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- Katherine Choong enchaîne : "La Fiesta de Los Metallos"dans les Gorges du Verdon
Katherine Choong, une grimpeuse suisse au palmarès impressionnant, a récemment ajouté une nouvelle réalisation à son répertoire en enchaînant la grande voie « La Fiesta de Los Metallos » (7b+, 7c+, 8b, 7a, 8a, 8a, 200 mètres) dans les majestueuses Gorges du Verdon. Revenons sur son aventure! Originaire de Suisse, Katherine a commencé l'escalade à l'âge de 8 ans et a rapidement montré un talent pour l'escalade. Elle a fait partie de l'équipe nationale suisse, et a notamment remporté le titre de championne du monde junior et c'est classée finaliste en coupe du monde élite. En plus de ses exploits en compétition, Katherine excelle également en falaise, ayant notamment enchaîné la voie Jungfrau Marathon (9a) et des grandes voies telles que Hattori Hanzo (8b+) et La Ramirole (8b). Parallèlement à sa carrière d'escalade, Katherine a obtenu un master en droit et travaille comme juriste et curatrice à temps partiel. Une voie légendaire Ouverte en 2013 par Olivier Dutel et Nico Potar, « La Fiesta de Los Metallos » est une voie emblématique des Gorges du Verdon. Connue pour ses longueurs variées, elle offre un défi complet aux grimpeurs. "J'aime particulièrement les Gorges du Verdon qui est un endroit tellement beau et loin du stress du quotidien. J’avais envie de faire une grande voie en 8b et après en avoir fait déjà plusieurs dans les gorges, il me restait celle-là sur ma liste. Ses longueurs sont très variées : dièdres, fissures, colonnettes, troues, petite réglette, gros dévers et dalle old school, c’est une voie à faire !" Katherine n'est pas une athlète qui suit un programme d'entraînement strict. Elle s'entraîne au feeling, en fonction de son emploi du temps. Son entraînement inclut des circuits sur son pan personnel, du fitness, de la suspension et du bloc. "Je pense que j’essaie juste de donner à chaque entraînement le meilleur de moi, de me dépasser, afin de retrouver en falaise cet état d’esprit avec lequel j’arrive à me pousser hors de ma zone de confort. Au niveau mental, je compte beaucoup sur mon expérience de falaisiste mais aussi de compétitrice. Je pense vraiment que ce volet de ma vie, la compet, m’aide énormément par rapport au fait de réussir à performer à un moment donné, peu importe les conditions météorologiques ou mon état physique. Avec l’expérience, même si je ne suis pas à 100% physiquement, je sais que je peux faire confiance à ma tête." Une ascension éprouvante : La première tentative en avril a été marquée par des conditions météorologiques défavorables, rendant la voie impraticable à cause des fortes pluies. De retour en juin, Katherine et son partenaire Jim ont dû affronter des températures élevées et une friction médiocre des prises. "Nous sommes d’abord venus une première fois en avril, mais de fortes pluies avaient détrempé une grande partie de la voie, les dévers en colo ayant de la peine à sécher. On a quand même pu travailler certaines parties et nous sommes revenus quand la voie semblait enfin sèche en juin. Cette fois les températures étaient plutôt élevées. Nous pensions que les deux premières longueurs en 7b+ et 7c+ étaient des longueurs d’échauffement mais on s’est bien trompés! Elle sont déjà bien physiques et te crâment déjà bien les bras pour la suite. La 3ème longueur est la longueur en 8b et débute sur des colos avec un crux sur une prise qui malheureusement est restée toujours mouillée. On a tout essayé pour la faire sécher mais il a fallu au bout d’un moment juste accepter et faire avec. S’ensuit un dièdre très physique et assez impressionnant où tu te retrouves plein gaz. Il m’a fallu quelques montées pour me sentir à l’aise avec le fait de chuter avec autant de gaz en dessous de moi ! La peur me faisait serrer beaucoup trop les prises et m’empêchait d’aller jusqu’au bout. " Katherine a réussi à enchaîner les 5 premières longueurs lors de son second essai depuis le sol, malgré la fatigue et la chaleur accablante. La dernière longueur (8a) a mis sa détermination à rude épreuve... "Le jour de l’enchaînement, j’avais dû déjà beaucoup me battre dans les premières longueurs et ça me semblait vraiment compliqué de pouvoir enchaîner la 8b et d’imaginer réussir le reste. Mais bon comme j’étais là, autant tout donner et essayer d’y croire jusqu’au bout ! La chaleur rendait la friction des prises vraiment nulle mais dans un combat de l’espace, j’ai quand même réussi à la passer ! Je suis ensuite redescendu pour que Jim mon partenaire qui essayait aussi de tout enchaîner puisse essayer en tête. Et alors qu’il ne se sentait pas hyper en forme, il enchaîne également cette longueur clef ! La machine d’enchaînement était lancée. Je remonte sur ma corde statique pour continuer les autres longueurs et on enchaîne assez facilement les deux suivantes (7a, 8a). Nous voilà donc au pied de la dernière longueur (8a), celle où deux jours avant j’étais tombée deux fois à quelques mètres du relais final. Je me sens stressée mais aussi impatiente de tenter ma chance. Je n’ai plus beaucoup de peau, je sens la fatigue, mais j’avance jusqu’au repos avant le crux finale. J’entends les encouragements de Jim mon partenaire qui me soutient pour cette dernière partie. Je me lance, je donne tout ce qu’il me reste, je passe le crux et je me retrouve au sommet, dans un moment de joie et soulagement intense !" Gérer la frustration et tirer des leçons : Lors de ses premières tentatives, la chute à quelques mètres du sommet a été difficile à accepter pour Katherine. "Tout donner sur chacune des longueurs, de s’être battue sur 200 m., d’avoir tenu mentalement pendant des heures et, suite à une demi seconde d’hésitation et de doute, de tomber si proche du but, à quelques mètres du relais, c’est effectivement très difficile à accepter sur le moment. Mais je savais que j’avais fait du mieux que je pouvais et dans ces cas-là, j’essaie d’accepter que je n’avais juste pas été assez forte et de ne pas me torturer pendant des heures avec des regrets mais plutôt d’analyser ce que je peux optimiser pour un prochain essai. Je pense qu’être bien entourée est très important pour moi et Jim était là pour me motiver à remettre un essai. Et finalement, j’ai également appris avec les années à relativiser. Après tout, l’escalade est ma passion, je fais ça parce que ça me rend heureuse, que j’arrive ou pas au sommet ne changera pas le monde, j’en aurai de toute façon tiré quelque chose de positif." Mais cette victoire va plus loin que les conditions physiques et environnementales, comme le souligne Katherine : "Cette expérience m’a encore montré une fois que les capacités physiques ne font pas tout. Honnêtement en arrivant au Verdon, je ne me sentais pas vraiment en forme physiquement, j’étais aussi passablement fatiguée mentalement du stress de mon quotidien. Les conditions n’étaient pas parfaites (un peu chaud), quelques prises clef mouillées, j’avais l’impression de n’avoir plus de peau au bout de deux longueurs et pourtant j’ai pu atteindre mon objectif. Alors une des leçons à retenir est que tout n’a pas forcément besoin d’être parfait, qu’il ne faut pas se mettre des barrières en se focalisant sur ce qui ne va pas mais « de faire avec », et d’essayer jusqu’au bout. " Prochains défis : Katherine ne compte pas s'arrêter là. En juillet, elle prévoit de tenter la grande voie Zahir (8b+ max. 300 mètres) dans les Wendenstöcke en Suisse. «En juillet je vais essayer d’enchaîner la grande voie Zahir (8b+ max. 300 mètres) dans les Wendenstöcke en Suisse avec Eline LeMenestrel. L’idée est de laisser cette fois la voiture à la maison et d’y aller en transport public et en vélo. Je vous en redonnerai des nouvelles mais débutante à vélo, atteindre le pied de la falaise sera déjà une sacré perf’ pour moi haha." 💬 : Katherine Choong 📷 : Julia Cassou 🖊 : GrimpActu.
