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- Chaussons d'escalade : Une pollution invisible qui menace votre santé
Même les médias généralistes s’en emparent : les chaussons d’escalade polluent l’air que l’on respire C’est une étude qui fait parler bien au-delà du petit monde de la grimpe. Publiée en avril 2024, "L’empreinte invisible des chaussons d’escalade : forte exposition aux additifs du caoutchouc dans les salles d’escalade" , signée par la chercheuse Anya Sherman (Université de Californie – Berkeley), secoue le milieu. Ce que l’on croyait être un simple sport de contact entre peau, chaussons et résine, s’avère être un environnement saturé de particules chimiques, issues directement de l’usure des semelles. Pire : certaines substances identifiées dans l’air intérieur des salles sont les mêmes que celles retrouvées dans les eaux polluées par les pneus de voiture. Dans un contexte où les préoccupations environnementales et sanitaires s’invitent partout , du bio dans nos assiettes aux perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques, la question se pose désormais avec force dans l’univers de l’escalade indoor : à quel prix grimpons-nous ? Des semelles ultra-techniques... et hautement chargées en additifs Les chaussons d’escalade ne sont pas des chaussures ordinaires. Pensés comme de véritables outils de performance, ils allient précision extrême, adhérence maximale et durabilité renforcée. Pour atteindre cet équilibre, les fabricants incorporent une série d’additifs chimiques puissants, notamment des composés dérivés du caoutchouc, ou RDCs (Rubber-Derived Compounds). Parmi eux : le 6PPD, tristement célèbre pour son rôle dans la mort massive de poissons dans les rivières nord-américaines, mais aussi le BTZ, le DPG, ou encore le HMMM, tous issus du monde automobile. Des additifs issus de l’industrie automobile Initialement conçus pour renforcer les pneus face aux chocs thermiques ou à l’ozone, ces additifs ont migré dans les chaussons d’escalade… sans réelle régulation. Le problème ? À chaque appui sur une prise, à chaque frottement contre le mur, les semelles s’usent et libèrent des particules de caoutchouc. Invisibles à l’œil nu, ces microfragments s’accumulent sur les volumes et les micro-prises, jusqu’à former une poussière noire caractéristique : la foothold powder, principalement composée de caoutchouc usé. Et cette poussière, elle ne reste pas tranquille au sol : elle est balayée, brossée, remise en suspension… et se retrouve dans l’air que nous respirons. Un air intérieur chargé... et transformé Les grimpeurs ne se contentent pas de manipuler des prises, ils respirent aussi l’air saturé de microparticules de caoutchouc. Des techniques avancées, comme l’imagerie électronique et les analyses chimiques, ont permis de prouver que ces particules de caoutchouc ne sont pas seulement omniprésentes dans les salles d'escalade, elles se transforment également en composés chimiques inquiétants une fois libérées dans l’air. L’ozone, un gaz présent dans l’air intérieur des salles d'escalade, joue un rôle crucial dans ces transformations. Ce gaz réactif attaque les particules de caoutchouc et les dégrade, produisant ainsi des composés encore plus toxiques . Parmi ces produits secondaires se trouve le 6PPD-quinone, un dérivé de l’additif 6PPD, déjà tristement célèbre pour sa toxicité envers les poissons dans les rivières. Cette substance, pourtant bien camouflée dans les semelles de nos chaussons, peut donc s’avérer hautement toxique lorsqu’elle est inhalée ou ingérée. Les particules les plus fines, celles qui mesurent moins de 10 microns, ont une capacité particulière à rester en suspension dans l’air pendant de longues périodes. Ces particules peuvent être facilement inhalées par les grimpeurs et, pire encore, pénétrer profondément dans les poumons, où elles pourraient provoquer des effets respiratoires à long terme. Et ce n’est pas tout : les particules ingérées par voie orale, notamment lors de l’accumulation de poussière sur les mains ou les prises, passent directement dans le système digestif. L’exposition à ces particules est donc un problème à double tranchant : respiratoire et digestive. Pour les grimpeurs réguliers, mais surtout pour les employés des salles d'escalade, l’exposition est constante et répétée, augmentant ainsi le risque d’absorber un cocktail chimique dont les effets à long terme restent encore largement inconnus . @IFSC Et ce n’est pas tout, la magnésie a elle aussi un rôle nocif