. If I want to make the route feel physically closer to 9a by skipping all the protection, it’s not necessarily going to take less time or be easier. I would have to practise so much more to make it realistic not to fall in certain sections. So in the end, I don’t think the number of pieces you place really changes that much. I placed maybe three pieces less than Connor. But the trade-off was that my falls were really risky, and I maybe got a bit more pumped because I was scared. The grade should reflect the most efficient way to climb the route. But if you choose to use much less protection and make the route very scary, that’s probably not going to help you. It’s not necessarily going to take you less time to send it. Rare lines and a taste for adventure Beyond assessing the difficulty, Pietro Vidi returns to what first attracted him in Connor’s photos: a natural line. That appreciation of the rock’s beauty fuels his interest in trad, but he also finds part of its appeal far from extensively rehearsed projects. GrimpActu: You climb at a very high level across bouldering, trad and big walls. What do you find in trad climbing that resonates with you personally, and that the other disciplines don’t offer in quite the same way? Pietro Vidi: I think I’m really drawn to trad climbing because of the purity of it. You’re just climbing a piece of rock with no bolts, exactly as nature offered it to you. But it’s also the rarity of the lines that makes you want to collect all the hard ones. They’re so rare. It’s really cool that you have to make a long trip just to try one route, because it’s incredibly difficult to find a beautiful line that’s both hard and can be climbed on gear. I think it’s the rarity of those routes that really draws me to them. With bouldering especially, there’s just so much out there that not many lines really stand out in the same way. But in trad climbing, we’re lucky that pretty much all the hardest routes are also incredible lines. They’re so pure, beautiful and unique. GrimpActu: Through an ascent like this, many climbers discover trad at its most extreme. What would you like them to understand about the discipline beyond the grade and the spectacular images? Pietro Vidi: I actually think trad climbing is an even better discipline for climbers who aren’t necessarily that strong or aren’t projecting at such a high level. When you’re projecting a really hard trad route, it almost turns into sport climbing in a way. You learn all the gear placements so well, and eventually you overcome the fear. At some point, it starts to feel like a sport climb. But at easier grades, you can just go on an adventure. You can be a little bit scared, which is actually really nice because it gives you some adrenaline, while still keeping everything very safe and fun. You get to climb these incredible lines that nature has to offer. I think a lot more people should try trad climbing and enjoy it, even at lower grades. ✍️ Théo, GrimpActu © Quinn Mason - Pietro Vidi

  • Jakob Schubert réalise Shaolin (9A) à Red Rocks : Interview

    ➡️ An English version of this interview is also available here. Il fait partie des rares grimpeurs capables d'exceller en compétition comme en extérieur. Quadruple champion du monde, médaillé olympique, figure incontournable de l’escalade moderne, Jakob Schubert continue de nous faire rêver. Cette fois, le décor se situe à Red Rocks, sur le grès ocre du Nevada. L’Autrichien y a validé Shaolin (9A), l’un des blocs les plus emblématiques et exigeants de la planète. Une ligne courte, brutale, concentrée autour de deux mouvements d’une intensité rare. Pour Schubert, il s’agit de son troisième 9A après Alphane et Mount Doom — mais sans doute du plus singulier. Esthétique, explosif, mental. Une réalisation où la maîtrise des nerfs aura compté autant que la puissance. Dans cette interview, il revient sur son voyage américain, la bataille psychologique autour de Shaolin et ses motivations à l’aube du cycle olympique de Los Angeles 2028. © Michael Piccolruaz Interview – Jakob Schubert Red Rocks, l’appel du désert GrimpActu : Qu’est-ce qui t’a motivé à entreprendre ce voyage aux États-Unis ? Jakob Schubert : Red Rocks est l’un des endroits les plus incroyables au monde pour le bloc. C’est une destination hivernale parfaite et l’hiver est toujours une période où j’adore partir en trip bloc. Il y a deux 9A là-bas, et j’ai pu partir avec certains de mes meilleurs amis, ce qui est essentiel pour moi. Mais la motivation principale, c’était Shaolin. Ce bloc est juste incroyable visuellement. Je me sentais en bonne forme en arrivant, donc mon état d’esprit était vraiment positif. Shaolin : le coup de foudre GrimpActu : Tu as dit être tombé amoureux immédiatement de Shaolin, au-delà de la cotation. Qu’est-ce qui rend ce bloc si exceptionnel à tes yeux ? Jakob Schubert : Il a presque tout ce que je recherche dans un bloc. C’est un grand bloc fier, assez haut, avec une ligne évidente. Le départ est clair, la réception est parfaite. Et surtout, c’est incroyablement plaisant à grimper. Les prises sont super bien sculptées, pas trop agressives pour la peau. Et les deux mouvements clés… ce sont probablement deux des mouvements les plus cool que j’aie jamais faits. Un style différent d’Alphane et Mount Doom GrimpActu : Shaolin est très différent d’Alphane ou Mount Doom — plus court, centré sur deux crux explosifs plutôt qu’une difficulté continue. Qu’est-ce qui t’a le plus challengé dans cette adaptation ? Jakob Schubert : Je dirais que la difficulté était surtout mentale. Sur des blocs très continus comme Alphane ou Mount Doom, tu n’as pas le temps de penser : chaque mouvement est dur. Sur Shaolin, j’avais le temps de réfléchir, surtout avant les deux gros mouvements. Et parfois, une simple pensée parasite suffisait pour me faire rater le dynamique. Contrôler mes nerfs a été le vrai défi. La bataille mentale GrimpActu : Entre les la peau fragilisée, une prise cassée et la nécessité de retravailler des séquences déjà maîtrisées, comment as-tu géré mentalement cette période ? Jakob Schubert : Au début, c’était assez simple de rester patient parce que j’avais prévu un mois complet sur place. J’avais le temps de laisser ma peau guérir. Mais vers la fin, c’est devenu frustrant. J’avais l’impression que le trip était un peu maudit. Pourtant, j’ai toujours réussi à garder une attitude positive, surtout grâce aux personnes avec qui j’étais. L’ambiance était géniale, on passait vraiment un bon moment. Ça m’a aidé à rester patient et concentré. © Michael Piccolruaz La pression du départ GrimpActu : L’enchaînement est arrivé l’avant-dernier jour de ton trip. La pression du temps t’aide-t-elle à performer ou peut-elle devenir un obstacle supplémentaire ? Jakob Schubert : Difficile à dire. Je performe souvent sous pression, mais ça ne rend pas l’expérience plus agréable. Je savais que j’avais le niveau pour réussir et ça aurait été très frustrant de repartir sans l’avoir enchaîné. Avec plus de temps, ça aurait peut-être été plus confortable pour mes nerfs… mais qui sait ? Peut-être que cette pression a justement rendu le moment encore plus fort. L’instant suspendu GrimpActu : Que ressens-tu au moment où le dernier mouvement tient ? Jakob Schubert : Une joie pure. De l’incrédulité. Et surtout une énorme libération. À ce niveau, tout se joue dans les détails. Et souvent, c’est dans la tête que ça se décide. La motivation, toujours intacte GrimpActu : Alors que débute une nouvelle saison internationale et le cycle olympique vers Los Angeles 2028, qu’est-ce qui te motive aujourd’hui ? Jakob Schubert : Il y a encore tellement de choses qui me motivent. J’ai toujours autant de plaisir à essayer du dur en extérieur qu’à m’entraîner en salle. Mes coéquipiers me poussent énormément, et surtout les jeunes grimpeurs très forts. J’ai toujours envie de rivaliser avec eux, de les battre aussi — comme Sorato Anraku. Cette émulation me stimule énormément. © Michael Piccolruaz Jakob Schubert sends Shaolin (9A) in Red Rocks: Interview He is one of the few climbers capable of pushing the limits both in competition and outdoors. A four-time world champion, Olympic medalist, and a defining figure of modern climbing, Jakob Schubert continues to operate at the highest level. This time, the stage was set in Red Rocks, on the sculpted sandstone of Nevada. The Austrian climber successfully sent Shaolin (9A), one of the most iconic and demanding boulders on the planet. A short, brutal line built around two moves of extreme intensity. For Schubert, it marks his third 9A after Alphane and Mount Doom — but perhaps the most unique of them all. Aesthetic, explosive, mental. An ascent where nerve control proved just as crucial as raw power. In this interview, he reflects on his American trip, the psychological battle behind Shaolin, and his motivation as the road to the Los Angeles 2028 Olympic cycle begins. Interview – Jakob Schubert Red Rocks: The Call of the Desert GrimpActu: What motivated you to undertake this trip to the United States? Jakob Schubert: Red Rocks is one of the most incredible places in the world for bouldering. It’s a perfect winter destination, and winter is always a time when I love going on bouldering trips. There are two 9A boulders there, and I was able to go with some of my best friends, which is always essential for me. But the main motivation was Shaolin. That boulder just looks amazing. I felt in good shape when I arrived, so my mindset was very positive. Shaolin: Love at First Sight GrimpActu: You said you immediately fell in love with Shaolin beyond the grade. What makes this boulder so exceptional in your eyes? Jakob Schubert: It has almost everything I look for in a boulder. It’s a proud, tall block with a very obvious line. The starting hold is clear, and the landing is perfect. Most importantly, it’s incredibly fun to climb. The holds are beautifully shaped and not too aggressive on the skin. And the two key moves… they are probably two of the coolest moves I’ve ever done. A Different Style from Alphane and Mount Doom GrimpActu: Shaolin is very different from Alphane or Mount Doom — shorter, centered around two explosive crux moves rather than sustained difficulty. What challenged you most in adapting to this style? Jakob Schubert: I would say the main challenge was mental. On sustained boulders like Alphane or Mount Doom, you don’t really have time to think — every move is hard. On Shaolin, I actually had time to think, especially before the two big moves. And sometimes, just a small thought going through my head was enough to make me miss the dyno. Controlling my nerves was the real challenge. The Mental Battle GrimpActu: Between fragile skin, a broken hold, and having to rework sequences you had already dialed, how did you handle the mental side of that process? Jakob Schubert: At first, it was quite easy to stay patient because I had planned a full month trip. I had enough time to let my skin heal. But toward the end, it became more and more frustrating. I felt like the trip was a little bit cursed. Still, I managed to keep a positive attitude, mostly thanks to the people I was there with. The vibe was great, and we were genuinely having a good time. That really helped me stay patient and focused. The Pressure of Time GrimpActu: The send came on the penultimate day of your trip. Does time pressure help you perform, or can it become an additional obstacle? Jakob Schubert: It’s hard to say. I often perform well under pressure, but it definitely doesn’t make the experience more pleasant. I knew I had what it takes to send the boulder, and it would have been very frustrating to leave without finishing it. With more time, it might have been easier on my nerves… but who knows? Maybe that pressure is exactly what made the moment even more powerful. The Suspended Moment GrimpActu: What did you feel when the final move stuck? Jakob Schubert: Pure joy. Disbelief. And above all, a huge sense of relief. At this level, everything comes down to tiny details. And often, it’s decided in your head. Motivation Still Burning GrimpActu: As a new international season begins and the road to Los Angeles 2028 unfolds, what motivates you most at this stage of your career? Jakob Schubert: There’s still so much that motivates me. I enjoy trying hard outside just as much as I enjoy training indoors. My teammates push me a lot, but especially the younger, incredibly strong climbers. I still want to compete with them — and beat them — like Sorato Anraku. That kind of rivalry really fuels me. © Michael Piccolruaz ✍️ Théo – GrimpActu

