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  • Les Prises de la Bastille : immersion verticale au cœur de Paris

    Il est presque 18h, ce mercredi 11 juin 2025. L’air est chaud dans les rues de Paris, et à l’intérieur de Climbing District Bastille, l’ambiance monte déjà d’un cran. Entre les bruissements des chutes sur les tapis, les voix enthousiastes qui s’élèvent autour du bar, et le son des premières notes d’un live acoustique, la promesse d’une soirée pas comme les autres commence à se dessiner. La salle de bloc parisienne se métamorphose, le temps d’une soirée, en véritable laboratoire d’expériences gestuelles. @ natcelian Une vision incarnée : Les Prises de la Bastille Ce soir-là, GrimpActu a répondu à l’invitation d’ Arc'teryx , la marque emblématique de l’outdoor, pour vivre de l’intérieur Les Prises de la Bastille , un événement unique en son genre, fruit d’une collaboration avec Climbing District . Plus qu’une simple "launch party" pour dévoiler de nouvelles prises de bloc, c’est une vision de la grimpe urbaine qui s’est incarnée, portée par des valeurs fortes : communauté, dépassement, durabilité, inspiration. Pour donner vie à cette idée, la marque a réuni un casting à couper le souffle. Trois figures majeures de l’escalade contemporaine étaient de la partie : Ashima Shiraishi , prodige new-yorkaise connue, entre autres, pour avoir réalisé le premier 9a+ féminin  à seulement 13 ans ; Hamish McArthur , jeune phénomène britannique qui a marqué les esprits avec un 9a bloc à la séance  ; et Clément Lechaptois , grimpeur français emblématique, au palmarès impressionnant et à la gestuelle inspirante. Leur présence a été l’occasion parfaite d’échanger avec eux. On vous partagera bientôt leurs réponses, ici ou sur notre page Instagram. @ natcelian Mais l’événement ne s’arrêtait pas à la grimpe. Les Prises de la Bastille  a proposé un véritable écosystème immersif autour de l’escalade : un contest de 20 blocs, une projection inspirante du film MUGA, une expo photo et audio signée Carlos Blanchard, un atelier d’upcycling engagé avec Artefact, et une ambiance musicale orchestrée par des DJ. Retour sur un événement qui redéfinit les contours de l’escalade en ville, avec style, audace et humanité. La vision commune Arc’teryx & Climbing District Depuis plusieurs années, Arc’teryx s’est imposée comme une figure majeure de l’outdoor, alliant performance technique, design soigné et engagement durable. C’est dans cet esprit qu’est née la collaboration avec Climbing District, l’une des salles de bloc les plus dynamiques et innovantes de Paris. Plus qu’un simple lieu d’entraînement, Climbing District est devenu un véritable hub pour la communauté grimpeuse parisienne, un espace de rencontres et d’échanges où la culture grimpe dialogue avec des valeurs fortes d’écologie, d’innovation et de convivialité. Arc’teryx et Climbing District partagent une même ambition : réinventer la grimpe en ville, la rendre accessible à toutes et tous, tout en respectant l’environnement. L’événement Les Prises de la Bastille  s’inscrit pleinement dans cette vision commune. Bien plus qu’une simple présentation de nouvelles prises, il propose une expérience globale, riche et multiple, où sport, culture et engagement se mêlent. Au-delà du défi sportif, cette collaboration met en lumière une volonté forte de sensibilisation à la durabilité, au respect des matériaux et à l’upcycling , des thématiques essentielles dans un univers où la nature reste la source première d’inspiration et de responsabilité. Les prises : nouvelles formes, nouvelles sensations Au cœur des Prises de la Bastille , Arc’teryx et Climbing District ont présenté une gamme de prises aussi audacieuse que singulière. Fini les formes classiques : place à de grands cylindres colorés, lisses au toucher, avec des zones de grip stratégiquement placées. Une esthétique moderne, presque urbaine, qui interpelle au premier regard. Clément Lechaptois, nous a livré son ressenti sur cette innovation : « Le premier contact avec le support est souvent visuel. Ces prises étaient tellement esthétiquement insolites et intrigantes que j’ai tout de suite eu envie de les tester. L’expérience était curieuse, parfois même surprenante. Très moderne, presque urbaine. Parfois glissante, c’était super amusant ! » Pour Clément, ces prises cassent les codes traditionnels de l’escalade, ouvrant une nouvelle manière d’appréhender le mur. « C’est sûr que c’est différent de l’escalade classique. On peut ne pas aimer, mais ce qui est certain, c’est que l’expérience était unique, nouvelle et pleine de surprises. » Au-delà du challenge physique, cette innovation invite à repenser la pratique elle-même, à explorer d’autres sensations, d’autres interactions avec la paroi. Une démarche en parfaite cohérence avec l’esprit de l’événement, qui mêlait performance et créativité. Cette soirée s’est d’ailleurs prolongée avec la projection du film MUGA @ natcelian MUGA : cinéma & philosophie de l’escalade Au-delà de la performance et du challenge physique, Les Prises de la Bastille  a offert un moment de contemplation avec la projection du court-métrage MUGA , présenté par Ashima Shiraishi elle-même. Tourné en 16 mm, MUGA  suit Ashima dans une exploration intime de sa philosophie personnelle de la grimpe, mêlée à une réflexion géologique sur les roches du Ticino, en Suisse. Là où la plupart des grimpeurs interagissent avec la roche de façon tactique et physique, Ashima invite à une rencontre plus profonde une quête du muga , un état de vide, débarrassé des attachements, des attentes et des désirs. Ce film poétique invite chaque grimpeur·euse à réfléchir sur ses propres désirs fugaces, ses frustrations, et à dépasser l’ego pour s’effacer dans la transcendance lors de chaque ascension. @ natcelian Artefact : réinventer l’équipement outdoor Autre temps fort de la soirée : l’atelier animé par Artefact , jeune marque parisienne qui fait du réemploi un art engagé. Dans un coin de la salle, on découpe, on assemble, on transforme. Ici, une vieille toile de montgolfière devient sacoche de vélo. Là, un morceau d’aile de kite renaît en sac de grimpe. Ces objets, autrefois voués à l’oubli, retrouvent une seconde vie belle, brute, technique. Chez Artefact, tout part d’un constat simple mais crucial : aujourd’hui, l’outdoor nuit à l’outdoor. Les équipements qui accompagnent nos aventures sont souvent conçus à partir de matériaux polluants, produits loin, jetés trop vite. Alors la marque a pris un chemin plus escarpé, mais aussi plus vertueux : celui de créer des sacs et accessoires. Plus qu’un atelier DIY, c’était une invitation à penser différemment la durabilité, à s’équiper autrement, et à prolonger ce fameux frisson de la pratique sans alourdir son impact. @ natcelian Une soirée suspendue La soirée s’est achevée comme une voie qu’on n’a pas envie de redescendre. Sous les lumières tamisées et les volumes désormais silencieux, les dernières notes s’élevaient, d’abord d’une guitare synthétique, puis d’un set électro aérien. Les discussions se faisaient plus calmes, les regards encore accrochés à ces prises venues d’un futur pas si lointain. On ne grimpait plus, mais on vibrait encore. Un dernier morceau, un dernier verre… et cette impression rare d’avoir effleuré quelque chose d’essentiel : une communauté rassemblée, des gestes partagés, et ce frisson tenace, celui qui nous pousse à revenir. Les prises sont toujours là. Venez vivre cette nouvelle expérience à Climbing District Bastille. @ natcelian ✍️ Théo de GrimpActu 📸  Célian Le Bolloch

  • Laura Pineau & Kate Kelleghan : les premières femmes à réussir la Triple Crown du Yosemite en moins de 24h