à jouer... Alors que les chaussons d’escalade sont au centre des préoccupations, il ne faut pas oublier que la magnésie en poudre, souvent utilisée par les grimpeurs pour améliorer l’adhérence, n’est pas sans dangers non plus. En effet, cette poudre fine, omniprésente dans les salles d’escalade, représente une autre source de pollution de l’air intérieur, contribuant à une exposition aux particules fines qui ne doit pas être négligée. La magnésie utilisée dans ces environnements n’est pas toujours pure et peut contenir des traces de silice. Lorsque la proportion de silice dépasse les 1%, les risques de maladies pulmonaires, comme la silicose, augmentent de manière significative. Ces particules fines, en suspension dans l’air, sont facilement inhalées par les grimpeurs, et ce n’est pas sans conséquences. Une étude réalisée par l’Université technique de Darmstadt a démontré que l’air respiré dans les salles d’escalade, souvent saturé de particules fines, est comparable à celui des secteurs industriels pollués, où les travailleurs sont exposés à des niveaux de pollution bien plus élevés. Ce phénomène devient d’autant plus préoccupant à mesure que la pratique de l'escalade en salle se développe. Les grimpeurs, mais aussi les employés des salles, inhalent régulièrement des particules de magnésie, contribuant à un risque de pathologies respiratoires sur le long terme. Et si la magnésie semble nécessaire pour garantir une bonne performance en escalade, elle doit également être considérée comme une menace pour la santé de ceux qui évoluent dans ces espaces. En effet, avec la croissance rapide de la pratique, l'impact sur la santé des employés des salles pourrait bien devenir un sujet d'inquiétude majeur dans les années à venir. Il est donc urgent de réfléchir à des solutions pour améliorer la qualité de l’air et garantir un environnement plus sain. @IFSC Crise économique et sociale dans les salles privées : un cocktail explosif Le secteur des salles d’escalade traverse actuellement une crise sociale et économique, un contexte qui ne fait qu’aggraver les inquiétudes liées aux risques sanitaires. Après les grèves récentes chez Climbing District et Climb Up , qui dénoncent des conditions de travail de plus en plus insoutenables, c'est une véritable alerte pour l'avenir des salles privées. Ces mobilisations, portées par des revendications sur la surcharge de travail, l’absence de compensation pour les heures supplémentaires et les plannings chaotiques, révèlent l’épuisement des employés qui subissent déjà l’impact de conditions de travail difficiles, exacerbées par l’exposition constante à des substances dangereuses comme la magnésie et les additifs chimiques présents dans les chaussons d’escalade. Cette crise sociale s’inscrit dans un climat économique tendu, où les fermetures récentes de Vertical'Art Lyon , Pigalle et Chevaleret en témoignent. Malgré une hausse des tarifs d’entrée, les salles privées peinent à attirer une clientèle régulière. L’augmentation des charges, notamment l’énergie et les loyers, associée à une baisse de fréquentation générale dans le secteur des loisirs, affecte gravement la rentabilité. Dans un tel contexte, les salles doivent jongler avec des coûts toujours croissants, tout en offrant un environnement qui, par ses substances chimiques en suspension, pourrait poser un véritable risque à long terme pour la santé des employés et des pratiquants. L’exposition à la magnésie, les particules chimiques provenant des chaussons et l'air souvent saturé dans les salles ne font qu’aggraver une situation déjà critique. Les employés, souvent exposés à ces substances au quotidien, sont particulièrement vulnérables. Face à cette double crise, économique et sanitaire, les acteurs du secteur devront repenser leur modèle pour garantir la sécurité et le bien-être des employés tout en assurant la pérennité des structures privées. L’équilibre entre rentabilité et sécurité des pratiquants semble plus que jamais fragile. Quelques conseils pour grimper plus sainement Alors, que faire pour continuer à grimper sans se mettre en danger ? Voici quelques pistes concrètes pour réduire l'exposition aux risques sanitaires : Privilégier les salles bien ventilées : une bonne aération permet de réduire la concentration de particules fines en suspension. N'hésitez pas à poser la question au personnel. Éviter les heures de forte affluence : l'air est souvent plus saturé en particules pendant ces périodes. Opter pour de la magnésie liquide : elle émet moins de particules que la magnésie en poudre, ce qui limite la pollution de l'air. Nettoyer régulièrement ses chaussons : cela aide à limiter l’accumulation de particules de caoutchouc sur les prises. Changer de chaussons lorsqu'ils sont trop usés : l’usure des semelles augmente la libération de particules fines. Se laver les mains et le visage après chaque séance : pour éviter d’ingérer des particules présentes sur les prises. Pour les gestionnaires de salles : Instaurer une rotation fréquente des prises et un nettoyage régulier : cela élimine la poussière de caoutchouc et la magnésie accumulée. Améliorer les systèmes de filtration de l’air : utiliser des filtres HEPA pour capturer les particules fines. Former le personnel et informer les clients : sur les bonnes pratiques pour minimiser les risques sanitaires. Et après ? Vers une réglementation plus stricte ? L’étude soulève une question cruciale : celle de la réglementation. Actuellement, les additifs chimiques présents dans l'air des salles d'escalade ne font l'objet d'aucune surveillance spécifique, alors qu'ils sont déjà rigoureusement contrôlés dans d'autres domaines, comme dans les sols et les eaux polluées. Avec les avancées de la recherche et la prise de conscience croissante des risques sanitaires, il semble inévitable que ces substances soient bientôt soumises à des normes de contrôle plus strictes. Cela amène également à réfléchir sur les matériaux utilisés dans les équipements de sport, notamment les chaussons d’escalade. Au lieu de se contenter de produits qui privilégient la performance au détriment de la santé, il est urgent d'explorer des alternatives plus sûres et durables. Pourquoi ne pas repenser la composition des chaussons et autres équipements, pour garantir non seulement la performance des pratiquants, mais aussi leur bien-être à long terme ? ➡️L'étude, pour l'instant publiée dans une petite revue scientifique, doit être en partie relativisée en attendant d'autres travaux plus complets dans des revues à plus fort impact. Sources : The Invisible Footprint of Climbing Shoes: High Exposure to Rubber Additives in Indoor Facilities : https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acsestair.5c00017 La magnésie en poudre dans les salles d'escalade, pas si inoffensif que ça! : https://www.echosciences-grenoble.fr/articles/la-magnesie-en-poudre-dans-les-salles-d-escalade-pas-si-inoffensif-que-ca
- Coupe du Monde Innsbruck 2025 : Bloc, Difficulté & Para-escalade
Du 23 au 29 juin 2025, Innsbruck accueille une nouvelle fois l’élite mondiale de l’escalade pour une semaine complète de compétition. Comme chaque année depuis cinq ans, le Kletterzentrum devient le théâtre d’une étape d’exception, réunissant la para-escalade, le bloc et la difficulté. Ce millésime 2025 s’annonce particulièrement intense : il s’agit de la dernière étape de bloc de la saison, et plusieurs grands noms effectuent leur retour sur le circuit international. Parmi eux, la Slovène Janja Garnbret, championne olympique, fait son entrée dans la saison lors de cette étape autrichienne. Elle disputera à la fois l’épreuve de bloc et celle de difficulté. L ’Allemand Alex Megos signe lui aussi son retour en Coupe du Monde, en entamant sa saison en difficulté. Côté français, l’ancienne leader du bloc tricolore Fanny Gibert revient à la compétition après une longue pause suite à une blessure. @IFSC Une moisson de médailles pour la para-escalade française La semaine a débuté avec les épreuves de para-escalade. L’équipe de France repart d’Innsbruck avec huit médailles au compteur, dont quatre médailles d'or. Solenne Piret (AU2) , Thierry Delarue (AL2) , Aloïs Pottier (RP1) et Lucie Jarrige (AL2) ont décroché l’or. Elsa Boutel Ménard , guidée par Hugues Lhopital, monte sur la deuxième marche du podium dans la catégorie B3. Trois bronzes complètent le tableau français : Nicolas Moineau (B1, guidé par Baptiste Cruzel) , Siloë Tetaz (AU2) et Oriane Ilpide (AU3) . Plusieurs autres athlètes tricolores, comme Bruno Longuet (AU3), Tim Berruyer Galté (RP1) ou Bastien Thomas (RP3), ont accédé à la finale sans parvenir à exprimer leur plein potentiel. Les phases qualificatives se sont déroulées sous une chaleur écrasante, avec des voies particulièrement exigeantes. Le niveau général, en hausse constante depuis l’annonce de l’intégration de la para-escalade aux Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028 , a encore franchi un cap. Certains grimpeurs ont aussi dû passer par