- Jules Marchaland réussit la mythique voie "3 Degrees of Separation" à Céüse
Jules Marchaland a réalisé l'une des ascensions les plus prestigieuses en venant à bout de la mythique voie "3 Degrees of Separation" à Céüse. Cotée 9a+ et reconnue pour ses défis techniques et physiques extrêmes, cette voie emblématique, ouverte par Chris Sharma et réévaluée par Adam Ondra, représente un sommet d'excellence pour tout grimpeur. Retour sur une aventure intense : Jules a commencé à s'attaquer à cette voie en mai, lors d'une séance photo pour la marque Millet. Dès les premières tentatives, il se sentait à l'aise sur cette voie : "J'ai commencé à essayer cette voie en mai, il y a environ un mois. J'avais mis trois séances dedans pour faire des images pour la marque Millet. À ce moment-là, je tombais au gros jeté, ce qui était plutôt pas mal. J'étais assez proche et la voie me correspond bien car ce n'est pas trop résistant, c'est dur aux doigts au début, et les mouvements dynamiques, c'est vraiment mon style. C'est une voie de rêve pour tous les grimpeurs, c'est vraiment top d'avoir pu l'essayer. Dès que j'ai commencé, j'ai pris beaucoup de plaisir. C'était vraiment mythique." La voie, équipée et enchaînée pour la première fois par Chris Sharma en 2007, est connue pour ses trois jetés impressionnants, dont un de plus de 2 mètres coté 7C bloc. Après une première partie résistante en 8c, le grimpeur doit affronter ces mouvements dynamiques extrêmes. Sharma avait proposé une cotation de 9a, mais Adam Ondra, après sa répétition en 2015, a révisé cette cotation à 9a+. Un défi mental et physique : Malgré une connexion immédiate avec la voie, Jules a dû faire face à de nombreux obstacles : "Puis, mentalement, c'est devenu assez dur. Le début n'est pas extrêmement difficile, donc il est facile de manquer des prises ou de mal viser, ce qui peut te faire tomber alors que tu veux enchaîner. Ce n'est pas facile de tomber bas quand tu as vraiment envie de réussir. Au final, je suis tombé six ou sept fois au grand jeté, je l'ai passé deux fois, mais je suis tombé deux fois dans le troisième jeté. C'était de gros craquages, je n'arrivais pas à récupérer, et mentalement, c'était vraiment dur, surtout qu'il ne me restait qu'un jour avant de rentrer". explique-t-il. Le dernier jour, les conditions météorologiques étaient loin d'être idéales, menaçant de compromettre les efforts de Jules. Cependant, contre toute attente, il parvient à enchaîner la voie lors de son troisième essai de la journée. Une performance remarquable qui témoigne de sa détermination. Une voie mythique : "3 Degrees of Separation" est une ligne directe de 25 mètres, version directe d’un projet d’Arnaud Petit, réputée pour ses jetés spectaculaires. Depuis l'ascension de Chris Sharma, une prise aurait cassé, rendant la première partie encore plus exigeante, potentiellement 8c+. La difficulté de la voie réside également dans le contraste marqué entre la résistance de la première partie et les mouvements explosifs des jetés. Une saison prometteuse Après cette incroyable performance, Jules Marchaland se prépare pour la saison de Coupe du Monde qui commence fin juin à Innsbruck. Les semaines suivantes, il participera également aux compétitions de Chamonix et Briançon. "Et après ou pendant, je vais essayer de trouver un peu de temps pour venir essayer 'Ratsaman'," ajoute Jules, déjà tourné vers les prochains objectifs. 💬 : Jules Marchaland 📷 : Marc Daviet 🗞 : GrimpActu.
- Erwan Lievin : L'ascension d'un champion de para-escalade
Erwan Lievin, 21 ans, est un grimpeur passionné qui a récemment terminé sa licence STAPS en entraînement sportif. Depuis trois ans, il s'adonne à l'escalade et, depuis deux ans, il fait partie de l'équipe de France de para-escalade. Rencontre avec un athlète déterminé, prêt à repousser ses limites. En tant que grimpeur, Erwan gère son quotidien de manière flexible. "Je pense clairement pas être un exemple sur la vie quotidienne, en écrivant tout ça, je mange une bonne pizza orientale par exemple..." Il essaie néanmoins de dormir entre 8 et 10 heures par nuit, grimpe entre 6 et 8 fois par semaine avec de la préparation physique grâce à son entraîneur Ludovic Delmotte, et s'impose au moins un jour de repos par semaine. "Sinon je grimperais tous les jours..." En plus de ses entraînements, Erwan est étudiant et salarié dans les salles Blocbuster, où il donne des cours, ce qui ne lui laisse pas énormément de temps pour lui, mais il fait ce qu'il aime. La para-escalade est une discipline d'escalade adaptée aux personnes en situation de handicap. Erwan, qui n'a pas de main gauche mais conserve son avant-bras jusqu'au poignet, explique : "La para-escalade regroupe différents types de handicaps, répartis en plusieurs catégories pour les compétitions. Il y a des déficiences visuelles (B1 à B3), des amputations des membres supérieurs (AU2 et AU3), des amputations des membres inférieurs (AL1 et AL2), et des limitations de mobilité (RP1 à RP3). Plus le chiffre derrière les lettres est élevé, moins le handicap est grave." Depuis ses débuts en compétition, Erwan a déjà un beau palmarès. "Depuis que j'ai commencé les compétitions, j'ai réussi à être champion de France en 2022 et deux fois vice-champion de France en 2023 et 2024. À l'international, j'ai été troisième en Coupe du Monde en 2022 et cinquième aux Championnats du Monde à Berne en 2023." Cependant, son parcours n'a pas été sans embûches, notamment en raison d'un changement de catégorie de dernière minute lors de la Coupe du Monde d'Innsbruck en 2023. "Pour faire un cours résumé, j'ai passé une classification avant la compétition pour que une catégorie me soit attribué. Suite à quoi je suis mis dans la même catégorie que les années précédentes. Suite aux qualifications ou je finis 3ème, donc sûre d'être en final ! Mais les mêmes personnes qui m'avaient fait passer la classification décident de me changer de catégorie ( je suis passé de AU2 à AU3) et vue que je n'avais pas fait les mêmes voies de qualification que les AU3 ils m'ont disqualifié de la compète... Sur le coup c'était assez dur parce que balayer 6 mois d'entraînement dans le vide c'est pas sympa" Erwan a récemment réalisé son premier bloc en 7c à Fontainebleau, un accomplissement qu'il décrit comme "incroyable". Fontainebleau, où il a commencé à grimper dès sa première année, est devenu son terrain de jeu favori. "L'extérieur !!! C'est trop bien ! Dès ma première année de grimpe, j'ai eu la chance d'aller à Fontainebleau et ça a été un vrai coup de cœur ! Depuis septembre 2022, je me balade à Fontainebleau pour faire des blocs de plus en plus durs ou juste découvrir des lignes 5 étoiles ! Je suis vraiment devenu accro quand j'ai commencé à travailler Biceps Mou 7B au Cuvier. Cet aspect de se faire détruire dans un bloc au début et au final se rétablir en haut, c'est juste magique. J'ai découvert le game des blocs durs (à mon échelle bien sûr) et je savais que c'était ce que je voulais faire ! Je venais d'apprendre à ce moment que 7B bloc était le niveau max en extérieur dans ma catégorie. J'étais clair dans ma tête, je voulais repousser cette limite. Tout l'hiver, on a eu des mauvaises conditions, mais quand le temps le permettait, j'arpentais la forêt et essayais des blocs durs... Parfois trop durs (pour l'instant ; )) J'ai donc passé mon hiver à me faire rouster... Malgré mon premier 7B flash "Les Tétines au Maunoury". C'est ce jour-là que je suis passé devant Bagheera 7C... La ligne m'attirait et me semblait faisable. J'ai quand même attendu 3 mois avant d'aller dessus, mais dès la première séance, je réussis à caler 9 des 10 mouvements du bloc ! J'étais hyper motivé à revenir dessus ! À la deuxième séance sur le bloc, je cale le mouvement qui me manquait... Plus qu'à enchaîner !! Mais ce jour-là, rien n'y fait, la troisième main du bloc était trop dégueu pour faire quoi que ce soit. Dès que j'arrivais sur la prise avec mon moignon, je poissais directement, en même temps sous 25 degrés, ça allait être compliqué... 