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  • Ian Elliott, 72 ans, escalade du 7c à Mount Coolum : un exemple inspirant

    À 72 ans, Ian Elliott continue d’enchaîner des voies que bien des trentenaires redoutent. Récemment, il a réussi Call of Duty , une ligne physique et déversante cotée 7c dans la grotte de Mount Coolum, sur la côte est australienne. Mais plus que la performance, c’est l’homme qui intrigue : sa présence sereine sur le rocher, sa lucidité sur l’âge, son amour intact pour l’effort et la nature. Alors on a voulu en savoir plus. On a pris contact avec Ian. Et il a accepté de répondre à nos questions avec la même humilité qu’il dégage sur la paroi. Son histoire, touchante et inspirante, a d’ailleurs fait l’objet d’un court-métrage émouvant signé Matt Raimondo , sobrement intitulé IAN , et disponible sur YouTube. Ce qui suit n’est pas une simple interview, mais un portrait de ce grimpeur hors normes. Un homme qui grimpe depuis seulement vingt ans, mais dont l’histoire est profondément ancrée dans le rocher et dans le cœur de ceux qui croisent sa voie. Des sentiers sauvages à la paroi Avant l’escalade, Ian arpentait les terres sauvages d’Australie sac sur le dos, dans des zones reculées, guidé par une carte et une boussole. L’aventure y était brute, souvent sans sentiers, avec des approches physiques et des terrains escarpés. “ Je ne vois pas cela comme un désavantage. J’étais déjà fort physiquement, et j’aimais être dehors. ” L’escalade n’a donc pas été une rupture, mais une continuité. Son rapport au corps, lui, n’a pas changé : “Grimper n’a pas transformé ma relation avec mon corps, mais a modifié ma manière de m’entraîner.” Transporter un sac de 25 kilos dans les montagnes n’implique pas la même endurance que celle demandée sur des voies déversantes. Alors Ian adapte, s’entraîne, non pas pour être plus fort, mais pour ralentir le déclin inévitable. Vieillir, mais continuer à grimper Lucide, Ian n’idéalise pas la vieillesse. “Avec l’âge, viennent des limitations… mais on ne les connaît pas tant qu’on n’essaie pas.” Pour lui, grimper, c’est tester ses propres frontières, découvrir où elles se situent, et chercher à les repousser. “On peut toujours repousser ces limites. Le défi fait partie d’un parcours personnel qui est différent pour chaque grimpeur..” Il grimpe pour rester actif, mais surtout pour rester connecté à la nature. “Si je ne grimpais pas, je ferais autre chose qui m’amènerait dehors.” À Mount Coolum, la grimpe est aussi une affaire de lien humain : “ Le temps de repos est un moment social, on échange, on se soutient.” Là-bas, il n’y a pas de compétition, seulement du respect, de l’humilité et la joie partagée d’être sur le rocher. Le présent absolu Pour Ian, l’escalade, c’est la pleine présence. “Quand tu grimpes, tout le reste devient secondaire.” L’instant prend toute la place, entre équilibre, respiration, économie de mouvement. “Je grimpe à une vitesse qui me permet d’atteindre mon objectif. Si je vais trop vite, je me grille.” Mais qu’importe la difficulté. Ce qu’il cherche, c’est le plaisir, l’élan, le mouvement : “Les voies dures sont des projets que tu espères un jour réussir proprement. Les voies faciles, ce sont des moments de fluidité, où tu entres dans le rythme. Dans les deux cas, tu ressens une satisfaction. Et peu importe ton niveau, l’escalade te donne un sentiment de soi.” Avec l’âge, le rythme change, les ambitions aussi. “La lenteur finit par t’habiter. Pour aller au bout, il faut se ménager. Je sais que je n’irai jamais aussi vite qu’il y a trente ans, mais je peux probablement toujours y arriver. Il faut juste avancer plus lentement.” Une passion qui n’a pas d’âge Ce qu’il aime, avant tout, c’est grimper. “Cela me donne un sentiment d’accomplissement. Même si tu es fatigué en fin de journée, c’est une bonne fatigue.” Ce que son corps ne peut plus faire avec la même explosivité, il le compense par l’entraînement et la connaissance de soi. “Je garde la force, mais pas toujours l’endurance. Sans entraînement, je ne pourrais plus grimper dans les dévers.” Mount Coolum est devenu son refuge. À 15 minutes de chez lui, cette grotte au bord de l’océan rassemble une communauté bienveillante. “Pas besoin de partenaire fixe : tout le monde se soutient. Il n’y a pas d’ego. Chacun grimpe pour soi, et la réussite de l’un est célébrée par tous.” Là-bas, les faucons pèlerins planent au-dessus de la mer, les vagues frappent la côte, et Ian grimpe, entouré de ses pairs. L’escalade a aussi été, pour Ian, un moyen d’alignement intérieur. “ J’ai toujours été heureux avec qui je suis et ce que j’ai. Grimper prolonge cette paix intérieure. Ce n’est pas seulement une activité physique, c’est une manière d’être au monde.” “Il faut faire entendre sa présence” "Je pense qu’en vieillissant, il faut faire entendre sa voix sinon on devient invisible." Ce que Ian regrette, c’est que la société moderne laisse peu de place aux personnes âgées. “On les met de côté, dans une époque obsédée par la jeunesse et la beauté.” Pourtant, beaucoup d’entre eux sont actifs, inspirants, mais invisibles car loin des réseaux sociaux. “Notre époque était différente. On savait ce qui comptait : la famille, les amis, et partager des activités avec des gens qui nous ressemblent.” Son amour de la nature vient de là. Pas de stades ni de sports organisés dans son enfance, mais des week-ends à explorer les parcs nationaux. Un goût pour la liberté qui, avec le temps, s’est transformé en passion pour l’escalade. Et cette passion, Ian la partage, parce qu’elle peut éclairer le chemin d’autres. “En partageant ce qu’on accomplit, on peut inspirer. Montrer que l’âge n’est pas une limite.” Certains jeunes grimpeurs lui ont confié qu’il leur montrait qu’ils pourraient grimper toute leur vie, tant qu’ils en ont envie. Ian nous rappelle que vieillir, ce n’est pas reculer, mais avancer autrement. Que le corps change, mais que l’élan peut rester intact. Avec un peu de roche, d’amis fidèles, et l’horizon en ligne de mire, il continue de tracer sa voie, une voie où le plaisir d’être là l’emporte toujours sur la performance. ✍️ : Théo de GrimpActu 💬 : Ian Elliott 📷: Matt Raimondo