  • Jakob Schubert : interview après DNA et la confirmation du 9c

    ➡️ You can find the English version of this article right here. Le 10 octobre 2026, Jakob Schubert a réalisé la première répétition de DNA, à La Ramirole, dans les gorges du Verdon. En confirmant le 9c proposé par Seb Bouin, l’Autrichien devient le premier grimpeur à réussir deux voies de cette cotation. Pour GrimpActu, il raconte les apprentissages derrière cet enchaînement, l’origine des essais retransmis en direct et ce que cette expérience change dans ses envies pour la suite. Libérée par Seb Bouin en 2022, DNA développe une cinquantaine de mètres dans le grand dévers de La Ramirole, au cœur des gorges du Verdon. Le Français avait consacré plus de 150 journées et quelque 250 essais à cette ligne avant de proposer 9c. Plus de quatre ans après son ouverture, Jakob Schubert réalise la première répétition et confirme la cotation : une première à ce niveau de difficulté. L’enchaînement intervient lors de sa neuvième tentative retransmise en direct depuis le bas. Ce chiffre ne résume toutefois pas le travail engagé : depuis ses premiers essais en 2024, l’Autrichien a dû apprivoiser les séquences, affiner ses méthodes et apprendre à économiser son énergie. Déjà auteur de la première ascension de B.I.G., à Flatanger en 2023, il dispose désormais de deux expériences du 9c qu’il peut confronter. Pour GrimpActu, Schubert revient sur ce qui lui a permis de franchir le cap et sur l’origine des retransmissions en direct. Il explique aussi pourquoi DNA lui a paru plus difficile que B.I.G., sans établir de hiérarchie absolue entre les deux voies. Enfin, il évoque une perspective qu’il n’envisageait pas forcément avant ce projet : poursuivre dans le 9c, voire explorer la possibilité de grimper plus dur. Entretien recueilli par GrimpActu. Réponses traduites de l’anglais et légèrement éditées pour la clarté. © Michael Piccolruaz Apprendre DNA, des premières méthodes à la confiance GrimpActu : Entre tes premiers essais dans DNA en 2024 et ton enchaînement cette année, qu’est-ce qui a le plus changé : ta condition physique, ta connaissance de la voie, tes méthodes ou ta confiance dans ta capacité à l’enchaîner ? Jakob Schubert : Je pense que tous ces aspects ont évolué. Évidemment, ma condition physique a un peu changé depuis 2024, mais surtout parce que j’ai beaucoup travaillé la voie. Plus tu la grimpes, plus tu y progresses. Ce qui a beaucoup plus changé, c’est clairement ma connaissance de la voie et, surtout, ma confiance dans ma capacité à l’enchaîner. Mais je pense que tout cela se développe au fil des essais. Entre mon premier jour en 2024 et le dernier jour de ce séjour, j’avais déjà énormément progressé. Et cette année encore, j’ai beaucoup progressé chaque jour, en grimpant dans la voie, en y réfléchissant et en cherchant ce que je pouvais optimiser. Je pense que c’est aussi l’une des compétences importantes d’un grimpeur lorsqu’il travaille un projet : savoir comment progresser dans une voie. GrimpActu : Pendant les retransmissions en direct, tu es tombé plusieurs fois dans le crux principal. Qu’est-ce qui a finalement fait la différence lors de l’essai réussi ? Jakob Schubert : Quelques petits détails. L’un des éléments importants, c’est que j’ai bénéficié de très bonnes conditions le jour de l’enchaînement. Mais je pense aussi que c’était l’un des premiers essais où je n’ai vraiment commis aucune erreur. J’ai parfaitement grimpé du départ jusqu’au crux. Habituellement, il y avait toujours au moins un petit détail pour lequel je me disais que ce n’était pas idéal, ou que je ne l’avais pas réalisé de manière optimale. Cette fois, tout s’est très bien passé et, surtout, j’ai aussi très bien exécuté le crux. Dans l’ensemble, il fallait aussi simplement du temps pour devenir de plus en plus efficace dans chaque séquence. Par exemple, dans la première partie, jusqu’au repos sur coincement de genou, j’étais beaucoup plus efficace que lors de mes premiers essais. Au début, j’arrivais encore très, très daubé. Même avec un gros repos, je ne récupérais pas complètement de cette première longueur. J’ai fini par réussir à la grimper beaucoup plus efficacement, en dépensant moins d’énergie. Des essais partagés en direct Les retransmissions ont permis aux spectateurs de suivre une partie de ce travail, avec l’incertitude propre à chaque tentative. L’origine du dispositif remonte toutefois à B.I.G., lorsque Schubert et son équipe cherchaient une nouvelle manière de raconter son retour dans la voie. GrimpActu : Le direct occupe une place croissante dans le divertissement, mais reste rare en escalade en extérieur. Tu fais partie des premiers grimpeurs à avoir utilisé ce format pour partager des essais au plus haut niveau. D’où est venue cette idée ? Jakob Schubert : À l’origine, l’idée vient de mon manager, Florian Klinger. Il l’a surtout proposée à l’occasion de mon deuxième séjour pour B.I.G. L’année précédente, nous avions déjà réalisé une superbe vidéo sur cette voie avec Adam. Nous ne voulions donc pas refaire la même vidéo, le même contenu, et nous avons réfléchi à ce que nous pouvions changer ou proposer de nouveau. C’est comme ça que l’idée est née. Florian me connaissait aussi et savait que j’aime beaucoup regarder des directs. J’adore le sport en direct, mais je regarde également beaucoup de streams sur Twitch, que ce soit du jeu vidéo ou des échecs. L’idée de tenter l’expérience m’a donc immédiatement plu. Nous avions tout ce qu’il fallait pour essayer : la bonne équipe autour de nous, et notamment une équipe de tournage très motivée à l’idée de tenter tout cela. C’est ainsi que nous avons commencé. DNA et B.I.G. : comparer la difficulté à travers les styles Après l’enchaînement vient l’évaluation de la cotation. Schubert distingue ici deux choses : la difficulté que DNA a représentée pour lui et celle qu’elle pourrait opposer à un grimpeur aux qualités ou au gabarit différents. GrimpActu : Après avoir réalisé la première répétition de DNA, confirmes-tu le 9c proposé par Seb Bouin ? Comment comparerais-tu DNA et B.I.G. en matière de difficulté, de style et d’exigences physiques ? Jakob Schubert : Oui, je confirme la cotation. Je suis assez certain que 9c est une cotation tout à fait juste pour DNA. Ce qui est assez amusant, c’est que, pour le moment, les grimpeurs ayant atteint le 9c désigneraient chacun une voie différente comme étant la plus difficile ou la plus facile pour eux, selon leur style. Par exemple, Adam m’a dit un jour que, pour lui, Silence n’était pas si difficile et que B.I.G. pourrait même être la plus dure. Seb ne trouve pas DNA si dure. Et, pour moi, B.I.G. est probablement la plus facile, tandis que DNA m’a semblé beaucoup plus difficile, simplement à cause de son style. B.I.G. me correspondait beaucoup mieux, tant pour les mouvements difficiles que pour les prises utilisées. Dans DNA, j’ai dû apprendre beaucoup de choses que j’avais assez peu pratiquées auparavant, notamment ces coincements de genou très techniques. Je pense aussi que DNA est une voie très morphologique, où presque chaque passage de bloc devient plus difficile quand on est plus petit. J’ai donc davantage peiné dans certains passages que Seb et Adam, je pense, notamment à cause de ma taille. Pour mon style et mon gabarit, DNA m’a semblé plus difficile que B.I.G., mais cela ne signifie pas qu’elle est globalement plus dure. Je pense que toutes ces voies peuvent se situer à un niveau similaire en matière de cotation : cela dépend simplement de ton style. Après DNA, l’envie de poursuivre La place qu’il donne à DNA dans son parcours éclaire aussi ses projets. Alors qu’il avait envisagé de tourner la page des voies aussi exigeantes après cet objectif, l’expérience lui donne aujourd’hui envie de se confronter à un autre 9c. GrimpActu : Maintenant que tu as grimpé deux voies cotées 9c, as-tu davantage envie d’en essayer d’autres de ce niveau ou de trouver un projet qui pourrait repousser encore la difficulté, potentiellement vers le 9c+ ? Jakob Schubert : Je pense que les deux m’intéressent. Pour être honnête, il y a un an, lorsque je me suis promis d’enchaîner DNA et que j’en ai fait mon grand objectif, je me demandais si ce ne serait pas mon dernier investissement dans un projet aussi difficile. Je pensais qu’ensuite, je n’essaierais peut-être plus de 9c ou de voies plus dures. Mais maintenant que j’ai vécu tout ce processus, que j’y ai pris beaucoup de plaisir et que je me dis même que DNA est peut-être le plus difficile des 9c pour moi, je peux m’imaginer essayer d’en répéter un autre. Évidemment, je reste aussi toujours ouvert à l’idée de trouver un projet vraiment difficile et magnifique. Mais c’est beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense, surtout lorsqu’on ne taille pas de prises et qu’on n’utilise pas beaucoup de Sika, ce qui est mon cas. Trouver un 9c ou un 9c+ naturel quelque part dans le monde est très difficile. Il faut soit connaître des personnes très douées pour dénicher ce genre de lignes et qui t’en parlent, soit consacrer beaucoup de temps à voyager et à chercher un tel projet. Je ne sais pas si je suis encore assez jeune pour grimper un jour 9c+. C’est peut-être pour la prochaine génération, ou du moins pour ceux qui ont vingt ans aujourd’hui. Mais on verra, je reste ouvert à cette possibilité. Évidemment, lorsque je grimpe un 9c comme DNA ou B.I.G., j’ai toujours le sentiment que je pourrais peut-être grimper un peu plus dur, mais cela reste assez difficile à imaginer. Alors, peut-être que je vais rester à cette cotation pour le moment et essayer de répéter un autre 9c. © Michael Piccolruaz ✍️ Théo de GrimpActu Jakob Schubert: an interview after DNA and the confirmation of 9c On October 10, 2026, Jakob Schubert made the first repeat of DNA at La Ramirole in France’s Verdon Gorge. Confirming Seb Bouin’s proposed 9c grade, the Austrian became the first climber to complete two routes at this level. Speaking to GrimpActu, he discusses what he learned while working towards the ascent, how his livestreamed attempts came about, and how the experience has shaped his ambitions for the future. First climbed by Seb Bouin in 2022, DNA follows around 50 metres of steeply overhanging rock at La Ramirole, in the heart of the Verdon Gorge. The French climber devoted more than 150 days and around 250 attempts to the line before proposing 9c. More than four years later, Jakob Schubert made its first repeat and confirmed the grade: a first at this level of difficulty. The ascent came on his ninth livestreamed attempt from the ground. That number, however, captures only part of the work involved. Since first trying the route in 2024, the Austrian had to learn its sequences, refine his beta and become more efficient. Having already made the first ascent of B.I.G. in Flatanger in 2023, he now has two personal experiences of 9c to compare. Speaking to GrimpActu, Schubert explains what finally made the difference and how the livestreams began. He also discusses why DNA felt harder to him than B.I.G., without suggesting that one route is necessarily harder for everyone. Finally, he considers a prospect he was not sure he would pursue before this project: continuing to climb 9c, or perhaps exploring the possibility of going even harder. Interview by GrimpActu. Answers in the original English, lightly edited for clarity. Learning DNA: from finding beta to building confidence GrimpActu: Between first trying DNA in 2024 and completing it this year, what changed the most: your physical condition, your knowledge of the route, your beta, or your confidence that you could actually climb it? Jakob Schubert: I think all these things changed. Obviously, my physical condition changed a bit since 2024, but mostly just because I trained a lot on the route. The more you climb it, the better you get at it. What changed much more was definitely my knowledge of the route and, above all, the confidence that I could climb it. But I think all these things evolve through trying the route. From the first day of trying it in 2024 to the last day of that trip, I made huge progress. And again, I made quite a lot of progress this year every day, being on the route, thinking about it and thinking about what I could optimise. I think that is also one of the important skills of a climber when projecting: knowing how to get better on a route. GrimpActu: During the livestreams, you fell several times at the main crux. What ultimately made the difference on the successful attempt? Jakob Schubert: A few small differences. One main thing was definitely that I had quite good conditions on the day I sent it. But I also think it was one of the first tries where I really did not make any mistakes. I climbed perfectly from the start up to the crux. Usually, there was always at least one small thing where I felt it was not ideal or I had not done it optimally. In this case, everything went really well and, most importantly, I also executed the crux really well. All in all, it was also just a matter of getting better and better at every single sequence. For example, especially in the first part up to the kneebar rest, I was much more efficient than on my first tries. At first, I still got very, very pumped. Even though I had a big rest, it was still not enough to fully recover from that first pitch. Eventually, I was able to climb it much more efficiently and use less energy. Sharing the attempts live The livestreams allowed viewers to follow part of that process, with the uncertainty of each attempt unfolding in real time. The idea, however, dates back to B.I.G., when Schubert and his team were looking for a new way to document his return to the route. GrimpActu: Livestreaming is playing an increasingly important role in entertainment, but it remains rare in outdoor climbing. You were among the first climbers to use this format to share attempts at the very highest level. Where did the idea come from? Jakob Schubert: Originally, the idea actually came from my manager, Florian Klinger, mainly because I was making this second trip to B.I.G. The year before, we had already made an amazing video about the route together with Adam. We did not want to make the same video again, the same content, so we thought about things we could change or something new we could come up with. That is how the idea was created. Florian also knew me and knew that I am someone who really likes livestreams. I love watching live sports, but I also watch a lot of Twitch streams, whether it is gaming or chess content. So I immediately liked the idea of trying this out. Everything was there for us to try it: the right team around us, especially the camera team, who were really psyched to give it a go. That is how we started. DNA and B.I.G.: comparing difficulty across styles After the ascent comes the assessment of the grade. Here, Schubert distinguishes between the challenge DNA presented to him personally and how it might feel to a climber with different strengths or a different build. GrimpActu: Having made the first repeat of DNA, do you confirm the 9c grade proposed by Seb Bouin? How would you compare DNA and B.I.G. in terms of difficulty, style and physical demands? Jakob Schubert: Yes, I do confirm the grade. I am pretty sure 9c is a very accurate grade for DNA. Funnily enough, I think that right now, all the 9c climbers would name different routes as the hardest and easiest for them, depending on their style. For example, Adam told me once that, for him, Silence is just not that hard, and B.I.G. might even be the hardest one. Seb does not think DNA is that bad. For me, B.I.G. is probably the easiest one, and DNA felt much harder just because of the style. B.I.G. was much more my style in terms of the hard moves and the holds you use. On DNA, I had to learn a lot of things I had not really done much before, especially these very technical kneebars. I also think DNA is a very morpho route, where almost every boulder problem gets harder the shorter you are. So I struggled more on some of the boulder problems compared to Seb and Adam, I think, partly because of my height. For my style and my size, it felt harder than B.I.G., but that does not mean it is a harder route overall. I think they could all be similar in terms of the grade. It just depends on your style. After DNA, the motivation to keep going The place DNA holds in his climbing career also helps explain his plans. Having considered stepping away from projects this demanding after DNA, Schubert now sees himself trying another 9c. GrimpActu: Now that you have climbed two routes graded 9c, are you more interested in trying other routes at this level or in finding a project that could push the difficulty even further, potentially towards 9c+? Jakob Schubert: I think both. To be honest, a year ago, when I promised myself I wanted to send DNA and set it as my big goal, I was not sure whether this might be my last push for such a hard project. Maybe I would not try 9c or harder anymore after that. But now that I have been through this process and had a lot of fun, and even have the thought that DNA might be the hardest of all the 9cs for me, I can see myself trying to repeat another one. Obviously, I am also always open to finding a really hard and amazing project. But that is much harder than people think, especially if you are not chipping or using a lot of Sika, which I do not. Finding a natural 9c or 9c+ somewhere in the world is very difficult. You either need people who are very good at finding this stuff and telling you about it, or you have to invest a lot of time travelling and trying to find a project like that. I am not sure if I am young enough to ever climb 9c+. Maybe that is for the next generation, or at least for the people who are in their twenties now. But let’s see. I am still open to it. Obviously, whenever I climb a 9c like DNA or B.I.G., I still have the feeling that maybe I could climb a bit harder, but it is quite hard to imagine. So maybe I will just stick to this grade for now and try to repeat another 9c. ✍️ Théo, GrimpActu