3ème séance, je recale les mouvements un à un. Ils me semblent beaucoup plus faciles et les prises tenaient vraiment mieux ! Au cours de ce calage, je décide de changer de méthode qui fait faire un mouvement plus dur mais qui me fait économiser 4 mouvements de pieds. Et boom, au premier run de la journée, ça passe en chaussons de location !!" L'escalade en extérieur présente de nombreux défis, tant physiques que mentaux, qu'Erwan Lievin aborde avec une philosophie de résilience et de passion. Il explique : "L'avantage que j'ai quand je grimpe dehors, c'est de beaucoup moins me mettre la pression qu'en compétition ou autre. Je suis donc très décontracté quand je suis dehors." Cependant, le défi mental reste présent, alimenté par une forte envie de réussite personnelle. Sur le plan physique, le bloc qu'il travaillait à Fontainebleau, Bagheera 7C, demandait une intensité et une endurance considérables. "Le bloc est dur, c'est évident (enfin pour moi en tout cas). Je ne pouvais passer que 3 heures dans le bloc avant d'être complètement rincé, je ne pouvais pas travailler le bloc comme je le voulais, mais ça fait partie du jeu." L'un des plus grands challenges pour lui était de se battre contre les conditions météorologiques et deux prises du bloc particulièrement problématiques lors de la deuxième séance. Pour Erwan, cette réussite à Fontainebleau représente bien plus qu'une simple performance sportive. "C'est un réel accomplissement personnel ! Ça faisait quelques temps que je ne me sentais pas progresser, mais j'ai néanmoins continué de m'entraîner à fond en mode 'trust the process'. Au final, j'y ai mis du temps et de l'investissement, et ça a payé, donc j'étais super fier de rétablir en haut du bloc !" Cette expérience lui a prouvé que les limites actuelles ne demandent qu'à être dépassées, et il compte bien continuer sur cette voie. Cette réussite est aussi marquée par de vrais moments de partage. "Je n'ai jamais été réellement tout seul sur le bloc, que ce soit avec des personnes que j'ai rencontrées sur place ou avec des amis, et l'escalade, c'est trop bien pour ça !" Comme beaucoup de grimpeurs, Erwan trouve son inspiration chez des figures emblématiques de l'escalade comme Daniel Woods et Shawn Raboutou, ainsi que chez toutes les personnes qui repoussent leurs limites en voyageant pour réaliser des blocs extrêmes. "C'est super motivant, et j'ai envie de faire de même, c'est sûr !" Il puise également de la motivation dans son entourage proche, admirant le dévouement et l'investissement de ses amis et collègues. "Ils vont l'apprendre en lisant ça, mais actuellement j'ai en tête Baptiste Plomion, Adam Bojman, les grimpeurs de l'USBY, Julien Gasc, Ludovic Delmotte... Et encore plein d'autres, c'est super motivant !" Pour ses projets futurs, Erwan est clair : il veut continuer de repousser les limites, tant en compétition qu'en extérieur. "Atteindre le 8ème degré à une main, ça fait particulièrement rêver ! J'ai déjà pas mal d'idées de blocs, surtout en Suisse, mais je ne vais pas spoiler encore !" En compétition, son objectif est de faire un podium à la coupe du monde d'Innsbruck en mode grosse revanche, se qualifier aux championnats d'Europe de para-escalade cette année et, pourquoi pas, devenir champion d'Europe, même si c'est en difficulté. Erwan voit un avenir prometteur pour la para-escalade. "Je pense qu'on est qu'au début du développement du para-escalade. Que ce soit sur le plan compétitif, où le bloc va très certainement arriver dans les prochaines années, ou une potentielle présence aux jeux paralympiques de 2028, ça serait juste incroyable ! Les limites vont exploser grâce aussi à des personnes comme Solenne Piret ou Julien Gasc. Bref, tout est à faire, et c'est top d'arriver à ce moment-là !" 💬 : Erwan Lievin 🗞 : GrimpActu.
- Anatole Bosio : Maître de Sashidananda, conquérant du 9a+
Anatole Bosio, grimpeur de niveau 9a+ en falaise et ancien membre de l’équipe de France, a réalisé une nouvelle performance en enchainent Sashidananda. Une voie libérée en 2009 par Gérome Pouvreau et initialement proposée à 9a, elle a vu sa cotation réévaluée à la hausse (9a+) lors de l'ascension de Loïc Zehani. "Sashidananda", est une voie connue pour son dévers imposants et ses mouvements puissants, elle offre un terrain de jeu exigeant, où seuls les grimpeurs les plus déterminés osent s'aventurer. Anatole Bosio, armé de courage et de compétence, relate son ascension avec une clarté qui capturent son enchainement . "Sashidananda est une voie typée rési, avec des mouvements puissants dans du gros dévers. La première moitié, jusqu'à un mauvais repos, fait le gros de la cotation, avec une quasi-impossibilité de pofer sur 12 mètres. Il y a une approche physique puis deux crux s'enchaînent sans repos : un premier dans la partie la plus déversante avec un talon complexe à sentir et très à gainage. Le deuxième, le plus difficile, consiste à mettre une grosse lolotte pour tenir une petite réglette avant de jeter en latéral vers la droite sur une fente. Pour moi, la difficulté de la voie a consisté à gérer les sections qui précèdent le crux en vitesse pour m'économiser mais sans aucune erreur, puis de jeter de façon explosive et d'y croire malgré l'altération de mes capacités à sentir le mouvement à cause de la fatigue physique et nerveuse." Neuf séances cette année, neuf chapitres dans l'histoire de sa détermination. Il évoque les défis rencontrés lors de ses tentatives précédentes, mais aussi la détermination qui l'a poussé à revenir, pour affronter à nouveau "Sashidananda". "Je n’ai pas l’habitude de compter les séances dans les projets quand ça s'éternise, mais je sais que j’ai passé 9 séances cette années, peut-être pareil l’an dernier et j’avais déjà été dans la voie les années précédentes, c’est beaucoup par rapport à Supercrackinette qui m’avait demandé que 8 séances, mais pour moi elles sont du même niveau, l’entrée de gamme du 9a+" Après avoir passé de nombreuses séances à chuter au deuxième crux de la voie, Anatole réalise l'importance d'un repos crucial. Bien que parvenu à surmonter la première moitié de la voie, il rencontre des difficultés dans la section suivante, moins ardue mais tout aussi exigeante sur le plan physique. "J'ai passé pas mal de séances à tomber au deuxième crux. Une fois le bas passé, à la séance précédente seulement (sauf une fois l'an dernier), je suis tout de même tombé quatre fois dans la section suivante, moins dure mais physique, de grosses fermetures de bras à effectuer sur des prises moyennes qui ne posent pas de problème intrinsèquement, mais ce sont les mêmes muscles qui ont été épuisés dans le bas de la voie ! Une chose qui a été déterminante pour l'enchaînement, et j'avais fait la même chose dans Aubade, Aubade Direct et Supercraquinette : je suis resté très longtemps au repos pourtant mauvais ! Il y a donc quelque chose à creuser, j'en parlerai dans ma future newsletter ;) À la base, je comptais juste pofer chaque main et repartir, là je suis resté 1min30 ! Après un vrai repos, la fin est moins dure mais reste "tombable". J'étais content de l'avoir déjà faite complètement explosé pendant mes séances de training dans la voie. Ça m'a aidé mentalement car je perdais en lucidité : comme je m'étais entraîné pas mal de fois à faire la fin plusieurs fois d'affilée, dans l'enchaînement, quand j'ai eu les meilleures prises de la voie, à la toute fin, là où il est quasiment impossible de tomber, j'ai pris quelques secondes pour me dire, "attends, je suis parti du bas ou pas ?!" J'étais complètement oxygéné du cerveau et aussi chargé en adrénaline !" Et puis vient le jour tant attendu, un jour imprégné de tension et de promesse. Avec la pluie menaçante comme un rappel de l'urgence, Anatole sait que l'heure de la vérité est venue. "Le jour J, j'avais la pression parce que je savais que je pouvais enchaîner : j'étais de mieux en mieux, de séance en séance, et la pluie arrivait le lendemain. Vu le climat actuel, après une semaine de pluie ce serait peut-être "l'été", donc j'ai senti que c'était un jour de compétition : il fallait le faire aujourd'hui ! J'ai mis un premier essai — je ne sais pas ce qui m'a pris — j'ai tenté une nouvelle méthode dans le crux 2. Erwan Legrand m'avait trouvé une "bêta rando". C'était vrai, mais ça rajoute quand même 5 mouvements physiques pour se retrouver bonne main ensuite... Je me suis dit que je ne pouvais plus tomber avec cette méthode ! J'ai tenté et ça a failli me coûter la croix : comme je n'étais pas bien calé dans cette méthode, avec 5 mouvements de plus, je suis arrivé en haut complètement explosé, plus que jamais et j'ai mis 2h pour m'en remettre ! Mais aucun regret, c'était rock ! Cette méthode, on l'avait essayée avec Maho Normand mais on l'avait vite abandonnée pour les mêmes raisons : on arrive mauvaise main en haut du crux. ! " Et finalement, après des heures d'effort et de sacrifice, Anatole Bosio atteint le sommet de "Sashidananda". C'est un moment de triomphe, de joie pure et d'accomplissement. Mais même dans la gloire de la réussite, il pense déjà à la suite. "Mon prochain projet pour 2024 est Biographie. Je veux aussi aller torcher Porno en mode éclair, parce que je l’avais essayée à un moment où je n’étais pas entraîné et cet échec m'était resté en travers. Et le big project qui me fait rêver, c’est Ratstaman Vibration, le tout à Céüse, la magnifique !" 💬 : Anatole Bosio 🗞 : GrimpActu.
