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- Seb Berthe : son retour victorieux sur le Dawn Wall
Le Dawn Wall, ce mur mythique du Yosemite, vient d’être conquis par Sébastien Berthe après une ascension d’une intensité extrême. Deux semaines suspendu dans le vide, les doigts en sang, le corps poussé à ses limites… Un combat acharné qu’il a mené jusqu’au sommet, accompagné de Soline Kentzel , dans un ultime effort pour devancer l’orage. Mais au-delà de la performance, cette ascension a une signification bien plus profonde pour le grimpeur belge : il la dédie à la lutte antifasciste. Pour lui, l’escalade n’est pas qu’un simple défi sportif, elle est aussi un espace d’engagement et de prise de parole. Alors que le monde de l’escalade peut sembler éloigné des réalités sociales et politiques, il refuse de détourner le regard. À travers son exploit, il veut rappeler l’urgence de s’opposer aux dérives autoritaires et aux discriminations systémiques qui gangrènent l’Europe et les États-Unis. « Le silence est complice, la résistance est un devoir » , affirme-t-il, appelant à une mobilisation active contre la montée du fascisme. Dans ce récit puissant et sincère, il nous emmène au cœur de son aventure : une odyssée humaine et sportive, mais aussi un cri d’alerte face aux défis de notre époque. @VictoriaKohner Dawnwall 2025 - Processus et récit À l’heure où j’écris ces lignes, cinq jours après mon retour sur le sol de la vallée du Yosemite, les courbatures et les douleurs aux mains et aux pieds sont encore bien présentes. Je dois dire que, depuis cinq jours, je savoure ces douleurs, témoins du beau combat mené sur le mur pendant deux semaines. La nuit et les deux semaines les plus intenses de ma vie se sont achevées vendredi matin, le 31 janvier. Soline Kentzel et moi sommes sortis in extremis juste avant la pluie (une semaine complète de précipitations, qui aurait mouillé les dernières longueurs et les aurait probablement rendues impraticables pendant un bon moment), après une nuit entière passée à grimper pour franchir les douze dernières longueurs, tous les doigts et les pieds en sang. À maintes reprises au cours de la dernière semaine, et pour différentes raisons, l’aventure a failli s’arrêter. Les dernières heures ont été si douloureuses que je crois sincèrement avoir, pour la première fois, touché mes limites physiques et mentales. C’est passé à un cheveu... Ça s’est joué à si peu. J’ai réalisé ma plus belle escalade ces derniers jours, et je me suis battu. À la clé de ce voyage et de ces quatorze jours sur le Mur de l’Aube : un rêve accompli, une immense fierté et une étape marquante dans ma vie de grimpeur. Arriver jusque-là et préparation Le 10 septembre 2024, le bateau, un grand catamaran, qui nous emmène en Amérique, s’élance en mer Méditerranée. Nous quittons la France et l’Europe pour plusieurs mois. Quelle joie ! Nous voilà repartis pour une aventure au long cours, deux ans après notre premier voyage "Trans- et Outre-Cap sur El Cap" , une expédition de dix mois où, avec sept ami·es, nous avions décidé, dans une volonté affirmée de boycotter le transport aérien, de traverser l’Atlantique aller-retour en voilier pour aller grimper au Yosemite. Soline Kentzel, Mathieu Miquel, Aidan Roberts, Guillaume Lion et moi-même avons embarqué sur un voilier fabriqué en France et destiné à être convoyé jusqu’à Tahiti, dans le Pacifique Sud, pour du charter. Malgré quelques contradictions, notre intention reste inchangée : rejoindre l’Amérique et le Yosemite en boycottant l’avion pour des raisons écologiques et de justice sociale. Les détails de notre mode de voyage et les dilemmes qui l’accompagnent sont disponibles sur notre post Instagram, dans un article écrit par Soline sur Grimper Web , ou encore sur la page Substack d’Aidan Roberts. Voici également le premier épisode d’une série de vlogs dédiés à l’entraînement sur le bateau, réalisés par Soline. Sur le plan personnel, l’objectif sportif de ce second voyage est clair : retourner sur le mythique Dawn Wall pour tenter d’achever ce projet, après ma première tentative deux ans plus tôt (article disponible sur PlanetMountain et Climbing Magazine ). Sur le bateau, nous avons construit une structure d'entraînement, renforcé nos doigts et nos orteils, et suivi une préparation physique intense. Pendant toute la traversée, le Dawn Wall reste omniprésent dans mon esprit, et nous faisons tout pour arriver en pleine forme sur le continent américain. C’est un véritable défi, bien que notre expérience du premier voyage nous aide ! Gibraltar → Îles Canaries → Cap-Vert → Martinique → Panama ! Cinquante jours après notre départ de France, nous posons enfin le pied en Amérique (mon post Instagram). C’est déjà une belle réussite pour toute l’équipe, mais il reste encore un long chemin à parcourir : il nous faut maintenant remonter toute l’Amérique centrale et le Mexique en transport en commun. @SolineKentzel C’est parti pour trois magnifiques semaines de voyage en bus. Nous découvrons des pays et des cultures fascinantes, et nous grimpons dès que l’occasion se présente. Fin novembre, Soline et moi arrivons enfin dans la vallée du Yosemite après près de deux mois et demi de trajet et un bon nombre d’aventures en tout genre. Nous sommes hyper motivé·es et, malgré le voyage, nous sommes en bonne forme. Sur place, je retrouve Connor Herson , un jeune prodige américain, inspirant, souriant et au super état d’esprit. Son carnet de croix ces dernières années est impressionnant : il a enchaîné la plupart des voies en trad (et pas seulement) et en big wall. Il est surmotivé pour tenter le Dawn Wall avec moi. C’est un honneur et une chance d’avoir un tel partenaire. Seul, l’entreprise aurait été particulièrement compliquée. Dès mon premier jour dans la vallée, nous nous lançons dans la voie. L’objectif : grimper à la journée, essayer quelques longueurs, puis redescendre dans la vallée le soir-même. Bien que fatigué par le voyage, je me laisse entraîner par l’énergie de Connor et me plonge dans le vif du sujet. Longueur après longueur, nous fixons les cordes, recalons les méthodes et retrouvons nos sensations. Après quelques jours d’efforts intenses, nous atteignons la longueur 14, le premier 5.14d/9a de la voie. C’est là que tout se joue pour moi (et là que j’avais échoué deux ans plus tôt). La recherche des solutions pour franchir ces longueurs me hante jour et nuit : Quels chaussons utiliser ? Comment optimiser mes placements ? Comment gérer ma peau ? Quelle stratégie adopter pour un push ? Comment mémoriser chaque protection, chaque prise de main, chaque prise de pied ? Au fil des séances, les choses commencent à se mettre en place. J’ai de très bonnes sensations dans les mouvements clés des longueurs difficiles (et j’arrive même à réaliser le dernier crux du pitch 14 , qui m’avait tant posé problème la dernière fois). Pendant trois à quatre longues semaines (quinze séances de travail dans la voie pour ma part cette saison), nous jumpons des centaines de mètres de cordes, hissons des sacs, travaillons les longueurs dures et fixons les cordes. Le Dawn Wall n’a pas changé : l’entreprise est immense, et tout est difficile dans ce processus. @VictoriaKohner L’escalade. Le froid glacial de l’hiver. Le soleil brûlant de cette face sud. L’exposition permanente. Les protections instables. Les chutes de glace. Après un mois dans la vallée, je suis épuisé. Mon niveau de forme a chuté, tout comme celui de Connor, qui doit d’ailleurs retourner à ses études d’ingénieur début janvier. Nous décidons donc de faire une vraie pause fin décembre. Je pars une semaine faire du bloc à Bishop et prends ensuite presque deux semaines de repos complet. Honnêtement, à ce moment-là, je ne me sens pas encore prêt à tenter un push (enchaînement depuis le bas). Même si j’ai réussi à passer presque toutes les sections difficiles, il me manque encore des réglages, notamment sur les longueurs après la section-clé. Pourtant, une fenêtre météo incroyablement sèche pour un mois de janvier se profile, et Soline propose de me soutenir. Je décide donc de tenter ma chance. Le 12 janvier, je me lance seul dans une mission d’hissage jusqu’au camp portaledge (à 400 m de haut) : eau, nourriture et matériel pour deux personnes, soit environ 130 kg de charge . Une journée entière d’efforts. Malheureusement, ce hissage me blesse légèrement le bas du dos, m’obligeant à quatre jours de repos forcé... Tout est maintenant en place. L’aventure est lancée. PUSH Mon push a duré 14 jours (dont 5 jours de repos) durant lesquels j’ai enchaîné toutes les longueurs du Dawnwall (32 longueurs dont 19 au-delà du 5.13a/7c+), dans l’ordre et en tête en plaçant les protections (sauf les protections d’artif qui nécessitent un marteau comme les birdbeaks ou encore les rivethangers) et les dégaines préplacées quand il y a des plaquettes, sans redescendre au sol et sans être ravitaillé en nourriture ou en eau. Le processus a été documenté par Victoria Kohner-Flanagan. La quasi-totalité du push a été filmée et documentée par les photographes et cameraman Alex Eggermont et Chris Nathalie. Un film de mon ascension va être réalisé. Le vendredi 17 janvier à 5h du matin, je me lance dans l’escalade des premières longueurs du Dawnwall accompagné de la grimpeuse française Soline Kentzel à l’assurage et au soutien, et Alex Eggermont photographe & filmmaker derrière la caméra. Jour 1 : Longueur 1 à 6, et deux essais dans la longueur 7 (chute au dernier mouv). Départ à 5h. Je suis assez stressé, mais aussi plutôt motivé et excité !Grimpe le matin jusqu’à la longueur 5 (j’enchaîne la longue et exigeante longueur 3, une 5.13c/8a+ bien costaud, au deuxième essai à cause d’une zipette infortunée juste sous le relais lors de mon premier essai). Pause de 2-3h sur la terrasse au pied de la longueur 6. J’enchaîne la longueur 6 directement quand l’ombre arrive. Recalage et tick de la 7, un 5.14a/8b+ glissant, technique et aléatoire. Ensuite je mets un essai juste avant l’arrivée de la nuit : je passe le crux et toute la section dure, sauf que j’oublie de clipper plusieurs protections ainsi que la plaquette en fin de difficulté. Je suis maintenant bien au-dessus de ma dernière protection, un mauvais birdbeak un peu rouillé, et je me sens bien entamé. Là, il ne vaut mieux pas tomber (je risquerais de faire une chute de près d’une vingtaine de mètres et d’arracher les protections placées) et je me sens complètement à la limite. La chute risque d’être impardonnable (surtout avec ma blessure au dos qui commence à me refaire souffrir) et je décide donc, à contrecœur, d’abandonner et de me jeter pleine main sur la dégaine. Ouf, je suis sain et sauf malgré le gros coup d’adrénaline. Une belle manière intense de terminer cette première journée. Il fait noir, et je réessaierai demain. Jour 2 : Longueurs 7 - 8 - 9. J’attends l’ombre pour grimper, il est 14h30 lorsque je mets mon essai dans la 7. Je passe le crux assez facilement mais mes doigts et mes orteils fatiguent dans la suite, et je dois me battre vraiment pour arriver jusqu’au relais ! Yes, le premier 5.14 est enchaîné :-) Plus que 6 ahah !Je m’élance dans la suivante, un 5.13d/8b court et bloc sur plaquette, un beau challenge technique et à doigt. 