    Trois Big Walls légendaires. 2200 mètres de grimpe verticale. 30 kilomètres de marche. Deux orages déchaînés. 23 heures 36 sans sommeil. Pour la toute première fois, deux femmes ont relevé le défi de la Triple Crown en un seul push. Ensemble. Laura Pineau, grimpeuse française de renom, et Kate Kelleghan, Américaine passionnée de grandes voies, ont accompli une performance historique au cœur de la vallée de Yosemite. Dans cette interview exclusive, Laura nous ouvre les portes d’une aventure hors norme, mêlant amitié profonde, stratégie millimétrée et une détermination à toute épreuve. Découvrez les coulisses d’un exploit où chaque instant comptait. @Thibaut Marot Pour ceux qui ne connaissent pas le Triple Crown, peux-tu nous expliquer en quoi consiste cette performance ? Le Triple Crown, c’est un peu le combo royal de l’escalade dans la vallée du Yosemite, en Californie. Il s’agit d’enchaîner trois des Big Walls les plus mythiques du coin : Mont Watkins, El Capitan, et Half Dome. En chiffres, ça donne environ 2200 mètres de grimpe, 30 km de marche, et 2000 mètres de dénivelé positif.  La première ascension a été réalisée en 2001 par Dean Potter et Timmy O’Neill, puis répétée par neuf autres équipes masculines, toutes en moins de 24 heures. Une performance de mutants. Le secret ? L’escalade de vitesse. C’est un joyeux mix d’escalade libre et d’artif où, honnêtement, tous les coups sont permis tant que ça monte vite. Notre technique : on divise chaque Big Wall en deux. La grimpeuse de tête (la leadeuse) ouvre les longueurs, fixe la corde, et la seconde grimpe avec deux poignées et deux étriers, façon ascenseur musclé. Le moment le plus dangereux, c’est quand la leadeuse grimpe avec 15 à 30 mètres de mou sous elle : une chute là, et ça peut devenir une expérience... disons, aérienne. La seconde doit donc grimper comme une fusée pour assurer au plus vite sa partenaire. Peux-tu nous expliquer la performance que vous avez réalisé avec Kate ? Avec Kate, notre objectif était clair : faire le Triple Crown en un seul push, sans dormir, comme les neuf équipes précédentes… mais avec une touche féminine en plus. On voulait le faire en moins de 24h, non pas pour battre un record, mais parce que passer sous cette barre, c’est marquer l’histoire du Yosemite. Et ça n’a pas été de tout repos : deux orages, des dizaines de bornes, les mains et les pieds en feu… mais on l’a fait.  23h36 . On a atteint le sommet du Half Dome exténuées, mais euphoriques. Ce rêve est devenu réalité grâce à une équipe de soutien incroyable : famille, ami·es, et même quelques inconnus motivés qui nous ont rejoint à la dernière minute ! Ils ont tout porté, cuisiné, couru avec nous… Certains sont même allés en haut du Half Dome pour être là à la fin. Enfin… presque. Il y avait tellement d’électricité là-haut ce jour-là que seuls deux amis et deux vidéastes ont pu monter jusqu’au sommet. Il y avait une ambiance « fin du monde » en haut du Half Dome et on a du descendre le plus vite possible afin d’éviter de justesse la foudre. @Jacek Wejster Quand as-tu compris que ce projet le Triple Crown en moins de 24h était réellement atteignable pour vous deux ? Franchement, pendant nos deux mois d’entraînement au Yosemite, on n’était sûres de rien. Il nous a fallu du temps pour atteindre nos temps cibles. Et puis, tout a basculé la dernière semaine : on a enchaîné le Nose en 7h05, Watkins en 4h47, et Half Dome en 6h05. Là, on a compris que c’était possible. Alors on a tout mis en pause : repos (en théorie), préparation militaire (en pratique). On a briefé notre équipe de soutien comme si on lançait une mission spatiale. Chaque personne savait où être, quand, et avec quoi. Même la météo jouait à cache-cache avec nous, donc on a dû retarder le départ deux fois à cause des orages. Le moment où j’ai su qu’on allait le faire ? À six longueurs de l’arrivée. J’ai repris la tête de corde, j’ai regardé ma montre, et j’ai su que ça allait passer. J’ai tout donné dans ces dernières longueurs. Mes mollets s’en souviennent encore. Comment as-tu géré la transition entre grimpeuse "trad" ou libre et le monde de la vitesse et de la performance ? En réalité, il n’y a pas eu de rupture. J’ai simplement mis tout ce que j’avais appris en trad et en Big Wall au service d’un nouvel objectif. J’avais très peu d’expérience en escalade de vitesse, donc j’ai bossé avec mon coach toulonnais, Jb Beaujon, pour construire un entraînement sur mesure. Nous nous sommes entrainées comme des coureuses d’ultra-trail. Notre montre Coros a été notre meilleure amie car nous avons enregistré chaque nuit et chaque entrainement ce qui nous permettait de connaitre notre niveau de fatigue générale. Ensuite, avec Kate, on s’est directement entrainé sur les trois différentes voies. Rien de mieux que le terrain réel pour se préparer au chaos. @Jacek Wejster Quelle a été la partie la plus dure de ces 23h36 ? Le moment le plus dur ? Sur Half Dome, entre la 10e et la 12e longueur. Kate menait, j’étais en mode ascension sur poignées. Elle a mis 40 minutes à grimper ces longueurs. Moi, j’étais figée au relais… et littéralement en train de m’endormir. J’ai dû me donner des claques pour rester éveillée. Je me suis vraiment demandé comment j’allais tenir. Mais dès que j’ai repris l’escalade, un second souffle magique m’a traversée. Plus de fatigue, plus de doute. Juste l’envie d’aller au bout. Ton lien avec Kate semble très fort. Qu’est-ce qui, selon toi, a rendu votre duo aussi efficace ? Parce qu’on a pris le temps. On savait que cette aventure allait être d’abord humaine, ensuite sportive. Elle est venue grimper à Toulon avec moi cet hiver, puis on s’est retrouvées à Boulder dans le Colorado. Pendant six semaines, on a enchaîné les longueurs, en salle, en trad, et même sur la voie "The Naked Edge " en mode vitesse. Résultat : on a battu le record féminin que Kate détenait avec une autre grimpeuse. Ce petit boost de confiance a été un tournant. Le Triple a longtemps été effectué par des hommes. Est-ce que tu ressens quelques chose de particulier en tant que première femme à l’avoir réalisée ? C’est énorme. Le Yosemite, c’est le centre de nos deux univers. Faire quelque chose qu’aucune femme n’avait encore tenté, c’est briser une barrière invisible, une de plus. Beaucoup ne pensaient pas que c’était possible pour nous, encore moins en moins de 24h. On leur a prouvé le contraire, et ça… c’est fort. Y a-t-il un moment inattendu absurde, drôle ou touchant que personne ne voit sur les photos mais que tu n’oublieras jamais ? Ah oui : j’ai menti à Kate. Deux fois. Volontairement. La première fois, sur le haut du Nose. Elle en bavait. Ses mains, ses pieds lui brûlaient, elle n’avançait plus. Alors je lui ai crié qu’elle était en train de battre son record, que c’était son meilleur run (spoiler : c’était faux). Rebelote au milieu de Half Dome. Le meilleur dans tout ça? Le lendemain, elle m’a dit que ces encouragements l’avaient boostée. Comme quoi, un petit mensonge stratégique peut faire toute la différence. C’est ça, aussi, les grandes aventures : se soutenir, même (et surtout) quand on est au bout. @Jacek Wejster Avec le recul, qu’est-ce que tu retires de cette aventure sur le plan personnel ? Que je suis capable de beaucoup plus que je ne le pensais. Cette aventure m’a transformée. Maintenant je sais : ma voie est verticale, et je suis faite pour les grandes expéditions, les Big Walls, la grimpe libre comme la vitesse. Je n’avais jamais fait 35 heures d’effort non-stop. Maintenant, je sais que je peux. Et surtout, je sais que c’est se surpasser pour de vrai qui permet de se rencontrer soi-même. Et maintenant… tu rêves de quoi ? Honnêtement ? De 15 jours de vacances. Sans corde, sans baudrier, juste un transat. Mais j’ai aussi des idées en tête… Je vais d’abord savourer ce moment unique. @Jacek Wejster

  • Alex Megos signe "Le Grand Saccage" à Buoux : un nouveau 9a+/b

    Nouvelle performance de haut vol pour Alex Megos , et cette fois, c’est sur la mythique falaise de Buoux que le grimpeur allemand a choisi de laisser son empreinte. Enchaînée début avril, « Le Grand Saccage  » devient la voie la plus dure du site, avec une proposition de cotation à 9a+/b . Une réalisation qui met en lumière un secteur encore riche en potentiel, sur une falaise loin d’avoir dit son dernier mot. Alex Megos a accepté de répondre à nos questions pour revenir sur cette ascension et son passage à Buoux. Une voie redoutable en trois parties « Je pense que ce qui est le plus impressionnant avec cette voie, c’est qu’elle commence vraiment au milieu de la partie raide et monte relativement droit vers le sommet. La plupart des autres voies dans ce secteur sont plutôt en traversée. » Équipée par Adrien Boulon, la voie avait déjà attiré l’attention de Megos lors d’une première visite en février. Il y avait alors tenté quelques essais sans succès, mais avec la ferme intention d’y revenir. Chose faite en avril il retrouve la ligne, retravaille les méthodes pendant deux jours, et signe l’enchaînement le troisième jour. « La voie se divise en trois parties. L’intro, qui correspond à une voie autour de 8b/+ pour accéder au crux, ensuite le crux proprement dit, un passage bloc estimé à environ 8A+, puis une fin plutôt endurante avec un autre passage bloc difficile. Le crux consiste en une grosse lolotte pour atteindre une réglette, suivi d’un autre gros mouvement vers la prochaine bonne prise. C’est très déversant dans l’ensemble. » Alex Megos : une ascension marquante à Buoux Buoux, pour Megos, n’était pas un simple détour. Lors de sa première venue, l’Allemand avait déjà enchaîné plusieurs classiques du site, avec en point d’orgue le flash de la légendaire Agincourt  (8c), ouverte par Ben Moon en 1989. « Mon premier voyage à Buoux était surtout pour grimper quelques classiques et bien sûr pour aller voir Bombé Bleu. Pour Agincourt, je voulais vraiment tenter un bon essai flash, car c’est une voie historique. Avec l’aide de mon bon ami Felix et une vidéo de Seb, j’ai mémorisé tous les mouvements et j’étais parfaitement préparé pour un essai flash. » Il profite de ce passage pour collectionner les croix : • Agincourt 8c - Flash • Miss Catastrophe 8c • La Chiquette du Graal 8b+ - Flash • Le Spectre du Sur-Mutant 8b+ • End of Weakness 8b/+ • La Mission 8b • La Rose et le Vampire 8b • CTN 8b • Tabou 8a+ Mais c’est aussi sur une autre ligne emblématique qu’il voulait se frotter : Bombé Bleu . « Malheureusement, le Bombé Bleu ne s’est pas très bien passé pour moi. J’ai essayé de la grimper pieds nus (comme tous les autres qui ont fait la deuxième partie), mais je n’ai jamais grimpé pieds nus auparavant et je n’arrivais pas à faire les mouvements. Même avec les chaussons, ça ne passait pas. Il faut que je voie quand je pourrai revenir pour peut-être réessayer. » L’expérience reste inachevée, mais loin d’être sans espoir : « Je pense que Bombé Bleu est tout à fait dans les capacités de l’escalade actuelle. Je ne pense pas qu’elle soit plus dure que 9b+ (au maximum). Mais c’est une voie tellement spécifique, notamment avec l’escalade pieds nus, qu’il faudra juste du temps avant qu’un grimpeur suffisamment fort y retrouve son style. Je pense qu’on verra probablement une ascension dans les cinq prochaines années. » Et au-delà des performances, Alex retient aussi l’accueil et l’esprit du lieu : "Buoux est absolument légendaire. J’espère vraiment que cette ascension fera partie d’une sorte de renaissance de Buoux. Il reste encore des voies dures à faire et le style d’escalade dans le secteur plus récent est beaucoup plus moderne." Une moisson de croix Et parce qu’avec Alex Megos, les croix s’enchaînent aussi vite que les prises sous ses doigts, ce passage à Buoux s’est transformé en véritable moisson. Du flash millimétré à la lecture précise sur bidoigts à la perf' de force pure, le grimpeur allemand a déroulé tout son panel. Voici les croix qu'il a annoncé : - Le grand Saccage 9a+/b - Dévers Sévère 8c+ (onsight) - Le Brillant Saoul 8c (first try) - Voie d’Adri 8c - Jobar L2 8c - Finement Con 8b+ (onsight) - Black Week-end 8a+ - L’Franken en Provence 8a+ (onsight) - Penny Dreadful 8a (flash) - Le choix Cornélien 8a (flash) 📸 : JANVIRT 💭 : Alex Megos ✍️ : Théo de GrimpActu.