- La résilience de Dylan Chuat : retour triomphal sur Beyond 9a+
Au cœur de la Baume des Escargots, sur la face nord du Pic Saint Loup, se dresse une voie mythique : Beyond 9a+. Ce dévers blanc de 50 mètres, constellé de concrétions, est le terrain de jeu des grimpeurs les plus audacieux. Pourtant, son attrait va bien au-delà de sa difficulté extrême ; c'est une véritable expérience de résilience et de dépassement de soi. Dylan Chuat, dont la détermination a été mise à l'épreuve par des défis tant physiques que personnels, s'est récemment confronté à cette voie légendaire. Après des mois d'entraînement intense en vue de défier "Fight or Flight" à Oliana, ses projets ont été brusquement interrompus par des problèmes de santé. Contraint à l'immobilité forcée pendant des mois, il a dû reconstruire sa force et son agilité avec ténacité pour pouvoir saisir l'opportunité de grimper à nouveau. "J'ai dû rester sur le canapé pendant des mois et j'ai un peu galéré à retrouver un niveau correct rapidement pour les quelques semaines qu'il me restait." Le retour à l'escalade n'a pas été sans difficultés. Malgré sa volonté farouche et son désir ardent de retrouver les sensations de la grimpe, il a dû faire face à la réalité de sa condition physique affaiblie. Les premières séances sur le mur ont été marquées par la raideur des muscles, la perte de coordination et la sensation étrange de devoir réapprendre les mouvements autrefois familiers. Chaque jour, cependant, a apporté des progrès. Avec une détermination inébranlable, il a repris l'entraînement avec un mélange de patience et d'acharnement. Les petites victoires, qu'elles soient des mouvements retrouvés ou des séances sans douleur, ont alimenté sa motivation et renforcé sa conviction que rien n'était impossible. C'est avec une joie indescriptible et une gratitude palpable qu'il a retrouvé le rocher, cette fois-ci sur les pentes imposantes du Pic Saint Loup. Les souvenirs de frustration et de désir refoulé se sont dissipés alors qu'il s'élançait dans Beyond 9a+. Cette voie, qu'il décrit comme l'une des cinq plus belles qu'il ait jamais grimpées, a été bien plus qu'une simple ascension. C'était un retour triomphal, une affirmation de sa force intérieure et de sa capacité à surmonter les obstacles. Dans ses propres mots, il décrit la voie comme une "king line" par excellence. Des prises minuscules dans un dévers imposant, une fluidité inattendue dans la progression, et une succession de blocs époustouflants qui culminent sur une colo légendaire du sud de la France. Beyond 9a+ incarne l'essence même de l'escalade extrême : la combinaison parfaite de technique, de force mentale et de connexion avec le rocher. "Ça fait partie des 5 plus belles voies que j’ai pu grimper dans ma vie, ça c’est sûr ! Jamais je penserais que de si petites prises dans un si gros dévers pourraient marcher et même ne pas être si extrêmes que ça ! Une approche très fluide pour grimper, un premier bloc majeur qui se termine en sautant sur une colonnette, puis une transition vers un deuxième bloc magnifique, et tout ça en finissant sur la plus belle colonnette du sud de la France, apparemment ! Je crois que c’est la définition parfaite d’une king line, non ?" Alors que Dylan Chuat se prépare à quitter ces parois pour retrouver la routine de la vie quotidienne, son esprit est déjà tourné vers de nouveaux défis. Car pour ceux qui ont goûté à la gloire éphémère des sommets rocheux, l'appel de l'aventure est insatiable. Beyond restera à jamais gravée dans sa mémoire comme un symbole de persévérance et de réussite, une preuve tangible que même les moments les plus sombres peuvent être illuminés par la lumière éblouissante de la réussite. 💬 : Dylan Chuat 🗞 : GrimpActu.
- Tanguy Merard : Flash Rêve de Poutre
Tanguy Merard, jeune grimpeur de renom, a récemment enchainé flash "Rêve de Poutre" (8c) à Saint-Léger. A travers un entretient, Tanguy partage les détails de son ascension et les réflexions qui l'ont guidé vers l'enchainement de cette voie. "Rêve de Poutre" est une voie complexe, avec une succession de mouvements exigeants sur des prises parfois modestes. Tanguy décrit la voie comme débutant par un long 7c, traversant vers des bacs, puis enchaînant sur deux sections de blocs espacées d'une grosse arquée. Il nous partage son choix de méthode et sa stratégie : "Franchement c'était pas compliqué y avait une méthode avec 2 grand mouvs sur des moyennes et une autre avec 7 mouvs moins dur intrinsèquement et plus petit. J'ai su direct ce qui me convenait et j'ai choisi la méthode de droite avec 7 mouvs." Tanguy ne s'est pas spécifiquement préparé pour réaliser cette voie. Il a plutôt cherché activement des informations afin de maximiser ses chances de succès. "J'ai pas eu de préparation, j'ai juste fait pas mal de qualitatif ces derniers temps. On m'a dit que ça se tentait flash et j'avais envie d'essayer la voie donc j'ai regardé la vidéo de Megos dans le Cadafist qui ont la fin commune et un ami m'a aussi flashé la voie. J'avais pas d'attente sur mon essai mais j'avais confiance en mes capacités." Alors que certains pourraient ressentir une pression écrasante dans une tentative flash sur une voie aussi difficile, Tanguy aborde la situation avec une confiance tranquille : "Souvent flash j'ai zéro pression donc c'est que du kiff, souvent je me dis pourquoi je tomberait c'est ce que je sais faire et puis tout ce passe bien. Je suis toujours assez confiant, dès que j'essaye une voie par exemple un 9a+, avant mon premier essai je me dis que je vais la faire au premier essai je me dis que je vais la faire au prochain et ça se passe rarement comme ça mais je suis persuadé que c'est possible." Sa conviction en ses propres capacités et sa mentalité positive l'ont aidé à rester concentré et déterminé, même dans les moments de doute. Lorsque Tanguy a réalisé le flash de "Rêve de Poutre", son émotion était teintée d'une satisfaction tranquille. "J'étais content mais étonnamment pas très surpris, comme si c'était normal" Cette réaction reflète sa confiance et son calme face à un défi qui aurait pu paraître insurmontable pour beaucoup. "C'est une voie parmi tant d'autres, je m'en souviendrai car c'était un bon moment mais pas plus que d'autres voies. Ça me motive à essayer du 8c+ flash car je sens que j'avais de la marge et que sur un bon jour ça peut passer" Pour ceux qui cherchent à atteindre des performances flash, il est essentiel d'écouter son instinct et de savoir quand s'engager pleinement, pour Tanguy le feeling et le désir jouent un rôle crucial. Quand nous lui demandons quels sont les aspects en escalade qui lui passionne le plus Tanguy répond assez simplement : "J'adore l'après travail mais en même temps c'est très épuisant mentalement, les après travail assez court c'est ce que j'adore le plus, les voies qui me prennent de 1 à 3 séances. Et j'adore également le flash." 💬 : Tanguy Merard 📷 : Jorislbr 🗞 : GrimpActu.
- Victor Guillermin : L'Ascension du Cadafist 9a/+ à St Léger
Depuis son impressionnante performance dans "Avaatara", beaucoup de choses ont changé dans la vie de Victor Guillermin. Fini le lycée, il a franchi le cap de l'université avec des horaires aménagés lui permettant de se consacrer encore plus à sa passion : l'escalade. Son dernier exploit en date ? L'enchaînement du redoutable "Cadafist" à St Léger. "J'ai aussi commencé à travailler avec Guillaume Levernier, et depuis je progresse fort !" Le Cadafist, une voie cotée 9a/+ à Saint Léger, s'est dressé devant Victor comme un défi à relever. D'une vingtaine de mètres, cette voie, ouverte par Gérome Pouvreau, n'a été répétée que quelques fois. La difficulté réside dans ses deux sections en 8c, séparées par un repos stratégique. "La voie commence par quelques mètres en 8a jusqu'a un repos assis sur un arbre (qui a donné son nom à la voie). Vient ensuite 2 sections en 8c découpée par un bon repos. Le crux est un changement de main très compliqué sur une pince, avant de se jeter en épaule dans un bidoigt !" Victor ne s'est pas contenté d'affronter le Cadafist, il s'y est investi pleinement, aussi bien mentalement que physiquement. Malgré un nombre de séances relativement réduit (seulement six), il a su trouver une nouvelle méthode dans le crux. "C'etait plus un side project, que j'essayais pour l'entrainement et pour voir la progression! Pour réussir cette voie, j'ai d'abord trouvé une nouvelle méthode dans le cruc (que j'ai expliqué), et alors j'ai fait a quasi tous les coups le premier 8c. Le deuxième 8c m'a donné plus de fil à retordre: je suis tombé deux fois au tout dernier mouv avant d'enchainer !" L'épopée de Victor dans le Cadafist n'a pas été sans obstacles. Au début du week-end , une petite blessure à l'index menaçait de compromettre ses chances de succès. "Le week end ou j'ai enchainé avait mal commencé : je m'etais ouvert la peau de l'index avant même l'échauffement ! Du coup dans les runs, tous les 3 mouvs j'etais obligé de mettre de la magn pour sécher le sang sur mes doigts et ne pas glisser sur les prises ! C'etait vraiment pas agréable mais ça l'a fait au final." Après avoir dompté le Cadafist, Victor a déjà les yeux rivés sur son prochain défi. Un projet qui réclame déjà toute son attention et son énergie, mais dont la conquête semble à portée de main. "Le gros projet pour la suite est "Stoking The Fire", le 9b de Sharma à Santa Lynia... je l'ai deja beaucoup essayé et je suis vraiment proche !" 💬 : Victor Guillermin 📷 : Émile Pino 🗞 : GrimpActu.