1er essai, je zippe, 2e essai, je jarte de la main, 3e essai, mon talon glisse, 4e essai, je me trompe de méthode... Ouille, ça commence à faire long et à être dur. Heureusement, je finis par trouver la méthode qui me convient le mieux et j'enchaîne la longueur à l’essai suivant (le 5e ou 6e essai). Il fait noir à présent, mais il faut que je continue à grimper car l’objectif était d’aller jusqu’à la 9. Je mets la frontale et je m’élance dans cette traversée un peu physique cotée 5.13c/8a+. Rapidement et sans encombre, j’arrive au relais. Jour 3 : Repos au camp portaledge. Après deux jours plutôt intenses, je décide de prendre un jour de repos car les longueurs qui suivent sont particulièrement dures et exigeantes. L’enjeu est de soigner ma peau au mieux, m’alimenter et m’hydrater à fond, rester à l’ombre le plus possible (je me protège du soleil avec mon sac de couchage que j’accroche au-dessus de mon portaledge). Jour 4 : Longueurs 10 - 11 - 12 - 13. Le jour 4 est une journée particulièrement importante pour la suite de l’ascension, j’ai l’impression qu’il me faut absolument enchaîner ces longueurs rapidement et sans trop y laisser des cartouches. Après un recalage au soleil des protections dans la longueur 10 (5.14a/b - 8b+/8c), j’enchaîne à mon premier essai avec un bon combat dans le crux. Je fais la longueur 11 (directement après à la tombée de la nuit). Je prends 30 min de repos et de nouveau j’enchaîne la longueur 12 (5.14b - 8c) à mon premier essai. La longueur 13 (5.13b - 8a) passe également au premier essai après un petit recalage. La séance s’est déroulée au mieux, me voilà au pied de LA longueur 14 ! Je suis tellement motivé et sous adrénaline que j’hésite à continuer cette soirée-là et à essayer directement la fameuse longueur crux. Jour 5 : Repos en prévision de mes essais du lendemain dans la longueur crux. Je ne me sens pas particulièrement fatigué, mais c’est important d’être le plus frais possible. @VictoriaKohner Jour 6 : Les conditions sont plutôt chaudes aujourd’hui pour un mois de janvier et je sais que la chaleur est un facteur particulièrement déterminant pour le succès de cette longueur 14 (5.14d - 9a) au triple crux. Je décide donc de commencer à grimper à 5h du matin avant le lever du jour et surtout avant que le soleil frappe le mur. J’ai jusque 8h. À 5h30, je mets un premier essai de travail pour recaler les sensations et remettre les traits de magnésie, particulièrement importants dans cette longueur (sans eux, c’est presque comme si les prises n’existaient pas...). J’ai de bonnes sensations. Je m’élance dans un premier essai : je vole à travers la longueur, tout me semble facile, en quelques petites minutes je me retrouve déjà au dernier crux, ça y est, je peux le faire ! Je fais le grand mouv vers la gauche, puis au moment où je m’apprête à aller chercher les deux dernières prises, je zippe... AH ! Un cri de tristesse me déchire le cœur. J’ai beaucoup d’émotions et de déception en tombant. C’est dur ! Je prends 20 minutes pour me reconcentrer et remettre un essai avant que le soleil arrive. Mon deuxième essai pareil, je me sens super bien et j’arrive frais dans le dernier crux. Puis, pareil : je zippe sans prévenir dans un grand cri de déception. Le soleil est là, c’est fini pour aujourd’hui... Ah, je me sens tellement proche... Et pourtant j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas et que je pourrais continuer de zipper encore et encore dans ce mouvement. De retour au portaledge, je fais face à un autre problème. Je ne sais pas pourquoi, mais mon dos me fait énormément souffrir. Je suis complètement bloqué et au moindre mouvement j’ai mal. Jour 7 et 8 : Repos. Alors que je pensais regrimper directement le lendemain de ma séance, je sais, dès que je me lève, que ce ne sera pas possible. Mon dos me fait trop souffrir. Impossible de grimper aujourd’hui et pareil le lendemain. Je commence à douter que je vais pouvoir terminer ce push. Puis petit à petit, à force d’étirement léger, ça commence à aller mieux sans pour autant partir complètement. Jour 9 : Longueur 14. Quand je me lève, je sens que mon dos va mieux et que sans pour autant être guéri, je vais pouvoir grimper avec un ibuprofène. La journée est nuageuse et froide, les conditions parfaites. Échauffement en recalant ce dernier crux pour comprendre ce qui ne va pas et pourquoi j’ai zippé deux fois la séance précédente. Je pense trouver une solution, il s’agit d’un détail, une affaire de position de pied. Je sais que les détails font la différence dans cette voie. C’est parti pour les essais. Malheureusement tout ne se passe pas comme j'espérais : Essai 1, je perds l’équilibre dans le crux 2. Essais 2, 3 et 4, je zippe dans le crux 1. Mon dos me fait souffrir. J’ai du mal à garder mes orteils au chaud dans mes chaussons serrés, le sang ne circule plus. Heureusement, Soline, qui sans doute gagnerait le titre de meilleure assureuse de tous les temps, s’occupe de les réchauffer contre elle entre mes essais. Essai 5, je repasse le crux 1 mais tombe de nouveau dans le crux 2... Moralement ça devient dur. Essai 6, 7, 8 et 9, je zippe encore dans le crux 1. C’est compliqué, je désespère et peine à y croire encore. Je revois mon échec d’il y a deux ans et commence à douter de mes capacités à enchaîner cette longueur. Le temps a filé, il est 16h30 et la météo est menaçante. À 17h, ils annonçaient une belle tempête de neige. Bon, j’ai un dernier essai ! Je me convaincs de pouvoir le faire, il faut que je donne tout. Essai 10. Ma grimpe n’est pas forcément fluide ni facile comme à la séance précédente, mais je reste sur le mur dans le crux 1, puis dans le crux 2. Allez, c’est possible. Mais à mon grand malheur, alors que j’arrive au dernier repos avant le crux 3, il se met à neiger, et pas qu’un peu. Mes chaussons et mes doigts commencent à mouiller. J’ai l’impression que c’est foutu, c’est déjà dur de pas zipper, alors quand il neige... mais je vais quand même essayer, tant qu’à être là. J’ai très peu de temps avant que tout soit trempé. Je m’élance dans le crux 3 avec envie, je n’ai rien à perdre. Sans vraiment comprendre comment, je fais le grand mouv, puis le suivant et encore le suivant. Mon pied reste en place. Je m’apprête à aller chercher le bac final, je suis encore sur le mur... Ça y est ! J’ai enchaîné la 14 ! Sous la neige ! La sensation est puissante, une joie intense me submerge. Quelle journée remplie d’émotion. Retour dans le portaledge avec euphorie sous une fameuse tempête de neige. @SolineKentzel Jour 10 : Longueur 15. Malgré la longue journée d’hier, je m’apprête à grimper, je suis bien sûr hyper motivé. À cause de l’excitation, je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai encore bien mal au dos, mais la séance d’hier n’a pas empiré le problème. La journée est nuageuse, les conditions sont au top. La longueur 15 est le deuxième gros challenge du Dawnwall après la 14. C’est là que Kevin Jorgeson est resté bloqué pendant la first ascent en 2015. La longueur est cotée 5.14c/d - 8c+/9a. Pour ma part, je dirais sans doute plutôt 8c+, mais un 8c+ sacrément technique et à doigt. Une longue approche autour de 5.13d - 8b, puis un long pas de bloc de précision sur les pieds et les doigts. Une première montée de calage pour mettre les traits de magnésie, puis c’est parti. Je me sens très fort dans mon premier essai, j’arrive vite au crux final. Je sens que ça peut le faire, puis “Shit”, je zippe, sans prévenir. Retour au relais précédent, 20 minutes de repos. 2e essai, je fais une erreur et zippe dans le début. Mince, dans ma tête je commence à douter, à me dire que je vais continuer de zipper encore et encore comme dans la 14. Mais j’arrive à me reprendre, me focaliser sur ce que j’ai à faire et pas sur le résultat. Mon essai suivant est le bon ! Je force un peu plus qu’il n’en faut dans les doigts dans le crux, je reste focus dans la gestion finale, et ça passe ! Yes !!! Là ça commence à sentir bon, je suis heureux ! Il reste du temps de journée et je crois avoir encore de l’énergie. Alors je me jette sur la longueur 16, la loop pitch (alternative du fameux dyno, un 5.14a - 8b+). Probablement la longueur la plus particulière du Dawnwall : constituée d’une désescalade d’une vingtaine de mètres jusqu’à une petite terrasse, une traversée facile vers la gauche et une remontée rési et exigeante. J’ai moins bien calé ces longueurs-là comparées aux premières, dès le début je savais que je n’étais pas complètement prêt pour ces longueurs. Je passe 45 minutes à recaler la longueur. Puis je mets un essai, tombe dans le bloc de désescalade que j’ai beaucoup de mal à maîtriser. C’est très bizarre de forcer comme ça en désescalade. Manque de stratégie : j’essaye à de multiples reprises sans y arriver, jusqu’à ce que deux de mes doigts finissent en sang. Ça y est, ma peau part en lambeau. Jour 11 : Repos. Je ne pensais pas forcément me reposer, mais je dois me rendre à l’évidence : les deux jours précédents m’ont épuisé et ma peau est dans un mauvais état. Le plus malin est de se reposer, même si j’ai envie de foncer vers le sommet. Mon dos, par contre, se stabilise, les deux journées de grimpe ne l’ont pas empiré. @VictoriaKohner Jour 12 : Longueur 16. Journée particulièrement difficile en perspective. La mauvaise nouvelle en se levant, c’est la météo : il reste 3 jours de beau temps avant une belle tempête de pluie de presque une semaine. Il faut absolument que je termine la voie avant que ce mauvais temps arrive, sinon toute la fin et les dernières longueurs risquent d’être mouillées et potentiellement impraticables. Je suis particulièrement stressé et ce n’est pas la fin de push plus tranquille que j’espérais, d’autant plus que je suis incertain sur mes capacités à enchaîner ces dernières longueurs dures rapidement, car pas assez calé. Je démarre tôt ce matin-là. Mon objectif est d'enchaîner au moins la 16 et la 17 (particulièrement important si je veux finir en 3 jours avant la pluie). J’ai de bonnes sensations, mais au fil des essais, je continue à tomber dans la désescalade. À chaque fois, une petite erreur me fait perdre l’équilibre. Le soleil arrive sur la paroi et je n’ai toujours pas passé la descente. Je décide de mettre un dernier essai avant d’attendre l’ombre. Ouf, non sans difficulté ça passe. Je me retrouve sur la vire en bas, un repos plus que complet, tu peux t’y asseoir et même enlever les chaussons. Je décide de ne pas trop m’y attarder car le soleil tape maintenant et je dois la terminer avant qu’il fasse trop chaud. Je grimpe pas mal, passe le crux mais tombe en zippant en fin de longueur. Malheureusement, je dois m’y résoudre : si je veux enchaîner le Dawnwall avant la pluie, il faut que j’avance et je décide donc de faire une entorse à mon éthique et à la place de refaire toute la descente, je décide de repartir depuis la vire en bas de la longueur, et de donc couper la loop pitch en deux longueurs (ce qui donne probablement deux 5.13d à la place d’un 5.14a). Je prends 10 minutes de repos et je repars. Quelques minutes plus tard, je me retrouve au relais en ayant enchaîné la montée ! La loop pitch est dans la poche ! Je ne me sens pas forcément bien avec cette décision et cette faute de style, mais d’un autre côté, elle ne manque pas complètement de logique : la terrasse en bas de la loop pitch est sans doute la meilleure vire qu’il y a dans la voie depuis plus de 10 longueurs. Je prends quelques heures de