  • Alexis Landot : le visage de l’escalade urbaine en France

    L'escalade, une passion qui peut prendre bien des formes. Pour Alexis Landot, cette passion s'est transformée en une quête audacieuse à travers les gratte-ciel et les structures urbaines, défiant les lois de la gravité et repoussant sans cesse les limites du possible. Une vocation née dès l’enfance Dès son plus jeune âge, l'appel des hauteurs résonnait en lui. Des clichés le montrent déjà, enfant, escaladant de modestes rochers à Bleau, avant même qu'il ne sache parler. Mais ce sont les imposants gratte-ciel qui ont captivé son imagination, notamment en voyant les exploits d'Alain Robert, le célèbre Spider-Man des temps modernes, et les scènes d'action épiques de films. Grandissant dans un environnement urbain, les montagnes de béton sont devenues son terrain de jeu naturel. " Depuis tout petit, j'ai été passionné par l'escalade. Comme beaucoup d'autres grimpeurs, ce besoin m'a animé dès mon plus jeune âge. Il existe des photos de moi en train de grimper de petits rochers à Bleau à un âge où l'on ne sait pas encore parler, ahah. En grandissant, mon intérêt s'est tourné vers les gratte-ciel, devenant ainsi une véritable obsession. Je peine à expliquer la première cause de cet attrait pour l'urbain, mais la découverte d'Alain Robert et des films d'action comme Mission Impossible ont clairement contribué à nourrir cette passion. Ayant grandi en ville, il était naturel pour moi de me tourner vers les montagnes urbaines. Un gratte-ciel se dressait en face de chez moi, visible par la fenêtre depuis mon plus jeune âge, et j'ai toujours rêvé de le grimper. En découvrant la discipline du parkour pendant mon adolescence, j'ai réalisé que les limites étaient souvent dans ma tête." Le déclic urbain : de Bleau aux gratte-ciel L'attrait pour l'escalade urbaine ne se réduit pas seulement à la recherche de sensations fortes, mais aussi à une exploration de soi-même. Alexis a découvert dans le parkour, pendant son adolescence, que les limites étaient souvent plus mentales que physiques. Avant chaque ascension, c'est le chaos dans sa tête, une tourmente d'émotions et de sensations physiques intenses. Mais dès les premiers mètres gravis, une transformation s'opère. Son esprit se concentre uniquement sur la tâche à accomplir, éliminant toute peur ou distraction. Seul compte alors le défi immédiat, la connexion intense entre son corps et la structure qu'il escalade. "Avant une grimpe, c’est le chaos dans ma tête. Je ne me sens pas bien et je suis soumis à pas mal de facteurs que je ne peux pas contrôler (l’adrénaline, par exemple). J'ai la bouche extrêmement sèche, le teint pâle, le champ de vision qui se réduit, les épaules et les jambes lourdes, souvent la chair de poule, et de plus en plus de mal à me concentrer sur ce qui m’entoure. Mais petit à petit, je rentre dans ma bulle. J’ai l’impression que ce que je ressens avant de grimper est assez similaire à ce que ressent un combattant avant de rentrer dans la cage. En tout cas, c’est ce que je conclus après avoir entendu des témoignages. Mais lorsque je commence à grimper, mon cerveau est uniquement concentré sur une tâche bien précise : celle de rester en vie. Je n’ai plus aucune peur ni aucune pensée parasite. Et je commence à me sentir beaucoup mieux à partir des 15 ou 20 premiers mètres car je suis en action. Ma survie ne dépend que de moi-même, et c’est moi qui ai les rênes." Une discipline mentale avant tout La grimpe urbaine est une danse avec le danger, une performance où chaque mouvement compte. Un simple détail architectural peut transformer une escalade facile en un défi insurmontable, et vice versa. Pour Alexis, la préparation minutieuse est essentielle. Contrairement à Alain Robert, dont l'approche audacieuse privilégie le danger et l'improvisation, Alexis recherche la sérénité et la planification dans ses ascensions. "Je dirais que la grande différence par rapport à l’escalade traditionnelle, c’est au niveau de la répétition des mouvements. Un seul détail dans l’architecture du building, et la grimpe peut passer d’une escalade facile à absolument inenvisageable. Mais l’inverse est vrai aussi ! Alain Robert et moi sommes aux antipodes en ce qui concerne l’approche de l’escalade. Selon moi, c’est le meilleur grimpeur au monde, mais je suis incapable de me mettre à sa place, ahah. Il a toujours voulu frôler les limites et grimper des voies en solo très audacieuses à vue, en se mettant dans le rouge. Je cherche tout l’inverse, je cherche à grimper le plus sereinement possible et à préparer mes escalades au maximum." De la performance plus que du spectacle Parmi ses exploits les plus mémorables figure l'ascension de la fissure de la tour Franklin à la Défense, un défi qui a testé ses limites physiques et mentales. Mais pour lui, ce n'est que le début. Toujours orienté vers la performance, Alexis repousse sans cesse les frontières de ses capacités. "Ma grimpe la plus difficile ? Je pense que c’était l’escalade de la fissure de la tour Franklin à la Défense. Pour l’instant, je n’ai rien fait d’exceptionnel donc c’est dur de répondre à cette question, mais on travaille pour monter le niveau. En ce qui concerne la manière de choisir mes défis, je suis complètement orienté par la performance. C’est d’ailleurs ça qui me différencie d’un explorateur urbain ou roofer, qui va plutôt chercher le côté artistique, à prendre la plus belle photo possible ou à se suspendre d’une grue. Il y a un côté artistique à ce que je fais, mais c’est avant tout la performance qui me pousse." Certains peuvent considérer l'escalade urbaine comme une activité dangereuse et illégale, mais pour Alexis, c'est bien plus que cela. Sa relation avec la police est empreinte de respect et de compréhension mutuelle. Bien que l'escalade urbaine comporte des risques, il insiste sur le fait qu'elle est pratiquée de manière réfléchie et contrôlée. "Concernant ceux qui considèrent l’escalade urbaine comme quelque chose de dangereux et illégal, je les invite à passer me voir après une grimpe pour qu'ils puissent voir la relation que j'entretiens avec la police. Je pense qu'ils seraient surpris ! Blague à part, c’est une discipline évidemment extrêmement dangereuse au même titre que le solo traditionnel, mais sur l’aspect légalité, je ne peux pas en dire trop. Mais ça ne se passe absolument pas comme la plupart des gens pourraient le penser. Je n’ai jamais eu d'imprévu majeur pendant une grimpe, seulement des petites broutilles. Je me souviens qu'au niveau des 20 premiers mètres de la tour Montparnasse, j’ai réalisé que mon sac à magnésie était à l’envers (la magnésie tombait). J’ai dû trouver une solution pour défaire le nœud et replacer mon sac à l’endroit." Préparation, stratégie et adrénaline Au-delà de l'adrénaline des ascensions, Alexis trouve l'inspiration dans la musique. Membre d'un groupe de musique nommé Going Forward, il puise dans différents styles musicaux, comme le metal et la synthwave, pour trouver la motivation et l'énergie nécessaires à son entraînement et à ses ascensions. "En dehors de l’escalade urbaine, je suis passionné de musique ! Il y a plusieurs registres musicaux qui m’aident beaucoup à avancer, ou m’inspirent énormément. J’ai d’ailleurs été membre d’un groupe de musique qui s’appelle Going Forward, ils ont sorti leur premier EP, et je suis fier d’eux. Des musiques, comme Rise of the Northstar, me donnent de la force pour l’entraînement et des musiques comme Carpenter Brut ou Perturbator m’inspirent." Des figures inspirantes et une discipline française L'histoire de l'escalade urbaine est indissociable de celle d'Alain Robert, mais c'est avec des figures comme Jean-Claude Droyer que tout a commencé, avec une escalade audacieuse de la tour Montparnasse en 1975. Aujourd'hui, grâce aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies, cette discipline gagne en visibilité, bien que reste un domaine de niche où la performance prime sur l'esthétique. "Il est difficile d’établir précisément le début de l’escalade urbaine, car je pense que cela pourrait dépendre de la subjectivité de chacun. Alain Robert est la figure la plus marquante de la discipline, cela est certain. En revanche, on pourrait marquer le début de l’escalade urbaine avec Jean-Claude Droyer qui réalise une cordée sur l’angle de la tour Montparnasse en 1975. Une escalade répétée par Alain (en solo cette fois-ci) 20 ans plus tard. En revanche, celui qui définit l’escalade urbaine comme on la connaît aujourd’hui, c’est-à-dire en free solo sur les gratte-ciel, c’est Alain Robert. Très clairement, l’escalade urbaine est une spécialité française. Voilà un domaine sportif où nous sommes très clairement les meilleurs." Pour Alexis, l'escalade urbaine est bien plus qu'un sport extrême. C'est une passion, une forme d'expression personnelle et un défi constant à la fois physique et mental. Et dans sa quête des sommets urbains, il continue d'inspirer ceux qui rêvent de toucher les étoiles, même au cœur des villes. "On me demande souvent de grimper pour des organisations politisées, mais je refuse toujours, car cela serait hypocrite de ma part. Je grimpe pour moi, pour mes performances personnelles, et non pour quelqu’un d’autre ou pour une cause qui n’est pas la mienne. Et je ne m’en cache pas ! Je pense que l’honnêteté l’emporte toujours." Une première mondiale sur la Trianon Tower Dernièrement, Alexis a marqué l’histoire de la grimpe urbaine avec une ascension inédite : la Trianon Tower, à Francfort, en Allemagne. Haut de 180 mètres, ce gratte-ciel n’avait encore jamais été escaladé. « Ce n’était pas particulièrement difficile, je suis habitué à ce type de grimpe, mais c’était extrêmement glissant », confie-t-il. Un détail qui, sur une seule façade, ne représente pas un réel défi, mais devient un tout autre combat sur près de 200 mètres de hauteur. Cette mission folle, comme il la décrit lui-même, a été immortalisée à l’aide d’une GoPro, et il espère pouvoir récupérer les images prochainement. 💬 : Alexis Landot 🗞 : GrimpActu.

  • Vidra La Vida : Seb Bouin enchaîne la voie la plus dure de Croatie (9b/+)

    Sur l’île envoûtante de Hvar, baignée de soleil et caressée par les vents de l’Adriatique, une nouvelle ligne légendaire vient de voir le jour. Le grimpeur français Seb Bouin , reconnu pour sa passion inébranlable et sa quête des lignes les plus exigeantes de la planète, a réalisé la première ascension de Vidra La Vida , une voie proposée 9b/+ , désormais la plus difficile jamais ouverte en Croatie. Une ligne visionnaire au cœur du calcaire croate Tout commence début mai, avec l’enchaînement du premier tronçon, Vidra  (9a). Mais ce n’était que l’entrée en matière. Le projet réel de Seb ? Grimper au-delà, jusqu’au sommet du potentiel offert par cette paroi. Grâce à un travail de rééquipement minutieux, initialement amorcé par Klemen Bečan, et finalisé par Seb Bouin, le tracé complet prend forme. Résultat : une envolée spectaculaire, brute, technique et résolument moderne. La voie se découpe en plusieurs actes : un début de voie en 8c+ soutenu, suivi d’un crux évalué à 9a, avant de basculer dans un toit spectaculaire, véritable bloc dans la voie, où l’on retrouve un passage en 360° en pleine action, estimé à 8A bloc. Ce mouvement, unique en son genre, résume à lui seul l’essence de la grimpe actuelle : créativité, puissance, et esthétisme du geste. Mais la bataille ne s’arrête pas là. La dernière section : un mur exigeant en 8b+/c s’est avérée être plus compliqué que prévu. “Je suis même tombé sur le bac final pendant une tentative” , confie Seb. Une chute cruelle, sur le dernier mouvement. Un moment où l’on pourrait envisage d’abandonner. Mais l’histoire aurait une autre fin... @ thibaut.marot  Quand la beauté du lieu rencontre la rigueur mentale Grimper une voie de ce niveau n’est jamais qu’une question de force. L’endurance mentale devient souvent la clef. Sur l’île, la chaleur s’est imposée comme un adversaire sournois. Le corps fatigué, les doigts poncés, la tête mise à l’épreuve par les échecs successifs... Et puis, un jour, un souffle venu du nord. Une brise fraîche, presque providentielle. Assez pour relancer l’élan. Assez pour tout donner, une dernière fois. “ C’est sans aucun doute l’une des voies les plus marquantes que j’ai ouvertes” , déclare-t-il. Vidra La Vida  entre dans son top 5 personnel des voies en 9b. Une consécration, pour lui comme pour la scène croate, qui voit ici naître un nouveau monument dans son paysage vertical. Une contribution majeure à l’escalade européenne Avec Vidra La Vida , Seb Bouin ne signe pas seulement une nouvelle croix dans son impressionnant carnet de voies extrêmes. Il contribue activement à faire grandir l’héritage de l’escalade en Europe de l’Est, en traçant des lignes qui inspireront la prochaine génération. Cette réalisation, alliant exigence technique, mouvements audacieux et respect du cadre naturel, illustre à merveille ce qui anime notre communauté : repousser ses limites, dans des lieux qui nous parlent, avec passion et humilité. @ thibaut.marot  ✍️ Théo GrimpActu 📸 T hibaut.marot