- Alex Megos "Sleeping Lion" : Récit de sa Dernière victoire
Alex Megos, le grimpeur allemand, a récemment réalisé un exploit en enchaînant la voie "Sleeping Lion". Dans une interview, Megos nous a partagé des informations sur son parcours en escalade, les subtilités de la voie et la détermination nécessaire pour sortir victorieux d'un projet comme celui ci. Influences Précoces et Passion pour l'Escalade : Megos reviens sur ses debuts en escalade à l'âge de 6 ans, inspiré par l'amour de son père pour ce sport. L'escalade est progressivement passée d'une activité familiale à une passion profonde pendant son adolescence. "J'ai commencé à grimper avec ma famille et les enfants de mon village. Puis J’ai commencé à vraiment aimer ça et à grimper de plus en plus vers l’âge de 12/13 ans. Cela est devenu une véritable passion pour moi." Retour sur 2023 : En se concentrant sur les compétitions, Alex Megos a du limité ses sorties en extérieur, mais le grimpeur espère une année 2024 à la diversité plus marquée et couronnée de succès. "2023 n’a pas été ma meilleure année malheureusement pour l'escalade en falaise mais c'était quand même cool. J’espère qu’il y aura plus à venir cette année. J'etais plutôt concentré sur les compétitions et je n’ai pas fait trop de sorties en extérieur et pour celles que j’ai faites je n’ai pas pu compléter les projets que je voulais. J’espère qu’après la saison de compétition cette année les choses vont changer." Découverte de "Sleeping Lion": Initialement enchaîné par Chris Sharma en mars 2023, situé dans le magnifique secteur de El Pati, à Siurana, la voie a rapidement captivé Alex Megos. "J’avais 2 semaines de vacances au moment des fêtes de fin d’année pour aller y faire un tour et l’étudier un peu. J’espérai avoir la possibilité de la faire. Chris venait de terminer Sleeping Lion et l’avait faite très récemment. Alors je me suis dit que j’allais le faire et profiter du fait que les methodes étaient encore assez fraîches dans ma tête" Megos, connu pour son style polyvalent, ne s'est pas spécifiquement entraîné pour "Sleeping Lion" mais a tout de même adapté sa routine d'entraînement hivernale. Déchiffrer Sleeping Lion : Découpant l'ascension en cinq sections, Megos a souligné les défis distincts que chacune présentait. Il a connu des moments difficiles mais a persévéré malgré la frustration, mettant en avant la force mentale nécessaire pour affronter des voies difficiles. "La 1ère tu dois monter un 8a, 8a+ de deux nœuds environ et ensuite la voie commence réellement. La 1ère véritable section est un gros jeté sur crimp. Comme on peut retrouver sur du « Kilterboard boulder ». Mais cela ne m’a pas demandé trop d’effort car j’aime le style « Kilterboard » . De là tu fais quelques mouvements encore avant un bon repos. Ensuite vient une section d’environ 10 mouvements avant un petit jeté, là tu te reposes encore. Et puis tu as environ encore 10 mouvements avant un autre repos sur crimp. Et du « crimps rest » tu as encore 10 mouvements avant d’arriver à la partie difficile puis un autre repos avant d’atteindre le reste de la section et de là c’est une section 8a, 8a+ jusqu’en haut. Cette dernière section est assez demandeuse et très dure en endurance car il y a de très nombreux mouvements depuis le début de la voie. Je suis tombé environ 4 fois sur le dernier mouvement, un mouvement très compliqué et 2 ou 3 fois encore avant ça. Le Chemin vers le Succès : Megos a travaillé méticuleusement Sleeping Lion pendant trois jours avant de se lancer dans des runs d'enchainement. Une touche humoristique s'est produite lorsqu'une prise cruciale s'est cassée lors de sa deuxième tentative... "L’un dans l’autre je pense que le processus de travail était assez bon. J'ai bossé la voie pendant 3 jours et j'ai ensuite envoyé des runs pendant 5 jours. Et j’ai réussi à l'enchainer sur mon 8ème jour. J’ai également rencontré un autre problème sur ma 2ème tentative au 4ème jour. J’ai cassé l’une des meilleures prise de la voie. J’ai appelé Chris Sharma pour m’aider à recoller la prise. Il est venu 2 jours plus tard, nous avons retrouvé l’ensemble des morceaux de la prise et nous l’avons recomposée ensemble et recollée où elle était placée juste avant." Les conseils de Megos : Utilisant son expérience, Megos a partagé des idées précieuses pour la communauté de l'escalade : "Le plus important des trucs à mettre en avant c' est d’essayer de prendre du plaisir, de s’amuser et d'y croire, car souvent la partie mentale peut-être plus difficile que ce que l’on aurait pensé. J’ai également appris que lorsque l’on est vraiment motivé, les choses peuvent paraître plus simples. Les choses prennent du temps mais si tu veux vraiment investir un peu de temps alors bien souvent nous en sommes récompensés." Et pour la suite... En regardant vers l'avenir, Megos a une multitude de projets, y compris des ambitions compétitives et la conquête de voies d'escalade encore plus difficiles. "Mes futurs projets… J’ai de nombreux projets pour le futur. Au-delà de quelques compétitions et de me qualifier pour les jeux olympiques de Paris, j’espère pouvoir compléter d’autres projets en falaise enchainer des voies et des projets plus difficiles encore. Il y a définitivement plus de voies que de temps pour les réaliser. J’ai encore une longue liste de voies difficiles auxquelles me confronter. J’espère faire encore quelques Rock Trips également..." ll envisage un avenir radieux pour l'escalade, imaginant que les grimpeurs atteindront des niveaux toujours plus difficiles, voir des cotations inédites dans les années à venir. "Je pense que l'escalade en falaise a encore un très bel avenir, le même que ces 10 dernières années. De plus en plus de personnes grimperont des voies en 9a, 9b, plus de personnes grimperont également des voies 9b+, 9c, … et éventuellement à un certain point nous verrons les premières voies en 9c+ et peut-être les premières 10a." 💬 : Alex Megos 📷 : marcozanone / janvirtphotography 🗞 : GrimpActu.