repos avant de me lancer dans la longueur 17, le dernier 5.14a de la voie. Cet après-midi-là, je ne me sens pas très bien, j’ai la nausée et mal à la tête. J’ai l’impression d’avoir une insolation, ou alors c’est le stress ? Quand l’ombre arrive, je mets mes premiers essais, assez rapidement je passe le premier pas de bloc et me retrouve dans la partie finale, le creux du problème, une section de layback redoutable d’une dizaine de mouvements. La longueur est plutôt engagée sur des protections d’artif, ce qui ajoute un peu de piment. À mon premier essai, je chute en arrachant une protection, heureusement le birdbeak d’en dessous me retient. Essais 2, 3 et 4, je tombe à chaque fois tout en haut à deux doigts de l'enchaînement. Il fait bien noir désormais et j’ai 4 doigts en sang (et les autres ne sont guère mieux). Je me résigne, la 17 ce ne sera pas pour ce soir. Je rentre au camp portaledge dépité. J’ai tout donné aujourd’hui mais ça n’a pas fonctionné. Ça va être très compliqué de sortir avant la pluie maintenant, d’autant que mon état physique et émotionnel est plutôt mauvais. Jour 13 : Longueurs 17 - 18 - 19 - 20. La météo empire et se confirme : il me reste 2 jours et une nuit de grimpe pour enchaîner les 5 dernières longueurs dures et les 11 longueurs finales un peu plus faciles. Je me sens complètement sous pression et acculé. Je n’y crois presque plus et ma peau est dans un piteux état. Je suis déjà en train d’élaborer des plans pour rester dans mon portaledge une semaine de plus pendant le mauvais temps, tout en espérant que le haut sera encore grimpable après la pluie, ce dont je ne suis vraiment pas sûr. Mais j’ai l’intention de tout donner ! Aujourd’hui, Erik Sloan prend le relais à l’assurage pour permettre à Soline de prendre une journée de repos bien méritée. Alex Eggermont a dû partir, mais Chris Nathalie est toujours bien présent pour filmer et prendre des photos. La journée démarre en milieu d’après-midi, dès que l’ombre arrive. Essai dans la 17 : Yess ! Ça passe directement et de manière assez fluide ! J’ai 6 doigts en sang maintenant, ça coule à travers le tape. Dès qu’Erik m’a rejoint, sans plus attendre, je pars dans la suivante L18 (un 5.13c/d - 8a+/b long et complexe, des blocs entrecoupés de repos). Je grimpe vite et bien, et ça passe directement. Pareil dans la suivante (L19 - 5.13b - 8a) que j'enchaîne après un petit essai de calage. Il fait nuit à présent, mais je suis dans un bel état de motivation. Si je pouvais enchaîner la suivante (la fameuse longueur 20, une magnifique longue dalle en 5.13c/d - 8a+/b), ce soir, ça me mettrait dans une posture plutôt confortable pour sortir dans les temps. Je fais une montée de calage, puis un premier essai où je tombe sur une perte d’équilibre dans le crux, le fameux mouv des pouces (il faut se rétablir à l’aide de prises microscopiques inversées que tu ne peux prendre qu’avec les pouces, un mouv incroyable digne d’une coupe du monde de bloc). Je prends 10 minutes de repos et c’est parti : dans le crux, je suis super concentré et combatif… Ça passe, et pareil dans le dernier pas de bloc. Ouf ! Ça se joue à pas grand-chose, le tape manque de s’arracher et de me faire glisser de la prise. Bon, je redescends au camp, à nouveau plein d’espoir ! Ce n'est pas gagné, mais c’est possible : il me reste une longueur vraiment dure (L21, 5.13d - 8b) et 11 longueurs plus faciles (entre 5.11+ - 7a et 5.13a - 7c+). @VictoriaKohner Jour et nuit 14: Longueur 21 ⇒ 32. Depuis quelques nuits, je dors plutôt mal à cause du stress et de l’excitation, et cette nuit ne fait pas exception. Aujourd’hui c’est le grand jour, on est le 30 janvier : je vais tenter le push final vers le sommet. Le lendemain matin en fin de matinée, la pluie est censée arriver. Je démonte le camp et prépare un sac avec un portaledge et un fly pour éventuellement tenir quelques jours si on se retrouve coincé par la pluie. En début d’après-midi, je fais une montée de calage dans la longueur 21. Dès que l’ombre arrive, je m’élance pour un essai. Je suis particulièrement stressé, mais je suis déterminé. Je grimpe bien et juste, je prends mon temps. Dans le crux là-haut, je serre les arquées plus que nécessaire : je sens mes tapes se déchirer sous mes doigts. Je me jette vers le coincement de doigt final et me rétablis sur la vire avec un cri de joie ! Ça y est, j’ai fait toutes les longueurs dures du Dawnwall. Je suis hyper heureux et fier. Malheureusement, je n’ai pas beaucoup le temps d’en profiter : il est 17h et j’ai 11 longueurs aventureuses et pas si faciles à faire avant le lendemain matin. La longueur 22, une longue fissure raide à doigt, que je dois faire deux fois à cause d’une chute tout en haut, me laisse profondément épuisé. J’avance lentement dans les longueurs qui suivent, j’essaye de récupérer. L’itinéraire n’est pas facile dans la nuit noire (on avait fait ces longueurs une fois seulement avec Siebe Vanhee 2 ans auparavant), et des sections sont plutôt engagées et impressionnantes. Des passages sans protections, des offwidth, des longues traversées sur des écailles qui sonnent creux, des prises qui cassent, des pitons instables, le haulbag qui se coince... On a notre lot d'aventures. Je me sens plutôt mal, j’ai du mal à m’alimenter, j’ai envie de vomir et une grande fatigue dans le corps. À chaque longueur, je dois me battre en laissant un peu de moi-même derrière moi. Soline est hyper soutenante et solide. Elle suit avec brio dans ces traversées effrayantes. À chaque relais, elle m’encourage et me pousse à continuer, elle est un support exceptionnel. À 2h du matin, on arrive à Ship Bow, la longueur 29. Il reste 4 longueurs mais je suis dans un état de fatigue avancé. On décide de faire une pause d’1h30 pour que je puisse récupérer un peu. On essaie de manger un peu et de dormir, mais je ne parviens à faire ni l’un ni l’autre. À 4h, c’est reparti. Je chute en toute fin de la section en 5.11d - 7a offwidth de la longueur suivante à cause de mes techniques plutôt mauvaises en offwidth. Je réessaye et repasse facilement en layback. Il reste 3 longueurs. Dans chacune d’entre elles, je dois me battre, et à chaque relais, j’ai l’impression que je vais m’évanouir, ou vomir. Le jour se lève dans l’avant-dernière longueur, il fait nuageux mais il ne pleut pas encore. Chris Nathalie est au sommet pour nous attendre et documenter les derniers mètres. La longueur 31, un 5.13a-7c+ suivi d’un dièdre en 5.12a-7a rempli d’herbes, me donne encore du fil à retordre. Je grimpe la dernière longueur (L32, 5.12b - 7b) rapidement, dans un état second. Je me rétablis au sommet à 8h. Victoire ! Nous venons de vivre une nuit intense et mémorable. La sensation est particulière... À cause de la fatigue, je ne réalise pas complètement que c’est terminé, que le Dawnwall est derrière moi. Il me faudra quelques heures, voire plus, pour pleinement comprendre et profiter. Avant de descendre, on prend un peu de temps pour profiter, de faire quelques photos, notamment une photo avec l’affiche qu’on a emportée avec nous pendant l’ascension et son message particulièrement important par les temps qui courent : "El Cap climbers against Fascism." Je souhaite dédier mon ascension à la lutte antifasciste ! Certes, il ne s’agit ici “que” d’une ascension d’escalade et de sport. Mais cette ascension est particulièrement importante pour moi, très certainement la plus importante de ma vie de grimpeur. Je sais aussi que cette ascension va sûrement avoir du retentissement dans le monde de l’escalade. C’est pourquoi je souhaite utiliser mon ascension du Dawnwall pour mettre le sujet sur la table. Le silence est complice, la résistance est un devoir. Je pense que ce qui se passe en ce moment en Belgique, en France, en Europe en général et aux USA est particulièrement grave et nous en subirons tous et toutes les conséquences, même dans le petit cocon privilégié de l’escalade. Le fascisme ne se résume pas à des discours haineux : il est aussi dans les violences policières, dans les discriminations racistes et systémiques, dans les attaques contre les droits des femmes et des minorités de genre. Être antifasciste, c’est refuser ces oppressions sous toutes leurs formes. Parlons-en, organisons-nous, allons manifester, opposons-nous... Mes pensées et ma solidarité vont à toutes les personnes qui subissent et qui vont subir le plus les conséquences de cette montée du fascisme ! Courage ! @SolineKentzel Remerciements Un gros projet comme le Dawnwall n’est pas un projet solitaire ! C’est un projet qui implique le soutien de nombreuses personnes. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être entouré par un grand nombre de personnes sans qui jamais je n’aurais pu venir à bout de cette aventure. Merci à... La meilleure, Soline Kentzel, pour tout le support logistique, pratique, émotionnel... dans la voie comme dans la vie de tous les jours, pour toutes ces heures patientes d’assurage, pour ces journées et ces nuits passées dans le froid suspendue dans le baudrier.Connor Herson, pour toutes ces séances, les bonnes vibes et la motivation partagées dans la voie cette saison !Siebe Vanhee, pour tout ce qu’on a partagé également dans ce processus il y a deux ans !Victoria Kohner-Flanagan, Alex Eggermont et Chris Nathalie, pour les images et les bons moments passés sur le mur.Tommy Caldwell, je suis reconnaissant et admiratif pour le travail investi dans cette voie : la qualité, le style, la quête du moindre détail et de chaque prise. On ne peut pas vraiment mesurer à quel point cet effort a été immense et intense sans passer des heures infinies là-haut à essayer de répéter la voie. Je crois qu’on peut attendre très longtemps avant que quelqu’un trouve une voie qui égale la Dawn Wall en termes de qualité et/ou de difficulté... Aux locaux de la vallée, pour l’aide, les encouragements, l'accueil, les prêts, le soutien, les assurances, les bonnes vibes : Erik Sloan, Rachel Jacobs, Ryan Sheridan, Camilla Satte, Yolan Paco, Lance...Les grimpeureuses de la vallée cette saison : Laura, Olivier, Ophélie, Jacob, Brownwyn, Kara, Brent...Un grand merci à Dörte Pietron pour tout ce travail sur les chaussons et ces essais !Merci à Daniel Gebel pour les conseils techniques et matériels et pour le soutien !À toute l’équipe d'Edelrid pour les bonnes vibes !Merci aussi à Chris Edmans (Resole Gripworks) pour les ressemelages et le travail d’orfèvre !Cédric Girardi, notre capitaine qui nous a fait traverser mers et océans.Guillaume Lion, Mathieu Miquel, Aidan Roberts et tout l’équipage de Dream Bora ! Ma famille, mes parents pour le soutien particulier et indéfectible, l’équipe de Cap Sur El Cap 1, mes amis qui depuis l’autre bout du monde ont été soutenants, ont envoyé des messages, donné des conseils. Mes sponsors Edelrid, le camp de base et les chaussons Scarpa. Merci à vous tous, sans votre soutien et vos encouragements, ce projet n'aurait jamais été possible ! @VictoriaKohner 📷 : VictoriaKohner / Soline Kentzel ✍️ : Seb Berthe 📰 : GrimpActu
- La troisième ascension de "Bon Voyage" 9a trad par Seb Berthe