  • Chute de 13 mètres : Quand la négligence en escalade devient un drame

    Un moment d'inattention, une fraction de seconde… et une vie peut basculer. Il n’est pas rare, dans les salles d’escalade ou en falaise, de croiser des grimpeurs et grimpeuses qui lâchent la corde, convaincus que leur appareil d’assurage à freinage assisté suffit à garantir la sécurité. Mais cette confiance aveugle dans la technologie peut mener au drame ( Principe : lors d’une chute du grimpeur, l’appareil pivote sur le mousqueton, la corde se tend et la came pince la corde pour la freiner. La main, en retenant la corde côté freinage, permet d’engager la came, d’où l’importance de toujours tenir la corde côté freinage) . Souvent, lorsqu'on leur rappelle l'importance de tenir la corde, on se heurte à de l’indifférence, voire à des réactions hostiles. Mais devons-nous fermer les yeux sur cette négligence ? Ne serait-il pas de notre responsabilité, en tant que pratiquants, de rappeler que la sécurité repose avant tout sur la vigilance humaine ? Au-delà de la question du matériel, c’est notre rapport à la sécurité et à la responsabilité qui est en jeu. L’illusion de sécurité et la banalisation de la négligence Au fil des années, les innovations technologiques ont révolutionné la pratique de l’escalade, rendant le sport plus accessible et plus sûr. Mais elles ont aussi favorisé une fausse impression de sécurité. Trop souvent, certains grimpeurs se reposent exclusivement sur leur matériel, oubliant que rien ne remplace une attention constante. Chaque geste compte. Chaque manip' engage une vie : la nôtre, celle de notre partenaire, celle des autres grimpeurs autour de nous. Une simple erreur, un moment d’inattention, peut avoir des conséquences irréversibles. Pourtant, lorsque ces erreurs surviennent, elles sont souvent minimisées, ignorées ou considérées comme de simples accidents inévitables. Le drame de Sara : une tragédie évitable Sara, athlète de haut niveau, a vécu l’impensable. Lors d’un échauffement qui, au départ, semblait tout à fait anodin, s’est transformée en un véritable cauchemar. C’était le deuxième jour du camp d’entraînement de son équipe nationale, dans le cadre de sa préparation pour la Coupe du Monde en Corée. Comme chaque matin, elle commence par s’échauffer en grimpant une voie, une routine qu’elle maîtrise parfaitement. L'atmosphère est calme, et elle grimpe avec la concentration d’une athlète, comme elle l’a fait des milliers de fois auparavant. Mais ce jour-là, ce moment habituel devient une tragédie imprévisible. Son assureur, un partenaire censé veiller à sa sécurité, semble distrait, négligeant son rôle. Un instant d’inattention, une corde lâchée, et la chute devient inévitable. 13 mètres. Une hauteur impressionnante où la gravité s’impose sans merci. L'impact est brutal, immédiat. Sara se retrouve écrasée au sol, son corps brisé. La douleur est instantanée, intense, infinie. Fractures multiples : jambes, colonne vertébrale. La liste des blessures est longue, et chaque opération nécessaire semble durer une éternité. C’est un combat pour sa vie et sa mobilité, un chemin semé d’embûches qui s’étend à perte de vue, tout comme la promesse d’une longue convalescence. L’incident a été justifié comme « faisant partie des risques inhérents à l’escalade » , et, ce qui est encore plus difficile à accepter, c’est qu’aucune responsabilité n’a été prise. Les conséquences de cet accident auraient pu être l’occasion de remettre en question les pratiques, d'ouvrir un dialogue sur la sécurité et la responsabilité dans ce sport. Mais tout cela a été balayé sous le tapis. Le silence est lourd autour d’elle. Il n’y a eu aucun geste de compassion, aucune remise en question du système. Le drame qu’elle a vécu n’a pas été perçu comme un appel à réévaluer les protocoles de sécurité, mais comme une simple fatalité. "L’incident a été justifié comme ‘partie des risques d’escalade’ et personne n’a pris ses responsabilités." Un oubli qui touche l’âme autant que le corps. Ce qui aurait dû être un signal d’alarme pour toute la communauté sportive a été réduit à un simple incident, dans un monde où, trop souvent, on minimise les risques sous prétexte qu'ils font partie du jeu. Sara prend la parole après l'accident Quelques mois après l'accident, Sara partage son expérience sur Instagram et les conséquences dramatiques qu'elle a vécues : "Les trois derniers mois de ma vie ont été d'une souffrance immense, et il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Je commence tout juste à apprendre à marcher à nouveau! Pour résumer : je m'entraînais avec l'équipe nationale en France et j'ai commencé mon échauffement sur une voie en tête. J'ai grimpé jusqu'en haut, puis j'ai lâché. Le professionnel à l'assurage' n'a pas pu me rattraper car il était occupé à discuter avec un autre pro. Je suis tombée de 13 mètres, j'ai heurté le sol, et je me suis retrouvée avec une colonne vertébrale fracturée et les deux pieds cassés. Et la bonne nouvelle, c'est que ceux qui sont responsables de tout cela continuent leur vie comme si rien ne s'était passé." Et maintenant ? À la fin de cette histoire tragique, il n’y a pas de solution simple, pas de remède miracle. Mais il y a une question qui mérite de résonner en chacun de nous, à chaque fois que nous enfilons nos chaussons. Sommes-nous vraiment prêts à prendre la sécurité au sérieux ? La sécurité en escalade ne doit jamais devenir une habitude, un automatisme. Elle repose sur la vigilance constante de chacun d’entre nous : que ce soit en tant que grimpeur, assureur ou spectateur. Nous avons tous un rôle à jouer pour que des tragédies comme celle de Sara ne se reproduisent pas. La technologie peut être un allié, mais c’est avant tout notre responsabilité humaine qui fait la différence. ⚠️ Attention : la vidéo peut être choquante :  Les images témoignent de la brutalité de l’accident

  • Une adolescente meurt à Orpierre : le drame évitable d’une corde trop courte

    Les falaises d’Orpierre, haut lieu de l’escalade dans les Hautes-Alpes, résonnent d’ordinaire de cris d’encouragement, de cliquetis de mousquetons et de la joie brute d’enchaîner des voies magnifiques. Mais le 18 avril 2024, ce sont des cris d’effroi qui ont transpercé l’air. Ce jour-là, sur le secteur des Blaches, une adolescente de 16 ans a chuté de plus de quinze mètres. Camille ne s’est jamais relevée. Un an plus tard, le vide qu’elle a laissé continue de peser. Et la question demeure : comment une sortie encadrée par huit adultes a-t-elle pu virer à l’irréparable ? Une erreur aux conséquences fatales Ce devait être un stage, comme tant d’autres. Des jeunes du Club Alpin Français (CAF) de Roanne, âgés de 13 à 17 ans, s’étaient donné rendez-vous à Orpierre pour vivre leur passion verticale. Une équipe d'encadrants expérimentés les accompagnait, dans un cadre jugé « classique » et « sécurisé ». Mais ce jour-là, quelque chose a déraillé. Au moment de redescendre d'une voie d’une trentaine de mètres, Camille est assurée par une autre jeune. La corde utilisée ne fait que 50 mètres. Elle aurait dû en faire 80. Aucun nœud d’arrêt au bout de la corde. Résultat : Camille tombe, violemment. Polytraumatisée, elle est transportée d’urgence à Grenoble. Elle décédera deux jours plus tard, sans avoir repris connaissance. Procès d’une tragédie : entre douleur et devoir de vérité Le 15 mai 2025, au tribunal correctionnel de Gap, le drame est rejoué dans les mots. Deux encadrants : l’ancien président du club et le responsable de la section escalade, comparaissent pour homicide involontaire. L’audience est tendue, partagée entre l’immense chagrin des parents et la sidération d’une communauté. La procureure de la République pointe « quatre déficits » majeurs : formation insuffisante, consignes de sécurité non répétées, organisation floue du matériel, manque de contrôle humain. Un cocktail de relâchement fatal, dans une activité qui n’en tolère aucun. À l’issue des réquisitions, la procureure de la République a demandé deux ans de prison avec sursis pour chacun des deux encadrants , ainsi qu’une interdiction d’encadrer des activités et une amende de 20 000 € pour le club. Un verdict, mais pas une fin Ce jeudi 3 juillet, le tribunal correctionnel de Gap a rendu son jugement. Il a suivi les réquisitions du parquet : deux ans de prison avec sursis simple pour chacun des deux encadrants, assortis d’une interdiction définitive d’encadrer toute activité. Le Club alpin français de Roanne a, quant à lui, été condamné à une amende délictuelle de 20 000 euros. Une décision lourde, mais qui marque avant tout un rappel solennel : dans l’encadrement, l’erreur n’est pas une option. Un appel à la rigueur dans une discipline exigeante L’escalade est un sport de liberté, de dépassement, de complicité. Mais elle repose aussi sur des protocoles stricts et une vigilance constante. Un nœud non fait, une corde mal choisie, une consigne oubliée : ces détails n’en sont pas. Ils peuvent tuer. Ce drame résonne comme un électrochoc. Il nous oblige, encadrants, bénévoles, clubs, passionnés, à réinterroger nos pratiques. À faire de la sécurité une obsession lucide, non une simple routine. À se rappeler qu’une grimpe réussie commence bien avant le premier mouvement : au sol, dans les yeux de celui qui vérifie ton baudrier, ton nœud, ton système d'assurage... On ne peut pas faire confiance au hasard, à l'habitude, au fait qu'il n'y a jamais eu d'accident. C'est ceci qui a amené les négligences. Procureure de la République de Gap Ce que nous devons à Camille Camille ne reviendra pas. Mais son histoire ne peut pas s’effacer derrière un verdict, attendu le 3 juillet. Elle doit rester présente dans chaque corde qu’on déroule, dans chaque briefing avant une sortie, dans chaque regard échangé au pied d’une voie. Ce drame n’est pas une exception. Il est le rappel brutal que l’escalade, aussi belle soit-elle, ne pardonne aucune négligence. Ce n’est pas la fatalité qui tue, c’est l’habitude. Le relâchement. L’idée que "ça ira bien", parce que ça s’est toujours bien passé. Chaque club, chaque encadrant, chaque grimpeur doit s’interroger : comment évitons-nous qu’un autre nom, une autre famille, une autre jeunesse ne s’ajoute à la liste ? Camille avait 16 ans. Elle n’aurait jamais dû mourir pour une passion. À nous de faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Corde trop courte : un danger mortel Avant de grimper, assurez-vous que la longueur de votre corde est adaptée à la hauteur de la voie. Consultez attentivement le topo, posez des questions à d’autres grimpeurs sur place si besoin, et en cas de doute, préférez une marge de sécurité. Une corde de 70 m pour une voie de 35 m n’est pas une sécurité : elle est une nécessité. ➡️ Les bons réflexes : Toujours faire un nœud au bout de la corde , que ce soit en moulinette, en rappel ou en grande voie. Ce simple geste peut stopper une chute mortelle. Étiquetez vos cordes clairement  si vous avez plusieurs longueurs dans le groupe (ex. "50 m", "80 m"), pour éviter toute confusion. Vérifiez mutuellement  les extrémités de la corde avant chaque descente ou assurage. Ne vous fiez jamais à la routine  : une seule inattention peut suffire. ✍️: Théo de GrimpActu