  • Para-escalade : les obstacles au-delà du mur

    La para-escalade fera ses débuts aux Jeux paralympiques de Los Angeles en 2028. Mais quelles possibilités de pratique s’offrent aux personnes en situation de handicap ? Une étude publiée en 2025 explore les freins à la compétition. Pour GrimpActu, trois athlètes de haut niveau, Aloïs Pottier, Erwan Lievin et Oriane Ilpide, confrontent ces questions à leur quotidien, entre difficultés persistantes et soutiens décisifs. Trouver une salle, des voies adaptées à sa manière de grimper, des partenaires disponibles et les moyens de se déplacer en compétition. Derrière les performances des para-grimpeurs, ces conditions très concrètes déterminent la possibilité de pratiquer régulièrement. Une étude menée par Amy Griswold et Susan MacDermott, publiée en 2025 dans le Student Journal of Occupational Therapy, s’est penchée sur les obstacles à la participation aux compétitions de para-escalade. Les autrices ont recueilli les réponses de 108 personnes de 18 à 65 ans : des grimpeurs, des proches, des entraîneurs, des membres du personnel de salles et des bénévoles. Parmi les répondants, 60 se présentent comme pratiquants de l’escalade adaptée. Au total, 40 personnes déclarent participer à des compétitions de para-escalade. L’enquête fait ressortir plusieurs difficultés : l’accessibilité des installations, l’accès aux financements, la compréhension des règles et des classifications, mais aussi la possibilité de trouver sa place dans une communauté de grimpeurs. Elle ne constitue pas un état des lieux des salles françaises. Les témoignages recueillis par GrimpActu permettent toutefois d’examiner comment ces questions se traduisent dans trois parcours de haut niveau, sans représenter toutes les expériences de pratique en situation de handicap. Aloïs Pottier évolue en catégorie RP1, tandis qu’Erwan Lievin et Oriane Ilpide concourent en AU3. Leurs situations et leurs manières de grimper diffèrent, tout comme les adaptations dont ils ont besoin au quotidien. ➡️ À lire aussi : La para-escalade aux Jeux paralympiques de Los Angeles 2028 : une reconnaissance historique Avoir une salle ne signifie pas toujours pouvoir y grimper Pour Aloïs Pottier, la différence se remarque parfois dès l’arrivée. Dans les salles récentes ou rénovées qu’il fréquente, l’accès en fauteuil ne lui pose généralement pas de problème. Dans certaines installations anciennes, les choses se compliquent. Une fois au pied du mur, il faut encore trouver des voies qui correspondent à sa manière de grimper. Toutes ne s’y prêtent pas, mais leur renouvellement lui ouvre régulièrement de nouvelles possibilités. Cette distinction entre entrer dans une salle et pouvoir réellement l’utiliser traverse l’étude de Griswold et MacDermott. 92 % des répondants déclarent disposer d’une entrée extérieure et d’un stationnement accessibles. Pourtant, les réponses libres font apparaître des difficultés dans les espaces intérieurs, les sanitaires ou les vestiaires. Une personne amputée au-dessus du genou évoque notamment le besoin d’intimité pour ajuster sa prothèse. L’accessibilité se joue ainsi dans une succession de détails, depuis l’arrivée jusqu’à la séance elle-même. Sur le mur, elle dépend aussi de l’ouverture, des prises et des mouvements proposés. Erwan Lievin trouve globalement de quoi s’entraîner et prendre du plaisir dans les salles qu’il fréquente, même si certains passages lui conviennent moins. La voie lui réserve cependant une difficulté particulière : clipper avec une seule main dans les gros dévers. Le geste fait partie du quotidien de l’escalade en tête ; sa réalisation peut demander une organisation bien différente selon les possibilités du grimpeur. Pour Oriane Ilpide, la diversité de l’offre francilienne constitue au contraire un appui important. Elle estime que les nombreux blocs ouverts pour des publics variés, de tailles et de profils différents, multiplient également ses possibilités de pratique. En voie, où elle trouve moins de salles à proximité, elle alterne entre plusieurs structures pour répondre à ses besoins. Une offre abondante et variée laisse davantage de choix au grimpeur. Encore faut-il pouvoir y accéder, financièrement et géographiquement, puis trouver les conditions humaines pour pratiquer. Trouver sa place, et des personnes avec qui revenir Oriane a découvert l’escalade à sept ans, au périscolaire, sur une petite structure installée dans la salle des fêtes de son village. Elle s’y est immédiatement sentie à l’aise et entourée. Erwan garde lui aussi un souvenir très positif de ses premières séances, au lycée puis en STAPS, qu’il relie à la qualité de son entourage. Ces débuts favorables comptent dans leurs récits. Ils rappellent qu’avant les classifications et les déplacements internationaux, il y a une rencontre avec l’activité et avec les personnes qui la rendent possible. Dans l’enquête, des répondants décrivent justement ce qui peut manquer à cette rencontre : un groupe, un partenaire, un personnel familiarisé avec la para-escalade. Certains évoquent des attitudes maladroites, un manque de diversité ou des difficultés à se sentir pleinement à leur place. Ces témoignages ne permettent pas de mesurer la fréquence de telles situations, mais ils font apparaître une dimension de l’accessibilité que les équipements seuls ne résolvent pas. Trouver un partenaire peut aussi conditionner directement la possibilité de s’entraîner. Aloïs, qui grimpait déjà avant son accident et s’est tourné vers la para-escalade en 2010, en fait l’une de ses principales difficultés : « Dans ma discipline, je forme un binôme, voire un trinôme, avec une ou deux personnes qui m’assurent. » Une séance nécessite donc de concilier plusieurs disponibilités. La confiance se construit avec les partenaires, tout comme les habitudes qui permettent de grimper régulièrement. Même lorsque le temps, le financement et la salle sont disponibles, l’entraînement reste tributaire de cette organisation collective. Erwan et Oriane décrivent des expériences différentes. Le premier a facilement trouvé des personnes avec qui grimper et précise n’avoir jamais vraiment eu besoin d’un encadrement spécifique. La seconde souligne les liens qui se créent lorsqu’on travaille les mêmes blocs ou qu’on retrouve régulièrement les mêmes visages en salle. Ces différences sont essentielles : elles montrent pourquoi les besoins d’un para-grimpeur ne peuvent pas être déduits de ceux d’un autre. Pour certains, les rencontres habituelles en salle suffisent à construire une pratique. Pour d’autres, un partenariat d’assurage stable représente une condition indispensable à sa régularité. Oriane Ilpide — © World Climbing Le soutien financier se mesure aussi en séances possibles Pour Oriane, étudiante en master en activité physique adaptée, la gratuité des entrées constitue un soutien majeur : « Grâce à ma place en équipe nationale, j’ai l’entrée gratuite dans toutes les salles d’Ile de France ce qui aujourd’hui, étant étudiante, est vraiment un luxe au vu du prix d’une entrée. » Son club, Entre-Temps Escalade, prend en charge sa licence sportive ainsi qu’une partie de ses frais de déplacement et de participation aux compétitions. Elle bénéficie également du soutien financier de la Région Bourgogne-Franche-Comté. Ces appuis l’aident à poursuivre son parcours sportif, de la pratique régulière aux compétitions de haut niveau. Le témoignage d’Aloïs montre une autre forme d’accompagnement. Depuis son arrivée dans l’Équipe Police nationale, il bénéficie d’un soutien financier et de temps pour s’entraîner : « Ce soutien me permet de préparer mes compétitions plus sereinement et de me concentrer davantage sur ma progression. » Il cite également l’Agence nationale du Sport parmi les appuis qui lui permettent d’aborder les échéances avec davantage de sérénité. Ces soutiens lui apportent des moyens financiers et du temps pour s’entraîner, deux ressources essentielles pour préparer ses échéances. Ces parcours donnent une dimension concrète au principal obstacle relevé dans l’enquête : 75 % des répondants déclarent ne pas savoir où chercher une aide financière. Ce résultat décrit une difficulté à identifier les ressources disponibles. Il ne signifie pas que trois quarts des para-grimpeurs seraient privés de financement, ni que toutes les personnes interrogées ont engagé une demande. Les dépenses, elles, peuvent s’accumuler : pratique en salle, déplacements, hébergement, inscriptions et, selon les situations, équipement spécifique. Pour Erwan, l’amélioration prioritaire serait une meilleure prise en charge des compétitions, particulièrement à l’international. Les témoignages mettent ainsi en évidence deux réalités complémentaires : les soutiens peuvent transformer les conditions de pratique, tandis que les frais restant à la charge des athlètes continuent de peser sur leur parcours. La classification, entre stabilité et sentiment de décalage Pour concourir, il faut aussi trouver sa place dans le système de classification. C’est sur ce terrain qu’Erwan situe sa difficulté la plus importante : « Le plus compliqué pour moi a été les classifications car je me retrouve entre deux catégories. Soit je suis trop avantagé dans une soit beaucoup trop désavantagé dans l’autre. » Il attribue notamment ce décalage au nombre limité de catégories dans une discipline qui rassemble encore relativement peu de compétiteurs. Son témoignage porte sur l’équilibre sportif qu’il ressent dans sa propre situation. Aloïs décrit, à l’inverse, une incertitude récemment levée : depuis sa dernière classification, il explique que sa catégorie a été consolidée. Cette stabilité lui permet de préparer ses échéances avec un sujet de préoccupation en moins. L’étude aborde une autre facette du problème : la compréhension du système. 56 % des répondants jugent que le manuel consulté n’explique pas clairement l’éligibilité à la compétition, et 51 % trouvent peu claire l’attribution d’une classe sportive. Toutefois, 62 % déclarent ne pas avoir lu ce manuel. Parmi ceux qui l’ont consulté, les réponses témoignent généralement d’une meilleure compréhension. Deux questions se dessinent donc. La première concerne la manière dont un athlète vit sa classification et ses conséquences sportives. La seconde tient à l’accès aux informations nécessaires pour comprendre les procédures. Elles appellent des réponses différentes : un document plus accessible peut aider à se repérer, sans résoudre à lui seul le sentiment de décalage décrit par Erwan. À l’inverse, connaître sa catégorie ne dispense pas de pouvoir obtenir des explications sur les démarches et les règles. Aloïs Pottier — © World Climbing Du matériel adapté à une information accessible La même difficulté apparaît autour des équipements. Dans l’enquête, 54 % des répondants ne savent pas s’ils peuvent concourir avec une orthèse, une prothèse ou une attelle. Pourtant, plus de la moitié déclarent avoir accès à du matériel adapté personnalisé. La possibilité de s’équiper et la connaissance des conditions d’utilisation constituent donc deux étapes distinctes. Pour un athlète, il faut pouvoir identifier une solution, éventuellement la faire réaliser, puis vérifier sa compatibilité avec le cadre compétitif. Les adaptations peuvent également intervenir en dehors du mur. Oriane travaille actuellement avec la fédération et une entreprise d’orthèses sur un projet de prothèse destiné à ses séances de préparation physique. Elle précise ne pas avoir besoin de matériel spécifique pour le reste de sa pratique. Cette démarche illustre l’intérêt de partir d’un besoin précis. Les adaptations utiles à un sportif ne concernent pas nécessairement tous les aspects de son activité ; elles peuvent répondre à un exercice, à une situation ou à un objectif particulier. Encore faut-il savoir à qui s’adresser. L’enquête relève que 40 % des répondants ignorent comment trouver un entraîneur dans leur région. D’autres ne savent pas quel contact solliciter pour obtenir des informations sur les compétitions nationales ou internationales. Le parcours peut ainsi devenir difficile à suivre, même lorsque des ressources existent. Après la découverte, permettre une pratique durable Pour répondre aux besoins exprimés, l’étude a débouché sur la création de ressources consacrées aux financements, aux équipements, aux classifications et à l’accueil en salle. Leur effet à long terme sur la participation n’a toutefois pas été évalué. En France, la FFME propose également des outils pour accompagner les clubs et les pratiquants : formation « Escalade et Handicap », ressources pour développer l’accueil et passeports para-escalade permettant d’individualiser le suivi de la progression. Leur existence donne des moyens d’agir aux structures ; elle ne renseigne pas, à elle seule, sur les possibilités réellement accessibles à chaque grimpeur près de chez lui. Les parcours d’Aloïs, d’Erwan et d’Oriane montrent ce qu’un environnement favorable peut apporter. Une salle adaptée, des partenaires, un club ou un dispositif de soutien permettent de dépasser certaines difficultés. Ils font aussi apparaître de nouveaux enjeux lorsque le projet sportif prend davantage de place. Pour Oriane, le principal défi consiste désormais à maintenir l’équilibre entre ses études et sa carrière sportive. Lorsqu’elle envisage la suite, son souhait est clair : « Ce qui favoriserait le plus ma pratique pour les années à venir serait de pouvoir vivre de l’escalade (avoir des cash-price aux compétitions, plus d’aides…). » À deux ans des débuts paralympiques de la discipline, ces expériences invitent à regarder toute la continuité du parcours. Une première séance réussie, la possibilité de revenir chaque semaine et les moyens de rejoindre une compétition répondent à des besoins différents. Pour Aloïs, cela passe notamment par des partenaires d’assurage disponibles. Pour Erwan, par une meilleure prise en charge des déplacements et une classification dans laquelle il puisse se reconnaître sportivement. Pour Oriane, par la possibilité de poursuivre ses études tout en construisant son avenir d’athlète. Trois parcours qui donnent un contenu concret à une même ambition : permettre à chacun de choisir la place que l’escalade prendra dans sa vie. Para-escalade : où trouver des informations et un club ? Vous souhaitez découvrir la para-escalade, rejoindre une structure ou vous renseigner sur la compétition ? La FFME propose plusieurs ressources pour orienter les pratiquants, leurs proches et les clubs. Découvrir la para-escalade : les formes de pratique et les adaptations possibles. Trouver un club accueillant des para-grimpeurs : une carte pour identifier une structure à contacter et échanger sur vos besoins. Comprendre les classifications sportives : une présentation des catégories utilisées en compétition. Consulter les règlements de compétition : les documents fédéraux, notamment le règlement para-escalade de la saison. Développer l’accueil dans son club : formations, outils et dispositifs d’accompagnement pour les structures. ✍️ Théo de GrimpActu Oriane Ilpide — © World Climbing Sources : Étude : Griswold, A. C., & MacDermott, S. (2025). Identifying Barriers and Creating Resources to Improve Participation in Competitive Adaptive Rock Climbing. Student Journal of Occupational Therapy, 5(1), 61–72. Consulter la publication. Témoignages : réponses d’Aloïs Pottier, Erwan Lievin et Oriane Ilpide recueillies par GrimpActu. Contexte français : ressources de développement de la para-escalade et passeports para-escalade de la FFME.

  • Lara Neumeier réalise la première ascension féminine de Rhapsody 8c+ trad

    ➡️ You can find the English version of this article right here. Le 7 octobre 2026, Lara Neumeier a enchaîné Rhapsody, à Dumbarton Rock, en Écosse. L’Allemande réalise la première ascension féminine de cette voie de trad cotée E11 7a (8c+ trad), vingt ans après son ouverture par Dave MacLeod. Une réussite construite sur deux séjours, avec toutes les protections posées au cours de l’ascension. Dans la fissure du bas, Lara Neumeier manque pourtant de glisser. Une portion du rocher, encore humide, menace de compromettre son essai avant même les principales difficultés. Elle parvient à rester en place, poursuit sa progression et rejoint finalement le sommet. Dans le récit transmis à la presse, elle décrit la suite comme un enchaînement où tout finit par s’accorder, après des mois à penser à cette ligne. « Attraper la prise de sortie et me rétablir au-dessus du rebord a été une sensation incroyable. Au sommet de Rhapsody, je me sentais immensément heureuse et fière. » © Sam Pratt Rhapsody, une difficulté qui se concentre en hauteur Libérée en 2006 par Dave MacLeod, Rhapsody est devenue la première voie cotée E11 (8c+ trad). Cette ligne de 35 mètres a ensuite été répétée notamment par Sonnie Trotter, Steve McClure, James Pearson et Jacopo Larcher. Sa cotation britannique, E11 7a, associe une appréciation globale de la difficulté et de l’engagement à une cotation technique du mouvement le plus difficile. Le « 7a » britannique ne correspond donc pas à un 7a français. Le communiqué situe la difficulté physique de l’ensemble autour de 8c+, avec un passage de bloc annoncé à 8A dans la partie supérieure. C’est précisément là que l’effort se complique : les mouvements les plus exigeants arrivent après une longue section de grimpe, au-dessus des dernières protections. Selon les informations communiquées, environ huit mètres séparent le dernier placement du sommet. « C’est très difficile physiquement, mais aussi mentalement, parce que la partie la plus dure se trouve tout en haut. Il faut pratiquement toujours repartir du sol pour arriver à cet endroit et pouvoir vraiment essayer. » À cette configuration s’ajoutent les conditions écossaises. Pour travailler les mouvements puis tenter l’enchaînement, il faut aussi composer avec la pluie, l’humidité et les fenêtres de rocher sec. Deux séjours pour construire ses méthodes et sa confiance Le projet prend forme après son ascension de Psychogramm, 8b+ trad, à Bürser Platte, en Autriche, au printemps 2025. Lara Neumeier y découvre un attrait particulier pour la préparation propre au trad difficile : apprendre les mouvements en moulinette, étudier les placements de protections, puis réunir les conditions nécessaires à un essai en tête. Rhapsody lui reste en mémoire depuis l’ascension de Jacopo Larcher, en 2016. Elle se rend pour la première fois à Dumbarton Rock en avril 2026 avec Nemuel Fuerle. L’objectif initial est d’évaluer si la voie lui convient, notamment en raison de certains mouvements de grande amplitude. La pluie perturbe les premiers jours. Les deux grimpeurs utilisent des serviettes pour sécher les sections humides et parvenir à travailler la ligne. Après cinq journées en moulinette, Neumeier a identifié les mouvements et les emplacements de protections. Quelques essais en tête, en fin de séjour, lui donnent envie de revenir. À son retour, fin septembre, elle alterne les liaisons en moulinette et les tentatives depuis le sol, à raison d’un à quatre essais en tête par jour. Elle ajuste ses séquences et cherche à économiser de l’énergie dans chaque section. Les progrès sont réguliers, parfois minimes. Dans le crux, les petits appuis entretiennent une sensation d’incertitude, même une fois la méthode trouvée. Elle considère alors Rhapsody comme la voie la plus difficile qu’elle ait essayée. Deux jours de repos avant le déclic Les tentatives finissent par peser, tout comme les longues journées dans le froid et le vent. Neumeier et son compagnon de cordée prennent deux jours de repos. À la reprise, elle réussit en tête toute la partie supérieure, depuis le repos jusqu’au sommet. Cette liaison lui apporte un gain de confiance décisif. Le lendemain, le 7 octobre, elle s’échauffe en moulinette avant de repartir du sol pour l’essai victorieux. Les seize journées consacrées au projet, sept au printemps puis neuf à l’automne, aboutissent à une ascension réalisée en plaçant elle-même l’ensemble de ses protections en tête. « J’avais consacré à Rhapsody plus d’énergie, de travail et de détermination qu’à n’importe quelle autre voie auparavant. » Cette réussite s’inscrit aussi dans une expérience collective. Buster Martin enchaîne Rhapsody quelques jours avant elle ; Nemuel Fuerle y parvient quelques heures après son ascension. Neumeier souligne le plaisir d’avoir partagé le travail de la voie et l’accueil des grimpeurs locaux. Première femme à rejoindre la liste des répétiteurs, elle souhaite que cette ascension encourage d’autres pratiquantes à envisager des projets ambitieux : « Il est vraiment important que nous, les femmes, ayons suffisamment confiance en nous pour essayer des choses très difficiles. » Article rédigé à partir du communiqué de presse transmis le 19 octobre 2026. Citations traduites de l’anglais. ✍️ Théo — GrimpActu © Sam Pratt Lara Neumeier makes the first female ascent of Rhapsody, 8c+ trad On 7 October 2026, Lara Neumeier climbed Rhapsody at Dumbarton Rock, Scotland. The German climber made the first female ascent of the E11 7a (8c+ trad) route, twenty years after its first ascent by Dave MacLeod. Her success followed two trips, with all protection placed on lead during the ascent. In the lower crack, Lara Neumeier almost slips. An unexpectedly wet section threatens to end her attempt before she even reaches the main difficulties. She manages to hold on, continues upwards and eventually reaches the top. In the account shared with the press, she describes the rest of the climb as a moment when everything finally came together, after months of thinking about the line. “Grabbing the top hold and mantling over the lip was a crazy feeling. Standing on top of Rhapsody I felt incredibly happy and proud.” Rhapsody: the hardest climbing comes high on the wall First climbed by Dave MacLeod in 2006, Rhapsody became the first route graded E11. The 35-metre line has since been repeated by climbers including Sonnie Trotter, Steve McClure, James Pearson and Jacopo Larcher. Its British grade, E11 7a, combines an overall assessment of difficulty and seriousness with a technical grade for the hardest move. The British “7a” therefore does not correspond to a French 7a. The press release puts the route’s overall physical difficulty at around 8c+, with an upper crux described as an 8A boulder problem. This is where the challenge intensifies: the hardest moves come after a sustained stretch of climbing, above the final protection placements. According to the information provided, approximately eight metres separate the last piece of protection from the top. “It's physically really hard, but it's also mentally extremely hard because the hardest part is at the very top. You basically always have to climb all the way from the ground to get to that point and to try hard.” Scottish conditions add another layer of uncertainty. Working the moves and attempting the full route also means dealing with rain, humidity and limited windows of dry rock. Two trips to build sequences and confidence The project took shape after Neumeier climbed Psychogramm, 8b+ trad, at Bürser Platte, Austria, in spring 2025. There, she developed a particular enthusiasm for the preparation involved in hard trad climbing: learning the moves on top rope, studying protection placements and gradually building towards a lead attempt. Rhapsody had been on her mind since Jacopo Larcher’s ascent in 2016. She first travelled to Dumbarton Rock in April 2026 with Nemuel Fuerle. Her initial aim was to establish whether the route was realistic for her, particularly given its reputation for some very reachy moves. Rain disrupted the first few days. The two climbers used towels to dry wet sections so they could work the line. After five days on top rope, Neumeier had figured out all the moves and protection placements. A few lead attempts towards the end of the trip left her eager to return. Back in late September, she alternated top-rope links with attempts from the ground, making between one and four lead attempts a day. She refined her sequences to become more efficient through the different sections. Progress was steady, although sometimes small. In the crux, tiny footholds kept the climbing feeling insecure, even after she had found a sequence that worked. She considered Rhapsody the hardest route she had ever tried. Two rest days before the breakthrough The attempts began to take their toll, as did the long days in cold and windy conditions. Neumeier and her climbing partner took two rest days. On her return, she linked the entire upper wall on lead, from the resting position on the route to the top. That link gave her a decisive confidence boost. The following day, 7 October, she warmed up on top rope before setting off from the ground for the successful attempt. Sixteen days devoted to the project, seven in spring and nine in autumn, culminated in an ascent with every piece of protection placed by Neumeier herself on lead. “I had put more energy, work and determination into Rhapsody than into any route before.” Her success was also part of a shared experience. Buster Martin climbed Rhapsody a few days before her; Nemuel Fuerle succeeded just hours after her ascent. Neumeier highlighted the enjoyment of working the route together and the welcome they received from local climbers. As the first woman to join the route’s list of repeat ascensionists, she hopes her ascent will encourage other women to consider ambitious projects: “It's really important that we as women have the confidence and trust in ourselves to try really hard things.” Article based on the press release shared on 19 October 2026. Quotes reproduced in their original English. © Sam Pratt