l’étape incontournable des classifications, un processus à la fois médical et technique permettant de déterminer leur catégorie de compétition. @IFSC Des retours très attendus : Janja Garnbret, Alex Megos… et Fanny Gibert ! Il y a des come-back qui font frissonner toute une salle. Celui de Janja Garnbret , championne olympique et figure iconique du circuit, en fait partie. Elle choisit Innsbruck pour sa première Coupe du Monde de la saison, à la fois en bloc et en difficulté. Ce n’est pas un hasard : chaque année, l’Autriche lui réserve un accueil aussi chaleureux qu’émouvant. Elle revient cette fois avec l’intention de se tester avant les championnats du monde prévus en Corée cet automne et de rappeler pourquoi elle est l’une des grimpeuses les plus marquantes de l’histoire. Autre visage familier qui refait surface : Alex Megos . Absent du circuit international depuis plusieurs mois, l’Allemand démarrera sa saison 2025 ici, en difficulté après sa moisson de croix à Buoux . Puissant, imprévisible et toujours prêt à se battre jusqu’au dernier mouv’, il pourrait bien bouleverser les pronostics. Autre retour très surveillé côté français : celui de Fanny Gibert . Absente depuis le début de saison en raison d’une lourde blessure au biceps opérée en janvier, elle a tout misé sur cette ultime étape. Grâce à sa finale en Coupe du Monde l’an passé, elle disposait d’une place pré-sélectionnée… et a choisi de l’utiliser ici, à Innsbruck , pour signer son retour. « Rupture du tendon du biceps mi-janvier, opération dans la foulée. Je n’ai pas pu participer aux sélections équipe de France. Mais grâce à ma finale de Coupe du Monde l’année dernière, j’avais une présélection pour une étape. J’ai choisi la dernière, pour me laisser le plus de temps possible pour récupérer. Ça y est, 5 mois post-opération. Dans 2 jours je vais prendre le départ de la Coupe du Monde 2025 à Innsbruck. Qui l’eut cru 🥹 (moi, mais pas tous les jours). I’m all in ! » - Fanny Gibert @IFSC Une dernière bataille pour le classement général de Bloc Chez les femmes, Oriane Bertone aborde cette étape finale en tête du classement général, avec une avance solide mais encore contestable. Derrière elle, la Japonaise Mao Nakamura et l’Américaine Annie Sanders restent en embuscade, tandis que Agathe Calliet , huitième, pourrait grappiller des places en cas de performance marquante. Classement général femmes – avant Innsbruck : Oriane Bertone – 3570 pts Mao Nakamura – 2935 pts Annie Sanders – 2795 pts Melody Sekikawa – 2425 pts Erin McNeice – 2300 pts Miho Nonaka – 2110 pts Anon Matsufuji – 1980 pts Agathe Calliet – 1803 pts Chez les hommes, le Japonais Sorato Anraku semble intouchable en tête avec près de 4500 points. Mais derrière lui, Mejdi Schalck reste solidement accroché à la deuxième place. Paul Jenft , sixième ex-aequo avec Hannes Van Duysen , peut encore espérer une place dans le top 5 en cas de belle performance. 🧗 Classement général hommes – avant Innsbruck : Sorato Anraku – 4495 pts Mejdi Schalck – 3650 pts Sohta Amagasa – 2785 pts Dohyun Lee – 2560 pts Tomoa Narasaki – 1941 pts Hannes Van Duysen – 1665 pts Paul Jenft – 1665 pts Meichi Narasaki – 1615 pts @IFSC L’équipe de France prête à en découdre à Innsbruck C’est une délégation tricolore dense et ambitieuse qui prendra le départ de cette ultime manche de bloc et deuxième étape de difficulté. En bloc, chez les hommes, on retrouvera Mejdi Schalck en grande forme cette saison, ainsi que Paul Jenft, Sam Avezou, Adrien Lemaire, Samuel Richard et Manuel Cornu, dont la présence marque un retour remarqué dans l’effectif. Côté féminin, l’équipe sera portée par Oriane Bertone, solide leader du classement général, bien entourée de Zélia Avezou, Agathe Calliet, Selma Elhadj Mimoune, Lily Abriat et Fanny Gibert. Cette dernière, longtemps éloignée du circuit, profite de cette étape pour signer un retour attendu sur le devant de la scène internationale. En difficulté, plusieurs visages familiers du circuit mondial défendront les couleurs françaises. Chez les hommes, Sam Avezou enchaînera avec une double participation (bloc et difficulté), tout comme Paul Jenft. Ils seront rejoints par Max Bertone, Léo Avezou, Victor Guillermin et Jules Marchaland. Chez les femmes, l’équipe est tout aussi prometteuse, composée de grimpeuses d’expérience comme Hélène Janicot et Julia Chanourdie, mais aussi de talents montants tels que Camille Pouget, Ina Plassoux Djiga et Manon Hily. Une formation complète, prête à affronter le très haut niveau