  • Mount Doom 9A : Nicolai Užnik écrit l'histoire du bloc extrême en Autriche

    Le monde du bloc compte désormais un nouveau 9A !  Il existe des ascensions qui marquent l’histoire du bloc, et « Mount Doom » 9A en fait indéniablement partie. Après trois années de travail acharné, Nicolai Užnik , grimpeur autrichien de 24 ans, a enfin libéré ce projet titanesque à Maltatal, en Autriche, un défi qui combine exigence physique et mentale comme peu d'autres. Ce bloc, désormais le plus difficile du pays, est l’un des rares à prétendre au niveau 9A à l’échelle mondiale. Partant de la version 8B+ de "Hide and Sick", il enchaîne des mouvements d'une intensité rarement atteinte. Ce projet a longtemps été un défi personnel pour Nicolai, au delà de ses performance en compétition. Après avoir surmonté des blessures et peaufiné son entraînement, il a finalement réussi à enchaîner cette ligne mythique. Nicolai a répondu à nos questions et nous plonge dans les coulisses de cette ascension historique. Un parcours de passion et de persévérance Nicolai Užnik, un nom qui résonne de plus en plus dans la sphère de l’escalade, a découvert sa passion pour ce sport dès son plus jeune âge. À seulement six ans, il commence l’escalade grâce à ses parents, et ce premier contact avec le rocher se transforme rapidement en une véritable vocation. "Dans ma jeunesse, je n'étais pas le plus performant, mais j'avais toujours cette envie de progresser et j'étais convaincu que j'atteindrais un jour mon plein potentiel. Ces dernières années, j'ai réussi à atteindre un nombre impressionnant de finales en Coupe du Monde, notamment une 5ᵉ place aux Championnats du Monde et un titre de Champion d'Europe. J'ai également voyagé dans de nombreuses grandes zones d'escalade en extérieur, enchaînant des blocs durs et impressionnants." À côté de ses succès en compétition, il a parcouru le monde à la recherche des plus beaux et des plus difficiles blocs à gravir. C’est ainsi qu’il se tourne naturellement vers "Mount Doom" , un projet situé près de chez lui, à Maltatal, en Autriche. "Il était évident pour moi qu'un jour, j'essaierais d'escalader ce projet : Mount Doom . Il se trouve à Maltatal, près de l'endroit où j'ai grandi et où j'ai passé presque toute ma vie à grimper." "Mount Doom" : un projet titanesque Le projet date de plusieurs années, à l'époque où Nicolai avait déjà réussi la version debout. Il avait alors conscience que la version assise, avec un départ plus bas serait beaucoup plus exigeant. Il a commencé à essayer la suite en 2021, et au fil des années, il n’a jamais eu l’impression que c’était réalisable, jusqu’à l’automne dernier, où il a réussi à enchaîner tous les mouvements et à établir des liens prometteurs. "La difficulté réside dans le fait de lier les 8 à 9 premiers mouvements à la version de Hide and Sick (8B+). Ce qui rend l’ensemble de la ligne incroyablement difficile, car la première partie semble encore plus exigeante que la section en départ debout. Je tenais vraiment à l’escalader et à terminer le processus que j’avais entamé il y a quelques années. Cela rend évidemment l’expérience encore plus spéciale d’être le premier à gravir une telle kingline , d’autant plus qu’elle se trouve si près de chez moi." La performance de Nicolai est d’autant plus impressionnante qu’elle résulte d’années de préparation, marquées par des blessures et des périodes de doute. "En janvier, c'était la première fois que je pensais avoir une réelle chance de réussir et j'ai commencé à faire de bonnes tentatives. Maintenant, j'ai eu environ six ou sept autres sessions dessus, me rapprochant vraiment, y compris plusieurs chutes après le « crux principal » et même trois fois sur la toute dernière séquence délicate. Lors de ma dernière tentative, qui était en fait la meilleure, mon pied a glissé, et je suis tombé assez violemment, me tordant la cheville. Cela signifie que je vais devoir prendre une petite pause maintenant jusqu'à ce que mon pied guérisse." Mais après une intense période d’entraînement, entre la compétition et l’escalade en extérieur, il a pu enfin réussir son ascension. "Physiquement, je me sentais dans ma meilleure forme ces dernières semaines, après avoir évidemment passé toute la saison dernière à m'entraîner pour les compétitions, mais aussi après avoir beaucoup grimpé en extérieur cet automne entre le Tessin et Maltatal. Mentalement, c'était aussi un vrai défi, car c'est assez éprouvant de toujours repartir à l’assaut et d’essayer encore et encore. D'autant plus que le bloc est assez long et qu'à tout moment, une chute est possible si l'on ne place pas son pied parfaitement, si l'on rate légèrement une prise, si l’on a la peau fragilisée, etc." Proposer un 9A en bloc : le défi de Nicolai Užnik et l’avenir des cotations extrêmes Le moment crucial de cette ascension, cependant, n’a pas été simplement de gravir le bloc, mais aussi de lui attribuer une cotation. Proposer une cotation en 9A, le plus élevé en bloc, n’est jamais une décision facile. "Evidemment, j’ai beaucoup réfléchi à la cotation, et ce n’est jamais facile de proposer un chiffre, surtout quand on est à sa propre limite. En matière de blocs en 9A, je n’ai grimpé qu’ Alphane , donc ma seule possibilité de comparaison était avec celui-ci et d'autres blocs durs que j'ai essayés ou enchaînés. Ce qui a peut-être facilité l’évaluation, c’est aussi le fait de découper le bloc en deux sections : l’introduction avec ses 8 à 9 mouvements, et la partie en départ debout (environ 8 mouvements). Comme l’intro me semble plus difficile, je pense qu’elle se situe quelque part entre 8B+/C , et elle mène directement à un autre 8B+  sans aucun repos. Au final, ma proposition repose bien sûr aussi sur mon ressenti, sur les avis de quelques autres grimpeurs ayant essayé certains mouvements, sur le fait que le bloc correspond bien à mon style et qu’il m’a malgré tout paru plus dur que tout ce que j’ai fait auparavant, et ainsi de suite..." Lorsqu'on évoque l'avenir des cotations extrêmes en extérieur, Nicolai fait preuve de prudence. "Je pense qu'à un moment donné, il y aura forcément du 9A+ en bloc, surtout avec la vitesse à laquelle l’escalade évolue. Cependant, ce que je crois, c’est que les blocs extrêmement durs, comme un potentiel 9A+, deviendront plus longs – par exemple en ajoutant un 8C à un autre 8C ou 8C+, quelque chose dans ce genre. Je pense qu’il est difficile de trouver un bloc court, avec seulement quelques mouvements, qui atteigne le niveau 9A+ tout en restant possible." Et pour la suite... "J’ai encore de nombreux projets à essayer, certains au Tessin, mais aussi ici, autour de Maltatal, sur lesquels je vais travailler dans les semaines ou mois à venir. Ensuite, je reviendrai à l’escalade de compétition pour me préparer aux Coupes du Monde et surtout aux Championnats du Monde." ✍️: Théo de GrimpActu 💬: Nicolai Uznik

  • La Sportiva dévoilée : immersion exclusive dans l’âme et l’innovation d’une marque mythique