  • Usure du matériel en falaise : prévenir les accidents et grimper en sécurité

    Introduction : le piège de la confiance aveugle En falaise, on clippe souvent sans se poser de question. On fait confiance à ce qui pend au bout du spit, comme si le matériel était immortel, ou comme si quelqu’un, quelque part, venait le vérifier tous les matins. Mais sur le rocher, il n’y a ni ange gardien ni norme industrielle. Il n’y a que toi, ta corde… et ce mousqueton usé jusqu’à la moelle que tu n’as pas regardé de près. L’usure silencieuse du matériel d’escalade en falaise Dans cet article, on s'intéresse à un sujet que trop de grimpeurs préfèrent ignorer : l’usure silencieuse du matériel en place. Dégaines fixes, relais, mousquetons fatigués, sangles brûlées par le soleil… comment repérer les signes d’alerte ? Quand faut-il dire stop ? Et surtout, comment devenir un grimpeur responsable ?  Le matériel fixe : socle fragile de notre sécurité Quand on part en falaise, on part avec une idée simple : les points sont là, en place, solides. On clippe, on grimpe, on respire. Mais cette confiance, bien que nécessaire, mérite parfois d’être challengée. Car le matériel en place n’est pas éternel. Goujons à expansion, scellements chimiques, relais chaînés, maillons rapides, et parfois, ces fameuses dégaines fixes suspendues là depuis on ne sait quand… Tout ça, c’est du matos. Du vrai, du costaud, mais du matériel vivant, exposé, vieillissant. Et quand il flanche, ce sont nos vies qui sont en jeu. @Emile Pino Accidents en falaise : des drames évitables On n’aime pas en parler, mais il faut le faire. Un relais qui cède lors d’une descente en moulinette en Crète. Une plaquette arrachée sous le poids d’une chute dans une voie “tranquille”, parce qu’un goujon mal serré a tourné dans son logement. Une corde sectionnée net, à cause d’un mousqueton rongé jusqu’à l’os dans une dégaine fixe laissée trop longtemps. Ces histoires, ce ne sont pas des légendes. Ce sont des rappels brutaux que la falaise n’est pas une salle, et que le matériel, là-dehors, vit, s’use et meurt.  Pourquoi le matériel s’use (et parfois très vite)  1. Corrosion : le tueur silencieux L’air marin, même à plusieurs kilomètres de la mer, suffit à attaquer les ancrages. L’humidité, les variations de température, les infiltrations… tout ça participe à l’affaiblissement progressif des points. Même l’inox finit par montrer des signes de fatigue s’il est mal choisi (on pense à toi, inox 304…). Et si on mélange les métaux inox d’un côté, acier galvanisé de l’autre c’est la corrosion galvanique qui s’invite à la fête. 2. Usure mécanique : quand le rocher râpe l’acier Chaque passage de corde, chaque chute, chaque moulinette, laisse une trace. Littéralement. Les mousquetons de relais ou de dégaines fixes se creusent peu à peu, jusqu’à former des arêtes vives, capables de trancher une corde en pleine charge. Et si la corde est sale, pleine de grains de sable, c’est encore pire. Une corde peut mourir en une seule chute. 3. Mauvais montage : le détail qui tue Un goujon inox, une plaquette en acier doux, une mauvaise orientation, un ancrage mal scellé… Il suffit d’une seule erreur pour que tout l’ensemble devienne douteux.  Apprendre à lire les signes d’un équipement douteux Grimper en extérieur, c’est aussi apprendre à évaluer son environnement. Ce n’est pas inné, mais c’est indispensable. 👉 Voici quelques réflexes à adopter : La voie est-elle équipée récemment ? Par qui ? Le site est-il entretenu ? Le point tourne-t-il ? La plaquette bouge-t-elle ? Le maillon est-il entamé ? Y a-t-il de la rouille, des traces de sel, des fissures autour du scellement ? Une dégaine fixe pend-elle là depuis des saisons entières, brûlée par le soleil ? Focus sécurité : relais de descente – dernier maillon, point critique En falaise, tout finit au relais. C’est le point d’ancrage ultime, le dernier maillon entre toi et le sol. C’est aussi celui qui voit passer tout le monde, en montée comme en descente. Et contrairement à une dégaine ou une plaquette, un relais défectueux met directement en jeu la vie du grimpeur pendant une manœuvre statique, sans dynamique pour amortir quoi que ce soit. 👉 Ce que tu dois absolument vérifier : Deux points d’ancrage reliés : une chaîne ou une sangle solide. Deux points non reliés = danger. État des ancrages : plaquettes desserrées, scellements fissurés, goujons tordus = drapeau rouge. Maillon rapide : rouillé, grippé, ouvert, ou gorge creusée = ne pas descendre dessus. Chaîne ou sangle de liaison : rouillée, pelucheuse, exposée aux UV = à proscrire. Un relais douteux = plan B. Descends ailleurs, pose une corde fixe, ou change de stratégie. Une inspection rapide ne suffit pas toujours : prends ton temps, vérifie avec ton binôme, et n’hésite pas à doubler ton système si tu as le moindre doute. @Emile Pino Dégaines fixes : quels risques, quels réflexes ? On les adore pour travailler les voies dures : elles évitent de porter 12 dégaines, elles rassurent, elles permettent de buter proprement… Mais ce sont souvent des bombes à retardement si personne ne s’en occupe. 👉 Voici ce que tu dois vérifier avant de clipper : Sangle décolorée : signe d’exposition prolongée aux UV → sangle fragilisée. Mousqueton du haut : rayures profondes ? traces de rouille ? maillon mal vissé ? Mousqueton du bas : gorge creusée ? doigt paresseux ? arêtes vives ? Même une usure légère mais mal placée peut suffire à abîmer dangereusement une corde. Des tests ont montré que la combinaison d’une gorge usée et d’un angle vif sur un mousqueton peut endommager la gaine de la corde au point de provoquer une rupture, même sur des chutes de faible hauteur. Matériel douteux : que faire si tu repères un danger ? Tu n’es pas équipeur ? Pas grave. Tu es grimpeur, et ça suffit pour être acteur de ta propre sécurité et de celle des autres. 👉 Tu peux : Signaler un point abîmé (asso locale, réseaux sociaux, appli type Whympr ou CampToCamp). Resserre un écrou, repositionne une plaquette. Remplace une dégaine fixe HS. Ou au minimum, ne grimpe pas dessus. Partage ces réflexes avec ton binôme, avec les plus jeunes, avec ceux qui débutent.  Outils numériques : des applis pour partager et signaler Aujourd’hui, on grimpe avec un topo dans la poche et un téléphone connecté. Alors pourquoi ne pas l’utiliser pour sécuriser les autres autant que soi ? 👉 Voici des outils pour signaler du matériel douteux : CampToCamp  : base de données collaborative où tu peux commenter une voie, signaler un relais abîmé, et consulter les retours d'autres grimpeurs. Oblyk  : topo numérique + communauté réactive. Très utile pour les falaises populaires ou les sites écoles. Whympr  : outil simple pour géolocaliser un problème, ajouter une photo, et diffuser l'information rapidement. TheCrag , 8a.nu , Vertical-Life  : plateformes d’enchaînement, mais souvent utilisées aussi pour noter des remarques de sécurité ou de conditions. Une simple alerte peut éviter un accident. L’information est une forme d’assurage. La responsabilité du grimpeur est collective Chaque site de grimpe a été équipé par quelqu’un. Souvent bénévolement. Avec son matos, son énergie, son temps. Pour que toi, aujourd’hui, tu puisses clipper en confiance. 👉 Alors si tu veux rendre la pareille : Achète les topos : c’est du soutien direct. Participe à une journée d’entretien. Aide un équipeur local — sur le terrain ou financièrement. Forme-toi à la lecture du matériel, à l’équipement, à la sécurité. ✍️ : Théo GrimpActu 📷 : Emile Pino 💬 : Laurent Perez

  • Jules Marchaland réussit un flash historique à Magic Wood : deuxième 8C bloc flash au monde

    L’histoire continue de s’écrire en Suisse. Le jeune grimpeur français Jules Marchaland  a réalisé un exploit rarissime : le flash de Power of Now Direct  (8C)  à Magic Wood, l’un des sites de bloc les plus mythiques au monde. Cette variante directe de Power of Now  (8B+), ouverte par Giuliano Cameroni en 2020, avait été transformée par Simon Lorenzi en juillet 2022, et est depuis devenue un bloc incontournable pour les grimpeurs de haut niveau. Avec cette ascension, Marchaland entre dans un cercle extrêmement restreint : il devient le deuxième grimpeur au monde à flasher un bloc coté 8C, après l’Allemand Yannick Flohé, qui avait réalisé le premier flash mondial d’un 8C avec Foundation’s Edge  à Fionnay, quelques semaines plus tôt. ➡️ Retrouvez l’article ici : Yannick Flohé flash Foundation's Edge 8C : premier flash confirmé d’un bloc 8C en Suisse Le flash : un exploit de précision et d’intuition Le flash consiste à réussir une ligne dès la première tentative, sans essais préalables. Il exige une lecture parfaite, une intuition aiguë et une maîtrise absolue. Pour Jules Marchaland, ce succès a été rendu possible grâce au lien fort qu’il entretient avec Simon Lorenzi : « C'était vraiment incroyable de vivre ça avec mon pote, et de pouvoir l'accompagner dans cette performance. Je le connais bien, j'ai beaucoup grimpé avec lui, donc je n'étais pas surpris. J'estimais ses chances de réussite à 70/80%. Cette perf, c'est déjà une perf mondiale, et pourtant, je sais qu'il est encore capable de faire bien plus » confie Simon Lorenzi . Pour Jules, l’ascension a été l’aboutissement de semaines d’observation et de préparation mentale : « En venant ici, je sentais que ce bloc était "fait" pour moi. Depuis le début, je l'avais dans le viseur, presque comme une obsession. Après de longues semaines d'attente, à guetter les bonnes conditions, j'ai enfin décidé de mettre mon essai flash. C'était intimidant de préparer cet essai ; pas de seconde chance, je devais y aller à fond. J'ai grimpé exactement comme je le voulais ; chaque mouvement était juste, en parfait état de flow. Quand je me suis rétabli, j'ai eu ce frisson unique ! J'ai encore du mal à réaliser. » - Jules Marchaland Nitschke Timothée Un grimpeur complet, à la croisée des disciplines À 24 ans, Jules Marchaland est déjà un visage majeur de l’escalade française et internationale. Originaire de Saint-Jeannet (Nice), il combine les performances en compétition et en outdoor : Falaise  : voies jusqu’au 9B Bloc outdoor  : jusqu’au 8C Compétition  : top 10 en coupe du monde de difficulté Défis originaux  : il a notamment réalisé le défi de grimper 100 x 8a sur la Kilterboard en moins de 24h Cette performance historique à Magic Wood confirme que Marchaland n’est pas seulement un grimpeur talentueux, mais un véritable explorateur des limites de l’escalade, capable de combiner force, technique et mental dans des ascensions qui marqueront la discipline. ➡️ Retrouvez l’exploit de Jules Marchaland en vidéo juste ici :