dans les deux disciplines. Le programme jour par jour Mercredi 25 juin : 9h00 à 15h00 : Qualifications bloc hommes 17h00 à 21h30 : Qualifications bloc femmes Jeudi 26 juin : 13h00 à 15h30 : Demi-finales bloc hommes 19h30 à 22h00 : Finales bloc hommes Vendredi 27 juin : 13h00 à 15h30 : Demi-finales bloc femmes 19h30 à 22h00 : Finales bloc femmes Samedi 28 juin : 8h00 à 16h00 : Qualifications difficulté femmes et hommes 19h30 à 22h30 : Demi-finales difficulté femmes et hommes Dimanche 29 juin : 19h30: Finales difficulté femmes 20h30 :Finales difficulté hommes Où suivre la compétition ? Eurosport / Discovery+ : diffusion en direct pour la France (abonnement nécessaire) YouTube IFSC : retransmission gratuite en direct hors Europe Olympic Channel : replays disponibles dès le lendemain Résultats live : à suivre sur le site officiel IFSC → https://ifsc.results.info @IFSC ✍️ Théo de GrimpActu 📷 IFSC
- Hamish McArthur : Rencontre avec le prodige du bloc et son 9A enchaîné à la séance
C’est lors d’un passage à Paris que nous avons eu l’opportunité d’échanger avec Hamish McArthur . Ce qui devait être une simple rencontre est vite devenu une conversation marquante, rare, sincère, et à la hauteur de ce que le grimpeur britannique est en train d’accomplir. À seulement 23 ans, Hamish a déjà marqué l’histoire du bloc en réalisant No One Mourns The Wicked , son tout premier 9A… à la séance. Un exploit exceptionnel, survenu quelques jours seulement après avoir enchaîné Megatron , un autre 9A mythique. Mais au-delà de la performance brute, ce qui frappe, c’est ce que dégage Hamish lorsqu’il en parle : une vision singulière, lucide, presque philosophique de l’escalade, du dépassement, et de soi. Dans cette interview, il revient sans filtre sur ces réalisations marquantes, partage ses doutes, ses intuitions, son approche mentale du mouvement, et sa manière de naviguer entre exigence sportive et exploration intérieure. Il évoque aussi l’évolution du haut niveau, les limites de la cotation, et l’avenir du bloc extrême. Un échange fort, inspirant, et étonnamment intime à l’image d’un grimpeur pour qui la véritable ascension commence toujours en soi. Quinn Mason Présentation et parcours d’un prodige du bloc Pour commencer, pourrais-tu te présenter pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ? Peux-tu nous raconter ton parcours en escalade et ce qui continue à nourrir ta passion pour ce sport ? Je m’appelle Hamish McArthur, je suis un être humain né au Royaume-Uni, et j’ai fait 23 fois le tour du soleil. Nous les avons tous faits, ces tours, donc si vous lisez ceci, c’est sans doute pour en savoir plus sur les blocs difficiles que j’ai grimpés. J’ai été grimpeur aussi longtemps que je m’en souvienne, un titre qui a été officialisé à mon 5ᵉ anniversaire, quand mes parents m’ont emmené pour la première fois dans une salle pour que je puisse “canaliser mon énergie”. Cette graine a, d’une façon ou d’une autre, débouché sur une carrière et une forme d’art, bien que souvent en roulant à une vitesse que j’ai du mal à suivre. En grandissant, cette passion est devenue moins frénétique, et aujourd’hui, ma motivation ressemble davantage à une quête d’exploration qu’à une fuite motivée par la peur. Performance exceptionnelle : Hamish McArthur et ses 9A Tu as récemment enchaîné ton tout premier 9A bloc avec “Megatron”. Comment as-tu vécu cette réussite et que représente-t-elle dans ta carrière ? Une leçon très importante que j’ai apprise, c’est qu’il y a des choses qu’on ne comprendra jamais vraiment. Notre propre potentiel en fait partie. Mon envie de tout analyser, de comprendre “qui je suis”, c’est quelque chose que j’ai dû lâcher avant de pouvoir grimper Megatron parce que dans ma perception de moi-même, je ne suis tout simplement pas ce gars-là. C’est ça que cette réussite représente avant tout : une remise en question des récits mentaux qui ne me servent plus. Découvrez la vidéo de Hamish dans son premier 9A : Quelques jours plus tard, tu as réalisé un exploit encore plus impressionnant avec “No One Mourns The Wicked” un 9A bloc enchaîné en une seule séance. Avant d’essayer, pensais-tu que c’était possible ? Ou ça a été une surprise ? Je pensais clairement que c’était possible d’enchaîner NOMTW en une séance. Je pensais aussi que c’était possible pour Megatron (ou tout autre 9A). Je me rends souvent compte que je joue un rôle, celui de l’effort long et laborieux, alors que ce n’est pas toujours nécessaire. Je fais ça tout le temps pas