    C’est au cœur des Dolomites italiennes, là où les montagnes façonnent les hommes autant que les idées, que GrimpActu a été convié à vivre une expérience rare et précieuse : pénétrer dans l’univers intime de La Sportiva, lors de son Media Day. Dans cette vallée alpine où le silence de la roche dialogue avec les échos de l’histoire, chaque sentier, chaque paroi, chaque atelier semble raconter un fragment de l’âme de cette marque mythique. Plus qu’un simple fabricant d’équipement outdoor, La Sportiva est une maison vivante, habitée par une vision, une lignée, et une culture enracinée dans les pentes du Val di Fiemme depuis près d’un siècle. Nous avons marché aux côtés de ceux qui font la marque, écouté leurs mots, leurs silences, vu leurs gestes précis dans les ateliers, ressenti leur engagement viscéral pour la durabilité, la performance et l’humain. Dans les lignes qui suivent, nous vous invitons à découvrir l’héritage familial qui anime La Sportiva, à comprendre ses engagements profonds en matière de durabilité, à explorer les innovations qui façonnent ses produits, et enfin, à pénétrer au cœur de son atelier artisanal, là où chaque chausson prend vie entre des mains expertes. Un voyage au plus près d’une marque qui ne se contente pas de fabriquer des chaussures, mais façonne une véritable culture alpine. De l’âme de La Sportiva à son enracinement, la première étape de notre immersion nous mène dans l’intimité de la famille Delladio. Héritage familial et enracinement dans les Dolomites Dans les couloirs feutrés du showroom de La Sportiva, les murs eux-mêmes semblent chargés d’histoire. Une histoire de cuir, de labeur, d’audace. Une histoire de famille. Car si La Sportiva fascine autant qu’elle performe, c’est parce qu’elle est d’abord le fruit d’un enracinement. Celui des Delladio. Une lignée qui n’a jamais quitté la vallée où tout a commencé. C’est ici, au pied des Dolomites, dans la commune de Ziano di Fiemme, que bat le cœur discret mais robuste de cette entreprise centenaire. Fondée en 1928 par Narciso Delladio , alors simple cordonnier à Tesero, La Sportiva est née pour chausser les bûcherons et les agriculteurs des vallées voisines. Un savoir-faire artisanal transmis de génération en génération, qui s’est peu à peu hissé jusqu’aux parois les plus engagées du globe. Aujourd’hui encore, l’entreprise est 100 % familiale , et cela se ressent. Ce n’est pas une marque pilotée à distance. C’est une maison tenue de l’intérieur, avec l’obsession du geste juste et la fidélité aux origines. Ce "Made in Italy" est donc essentiel pour l’entreprise, et Giulia Delladio nous l’explique avec justesse : « Pour nous, la vallée est vraiment la clé : elle nous permet de préserver notre tradition, notre savoir-faire, nos origines. C’est important, car fabriquer des chaussons d’escalade en montagne fait réellement la différence. C’est un environnement unique, mais aussi la meilleure façon de tester nos produits. Il nous suffit de sortir de l’atelier, d’essayer, de revenir, d’ajuster… Ce n’est pas qu’une belle histoire, c’est notre quotidien. » -   Giulia Delladio À ses côtés, son frère Francesco Delladio , responsable produit pour l’escalade, incarne la continuité d’une passion familiale devenue expertise mondiale. C’est lui qui nous raconte les années qui propulsent La Sportiva vers l’avant, avec une intuition géniale : concevoir un chausson d’escalade radicalement nouveau, aux couleurs violette et jaune, qui marquera toute une génération de grimpeurs. Après avoir créé des chaussons d’élite : notamment les Ondra Comp, développés avec le soutien technique d’Adam Ondra, Francesco nous explique qu’il était tout aussi important pour La Sportiva de proposer un modèle destiné aux grimpeurs intermédiaires, pour les accompagner dans leur progression : « Nous voyons beaucoup de débutants grimper avec des chaussons de pure performance, souvent mal ajustés, qu’ils ne peuvent pas utiliser correctement. Nous voulons donc accompagner cette évolution, en leur offrant des chaussons parfaitement conçus pour chaque étape de leur apprentissage. » - Francesco Delladio Mais si l’histoire est belle, elle n’est jamais figée. L’entreprise a su se réinventer, diversifiant ses gammes  : de la randonnée à l’alpinisme, du mountain running au ski alpinisme, jusqu’à l’habillement technique. Et toujours avec une idée directrice : proposer le meilleur produit possible , à ceux qui vont en montagne, quels que soient leurs objectifs, leurs terrains ou leurs rêves. "Depuis la première génération chaque personne s’est engagée à apporter sa touche : des innovations, de nouvelles chaussures de montagne, des chaussons d’escalade, des chaussures de ski… Aujourd’hui, nous proposons une gamme de produits et d’équipements incroyablement variée. Nous avons toujours été un acteur essentiel de la communauté de l’escalade." -   Giulia Delladio Aujourd’hui distribuée dans plus de 70 pays, La Sportiva reste pourtant farouchement indépendante. En retrait des grands conglomérats industriels, elle continue à produire l’essentiel de ses modèles à Ziano di Fiemme , dans une usine moderne mais à taille humaine. Ce choix n’est pas un hasard : c’est un acte de foi. Le signe qu’on peut conjuguer proximité et excellence, territoire et innovation, valeurs et vision. Et c’est peut-être cela, le vrai luxe en 2025 : une entreprise mondiale qui vit toujours comme une maison de montagne. À hauteur d’homme. À hauteur de cime. Mais si La Sportiva puise sa force dans ses racines, elle ne cesse d’évoluer pour répondre aux défis contemporains. Dans un monde en mutation, l’engagement environnemental devient une priorité, portée avec conviction par Jessica Genta et toute l’équipe RSE. Durabilité et engagement environnemental au cœur de La Sportiva Chez La Sportiva, le mot “durabilité” ne sonne pas comme un slogan. Il a le poids d’un engagement quotidien. Celui d’une entreprise enracinée dans un territoire dont elle connaît les reliefs, les saisons, et la fragilité. Jessica Genta, responsable RSE, incarne cette conscience lucide. Formée à l’architecture durable, elle n’est pas arrivée ici par hasard. C’est une trajectoire nourrie par une conviction intime : produire pour la montagne implique de la respecter. Chez La Sportiva, cette idée a des conséquences concrètes. Il ne s’agit pas seulement de matériaux recyclés ou de réductions d’émissions, mais d’une recherche constante de cohérence, d’équilibre. Depuis janvier 2012, toute l’électricité consommée par l’entreprise provient de sources renouvelables certifiées. Et bien avant que le mot “écoconception” n’envahisse les catalogues, La Sportiva avait déjà intégré des critères environnementaux dans ses processus de production, jusqu’à obtenir la certification ISO 14001 dès 2003 : une première mondiale dans le secteur outdoor. Le développement durable, ici, n’est ni cosmétique ni détaché du produit fini. Il commence dès la conception, se prolonge dans le choix des fournisseurs, dans l’optimisation des flux logistiques, dans la lutte contre le gaspillage. Lorsqu’on interroge Jessica sur le plus grand défi écologique que La Sportiva devra relever, elle répond sans hésitation : « Je dirais qu’il y a deux éléments très importants. Le premier, c’est de s’assurer que nous avons une pleine conscience de l’impact de nos produits, en allant vraiment en profondeur dans la compréhension des conséquences réelles de nos choix. Le second et je pense que c’est un défi qui concerne toute l’industrie, pas seulement celle de l’outdoor c’est de comprendre comment nous pouvons imaginer des solutions durables pour aller vers une économie circulaire. À mon sens, l’économie circulaire sera un enjeu de long terme. » -     Jessica Genta Jessica évoque la nécessité d’avoir une pleine conscience de l’impact des produits. Il nous paraissait donc essentiel d’avoir son avis sur un sujet qui a récemment fait grand bruit, aussi bien dans le milieu de l’escalade que dans les médias généralistes : « Chaussons d’escalade : une pollution invisible qui menace votre santé » . Voici son point de vue sur la question : « Nous avons étudié cette publication de notre côté, car nous sommes directement concernés et intéressés par une compréhension approfondie du sujet. Je peux vous dire que nous avons une équipe dédiée qui travaille précisément sur cette problématique, afin d’en mesurer les implications et de les intégrer à notre processus de développement produit.Notre partenaire stratégique à long terme est Vibram, et je sais qu’eux aussi se penchent sérieusement sur ce sujet. Nous le prenons donc très au sérieux : l’environnement et la santé de nos utilisateurs sont nos priorités absolues. Mais avant de parler d’urgence, nous devons nous assurer d’avoir une connaissance claire et scientifique de la situation. À ce stade, notre équipe n’a pas encore tiré de conclusions définitives, mais nous restons attentifs à toutes les informations extérieures. Chaque retour est précieux et nous aide à progresser vers des solutions toujours plus responsables. » -     Jessica Genta Au cœur de cet équilibre entre tradition et modernité, les innovations produits incarnent la vision de La Sportiva. Le Skwama Lite, dernière création emblématique, illustre parfaitement cette volonté de conjuguer performance, confort et responsabilité. Skwama Lite : innovation et performance pour les grimpeurs Dans les ateliers de Ziano di Fiemme, l’innovation prend souvent la forme d’un chausson. Cette année, c’est le Skwama Lite  qui attire les regards, et pour cause : La Sportiva y distille tout son savoir-faire avec une ambition claire : accompagner la progression des grimpeurs, sans jamais sacrifier le plaisir de grimper. Pensé pour celles et ceux qui franchissent les premières marches de la difficulté, mais souhaitent déjà ressentir ce que veut dire “précision”, le Skwama Lite joue la carte d’un équilibre inédit entre performance et confort . Francesco Delladio, qui a supervisé son développement, parle d’un chausson « conçu pour durer dans le parcours d’un grimpeur, de ses débuts à un niveau avancé » . Le choix de la microfibre comme matériau principal n’est pas anodin : il garantit une douceur immédiate, sans cette phase de “domptage” souvent redoutée par les débutants. Dès la première séance, le chausson épouse le pied avec une surprenante légèreté, tout en offrant un maintien rassurant. Pour affiner cette sensation, La Sportiva a intégré un renfort spécifique au niveau du talon et de la contrepointe, améliorant ainsi le transfert de force et le ressenti sur les prises les plus fuyantes. Autre innovation discrète mais décisive : une nouvelle géométrie de la semelle qui stabilise le grimpeur sur les surfaces planes, notamment les volumes, devenus omniprésents dans les salles modernes. Résultat : on gratonne, on pousse, on équilibre, sans crispation. Mais au-delà de la technique, le Skwama Lite s’inscrit aussi dans une démarche éthique. 100 % vegan, lavable en machine, il répond à une attente de plus en plus forte chez les pratiquants : pouvoir consommer autrement, sans renoncer à la performance. Avec ce modèle, La Sportiva ne propose pas seulement une évolution du célèbre Skwama : elle signe un chausson de nouvelle génération. Un chausson qui parle à la tête, au cœur et aux pieds. Un chausson qui, à sa manière, démocratise la précision. Nous nous sommes prêtés au jeu en demandant à Francesco à quoi pourrait ressembler le chausson d’escalade du futur, dans 20 ans par exemple. Voici sa réponse, à la fois lucide et pleine de promesses : « Si vous regardez les compétitions internationales, vous verrez que les voies et les blocs évoluent chaque année. Notre rôle est de suivre ces changements, mais aussi d’anticiper les besoins futurs des grimpeurs. Quand je regarde en arrière, je vois combien le style en montagne a changé et à quelle vitesse. Alors, dans 20 ans ? Difficile à dire… Mais ce qui est sûr, c’est que nous devons dès aujourd’hui développer des chaussons très spécifiques, pensés pour les tendances à venir, même s’ils ne verront le jour qu’un an plus tard. Alors restez à l’écoute… Qui sait ? Le prochain modèle pourrait bien poser les bases du chausson d’escalade des 20 prochaines années. » Mais derrière chaque innovation, c’est un travail minutieux, un savoir-faire artisanal, qui transforme les idées en réalité. Découvrons maintenant dans les ateliers de Ziano di Fiemme, là où chaque chausson est façonné avec une précision et une passion incomparables. L’atelier artisanal de Ziano di Fiemme : un savoir-faire unique C’était l’une des premières fois que La Sportiva ouvrait les portes de son usine à des médias. En entrant dans les ateliers de Ziano di Fiemme, au cœur du Trentin, c’est d’abord le son qui surprend : le martèlement sourd des presses, le bourdonnement constant des machines à coudre industrielles, les frottements des matières contre les établis. Une odeur tenace de cuir brut et de colle chaude flotte dans l’air. Ici, pas de ligne automatisée à la chaîne : tout semble rythmé par la cadence des mains, des regards, des gestes sûrs. Chaque paire de chaussons commence par une découpe. Des rouleaux de cuir ou de microfibre sont dépliés, inspectés à l’œil nu, puis découpés à l’aide de poinçons en acier. Il faut parfois plusieurs dizaines de pièces pour former l’enveloppe d’un seul chausson. Vient ensuite la couture, une sorte de haute couture alpine : les empiècements sont cousus ensemble avec une précision millimétrée. Ce travail demande une expérience considérable certains ouvriers sont là depuis plus de vingt ans. Les morceaux de caoutchouc sont ensuite affinés à la main dans une opération appelée skiving. L’objectif est de créer des zones de pression différenciées, plus ou moins épaisses, pour accompagner la morphologie du pied en mouvement. Puis vient l’assemblage : semelle, intersemelle, bords latéraux, contreforts... toutes les parties sont collées à la main sur la tige du chausson, avant d’être pressées avec des machines spécifiques. À ce stade, le chausson est presque terminé. Il reste une dernière étape, celle qui fait toute la différence : le ponçage de la semelle. À la main, un artisan vient ajuster l’angle du bord, millimètre par millimètre. C’est là, dans cet infime détail, que se joue l’adhérence, la précision sur le rocher, la performance. Depuis 2023, La Sportiva a ouvert un centre de rénovation à quelques mètres de l’usine le ReSoul Lab. Ici, les chaussons usés peuvent être ressemelés jusqu’à trois fois, prolongeant leur durée de vie à plus de 300 utilisations. Ce processus, réalisé avec les mêmes composants d’origine que ceux utilisés en production, permet non seulement de préserver les performances, mais aussi de réduire drastiquement l’impact environnemental à peine 6 à 10 % de celui d’une paire neuve. Un réseau de cordonniers agréés a été formé pour accompagner cette démarche à l’international, dans une logique de circularité. À l’heure où l’industrie multiplie les promesses de durabilité, La Sportiva continue, silencieusement, à incarner un modèle fondé sur la précision artisanale et la longévité du produit. Un chausson n’est jamais qu’un bout de cuir et de gomme jusqu’à ce qu’il passe entre ces mains. La Sportiva n’est pas simplement une marque, c’est une aventure humaine, ancrée au cœur des Dolomites, où chaque paire de chaussons raconte une histoire d’artisanat, de passion et d’innovation. Entre respect des traditions familiales et engagement pour un futur durable, l’entreprise incarne une philosophie unique : celle de ne jamais séparer performance et responsabilité, modernité et authenticité. À travers ce voyage dans ses ateliers, ses valeurs et ses innovations, on comprend que La Sportiva, plus qu’un fabricant d’équipements, est un véritable gardien des montagnes. Une maison où chaque geste compte, chaque détail fait sens, et où la montagne n’est pas seulement un terrain de jeu, mais une source d’inspiration et de vie.