  • La Para Escalade aux jeux paralympiques de Los Angeles 2028 : une reconnaissance historique

    Une avancée majeure pour la para escalade C’est désormais officiel : la para escalade fera son entrée aux Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028 (LA28). Une première historique pour cette discipline exigeante et inspirante, fruit de longues années de mobilisation collective. Athlètes, entraîneurs, fédérations et bénévoles ont uni leurs forces pour hisser la para escalade au plus haut niveau de reconnaissance internationale. Le Comité International Paralympique (IPC) a validé l’organisation de huit épreuves médaillées, réunissant 80 athlètes venus du monde entier à parfaite parité : 40 femmes et 40 hommes. Au-delà des chiffres, c’est un message fort envoyé en faveur de l’inclusion et de l’équité dans le sport. Cette décision marque un tournant pour la Fédération Internationale d’Escalade Sportive (IFSC), qui œuvre depuis plus de dix ans au développement de la para escalade à l’échelle mondiale. @IFSC "À la lecture de l’annonce par l’IPC, je suis très satisfait. Il me reste plus qu’à assurer. J’espère cependant ne pas changer de classification, lors de la revue qui a lieu tous les deux ans. J’aurais aimé qu’il y ait plus de catégories, notamment les RP2, quitte à en fusionner certaines. Par exemple, l’IPC aurait pu rassembler tous les athlètes aveugles dans une seule catégorie en les masquant visuellement. On peut espérer une évolution d’ici Brisbane en 2032." — Aloïs Pottier Les épreuves et classifications à LA28 Les compétitions de para escalade aux Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028 seront structurées autour de plusieurs catégories de handicap. Ce système de classification garantit une équité sportive tout en valorisant la diversité des profils. Déficience visuelle Catégorie B1 (hommes) : absence totale de perception visuelle Catégorie B2 (femmes) : acuité visuelle très réduite Déficience des membres supérieurs Catégorie AU2 (hommes et femmes) : limitation partielle ou totale d'un ou plusieurs membres supérieurs Déficience des membres inférieurs Catégorie AL2 (hommes et femmes) : atteintes physiques touchant les jambes (ex : amputation, paralysie partielle) Mobilité réduite / force limitée Catégorie RP1 (hommes et femmes) : faiblesses musculaires, troubles moteurs ou atteintes neuromusculaires impactant la gestuelle globale Long Beach : un décor spectaculaire pour des exploits verticaux Les épreuves de para escalade se dérouleront au Centre des Congrès de Long Beach, en Californie, un site emblématique situé le long de la côte sud de l’État. Ce lieu, baigné par l’air marin et surplombé par la lumière du Pacifique, accueillera également les compétitions d’escalade des Jeux Olympiques plus tôt dans l’été, assurant ainsi une continuité visuelle et logistique entre les deux événements. À Long Beach, les grimpeurs évolueront dans un cadre accessible et totalement repensé pour offrir les meilleures conditions aux athlètes paralympiques. En parallèle, les épreuves de para natation se tiendront dans un centre aquatique temporaire installé à proximité, créant une véritable ambiance de festival sportif en bord d’océan. Vers une visibilité mondiale La reconnaissance paralympique n'est pas un hasard : la para escalade bénéficie depuis plusieurs années d'une exposition croissante. Les étapes de Coupe du Monde IFSC et les Championnats du Monde (comme ceux de Salt Lake City en 2025, ou Séoul en septembre 2025) ont mis en lumière des performances remarquables, et surtout des parcours humains qui inspirent toute la communauté outdoor. Une victoire collective pour la communauté de l'escalade Marco Scolaris, président de l'IFSC, résume parfaitement ce moment historique : "C’est un nouveau jour historique pour la famille de l’escalade. Voir la para escalade intégrer les Jeux Paralympiques avec une structure inclusive et la parité hommes-femmes, c’est le fruit de l’engagement de toute une communauté." Et cette communauté, c’est aussi chacun de nous. Athlètes, organisateurs, encadrants, spectateurs : chaque soutien, chaque regard porté sur cette discipline a contribué à faire progresser la para escalade. ✍️ Théo de GrimpActu @IFSC

  • Erwan Lievin : Un exploit historique en para-escalade avec "Le Pilier du Désert"

    À 22 ans, Erwan Lievin a enchaîné Le Pilier du Désert, un bloc coté 7C+ à Fontainebleau. Pour le grimpeur qui évolue à une seule main, cette réussite récompense plusieurs séances de travail et une méthode patiemment construite. Il nous raconte ce projet, concrétisé quelques jours après les Championnats de France de para-escalade. Un mouvement résistait encore. Lors de ses premières séances dans Le Pilier du Désert, Erwan Lievin ne parvenait pas à franchir le passage central de ce bloc physique, où la compression et le contrôle du ballant occupent une place essentielle. Il avait fini par laisser le projet de côté. Lorsqu’il y revient, avec l’envie de mesurer ses progrès, le mouvement passe enfin. Reste alors à le reproduire depuis le départ. De la découverte de l’escalade aux projets à Fontainebleau Erwan a découvert l’escalade trois ans et demi auparavant, pendant sa licence STAPS. Il commence au sein de l’Union sportive de Bures-sur-Yvette (USBY), un club qui continue de le soutenir, aux côtés de son entraîneur Ludovic Delmotte. Son parcours l’amène rapidement en équipe de France de para-escalade, dont il porte les couleurs sur le circuit international pendant trois ans. En 2025, sa troisième place aux Championnats de France ne lui permet toutefois pas de retrouver la sélection nationale. Cette déception laisse davantage de place à ses projets en extérieur, notamment sur les blocs de Fontainebleau. Il y avait déjà enchaîné Bagheera, son premier 7C, en mai 2023. Une réussite qui lui avait donné envie de poursuivre le travail de blocs exigeants sur le rocher. Avec Le Pilier du Désert, il franchit une nouvelle étape personnelle : un bloc coté 7C+, enchaîné cinq jours après les Championnats de France. Un passage clé entre compression et contrôle du ballant Le Pilier du Désert impose d’abord de trouver les bons placements pour progresser en compression, avant un mouvement puissant dont il faut maîtriser la réception. Erwan nous décrit le passage : « Pour décrire le bloc à ceux qui ne le connaissent pas, Le Pilier du Désert est un bloc très physique, en compression, avec un départ sauté très proche. Il faut être précis en arrivant sur une arquée main droite et une rampe plate main gauche. Ensuite, on monte un talon gauche au niveau de la main pour remonter la rampe jusqu’à l’endroit où elle tient le mieux, placer un pied droit à plat, et envoyer toute son énergie sur un très bon plat. Là, le crux est de ne pas toucher les pads et de contrôler le ballant. S’ensuit une petite traversée pas très dure sur des médaillons super classes, puis un réta vraiment pas compliqué — pour un bloc à Fontainebleau. » Lors de l’hiver précédent, il avait consacré trois ou quatre séances au bloc sans réussir le mouvement central. D’autres projets avaient ensuite pris le relais, jusqu’à ce qu’il décide de revenir essayer ce passage. « Cet hiver, je n’y suis pas retourné, car j’avais d’autres projets en tête que je voulais essayer, qui ne sont pas sortis au final… mais bon, affaire à suivre. J’ai repensé à ce bloc, je me suis motivé à y retourner pour voir si j’étais mieux que l’année dernière, et boum, je fais le move du milieu en faisant une sorte de coordo de bras, où je remonte la main gauche dans une autre presse pour tenir le ballant ! J’étais hyper heureux ! Mais je n’arrive pas à enchaîner à cette séance-là. » Le passage est désormais possible. L’enchaînement, lui, reste à construire. Réussir le mouvement depuis le bas Une semaine et demie plus tard, Erwan revient avec cette méthode en tête. Mais les sensations de la séance précédente ne reviennent pas immédiatement : le placement manque de précision et le mouvement lui échappe de nouveau. « J’y retourne une semaine et demie après, et j’essaie de recaler le gros move, et là… impossible de le refaire. Soit je ne prends pas la prise correctement, soit je tape trop loin du plat… Mais bon, je ne me décourage pas. Je me dis : autant faire des runs du bas, avec une pré-fatigue, ça peut passer. Premier essai : je tape le bac, mais je ne tiens pas le ballant. Le run suivant sera le bon : je claque le move et je le réussis comme je l’avais calé ! Plus qu’à rester concentré pour ne pas tomber dans la fin, et je rétablis en haut de ce super pilier ! » Après les essais consacrés à un mouvement isolé, c’est donc en repartant du début qu’il parvient à retrouver la coordination nécessaire. Il contrôle cette fois le ballant, poursuit la traversée et rejoint le sommet. Une réussite après un hiver compliqué Pour Erwan, cet enchaînement prend aussi son sens dans les difficultés qui l’ont précédé. Après un hiver marqué par des blessures et des conditions d’entraînement compliquées, réussir ce projet apporte un soulagement. « C’est comme une grosse libération, un poids qui s’enlève. C’est aussi une nouvelle limite personnelle — et pour la para-escalade — qui vient de se briser ! » Cette réussite nourrit déjà un autre objectif : atteindre le huitième degré en bloc à une seule main. Une ambition qui prolonge le chemin entamé avec Bagheera, puis Le Pilier du Désert. Erwan revient également sur cette ascension dans son premier court-métrage, disponible sur YouTube, pour découvrir en images le bloc et le travail qui a précédé l’enchaînement. ✍️ Théo de GrimpActu