seulement en escalade. Je n’ai pas vraiment été surpris de le faire si rapidement, non pas parce que je m’attendais à ça, mais plutôt parce que j’avais réussi à ignorer totalement les attentes. Peux-tu nous raconter cette journée exceptionnelle de l’approche jusqu’au moment où tu atteins le sommet ?Que se passait-il dans ta tête à cet instant ? C’est un événement étrange à revivre. J’ai décidé d’aller l’essayer à la dernière minute, alors on a pris le van la veille au soir et retrouvé Noah (Wheeler) au début du sentier le lendemain matin. L’approche est longue, à travers un paysage sec et ouvert ; après environ une heure de marche, on se retrouve comme par magie dans un tunnel de verdure, à l’abri sous la face de Defying Gravity. En touchant les prises, j’ai vite compris que ce n’était pas juste un bloc de force basique comme je l’imaginais. Oui, la séquence est simple, mais les positions du corps pour la réaliser sont extrêmement subtiles. Mon essai flash sur Defying Gravity (la version debout, V15) était prometteur, mais pas suffisant. Les essais suivants m’ont permis d’explorer différentes positions de pied avant de revenir à une méthode avec un talon haut à droite. J’ai compris comment placer mes doigts et mon poignet sur la petite réglette main gauche, et comment engager mes ischios pour garder la tension. J’ai calé les mouvements du haut (en optant pour un match difficile sur une minuscule réglette main droite pour rendre le dernier jeté plus sûr).Peu après, j’ai tenu le fameux premier mouvement et suis allé jusqu’en haut. J’étais déjà euphorique d’avoir enchaîné mon deuxième V15 quand Quinn m’a rejoint de l’autre côté du bloc avec mes chaussons et un grand sourire. Même s’il n’y avait personne d’autre, j’ai chuchoté ironiquement : “ Je pense que je peux faire le départ assis aujourd’hui. ” J’ai mangé rapidement pendant que Noah m’expliquait les mouvements du bas. On a bossé la séquence qui mène au départ de Defying Gravity – une prise main droite en pincée fuyante avec des pieds très instables. Je n’arrivais pas à m’empêcher de tourner, encore moins à prendre la main gauche avec assez de précision pour tenter le jeté. J’ai décidé de faire des essais depuis le sol ; j’ai souvent remarqué que l’état d’esprit d’un “run d’enchaînement” apporte une intention et une précision difficiles à reproduire autrement. Et c’est exactement ce qui s’est passé. J’ai grimpé avec fluidité, en économisant mes forces, jusqu’au jeté. Je l’ai tenté, mais l’intention réelle avait été remplacée par d’autres pensées, je me suis retrouvé en l’air sans l’avoir décidé consciemment, puis au sol. Je me suis reposé, et quand le moment est venu, je suis retourné sur la prise de départ. J’ai misé sur la confiance, sachant que grimper comme si j’avais déjà fait des dizaines d’essais était ma seule chance pour compenser ce manque. Cette fois, mon esprit est resté focalisé au moment du jeté. Ma vision est devenue un outil, pas une distraction ; toute mon attention était concentrée sur les sensations du bout de mes doigts et l’extension équilibrée de mes jambes. J’ai tenu le swing et senti aussitôt un poids mental me tomber dessus. Mes mains étaient totalement engourdies par l’adrénaline. J’avais l’impression de couler dans l’eau. Je me suis lancé dans le dernier mouvement difficile, et, par miracle, j’ai tenu le swing avec des mains que je ne sentais plus. La sortie était lente, tremblante (guidée par Noah depuis le sol), mais j’ai fini debout, sur la terre ferme, avec la tête dans les nuages. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore ce bloc, peux-tu décrire “No One Mourns The Wicked” ? “No One Mourns The Wicked” est le départ assis de l’emblématique V15 – Defying Gravity . La ligne est évidente, elle suit une série parfaite de réglettes petites et fuyantes sur une face raide et lisse. C’est un bloc très minimaliste, qui demande une subtilité difficile à saisir même en vidéo. Retrouvez l'enchainement de Hamish en vidéo juste ici : L’approche mentale et physique de Hamish McArthur Ton approche semble très intuitive presque méditative. Quelle est l’importance de l’état d’esprit, de la concentration et de la force mentale pour réussir un bloc de ce niveau ? Pour moi, l’escalade est devenue un outil pour développer mon état d’esprit, ma concentration et ma force mentale, plutôt que l’inverse. C’est une relation symbiotique. Si tu veux repousser les limites, par définition, tu vas devoir casser les codes. Dépasser ma propre perception de “la