  • Nina Caprez et le projet "Andrea" : Voyage, émotions et connexions humaines

    Nous avons eu le privilège d’être invités à une projection privée du très attendu documentaire " Andrea " . Ce film captivant, réalisé par Maxime Moulin , raconte l’aventure humaine et familiale de la grimpeuse Nina Caprez et de son compagnon Jérémy , au cœur d’un voyage atypique à bord de leur camion aménagé. Au-delà de l’escalade, "Andrea"  nous plonge dans une expérience authentique, empreinte de partage, d’émotions et de rencontres. Après cette projection, nous avons eu la chance de discuter avec Nina Caprez, qui nous a confié des détails passionnants sur la genèse du projet, les défis qu'elle et sa famille ont rencontrés, et la manière dont l’escalade est devenue un véritable outil de connexion sociale et de résilience. Dans cet échange exclusif, elle revient sur l’évolution de ce projet ambitieux, les moments marquants de leur aventure, et les leçons qu’elle tire de cette expérience à la fois personnelle et universelle. Les débuts du projet Andrea : une idée née de passions partagées La genèse du projet Andrea  remonte aux premiers moments de la relation entre Nina Caprez et Jérémy Bernard. Passionnés chacun dans leurs domaines respectifs – Nina par l’escalade et Jérémy par la photographie de ski – ils partageaient néanmoins une même soif d’aventure et un amour du voyage. Dès le début de leur relation, un rêve commun émerge : partir au Pakistan en camion. Ce projet devient alors le point de départ de leur réflexion sur une manière de combiner leurs passions tout en offrant quelque chose de plus grand. Pour Nina, l’escalade devait faire partie intégrante de ce rêve. Forte de ses expériences marquantes avec des réfugiés au Liban, où elle avait participé à Climbaid , un projet permettant aux enfants de grimper sur des murs d’escalade minimalistes, elle voulait inclure cette dimension sociale et humaine dans leur périple. C’est ainsi qu’est née l’idée d’acheter un camion capable de transporter non seulement leurs équipements de voyage, mais aussi un mur d’escalade amovible. Après des mois de travail, ils trouvent leur véhicule idéal : un poids-lourd Mercedes Unimog de 1991, baptisé Andrea . Avec ce camion, leur objectif était simple mais ambitieux : explorer, rencontrer et partager. Pendant un an, ils consacrent leur temps à aménager Andrea  en véritable base mobile. Le camion est doté d’un espace pour transporter des vélos et un mur d’escalade monté sur le toit. En été 2021, après un intense travail de préparation, le duo prend la route pour un voyage de quatre mois à travers l’Europe de l'Est, notamment en Roumanie et en Grèce. Ce voyage marque le début d’une aventure unique qui combine exploration, défis personnels et engagement social. "Nous avons vite réalisé que le projet Andréa méritait d'être documenté en images. Après nos premiers voyages, au cours desquels nous n'avions pris aucune vidéo, de nombreuses personnes nous ont dit : "Vous devez filmer, vos aventures sont incroyables !" À plusieurs reprises, nous avons croisé la route de Maxime Moulin, un ami proche de Jérémy. Maxime voulait réaliser un documentaire sur Jérémy et moi, tandis que nous voulions surtout faire un film sur notre projet Andréa, car c'est un peu notre "bébé". Cependant, la vie les rattrape rapidement avec la naissance de leur enfant Lya. Un documentaire sur l'humain Le documentaire Andrea  n'est pas seulement un film sur l'escalade, mais une ode à la vie, aux rencontres et aux émotions. "Bien que ce sport soit toujours présent en toile de fond, le cœur du film porte sur le voyage, la rencontre, la vie de famille, et sur la manière dont toutes ces facettes se rejoignent à travers l'escalade. C'est avant tout un film humain, sur les émotions, les relations. Nous nous sommes rendus vulnérables dans ce projet. Personnellement, j'en avais assez d'être perçue uniquement comme une "machine suisse" qui enchaîne les voies difficiles. C'est certes une compétence que je maîtrise bien, mais la vie ne se limite pas à cela. Comme tout le monde, je traverse des moments difficiles, et j'avais envie de partager cet aspect de ma vie." À la naissance de leur fille, Lia, la vie de Nina et Jérémy a pris un tournant inattendu. " Nous avons découvert qu'elle avait une malformation cardiaque. Ce fut un choc énorme, le monde s'est effondré pour nous. J'étais déjà bouleversée par les hormones de l'accouchement, et nous étions sur un petit nuage, quand soudain, cette nouvelle nous a frappés de plein fouet. Émotionnellement et physiquement, cela m'a touchée plus fort que tout ce que j'avais vécu auparavant. Nous avons été plongés directement dans le monde des parents, avec toutes les inquiétudes et les difficultés que cela comporte." Cette expérience a été un véritable catalyseur, transformant leur vision de la parentalité et renforçant leur lien avec les autres parents confrontés à des défis similaires. "J'ai écrit un blog pour partager notre expérience, et les témoignages que nous avons reçus en retour ont été incroyables. De nombreux parents confrontés à des problèmes similaires nous ont écrit, ce qui m'a permis de me connecter avec eux. Cette épreuve m'a rapprochée de ma famille et de certaines personnes que j'avais un peu perdues de vue. Cela m'a ouvert les portes d'un monde de partage, où tout le monde fait de son mieux malgré les difficultés." Des projets pleins de sens Avant leur voyage au Maroc, Nina et Jérémy avaient prévu de travailler avec une ONG à Marrakech, visant à rendre les jeunes femmes plus indépendantes grâce à des projets d'escalade. "Avant notre départ pour le Maroc, nous avions travaillé pendant près d'un an avec une ONG importante basée à Marrakech. Leur projet visait à rendre les jeunes femmes plus indépendantes. Nous avions prévu de monter notre mur d'escalade à côté de leur école et de les emmener camper et grimper en montagne. Mais, en raison de circonstances imprévues, ces jeunes femmes n'ont pas pu participer comme prévu. Puis, un évènement a frappé, et toutes les priorités ont changé. Nous avons décidé de mettre ce projet en suspens". Alors que le projet Andréa se déroulait dans un cadre de rencontres et d'échanges, Nina se souvient avec émotion de la tournure dramatique que leur aventure a prise au Maroc, un moment qui a profondément marqué leur expérience. "Ce voyage au Maroc a été très intense, car nous n'étions pas préparés à une telle situation d'urgence. Le tremblement de terre a tout changé, et nous avons été plongés dans une catastrophe humanitaire. Pourtant, à travers notre mur d'escalade, nous avons réussi à apporter un peu de joie et d'évasion à ceux qui avaient tout perdu, en particulier les enfants. Ce mur a créé une petite bulle de bonheur dans un contexte de grande détresse. Ce voyage a confirmé pour moi la puissance du sport comme vecteur de partage et de bonheur." «C'est une belle manière de se sentir vivant, et cela nous donne envie de continuer, même si ce n'est pas toujours facile» Une aventure familiale Quand nous sommes rentrés, nous étions épuisés, submergés par l'émotion et les expériences vécues. Il nous a fallu des mois pour digérer, pour prendre du recul et avancer. Avec Jérémy, nous avons traversé des moments très difficiles. Dans ces situations, on révèle parfois des aspects de soi qu'on ne connaissait même pas, qu'ils soient bons ou moins bons. Mais, au fond, nous formons une équipe qui n'abandonne jamais. Nous croyons en notre projet, en nos valeurs, et surtout aux rencontres que nous faisons. Il y a une sincérité dans tout cela, et c'est ce qui nous pousse à continuer." Réfléchissant à l'avenir de leur famille, Nina partage son envie de continuer à explorer le monde, inspirée par l'adaptation et la joie de leur fille Lia dans ce cadre de vie atypique. "Nous avons soif d'aventures et de partage. Il serait certes plus facile de rester à la maison, de suivre une vie plus classique avec travail, école, etc., mais pour les prochaines années, nous voulons poursuivre ce projet. Lia ira à l'école, mais en attendant, nous avons encore beaucoup à vivre et à découvrir." Une vision d'avenir Nina et Jérémy ne comptent pas s'arrêter là. Après avoir traversé une expérience aussi forte que leur voyage au Maroc, Nina et Jérémy ont pris conscience de l'importance de ces aventures pour eux et leur famille. La richesse de ces expériences leur donne la force de poursuivre leur projet de vie, malgré les moment difficiles. "Mon parcours en escalade a pris une direction que j'avais vraiment envie de suivre. Je veux être une bonne mère tout en continuant à grimper avec intelligence et écoute. Ce projet n'est pas dicté par des marques ou des impératifs de carrière, c'est une envie qui vient du cœur. Tant que cela me plaît et plaît aux autres, je continue. Cela me rappelle à quel point notre sport peut sembler inclusif, et j’ai envie que tout le monde, peu importe ses origines, sa couleur de peau ou ses croyances, puisse partager cette joie de vivre. Ce film est une invitation à l’évasion, mais aussi une réflexion sur le sens du partage et de la résilience. Découvrez la bande-annonce de Andrea  et laissez-vous porter par cette aventure humaine unique. ➡️ Le film disponible gratuitement juste ici : 💬 : Nina Caprez 📷 : Jérémy Bernard 📝 : GrimpActu.