  • Adam Ondra : interview après Exodia et sa proposition de décote à 9A

    ➡️ You can find the English version of this article right here. Quatre journées sur le rocher pour répéter un bloc auquel Elias Iagnemma a consacré quatre ans et demi : l’ascension d’Exodia par Adam Ondra invite à regarder au-delà des chiffres. Pour GrimpActu, le Tchèque détaille ses méthodes, sa gestion de la pression et les raisons de sa proposition de cotation à 9A, face au 9A+ initial. À proximité du refuge Barbara, dans le Val Pellice italien, Exodia a attiré l’attention avec la proposition de 9A+ formulée par Elias Iagnemma après sa première ascension, en novembre 2025. Annoncée le 18 octobre 2026, la première répétition d’Adam Ondra apporte un nouvel éclairage sur cette difficulté : le Tchèque propose 9A, tout en soulignant l’aide déterminante d'Elias. Elias l’a accompagné lors de sa découverte du bloc en septembre et lui en a transmis les méthodes. Un gros rhume, puis d’autres obligations ont retardé son retour. Lorsque la possibilité de revenir s’est présentée, la pluie annoncée semblait ne lui laisser que deux jours pour conclure. Il a finalement réussi en quatre journées de travail au total, en conservant la séquence d’Elias, avec quelques différences dans la manière de saisir les prises. Mais ce délai raconte seulement une partie de l’ascension. Dans ses réponses à GrimpActu, Adam Ondra revient sur ce que représente le fait d’arriver devant un bloc dont les mouvements ont déjà été déchiffrés. Il décrit aussi une ligne qui correspond particulièrement bien à ses qualités : des placements subtils, de la tension corporelle et des talons exigeants, associés à une dimension physique sur laquelle il estime avoir beaucoup progressé. Le repos tête en bas, au milieu du bloc, occupe une place centrale dans son récit. Combien de temps y rester pour récupérer des bras sans fatiguer les jambes nécessaires à la suite ? Cette décision, comme celle d’interrompre ses essais la veille de l’enchaînement, révèle une ascension construite autour de choix précis. Jusqu’à cet ultime essai où une nervosité intense s’est transformée en une grimpe dont il garde un souvenir particulièrement fort. Entretien recueilli par GrimpActu. Réponses traduites de l’anglais et légèrement éditées pour la clarté. Photo by Petr Chodura, © Adam Ondra Découvrir Exodia et trouver le bon repos GrimpActu : Avant d’essayer Exodia, quelle image t’en faisais-tu, et qu’est-ce qui t’a le plus surpris une fois sur le rocher ? Adam Ondra : D’après les photos et la vidéo d’Elias, je n’en attendais pas grand-chose sur le plan esthétique. Cela ne ressemblait pas à la plus belle ligne du monde. Et, effectivement, la première impression correspond assez bien à ce que l’on voit dans les vidéos : une paroi plutôt basse, dont les couleurs et la structure du rocher ne sont pas particulièrement impressionnantes. Mais j’ai eu le sentiment que plus on essaie le bloc, plus on apprécie les mouvements et le rocher, qui est finalement assez sympa. Même s’il est lisse et offre peu d’adhérence, je ne l’ai pas trouvé désagréable à grimper. Certaines roches lisses ne sont vraiment pas plaisantes, mais ici, j’ai trouvé l’escalade agréable. On sent qu’il y a peu de friction, mais la réaction du rocher correspond à ce que l’on ressent et à ce que l’on attend. C’est un peu la même chose pour le lieu et la ligne : plus on y passe de temps, plus on les apprécie. Chaque fois que je revenais, j’avais l’impression que le bloc était un peu plus grand et plus impressionnant à regarder. GrimpActu : Le repos au milieu du bloc semble être une clé de vos expériences respectives. Elias expliquait qu’il soulageait ses bras, mais épuisait son gainage et ses ischio-jambiers. Comment as-tu vécu cette position, et comment décidais-tu du moment où repartir ? Adam Ondra : C’est probablement ce repos qui m’intriguait le plus après avoir regardé la vidéo. Je pensais qu’il serait peut-être possible d’y rester beaucoup plus longtemps, en n’utilisant qu’un genou à la fois et en alternant. C’est généralement la stratégie que j’utilise dans les voies sportives lorsque les genoux sont bons. Un genou peut être confortable pendant quarante à cinquante secondes. Ensuite, cela devient trop physique et on commence à épuiser la force de la jambe. Ma conclusion a été qu’il était possible de se reposer sur une seule jambe et d’alterner, mais que le changement de jambe était trop fatigant. Cela prenait trop de temps et les prises à utiliser pour pouvoir relâcher les jambes n’étaient pas assez bonnes. Je pense donc que la stratégie qu’Elias et moi avons utilisée était la meilleure : grimper rapidement la partie basse, récupérer trente à quarante secondes dans le coincement de genoux avec les deux jambes, puis repartir. Avec les deux jambes, je me sentais à l’aise. Je n’avais pas l’impression de risquer de tomber. Je n’y suis resté qu’une trentaine de secondes. J’aurais pu rester plus longtemps, mais je voulais garder de la fraîcheur partout, y compris dans les jambes. Je n’avais pas le sentiment que mon gainage était engagé. Mais la suite du bloc repose beaucoup sur les talons et je voulais vraiment être certain d’avoir encore de la force dans les jambes. Je pense que c’est une bonne stratégie de ne pas rester trop longtemps au repos. Je serais surpris que quelqu’un y reste deux minutes à l’avenir. C’est possible, mais je ne pense pas que ce soit la façon la plus efficace de grimper ce bloc. Photo by Petr Chodura, © Adam Ondra Deux jours pour conclure, avec la pression de la pluie Préserver ses jambes au repos ne constitue qu’une partie de l’équation. Lors de son retour, Adam doit aussi répartir ses efforts dans une fenêtre météo qu’il pense très courte. GrimpActu : À ton retour, tu savais que la pluie risquait de ne te laisser que deux jours. Comment as-tu organisé tes essais et ton repos pour saisir cette fenêtre sans te laisser déborder par l’urgence ? Adam Ondra : Je n’ai pas encore suffisamment d’expérience de ce bloc pour savoir à quelle vitesse il prend l’eau lorsqu’il pleut. Mais avec l’hiver qui approche, je pense que s’il se mouille et commence à résurger, les chances de le voir sécher avec des températures plus basses sont assez faibles. J’étais donc un peu nerveux. La saison n’était peut-être pas terminée, mais je ressentais vraiment cette urgence : il fallait que je le fasse aujourd’hui. Le jeudi, qui était mon premier jour de ce séjour, je me sentais très fort. Je suis arrivé jusqu’au mouvement de talon et j’ai glissé. Mon deuxième essai était également très bon. J’aurais pu continuer : c’était simplement une erreur. Je me suis alors dit que ce serait peut-être une bonne idée d’arrêter la journée et de garder de l’énergie pour le lendemain. C’est ce que j’ai fait, et le jour suivant, je l’ai enchaîné dès mon premier essai. Je ne pense pas que la stratégie soit très compliquée à définir : on a, au maximum, trois essais dans la journée. Surtout lorsqu’on tombe après le genou, car ce n’est pas seulement une question de force dans les bras et les doigts, mais aussi dans les jambes. La meilleure stratégie serait probablement de faire un jour d’essais, un jour de repos, puis de recommencer. Mais comme je n’avais que cette fenêtre de deux jours de beau temps, j’ai décidé d’arrêter assez tôt lors de la première journée. Cela s’est révélé être une bonne décision : je me sentais peut-être même plus fort le deuxième jour que le premier. Avant mon premier essai de cette deuxième journée, celui de l’enchaînement, j’étais incroyablement nerveux. Il est impossible d’éviter complètement la nervosité. Il faut composer avec la pression et parvenir à en tirer quelque chose de positif. C’est exactement ce que j’ai réussi à faire. GrimpActu : Tu as décrit cette ascension comme l’un des moments les plus mémorables de ta carrière. Qu’as-tu vécu pendant cet essai pour qu’il soit aussi particulier ? Adam Ondra : Je pense que c’est justement le fait d’avoir été sous autant de pression qui a rendu ce moment aussi mémorable. Quand on se sent extrêmement nerveux, mais que l’on parvient à transformer cela en un état de fluidité et à produire certains de ses plus beaux moments de grimpe, ce sont des instants dont on se souvient longtemps. C’est surtout pour cette raison que cette ascension reste si marquante pour moi. Cotation et méthodes : ce que change une répétition Après l’enchaînement vient l’évaluation de la difficulté. Pour expliquer sa proposition de 9A, Adam revient sur le travail de recherche accompli par Elias et sur l’avantage de connaître les méthodes avant de commencer. GrimpActu : Tu proposes 9A tout en disant comprendre pleinement le choix d’Elias de proposer 9A+. Avez-vous échangé sur vos expériences respectives ? Comment expliques-tu cette différence d’évaluation ? Adam Ondra : Nous avons beaucoup discuté pendant mes deux premières journées sur le bloc, lorsqu’Elias était présent. À ce moment-là, j’avais déjà le sentiment qu’il s’agissait probablement d’un 9A. Je pense que le point le plus important, c’est que les méthodes sont vraiment difficiles à trouver. Le fait que j’aie utilisé pratiquement les mêmes qu’Elias montre qu’il a fait un excellent travail pour les découvrir, surtout si l’on considère qu’il travaillait le bloc seul. La plus grande différence tient peut-être au fait qu’Elias pensait que le bloc correspondait vraiment à son style. Peut-être lui correspond-il un peu moins bien qu’il ne le pense. C’est un bloc tellement technique, compliqué, avec des mouvements dont la réussite reste incertaine, que le simple fait de savoir qu’il est possible change énormément de choses. Moi, je suis arrivé en sachant qu’il avait été grimpé et j’ai assez rapidement utilisé les mêmes méthodes. Savoir qu’une ligne est possible aide toujours. C’est une différence majeure entre une première ascension et une répétition. Lorsqu’Elias consacre beaucoup de temps à quelque chose, il est extrêmement tenace, très motivé, et il finit par trouver comment le faire fonctionner. Il parvient ainsi à grimper même un bloc aussi compliqué avec un très beau style et une très grande efficacité. Il lui faut simplement beaucoup de temps. Je suis également certain qu’Elias aurait enchaîné Exodia beaucoup plus rapidement s’il s’était agi d’une répétition et s’il avait déjà disposé de toutes les méthodes. Je pense que la majorité de ses séances ont été consacrées à les chercher. Pour moi, c’est la différence principale. Photo by Petr Chodura, © Adam Ondra GrimpActu : Elias a consacré quatre ans et demi à ce projet, que tu as répété en quatre jours en bénéficiant de ses méthodes. Selon toi, qu’est-ce qu’une simple comparaison du nombre de séances laisse de côté lorsqu’on parle d’une ouverture et d’une répétition ? Adam Ondra : Nous ne devrions pas trop nous focaliser sur le nombre de séances nécessaires pour grimper un bloc. Évidemment, réaliser une première ascension est plus compliqué lorsqu’on doit trouver les méthodes soi-même. Mais ce n’est pas toujours le cas : parfois, on travaille avec un groupe. Je pense que beaucoup de premières ascensions en bloc se sont faites de cette manière, et cela change beaucoup de choses. Chaque grimpeur a aussi sa propre approche. Ma stratégie consiste plutôt à m’entraîner, puis à n’essayer un bloc ou une voie que lorsque les conditions sont bonnes et que je me sens en forme. D’autres grimpeurs préfèrent s’entraîner directement sur leur projet. Personnellement, je ne trouve pas que ce soit une manière efficace de travailler pour moi. C’est aussi pour cela que beaucoup de mes ascensions peuvent paraître impressionnantes au regard du faible nombre de séances nécessaires. Cela fait partie de ma stratégie : je veux essayer un bloc ou une voie dans des conditions correctes et lorsque je me sens en forme. J’ai le sentiment de devenir plus fort en m’entraînant en salle, plutôt qu’en essayant un même bloc encore et encore. Le fait d’avoir réussi en quatre jours ne signifie donc pas que je pourrais grimper beaucoup plus dur en consacrant cinquante jours à un projet. Je pourrais grimper un peu plus dur, oui, mais, dans mon cas, cela ne ferait pas une différence aussi importante que pour la plupart des autres athlètes professionnels. Une progression physique nourrie par l’entraînement à Arco Cette façon de préparer ses projets éclaire aussi sa réussite dans Exodia. Adam estime que ses progrès physiques lui permettent aujourd’hui de mieux exploiter une gestuelle qui lui était déjà familière. GrimpActu : Tu évoques une forme peut-être inédite pour toi sur ce type de bloc. À quoi attribues-tu cette progression, et quelles places occupent aujourd’hui l’entraînement et l’expérience dans ta capacité à réaliser ces mouvements ? Adam Ondra : Exodia correspond vraiment à mon style, parce qu’il faut surtout maintenir de la tension et sentir toutes les petites subtilités de positions corporelles très compliquées. Mais c’est aussi un bloc très physique. Si je l’avais essayé il y a seulement quelques années, cette dimension physique m’aurait réellement posé problème. Ces dernières années, le style de l’escalade en compétition est devenu beaucoup plus physique — et je parle ici de la difficulté. Les voies de Coupe du monde sont bien plus physiques et, par conséquent, mon entraînement se concentre presque exclusivement sur cet aspect de l’escalade. Je fais donc beaucoup de blocs extrêmement physiques sur spray wall ou sur board. Depuis douze mois, je vis à Arco et je m’entraîne avec de jeunes grimpeurs très forts de l’équipe d’Italie. Grimper presque tous les jours sur des blocs, mais aussi sur des circuits du spray wall que nous avons ici, a fait une énorme différence. Exodia est donc un bloc qui aurait déjà partiellement correspondu à mon style auparavant, mais qui me correspond maintenant à cent pour cent, parce que j’ai beaucoup progressé sur cette dimension physique. Pour la compétition, j’ai encore besoin de devenir plus fort physiquement. Mais l’entraînement fonctionne, j’ai encore un peu de temps et je pense être peut-être dans l’une des meilleures formes de ma vie. Probablement pas pour la pure résistance, mais pour un bloc comme celui-ci, je le pense. Ce qui est intéressant, c’est que certains aspects plus techniques de l’escalade restent acquis, même si je ne les pratique pas pendant plusieurs mois. Les talons, par exemple : dès mon premier jour de retour sur le rocher, j’ai l’impression de n’avoir rien oublié. Je peux donc laisser largement de côté la partie technique de l’entraînement pour me concentrer sur le physique, et cela fonctionne très bien pour moi. Je suis certain que cette approche ne fonctionnerait pas pour beaucoup d’autres grimpeurs, parce qu’ils perdraient alors en qualité technique. Mais j’ai accumulé tellement de volume et d’expérience en extérieur qu’il me paraît tout à fait naturel de sortir de la salle et de me sentir très à l’aise sur le rocher dès le premier jour. ➡️ À lire également : Exodia : le premier 9A+ bloc au monde est enfin proposé par Elias Iagnemma ✍️ Théo de GrimpActu Photo by Petr Chodura, © Adam Ondra Adam Ondra: an interview on Exodia and his proposed downgrade to 9A Four days on the rock to repeat a boulder that Elias Iagnemma spent four and a half years developing: Adam Ondra’s ascent of Exodia deserves a closer look beyond the numbers. Speaking to GrimpActu, the Czech climber discusses his methods, managing pressure and why he suggests 9A rather than the original 9A+. Located near Rifugio Barbara in Italy’s Val Pellice, Exodia attracted international attention when Elias Iagnemma proposed 9A+ following its first ascent in November 2025. Announced on 18 October 2026, Adam Ondra’s first repeat offers a new perspective on its difficulty: he suggests 9A, while emphasising the crucial help he received from the first ascensionist. Elias joined him when he first visited the boulder in September and shared his beta. A bad cold, followed by other commitments, delayed Ondra’s return. When he was finally able to come back, incoming rain appeared to leave him with just two days to finish the project. He ultimately completed it in four days of climbing overall, following Elias’s sequence with some changes to how he held individual holds. But the number of days tells only part of the story. In his answers to GrimpActu, Ondra explains what it means to arrive at a boulder whose movements have already been worked out. He also describes a problem that particularly suits his strengths: subtle positioning, body tension and demanding heel hooks, combined with a physical intensity he feels increasingly equipped to handle. The upside-down rest halfway through the boulder is central to his account. How long should he stay there to recover his arms without tiring the legs he needs for the remaining moves? That decision, like his choice to stop climbing the day before the send, reveals an ascent shaped by careful judgement—right up to the attempt when intense nerves gave way to a particularly memorable climbing experience. Interview by GrimpActu. Answers lightly edited for clarity and readability. Discovering Exodia and finding the right rest GrimpActu: Before trying Exodia, how did you imagine it, and what surprised you most once you were on the rock? Adam Ondra: From the pictures and Elias’s video, I didn’t expect much in terms of how it looked. It didn’t seem like the most beautiful line in the world. And yes, the first impression is more or less what you see in the videos: a fairly low wall, with colours and a rock structure that aren’t particularly impressive. But I felt that the more you try it, the more you appreciate the movements and the rock, which is actually pretty cool. Even though it is slick and doesn’t offer much friction, I didn’t find it unpleasant to climb. Some slick rocks aren’t enjoyable, but I found this one quite enjoyable. You can feel that there isn’t much friction, but the response from the rock is what you feel and expect. The same goes for the place and the line: the more time you spend there, the more you appreciate them. Every time I went back, it felt as though the boulder was a little bigger and more impressive to look at. GrimpActu: The rest halfway through the boulder seems to be a key aspect of your respective experiences. Elias explained that it allowed his arms to recover but exhausted his core and hamstrings. How did that position feel to you, and how did you decide when to start climbing again? Adam Ondra: The rest was probably what I was most curious about after watching the video. I thought there might be a possibility to stay there much longer, using just one knee at a time and alternating. That is usually the strategy I use on sport routes with good kneebars. A kneebar can feel comfortable for forty to fifty seconds. Then it starts becoming too physical, and you begin to waste the strength in your leg. My conclusion was that it was possible to rest using only one leg and alternate, but switching between the legs was too tiring. It took too much time, and the holds you had to use to shake out your legs weren’t good enough. So I think the strategy Elias and I used was the best solution: climb the lower part quickly, recover for thirty to forty seconds using both legs in the kneebar, and then continue. With both legs, it felt comfortable. I didn’t feel as though I could fall off. I only stayed there for about thirty seconds. I could have stayed longer, but I wanted to keep everything fresh, including my legs. I didn’t feel that my core was engaged. But the rest of the climb is very much about heel hooks, and I really wanted to make sure I still had strength in my legs. I think it is a good strategy not to stay too long. I would be surprised if somebody stayed there for two minutes in the future. It is possible, but I don’t think it would be the most efficient way to climb the boulder. Two days to finish before the rain Preserving his legs during the rest was only part of the equation. On his return, Ondra also had to manage his efforts within what he believed was a very short weather window. GrimpActu: When you returned, you knew the incoming rain might leave you with just two days. How did you manage your attempts and rest periods to make the most of that window without letting the time pressure overwhelm you? Adam Ondra: I don’t have enough experience with this boulder to know how quickly it gets wet when it rains. But with winter approaching, I think that if it gets wet and starts seeping, the chances of it drying in lower temperatures are quite low. So I was definitely a little nervous. Maybe the season wasn’t over, but I really felt that I had to do it that day. On Thursday, which was the first day of that trip, I felt really strong. I made it to the heel-hook move and slipped. My second attempt was also really good. I could have continued; it was just a mistake. Then I thought it might be a good idea to call it a day and save some energy for tomorrow. That is what I did, and the next day I sent it on my first attempt. I don’t think the strategy is that complicated: you have a maximum of three attempts a day. Especially if you fall after the kneebar, because it isn’t just about the strength in your arms and fingers—it is also about the strength in your legs. The best strategy would probably be one day on, one day off, and then repeat. But since I only had that two-day weather window, I decided to stop quite early on the first day. That turned out to be a good decision: I felt perhaps even stronger on the second day than on the first. Before my first attempt on that second day—the send attempt—I was incredibly nervous. It is impossible to avoid being nervous completely. You have to work with the pressure and take the positive side of it. That is exactly what I managed to do. GrimpActu: You described the ascent as one of the most memorable moments of your career. What did you experience during that attempt that made it so special? Adam Ondra: I think the fact that I was under so much pressure made it so memorable. When you feel incredibly nervous but manage to turn that into a state of flow and some of your best climbing, those are the moments you remember for a long time. That is particularly what made this ascent so memorable for me. Grades and beta: what changes on a repeat After the ascent comes the assessment of difficulty. In explaining his proposed grade of 9A, Ondra returns to Elias’s work in finding the methods—and the advantage of knowing them before starting. GrimpActu: You suggest 9A while saying that you fully understand Elias’s decision to propose 9A+. Have you discussed your respective experiences with each other? How do you explain the difference in your assessments? Adam Ondra: We talked a lot during my first two days on the boulder, when Elias was there. At that point, I already felt that it was probably 9A. I think the most important thing is that it is a boulder where the methods are really hard to find. The fact that I used practically the same methods as Elias shows that he did a really good job of finding them, especially considering that he was working on it by himself. The biggest difference may be that Elias thought it really suited his style. Perhaps it suits him slightly less than he thinks. It is such a technical, complicated and low-percentage boulder that simply knowing it is possible changes so much. I arrived knowing that it had been climbed, and I adopted the same methods quite quickly. Knowing that a line is possible always helps. That is a major difference between a first ascent and a repeat. When Elias puts a lot of time into something, he is incredibly persistent and motivated, and he makes it work. He ends up climbing even such a complicated boulder in really good style and with very high efficiency. He just needs a lot of time. I am also sure that Elias would have climbed Exodia much faster if it had been a repeat and he had already had all the beta. I think most of his sessions were spent figuring out the methods. To me, that is the main difference. GrimpActu: Elias devoted four and a half years to this project, which you repeated in four days with the benefit of his beta. In your view, what does simply comparing the number of sessions leave out when discussing a first ascent and a repeat? Adam Ondra: We shouldn’t focus too much on how many sessions it takes to climb a particular boulder. Obviously, making a first ascent is more complicated when you have to figure out the beta yourself. But that isn’t always the case: sometimes you are trying it with a group. I think a lot of first ascents in bouldering have been done that way, and it makes a big difference. Every climber also has a different approach. My strategy is to train, and then only try a boulder or route when the conditions are good and I feel good. Some other climbers prefer to train by climbing on the project itself. Personally, I don’t find that an efficient way of working on something. That is also why a lot of my ascents may seem impressive in terms of how few sessions they take. It is part of my strategy: I want to try a boulder or route in reasonable conditions and when I feel fit. I feel that I get stronger by training in the gym, rather than trying the same boulder over and over again. The fact that I did it in four days doesn’t mean that I could climb significantly harder if I spent fifty days on a project. I could climb a little harder, yes, but for me personally, it wouldn’t make as big a difference as it would for most other professional athletes. Building physical strength in Arco That approach to preparing for projects also sheds light on his success on Exodia. Ondra feels that his physical progress now allows him to make better use of movements that already felt familiar. GrimpActu: You mentioned that you might be in your best shape ever for this kind of boulder. What do you attribute that progress to, and what roles do training and experience now play in your ability to execute these moves? Adam Ondra: Exodia really suits my style because it is so much about maintaining tension and feeling all the small intricacies of very complicated body positions. But it is also a very physical boulder. If I had tried it only a few years ago, that physical aspect would have been a real struggle. Over the last few years, competition climbing has become much more physical—and here I am talking about lead climbing. World Cup routes are far more physical, so my training focuses almost exclusively on that aspect of climbing. I do a lot of extremely physical problems on a spray wall or board. I have been living in Arco for the last twelve months and training with some very strong young climbers from the Italian team. Climbing almost every day on boulder problems, as well as circuits on the spray wall we have here, has made a huge difference. So Exodia is a boulder that would already have partly suited my style in the past, but now it suits me one hundred per cent because I have become so much stronger physically. For competition, I still need to become even stronger. But the training is working, I still have some time, and I think I may be in some of the best shape of my life. Probably not for pure power endurance, but for a boulder like this, I think so. The cool thing is that some of the more technical aspects of climbing stay with me even if I don’t practise them for months. Heel hooking, for example: on my first day back on the rock, I feel as though I haven’t forgotten anything. So I can largely neglect the technical side of training and focus on the physical side, and it works really well for me. I am sure that this approach wouldn’t work for many other climbers, because they would lose some of their technical ability. But I have accumulated so much volume and experience outdoors that it feels completely natural to leave the gym and feel really good on real rock from the very first day. ➡️ Also read: Exodia: Elias Iagnemma proposes the world’s first 9A+ boulder (article in French).