limite” est un processus incroyablement personnel et intime. Je peux parler de mon chemin, mais je ne me sens pas légitime pour généraliser sur ce sujet. Il y a presque une dimension spirituelle dans ta manière d’aborder l’escalade. Comment décrirais-tu ta philosophie personnelle de l’escalade aujourd’hui ? À travers l’escalade, je veux m’inspirer et inspirer les autres à comprendre que les limites (du moins dans la plupart des cas) sont des constructions. Et que si quelque chose dans ta vie ressemble à un poids de béton ou un mur infranchissable, il existe des chemins pour traverser ça. Des chemins qu’on ne comprend pas avant que tout devienne simple. Quinn Mason L’évolution du bloc extrême et perspectives d’avenir À ton avis, comment évolue le haut niveau en bloc ? Est-ce que ces nouveaux blocs extrêmes redéfinissent ce que signifie être un grimpeur d’élite aujourd’hui ? Je suis convaincu que si la moitié du circuit de Coupe du monde décidait de se consacrer au 9A pendant le reste de l’année, on aurait 50 nouveaux ascensionnistes. Le niveau ici ne se joue pas uniquement sur le physique, mais sur la capacité d’exécution à un instant donné, une exigence qu’on n’a encore jamais vraiment vue auparavant. Que penses-tu de l’évolution des cotations en bloc ?Le 9A te semble-t-il un repère stable, ou est-ce qu’on est déjà à la veille du 9A+, 9B, ? D’abord, il faut se rappeler que les cotations sont une hallucination collective, comme l’argent, qui tient peu la route quand on l’examine de près. Cela dit, si on entre dans ce jeu, je serais très surpris que les lettres et les chiffres n’augmentent pas encore. J’adorerais essayer un bloc bien au-delà de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Q uels sont tes prochains projets ? Y a-t-il une ligne, un trip ou une voie qui occupe déjà ton esprit pour les mois à venir ? Je commence à planifier un voyage en Finlande. Il est temps que j’aille rendre visite à Burden Of Dreams , et si ça passe… il y a un projet évident à quelques kilomètres de là... Quinn Mason ✍️ Théo de GrimpActu 💬 Hamish McArthur 📷 Quinn Mason
- Classement général 2025 : Oriane Bertone et Sorato Anraku champions du monde de bloc
Après six étapes disputées aux quatre coins du globe, de Keqiao à Curitiba, de Salt Lake City à Prague, en passant par Berne et l’incontournable étape d’Innsbruck, la saison 2025 de la Coupe du Monde de Bloc a livré son verdict. Cette dernière étape a vu la victoire des champions olympiques Janja Garnbret, de Slovénie, et Toby Roberts, de Grande-Bretagne, rappelant la densité et le niveau exceptionnel du plateau. Un circuit haletant, rythmé par des retours fracassants, des duels de haute intensité, et surtout la consécration d’une élite de l'escalade de bloc, qui s’est traduite au sommet du classement général par deux noms incontournables : Oriane Bertone , première Française titrée depuis 2007, et Sorato Anraku , auteur d’une domination quasi totale pour s’offrir un troisième sacre consécutif. @IFSC Oriane Bertone, une consécration historique En 2025, Oriane Bertone a confirmé tout son potentiel avec une saison remarquable. Avec cinq finales sur six étapes, quatre podiums dont trois médailles d’argent et une victoire éclatante à Prague, la jeune Française a dominé une saison marquée par l’intensité et la volatilité du circuit. Sa régularité lui a permis de décrocher le premier classement général de sa carrière, et surtout d’entrer dans l’histoire : elle devient la première Française sacrée à la Coupe du Monde de Bloc depuis Juliette Danion en 2007, mettant fin à une attente de 18 ans. La Coupe du Monde de Bloc est une épreuve exigeante, qui mêle physique, technique et mental. Six étapes réparties aux quatre coins du monde, dans des environnements très différents, face à une concurrence toujours plus forte. Oriane a su, cette année, faire preuve d’une constance rare, maîtrisant à la fois la pression, la fatigue et les formats complexes des compétitions. Dans un message publié après la finale d’Innsbruck, elle partage avec une sincérité touchante ce qu’elle considère comme “ probablement la saison la plus difficile, mais aussi la plus gratifiante ” de sa carrière : « On a décidé que cette année serait celle de la constance, » écrit-elle. « J’ai toujours eu du mal à grimper de manière régulière, que ce soit entre les entraînements, les différentes étapes ou les formats de compétition... Mais viser le classement général nous a donné une direction claire. » Oriane doit aussi beaucoup