  • Le Burnout sportif en escalade : Quand la passion peut mener à l'épuisement

    L'escalade est bien plus qu’une simple activité physique : pour beaucoup, c’est un mode de vie, un moyen d’expression et une quête personnelle. Cependant, derrière l’enthousiasme des premiers pas et l’euphorie des premières voies dures enchaînées atteints, une réalité préoccupante se dessine : le burnout sportif. Bien que souvent associé aux sports d’endurance ou de haute intensité, ce syndrome frappe également les grimpeurs, qu’ils soient amateurs passionnés ou professionnels aguerris. @pinopictures Qu’est-ce que le burnout sportif ? Le burnout sportif désigne un état d’épuisement mental, physique et émotionnel lié à une surcharge d’entraînement ou une pression excessive à performer. Ce phénomène ne se limite pas à la simple fatigue passagère ; il englobe une perte de motivation profonde, une stagnation des performances et un déséquilibre psychologique pouvant mener à la dépression. En escalade, les grimpeurs sont confrontés à une complexité unique : ce sport exige non seulement des capacités physiques, mais aussi une attention mentale constante. Chaque mouvement doit être planifié, chaque prise évaluée, tout cela souvent sous la pression d’objectifs ambitieux ou de conditions extrêmes. C’est dans ce cocktail explosif que le burnout peut trouver un terrain fertile. Pourquoi l’escalade est-elle particulièrement concernée ? 1. Une obsession de la performance Grimper plus dur, plus haut, plus vite. La recherche de performance peut devenir obsessionnelle, surtout avec la compétition ou les réseaux sociaux. Cela pousse certains grimpeurs à s'entraîner sans relâche, parfois au mépris des signaux d'alarme de leur corps. 2. Des sollicitations intenses L’escalade sollicite à la fois les muscles profonds, les tendons, les doigts , mais aussi le cerveau. Le stress d’un mouvement précis ou d’une chute possible fatigue autant mentalement que physiquement. 3. Isolement et pression sociale Malgré les compères de grimpe, tu es souvent seul face à la paroi. Cet isolement peut amplifier la fatigue mentale. Ajoute à cela les comparaisons constantes avec d’autres grimpeurs sur les réseaux sociaux, et tu obtiens un cocktail propice à l’épuisement. Les signes avant-coureurs du burnout Comme une prise instable sur un mur, les symptômes du burnout peuvent être discrets au départ avant de provoquer une véritable chute. Voici quelques indicateurs clés : Fatigue chronique  : Un sentiment d’épuisement persistant, même après une nuit de sommeil ou une pause prolongée. Baisse des performances  : L'incapacité à atteindre des objectifs ou à réussir des voies précédemment maîtrisées. Démotivation  : Une perte d’intérêt pour l’escalade, qui devient plus une corvée qu’une passion. Irritabilité et troubles émotionnels  : Un manque de patience, des sautes d’humeur ou une sensation d’échec constant. Problèmes physiques récurrents  : Douleurs musculaires, tendinites ou blessures dues à un manque de récupération. @pinopictures Ce que dit la science sur le burnout sportif Les recherches menées par l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM) offrent un éclairage intéressant sur les effets de l’entraînement intensif sur le cerveau. Dans leurs études, les scientifiques ont observé que la surcharge physique entraîne un dysfonctionnement du cortex préfrontal latéral, une zone clé impliquée dans la prise de décision et la gestion des émotions. Chez les grimpeurs, cela peut se traduire par des choix imprudents sur une paroi ou une difficulté accrue à gérer les frustrations lors d’une séance difficile. Cette "fatigue cérébrale" s’ajoute à l’épuisement physique, créant un état où le corps et l’esprit ne répondent plus. Comment prévenir et surmonter le burnout en escalade ? 1. Respecter le principe de récupération Le surentraînement est l’un des principaux coupables du burnout. Il est crucial d’intégrer des jours de repos dans toute planification sportive. Les muscles, comme le cerveau, ont besoin de temps pour se régénérer. ➡️Pour approfondir les notions de repos en escalade : Article ici 2. Diversifier les activités Varier les disciplines (bloc, falaise, grande voie) ou s’essayer à d’autres sports complémentaires, comme le yoga ou la natation, peut réduire la monotonie et limiter les risques de surcharge. 3. Fixer des objectifs réalistes Il est important de se fixer des objectifs atteignables et d’accepter que chaque grimpeur progresse à son rythme. L'échec fait partie de l’apprentissage, et chaque voie "ratée" est une opportunité d'apprendre. 4. Travailler son mental La méditation, la visualisation et les techniques de respiration peuvent aider à gérer le stress et à renforcer la résilience mentale. 5. Consulter des professionnels En cas de symptômes persistants, il est conseillé de consulter un médecin du sport, un kinésithérapeute ou un psychologue spécialisé dans le suivi des athlètes. Zoom : Les jeunes grimpeurs, plus exposés qu’on ne le croit Chez les jeunes en club, la pression à performer peut apparaître très tôt. À un âge où l’identité personnelle est encore en construction, cette pression peut être mal vécue et conduire rapidement à un rejet de l’activité. Les parents et les encadrants ont un rôle crucial à jouer : Encourager la diversité des activités, Valoriser les efforts plutôt que les résultats, Favoriser un climat bienveillant, loin de la comparaison systématique. Un jeune grimpeur doit pouvoir évoluer dans un environnement où le plaisir reste prioritaire, sans quoi la passion peut s’éteindre prématurément. @ lami.vi ctor  ✍️: Théo de GrimpActu ➡️ Sources Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM), "Overtraining Disrupts Decision-Making" (Current Biology) Article « Sportif, gare au burnout », Julie P., 2019 INSEP, témoignages d’athlètes de haut niveau

  • Jules Marchaland enchaîne “Le Bruit de l’Acid’, 9b à Claret : une première ascension historique

    Perchée au cœur de l’Hérault, la falaise de Claret est bien plus qu’un simple site d’escalade. C’est un mythe vivant. Un mur de calcaire exigeant, où chaque prise semble avoir été sculptée pour les amoureux de la précision et de l’engagement. Ici, pas de voies à la mode ni de cotations gonflées : l’escalade y est brute, sincère, sans artifices. Les anciens s’en souviennent comme d’un repaire de grimpeurs puristes, et les nouveaux venus y découvrent une école d'humilité. C’est dans ce décor chargé d’histoire et d’adrénaline que Jules Marchaland vient de signer un exploit la première ascension de Le Bruit de l’Acid ’ , une ligne radicale, inédite, qu’il propose à 9b . Une performance exceptionnelle, non seulement pour la difficulté atteinte, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans la lignée de l’esprit Claret : de l'engagement, du style, et une intensité sans compromis. Jules, déjà auteur récemment d’un 9a sur le même site ( Guère de bruit ), pousse ici les limites d’un spot qui, décidément, n’a pas fini de révéler ses secrets les plus acides. Cette voie, c’est un concentré de force, de mouvement pur et de lucidité. Une ligne qui semble avoir été créée pour lui. Et il ne s’y est pas trompé. @ Yulen Calleja Ordiz Un projet coup de cœur… et coup de jus " Quand Lucien Martinez m’a parlé de ce projet, j’ai immédiatement eu envie d’y jeter un œil. " Pas besoin de convaincre Jules longtemps. Le tracé lui parle instantanément, comme une évidence. " Je l’ai adoré dès le début. " La ligne, encore vierge, traverse une portion raide et esthétique de la falaise. Elle commence par une approche déjà sérieuse en 7C+, suivie d’un repos précaire, puis de deux blocs successifs : un 8B sec et un 7C+ sans pitié . En tout, 25 mouvements sans répit, sans vraie pause. " Pas de bla-bla, " précise-t-il. " Juste des pas de bloc durs sans repos. " Le cœur de la voie ? Un passage ultra marqué sur deux mouvements : " Une pince franche, une arqué quasi inexistante, et de là, tu dois jeter très fort pour aller chercher une colo dans un gros croisé. " Ce style, explosif et précis, rappelle les mouv’ qu’on trouve plus souvent en salle, sur kilter ou sur pa plutôt que dehors. " C’est rare d’avoir ça en falaise, et Lucien savait que ça allait me parler. Il m’a appelé direct, et il avait raison. " Un combat mental avant tout Malgré un style qui lui colle à la peau, la voie n’a pas cédé tout de suite. Jules y a investi 11 séances , pas énormes en soi pour ce niveau, mais suffisantes pour entamer la confiance. " Ce n’est pas une voie où tu dois caler pendant des jours, tu peux presque mettre des essais dès la première montée. " Et pourtant, il bute longtemps sur un seul et même mouvement  : le fameux jeté croisé. " J’ai mis 10 jours à tomber dessus à 100 %. Je le faisais bien, mais j’arrivais pas à m’arrêter dedans. Et je comprenais pas pourquoi. " Frustration, doutes, remise en question, tout y passe. " À force, ça devient moins marrant, moins épanouissant de toujours tomber au même endroit. " Puis un jour, le déclic : " Je le passe. Et à partir de là, je le réussis 5 fois sur 6. " C’est le tournant. L’obstacle devient passage, la voie commence à s’ouvrir. @ Yulen Calleja Ordiz La cotation : 9b assumé Ce n’est jamais anodin d’annoncer un 9b, surtout quand il s’agit d’une première ascension. Mais Jules ne fait pas les choses à la légère. " Au début, on pensait à un gros 9a+, mais plus j’essayais, plus j’en doutais. C’est plus dur que tout ce que j’ai fait jusqu’ici, même si ça me correspond parfaitement. Donc oui, pour moi, c’est 9b. " Lucide sur ses forces et ses limites, il précise : " Je sais que je n’ai pas le niveau pour faire un 9b dans un style de rési ou de conti. Mais là, c’est mon style pur. Dans ce style-là, je pense avoir le niveau. " Ce que ça change ? Tout… et rien. Cette ascension marque un cap. Mais Jules reste les pieds sur terre : " Ça ne change pas fondamentalement ma vision de mon niveau. Faire un 9b, c’est un rêve pour beaucoup. Mais si demain un grimpeur très fort vient et propose une décote, c’est le jeu. Je dis juste ce que je ressens, honnêtement. " La suite... Le moteur est lancé, et Jules a déjà d’autres objectifs en tête. Prochaine étape ? " Un projet au Pic Saint-Loup que je vais voir demain, pour peut-être poser un devis. " Et puis, bien sûr, Rastamaan , une ligne mythique qu’il a dans le viseur depuis longtemps : " Je vais commencer à y aller bientôt, j’ai hâte ! " @ Yulen Calleja Ordiz ✍️ Théo GrimpActu 📸 Yulen Calleja Ordiz 💬 Jules Marchaland