  • Exodia : le premier 9A+ bloc au monde est enfin proposé par Elias Iagnemma

    La semaine dernière, La Sportiva nous annonçait via un communiqué de presse une nouvelle qui a instantanément secoué le monde de la grimpe : “Exodia”, une ligne ouverte dans le Val Pellice, qui pourrait être le premier 9A+ bloc. Une cotation qui, si elle se confirme, redessinerait les frontières de la difficulté mondiale. Et derrière cette annonce se cache une histoire démesurée : 211 sessions,4 ans et demi de travail, 200 jours passés sous un même toit, une obsession, et un grimpeur encore peu connu en dehors de l'Italie, Elias Iagnemma, dont la détermination force le respect. Au cœur du Piémont, sous un toit sombre et lisse comme du verre, se joue un drame intérieur fait de patience, d’échec, de micro-progrès et de fidélité à un rêve. Exodia n’est pas seulement un bloc. C’est un voyage initiatique, une quête puissamment humaine, née d’un projet laissé inachevé par la légende Cristian Core… et porté jusqu’au sommet par un grimpeur qui, jour après jour, a refusé d’abandonner. Pour comprendre ce que représente véritablement Exodia — son style, sa complexité, sa signification — La Sportiva nous a confié les échanges menés avec Elias. Une porte entrouverte sur son monde. Voici son histoire, racontée sous forme de questions-réponses, à travers ses mots, son vécu, et la profondeur de son engagement. Exodia — Entretien avec Elias Iagnemma Découverte d’Exodia Comment as-tu découvert Exodia ? Elias : J’ai découvert Exodia en 2021, alors que je rentrais en voiture avec ma femme, Stefania Colomba, après une longue session d’escalade au Rifugio Barbara. Elle m’a parlé d’un projet de Christian Core qu’il n’avait jamais réussi à gravir. Mon premier réflexe a été : s’il n’a pas pu le faire, c’est forcément quelque chose d’extrême. Je suis sorti de la voiture et j’ai regardé ce toit énorme avec émerveillement. Cet émerveillement s’est transformé instantanément en motivation profonde et en pure euphorie. Christian était-il un grimpeur que tu admirais quand tu étais jeune ? Le fait qu’il n’ait pas complété la ligne rendait-elle le projet plus intimidant ou excitant ? Elias : Depuis mon enfance, j’admire Christian, ses ascensions légendaires et la personne qu’il est. Savoir qu’il n’avait pas réussi m’a beaucoup impressionné… mais en même temps, le bloc était là, à portée de main, et cela me donnait un sentiment de familiarité, presque de confort. Oui, c’était le challenge de ma vie, mais le fait de pouvoir l’essayer sans précipitation, avec toutes les ressources nécessaires, rendait le processus plus doux. Une obsession de quatre ans Exodia a-t-il été ton principal objectif ces quatre dernières années ? Combien de mois par an pouvais-tu y grimper ? Elias : Oui, Exodia a été le centre de ces années de ma vie. Chaque séance d’entraînement, chaque pensée tournait autour de ce bloc. Grimpe et projets annexes sont passés au second plan. Chaque petite blessure me faisait sentir “bloqué”, car elle compromettait ma capacité à grimper Exodia. J’ai évité tout ce qui aurait pu nuire au processus, même si cela signifiait sacrifier la joie pure de grimper. Pour moi, Exodia représentait le plus grand effort de ma carrière, et je voulais l’honorer complètement. Le bloc se situe à environ 1 500 mètres d’altitude et je pouvais y grimper six mois par an : trois de mi-printemps à mi-été, et trois de fin septembre à fin novembre. Combien de sessions as-tu consacrées à Exodia au total ? Et comment cela se compare-t-il à tes autres projets difficiles ? Elias : J’ai passé 4,5 ans dessus, pour un total de 211 sessions. Aucun de mes projets précédents n’a nécessité plus de 35 sessions. Exodia reste et restera certainement le processus le plus long de ma vie de grimpeur. Je ne consacrerai jamais autant de temps à un seul bloc. C’était long, épuisant, et ça drainait mon énergie à tous les niveaux. Que retiens-tu de tes premières sessions ? Quand es-tu vraiment parvenu à progresser ? Elias : Les premières séances étaient un vrai défi rien que pour identifier les prises. Le toit est rempli de formes presque identiques, et trouver la bonne était extrêmement difficile. J’ai réussi à esquisser quelques mouvements isolés, mais le reste était vraiment extrême. J’ai passé beaucoup de temps à comprendre la progression correcte, surtout sur la seconde moitié du bloc. La première partie est déjà compliquée, avec plusieurs solutions possibles, toutes difficiles, que j’ai dû adapter à mes forces. Le tournant est arrivé en 2023 lorsque j’ai enfin réussi la deuxième partie en continuité depuis le “bat rest”. À ce moment-là, j’ai pensé : Ok, je peux le faire. Il m’a fallu encore deux ans pour tout relier. La difficulté extrême d’Exodia Avant Exodia, imaginais-tu travailler sur un seul projet pendant des années ? Elias : Je savais que ce serait long et difficile, mais pas à ce point. Ce qui m’a surtout permis de continuer, c’est sa proximité avec mon domicile. Si Exodia avait été ailleurs, ce projet aurait été impossible. Diviser le bloc en deux parties m’a aidé mentalement à accepter que c’était possible. Mais partir du sol change tout : des mouvements que je maîtrisais deviennent soudain très difficiles, ce qui rend l’expérience encore plus fascinante. Combien de temps as-tu mis pour envoyer chaque section et peux-tu les décrire ? Elias : La première section, je l’ai commencée accroupi sur deux inversées, le départ assis était impossible à l’époque. Après environ un an et après avoir trouvé le bon beta, j’ai pu l’envoyer. Cette saison, j’ai débloqué le départ assis et obtenu ce que je considère comme la version parfaite : compression totale sur des prises glissantes, le premier crux étant de valoriser l’inversée depuis le sol, puis un grand jeté dans la section plus extrême. Première moitié estimée à 8B+. La seconde moitié a pris le plus de temps, non pas pour la méthode mais pour la difficulté extrême : un mouvement très dur sur une minuscule prise de 1,5 cm, un saut sur une pince parfait, puis deux talons sur du serpentinite ultra lisse. Cette section finale vaut environ 8C+. Pourquoi cela a-t-il pris deux ans de plus pour relier les deux sections malgré un repos sans les mains ? Elias : Le genou est sur du serpentinite très lisse. Les bras se reposent, oui, mais maintenir cette position brûle énormément le gainage et les ischio-jambiers, exactement ce dont j’avais besoin pour les crux de la seconde moitié. De plus, arriver au repos depuis le sol augmente le rythme cardiaque et provoque un rush sanguin vers la tête, rendant l’attaque de la seconde moitié extrêmement délicate. As-tu ajusté ton matériel, tes chaussons ou autre chose pour optimiser ta performance ? Elias : Deux choses ont vraiment fait la différence pendant le processus d’Exodia. La première était l’usage de tape pour stabiliser mes genouillères, afin qu’elles ne glissent pas et ne créent pas de friction supplémentaire sur la peau de mes jambes. La seconde a été l’aide que j’ai reçue de La Sportiva pour trouver les chaussons les plus adaptés. Ils m’ont beaucoup soutenu pour identifier le bon modèle, et cela a eu un impact important sur mon mental. J’avais tout ce dont j’avais besoin pour mener le processus à son terme. Style et particularités du bloc Comment décrirais-tu le style global d’Exodia ? Elias : Le bloc manque presque complètement de friction sur le serpentinite, c’est unique. Les mouvements sont variés : compressions, crimps, slopers, pinces, toe hooks, heel hooks… Exodia rassemble le meilleur de l’escalade extérieure dans un seul bloc. Chaque mouvement est spécial et incroyablement satisfaisant à exécuter. Quel type d’entraînement as-tu suivi ? As-tu construit des replicas ? Elias : Je n’ai pas construit de replicas : le vrai bloc était juste à côté de chez moi. Mon entraînement se concentrait sur de longues sessions résistance-puissance et spécifiquement sur le mid-boulder rest pour tenir cette position le plus longtemps possible. La dimension mentale et symbolique Quand as-tu réalisé qu’Exodia était réellement réalisable ? Elias : Après deux ans, j’ai compris que les deux sections étaient solubles, donc le bloc entier l’était. Mais je ne pouvais pas imaginer quand je l’enverrais. J’ai finalement réussi le 11 novembre, en étant en pleine forme et avec des conditions parfaites. Mon corps savait tout, mon esprit s’est arrêté de réfléchir. Proposer le grade 9A+ te fait-il peur, te stimule-t-il, ou les deux ? Elias : C’était un choix difficile. J’ai considéré ne pas le grader, mais cela aurait signifié qu’Exodia serait née et morte avec moi. Ce bloc est sans doute le plus dur que j’ai jamais grimpé. Peu importe les critiques, je l’ai grimpé pour moi, pas pour le chiffre. Quelle différence entre 9A et 9A+ ? Elias : C’est subjectif. Beaucoup de 9A combinent 8B + 8C. Exodia combine 8B+ et 8C+, il fallait un “plus”. Es-tu naturellement patient ou Exodia t’a-t-il appris quelque chose sur toi ? Elias : Je ne suis pas patient, je perds souvent patience. Mais je suis extrêmement persévérant. C’est un vrai don que je reconnais pour moi-même. As-tu pensé à abandonner Exodia ? Elias : Oui, plusieurs fois. Mais ma persévérance m’a toujours ramené, et le fait qu’il soit proche de chez moi a beaucoup aidé. Les conditions influencent-elles Exodia ? Elias : Oui, pour trouver le bon jour, mais pas pour la difficulté intrinsèque. Les pinces finales restent humides plusieurs jours après la pluie. Mais globalement, les bonnes conditions sont fréquentes, surtout en saison sèche. Pourquoi le nom Exodia ? Elias : Inspiré de Yu-Gi-Oh! : un monstre divisé en cinq parties, rassemblé pour gagner instantanément. Cela symbolise parfaitement le bloc : deux sections extrêmes, l’aspect mental, physique, et les conditions. Qui aimerais-tu voir répéter le bloc pour affiner le consensus ? Elias : Je serais vraiment honoré que les meilleurs grimpeurs actuels viennent essayer Exodia. Leurs impressions offriraient une perspective précieuse — celle d’athlètes capables de comprendre la ligne dans toute sa profondeur.J’aimerais qu’ils ressentent ne serait-ce qu’une fraction des émotions que ce bloc incroyable m’a données et qu’ils partagent leur avis sur sa difficulté. Le grimpeur que je serais le plus enthousiaste de voir sur Exodia est Adam Ondra. Je pense que la ligne pourrait très bien correspondre à son style, et j’ai un immense respect pour l’honnêteté et la précision de son jugement dans tout ce qu’il fait. Après quatre ans et 211 sessions, quel est le prochain objectif ? Elias : Je vais d’abord m’entraîner et profiter d’un trip à Fontainebleau, puis j’irai regarder Soudain Seul. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • La Sportiva HyperEZ : le confort au cœur de l’apprentissage