- Sébastien Berthe, Pic-St-Loup 9a+: La Conquête de Beyond
Le 23 décembre, un chapitre palpitant s'est écrit dans l'histoire de l'escalade, avec la troisième ascension de Beyond 9a+ à « La Baume des Escargots » sur la face nord du majestueux « Pic Saint-Loup » en France. L'ascension a été réalisée par Sébastien Berthe, qui partage généreusement son aventure et ses expériences exclusives avec nous. Informations détaillées sur l'itinéraire : Au cœur de cette prouesse se trouve un parcours exceptionnel, Beyond, équipé il y a quelques années par Fedric Ferraro dans la partie la plus escarpée de la grotte. Initialement cotée 9a, la difficulté a pris un tout autre niveau en 2020, lorsque une prise a cassé et a redéfinit la section à un redoutable 9a+. La voie a été grimpée pour la première fois par Seb Bouin et Lucien Martinez en 2019, et Sébastien Berthe inscrit maintenant son nom parmi les conquérants de ce géant de la grimpe. "La section est devenue nettement plus dure (passée de 7B à 7C+ boulder), ce qui a porté la note de l'ensemble du parcours à 9a+. J'en ai fait la 3ème ascension version d'après Seb Bouin et Tanguy Merard. Beyond est probablement l'un des meilleurs de ce grade en France et même en Europe : Énorme surplomb, gros dropknees, dynos, kneebars, tufas époustouflants…" La Structure de la voie : Beyond se présente comme un défi redoutable, avec ses caractéristiques impressionnantes : un énorme surplomb, des dropknees audacieux, des dynos vertigineux et des tufas à couper le souffle. Le parcours se décompose en plusieurs sections, chaque mouvement est une danse entre force brute et mouvements techniques. Des crux complexes jalonnent le chemin, exigeant une maîtrise parfaite des knee jams, dropknees, et une force de doigt exceptionnelle. "Le parcours peut être découpé en plusieurs tronçons : une première partie de 7c (environ 8m), crux 1 (environ 7C+ boulder) : 4 mouvements sur réglettes suivis de gros dyno jusqu'à un bon tufa, un bon repos avec genouillères, 12 mouvements de transition (autour de 7B+ rocher), crux 2 (autour de 7C+ rocher) : traction dur avec un undercling ondulé gauche et un grand mouvement avec un dropknee vers une petite prise. " Histoire du Processus : Le périple de Seb Berthe commence bien avant la réussite épique de Beyond. Attiré par la réputation du Pic-St-Loup, il découvre l'existence de lignes qui pourraient devenir le théâtre de son engagement envers des projets plus difficiles. "Un de mes amis un français très fort, Lucien Martinez, m'a parlé du Pic-St-Loup comme d'un endroit potentiel où je pourrais trouver l'itinéraire de mes rêves. La Baume des Escargot sur la face nord du Pic Saint-Loup, à proximité de Montpellier, recèle en effet de nombreux itinéraires particulièrement beaux et exigeants ! Parmi eux : deux routes potentielles 9b, ACL et Beyond intégral !" Le choix du Pic-St-Loup ne se fait pas par hasard. La Baume des Escargots offre des itinéraires incroyables, et l'orientation nord du site, bien que peu favorable au bronzage, s'avère idéale. Les conditions extrêmes, combinées à la beauté des voies, captivent Seb, devenant le décor d'une aventure mémorable. "J'ai remarqué récemment que j'avais beaucoup de problèmes de peau, au moment de choisir les projets orientés sud. Les conditions du Pic Saint-Loup, malgré un froid extrême, me conviennent parfaitement !" La Quête de la Perfection Technique : Le processus d'entraînement et de conquête de Beyond révèle la beauté et la complexité de l'escalade. Sébastien Berthe plonge dans un défi technique exigeant une maîtrise précise des mouvements. Des séances dédiées révèlent des progrès rapides, mais aussi les défis inhérents à la voie. "Quelle joie de se retrouver dans ce processus de travail, de chercher des détails, de se sentir motivé pendant la randonnée d'approche, l'endormissement en réfléchissant aux mouvements... Après quelques séances, des progrès significatifs se font sentir : je peux aborder de longues portions de parcours." Les Moments Crux - iaux : "Le dernier jour de ces deux semaines de travail sur le voie (environ 7 séances), au cours d'une tentative très intense, j'ai réussi à passer le premier crux réalisé depuis le sol. Complètement pompé, je finis par tomber dans le deuxième... Pas assez d'endurance cette fois, il faudra que je revienne plus en forme!" Les séances suivantes se teintent de succès partiels, chaque chute enseignant une leçon précieuse. L'ascension de la voie atteint son apogée lors d'une séance hivernale intense : "C'est un mois plus tard, au cœur de l'hiver, que j'ai enfin la chance de me venger. Je n'ai que quelques jours avant Noël. Il va falloir que je sois fort et efficace pour terminer la voie en si peu de temps. La première tentative est très prometteuse : je me sens bien plus fort que lors de ma dernière visite ! C'est tellement agréable de sentir des progrès dans une voie. La sensation de progrès est presque aussi exaltante que celle de terminer un projet. C'est l'une des choses que j'aime dans l'escalade : tu ne sais pas pourquoi ni comment, mais soudain tu peux exécuter les mouvements avec une certaine aisance alors que tu pouvais à peine tenir les positions en début de processus. Lors de ma deuxième séance de ce deuxième séjour, j'atteins le sommet en tombant sur le dernier mouvement du dernier crux. Ah, ça fait du bien ! Tout ce que j'ai à faire c'est de continuer d'essayer et de rester concentré, et un de ces jours, je rattraperai cette prise ! Dans les trois prochaines séances, je continue de chuter, tentative après tentative dans cette redoutable section. Je me sens mieux, mais à chaque fois une petite erreur me laisse pendre dans le baudrier. Dernier jour... Demain je devrai partir ! Je sais que je peux le faire, mais les séances précédentes m'ont épuisé... Ma peau me fait mal, l'arrière de mes cuisses est irrité par les genouillères, je ressens des douleurs musculaires des jours précédents. Cela va être une bataille mémorable." La Victoire Sanglante : Le dernier jour, fatigué mais déterminé, Seb Berthe se lance dans sa dernière tentative. La fin de la redoutable section est en vue, mais la fatigue menace. Le grimpeur puise dans ses dernières réserves pour franchir les derniers mètres : "Je fais ma première tentative et échoue à nouveau dans cette section difficile... Pour mon deuxième essai, je n'ose plus vraiment y croire... Je pense qu'il faudra peut-être que je revienne en janvier prochain. Mais autant essayer une dernière fois... Je passe en revue le début du parcours, je suis précis et je grimpe vite ! Je surmonte le premier crux. Alors que j'atteins le repos, je sens mon pouce glisser sur cette tuf gauche. Un rapide coup d'œil confirme ce que je craignais : j'ai une jolie coupure sur la peau et du sang coule sur mon avant-bras. Condamné. J'essaie de sécher le sang du mieux que je peux, ça ne marche pas entièrement. Je reprends l'escalade depuis cette position de repos précaire sur une genouillère avec la ferme intention de reussir ça. Je ne pense plus. Je suis dans l'instant. Je laisse mon corps faire le reste. Maintenant, je suis dans le deuxième crux. Dans une grande lutte, j'arrive enfin à attraper cette tuf glissante marquant la fin de la partie difficile de la voie. Après, il est essentiel de rester concentré... Plus de place pour l'échec maintenant ! Normalement, c'est beaucoup plus facile. Il reste environ un équivalent 7c ! Mais avec le stress et la fatigue de la séance, je sens la pompe monter dans mes avant-bras. Mais ce n’est pas le moment de lâcher prise ! Je tire sur mes talons, j'utilise mes genoux, je relâche mes bras autant que possible. Encore quelques mètres ! Voilà, je viens d'exécuter le dernier mouvement difficile... Je peux profiter des mouvements finaux et clipper le relais, avec un cri de joie, réalisant mon troisième 9a+ ! Environ 13 séances ont été nécessaires pour terminer ce parcours" Alors que l'histoire de Beyond continue, nous attendons avec impatience le prochain chapitre, peut-être marqué par la sortie par « ACL » et son 9b. 💬 : Sébastien Berthe 📷 : Alois Bedel 🗞 : GrimpActu!