  • Escalade training : Les secrets de la planification

    Après avoir posé les fondations avec Escalade Training - 100 exercices spécifiques d’entraînement , Kevin Arc et Hervé Di Domenico reviennent avec un deuxième opus ambitieux et attendu : Escalade Training - Les secrets de la planification . Véritable mode d’emploi pour structurer son entraînement en escalade, cet ouvrage se veut accessible à tous les grimpeurs, du débutant curieux au compétiteur aguerri. À travers une interview exclusive, Kevin Arc revient sur la genèse du projet, les intentions derrière le livre, et les clés pour mieux comprendre et surtout mieux vivre son entraînement. Une suite logique, mais pas seulement Le premier livre avait rencontré un franc succès en proposant des exercices concrets et facilement applicables. Mais pour Kevin Arc, il manquait une pièce au puzzle : comment organiser tous ces contenus dans une approche cohérente et durable ? “ Ce deuxième livre est né d’une double envie” , explique-t-il. “ D’un côté, on avait déjà proposé un premier ouvrage très axé sur la pratique. Il nous paraissait naturel d’aller plus loin, en abordant cette fois la manière d’organiser ces contenus dans le temps. C’était une suite logique.” Mais ce projet éditorial n’était pas uniquement tourné vers la transmission. Il a aussi été une aventure personnelle et intellectuelle : “L’écriture nous a obligés à structurer nos idées, confronter nos points de vue, approfondir certains concepts… Bref, c’était autant un livre pour transmettre que pour continuer à se former nous-mêmes.” Pourquoi planifier son entraînement ? Ce nouvel opus met la planification au cœur de l’entraînement. Un choix pleinement assumé par Kevin, convaincu qu’elle est la clé d’une progression durable : “Trop souvent, on voit des grimpeurs s’entraîner dur mais sans cohérence d’ensemble. La planification permet de donner du sens à l'entraînement, de prioriser, de progresser sans se cramer.” Un constat qui s’applique autant aux amateurs passionnés qu’aux compétiteurs. Et si le mot "planification" peut sembler intimidant, Kevin insiste sur sa souplesse : il ne s’agit pas de figer sa pratique, mais de la rendre plus consciente, plus efficace… et plus respectueuse du corps. Un ouvrage concret et accessible Pour aider chaque grimpeur à se saisir de ces outils, Kevin et Hervé ont voulu un livre accessible, vivant, nourri d’exemples concrets. “C’est pour ça qu’on a fait intervenir des personnes qui ont eu un impact important dans nos parcours : des coachs, athlètes ou experts. Leur regard vient compléter le nôtre.” Le livre suit une progression logique, allant du concept au concret, avec une attention particulière portée à la clarté. “On voulait que chacun puisse s’y retrouver, quel que soit son niveau ou son expérience.” Le vrai défi ? Vulgariser sans appauvrir : “La planification est un outil, pas une prison. Une structure qui doit rester souple, adaptable, vivante en somme.” L’expertise croisée de Kevin et Hervé La richesse du livre repose aussi sur la complémentarité des deux auteurs. Hervé Di Domenico, enseignant-chercheur en neurophysiologie, y apporte une compréhension fine des mécanismes d’adaptation, de charge et de récupération. Kevin, de son côté, distille son expérience de terrain auprès d’athlètes de haut niveau. “Nos deux profils se complètent. Moi je suis dans la pratique quotidienne, lui dans l’analyse des processus en profondeur. On a essayé de mettre en avant les éléments vraiment essentiels pour construire une planification efficace.” Une méthode évolutive pour chaque grimpeur L’un des messages clés du livre, c’est que la meilleure planification est celle qu’on adapte à sa propre réalité. Trop souvent, les grimpeurs veulent “tout faire bien” ou imitent les plans des professionnels, sans tenir compte de leurs contraintes personnelles. Pas de recette miracle, donc. Mais des principes solides, une approche adaptable, et surtout un appel à l’écoute de soi. Car l’objectif reste de rester motivé… et de continuer à aimer grimper. Le plaisir avant tout On l’oublie parfois : l’escalade est aussi (et surtout) un jeu, un plaisir, une passion. “Un bon plan d’entraînement doit intégrer des moments de jeu, de liberté” , insiste Kevin. “On ne grimpe pas uniquement pour cocher des cases. Une bonne planif, c’est celle qui permet de progresser et de garder la passion.” Cette dimension ludique et humaine traverse tout le livre. Même l'entraînement mental souvent négligé y trouve sa place : “On sait que la tête joue un rôle énorme, que ce soit dans la gestion de la peur, la motivation, la récupération. La préparation mentale, c’est comme une chaîne de transmission entre le corps et la performance.” Un outil évolutif, pas un cadre rigide Loin des méthodes figées, Kevin défend une planification souple, qui s’ajuste au fil du temps et des sensations. Il invite les grimpeurs à sortir des modèles tout faits et à construire leur propre chemin. “La planification, ce n’est pas un calendrier figé : c’est un processus. Et ce processus doit rester en lien avec la réalité de chacun.” Et maintenant ? La suite de l'aventure Escalade Training L’aventure Escalade Training  ne s’arrête pas là. Kevin et Hervé planchent déjà sur la suite. “On travaille actuellement sur des outils complémentaires, qu’on veut innovants et accessibles. Des supports pratiques, interactifs, adaptés aux besoins du terrain. On a pas mal d’idées en développement… donc restez connectés !” ➡️ À découvrir également : Les 5 livres incontournables pour progresser en escalade

  • JO 2028 : Tout ce qu’il faut savoir sur l’escalade à Los Angeles

    Cap sur la côte ouest !  L’escalade sportive s’apprête à gravir un nouveau sommet aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028. Exit les compromis : cette fois, chaque discipline (vitesse, bloc, difficulté) aura droit à sa propre médaille. Un tournant historique pour un sport qui ne cesse de grimper dans l’estime du public mondial. Le lieu : Long Beach, spot iconique C’est officiel : l’escalade prendra ses quartiers dans le quartier emblématique de Long Beach , au cœur du Convention Center Lot. Un mur temporaire, une vue imprenable sur l’océan Pacifique et une ambiance qui promet d’être au rendez-vous. Ce spot n’a pas été choisi au hasard : Long Beach, c’est le mélange parfait entre le spectacle, la modernité et l’ouverture au monde. C’est là que l’escalade partagera la scène avec la natation artistique et le water-polo dans une arène multisports éphémère, pensée pour en mettre plein la vue. En 2024 déjà, la cérémonie de clôture des JO de Paris avait donné un avant-goût de cette vibe californienne, avec un show signé Billie Eilish, Red Hot Chili Peppers… et Snoop Dogg, icône locale, qui a volé la vedette sur les réseaux avec son enthousiasme contagieux. L’Amérique annonce la couleur. Trois disciplines, trois médailles Depuis Tokyo 2020, le format n’a cessé d’évoluer. Après un combiné contesté, puis deux podiums à Paris 2024, Los Angeles marquera la consécration de l’identité propre à chaque discipline. En 2028, la vitesse, le bloc et la difficulté s’affronteront en solo. Trois fois plus de suspense, trois fois plus de champions. “Chaque discipline a ses particularités, et à Los Angeles, elles auront toutes l’occasion de briller en tant qu’entités à part entière.” — Marco Scolaris, président de l’IFSC Ce découpage permet non seulement aux athlètes de se spécialiser, mais aussi d’ouvrir le jeu à plus de talents et de styles. Davantage d’athlètes et plus de diversité Autre bonne nouvelle : le quota d’athlètes passe de 68 à 76, avec 38 hommes et 38 femmes. Un gain en représentativité et en visibilité, mais aussi une ouverture bienvenue pour les grimpeurs capables d'exceller sur plusieurs terrains. Le format encourage la polyvalence sans négliger les spécialistes : un équilibre rare dans le paysage olympique. Pour les spectateurs, c’est la promesse d’un show encore plus riche. Marco Scolaris et la gouvernance IFSC À quelques années de cet événement majeur, Marco Scolaris a été réélu à la tête de l’IFSC pour un nouveau mandat de 4 ans. Artisan de l'entrée de l'escalade aux JO, il continue d'impulser une vision ambitieuse : mettre en avant le bien-être des athlètes, développer la para escalade, renforcer la présence olympique et organiser un calendrier global plus cohérent. Son élection, face au Belge Tijl Smitz, symbolise une volonté de continuité dans le développement stratégique de la discipline. Autour de lui, un nouveau bureau exécutif international, riche de profils et d’expertises, vient renforcer cette dynamique. Et maintenant ? D’ici 2028, tout peut encore se jouer. Préparation physique, innovations en matière d'entraînement, émergence de nouvelles figures ; la route vers Los Angeles s’annonce palpitante. Pour les athlètes, c’est une opportunité sans précédent de briller sur la plus grande scène sportive du monde. FAQ – L’escalade aux JO 2028 en bref Quelles sont les disciplines de l’escalade aux JO 2028 ? Réponse  : Vitesse, bloc et difficulté seront séparées et auront chacune leur propre médaille. Où se dérouleront les épreuves d’escalade à Los Angeles ? Réponse  : À Long Beach, dans une arène temporaire installée près de l’océan Pacifique. Combien d’athlètes seront qualifiés pour l’escalade aux JO 2028 ? Réponse  : 76 grimpeurs au total : 38 femmes et 38 hommes. Qui dirige actuellement la fédération internationale d’escalade (IFSC) ? Réponse  : Marco Scolaris a été réélu pour un nouveau mandat de 4 ans. Qu’est-ce qui change par rapport aux JO précédents ? Réponse  : Chaque discipline est désormais séparée, contrairement à Tokyo 2020 où elles étaient combinées.

GrimpActu : La voix des grimpeur·euse·s passionné·es

GrimpActu est le média dédié à l’univers de l’escalade sous toutes ses facettes. Plus qu’un simple relais d’actualités de performance, il propose des articles pour progresser,  s’inspirer d’histoires marquantes et explorer les dernières innovations en matière de matériel. GrimpActu, c’est aussi des conseils bien-être et santé pour grimper durablement et sans blessure. Un média fait par et pour les passionné·es, au service d’une communauté qui partage le goût de la verticalité et de l’aventure.

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