  • Siebe Vanhee réussit le premier flash de Muy Caliente 6C Trad à Pembroke

    Le grimpeur belge Siebe Vanhee  vient de réaliser une performance en trad au Royaume-Uni en réalisant, le mardi 19 août 2025, le premier flash  de la voie Muy Caliente  (E9 6c) à Stennis Ford, Pembroke. « La scène trad britannique m’a toujours inspiré. Les histoires autour des lignes historiques, de la manière dont elles ont été ouvertes par des légendes, puis répétées par d’autres. Grimper sur les falaises maritimes calcaires de Pembroke était depuis longtemps sur ma liste. Au printemps, j’ai contacté Jim Pope pour savoir s’il serait dispo et motivé. Sa réponse positive a scellé le plan ! » — Siebe Vanhee Une voie majestueuse de Pembroke Ouverte en 2010 par le Britannique Tim Emmett, Muy Caliente  avait initialement été cotée 7A avant d’être réévaluée à 6C après plusieurs répétitions. Située sur les imposantes falaises maritimes de Pembroke, cette ligne est devenue un véritable voie de référence du trad moderne, réputée pour ses protections précaires, ses longues sections aériennes et son intensité psychologique. Pour les grimpeurs européens passionnés de trad, Pembroke représente une Mecque : calcaire compact, fissures délicates, lunules exposées et une ambiance unique face à la mer d’Irlande. Andrea Cossu / Onsen Productions La préparation et le style Vanhee Arrivé dix jours avant son enchaînement, Siebe n’a pas perdu de temps. Il a enchaîné plusieurs classiques difficiles du secteur, souvent à vue ou en flash, parmi lesquelles Point Blank  (E8 6c), San Simian  (E8 6c) ou encore Nothing to Fear  (E8 6b). Un échauffement de luxe qui laissait présager une tentative ambitieuse. Pour ce flash, le Belge s’est entouré d’une petite équipe, dont le grimpeur britannique Ben Heason , qui connaissait déjà la voie et a joué un rôle clé en préparant le terrain et en transmettant des méthodes précieuses. Siebe s’était aussi documenté avec deux vidéos d’ascensions Hazel Findlay et James Pearson. « Je n’ai jamais préparé un flash aussi sérieusement », explique-t-il. « Les longues voies d’endurance sur calcaire sont mon style. Le trad, les runouts, le jeu mental : c’est exactement ce qui me met dans un état de flow et de joie. » Une ascension sous tension La voie commence par les dix premiers mètres de Ghost Train  (E6 6b) avant de bifurquer sur des réglettes tranchantes et des mouvements puissants. Vanhee a décrit un moment critique en milieu de voie : pour attraper une mono main droite, il a dû retirer une protection fraîchement placée afin de changer de main, se retrouvant gonflé à bloc et au bord de la chute. « J’étais à deux doigts de tomber, mais j’ai réussi à atteindre un repos précaire », raconte-t-il. « Après plus de cinq minutes suspendu, j’ai senti que j’avais encore l’énergie pour attaquer le crux final. Grâce au beta précis de Ben, j’ai pu dérouler les derniers mouvements jusqu’au sommet. » Une performance qui illustre parfaitement le mélange de force, d’endurance et de sang-froid que requièrent les grandes ascensions en trad. Andrea Cossu / Onsen Productions Un trip qui ne fait que commencer Si ce flash constitue déjà une réussite pour son séjour, il souligne que son objectif principal était clair : collectionner les ascensions à vue et flash  des grandes classiques trad britanniques. Et la liste est encore longue : « Le voyage n’est qu’à moitié. Je suis reconnaissant pour la météo, l’ambiance et la qualité incroyable du rocher. Chaque jour, c’est Simon’s Field → falaise → pub. Je ne pouvais pas rêver mieux ! » Andrea Cossu / Onsen Productions Pour découvrir la voie en action, voici une vidéo de Babsi Zangerl , qui avait réalisé la première ascension féminine de Muy Caliente  en 2017. * ✍️: Théo de GrimpActu

  • Rencontre avec Laurent Bidot, auteur de "Il était une fois l'escalade"

    L'univers de la bande dessinée offre une fenêtre captivante sur des aventures diverses et varié, "Il était une fois l'escalade" n'y fait pas exception. Partons à la rencontre de l'univers artistique de Laurent Bidot, des défis qu'il a rencontrés lors de la création de la BD et découvrons comment il a capturé l'essence meme de ce sport à travers ses illustrations. Laurent Bidot a débuté son parcours artistique dès son adolescence, en réalisant des illustrations humoristiques pour divers projets, dont un dans le domaine informatique. Après des études en art graphique et une décennie dans la communication d'entreprise, il a finalement concrétisé sa passion pour la bande dessinée. Son premier album a vu le jour en 2000, marquant le début d'une carrière riche en créativité. Les classiques de la bande dessinée franco-belge, tels que les Tuniques Bleues de Cauvin et Lambil, ainsi que l'œuvre de l'américain Will Eisner, ont marqué l'influence artistique de Laurent Bidot. En littérature, il se tourne vers les nouvelles d'Edgar Allan Poe et de Guy de Maupassant pour nourrir son inspiration. Il se décrit comme un artiste en quête constante de renouvellement graphique, s'adaptant aux projets et aux thèmes qu'il explore. "Il était une fois l'escalade" est une bande dessinée qui retrace l'histoire vertigineuse de ceux qui ont des siècles durant défié la gravité et repoussé leurs propres limites. Des rochers de Fontainebleau aux parois de l'Eiger, cette BD vous transporte au cœur de la passion ardente de conquérir les sommets à mains nues. Laurent Bidot a accepté de répondre à nos question pour que nous comprenions mieux le processus créatif qui se cache derrière la bande dessinée "Il était une fois l'escalade". Pourriez-vous nous donner un aperçu du processus créatif derrière la bande dessinée " Il était une fois l'escalade" et comment vous avez abordé la représentation visuelle de l'escalade? C'est un album particulier pour moi car je n’avais jamais travaillé sur autant de pages avec un scénariste qui n’avait jamais fait de bande dessinée. David Chambre a très vite appris les bases que je lui ai transmis pour écrire le scénario. Il m’a envoyé une impressionnante documentation pour comprendre chaque scène qu’il me demandait de dessiner. Comme le piège était de sembler répétitif, je me suis appliqué à trouver des angles et des perspectives nouvelles à chaque fois. A bien étudier chaque paroi d’un point de vue géologique pour la dessiner. J’ai aussi beaucoup travaillé les grimpeurs en soulignant les prises et les attitudes afin d’inspirer les grimpeurs-lecteurs. Quels défis avez-vous rencontrés lors de la création de cette bande dessinée, en particulier compte tenu du sujet lié à l’escalade? N’étant pas grimpeur je demandais toujours à David des détails sur les cordes, les mousquetons, les dégaines, etc. Le défi principal était de ne pas ennuyer le lecteur, le scénario étant dense, le dessin devait aider à la compréhension mais aussi divertir. La bande dessinée est un divertissement. Les grimpeurs ont le sourire, des visages sont sympas, un peu caricaturaux mais pas trop. "Il était une fois l'escalade" explore divers lieux emblématiques de l'escalade. Comment avez-vous travaillé pour capturer l'essence de chaque endroit à travers votre art? Toute la documentation de David a été très utile. You Tube aussi m’a été précieux pour faire le tour du monde de la grimpe, d’ailleurs la BD regorge de flashcodes qui dirigent les lecteurs vers ces videos. La passion et l'audace des pionniers de l'escalade sont des thèmes centraux de la BD. Comment avez-vous essayé de transmettre ces émotions à travers vos illustrations? J’ai travaillé les attitudes, les expressions de visage des grimpeurs pour transmettre physiquement leur passion sur la roche et sur les prises. J’ai senti que c’est l'anticonformisme et la recherche de terrains de liberté qui les guident. J’ai donc cherché des mises en scènes et de cadrage qui soulignent cette philosophie de vie. Pouvez-vous partager des détails sur votre collaboration avec Glénat et comment cette relation a influencé votre travail artistique?  Il était une fois l’Escalade est une coédition Les éditions du Mont-Blanc (maison d’édition de Catherine Destivelle) et les éditions Les Arènes avec qui j’ai fait trois albums. Nous nous connaissons donc bien. Il n’influence pas beaucoup mon travail artistique, les conseils sont assez rares. Quelques échanges avant de débuter l’album suffisent. Un éditeur engage un dessinateur pour son expérience et son style de dessin. A partir de là il lui fait confiance pour mettre en image l'album avec parfois quelques demandes d'ajustements plus liées à la précision historique ou technique de la planche. Comment avez-vous travaillé pour équilibrer l'aspect historique et narratif tout en maintenant l'aspect visuel engageant? Au départ j’ai été inquiet de la quantité de textes sur chaque planche. Trop de texte peut tuer le dessin et nuire le plaisir de lire une bande dessinée. Le scénario a donc été travaillé à nouveau pour alléger un peu les bulles et les vignettes de textes. Dans l’idéal j’aurais aimé qu’on ai la place de dessiner plus de décors et de parois naturelles magnifiques pour respirer mais il y en a quelques une tout de même. Comment percevez vous le rôle de la bande dessinée dans la narration d'histoires sur des sujets tels que l'escalade et l'aventure en général? La bande dessinée peut tout aborder, c’est sa force et sa richesse. Les styles narratifs et graphiques permettent d'explorer tout les sujets. Les cases ne sont pas une contrainte, elles peuvent voler en éclat . L’essentiel sont le texte et les images et le spectre d'échange texte-image est  infini Y a-t-il des éléments spécifiques de l'histoire de l'escalade que vous avez particulièrement appréciés ou trouvés inspirants lors de la création de cette bande dessinée? Action Directe ou la face nord des Dru étaient inspirants à dessiner. J’ai beaucoup aimé chercher des moyens graphiques avec mes moyens que sont le papier, les pinceaux et l'encre de chine pour transcrire ces difficultés afin que le lecteur se dise « whaou, pas facile à grimper !" Comment naviguez vous entre la nécessité de rester fidèle à la réalité de l'escalade tout en ajoutant une touche artistique distinctive à votre travail? C’est tout le secret et la richesse du travail d’un scénariste et grand connaisseur de son sujet et un auteur de bande dessinée capable de se fondre, c’est à dire d’appréhender et de traduire une attente formelle. On échange beaucoup pour arriver à ce résultat. Le travail de Clémence Jollois la coloriste a été très important pour apporter la vie à ces roches. Là aussi nous avons beaucoup échangé. La couverture de la BD est souvent le premier contact visuel pour les lecteurs. Pouvez-vous expliquer comment vous avez conçu la couverture pour représenter l'essence de la bande dessinée? On a tourné autour de projets très illustratifs dans un premier temps pour chercher la couverture mais ca ne me plaisait pas. Jusqu'à ce que je pense à un grimpeur animé d’une rage presque politique liée à la liberté. C’est ce qui m’a inspiré ce dessin d’un grimpeur vif comme un éclair électrique sur une paroi sombre. Les éditeurs paraissaient surpris mais ravis de l’aspect symbolique et fort de ce grimpeur ou grimpeuse. C’est drôle car certains y voient Catherine Destivelle.  L’idée de l’éditeur de poser un pelliculage rugueux à la couverture est formidable. Il touche beaucoup les lecteurs. 💬 : Laurent Bidot 📷 : Laurent Bidot 🗞 : GrimpActu.