Tout a commencé avec James Pearson, visionnaire et audacieux, qui a ouvert cette voie incroyable au début de l'année 2023. "Après de longs mois de réflexion, James a proposé la cotation de 9a, E12, faisant de cette voie l'une des plus difficiles, voire la plus difficile, en escalade traditionnelle dans le monde. " Puis, Adam Ondra, la légende vivante, a répété l'exploit un mois auparavant, en février 2024, ajoutant une nouvelle dimension à la réputation déjà légendaire de Bon Voyage. Le parcours de Bon Voyage commence dans une célèbre ligne une fissure trad de 8b+ "Le Voyage", puis s'éloigne de la fissure pour traverser vers la gauche une paroi vierge impressionnante. "L'idée qu'une voie puisse être escaladée librement sur protections dans cette paroi relève presque de la magie. Félicitations au magicien James, pour avoir eu la vision et la persévérance nécessaires pour mener son "Bon Voyage" jusqu'au bout !" La voie présente plusieurs mouvements "modérés" après avoir quitté Le Voyage, avec de grands mouvements sur de bonnes prises et de mauvais appuis. Sur le dernier repos, il faut placer le dernier point de protection : " Un petit Totemcam bleu, ce qui peut être assez délicat en plein effort. À partir de ce point, la section difficile commence : 12 mouvements vraiment intenses et complexes, éprouvants pour les doigts, pour finir sur une magnifique arête à gauche." Cette section pourrait probablement être cotée 8c ou 8c+, et elle est assez exposée. Cependant, comme l'a souligné Adam, elle est "probablement sûre" avec un bon assureur. Néanmoins, il y a une pointe rocheuse, une "guillotine", quelques mètres en dessous de l'arête finale, ce qui est plutôt intimidant. Une mauvaise chute au mauvais moment, avec un peu trop de mou dans le système, pourrait être dangereuse. Le Processus Après environ 8 sessions passées sur la voie, Seb Berthe a fait sa première tentative sur Bon Voyage en avril 2023, après avoir flashé "Le Voyage". "Immédiatement, je fus séduit par la voie et décidai d'en faire l'un de mes principaux objectifs pour 2024", confie-t-il. C'est pourquoi il est retourné à Annot fin février cette année, quelques jours seulement après l'ascension éclair d'Adam Ondra, avec la ferme intention de s'attaquer à la voie ! Malgré des conditions météorologiques très erratiques lors de ce voyage, il a réussi à avoir 3 sessions sur la voie. "Dès la première session, j'ai poussé pour grimper en tête afin de m'habituer au placement des protections, aux chutes, et ainsi de suite" Sa progression sur la voie fut assez rapide, et dès la troisième session, il envisageait de faire toute la section difficile d'un seul coup. Malheureusement, il s'est blessé au petit doigt sur le mouvement clé de la voie. "Alors que j'essayais de lier la section, j'ai ressenti une douleur vive et une secousse dans ma main et mon avant-bras... Diagnostic : une petite déchirure ou tension des muscles lombricaux à l'intérieur de la main" Ainsi, ce premier voyage s'est terminé abruptement, et c'est avec frustration et, surtout, un fort désir de revenir que Seb quitte Annot ! Deux semaines plus tard, il est de retour à Annot ! Son doigt va un peu mieux, mais il n'est pas encore complètement guéri. "Je peux facilement grimper en utilisant quatre doigts, mais je ressens de la douleur dès que mon annulaire et mon auriculaire sont séparés" Malgré son hésitation à reprendre le processus si rapidement, la tentation de retourner sur Bon Voyage est trop forte. "La voie me hante, et la météo pour les prochains jours est parfaite" . Une voix intérieure me dit que je peux essayer à nouveau malgré la blessure mineure, que je pourrais changer ma méthode dans le mouvement clé, utiliser un autre doigt, et que cela devrait probablement bien se passer pour les autres mouvements". Ce jour-là, il fait un effort superbe et tombe au crux depuis le sol. "Je me sens très proche de l'envoyer, malheureusement, en revenant au sol, je remarque que je me suis gravement coupé la peau à cause de la prise cruciale, ce maudit pocket mono-doigt, pendant ma tentative, et j'ai une coupure profonde. Impossible de réessayer... Alors, je décide de prendre deux jours de repos et de tout faire pour guérir cette blessure le plus rapidement possible". Le 19 mars 2024, il retourne à la falaise après deux jours de repos. "Ma motivation est à son comble ; j'ai hâte de m'attaquer à la voie. Ma peau s'est plus ou moins refermée, mais je sens qu'elle ne tiendra pas longtemps. Avant ma tentative, je décide de mettre de la forte colle sur ma peau pour protéger la blessure et éviter qu'elle ne se rouvre plus tard. J'ai des papillons dans le ventre ; je suis stressé. Je sais que c'est possible, mais je vais devoir être bon, me surpasser !" Sa préparation est méticuleuse ; son matériel est installé sur son harnais dans les moindres détails. "Je ne laisse rien au hasard et veille à ce que tout soit optimisé pour mon ascension" Alors qu'il se lance dans la voie, l'atmosphère à la falaise est fantastique. Il grimpe facilement et rapidement les premiers mètres de la voie. "Je me sens bien et fort. Après quelques minutes de grimpe, je suis déjà au dernier repos ; je place le dernier point de protection sur lequel j'ai travaillé depuis longtemps pour l'exécuter aussi bien que possible. Quand je me lance dans la section, je suis déterminé et prêt à tout donner. Les encouragements deviennent de plus en plus forts à mesure que je progresse dans la section difficile et engageante. Je suis au crux maintenant ; je place mon majeur dans cette fameuse pocket et le tord pour qu'il s'adapte le mieux possible. Je sens immédiatement que toute la colle s'en va et que la prise attaque ma chair, mais il n'y a pas de temps pour s'attarder là-dessus. Je lance mon corps vers la gauche et parviens à attraper la prise suivante avec juste le bouts de mes doigts. Et c'est là que la vraie bataille commence. Je sais exactement ce que je dois faire ; je suis précis dans mes mouvements, mais je suis en agonie ; à chaque mouvement, je dois me battre. Mes amis en bas me poussent littéralement avec leurs encouragements ! Maintenant, je dois rester concentré, même si je sais que c'est gagné. Je fais les derniers mouvements en criant de joie ! Je l'ai fait! Le soulagement et le plaisir d'arriver au sommet de cette magnifique ligne m'envahissent ." La Cotation : Après avoir évalué chaque section de la voie, il a conclu que Bon Voyage mérite pleinement sa cotation de 9a. La combinaison de mouvements techniques, de sections engagées et du caractère traditionnel de la voie en font un défi unique et exigeant. "Voici ce que j'ai pensé des sections et mis sur Dark Grader : 8a+ (itinéraire) - Repos moyen - 7A+ - Repos moyen - 7C+ - Pas de repos - 7A ⇒ 9a N'ayant aucune expérience en E-grade, je peux me prononcer sur ce sujet, mais j'ai trouvé que l'aspect engageant et dangereux était vraiment présent dans la démarche." "Bon Voyage 2057" : une vision futuriste de l'escalade La vidéo "Bon Voyage 2057" , réalisé par Miguel de Kayoo TV et Seb Berthe , imagine un futur où l’escalade extérieure est interdite. Ce scénario dystopique pousse à réfléchir sur l'évolution du sport, entre restrictions croissantes et domination de l'indoor. 💬 : Seb Berthe 📷 : Soline Kentzel 🗞 : GrimpActu.
- Stefano Ghisolfi revient sur sa performance dans "The Full Journey" (9b) à Margalef
Stefano Ghisolfi, l’un des meilleurs grimpeurs de la scène internationale, continue d’affirmer son statut d’élite en réalisant "The Full Journey" (9b) à Margalef. Cette ascension représente une étape clé dans son ambitieux projet : enchaîner quatre voies de cette cotation en Espagne au cours d’un seul et même trip. Avec une approche méthodique et une endurance mentale hors pair, Stefano a dû jongler entre plusieurs challenge : des conditions difficiles, des coupures aux doigts et une gestion optimale de l’énergie sur des voies exigeantes. Son récit détaillé nous plonge dans les coulisses d’un exploit qui repousse encore une fois les limites de la discipline. Comment a-t-il abordé cette voie redoutable ? Quels ont été les moments clés de sa progression ? Nous revenons ici sur son expérience, ses réflexions et les enseignements qu’il en tire pour la suite de son voyage. Un projet ambitieux : réussir quatre 9b en Espagne Dès le départ, Stefano Ghisolfi s’était fixé un objectif colossal : "J'ai commencé ce voyage avec un objectif en tête : grimper quatre voies en 9b en Espagne. Mon idée était d'essayer : The Full Journey, Sleeping Lion, Neanderthal et Fight or Flight, toutes en 9b, toutes situées dans des falaises différentes et avec des styles variés. " Le combat dans "The Full Journey" Stefano a débuté son challenge avec "The Journey", la première section de "The Full Journey" : "J’ai commencé par The Journey. La première partie est en 9a+ et devient ensuite 9b, alors je me suis dit que je pouvais faire le 9a+ rapidement pour ensuite me concentrer sur le 9b, tout en essayant Sleeping Lion certains jours. Mais j’ai eu des problèmes avec des coupures sur mes doigts sur The Journey, et la progression a été lente. Il m’a fallu quatre jours pour passer le premier crux, mais ensuite, je n’ai cessé de tomber juste avant l’ancrage du 9a+. Entre-temps, j’ai aussi étudié la seconde partie de la voie : à chaque essai, je continuais et travaillais la section finale pour accélérer un peu le processus. J’ai alors commencé à réaliser que j’étais plus à l’aise sur la partie en 9b que sur le 9a+. Je me suis dit que si j’arrivais à enchaîner le 9a+, je pouvais continuer et tenter ma chance sur l’ensemble de la voie." La persévérance paye À partir du huitième jour, la pression monte. Il chute trois fois d’affilée avant le relais du 9a+. Le neuvième jour, il tombe encore deux fois avant d’enfin réussir à passer cette étape cruciale à sa troisième tentative. "Au bout du huitième jour, je suis tombé trois fois juste avant l’ancrage du 9a+.Lors de mon neuvième jour, je suis encore tombé deux fois. Mais à ma troisième tentative, j’ai enfin réussi à passer et à clipper la chaîne du 9a+. Je me suis reposé quelques minutes sur le bac du sommet, puis j’ai continué pour tenter d’enchaîner toute la voie. Je me suis beaucoup donné, j’ai réussi à passer le crux et, finalement, j’ai grimpé The Full Journey, mon premier 9b de ce trip." @sara_grip Analyse de la voie "La première section du 9a+ est continue, sans repos. Le crux se trouve au milieu, avec un mono que j’ai essayé de prendre à deux doigts, mais je n’y suis pas parvenu. Après cela, la voie reste difficile, et je suis tombé plusieurs fois juste avant le relais. Le crux du haut, dans la partie en 9b, est un peu plus court, mais il m’a semblé plus facile que celui du bas. Au relais du 9a+, il y a un bon bac pour se reposer." La stratégie multi-projets Ghisolfi défend l’intérêt de travailler plusieurs voies simultanément. Ce choix lui permet d’alterner les styles, de ménager sa peau et de récupérer ses muscles sollicités différemment. "Je pense qu’il y a plusieurs avantages à essayer plusieurs voies à la fois. On peut changer de style, récupérer la peau et les muscles sollicités sur une voie en en essayant une autre, et on se repose aussi plus entre deux essais sur la même ligne. L’inconvénient, c’est que cela demande beaucoup de temps, et il faut être capable de changer de focus et accepter le risque de ne rien enchaîner. Il y a beaucoup de projets que j’aimerais essayer, mais je ne veux pas me focaliser sur une voie qui pourrait me prendre tout le voyage, comme un 9b+ ou un 9c. Pour moi, 9b est déjà un défi énorme, et en combiner quatre dans le même trip est