- Au Sommet de l'Abattoir : Tanguy Topin Conquiert la Voie Ametsa
Tanguy Topin, grimpeur talentueux, partage avec GrimpActu son aventure épique dans la voie Ametsa, située à l'Abattoir près de Grenoble. Cette ligne exigeante, cotée 9a, a été le théâtre d'une performance exceptionnelle, dévoilant les defis physiques, mentales, et émotionnelles qui jalonnent une ascension de cette envergure. La voie débute par un sévère pas de bloc estimé à 8a, imposant d'emblée une difficulté intense. La gestion des sensations dans les doigts devient cruciale, avec des prises exiguës et un froid hivernal perçant, Tanguy raconte : C'est une voie qui débute d'entrée de jeu par un sévère pas de bloc estimé à 8a bloc. S'en suit quelques mouvements de transition vers une décontraction sur des plats fuyants qui permet surtout de récupérer des sensations dans les doigts. C’est l’une des difficulté de la voie, gérer les sensations dans les doigts en raison de la petite taille des prises associée au froid hivernal qui coupe la circulation du sang. Ensuite, il nous reste un 8c bien rési qui peut se décomposer en un 7b+ bloc sur de minuscules prises, suivi d'un mur vertical toujours très à doigts qui nous amène au dernier pas de bloc valant à mon avis environ 7b bloc ou je suis tombé quelques fois dans la rési lors des dernières séances. La fin, même si elle baisse d’intensité, reste très soutenue jusqu’au bac final et vaut environ un 8a de 5/6m de haut. Vraiment ce n’est pas gagné, il vaut mieux être un bon « résiman » pour ramper au sommet de la falaise les coudes aux oreilles. Autant dire que je me suis vu tomber dans la rési, mais le mental a tenu bon! Il nous explique plus en détail les crux qui se trouvent tout au long de la voie : Crux 1 - le 8a bloc : Le début de la voie concentre les difficultés les plus intenses de toute la voie. Je précise que les 3 répétiteurs de la voie, après la FA de Nico Pelorson sommes partis avec la 3ème dégaine pré clippée. Nico Pelorson avait réussi en 2016 la FA en clippant toute les dégaines, la machine ! L’un des premiers mouvements du pas de bloc a été rendu plus difficile à gérer et aléatoire (il y a deux ans), suite à la casse d'une prise déjà minuscule et il n’est pas rare de percer son index sur cette prise, c’est très frustrant. La suite du pas de bloc représente la difficulté principale, elle est plus physique dans un panneau plutôt raide avec de grands mouvements nous permettant de relier des règles correctes entres elles. On croirait faire du pan. La force de saisie (ou de contact) est déterminante car les mouvements sont très dynamiques. Crux 2 - le 7b+ bloc : Celui-ci est presque dans du vertical, et tire sa principale difficulté (après une mise en place pas facile) de la tenue de deux minuscules cupules à arquer à deux ou 3 doigts pour finir par un grand mouvement sur une prise correcte. Trouver la bonne séquence de pieds peut s’avérer compliqué. Plusieurs méthodes existes et chaque année j’en ai trouvé une nouvelle hahah, incroyable avec juste 4 prises dans les mains. Crux 3 – le 7b bloc : le dernier pas de bloc (qui sort du lot des autres mouvements de la voie) et peut-être celui qui m’a posé le plus de problème, d’abord intrinsèquement puis dans la rési lors des runs d’enchainement. Le passage est très court et débute par une mise en place avec un pied gauche pourri et une montée de pied droit hasardeuse qui demande pas mal de la mobilité de hanche. Une fois en place, le mouvement caractéristique est le serrage d’une toute petite « dent » qui ressort du caillou, à serrer avec 2/3 doigts pour aller loin dans un petit tri doigts difficile à viser (cela m’a couté quelques précieux essais). Cette fameuse dent a perdu quelques millimètres au fil des années, ce qui fait que je ne me suis jamais senti de mieux en mieux dans le pas . Avis aux amateurs : gare aux arracheurs de dent, merci de ne pas poser le pied dessus !!! Tanguy entame son périple en 2019, animé par le rêve de conquérir un 9a. La voie Ametsa devient son défi personnel. Après cinq ans d'efforts de hauts et de bas, il décrit comment cette voie, exigeante en pose de pied, en doigts, et en gestuelle, a été le processus le plus enrichissant de sa carrière. J’ai commencé à travailler cette ligne en 2019 avec mon colloc de l’époque, Léo Dechamboux. Cela faisait un moment que nous étions en quête du graal, celui de clipper le relai d’un 9a. Pour moi c’était un rêve. J’étais assez proche dans un autre 9a sur la falaise de Saint Ange, une autre falaise sur les hauteurs de Grenoble, puis les condis sont passées et la dynamique locale s’est déplacée à l’Abattoir. J’ai donc mis les doigts dans Ametsa pour être avec les copains et j’ai tout de suite adoré ! C’est une voie super exigeante en pose de pied, en doigts et en gestuelle. C’était vraiment un défi personnel de me dire qu’un jour je serais capable de serrer assez fort les prises tout en grimpant à la perfection, telle une chorégraphie millimétrée en danse, pour l’enchainer. C’est le processus le plus enrichissant qu’il m’est été donné de faire en escalade, après de nombreuses années de compet à axer plutôt mes entrainements autour du physique. Cela m’a prit environ 5 ans pour en venir à bout et je détaillerais pourquoi dans la suite des question… La gestion des paramètres complexes, de la météo à la qualité de la peau, devient un art. Tanguy dévoile ses stratégies, jonglant avec la température des prises et planifiant des entraînements spécifiques. Mentalement, il explore l'imagerie mentale pour préparer son esprit aux défis à venir. J’ai rapidement bien bougé dans la voie et j’ai d’abord pensé que ça allait vite marcher pour moi. Finalement je me suis rapidement rendu compte de la multitude de paramètres à gérer pour enchainer une telle voie quand on a pile poil le niveau… D’abord, l’empilement du premier pas de bloc et de la rési qui s’en suit est difficile à maitriser tellement les efforts sont marqués (c’est l’une des caractéristiques de la voie). A certaines périodes j’avais la puissance de réussir le pas de bloc en 8a du bas mais je n’avais pas la rési de poursuivre dans le 8c final et d’autres fois j’étais bien préparé en rési, mais au détriment de mon niveau de force pour parvenir à enchainer le premier pas de bloc. C’est plutôt logique comme ressenti quand on est pile dans le niveau et que les contraintes d’une voie sont marquées par deux qualités opposées. Ensuite pour poursuivre dans mon aveux de faiblesse hahah, il fallait que toutes les conditions soient réunies. Des conditions maitrisables comme la qualité de la peau et le niveau d’entrainement et d’autres moins comme la météo et les températures. Pour expliquer un peu, la voie demande une d’avoir une très bonne peau. On ne peut donc pas y aller trop souvent car on se perce rapidement les doigts si on s’acharne, entrainant parfois des pauses de 3 semaines pour se refaire une pulpe solide. Le fait de grimper en salle sur des prises qui poncent la peau est aussi proscrit lorsque l’on ambitionne de mettre des vrais runs. J’ai donc planifié tous mes entrainements les lundi et mardi sur des supports de type pan (avec des mix de prises en bois et prises normales) et beaucoup de préparation physique axé sur les qualités de la voie (donc beaucoup de poutre) pour avoir le plus de peau possible le vendredi (jour où je grimpe généralement avec les copain du « Friday climbing », ils se reconnaitront). La température est aussi une clé de la réussite. S’il fait trop chaud, aucune chance de tenir les prises les plus petites de la voie. Mais s’il fait trop froid, celles-ci coupent la circulation du sang et au passage toute sensation dans la pulpe. J’ai donc dû utiliser quelques petites stratégies comme « la pierre de feu » dans le sac à magnésie (pierre laissée proche du feu pour la faire monter en température), les pré-runs ou faux départ dans la voie pour se mettre une première fois l’onglée avant un run... Pour la pierre chaude, ça marche mais le fait de serrer la prise brulante dans les mains pendant quelques secondes augmente la contrainte de rési… Mettre la main dans la nuque c’est bien mais souvent ça graisse légèrement les mains, dans cette voie c’est un piège. Le dernier facteur à gérer quand on travail une voie sur autant d’année c’est de gérer le mental, la frustration… J’ai déjà été tout proche de l’enchainer juste avant le premier confinement mais le Covid en a décidé autrement… Ensuite il y a eu la casse d’une prise et le sentiment que je ne pourrais plus passer le pas du bas, à trois mètres à peine du sol… J’ai passé un hiver sans parvenir à refaire le mouvement de la prise cassée, j’ai donc essayé d’autres voies à côté, puis Takamine l’hiver dernier, qui fut au final mon premier 9a (en janvier dernier) ! Suite à cela j’avais réussi mon objectif de faire 9a et je pensais que ma motivation et mon niveau allait être au plus haut… ce fut tout l’inverse. Je n’ai plus rien fait en falaise depuis et je pense que le fait d’atteindre un rêve de gosse est parfois plus dur à gérer que le processus qui permet de l’atteindre. C’est peut être aussi le fait de se rendre compte que le jeu est dérisoire par rapport à pleins d’autres aspects de la vie… Quoiqu’il en soit j’ai eu envie de revenir grimper dans la voie cette automne, juste pour le plaisir de grimper dans une voie qui m’est familière et je me suis surpris à prendre un plaisir fou à retrouver mes petites habitudes, à venir cette fois en vélo à la falaise, a faire des barbecue improvisés sur notre four en pierre de compète avec les amis... Chaque journée a été un vrai bonheur et je me suis rendu compte que j’abordais les choses avec une plus grande simplicité, plus de maturité dans mon escalade, plus de patience et de petits stratagèmes et surtout moins d’exigences envers moi-même (si ça le fait, tant mieux, sinon c’est pas grave). Je savais comment être prêt pour la faire et c’est arrivé super vite, en l’espace de 5/6 séances. Après avoir atteint le sommet, Tanguy exprime une joie intense et partage son succès avec ceux qui ont contribué à son parcours : Mon ressenti après l’enchainement c’est beaucoup de joie, une émotion super intense et l’envie de le partager avec tout ceux qui ont fait partie du processus, ma copine d’abord qui vit de l’intérieur ce qui se passe quand je suis si proche de l’enchainement et que je vis uniquement pour faire la voie, pour réussir la chorégraphie parfaite le jour J. Je parle de chorégraphie car on est bien sur une reproduction de mouvements connus et intégrés parfaitement. Et pour le coup, merci l’ami Tristan pour notre dernière discussion qui m’a aidé à faire la voie. Il s’agissait de s’autoriser à sortir de ce schéma parfait pour pouvoir se transcender bien au-delà en laissant s’échapper les émotions. Le jour de l’enchainement tout ne s’est pas déroulé parfaitement comme je l’imaginais. Après un premier très bon run mais très couteux énergétiquement j’ai grimpé la voie sans pression et dans un pur combat, sans calculer tout ce que je faisais. Tanguy partage une sagesse forgée dans le processus, soulignant que la richesse réside davantage dans le cheminement que dans la destination finale : Je pense que l’on tire bien plus de richesse du processus de réalisation d’une voie que de l’atteinte du but lui-même. Faire la croix est un instant très fort émotionnellement mais relativement si court qu’il faut surtout profiter de chaque instants du processus (en particulier humainement pour ma part). Et en étant bien dans ce que l’on fait on a plus de chance d’arriver à ses fins. En tant qu'entraîneur au pôle espoir escalade à Voiron, Tanguy jongle habilement entre passion et responsabilités. Il révèle un équilibre fièrement maintenu malgré les défis : C’est un équilibre très dur à trouver et pour ma part j’essaye de donner autant d’importance et d’énergie à tous ses aspects. Savoir pourquoi l’on fait les choses si intensément est déjà un bon début (pour ma part, mon travail c’est aussi ma passion, puisque je suis entraineur dans un pôle espoir escalade à Voiron. Ma mission consiste à donner un max d’énergie, de passion et d’expérience dans les entrainements, pour faire progresser des p’tits jeunes qui sont tout aussi motivés que moi et qui me poussent à rester compétitif). Réussir à partager à notre entourage à quel point cela compte pour nous est parfois difficile. Je me donne donc des priorités en fonction des périodes de l’année. C’est un équilibre parfois précaire dont je suis particulièrement fier mais qui me demande quelques fois des remises en questions. 💬 : Tanguy Topin 📷 : Nico Pelorson / Damien Largeron 🗞 : GrimpActu!