  • Cédric Lachat Dévoile les Secrets de sa Dernière Conquête : Chilam Balam (9a+/9b)

    Cédric Lachat, vient de réaliser un exploit époustouflant en enchaînant la voie légendaire "Chilam Balam" à Villanueva del Rosario en Espagne. Cette ascension remarquable, cotée 9a+/9b, s'inscrit dans l'histoire de l'escalade, et nous avons eu le privilège de discuter avec Cédric pour en savoir plus sur cette expérience inédite. Une Voie d'Exception La voie "Chilam Balam", du haut de ses 85 mètres, révèle un défi unique avec ses 218 mouvements et ses 24 dégaines. Cédric nous explique que la voie se divise en trois parties, alliant des passages en 8c+, un toit imposant en 8b+/8c, pour terminer par un 8c+. Cette combinaison exigeante de colos, de blocs difficiles et de repos stratégiques a testé les compétences polyvalentes de Cédric. Les Crux, Points Critiques de l'Ascension Avec cinq crux distincts, la voie réserve son véritable défi à la fin. Cédric décrit avec précision la séquence complexe impliquant des inversées, des mono-doigts, et une croute éloignée, mettant à l'épreuve la fermeture des bras et la concentration ultime. " Il faut d'abord effectuer une séquence de 10 mouvements avant de se retrouver sur deux mauvaises inversées. Ensuite, il faut prendre un trou minuscule en bi-doigt main droite, croiser sur un bi-doigt bizarre, presque monodoigt, et atteindre une croute éloignée. Enfin, déplacer les pieds sur de mauvaises prises et effectuer deux mouvements supplémentaires sur des croutes, demandant une fermeture importante des bras." L'Émotion derrière le Choix de la Voie Cédric partage l'origine de son choix, évoquant une suggestion d'un ami, Ludovic Pin, qui l'a inspiré à relever ce défi. La réputation légendaire de la voie et son aspect impressionnant ont captivé Cédric, alimentant sa motivation à la conquérir. " La ligne est incroyable et impressionnante, ce qui donne forcément envie d'essayer. C’est une voie de légende comme biographie ou la rambla, je trouve classe de la faire…" Stratégie et Détermination Pour aborder cette voie titanesque, Cédric a adopté une approche méthodique, travaillant étape par étape. "J'ai travaillé étape par étape, en consacrant d'abord du temps à la première partie, puis à la seconde, avant de m'attaquer à la dernière. Entre-temps, j'ai effectué deux sorties moins difficiles en 9a pour me mettre en forme, puis j'ai fait des essais la voie en totalité. Le quatrième essai s'est avéré être le bon. J’ai mis environ 50-70 minutes pour la faire. Je sais plus. Je pense qu’il faudrai au moins 90 minutes pour se reposer correctement mais c’est trop dur pour les pieds lol." La Victoire et le Dépassement de Soi Le sentiment post-enchaînement était une fusion d'euphorie et d'incrédulité pour Cédric, qui ne se sentait pas initialement assez en forme pour relever ce défi monumental. La force mentale a joué un rôle clé dans cette victoire. "J'étais extrêmement heureux. Je ne me sentais pas assez en forme physiquement pour réaliser une telle voie " L'Investissement Physique et Mental Cédric souligne l'importance de l'expérience dans son investissement physique et mental. Un mois et demi de travail intensif, d'entraînement et de repos ont été nécessaires pour surmonter ce défi et permettre à Cedric de revenir à son niveau maximal. La gestion experte de son savoir-faire a été cruciale dans la réalisation de "Chilam Balam". Anecdotes et Perspectives d'Avenir Une anecdote surprenante émerge : 24 dégaines sur 85 mètres, un défi en soi. Chaque chute lors d'un essai signifiait recommencer depuis le début. Cédric rend hommage à l'ouvreur, Bernabé Fernandez, pour cette ligne magnifique et imposante. "Il y a 24 dégaines pour 85 mètres ! C'est abominable à travailler. Lorsque tu tombes lors d'un essai, tu dois recommencer depuis le début. Le travail et le déchiffrage des méthodes sont difficiles. L'ouvreur a équipé une ligne magnifique et imposante ! Respect total." Un grand merci à Cedric Lachat d'avoir pris le temps de répondre à nos questions, nous lui laissons le dernier mot : Grimper, me dépasser et être en pleine nature. L'escalade se partage avec les autres, et je pense que c'est l'équilibre entre tout cela qui nous rend si heureux. 💬 Cédric Lachat 📷 mimi3800 🗞 GrimpActu!