encore plus difficile. C’est ça qui m’a motivé." ✔ Varier les styles et éviter la lassitude ✔ Préserver la peau et récupérer musculairement ✔ Maximiser ses chances de réussite Un entraînement basé sur l’expérience Plutôt que de suivre un plan d’entraînement strict, Ghisolfi préfère une approche plus intuitive. Il s’entraîne en salle une fois par semaine pour entretenir sa force, puis consacre le reste du temps à ses projets en falaise. "Alterner entre les voies m’a aidé à récupérer, mais je n’ai pas de plan précis, ni de régime spécifique, ni même d’entraînement structuré. Je m’entraîne en salle une fois par semaine pour maintenir ma force, puis je grimpe plus souvent sur mes projets au début, en me reposant davantage à mesure que je me rapproche de l’enchaînement. Chaque voie est une expérience différente, parfois une surprise même pour moi. Parfois, je suis plus nerveux, mais j’apprends toujours quelque chose de nouveau qui m’aide pour mes futurs projets. Chaque voie me donne de l’expérience pour la suivante. J’aime le style de Margalef, mais j’adore aussi changer d’endroit et de style, passant de voies courtes comme Excalibur à des lignes très longues comme La Rambla ou Change. En général, je suis meilleur sur les voies d’endurance, mais j’apprécie aussi le bloc et les mouvements puissants. J’aime Margalef, mais parfois, c’est trop douloureux pour les doigts." Et après ? Avec "The Full Journey" en poche, Ghisolfi a encore trois 9b à conquérir pour atteindre son objectif initial. Réussira-t-il à compléter ce projet exceptionnel ? Une chose est sûre, son mental et sa ténacité sont à la hauteur du challenge. Affaire à suivre ! @sara_grip 📷 : Sara_grip 💭 : Stefano Ghisolfi ✍️ : GrimpActu
- Objectif Verdon : Un voyage initiatique et de dépassement
En février 2023, cinq jeunes filles ont relevé un défi audacieux : devenir des grimpeuses autonomes en grande voie. Sous la houlette inspirée d'Elsa Coletta, elles ont entrepris un périple aventureux jusqu'aux majestueuses gorges du Verdon, falaises majeures de l'escalade en France. Leur histoire, mêlant bravoure, persévérance et dépassement de soi, est un récit captivant d'apprentissage et de découverte. "En creusant un petit peu, leur idée c’était de grimper toutes les semaines durant l’hiver et le printemps pour pouvoir être autonomes et profiter des falaises en été." Pour Elsa Coletta, monitrice d'escalade , cette aventure a débuté autour d'un verre, alors que ses amies évoquaient leur désir de se lancer dans l'escalade. Ravie de partager sa passion et de guider ces débutantes, Elsa a saisi l'opportunité de les initier aux falaises et à l'essence même de l'escalade. "En rentrant à la maison, j’ai réfléchis à un objectif qui pourrait être commun et qui pourrait les motiver encore plus dans leurs entraînements. Ducoup tout en réfléchissant, je pensais à mon propre parcours de grimpeuse et tout de suite j’ai eu ce flash back de ma première fois au Verdon. C’était clair, fallait leur mettre un objectif Verdon pour le printemps." C'était une ambition commune, un défi stimulant qui a galvanisé leur détermination. Malgré leurs niveaux de départ modestes, les jeunes filles se sont investies dans un entraînement intense, bravant les premières grandes voies et assimilant les compétences nécessaires à leur autonomie. "Un long processus qu’il fallait arriver à gérer en peu de temps. On avait bloquer la date de début juin pour le Verdon et il fallait tout apprendre : à mettre un baudrier pour Lucile qui commençait à peine, et puis à évoluer dehors pour les autres, à grimper en tête, toutes les manipes de grande voie jusqu’à l’autonomie complète…" Quatre mois plus tard, le rendez-vous tant attendu au Verdon était arrivé. Un mélange palpable d'excitation et d'appréhension habitait le groupe. Au cœur de l'équipe se trouvaient également Nick, le compagnon d'Elsa, qui capturerait chaque instant de cette épopée, et Gilles, le père d'Elsa, prêt à soutenir Nick dans cette aventure. Pendant trois jours palpitants, Elsa a observé avec émotion ses acolytes évoluer sur les parois vertigineuses, affrontant leurs peurs et révélant leurs forces cachées. Ce n'était pas une quête de performance, mais une exploration de soi, ponctuée de cris, de rires et de moments d'émotion pure. Les voies étaient exigeantes, mais la beauté du Verdon offrait une expérience d'immersion dans la verticalité. "Les filles se sont senties vivantes comme jamais, et elles étaient fières d’elles, de ce qu’elles avaient accompli en 4 mois." Les témoignages des filles reflètent l'intensité de cette aventure. Pour Lucile, novice en escalade, c'était une expérience à la fois terrifiante et enrichissante, révélant les capacités insoupçonnées du corps et du cœur. "On imagine pas ce que ça peut faire d’avoir le corps suspendue par une corde au dessus de 250m de vide. On imagine pas non plus ce que le corps est capable d’accomplir, et tout ce que le cœur peut ressentir. Sportivement et humainement reconnaissante " Laurane, confrontée à des défis inattendus sous les assauts de la pluie et de la peur, tire des leçons précieuses sur ses propres limites et la nécessité de rester calme et positif face à l'adversité. "J’ai les mains moites, les prises glissent, la corde tire à mort, j’ai du mal à déclipper et je déteste avoir seulement une main accrochée à la paroi, je me sens super vulnérable sur ces petits pieds patinés et tout ce vide en dessous de moi. J’arrive tant bien que mal à declipper la troisième dégaine, mais je ne trouve pas le courage nécessaire de lâcher une deuxième fois ma main pour la récupérer." Leur voyage, empreint de courage et de camaraderie, restera gravé dans leur mémoire comme une expérience initiatique, révélant les profondeurs insoupçonnées de leur force intérieure et de leur capacité à relever les défis. Retrouve l'aventure "Objectif Verdon" en vidéo :
- Cap sur El Cap : Une Odyssée de Grimpeurs à ne pas manquer !
La communauté des grimpeurs et des passionnés d'aventure peut se réjouir, car un nouveau film promet de captiver les esprits et d'inspirer les âmes en quête de défis épiques. "Cap sur El Cap" sera disponible en VOD à partir du jeudi 21 mars à 18h, et il est sûr de transporter les spectateurs dans une aventure aussi audacieuse que passionnante. Au cœur de cette histoire palpitante se trouve Seb Berthe, un grimpeur dont le rêve est de s'attaquer au Dawn Wall. Ce qui distingue son aventure des autres, c'est son refus catégorique de prendre l'avion pour se rendre aux États-Unis. Au lieu de cela, Seb décide de suivre un chemin moins conventionnel, formant ainsi une équipe hétéroclite composée de 6 grimpeurs, 2 marins et même un chien, avec pour objectif de rejoindre les Amériques à la voile. L'histoire prend alors une tournure aussi inattendue que captivante. À travers l'expérience de la voile à travers l'Atlantique, puis à bord d'un véhicule tout aussi improbable au Mexique, l'équipe se découvre peu à peu. Le voyage devient alors bien plus qu'une simple traversée géographique, il devient une exploration des liens humains, de l'entraide et de la persévérance. Arrivés au pied d'El Capitan, le célèbre monolithe, l'équipe se mobilise pour soutenir Seb dans son ascension hors norme du Dawn Wall. Ce qui aurait pu être un exploit individuel se transforme alors en une véritable ascension collective, où chacun trouve la force et le courage de relever ses propres défis. Ce qui rend "Cap sur El Cap" si remarquable, c'est l'engagement et l'authenticité d'une équipe qui, au départ, ne se connaissait que très peu. Le film rappelle les premiers récits épiques de l'exploration verticale, où chaque instant est chargé d'émotion, de suspense et de camaraderie. À travers des paysages à couper le souffle, des moments de tension palpable et des instants de pure camaraderie, "Cap sur El Cap" nous rappelle que les plus grandes aventures naissent souvent là où on ne les attend pas. Alors, préparez-vous à embarquer pour un voyage inoubliable, où les limites sont repoussées et les rêves deviennent réalité, dans un film qui restera surement gravé dans les mémoires. https://captainsonelcap.com/ 💬 : Seb Berthe 📷 : Julia Cassou 🗞 : GrimpActu.
- Loïc Debry : De l’Afrique à La Picharête une Aventure entre Vélo et Escalade
Tout commence par le rêve d’enfance de ma copine Sophie Berthe : parcourir le monde à vélo, en commençant par l’Afrique. Quand elle m’en parle pour la première fois, nous sommes dans notre appartement en Belgique. À ce moment-là, pour moi, c’était hors de question de me lancer dans un projet pareil. Je m’appelle Loïc, j’ai 28 ans, et je grimpe depuis 20 ans. L’Afrique à vélo ? Ce n’était pas du tout dans mes projets. Déjà, je n’aime pas le vélo. Moi, je veux juste grimper. Grimper, c’est ma vie, et je n’ai aucune intention de mettre mon sport favori de côté pendant un an. Mais Sophie a de la patience. À force de me montrer des photos et de me faire rêver, je commence doucement à céder. Il faut dire que l’objectif final en Afrique du Sud a fini par me convaincre : Rocklands ! Un rêve de voyage : l'Afrique à vélo En septembre 2022, nous démarrons du Caire pour l’aventure d’une vie. Les 2000 premiers kilomètres défilent sans qu’on croise un seul caillou digne de ce nom. En revanche, les aventures sont au rendez-vous. Les premiers rochers apparaissent enfin en plein désert soudanais, près d’un site pyramidal. Au petit matin, nous grimpons sur quelques blocs avec les pyramides en arrière-plan. Un moment magique, mais éphémère : dès 10 h, il fait déjà 40 degrés, mes pieds gonflés ne rentrent plus dans mes chaussons neufs, et le rocher noir devient brûlant ! Nous sommes forcés de remonter sur nos vélos pour fuir la chaleur écrasante. Le premier site d’escalade digne de ce nom que nous croisons se trouve dans le sud-ouest du Kenya : un petit village niché dans la jungle, entouré de blocs de granite orange. Là, je découvre un bloc que j’ai nommé "La Bouboule belge", un magnifique bloc en équilibre qui rappelle le Bilboquet de Fontainebleau. J’ai eu la chance d’en réaliser la première ascension. C’est de loin le plus beau bloc que nous ayons découvert en Afrique pour le moment, et c’était un plaisir de retrouver de telles sensations malgré l’humidité et la chaleur. Notre route nous emmène ensuite à travers l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie, la Zambie et le Botswana. Nous ne prenons malheureusement pas vraiment le temps de sortir des gros axes routiers pour trouver des sites d’escalade. C’est en Namibie que nous avons l’occasion de re-grimper. Nous faisons un arrêt au Spitzkoppe : un site majestueux qui offre des secteurs de bloc incroyables au pied d’une immense tour granitique. Grimper là-bas, avec le vent qui s’amuse à emporter nos mini-crashpads, reste une des expériences les plus marquantes du voyage. Rocklands : le paradis du bloc en Afrique du Sud Finalement, début août 2023, nous arrivons à Rocklands, en Afrique du Sud. Nous décidons d’y rester un mois et demi. Mais la reprise est rude : les muscles du haut du corps ont méchamment fondu suite aux 12 000 km de vélo depuis le Caire. Tout au long du voyage, j’ai essayé d’entretenir un peu la force de mes doigts et de mes bras, en faisant de temps en temps des exercices sur la petite poutre portative que nous avions embarquée. Malgré ça, je me sens très faible sur le