- Retour en Force : Le Grimpeur de St Paul de Vence Benjamin Guigonnet
Benjamin, guide de haute montagne résidant à St Paul de Vence, partage son incroyable parcours de grimpeur au cours de l'année écoulée, révélant une série de réalisations impressionnantes et une détermination sans faille. À 36 ans, avec deux enfants en bas âge, Benjamin évoque ses débuts dans l'escalade, remontant à son adolescence : "J ai découvert l escalade avec ma mère quand j étais au collège et j ai tout de suite été accro. J ai voulu en faire mon métiers . J e suis guide de haute montagne depuis 2011." En 2018, Benjamin atteint un jalon significatif en réussissant sa première voie cotée 9a TTT. Après une pause de près de deux ans, son enthousiasme pour l'escalade ressurgit à l'automne. "Une voie que j avais équipé dans les gorges du loup que j estimais à 9a mais qu Enzo oddo avait libéré assez rapidement sans genouillère … il l avait alors estimé à 8c+ !" Ils essayaient la voie en même temps avec son partenaire de grimpe Cédric Lopicolo. "On a essayé la voie régulièrement en même temps qu un autre projet a l arche de déversé. Une voie équipé par Cédric et libéré pas pierre Lecerf alone 9a. Les premières séances pour moi étaient horribles… puis peu à peu je retrouver la forme…!" Puis un jour avec Cedric, Jules ils enchaînent "Le Briseur de Rêve", une King Line cotée 8c+, une victoire mémorable. "Le briseur de rêve 8c+ ( référence à Enzo qui avait décoté la voie que j avais équipé) une King Line. Je n en revenais pas !!! C était géniale " Benjamin poursuit sur cette lancée dans les semaines qui suivent : " Puis j ai continuais dans mon élan en enchaînant abyss 8c+ et surtout Alone le 9a de l arche, une magnifique voie de conti physique comme j aime ! Puis juste après la première partie d un futur projet just one fix 8c+. J étais un peu sur un nuage… Je comprenais pas trop comment j avais fait pour enchaîner ces voies si dures pour mon niveau en si peu de temps (environs 2 mois depuis ma reprise). La régularité dans la grimpe et la motive partagée avec Cédric m’ont permis de revenir plus rapidement que je l avais espéré !" Le grimpeur détaille "Alone", décrivant les défis physiques et mentaux de cette voie de conti : "Alone 9a a l arche de déversé, une extension d’un 8c de conti majeur équipé par Cédric. Pierre Lecerf a fait la première L année dernière. Tu fais la premières partie du 8c, environ 8b+, t as un repos correct sur genoux ou tu a du mal à rester longtemps puis quelques mouv pas trop dures avant un pas de blocs ou il est difficile d attraper correctement un tridoigt main gauche. Un mouv qui peut être un peu frustrant car on se coince les doigts dans le trou sans pouvoir le retravailler par le suite …puis on enchaîne sur une suite de 12/13 mouv dément bien physique sans repos jusqu’au relais. Bref une voie démente de conti physique ! Pile mon style. Pour ma cote je ne sais pas trop c est tellement dur à coté ce genre de voie de conti. La cotation reste à confirmer" Après ces belles victoire il se dirige vers "Comité d' Accueil à Seranon". Une voie qui représente un autre défi majeur. Malgré des difficultés psychologiques, Benjamin persévère, s'entraîne avec détermination : "C était une voie qui me motivait, la voie est majeur et la falaise est super classe. Un spot d hiver. Après les vacances de la Toussaint j avais hâte qu’il fasse froid pour essayer. En attendant je me suis motiver à refaire un peu de training dans mon garage avec mon frère. Puis je suis allé mettre les paires dès qu’il y a eu les condi. J ai fait les mouv tout de suite mais le crux restait aléatoire pour moi… pas comme Jules qui l a littéralement randonnée ! Finalement je suis tombé quasiment toujours au même mouv ! C était dur psychologiquement ! J ai commencé à me dire qu’il fallait que je retourne m entraîner pour revenir plus fort pour faire ce satané crux. Mais en même temps je me sentais pas trop loin … et les fêtes approchaient … j ai finalement trouvé qlq pour m assurer le vendredi avant Noël (merci Wawa) et j ai enchainé miraculeusement la voie après ûn premier essaie des plus frustrant …! Je n en reviens toujours pas. J etais a 2 doigts de faire une pause. Finalement c était pas si long pour mon niveau, 7 séances. La frustration n était pas facile à gérer mais finalement j arrivais à me satisfaire de petits progrès à chaqu une de mes séances." 💬 Benjamin Guigonnet 🗞 GrimpActu!
- Deux Nouvelles Voies dans le Neuvième degrés : Les Exploits de Jules Marchaland
Depuis mai 2022 Jules Marchaland enchaîne les voies en 9a et 9a+. Ce n'est pas moins de 11 voies qu'il a réussit à enchaîner dans ces cotations dont notamment : Trip Tik Tonik, Condé de choc, Punt X, ... En seulement quelques jours il ajoute 2 nouvelles croix à cette liste déjà très impressionnante. Au cœur des montagnes ensoleillées de Seranon, dans l'arrière-pays de Nice, réside des défis redoutables qui ne lui font plus peur. Jules a réussi a enchaîner " Comité d'accueil," une voie côté 9a. Ce récit épique débute par l'invitation d'un ami et la proximité de la falaise de son domicile. Une alchimie parfaite qui a conduit Jules, à se confronter à cette paroi majestueuse. "Une voie technique à doigts, sculptée par Élie Morieux en 2016/2017, déjà enchaîné par cinq grimpeurs. C'est une voie sur un rocher de qualité. On y retrouve des mouvements difficiles pour un efforts de résistance, ponctuée de blocs délicats à doigts. " Pour l'enchainer il lui aura fallu seulement trois séances. Cependant trois années se sont écoulées entre les premiers regards et l'enchaînement final. "Je l'ai finalement fait en deux séances, j'étais tout de même allé voir les mouvements il y a trois ans." Il prendra ensuite la route de la majestueuse falaise de Saint Léger entre la Drôme et le Vaucluse pour ne faire qu'une bouchée du "Cadafist" 9a+. Le Cadafist, un défi complexe étiré sur 30-35 mètres, en trois sections bien définis : "La voie fait 30/35 metres On peut la décomposer la voie en 3 sections : 8a+ , gros repos, section sur arquees avant un gros crux sur pince et bi, puis grosse section resi dans reve de poutre 8c" Le récit prend un tournant exaltant lorsque Jules part en quête du Cadafist. Les deux premiers jours d'efforts ont été compliqués : "Je galèrai vachement à cause du pas de bloc ou il fallait faire une lolotte ; ce n'est vraiment pas mon fort" Jusqu'à ce qu'un ami propose une astuce salvatrice : le talon. C'est le déblocage tant attendu, mais la section résistante finale reste un défi difficile à surmonter . Jusqu'au troisième jour où, après une lutte acharnée, la voie est conquise. "La fin me posait problème, mais j'ai mis un gros combat, et c'est passé. C'est super cool." Entre chaque prise, chaque chute et chaque victoire, émerge un désir ardent de progression. Les prochains défis se dessinent : "Pour les prochains projets se sera surtout de m'entraîne pour être plus fort globalement. Puis il y a la saison de Coupe du monde que j'ai envie d'honorer au maximum. Je egalement le titre de champion de France." Au-delà des compétitions, Jules se tourne vers les falaises sans projets spécifiques, simplement guidé par le désir de gravir des voies qui le font vibrer, jours après jours. 💬 Jules Marchaland 🗞 GrimpActu!