  • Bologne 2024 : Ina Plassoux en or pour clôturer la saison

    Il y a trois jours, la dernière étape de la Coupe d’Europe d’escalade de difficulté et de vitesse s’est achevée à Bologne, marquant la fin d’une saison palpitante pour les grimpeurs européens. L’événement, qui s’est déroulé du 13 au 15 septembre au gymnase Level 24 à Casalecchio di Reno, a vu s’affronter des grimpeurs redoutables. Après les Championnats d'Europe à Villars en Suisse, cette compétition a clôturé le calendrier 2024 des épreuves européennes. Parmi les performances remarquables de cette étape, la Française Ina Plassoux Djiga (Chambéry Escalade) s'est particulièrement illustrée en remportant la médaille d’or grâce à un impressionnant Top dans la voie finale. Son coéquipier, Arsène Duval, a quant à lui décroché la médaille d'argent, complétant ainsi une superbe performance de l'équipe de France. D’autres athlètes tricolores se sont également bien défendus, avec Maël Grenier (Chambéry escalade) se classant 11e, suivi de Lucas Dufros (Lyon escalade sportive) à la 15e position. Pour mieux comprendre cette performance exceptionnelle, nous avons échangé avec la principale intéressée, Ina Plassoux Djiga. Grimpeuse de 25 ans originaire de Brest et désormais installée à Grenoble, Ina n’est pas seulement une athlète, elle est également kinésithérapeute sur son temps libre. Membre de l’équipe de France d’escalade de difficulté depuis 2020, elle concilie avec passion une vie d’athlète et une carrière professionnelle. En parlant de la compétition à Bologne, Ina a décrit une ambiance spéciale, propre aux Coupes d’Europe. "Les Coupes d’Europe sont toujours des compétitions hyper cool avec des compétiteurs aux profils bien différents : des jeunes qui viennent chercher de l’expérience tout en étant capables de gagner, d’autres qui n’ont pas ou peu eu la chance de s’exprimer sur le circuit de Coupe du monde et qui ont donc aussi très envie de performer, ou encore des moins jeunes (comme moi) qui sont arrivés sur le tard et qui sont encore en recherche d’expérience au niveau international. En ce qui concerne notre French team, c’était une équipe un peu différente des Coupes d’Europe précédentes. Chez les filles notamment, il y avait eu pas mal de désistements en vue des compétitions jeunes (championnats d’Europe) et seniors (Coupe du monde de Séoul) à venir dans les prochaines semaines. Cela a donc donné la possibilité à d’autres filles de s’exprimer à l’international et de prendre leur première sélection de l’année (ou même de leur vie), et ça, c’est toujours top ! On était une super équipe ! Tout le monde avait à cœur de performer, mais ça ne nous a pas empêchés de beaucoup rigoler et d’aller souvent chez le glacier." Un parcours semé d’embûches, mais une victoire éclatante Ina raconte cette Coupe d’Europe de Bologne comme une véritable épreuve de force, tant mentalement que physiquement. Après un début de compétition difficile, elle s'est retrouvée dans une position inconfortable, tombant dans le premier piège de la voie lors des qualifications. Cependant, sa détermination et sa capacité à se remobiliser lui ont permis de rebondir en topant la deuxième voie de qualification, assurant ainsi son ticket pour les demi-finales. "Pour moi, la Coupe d’Europe de Bologne était la dernière compétition de la saison. Et c’était la dernière d’un enchaînement de trois compétitions en trois semaines, car les deux semaines précédentes, j’étais aux Championnats d’Europe à Villars, puis à la Coupe du monde de Koper. Avant d’arriver à Bologne, ma saison était déjà réussie, mais j’accorde beaucoup d’importance à ce circuit de Coupe d’Europe. J’avais donc vraiment envie de faire une grosse compétition, de grimper encore une fois du mieux possible et de mettre en place tout ce que j’ai appris ces derniers mois (puis si possible de faire un gros résultat). Ayant terminé quatrième sur la première étape, la seule solution pour faire mieux en termes de résultat était de monter sur le podium. Alors je ne venais pas à Bologne juste pour manger des glaces et de la bolognaise… En ce qui concerne la compétition en elle-même, je pense que j’étais dans un très bon état d’esprit en arrivant, et plutôt en forme malgré une petite fatigue qui commençait à s’installer après Koper. Pourtant, ma compétition a très, très mal commencé. Je dirais même qu’il était difficile de faire pire. Dans mon premier run, je me suis classée parmi les cinq dernières de la voie (et ce n’était pas à cause d’une zipette ou d’un autre incident de grimpe, j’ai juste très mal grimpé et je suis tombée dans le premier piège de la voie). J’ai donc dû m’employer très fort pour me remobiliser et mettre un énorme run dans la deuxième voie (que j’ai topée) pour me qualifier en demi-finale." Le véritable tournant est survenu lors de la finale. Face à une voie exigeante et à une adversaire redoutable, la Belge Héloïse Doumont, Ina a su garder son calme et rester concentrée sur sa propre grimpe. "Psychologiquement, ça m’a mis un petit coup, non pas à cause de la signification du classement, mais parce que j’ai eu l’impression que mes vieux démons de grimpe, que j’avais réussi à laisser de côté quasiment toute la saison, revenaient me hanter. J’ai donc abordé la demi-finale sûre de mes forces et de mes capacités à accéder à la finale, mais j’étais aussi consciente de mes faiblesses, qui restaient présentes dans un petit coin de ma tête… J’ai dû lutter contre cela à l’approche de ma demi-finale. Ma demi-finale s’est très bien passée. La voie me convenait, je pense, parfaitement, et je me suis classée deuxième de ce tour. Cela m’a donc redonné un peu de confiance. De plus, certaines filles qui, selon moi, pouvaient fortement prétendre au podium se sont fait piéger lors de cette demi-finale et n’ont donc pas accédé à la finale. Je savais alors que cette finale pourrait être assez ouverte, mais que monter sur le podium et gagner serait tout de même très difficile, car toutes les filles en finale avaient les capacités de décrocher une place sur le podium. Pour me frayer un chemin vers ce podium, je savais qu’il fallait que je grimpe à mon meilleur niveau et que je me batte coûte que coûte jusqu’au relais. Quant à la finale, j’avais un peu peur lors de la lecture de la voie, car elle ressemblait un peu à la voie de qualification où je n’avais pas réussi à m’exprimer. Mais j’ai réussi à rester concentrée uniquement sur ma grimpe et sur ce que j’avais à faire. Cela m’a permis d’arriver sereine et prête à tout donner au pied de la voie. La finale était un peu moins intense que prévu au début, mais sur la fin, il ne fallait pas se faire surprendre. Il fallait être présente et s’engager à 1000 % pour avoir une chance de monter sur le podium et de gagner. En descendant, je savais que Héloïse Doumont, la Belge, avait de grandes chances de toper la voie, car elle est en grande forme cette saison, et je pense que cette voie était vraiment dans son style. Dans ma tête, j’étais donc prête à terminer deuxième, et c’était OK. Elle tombe finalement deux mouvements avant le top, ce qui m’offre la victoire. (À la fin, face à la Belgique, c’est toujours la France qui gagne de toute façon). Je suis vraiment contente de cette victoire. C’est mon premier podium, et donc ma première victoire sur une compétition internationale ! (En vérité, je n’ai même jamais gagné au niveau national toutes catégories confondues, donc c’est un peu la première fois que je gagne une compétition tout court ). En plus, avec un top en finale, sur la dernière voie de la saison, je ne pouvais pas rêver d’un meilleur scénario !" Un entraînement rigoureux et une passion intacte Pour arriver à ce niveau de performance, Ina s’entraîne avec rigueur sous la houlette de Vince Etchar, malgré la distance qui les sépare, elle à Grenoble et lui à Toulouse. Loin d’être une professionnelle à plein temps, Ina doit jongler entre son travail de kinésithérapeute et ses séances d’entraînement intensives. "Cependant, l’escalade et l’entraînement sont prioritaires à 1000 % sur mon travail (et sur presque tout le reste de ma vie, finalement). J’y consacre tout le temps que mon entraîneur juge nécessaire pour atteindre nos objectifs. J’aménage donc au maximum mon emploi du temps pour que ce soit le plus viable possible, surtout à l’approche et pendant la saison, où je travaille quand même beaucoup moins qu’en hiver pour arriver au top sur les compétitions ! J’essaie tout de même de faire d’autres choses, d’autres sports, de voir mes amis, ma famille, etc., car c’est aussi très important pour moi et nécessaire à mon équilibre. Mais bon, à la fin, s’il y a un choix à faire, c’est 99 % du temps l’entraînement qui gagne… Mais c’est mon choix, et je suis pour le moment en accord avec ça ! En ce qui concerne mon entraînement pour cette compétition, on va dire que je ne me suis pas entraînée spécifiquement pour celle-ci. Je me suis entraînée pour le circuit international en général : Coupe du monde et Coupe d’Europe, car j’avais des objectifs sur les deux. La saison a été découpée en plusieurs parties, ce qui m’a permis de me réentraîner et de progresser entre chaque bloc de compétition. Pour Bologne, sachant que cela faisait déjà deux semaines que j’étais en compétition, le maître-mot a été la fraîcheur. J’étais en forme, mais il fallait arriver avec le plus d’énergie mentale et physique possible. C’était ça le défi principal de cette dernière échéance pour moi, je pense." Et après Bologne ? Pour la suite, Ina prévoit de prendre du recul après cette saison intense. "Pour le moment, mon objectif à court terme est de récupérer de cette incroyable saison et de faire une petite pause pour repartir à 1000 % quand il le faudra. Je vais donc rentrer un peu en Bretagne, voir ma famille et mes amis, me reposer et faire le point sur cette grande saison qui vient de se terminer. Ensuite, je reviendrai dans le coin pour aller en falaise. J’ai quelques petits projets ouverts et j’ai vraiment à cœur d’y consacrer du temps et de les réaliser cet hiver. Bien sûr, je vais aussi assez rapidement reprendre l’entraînement pour la saison prochaine. Pour mes objectifs sur les saisons à venir, je n’ai pas encore fait le point avec mon entraîneur. Cette saison, j’ai réalisé presque tous mes objectifs en termes de grimpe et de résultats. Et je dois avouer que ce sont des objectifs que j’avais depuis plusieurs saisons déjà. C’est donc un peu comme si c’était la fin d’un cycle, et j’ai déjà hâte d’entamer le prochain ! Mais, comme toujours, l’objectif sera de devenir de plus en plus forte en escalade ! Pour finir, je souhaite le meilleur à tous les Français qui ont encore des compétitions cette saison, et en particulier aux jeunes qui vont se battre pour le titre dans une semaine aux championnats d’Europe de Troyes, à la maison. Faites-nous rêver !"