rocher. L’endroit est magnifique et c’est une récompense incroyable de pouvoir profiter d’un endroit comme celui-ci après un an de vélo. Les premiers jours passent et la sensation de faiblesse s’estompe étonnamment vite. En moins d’une semaine, je ré-enchaîne mon premier 8a ! Peut-être que les cotations un peu gentilles de Rocklands y sont pour quelque chose, mais je suis tout de même ravi ! Cela fait maintenant bientôt un mois que nous sommes à Rocklands et mon niveau a explosé ! Jamais je n’avais pensé reprendre du niveau aussi vite. Hélas, une mauvaise chute sur un bloc haut met fin à mes progrès. Je tombe la jambe tendue sur un pad trop mou et ma jambe tente de se plier dans le mauvais sens. Je ne le sais pas encore, mais c’est une rupture partielle des ligaments croisés. Sur le moment, je minimise la gravité de la blessure. Les services hospitaliers locaux étant limités, je décide d’attendre, et de voir comment mon genou évolue. Dix jours plus tard, je peux terminer les 200 kilomètres qui me séparent du Cap. Pousser vers le bas sur les pédales ne me fait heureusement pas trop mal. C’est en rentrant en Belgique en octobre 2023 que le diagnostic tombe. J’en ai pour 5 mois pour une rémission complète. Pour moi, c’est la déconfiture. Je pensais reprendre l’escalade à fond à notre retour. Cela va devoir attendre. La frustration est d’autant plus grande que nous avons décidé d’aller habiter à Fontainebleau pour nous rapprocher des rochers. Nous y pensions déjà avant de partir, mais l’idée s'est concrétisée pendant le voyage. Fontainebleau : entre rémission et nouveaux projets En janvier 2024, nous sommes enfin installés à Fontainebleau. Par souci écologique, et aussi un peu par culpabilité face à l’impact environnemental de nos déplacements en avion l’année précédente, nous nous déplaçons uniquement à vélo. Mon objectif de rémission est clair : ré-enchaîner un 8a bellifontain. À moins de 5 km à vélo de notre nouvelle maison se trouve le bloc parfait : un 8a en traversée ascendante vers la droite qui sollicite peu ma jambe droite encore fragile. Je réussis le bloc en seulement deux séances ! Motivé comme jamais, je m’intéresse alors au départ assis de ce bloc, appelé “La Picharête”, un 8c récemment ouvert par Nicolas Pelorson. L’un des avantages de ce bloc est que les chutes ne sont pas très hautes, ce qui me permet de travailler les mouvements malgré mon genou encore douloureux. J’y retourne régulièrement. Malgré le temps passé sur le bloc cet hiver-là, plusieurs mouvements me résistent encore. En février 2024, mon genou est enfin guéri ! Pendant les mois qui suivent, je sillonne la forêt de Fontainebleau à vélo avec une énergie débordante. Je parviens à enchaîner plus d’une quarantaine de blocs dans le 8e degré, dont mon premier 8b+, suivi de quatre autres dans la même cotation ! À la fin de 2024, je retourne sur La Picharête. Cette fois, je suis prêt. Avec l’aide d’autres grimpeurs rencontrés sur place, je peaufine mes méthodes et réussis enfin tous les mouvements, ainsi que de belles sections. Au fil des séances, je progresse toujours un peu plus loin dans le bloc. Je tombe même quatre fois sur le dernier mouvement. L’enchaînement est tout proche. Mi-janvier 2025, je m’assieds une énième fois au pied de La Picharête. Je m’élance, concentré, et cette fois, je me rétablis au sommet du bloc ! Quelle incroyable façon de commencer l’année. Mon premier 8c bloc ! Je repense à notre départ du Caire, il y a maintenant plus de deux ans… J’ai l’impression que c’était hier. Déménager à Fontainebleau avec Sophie reste l’un des meilleurs choix de ma vie. Je suis immensément heureux de vivre si proche de la forêt et de ses rochers. Je tiens particulièrement à la remercier pour m’avoir entraîné dans cette aventure titanesque à travers l’Afrique et pour partager avec moi cette vie extraordinaire à Fontainebleau. ✏️ Loïc Debry 📸 Sophie Berthe 📰 GrimpActu
- Laura Pineau : Première ascension féminine du Toit, une voie historique
Laura Pineau , la grimpeuse que l’on commence à peine à découvrir mais qui s'impose déjà comme une référence incontournable dans l’univers de l’escalade en fissure, continue de repousser les limites. Après avoir marqué les esprits avec des ascensions exceptionnelles en deep-water solo à Toulon et des premières réalisations en trad dans des voies mythiques comme "Greenspit" en Italie, elle vient de réaliser une performance qui va définitivement entrer dans l’histoire de l’escalade : la première ascension féminine du Toit du Baou, un des plus beaux cracks de Toulon, et une voie de légende ouverte en 1981 par Patrick Edlinger. Ce toit, classé parmi les premières voies 7c+ du monde, n’avait été grimpé par que quelques rares hommes depuis. Ce nouvel exploit confirme que Laura est bel et bien une grimpeuse hors-norme, capable de combiner technique, engagement et endurance dans des styles aussi variés que la fissure, le big wall ou encore le deep-water solo. Nous avons eu l’opportunité de la rencontrer pour une interview exclusive dans laquelle elle revient sur cette ascension mythique, ses projets à venir et sa vision de l’escalade, qui la place à la croisée des chemins entre performance et exploration. Laura, félicitations pour ta première ascension féminine du Toit ! Pour commencer, peux-tu te présenter brièvement pour nos lecteurs et nous parler de ton parcours en escalade ? Je m’appelle Laura Pineau, j’ai 24 ans et j’ai grandi à Toulon dans le Sud de la France. Je découvre l’escalade à 17 ans à San Peyre où se trouve la grotte que l’on voit au début du film « La Vie Au Bout Des Doigts » de Patrick Edlinger. Après cet été à San Peyre et cette première expérience en deep water solo, je me suis inscrite dans une salle de bloc pour continuer à progresser et devenir plus forte. J’ai fait mes études aux États-Unis pendant quatre ans et c’est là-bas que j'ai découvert l’escalade en fissure. Un nouveau monde s’ouvre à moi et je suis à nouveau une débutante de la discipline. C’est en prenant peu à peu confiance dans les coinceurs et en faisant beaucoup de chutes dessus que je me suis mise à tester mes limites et à voir jusqu’où je pouvais aller. Peux-tu également nous parler des ascensions majeures que tu as déjà réalisées ? Je pense particulièrement à trois différentes ascensions qui ont été des tournants dans mon escalade: La première ascension féminine du toit de San Peyre (Toulon) en 2021 où la grimpe se fait à l’horizontal à 13 mètres de haut. Il faut réussir à garder son calme jusqu’à la fin car la sortie de ce 8a se fait à plus de 20 mètres au-dessus de l’eau. La seconde ascension que j’ai préparée pendant six mois m’a permis d’enchaîner Free Rider (7c+ / El Capitan, Yosemite) ce qui représente 1,000 mètres d’escalade sur 7 jours. Cela a été mon premier vrai Big Wall avec le hissage de sacs de plus de 150 kilos. Enchaîner un 7c+ en couenne lorsqu’on est frais peut se faire en une journée mais le faire après 3 jours de grimpe intense et physique est une toute autre histoire. Grimper sur El Capitan, cette falaise majeure et mythique, a été une expérience tellement forte et unique que je n’ai plus qu’une envie, c’est d’y retourner. Enfin, faire la 2ème répétition de Greenspit (8b/+ - Valle Dell Orco Italie), qui a été pendant longtemps la fissure la plus difficile d’Europe, m’a confortée dans ma passion de l’escalade en fissure. Je sais maintenant que je veux continuer à progresser dans ce domaine là. @Emile Pino Tu es maintenant reconnue pour tes prouesses en escalade de fissure d'où cela vient il ? Brittany Goris, une grimpeuse professionnelle américaine a cru en moi et m’a appris tout ce qu’elle savait des fissures. Avoir le bon mentor en escalade traditionnelle est essentiel pour acquérir de solides bases et maîtriser sa peur. Je dois également avouer qu’il faut accepter d’avoir mal aux mains et aux pieds lors de ses premières séances en fissure et qu’avec le temps et la pratique, ces douleurs finissent par disparaître. L’escalade en fissure demande un investissement à 200% du corps et de l’esprit et c’est ce qui fait la beauté de ce type d’escalade. Peux-tu nous détailler la voie, les sections les plus difficiles et la façon dont tu les as abordées mentalement ? Est-ce que certaines étapes t’ont demandé de sortir de ta zone de confort ? J’ai essayé pour la première fois le Toit du Baou (Toulon) en janvier 2024 en revenant d’un voyage au Yosemite. J’étais curieuse de savoir si mon expérience des fissures me permettrait d’enchaîner cette voie mythique. Pendant 4 séances intenses et douloureuses et malgré les méthodes que j’avais trouvées, je n’arrivais pas à tenir assez longtemps dans ces coincements de mains fuyant. Je suis ensuite passée à d’autres projets car ce toit ne fait que 6 mètres de long et ce n’est pas toujours motivant de grimper si peu pendant une séance en falaise. J’y suis retournée en janvier 2025 pendant une journée où il y avait énormément de vent et j’ai réussi à passer le crux quatre fois, mais sans réussir la voie. J’ai alors compris que c’était possible et que je n’étais pas si loin de pouvoir la faire. Le crux de cette voie est un bi-doigt tranchant qu’il faut tenir assez longtemps en blocage pour ensuite aller en dynamique dans une coincement de main fuyant. Ce mouvement a été sans aucun doute le plus dur physiquement pour moi. Les gants de fissure ont été essentiels pour cette voie car notre calcaire toulonnais n’est pas forcément le plus agréable concernant les coincements. Samedi dernier, le 18 Janvier 2025, j’ai réussi à enchaîner la voie lors de mon premier essai en me mettant dans un état d’esprit de guerrière et en mobilisant toute ma détermination. La première ascension féminine d’une voie mythique, cela représente-t-il une forme de pression supplémentaire, ou au contraire, te motive-t-il encore plus ? Réussir ce projet m’indique seulement que je suis sur la bonne voie et que ma technique en fissure s’améliore. Avoir des projets me pousse continuellement à me confronter à mes limites et à progresser. J’aime ce processus où je pense qu’une voie est peut être impossible pour moi aux premières montées jusqu’au moment où la magie s’opère lors de l’enchainement. Penses tu que les femmes dans l’escalade sont suffisamment représentées dans les voies historiques, notamment dans les projets comme ceux que tu réalises ? Je ne peux pas nier le fait que l’on voit peu de films montrant les grimpeuses qui se lancent des challenges aussi ambitieux que ceux des hommes (sur le plan physique et mental). Il y a pourtant tellement de grimpeuses et de femmes vidéastes très inspirantes qui mènent de beaux projets qui mériteraient d’être partagés et filmés. Dans les années à venir, un de mes objectifs est d’apporter ma pierre à l’édifice et de mettre aussi en lumière les projets de grimpeuses au travers des films. Le Toit a été la première 7c+ de Patrick Edlinger. Quel rôle ce genre de symboles joue-t-il dans ta perception de l’escalade, et comment ces références influencent elles ta manière d’aborder les projets ? Patrick Edlinger est notre héros local à Toulon et la majorité des grimpeurs dans le sud ont entendu parler de celui qui a fait découvrir l’escalade au grand public en France. Depuis que j’ai commencé à grimper en falaise à Toulon, j’ai essayé de faire toutes les voies qu’il a équipées, elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Son escalade était une danse verticale qui, j’espère, inspire encore les nouvelles générations et je recommande à tout grimpeur de regarder sur YouTube ces deux vidéos: « La Vie Au Bout Des Doigts » et « Opéra Vertical » . On te connaît pour ton approche extrêmement réfléchie de l’escalade, notamment en trad. Pour toi, quel est le prochain projet que tu aimerais relever pour repousser encore plus loin tes limites ? Mon prochain défi se passera en juin 2025 au Yosemite et sera sans aucun doute un des défis les plus difficiles et dangereux que je me sois lancé. Je ne préfère pour l’instant pas en dire plus et il vous faudra suivre la suite de mes aventures. En tant que grimpeuse engagée dans des voies mythiques, que dirais tu à toutes ces jeunes femmes qui rêvent de suivre tes traces ? Quel conseil leur donnerais tu pour qu’elles se sentent prêtes à relever leurs propres projets ? Je vous dirais de foncer, de croire en vous, d’être déterminées, de rencontrer et de vous entourer de personnes qui ont ce même feu intérieur et de tout mettre en oeuvre pour réaliser vos rêves! Accomplissez vos rêves et vos projets quelque soit le temps que cela demande (mois, années) car quand vous réussirez, c’est la promesse de vivre des moments intenses et inoubliables. Mon prochain rêve me fait très peur mais je sais qu’avec du travail, beaucoup d’entraînement, une bonne analyse de la sécurité et une partenaire de confiance, nous pouvons réussir. 💭 : @Laura Pineau 📸 : @fever-raw 🗞️ : @GrimpActu