    La Sportiva présente l’HyperEZ, un chausson conçu pour les nouveaux pratiquants. Forme plus généreuse dans les zones sensibles du pied, amorti et fermeture à doubles sangles croisées : la marque italienne privilégie une prise en main accessible pour accompagner l’apprentissage. Annoncé à 120 €, le modèle est également lavable en machine et entièrement ressemelable. Apprendre à charger un pied, rester en équilibre sur une adhérence, découvrir un crochet de talon : les premières séances sont aussi celles où l’on construit ses sensations. C’est autour de ces gestes que La Sportiva a développé l’HyperEZ. Le chausson doit permettre de se familiariser avec les appuis et les placements, avec une conception qui cherche à limiter les points de compression. Une forme pensée pour les premiers appuis L’HyperEZ repose sur une nouvelle forme offrant davantage de volume dans les principales zones de pression du pied. Selon La Sportiva, cette construction vise à préserver le contrôle des appuis tout en réduisant les sensations de pincement. Le confort constitue ainsi le point de départ du développement, avec l’ambition de proposer un chausson accessible dès les premières utilisations. Ce positionnement répond à un enjeu concret de l’apprentissage : pouvoir consacrer son attention au mouvement, à la lecture et à l’équilibre. Pour un débutant, le chausson devient progressivement un outil de perception du support. La manière dont le pied se pose, la direction dans laquelle il pousse et la confiance accordée à un appui participent à cette découverte. La fermeture utilise deux sangles croisées, inspirées du Katana. Elles permettent de régler le maintien et de faciliter le chaussage. Un col rembourré complète l’ensemble pour améliorer le confort pendant la grimpe et les déplacements entre les passages. La tige synthétique associe microfibre et mesh, avec une construction annoncée comme respirante. SenseGrip : une semelle intermédiaire Sous le pied, l’HyperEZ intègre la technologie brevetée SenseGrip dans une semelle intermédiaire en EVA. Le principe annoncé par La Sportiva repose sur une mousse souple qui se comprime lorsque le grimpeur charge son appui. La marque attribue à cette déformation une amélioration de l’adhérence mécanique sur les prises, en complément de l’amorti. La semelle extérieure utilise une gomme FriXion White non marquante, avec des épaisseurs différenciées : 4 mm à l’avant et 2 mm au talon, selon la fiche technique officielle. Le talon moulé en caoutchouc est destiné à apporter du maintien lors des crochetages, ces mouvements où l’on utilise le talon pour tirer sur une prise ou stabiliser sa position. L’ensemble dessine un modèle orienté vers la découverte de plusieurs techniques : adhérences, placements de pieds, drapeaux, lolottes ou crochetages. Ces caractéristiques décrivent les intentions de conception de La Sportiva ; leur traduction en sensations dépendra notamment de la morphologie du pied et de la taille choisie. Un chausson lavable et ressemelable L’entretien fait également partie du cahier des charges. L’HyperEZ est fabriqué à partir de matériaux d’origine non animale et peut être lavé en machine. La Sportiva précise un lavage à 30 °C avec une petite quantité de lessive liquide, sans essorage, puis un rinçage soigneux. Le modèle est aussi annoncé comme entièrement ressemelable avec des pièces d’origine, dans le cadre du programme Resole Me. Cette possibilité permet d’envisager le remplacement de la semelle usée pour continuer à utiliser le chausson, plutôt que de remplacer systématiquement la paire. D’après le communiqué français transmis à GrimpActu, l’HyperEZ est proposé du 34 au 50, dans deux coloris, Black/Yellow et Black/Chalk. Le poids annoncé est de 320 g par chausson en taille 42, pour un prix public de 120 €. Avec cette proposition, La Sportiva s’adresse aux pratiquants qui cherchent leur première paire personnelle et souhaitent disposer d’un modèle pour apprendre les fondamentaux, en salle comme lors de leurs premières sorties sur le rocher. L’essayage permettra de vérifier le point central de cette conception : obtenir un maintien adapté à son pied tout en conservant le confort recherché. ➡️ Retrouvez dès maintenant le chausson HyperEZ sur le site de La Sportiva : cliquez ici ! Cet article a été réalisé en collaboration avec la marque La Sportiva, dans le cadre d’un partenariat rémunéré. ✍️ Théo de GrimpActu