  • Seb Bouin s'exprime sur la polémique autour de son ascension en solo sur la Tour Total

    Le 28 septembre 2024, Seb Bouin et Alain Robert ont réalisé une ascension audacieuse de la Tour Total à La Défense, à Paris. Cet exploit, bien qu'impressionnant, a suscité un vif débat dans les médias et parmi le public, entraînant une certaine polémique autour de leur initiative. Face à ces réactions et à l'incompréhension, Seb Bouin a décidé de partager un communiqué de presse afin de clarifier ses motivations, de réaffirmer sa passion pour l'escalade, et de dissiper les ambiguïtés entourant cet événement. Dans ce communiqué, il explique ses intentions, les raisons de cette rencontre avec Alain Robert, et souligne l'absence de volonté de promouvoir une marque ou de s'engager dans une démarche politique. Découvrez ci-dessous l'intégralité de son communiqué, où il aborde les enjeux de cette ascension unique et sa vision de l'escalade.   Pourquoi cette ascension sur la Tour Total avec Alain Robert ? "Ma volonté était, avant tout, de rencontrer Alain et de vivre une aventure inspirante, un moment fort avec une personne qui a marqué l’histoire de la grimpe. J’ai découvert Alain à travers ses ascensions dans le monde entier, et cette audace qu’il le caractérise. Depuis le début du Vintage Rock Tour, mon envie est de partager l’histoire des pionniers, de ceux qui ont marqué notre sport d’une manière ou d’une autre. J’ai trouvé en Alain un personnage hors du commun, avec une philosophie qui peut parfois dérouter, mais qui reste fascinante. Le but n’était pas de promouvoir Total ni de cautionner une marque en particulier, et encore moins de me positionner politiquement ou écologiquement. Ma démarche est celle d’un passionné d’escalade curieux cherchant à repousser mes propres limites. Ce personnage m’intriguait personnellement depuis longtemps. Je me demandais (moi aussi) pourquoi ? Quel est son monde ? Il avait l’air si atypique. J’avais vraiment envie de découvrir son univers et pourquoi pas, vivre une expérience avec lui. J’ai approché Alain dans mon esprit du Vintage Rock Tour : aller à la rencontre d’un personnage qui a façonné notre histoire de la grimpe. Un personnage qui a ouvert des portes, qui a laissé sa trace. J’avais dans l’idée de faire un petit documentaire vidéo avec lui, comme celles réalisées pour le Vintage Rock Tour. Je l’ai donc appelé il y a un bon moment (plus de 1 an) en lui proposant que l’on se rencontre et pourquoi pas, s’il avait quelque chose de facile sous le coude, faire une petite randonné vertical pour papoter. Il faut bien comprendre que je ne fais pas de solo, et que je ne veux en aucun cas me mettre en danger avec ça. Donc cette idée de partager une ascension n’était pas acquise. Avant l’ascension j’ai répété plus d’une dizaine de fois à Alain que je n’étais pas sûr de m’engager dans la tour. Je voulais tester les premiers mètres, et voir comment c’était. Si je n’était pas certain de moi, je ferai demi tour (et cela aurait aussi été un très bon sujet pour le documentaire, pour expliquer la démarche mentale). Avant l’ascension j’étais à 50/50, soit une chance sur deux, de ne pas y aller. Je me laissais vraiment le droit de faire demi tour. Mon idée était de rencontrer Alain et son monde, pas de m’exposer personnellement. L’objectif aurait été atteint même si je n’avais pas pris le départ. A moins de 99% de chance de réussite, je n’y serai jamais allé. Ainsi après les premiers mètres ma certitude de ne pas tomber était quasiment totale. Peut être même plus que de ne pas avoir d’accident avec sa voiture lorsqu’on prend la route. Il faut bien rappeler que je grimpe à haut niveau depuis plus de 10 ans et que ma maitrise physique et mentale de l’activité me permettent de jauger cela. Ce qu’il faut bien comprendre dans cela, c’est que cette ascension était préméditée pour Alain, mais moi je n’était absolument pas sur d’y aller. Ainsi, j’étais assez loin de me douter des répercussions médiatique que pouvait avoir un tel acte." Réactions et incompréhensions : Après l'ascension, les réactions médiatiques ont été vives, certains interprétant l'exploit comme un acte de promotion pour Total, voire un geste politique. Seb Bouin s’excuse pour la confusion créée par les images, qui montraient le logo de Total en arrière-plan "L’objectif de cette aventure n’a jamais été de promouvoir une marque, de cautionner un groupe industriel ou de défendre une cause autre que celle du partage et du dépassement personnel. Je comprends que certaines personnes aient pu interpréter cela autrement, et je suis désolé que des images aient pu induire en erreur. Alain et moi avons toujours souhaité partager notre passion pour l’escalade dans un acte de maîtrise et de concentration extrême. Nos valeurs sont avant tout humaines et sportives. Jamais il n’a été question de faire de cette aventure un acte de communication ou de publicité pour Total, et encore moins d’associer la grimpe à une cause qui nous dépasserait. Cependant, post ascension, tout est allé très vite. Pour moi, je venais de faire un exploit personnel. J’avais réussis à contrôler mes émotions, à me raisonner de manière logique face à une peur plus subjective qu’objective. L’exprimer et communiquer via des images faisait sens. Je parlais d’escalade et non d’écologie où de politique. Jan Virt a traité les photos dans la foulée et m’a envoyé un carrousel pour communiquer. J’ai communiquer tout de suite sans prendre le temps de me poser. L’excitation d’avoir réussis cette grimpe à pris le pas sur la réflexion. Cela a été une erreur car je n’ai pas pris le temps de penser à ce que pourrait représenter ce solo. Pour moi il s’arrêtait à une expérience cool avec Alain, et un dépassement personnel en escalade. Cependant, mon erreur aura été de ne pas trier d’avantage les images de Jan Virt, et d’enlever les images avec le logo Total. Il y a notamment une image paysage postée en double page qui a mal été interprété par certains.. Celle ci peut laisser penser que l’on a fait une pleine page du logo Total. Ce qui n’est pas le cas car l’image était en paysage et à voir en entier quand en switch à droite (image ci dessous). Ni Jan Virt, n’y Alain, ni moi avons pensé que ce lien entre Total et notre exploit pouvait être fait. Il faut rappeler qu’il s’agit d’une ascension illégale. Et je ne vois vraiment pas comment Total pourrait cautionner cela ?" Un solo pour le dépassement personnel, pas pour le buzz En réponse aux accusations selon lesquelles cet exploit aurait été réalisé pour faire le buzz, Bouin est catégorique : "Il faut être stable dans sa tête et heureux de se lancer dans un tel défie / challenge personnel. Se lancer la dedans pour faire le buzz est la pire des motivation que l’on puisse avoir pour un premier solo. S’écouter passe par écouter sa motivation. Si elle vient de l’extérieur, et qu’à l’intérieur de nous on ne le sent pas, il ne faut surtout pas y aller. C’est vraiment le meilleur moyen de se traumatiser et d’aller au casse pipe. Faire un solo pour les mauvaises raisons, je pense que ça peut nous marquer à vie... Même si on ne tombe pas. La question écologique : une sensibilité personnelle Concernant les critiques sur son manque de prise de position face aux enjeux écologiques, Bouin réaffirme ses convictions tout en expliquant son choix de ne pas politiser cette aventure. « J'ai toujours considéré que l'écologie et la politique sont des sujets avant tout personnels, et que chacun doit pouvoir agir selon ses propres convictions. Faire de la sensibilisation est une chose, mais afficher mes opinions personnelles dans un cadre professionnel en est une autre. Cependant, je comprends les remarques et j'apprécie d'échanger sur le sujet. Pour clarifier, je tiens à affirmer que je suis fermement opposé aux valeurs et pratiques de Total dans notre monde. Cette question me touche profondément, je m’exprimerai davantage sur ce sujet sur mes réseaux. Ayant été élevé dans une ferme avec un focus sur notre manière de vivre, je pense avoir une conscience de l’environnement et de la vie qui m’entoure. Et pour moi, c’est un coup dur d’être associé à cela. Il me semble invraisemblable de pouvoir penser une minute que l’on est un accord avec Total sur la promotion via un solo illégal. Par solo illégal il faut bien entendre deux choses : risque de mourir (donc pas très bonne pub tout de même) et risque de chopper une amende colossale (pour Total) pour avoir prémédité un acte illégal (pas très bonne pub non plus). Et s’il n’y a pas d’accord avec Total, alors nous aurions fait de la pub gratuite ? Comme ça ? Pour le plus grand dévastateur écologique de notre temps ?" 💬 : Seb Bouin 📝 : GrimpActu. 📷 : Janvirtphotography

  • Retour sur les 24 Heures du Mur à Oloron : Un week-end de performances et de festivités