- Escalade : exercices avec élastiques en cas de lésion de poulie
Toutes les blessures aux doigts ne se valent pas, avant de vous lancer dans ces exercices je vous conseille donc d’en parler à un professionnel de santé qui pourra valider qu’ils sont adaptés pour vous. Dans le cas d’une blessure au doigt il est encore possible de faire des exercices pour limiter la perte musculaire dans les membres supérieurs ! Le but de cet article est de vous présenter différents exercices avec des bandes élastiques et surtout de vous montrer comment adapter la manière de les tenir. Tout d’abord, voici donc trois manières de tenir un élastique en fonction de l’exercice visé et afin de ne pas avoir besoin de crisper les doigts. En effet, dans le cas d’une lésion de poulie nous allons surtout chercher à éviter de solliciter de manière importante les muscles fléchisseurs des doigts avant de le reprendre progressivement une fois la première phase de cicatrisation passée. Autour du poignet Dans le plat de la main sans serrer les doigts À la face dorsale de la main, le passer de part et d’autre du majeur et de l’annulaire permet de bien le stabiliser À partir de ces préhensions, la liste d’exercices peut être longue. Je vais maintenant vous présenter 5 exercices où l’objectif est de limiter l’effort sur les doigts tout en activant différents muscles des bras ou des épaules. Les exemples qui suivent correspondent à une lésion de poulie de la main gauche, de ce fait la main droite peut saisir l’élastique de manière ferme sur la longueur afin de permettre la bonne résistance selon l’objectif recherché (plus facile en endurance, plus dur en force, explosif etc..). Gardez à l’esprit de maitriser d’abord les mouvements lentement et avec du contrôle pour éviter de crisper les doigts de manière réflèxe. Les séries et répétitions sont donnés à titre d’exemple, ce circuit prend environ 20 minutes en effectuant deux séries avec 3 minutes de repos entre chaque passage. Ouverture du thorax : x15 Avec les paumes de main vers le haut et les pouces tournés vers l’arrière, cherchez à serrer les omoplates en gardant les bras tendus. Triceps dans le dos : x5 par bras Le main du bas est fixe, avec le bras qui est élevé faire des flexions et extensions du coude en essayant de maintenir l’élastique décollé du dos. Pompes : x8 L’élastique est placé au niveau des omoplates. Si vous n’êtes pas capable de le faire en position de planche cet exercice peut aussi être pertinent en faisant des pompes sur les genoux car la résistance est surtout sur la fin du mouvement. Adaptez la résistance pour que les deux dernières répétitions soient difficiles. Tirage de l’omoplate : x8 par bras Placez un genou au sol en ayant une certaine tension dans l’élastique, tirer l’élastique vers le bas sans plier le coude et avec le plus grand mouvement d’omoplate possible. Rotation externe de l’épaule : x5 par bras Activez vos muscles de la coiffe avec cet exercice, il faut amener la main vers l’arrière tout en gardant le coude à hauteur de l’épaule et sans le reculer. Adaptez la résistance pour que toutes les répétitions soient difficiles ! Encore une fois beaucoup d’autres exercices sont possibles avec ces mêmes principes et même avec d’autres types d’élastiques. Libre à votre imagination et selon vos besoins! 📝 : Julien Remillieux 🗞️ : GrimpActu
- L'Aventure hivernale de la Directissime de la pointe Walker
Du jeudi 9 au lundi 13 février 2023, trois alpinistes – Charles Dubouloz , Symon Welfringer , et Clovis Paulin – ont inscrit leur nom dans l’histoire des Grandes Jorasses en réalisant la première répétition hivernale et en libre de la Directissime de la Pointe Walker, une ligne mythique ouverte en 1986 par Patrick Gabarrou et Hervé Bouvard. Alors que la face nord des Jorasses, glaciale et impitoyable, semblait imprenable, les trois alpinistes ont repoussé les limites de l’engagement, défiant le froid extrême et les conditions inhospitalières pour gravir ce sommet légendaire. Une brise glaciale fouette les visages, mordant la peau jusqu'à l'os. Devant eux, l’immense face nord des Grandes Jorasses se dresse comme une forteresse inviolable, ses parois glacées scintillant sous une lumière grise et froide. Les trois aventuriers ajustent leurs crampons et resserrent leurs baudriers. Les premiers pas sur la glace craquent sous leurs poids, chaque mouvement les propulsant dans un voyage d’équilibre, de force et de volonté pure. Une préparation millimétrée En plein mois de février, les Alpes dévoilent leur austérité hivernale. Entre -10 °C et -25 °C, le froid est omniprésent. Charles Dubouloz est un habitué des Grandes Jorasses, souvent préférant bivouaquer sur leurs parois plutôt que de dormir dans son lit. L'équipe consulte Patrick Gabarrou, l’ouvreur de la voie en 1986, pour recueillir chaque détail pertinent sur le parcours. Cet entretien marque un passage de témoin entre générations d’alpinistes. "Cette ligne pourtant assez évidente est longtemps restée dans l'oubli et correspond exactement à l'aventure que nous cherchons à vivre ensemble. Patrick se prend au jeu et nous accompagne avec passion au pied de la face, un moment exceptionnel de partager avec l'ouvreur le tracé de la ligne ainsi que certaines de nos interrogations." Chaque membre de l'équipe apporte une compétence unique : Symon Welfringer, est connu pour ses prouesses techniques, notamment ses ascensions de voies cotées 9a. Clovis Paulin, quant à lui, a troqué la highline pour l'alpinisme, une discipline qui semble lui convenir parfaitement. Tous trois partagent un objectif commun : tracer une ligne droite et élégante à travers cette paroi mythique, en respectant les valeurs de l’alpinisme minimaliste. Entre glace et roche Dès les premières longueurs, le vent gifle les grimpeurs et le froid tente de figer leurs gestes. Pour Clovis Paulin, pour qui c'est la première voie dans cette "congélation" naturelle, est impressionné par la beauté et la difficulté brute des lieux. Ensemble, ils avancent avec une méthode mixte, alternant crampons et piolets sur la glace, puis chaussons d'escalade sur les parois rocheuses lorsque les conditions l'exigent. Pour augmenter les chances de réussite, ils suivent les principes minimalistes des ouvreurs de 1986 : laisser le moins de traces possible et relever le défi de l'escalade libre, sans utiliser les protections pour progresser. Ce style d'escalade exige un niveau de maîtrise extrême, mais aussi une profonde connaissance de la montagne et de ses caprices. "L'escalade de la première longueur nous remet vite dans le bain de la concentration : 10m en chaussons avec des pas sur réglettes teigneux suivis de 20m de mixte complexe, pour moi cette longueur est vraiment à l’image de la voie : au baudard t’as une panoplie énorme de matos et tu vas te servir de tout, même au sein de la même longueur. Suivent cinq jours journées de recherche d'itinéraire, d'engagement, de décisions, de doutes, pas mal de doutes" Les heures défilent dans un mélange de tension et de concentration. Les mouvements sont précis, presque chorégraphiés. Chaque geste, qu'il s'agisse de planter un piolet ou de poser un crampon sur un micro-graton, est mesuré pour économiser les forces et éviter les erreurs. "Etant donné l'absence de matériel tout au long de l'itinéraire (hormis un spit caché quelque part), nous ne sommes jamais certain d'être sur l'itinéraire exact mais tentons de s'en rapprocher au maximum et nous nous laissons aussi porter par notre instinct. Ouverte en plein été, la voie est forcément différente avec les conditions hivernales actuelles. Malgré tout, nous réussissons à passer les difficultés les unes après les autres, le vrai crux survient au troisième jour dans le fameux bastion très raide" Le point culminant Début de solution. Symon se lance sur le granite lisse et progresse de protection en protection, cherchant à sécuriser au mieux dans le rocher compact, sans fissure logique. Relais plein gaz. L’engagement monte d’un cran. « Là le vent se lève, Symon a les chaussons depuis trois ou quatre heures, il remet de la peuf sur les doigts, ce qui signifie chez lui qu’il va envoyer ! On se dit qu’il faut sortir. Symon tente à gauche sous un toit et paf, il se rétablit, s’explose la main en pitonnant et casse le marteau du piolet tellement il tape comme un sourd. Puis il nous dit que ça va le faire. Et là, il part dans la dalle, trouve un bac pour protéger et sort la longueur. » À mesure qu'ils gravissent les mètres, une harmonie silencieuse s’installe entre eux et leur environnement, comme si la montagne les acceptait en son sein. Le sommet Quand les grimpeurs atteignent enfin le sommet, la fatigue laisse place à une euphorie silencieuse. Le souffle court, ils contemplent les sommets environnants, baignés dans une lumière hivernale dorée. Les Alpes, d’une austérité imposante, semblent soudain apaisées sous leurs regards. Chaque membre de l'équipe ressent un profond respect pour ce défi qu'ils viennent de relever ensemble. Leur aventure, bien qu’ancrée dans l’instant, marque une étape essentielle dans leur cheminement. Pour Charles, ce sommet renforce son lien indéfectible avec les Grandes Jorasses. Pour Symon et Clovis, c'est une preuve éclatante de ce que leur génération peut accomplir en honorant les traditions tout en repoussant les limites. "Quand on est là-haut, il n’y a plus que nous, la montagne, et la neige. C’est presque une sorte de méditation." Cette ascension, fidèle à l’esprit des pionniers d'hier, est une preuve que l’alpinisme reste un art de la persévérance et du respect. Ce n'est pas la finalité pour eux mais une étape, une énergie nouvelle pour conquérir d'autres sommets, avec cette même passion qui les a guidés jusqu’ici. Retrouvez la vidéo complète ici : 💭 : Symon Welfringer 📸 : Mathis Dumas 📝 : Théo de GrimpActu.