  • Rock Master 2026 : Arco célèbre 40 ans d’histoire et de compétition

    ➡️ You can find the Italian version of this article right here. Pour ses 40 ans, le Rock Master ne s’est pas contenté de réunir certains des meilleurs grimpeurs du moment. L’événement a invité plusieurs figures qui ont construit l’escalade moderne à raconter son évolution et à transmettre une histoire commencée à Arco en 1986. La place centrale d’Arco était remplie. Autour de Lynn Hill, le public s’est serré pour écouter le récit d’une époque qui paraît désormais presque étrangère aux jeunes compétiteurs : celle d’une escalade sans circuit structuré, sans retransmission instantanée et dont les règles restaient encore à inventer. À quelques centaines de mètres de là, le Climbing Stadium accueillait seize athlètes internationaux dans des épreuves entièrement pensées pour le spectacle. Cette proximité entre les pionniers réunis dans le centre historique et les champions actuels engagés sur les murs résume l’esprit de cette édition anniversaire. Les compétitions ont consacré Filip Schenk, Jessica Pilz et Adam Ondra. Mais au-delà des podiums, le Rock Master a surtout créé un dialogue rare entre ceux qui ont façonné l’escalade moderne et ceux qui en repoussent aujourd’hui les limites. Quarante ans d’histoire au pied du Monte Colodri L’histoire commence en 1986, au pied du Monte Colodri, avec Sport Roccia. La compétition se déroule alors sur le rocher naturel, à une époque où l’escalade sportive cherche encore ses formats, ses règles et son identité. En 1987, l’événement s’installe sous les parois du château d’Arco et prend le nom de Rock Master. Un an plus tard, la construction du Climbing Stadium lui offre une enceinte permanente spécifiquement pensée pour accueillir des compétitions internationales, une première mondiale à l’époque. Quarante ans plus tard, la structure a changé, les murs ont évolué et les formats se sont modernisés. Mais Arco occupe toujours une place particulière dans l’histoire de l’escalade. Le Rock Master n’est ni une étape classique du circuit international ni une compétition entièrement tournée vers la recherche de quotas et de points. Son prestige repose sur son histoire, son invitation restreinte et la dimension spectaculaire de ses épreuves. Seize athlètes internationaux avaient été conviés en 2026 : huit femmes et huit hommes, parmi lesquels Adam Ondra, Jessica Pilz, Brooke Raboutou, Yannick Flohé, Laura Rogora, Filip Schenk, Giovanni Placci ou encore Luka Potočar. Filip Schenk remporte le Lead Duel La partie sportive a débuté avec le traditionnel Lead Duel, l’un des formats emblématiques du Rock Master. Deux grimpeurs s’affrontent simultanément sur des voies parallèles. L’objectif n’est pas seulement d’aller le plus haut possible, mais d’atteindre le sommet avant son adversaire. Cette confrontation directe introduit une dimension inhabituelle en difficulté : les athlètes doivent grimper vite tout en conservant suffisamment de précision pour ne pas commettre la faute qui mettrait immédiatement fin à leur duel. Chez les hommes, Filip Schenk s’est imposé devant Adam Ondra. Déjà vainqueur du Lead Duel en 2024, l’Italien a confirmé son aisance dans cet exercice particulièrement intense, porté par le public du Climbing Stadium. Chez les femmes, Jessica Pilz a remporté l’épreuve devant Brooke Raboutou. L’Autrichienne lançait ainsi un week-end presque parfait, quelques semaines après la fin de la saison internationale. Jessica Pilz réussit le doublé Le lendemain, la compétition s’est déplacée sur le mur de bloc pour le KO Boulder. Dans ce format à élimination progressive, chaque passage réduit le nombre d’athlètes encore en lice jusqu’à une finale disputée à trois. La compétition féminine a été marquée avant même son départ par les forfaits de Brooke Raboutou et d’Aleksandra Totkova, toutes deux confrontées au retour de problèmes physiques. Hana Koike a parfaitement commencé en réussissant le premier bloc dès son premier essai. Anna Maria Apel, Lučka Rakovec et Laura Rogora ont également franchi ce premier tour, avant que la compétition ne réduise progressivement le groupe. Après l’élimination de Laura Rogora lors du troisième bloc, Jessica Pilz, Lučka Rakovec et Hana Koike se sont retrouvées en finale. Les trois grimpeuses ont échoué lors de leur première tentative, mais Pilz a rapidement compris la méthode. Elle a ensuite atteint le sommet pour décrocher une deuxième victoire en deux jours. Après le Lead Duel, l’Autrichienne s’est ainsi offert le KO Boulder et le doublé sur cette édition anniversaire. Adam Ondra prend sa revanche et décroche une neuvième victoire Chez les hommes, la compétition de bloc s’est révélée beaucoup plus imprévisible. Shion Omata et Jonas Utelli ont été éliminés dès le premier tour. Sascha Lehmann et Giovanni Placci ont ensuite quitté la compétition après trois tentatives infructueuses dans le deuxième bloc. Le troisième passage a provoqué l’une des principales surprises de la soirée. Adam Ondra a assuré sa qualification dès son premier essai, Luka Potočar lors du deuxième, tandis que Filip Schenk a dû attendre sa dernière tentative. Yannick Flohé, tenant du titre et l’un des favoris, a en revanche été éliminé avant la finale. Le dernier bloc n’a pas été entièrement résolu par les trois finalistes. Adam Ondra et Filip Schenk ont progressivement gagné quelques prises sans parvenir jusqu’au sommet. Le classement s’est finalement joué sur le nombre d’erreurs commises au cours de la compétition. Plus précis que ses adversaires, Adam Ondra a remporté le KO Boulder devant Filip Schenk et Luka Potočar. Battu par l’Italien lors du Lead Duel, le Tchèque a ainsi pris sa revanche et porté son record à neuf victoires au Rock Master. Quand Lynn Hill raconte les débuts des compétitions Les résultats n’étaient cependant qu’un volet de cette édition anniversaire. Dans les rues et les cours du centre historique d’Arco, plusieurs rencontres baptisées « Climbing Espresso » ont permis au public d’échanger avec les grandes figures invitées. Le principe était volontairement simple : un café et une conversation avec celles et ceux qui ont écrit une partie de l’histoire de l’escalade. La place centrale d’Arco s’est notamment remplie pour accueillir Lynn Hill. L’Américaine est revenue sur son premier voyage en Italie et sur sa participation aux premières compétitions internationales. En 1986, presque tout restait à inventer. Lynn Hill découvrait une langue qu’elle ne parlait pas, les routes étroites traversant les tunnels autour du lac de Garde, mais également le calcaire, bien éloigné du granit sur lequel elle avait construit une grande partie de son escalade. Les règles elles-mêmes n’étaient pas encore réellement établies. Les juges s’interrogeaient sur la manière d’évaluer les ascensions, tandis que les compétitions hésitaient encore entre voies travaillées et escalade à vue. Les grimpeurs qui sont aujourd’hui considérés comme des légendes ne possédaient pas encore cette stature. Ils étaient avant tout des passionnés essayant de comprendre jusqu’où cette pratique nouvelle pourrait les conduire. Yuji Hirayama, trait d’union entre les générations Yuji Hirayama a lui aussi raconté ses premiers pas à Arco et sa victoire au Rock Master en 1991. Lorsqu’il voyageait depuis le Japon, les difficultés linguistiques étaient nombreuses. Mais l’escalade lui permettait de créer rapidement des relations, parfois sans avoir besoin de beaucoup de mots. Pour lui, la pratique possède ce pouvoir particulier de rapprocher des cultures et des personnes qui, en dehors du rocher, n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de se rencontrer. Vainqueur une deuxième fois en 2001, le Japonais incarne un véritable pont entre plusieurs générations. Il a connu l’escalade des années 1990, la professionnalisation progressive des années 2000 et l’époque actuelle, dominée par les circuits internationaux et les Jeux olympiques. Lynn Hill et Yuji Hirayama ont également rappelé ce que signifiait voyager pour grimper avant Internet, les réseaux sociaux et la diffusion instantanée des méthodes. Les informations venaient essentiellement des grimpeurs déjà présents sur place. Il fallait nouer des relations de confiance, accepter de ne pas tout connaître avant de partir et conserver une part importante d’incertitude. Cette manière de pratiquer développait notamment une compétence que les deux champions jugent moins présente aujourd’hui : la gestion du risque. Les Raboutou, entre parentalité et entraînement Le dimanche matin, la cour de la bibliothèque d’Arco a accueilli Didier Raboutou, Robyn Erbesfield et leur fille Brooke Raboutou pour une discussion consacrée à la compétition de haut niveau et à la frontière parfois difficile à tracer entre les rôles de parent et d’entraîneur. Robyn Erbesfield a raconté l’évolution de sa relation avec Brooke lorsqu’il est devenu évident que sa fille devait construire son propre parcours. Grandir au sein d’une famille de champions ne signifiait pas reproduire exactement la trajectoire de ses parents. Didier Raboutou a, de son côté, évoqué l’instinct naturel qui pousse un parent à vouloir protéger son enfant des difficultés rencontrées au plus haut niveau. Une volonté légitime, mais qui peut parfois devenir un frein. Accompagner signifie alors également accepter de s’effacer. Brooke Raboutou est revenue avec humour sur les Jeux olympiques de Paris, racontant que l’un de ses souvenirs les plus amusants reste l’image de sa mère dans les tribunes, visiblement beaucoup plus stressée qu’elle. Une performance ne se résume pas à une journée, surtout lorsqu’il s’agit des Jeux olympiques. Elle est le résultat d’années de travail, d’une préparation parfois construite sur quatre ans et d’une régularité qui dépasse largement le résultat final. À ses yeux, cette logique ne concerne pas uniquement les professionnels. Un grimpeur amateur pleinement investi dans son projet peut donner autant de valeur à sa démarche qu’un athlète visant une médaille internationale. Les légendes réunies sur le mur du Climbing Stadium Le Rock Master Legacy Talk a ensuite réuni Lynn Hill, Yuji Hirayama, François Legrand, Muriel Sarkany, Didier Raboutou et Robyn Erbesfield, avec Adam Ondra dans un rôle inhabituel de modérateur. Ces échanges ont offert un regard sur quarante ans de transformations : évolution des règles, apparition des structures artificielles, professionnalisation des athlètes, développement des circuits internationaux puis entrée de l’escalade aux Jeux olympiques. Mais le moment le plus symbolique est peut-être survenu lorsque les six invités ont retrouvé ensemble le mur de difficulté du Climbing Stadium. Tous ont grimpé une voie utilisant la totalité de la structure, dont la célèbre vague d’Arco. Quelques décennies après ses premières victoires, Yuji Hirayama a une nouvelle fois impressionné en atteignant le sommet, confirmant une condition physique remarquable. Le mur avait changé. Les grimpeurs avaient quelques années de plus. L’enthousiasme, lui, était resté intact. Plus de 12 000 personnes réunies à Arco La compétition et les rencontres historiques ont été accompagnées par un programme élargi destiné à faire du Rock Master un véritable festival. Plus de vingt entreprises étaient présentes au Climbing Village. Le programme comprenait également des concerts, des séances de yoga, des ateliers pour les enfants, des expériences en falaise et une session « Climbing With the Champ » avec Filip Schenk. Le Fun Bloc a permis aux amateurs de grimper sur le mur du KO Boulder, avant d’accueillir plus de 80 jeunes de moins de 15 ans représentant quatorze nations. Au total, l’organisation annonce plus de 12 000 spectateurs sur les trois journées, avec plus de cinquante pays représentés. Cette fréquentation illustre le chemin parcouru depuis les premières compétitions organisées sur le rocher naturel au milieu des années 1980. Elle montre également que le Rock Master conserve une place singulière dans un calendrier international pourtant de plus en plus dense. Un anniversaire tourné vers la transmission Cette édition n’a pas seulement célébré les quarante années écoulées. Elle a également posé la question de ce qui doit être transmis aux prochaines générations. Le Rock Master a grandi avec Arco, tandis qu’Arco s’est développée avec l’escalade. Le rendez-vous a participé à transformer la ville en l’un des centres mondiaux de la discipline, tout en conservant une identité différente de celle des compétitions officielles. Les champions actuels ont assuré le spectacle. Filip Schenk a remporté le Lead Duel, Jessica Pilz a dominé les deux épreuves féminines et Adam Ondra a ajouté une neuvième victoire à son palmarès. Mais pendant ce week-end anniversaire, les podiums ne constituaient pas l’unique mesure de la réussite. Dans les rues d’Arco, au Climbing Stadium et autour d’un café, les figures qui ont construit l’escalade moderne ont rappelé d’où venait leur sport. Elles ont raconté une époque où les règles n’existaient pas encore vraiment, où les informations circulaient difficilement et où chaque voyage reposait sur les rencontres. Cette année, au Rock Master d’Arco, les champions ont remporté les compétitions. Les légendes, elles, ont gagné le week-end. ✍️ Théo de GrimpActu, avec la collaboration de Claudia Colonia Rock Master 2026: Arco celebra 40 anni di storia e competizioni Per il suo 40° anniversario, il Rock Master non si è limitato a riunire alcuni dei migliori climber del momento. L’evento ha invitato diverse figure che hanno contribuito a costruire l’arrampicata moderna a raccontarne l’evoluzione e a trasmettere una storia iniziata ad Arco nel 1986. La piazza centrale di Arco era gremita. Intorno a Lynn Hill, il pubblico si è stretto per ascoltare il racconto di un’epoca che oggi appare quasi estranea ai giovani atleti: quella di un’arrampicata senza un circuito strutturato, senza trasmissioni istantanee e le cui regole erano ancora tutte da inventare. A poche centinaia di metri di distanza, il Climbing Stadium accoglieva sedici atleti internazionali in prove interamente pensate per lo spettacolo. Questa vicinanza tra i pionieri riuniti nel centro storico e i campioni di oggi impegnati sulle pareti riassume lo spirito di questa edizione celebrativa. Le competizioni hanno consacrato Filip Schenk, Jessica Pilz e Adam Ondra. Ma, al di là dei podi, il Rock Master ha soprattutto creato un raro dialogo tra coloro che hanno plasmato l’arrampicata moderna e coloro che oggi continuano a spingerne i limiti. Quarant’anni di storia ai piedi del Monte Colodri La storia comincia nel 1986, ai piedi del Monte Colodri, con Sport Roccia. La competizione si svolge allora sulla roccia naturale, in un’epoca in cui l’arrampicata sportiva è ancora alla ricerca dei propri formati, delle proprie regole e della propria identità. Nel 1987, l’evento si trasferisce sotto le pareti del castello di Arco e prende il nome di Rock Master. Un anno più tardi, la costruzione del Climbing Stadium gli offre una struttura permanente appositamente concepita per ospitare competizioni internazionali, una prima mondiale per l’epoca. Quarant’anni dopo, la struttura è cambiata, le pareti si sono evolute e i format si sono modernizzati. Ma Arco occupa ancora un posto particolare nella storia dell’arrampicata. Il Rock Master non è né una classica tappa del circuito internazionale né una competizione interamente orientata alla conquista di quote e punti. Il suo prestigio si fonda sulla sua storia, sul numero ristretto di atleti invitati e sulla dimensione spettacolare delle sue prove. Nel 2026 erano stati invitati sedici atleti internazionali: otto donne e otto uomini, tra cui Adam Ondra, Jessica Pilz, Brooke Raboutou, Yannick Flohé, Laura Rogora, Filip Schenk, Giovanni Placci e Luka Potočar. Filip Schenk vince il Lead Duel La parte sportiva è iniziata con il tradizionale Lead Duel, uno dei format simbolo del Rock Master. Due climber si affrontano contemporaneamente su vie parallele. L’obiettivo non è soltanto salire il più in alto possibile, ma raggiungere la cima prima dell’avversario. Questo confronto diretto introduce una dimensione insolita nella difficoltà: gli atleti devono arrampicare velocemente, mantenendo al tempo stesso una precisione sufficiente per non commettere l’errore che porrebbe immediatamente fine al loro duello. Tra gli uomini, Filip Schenk si è imposto davanti ad Adam Ondra. Già vincitore del Lead Duel nel 2024, l’italiano ha confermato la propria abilità in questo esercizio particolarmente intenso, sostenuto dal pubblico del Climbing Stadium. Tra le donne, Jessica Pilz ha vinto la prova davanti a Brooke Raboutou. L’austriaca ha così iniziato un fine settimana quasi perfetto, poche settimane dopo la conclusione della stagione internazionale. Jessica Pilz conquista la doppietta Il giorno seguente, la competizione si è spostata sulla parete boulder per il KO Boulder. In questo format a eliminazione progressiva, ogni passaggio riduce il numero degli atleti ancora in gara fino a una finale disputata da tre concorrenti. La gara femminile è stata segnata, ancora prima della partenza, dai forfait di Brooke Raboutou e Aleksandra Totkova, entrambe alle prese con il ritorno di problemi fisici. Hana Koike ha iniziato alla perfezione, chiudendo il primo blocco al primo tentativo. Anche Anna Maria Apel, Lučka Rakovec e Laura Rogora hanno superato il primo turno, prima che la competizione riducesse progressivamente il gruppo. Dopo l’eliminazione di Laura Rogora sul terzo blocco, Jessica Pilz, Lučka Rakovec e Hana Koike si sono ritrovate in finale. Tutte e tre hanno fallito il primo tentativo, ma Pilz ha rapidamente compreso il metodo. Ha poi raggiunto il top, conquistando una seconda vittoria in due giorni. Dopo il Lead Duel, l’austriaca si è così aggiudicata anche il KO Boulder, completando la doppietta in questa edizione celebrativa. Adam Ondra si prende la rivincita e conquista la nona vittoria Tra gli uomini, la gara boulder si è rivelata molto più imprevedibile. Shion Omata e Jonas Utelli sono stati eliminati già al primo turno. Sascha Lehmann e Giovanni Placci hanno poi lasciato la competizione dopo tre tentativi falliti sul secondo blocco. Il terzo passaggio ha regalato una delle principali sorprese della serata. Adam Ondra ha conquistato la qualificazione al primo tentativo, Luka Potočar al secondo, mentre Filip Schenk ha dovuto attendere l’ultimo tentativo. Yannick Flohé, campione in carica e uno dei favoriti, è stato invece eliminato prima della finale. L’ultimo blocco non è stato risolto completamente da nessuno dei tre finalisti. Adam Ondra e Filip Schenk hanno progressivamente conquistato alcune prese senza riuscire a raggiungere il top. La classifica si è infine decisa in base al numero di errori commessi durante la competizione. Più preciso dei suoi avversari, Adam Ondra ha vinto il KO Boulder davanti a Filip Schenk e Luka Potočar. Battuto dall’italiano nel Lead Duel, il ceco si è così preso la rivincita, portando il proprio record a nove vittorie al Rock Master. Quando Lynn Hill racconta gli inizi delle competizioni I risultati rappresentavano tuttavia soltanto una parte di questa edizione celebrativa. Nelle strade e nei cortili del centro storico di Arco, diversi incontri chiamati “Climbing Espresso” hanno permesso al pubblico di confrontarsi con le grandi figure invitate. Il principio era volutamente semplice: un caffè e una conversazione con coloro che hanno scritto una parte della storia dell’arrampicata. La piazza centrale di Arco si è riempita in particolare per accogliere Lynn Hill. L’americana ha ricordato il suo primo viaggio in Italia e la sua partecipazione alle prime competizioni internazionali. Nel 1986, quasi tutto era ancora da inventare. Lynn Hill scopriva una lingua che non parlava, le strade strette che attraversavano i tunnel intorno al lago di Garda, ma anche il calcare, molto diverso dal granito sul quale aveva costruito gran parte della propria arrampicata. Le regole stesse non erano ancora realmente stabilite. I giudici si interrogavano sul modo di valutare le ascensioni, mentre le competizioni erano ancora indecise tra vie lavorate e arrampicata a vista. I climber che oggi sono considerati delle leggende non avevano ancora raggiunto quella statura. Erano soprattutto appassionati che cercavano di capire fin dove questa nuova pratica avrebbe potuto condurli. Yuji Hirayama, un ponte tra le generazioni Anche Yuji Hirayama ha raccontato i suoi primi passi ad Arco e la sua vittoria al Rock Master nel 1991. Quando viaggiava dal Giappone, le difficoltà linguistiche erano numerose. Ma l’arrampicata gli permetteva di creare rapidamente delle relazioni, talvolta senza aver bisogno di molte parole. Per lui, questa pratica possiede il potere particolare di avvicinare culture e persone che, al di fuori della roccia, forse non avrebbero mai avuto l’occasione di incontrarsi. Vincitore per la seconda volta nel 2001, il giapponese rappresenta un vero ponte tra diverse generazioni. Ha conosciuto l’arrampicata degli anni Novanta, la progressiva professionalizzazione degli anni Duemila e l’epoca attuale, dominata dai circuiti internazionali e dai Giochi olimpici. Lynn Hill e Yuji Hirayama hanno ricordato anche cosa significasse viaggiare per arrampicare prima di Internet, dei social network e della condivisione istantanea dei metodi. Le informazioni provenivano principalmente dai climber già presenti sul posto. Bisognava costruire rapporti di fiducia, accettare di non sapere tutto prima di partire e conservare una parte importante di incertezza. Questo modo di vivere l’arrampicata permetteva di sviluppare, in particolare, una capacità che secondo i due campioni è oggi meno presente: la gestione del rischio. I Raboutou, tra genitorialità e allenamento La domenica mattina, il cortile della biblioteca di Arco ha accolto Didier Raboutou, Robyn Erbesfield e la loro figlia Brooke Raboutou per una discussione dedicata alle competizioni di alto livello e al confine, talvolta difficile da tracciare, tra il ruolo di genitore e quello di allenatore. Robyn Erbesfield ha raccontato l’evoluzione del suo rapporto con Brooke quando è diventato evidente che sua figlia doveva costruire il proprio percorso. Crescere in una famiglia di campioni non significava riprodurre esattamente la traiettoria dei propri genitori. Didier Raboutou ha invece parlato dell’istinto naturale che spinge un genitore a voler proteggere il proprio figlio dalle difficoltà incontrate ai massimi livelli. Una volontà legittima, ma che talvolta può diventare un freno. Accompagnare significa quindi anche accettare di farsi da parte. Brooke Raboutou ha ricordato con umorismo i Giochi olimpici di Parigi, raccontando che uno dei suoi ricordi più divertenti rimane l’immagine di sua madre sugli spalti, visibilmente molto più stressata di lei. Una prestazione non si riduce a una sola giornata, soprattutto quando si tratta dei Giochi olimpici. È il risultato di anni di lavoro, di una preparazione talvolta costruita nell’arco di quattro anni e di una costanza che va ben oltre il risultato finale. Ai suoi occhi, questa logica non riguarda soltanto i professionisti. Un climber amatoriale pienamente coinvolto nel proprio progetto può attribuire al suo percorso lo stesso valore di un atleta che punta a una medaglia internazionale. Le leggende riunite sulla parete del Climbing Stadium Il Rock Master Legacy Talk ha poi riunito Lynn Hill, Yuji Hirayama, François Legrand, Muriel Sarkany, Didier Raboutou e Robyn Erbesfield, con Adam Ondra nell’insolito ruolo di moderatore. Questi scambi hanno offerto uno sguardo su quarant’anni di trasformazioni: l’evoluzione delle regole, la comparsa delle strutture artificiali, la professionalizzazione degli atleti, lo sviluppo dei circuiti internazionali e infine l’ingresso dell’arrampicata ai Giochi olimpici. Ma il momento più simbolico è forse arrivato quando i sei ospiti sono tornati insieme sulla parete lead del Climbing Stadium. Tutti hanno scalato una via che utilizzava l’intera struttura, compresa la celebre onda di Arco. Alcuni decenni dopo le sue prime vittorie, Yuji Hirayama ha nuovamente impressionato raggiungendo il top e confermando una condizione fisica straordinaria. La parete era cambiata. I climber avevano qualche anno in più. L’entusiasmo, invece, era rimasto intatto. Più di 12.000 persone riunite ad Arco La competizione e gli incontri storici sono stati accompagnati da un programma più ampio, pensato per trasformare il Rock Master in un vero e proprio festival. Più di venti aziende erano presenti al Climbing Village. Il programma comprendeva anche concerti, sessioni di yoga, laboratori per bambini, esperienze in falesia e una sessione “Climbing With the Champ” con Filip Schenk. Il Fun Bloc ha permesso agli appassionati di arrampicare sulla parete del KO Boulder, prima di accogliere più di 80 giovani sotto i 15 anni in rappresentanza di quattordici nazioni. In totale, l’organizzazione ha annunciato più di 12.000 spettatori nelle tre giornate, con oltre cinquanta Paesi rappresentati. Questa affluenza testimonia il cammino percorso dalle prime competizioni organizzate sulla roccia naturale a metà degli anni Ottanta. Dimostra inoltre che il Rock Master conserva un posto unico all’interno di un calendario internazionale sempre più fitto. Un anniversario dedicato alla trasmissione Questa edizione non ha celebrato soltanto i quarant’anni trascorsi. Ha anche posto la questione di ciò che deve essere trasmesso alle prossime generazioni. Il Rock Master è cresciuto insieme ad Arco, mentre Arco si è sviluppata insieme all’arrampicata. L’appuntamento ha contribuito a trasformare la città in uno dei centri mondiali della disciplina, conservando al tempo stesso un’identità diversa da quella delle competizioni ufficiali. I campioni di oggi hanno garantito lo spettacolo. Filip Schenk ha vinto il Lead Duel, Jessica Pilz ha dominato entrambe le prove femminili e Adam Ondra ha aggiunto una nona vittoria al proprio palmarès. Ma durante questo fine settimana celebrativo, i podi non rappresentavano l’unica misura del successo. Nelle strade di Arco, al Climbing Stadium e davanti a un caffè, le figure che hanno costruito l’arrampicata moderna hanno ricordato da dove proveniva il loro sport. Hanno raccontato un’epoca in cui le regole non esistevano ancora davvero, le informazioni circolavano con difficoltà e ogni viaggio si fondava sugli incontri. Quest’anno, al Rock Master di Arco, i campioni hanno vinto le competizioni. Le leggende, invece, hanno conquistato il fine settimana.

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