    Le week-end dernier, la ville d'Oloron a accueilli la 18e édition des 24 Heures du Mur , un événement incontournable dans le monde de l’escalade. Cette compétition unique a réuni 280 grimpeurs  de haut niveau qui se sont affrontés durant 24 heures non-stop , sous les acclamations de plusieurs milliers de spectateurs. En plus des performances sportives, cette édition s'est démarquée par une programmation festive riche, offrant un véritable festival en parallèle de la compétition. Des grimpeurs en action sous des règles strictes La compétition était encadrée par des règles précises pour garantir équité et technicité. Chaque grimpeur avait trois essais  pour réussir une voie, en utilisant uniquement les prises de pieds et de mains  de la couleur correspondant à la voie. Les volumes étaient autorisés, et une voie n’était validée que lorsque la corde était passée dans la dégaine sommitale. Le challenge résidait aussi dans l’attribution des points , qui dépendait de la difficulté des voies, et dans l'obligation d’enchaîner sans pause sur la corde. Certaines voies comprenaient des zones spéciales , où le grimpeur devait stabiliser son corps pour valider des prises particulièrement exigeantes. Ce système de points ajoutait une dimension stratégique à la compétition, rendant chaque tentative cruciale pour les athlètes. Des performances de haut niveau et des podiums mérités Après 24 heures d’efforts, les résultats ont été à la hauteur des attentes. Chez les femmes, Manon Hily  s’est imposée avec brio, suivie par Djiga Plassoux  et Nika Potapova . Du côté des hommes, Romaric Geffroy  a pris la première place, devançant Thomas Lemagner  et Thibaud Lair . Un week-end festif qui a animé Oloron Les 24 Heures du Mur  ne se limitent pas à la compétition d’escalade. Tout au long du week-end, un large éventail d’ animations  a permis aux spectateurs et aux familles de profiter d'une ambiance chaleureuse et dynamique. Le samedi  a été marqué par une série d'activités conviviales. Dès le matin, le village s’est animé avec des concours ludiques comme celui de vitesse de lovage de corde  organisé par BEAL. À l’heure du déjeuner, la troupe Crazy Up  a ébloui le public avec un impressionnant spectacle de cerceaux aériens , mêlant grâce et acrobatie. L'après-midi a été rythmé par un spectacle de danse  proposé par Terpsichore , apportant une touche artistique à l’événement. Le soir, la compétition de bloc organisée par LA SPORTIVA  a mis à l’honneur des grimpeurs amateurs, avant que la place Clemenceau ne soit envahie par une atmosphère festive grâce à la fanfare Les Konki’sador . La soirée s'est prolongée avec un DJ set  endiablé animé par la team PLOTS , qui a fait danser la foule jusqu’à tard dans la nuit. Le dimanche , l’ambiance était tout aussi animée. Les qualifications se sont achevées dans la matinée, et un concours original de lever de botte de paille  a ajouté une touche d'humour et de force à la journée. Le public a également pu visionner des films inspirants comme celui de Camille Pouget , intitulé "20 ans pour 6 minutes" , ou encore "Cap sur El Cap" , un documentaire palpitant sur l'ascension du mythique El Capitan, présenté par Sébastien Berthe . Un événement à la fois sportif et convivial Cette 18e édition des 24 Heures du Mur  a été un succès total, tant sur le plan sportif que festif. Grâce à une organisation impeccable et à l’engagement des bénévoles, l’événement a permis de mêler passion de l’escalade et festivités pour le plus grand plaisir des spectateurs et des participants. Si vous avez manqué cette édition mémorable, sachez que les phases finales sont disponibles en rediffusion pour revivre ces moments forts. Rendez-vous l'année prochaine pour une nouvelle édition encore plus palpitante ! 📷 : Mélanie Cannac 📝 : GrimpActu.

  • NEOM Beach Games 2024 : Pourquoi la communauté d’escalade dit non, encore une fois

    L’Arabie Saoudite poursuit son pari : pour la deuxième année consécutive, les NEOM Beach Games s’installent dans le désert avec, au programme, une compétition internationale d’escalade. Mais derrière les promesses sportives et le cadre ultramoderne du projet Neom, la polémique gronde. Cet événement, qui prétend incarner l’avenir des sports de plein air, est pour beaucoup entaché par des questions éthiques fondamentales. Comme l’année dernière, nous choisissons de prendre position. Pourquoi ? Parce que les récentes révélations et une lettre ouverte rédigée par des membres influents de la communauté d’escalade mondiale nous rappellent que le sport n’a de sens que s’il respecte des valeurs humaines essentielles. Neom : la « mégaville » qui cache une sombre réalité Portée par le prince héritier, la ville de Neom, et son projet phare « The Line », est un chantier titanesque au cœur de l’Arabie Saoudite. Cet éco-projet, censé symboliser une rupture avec l’économie pétrolière, mobilise des milliards pour construire une mégapole ultramoderne. Derrière la vision d’une ville « verte » et car-free de 170 km de long, de graves accusations émergent, et de nouvelles informations dévoilées cette année sont venues assombrir davantage cette façade déjà controversée. Deux enquêtes de la BBC révèlent que les autorités saoudiennes auraient autorisé, voire encouragé, l’usage de la force létale contre les habitants qui résistent aux évictions. Un ex-officier saoudien a confirmé avoir reçu des ordres pour éliminer quiconque refuserait de quitter son domicile. Plusieurs villages, dont Al-Khoraybah, occupé par la tribu des Huwaitat, ont été vidés et rasés au nom de Neom. Des écoles, des hôpitaux et des maisons ont disparu sous les bulldozers, avec des habitants forcés de quitter leurs terres sans compensation adéquate, parfois même sous la menace d’arrestations et de condamnations à mort. Cette même vision qui veut faire de Neom un projet durable et révolutionnaire, se révèle être pour certains une tragédie humaine et écologique. Plus de 6 000 personnes auraient déjà été déplacées, selon les chiffres officiels, bien que des organisations de défense des droits humains estiment ce chiffre bien plus élevé. Alors que le prince héritier décrit ces terres comme une « toile vierge », il apparaît que des milliers de personnes sont en réalité dépossédées, leurs communautés effacées au profit de cette ambition futuriste. Lettre ouverte : la communauté d’escalade prend position Face à cette situation, des membres influents de la communauté d’escalade ( Action Collective de Transition pour nos Sommets) , ont rédigé une lettre ouverte, réclamant une réaction de la Fédération internationale d’escalade sportive (IFSC). La lettre, rendue publique et appuyée par des témoignages de plus en plus nombreux, dénonce l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs de l’escalade et les pratiques utilisées pour mener à bien le projet Neom. Depuis la publication de cette lettre, de nouveaux éléments sont venus renforcer les revendications de la communauté. En plus de la répression brutale subie par les habitants, d’autres témoignages révèlent une dégradation irréversible de la biodiversité locale. Les effets sur les microclimats et les écosystèmes désertiques sont qualifiés d’ « absurdité écologique ». La lettre critique sévèrement l’IFSC pour son soutien silencieux et lui demande de clarifier ses positions : pourquoi promouvoir un événement qui bafoue les droits humains et l’éthique environnementale, alors que l’IFSC s’engage officiellement à « promouvoir l’escalade sportive à travers des événements durables » et à « améliorer le monde par le sport » ? Les auteurs de la lettre expriment une demande claire : que l’IFSC prenne enfin ses responsabilités et interrompe son soutien à ces compétitions qui contreviennent aux valeurs fondamentales de l’escalade. La communauté d’escalade rappelle qu’elle attend toujours une réponse de la fédération, laquelle, au lieu d’un dialogue ouvert, semble opter pour la pression individuelle auprès des signataires. Une stratégie de silence et de répression qui s’oppose aux principes démocratiques que l’IFSC déclare défendre. Trois Revendications Claires pour l’Avenir de l’Escalade Créer un comité environnemental et éthique indépendant , financé et chargé d’assurer la conformité des événements de l’IFSC avec les valeurs écologiques et éthiques proclamées. Ce comité aurait la responsabilité de définir une stratégie de transition écologique, de rendre des comptes transparents sur les actions entreprises et de quantifier l’empreinte carbone et les impacts environnementaux et sociaux des événements de l’IFSC. Rompre les partenariats nocifs  sur le plan écologique et humain. La lettre demande expressément à l’IFSC de renoncer à ses partenariats avec des entreprises ayant un impact négatif documenté, comme celles du secteur des combustibles fossiles, de l’aviation ou de l’automobile. Cela inclut des entreprises actuellement partenaires telles que "Japan Airlines" et "Toyo Tires". Lancer un programme de sensibilisation et d’éducation  pour les dirigeants de l’IFSC et les acteurs clés, afin de mieux comprendre les enjeux de la crise climatique et écologique. La lettre insiste aussi sur la nécessité de sensibiliser les athlètes et les entraîneurs internationaux, pour que chacun devienne un acteur de cette transition. Notre communauté doit être claire : l’escalade ne peut pas soutenir des projets destructeurs de l’environnement et des droits humains. En tant que grimpeurs, nous comprenons l’importance de respecter les lieux où nous évoluons, et cela va bien au-delà des falaises ou des salles d’entraînement. Participer à des événements comme ceux de Neom trahit les valeurs mêmes de notre sport et les objectifs éthiques que la fédération a elle-même proclamés. Il est de notre devoir, en tant que passionnés et acteurs de la communauté, de rappeler l'importance de préserver l'intégrité de l’escalade. « L’urgence climatique est la voie la plus difficile que nous aurons à gravir ; relevons-la ensemble » , conclut la lettre ouverte.

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