- CLIPPE Royans-Vercors : Une année de mobilisation
L’an dernier, nous vous présentions le lancement du collectif CLIPPE (Collectif pour le Libre Partage des Parois d’Escalade), une initiative née pour défendre l’accès aux falaises emblématiques du Royans-Vercors face aux interdictions d’escalade. Depuis, l’association a accompli un travail considérable pour rétablir cet accès tout en sensibilisant la communauté des grimpeurs. Dans cet article, nous revenons sur le contexte de ces restrictions, les missions du collectif, et les avancées majeures réalisées au cours de l’année écoulée. Pour ceux qui souhaitent relire notre précédent article et mieux comprendre les origines de CLIPPE, vous pouvez le consulter ici. @ Simon Destombes Contexte : Des interdictions à répétition En 2020, la FFME (Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade) décide de se désengager de la gestion directe des sites naturels après un accident qui a mis en cause sa responsabilité civile. Cette décision a provoqué une série de déconventionnements, laissant les propriétaires privés et les collectivités locales seuls responsables. Conséquence : des sites emblématiques, notamment dans le Royans-Vercors, comme l’Auberge Espagnole ou la Taupinière, se sont retrouvés inaccessibles, suscitant frustration et inquiétude dans la communauté des grimpeurs. CLIPPE : Un collectif né de la mobilisation locale Face à cette situation, un groupe de grimpeurs passionnés s’organise et fonde CLIPPE (Collectif pour le Libre Partage des Parois d’Escalade). Fonctionnant de manière collégiale, sans dirigeants, l’association poursuit un objectif clair : Rétablir un accès légal et sécurisé aux falaises du Royans-Vercors tout en défendant un usage libre et gratuit pour tous. Pour y parvenir, CLIPPE s’appuie sur des conventions avec les propriétaires, les collectivités locales, et des partenaires tels que la FFCAM (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne). Ce travail inclut également une forte implication des grimpeurs pour surveiller et entretenir les sites. Les avancées de CLIPPE : Une année de progrès Malgré les défis, 2024 a marqué plusieurs étapes importantes pour l’association : Réouvertures réussies : La Presqu’île (secteurs bas et haut) : Les conventions sont désormais signées, et l’escalade y est à nouveau autorisée. La Grotte de l’Ours : Réouverture officielle, avec un accès conforme aux indications du topo. Travail en cours sur d’autres sites : L’Auberge Espagnole : Les démarches de conventionnement sont en bonne voie. La Taupinière : Toujours interdite, mais des évolutions sont espérées pour la saison prochaine. Sites où l’accès reste problématique : Les secteurs en haut du vallon de Tamée (Côté Court, Pas de l’Escalier, Plage) et les Grands Goulets sont toujours interdits en raison de blocages avec les propriétaires. Amélioration des infrastructures : Parking de la centrale hydroélectrique de Tamée : CLIPPE a œuvré pour pérenniser l’accès à ce parking crucial, malgré des frais de dossier réclamés par EDF. L’association rappelle l’importance de respecter les lieux pour préserver une bonne entente avec les riverains. Veille, sécurité et sensibilisation Au-delà de la réouverture des sites, CLIPPE s’implique dans la sécurité et l’entretien des falaises. Une journée de veille a été organisée à la Presqu’île en juin 2024 : Améliorations apportées : Réhabilitation du chemin d’accès, identification des équipements vieillissants. Suivi continu : Les observations ont été transmises au COPIL (Comité de pilotage des falaises de la Drôme), qui assure le lien avec le département. L’Importance du soutien : Une mobilisation collective Les actions de CLIPPE, bien que portées par des bénévoles, impliquent des coûts importants. L’assurance annuelle de l’association dépasse les 1 000 €, et l’adhésion des pratiquants est cruciale pour poursuivre les efforts. Comment soutenir CLIPPE ? Adhérez via le lien HelloAsso : Lien d'adhésion CLIPPE (cotisations de 10 à 30 €). Participez aux actions de sensibilisation et de veille. Un engagement à long terme Malgré les obstacles, CLIPPE continue de progresser. La réouverture de la Presqu’île et les avancées pour l’Auberge Espagnole témoignent de la détermination de ses membres. Pour que chacun puisse profiter pleinement des falaises du Royans-Vercors, l’association rappelle l’importance d’un respect mutuel entre grimpeurs, riverains, et collectivités. Grâce au soutien de la communauté, CLIPPE espère rétablir davantage d’accès et renforcer la pratique de l’escalade dans une région qui lui est chère. @Simon Destombes
- La BRCT à la découverte des trésors d’Alibaba
En ce début d’automne, la Belgian Rock Climbing Team (BRCT) s’est lancée dans une belle aventure : siéger dans Alibaba, une grande voie déversante de 250m, de huit longueurs en 8a+ max. De l’escalade physique sur colonnettes, une continuité d’intensité, de la verticalité à vous faire tourner la tête, un cadre tout aussi beau qu’isolé, et six grimpeurs prêt à siéger des jours durant jusqu’à ce qu’enchainement (ou mort) s’en suive, que demander de plus ? La BRCT c’est une nouvelle équipe de haut niveau consacré à l’escalade outdoor, ayant vu le jour en Belgique il y a maintenant un an sous l’initiative du Club Alpin Belge. Regroupant des grimpeurs aux profils, qualités, et objectifs très variés, l’objectif de la team est de stimuler les performances individuelles et porter l’esprit d’équipe en escalade à un autre niveau. En d’autres mots, réussir à travailler ensemble et mettre en commun les aptitudes de chacun pour tirer le groupe vers le haut. Après un premier trip de bloc dans le Tessin au printemps dernier, le team s’est cette fois-ci rassemblée pour un tout autre objectif : vivre, grimper, et se pousser (vers le haut) dans une grande voie renommée durant 6 jours. Après avoir traversé la France (Bruxelles-Nice) en train pour certain, et transporté deux haulbags et un portaledge en stop pour d’autres – car oui les valeurs et le style c’est très important - , nos six grimpeurs belges se retrouvent sur le parking d’Aiglun (Alpes Maritimes) à checker et répartir le matos. Au rendez-vous : Eline Le Ménestrel, Sven Lempereur, Thomas Salakenos, Florian Gourgue, David Leduc et Pablo Recourt. La mission du jour est plutôt simple mais pas moins aisée : amener le matos, l’eau, les six jours de vivres pour six (ça fait beaucoup de nourriture) jusqu’au pied de la voie où nous installeront un camp de base. Sur place, aucun accès à l’eau. C’est donc avec lourdeur que l’équipe se farcit les aller-retours dans cette approche technique de 2h, à coup de sentiers escarpés, de cordes fixes infinies, et de pierriers épuisants. Le plan d’attaque pour Alibaba est simple : équiper la voie de cordes statiques et de deux camps suspendus (au R3 et R6) afin de faciliter le travail de la voie. C’est ainsi qu’en cette fin de première journée Eline et David contournent la montagne et accèdent au sommet, afin de pouvoir fixer les cordes statiques et travailler les dernières longueurs dès le lendemain. Au premier jour de grimpe, la cordée Florian et Pablo attaque l’autre côté de la voie, en se lançant dans un push de trois jours. Objectifs : décrypter, travailler et enchainer les longueurs une à une sans redescendre au sol. Alors que les deux cordées progressent dans le début et la fin de la voie respectivement, notre bloqueur Thomas explore alors les deux premières longueurs afin de se familiariser avec le style, les techniques de grande voie, et le vide, dans une optique de push plus tard dans la semaine. Sven, quant à lui se repose, car il prépare un gros coup pour le lendemain. Le deuxième jour commence avec l’échauffement nocturne de Sven. Aujourd’hui, il est all in. C’est-à-dire que toute l’équipe se mobilise pour lui et son objectif : enchainer Alibaba à la journée. Mission qui n’aurait été accomplie seulement par Adam Ondra et Gérôme Pouvreau... Les premiers rayons du soleil sonnent le départ du Marathon. Assuré d’abord par Thomas, il enchaine les trois premières longueurs (8a, 7c+, 7b+) au p’tit dej’. L’assurage est ensuite repris par Pablo et Flo au R3. Après un enchainement à vue de la quatrième longueur (8a, la seule encore non décryptée par l’équipe), l’assurage est repris par Eline pour les longueurs restantes (8A+, 8a+, 8a, 7c). Elle l’accompagnera, run après run, méthode après méthode, jusqu’au sommet ! Exploit qui se finira à la frontale, 14h30 après le top départ, sous les cris joyeux de l’équipe répartie au sol et sur le mur. Quelle ambiance, et quel spectacle de voir autant d’entraide, de support et d’esprit d’équipe dans une performance individuelle ! Le troisième jour sonne le sommet pour la première cordée partie du sol. L’enchainement passe à deux doigts de Flo, mais Pablo impressionne tout le monde en se battant dans chaque longueur, grimpant à sa limite, les enchainant les unes après les autres !En parallèle, David, redescendu au sol, et Thomas s’élancent eux aussi dans un push jusqu’au sommet. Après avoir bien évolué le premier jour, ils s’installent pour la nuit au R6. Eline et Sven profitent quant à eux d’un repos bien mérité ( si l’on peut dire que faire du portage d’eau est reposant). Au quatrième jour, la cordée David et Thomas sortent également au sommet, après seulement deux jours de push ! Et cela sonne le troisième enchainement de l’équipe, avec une escalade hyper efficace de la part de David qui enchaine très rapidement les longueurs après les avoir repérées les jours précédent. Quant à Thomas, il prend confiance et arrive à bien s’exprimer dans sa grimpe. Pas d’enchainement cette fois-ci, mais une évolution fulgurante qui mettra tout le monde bouche bée.De son côté, assurée par Sven, Eline prend du plaisir en travaillant les plus belles longueurs de la voie. L’avant dernier jour du trip se résume à des bons run pour Eline et une revanche sur la L2 pour Flo, avant un déséquipement de la voie et un interminable portage retour. Après une nuit grand luxe sur le parking du village, la team profite de son dernier jour sur place pour debriefer, se laver (enfin), manger autre chose que de la semoule, avant de passer une dernière nuit d’aventurier sur le parvis de la gare de Nice en attendant le train tôt le lendemain matin. Six jours sur et au pied de cet immense dévers, six grimpeurs, et trois enchainement : on peut dire que c’est une belle réussite d’équipe. Au-delà de la performance individuelle, cette réussite se conte au travers de l’esprit d’équipe qui a brillé durant le trip. Entre partage de compétences, entraide, sacrifices, échanges, communisation des ressources, pleurs, rires, chants, et j’en passe, ce fut l’aventure humaine la plus riche pour la plupart d’entre nous. Nous avons réussi à nous élever ensemble, en tant qu’équipe, au sommet d’Alibaba certes, mais au sommet de nos amitiés avant tout ! Une belle aventure unie par un bel esprit belge. Je vous dis à bientôt pour les prochaines aventures de la BRCT, 💬 Pablo Recourt 📷 Emile Pino
- Roues libres et rochers verticaux : Le voyage épique à travers l'Europe
Avec un vélo pour compagnon de route et le pouce tendu vers l'aventure, Tom Martin s'est lancé dans un projet ambitieux : un tour d'Europe à la découverte des meilleurs hébergements de grimpe. Son rêve ultime ? Créer une auberge de jeunesse écolo et conviviale dans le magnifique cadre du Vercors. Passionné de grimpe depuis son enfance, Tom témoigne : "Je me rappelle être allé au refuge Kalandraka à Rodellar lorsque j'avais 10 ans : j'étais tombé amoureux de cet endroit." Maintenant, à 25 ans et après avoir obtenu un master en écologie politique, son rêve persiste : créer un lieu de rencontre pour les passionnés d'escalade. Dans une démarche écologique, Tom a décidé de privilégier les déplacements doux, abandonnant l'idée de la van life au profit du vélo, du stop, voire à pied. Son constat est clair : le manque d'infrastructures adaptées pour les grimpeurs légers, en particulier à vélo. Il souligne : "Je crois que c'est cette approche des falaises qui m'a fait réaliser à quel point nous manquons d'infrastructures pour les grimpeureuses qui voyagent léger, notamment à vélo. C'est pas difficile quand on va grimper à Ailefroide ou dans le Verdon. Mais sur la majorité des autres falaises moins connues, les parkings pour vans aménagés sont légion, parfois rattrapés par les Airbnb pour grimpeurs urbains en manque de nature. Des lieux d'accueil plus simples et accessibles manquent encore. " Arpentant l'Europe, Tom a commencé son périple par Ceüse à vélo, explorant non seulement la célèbre falaise mais aussi les hébergements environnants. Entre la chèvrerie de Ceüse, accueillante avec ses produits locaux, et le camping des Guérins, Tom a observé des différences notables, révélatrices de l'esprit qu'il recherche pour sa future auberge. Son voyage l'a ensuite conduit en stop à Finale Ligure, en Italie, où il a rencontré deux campings : le Base Camp Cucco et l’agricamping la Terraza. À la Terraza, il a trouvé le saint graal : un lieu accueillant, un accès facile à la falaise, le tout sans dépendre de la voiture. "A l'agricamping la Terraza, j'ai trouvé ce que je cherchais : un lieu accueillant, avec des maraîchers qui vendent leurs produits en direct, une cuisine collective qui favorise le contact avec les autres grimpeurs et puis surtout un accès facile en vélo, stop ou transport en commun, combiné à un accès à la falaise en 5 minutes : le combo idéal qui permet de se passer de la voiture. " De retour en France, à Saint Léger, il a découvert le Jardin Singulier, un lieu culturel charmant et accueillant pour les grimpeurs de passage. Tom envisage déjà d'y retourner à vélo pour participer à la construction d'un pan de bloc, témoignant de son attachement à ces endroits singuliers. Le périple de Tom ne fait que commencer, et son aventure promet d'explorer les recoins méconnus de l'Europe. "Le voyage ne fait que commencer. 1 an, 3 ans, 5 ans ? Il prendra le temps qu'il faudra. Il paraît que l'Europe, c'est grand." À travers ses découvertes, Tom aspire à mettre en lumière des hébergements de grimpe qui vont au-delà de la simple consommation de falaises à la mode, offrant une expérience riche et immersive. Son projet de publier un guide promet de devenir une source d'inspiration pour les grimpeurs en quête d'aventure et de convivialité. 💬 : Tom Martin (laubergedegrimpereuse) 🗞 : GrimpActu!