à son équipe, notamment à Nico, son entraîneur, à qui elle adresse une reconnaissance pleine d’émotion : « Merci à Nico pour sa confiance quotidienne, et à ma famille, parce que tout cela est le fruit des efforts et de la confiance de chacun. » À Innsbruck, une nouvelle médaille d’argent est venue sceller son triomphe au général avec un total de 4 375 points, récompense d’un engagement sans faille. Sur le mur, Oriane impressionne par son style fluide, sa capacité à décoder rapidement les blocs, et sa gestion intelligente de l’énergie, qualités essentielles dans une discipline où chaque mouvement compte. À seulement 20 ans, elle incarne déjà une nouvelle référence pour l’escalade française et mondiale, et son titre ouvre de belles perspectives : continuer à s’imposer comme une favorite incontournable pour les prochaines saisons, viser les championnats du monde et pourquoi pas, un jour, les Jeux Olympiques. « J e suis fière de ramener à la maison, en plus des médailles, le sentiment d’avoir accompli une grande saison, longue, épuisante, mais riche en réussites et en enseignements » conclut-elle. Un hommage simple et sincère, à l’image d’une championne qui a su mettre son talent au service d’un objectif ambitieux : répondre présente tout au long d’une saison mondiale exigeante. ➡️ Classement général femmes 2025 1- Oriane BERTONE (FRA) 2- Mao NAKAMURA (JPN) 3- Annie SANDERS (USA) 4- Melody SEKIKAWA (JPN) 5- Anon MATSUFUJI (JPN) 6- Erin MCNEICE (GBR) 7- Miho NONAKA (JPN) 8- Camilla MORONI (ITA) 9- Agathe CALLIET (FRA) 10- Zélia AVEZOU (FRA) @IFSC Sorato Anraku, la référence incontestée du bloc mondial Anraku Sorato remporte son troisième titre consécutif en Coupe du Monde de bloc hommes. Il a dominé la saison avec une constance et une supériorité inégalées, menant la compétition du début à la fin, devançant Mejdi Schalck, de France, et Amagasa Sohta, du Japon, au classement final. Avec 5 300 points au total, Anraku a réalisé une saison parfaite, montant sur tous les podiums : vainqueur à Keqiao (Chine), Curitiba (Brésil) et Salt Lake City (USA), deuxième à Prague (République tchèque) et Innsbruck (Autriche), et troisième à Berne (Suisse). Son troisième titre consécutif le place au même niveau que deux des figures emblématiques de la discipline : Kilian Fischhuber, d’Autriche, qui a gagné en 2007, 2008 et 2009, et détient un record de cinq titres de Boulder, ainsi que Jérôme Meyer, de France, qui a remporté trois titres consécutifs de 2001 à 2003 — tous deux avant la création de l’IFSC. Mejdi Schalck , termine deuxième au classement général avec 4 145 points et obtient son premier podium de saison. Finaliste à toutes les étapes de la Coupe du Monde de bloc, Schalck a remporté des médailles d’argent à Curitiba et Berne, ainsi qu’un or mémorable à Prague, sa première victoire en Coupe du Monde. Amagasa Sohta, du Japon, complète le podium général avec 3 680 points. Jamais sorti du top 10, il a décroché une médaille d’argent à Salt Lake City, marquant une autre belle saison à 25 ans. @IFSC Mejdi Schalck : un podium prometteur pour le Français Deuxième du classement général de la Coupe du Monde de bloc 2025, Mejdi Schalck a signé une saison remarquable, couronnée par son premier podium global. Finaliste à toutes les étapes, il a su faire preuve d’une régularité impressionnante, avec notamment une victoire mémorable à Prague et deux médailles d’argent à Curitiba et Berne. Dans un message partagé après la dernière étape, Mejdi se montre à la fois lucide et ambitieux : « Ce n’est pas la fin parfaite d’une saison incroyable, mais je suis fier d’avoir franchi chaque étape. Atteindre mon premier podium au classement général, c’est un immense accomplissement. Gagner le classement général était un de mes objectifs principaux, je ne l’ai pas atteint cette fois, mais cette deuxième place est déjà énorme. Je reviendrai plus fort. » Il adresse aussi ses félicitations à Oriane Bertone, qu’il qualifie d’« i nspirante », et remercie chaleureusement son équipe, sa famille et ses amis qui l’ont soutenu tout au long de cette aventure. Après une saison intense, Mejdi compte bien profiter d’un repos bien mérité avant de repartir à l’entraînement, déterminé à franchir un nouveau palier dans sa carrière. ➡️ Classement général hommes 2025 1- Sorato ANRAKU (JPN) 2- Mejdi SCHALCK (FRA) 3- Sohta AMAGASA (JPN) 4- Dohyun LEE (KOR) 5- Hannes VAN DUYSEN (BEL) 6- Paul JENFT (FRA) 7- Tomoa NARASAKI (JPN) 8- Anze PEHARC (SLO) 9- Meichi NARASAKI (JPN) 10- Yufei PAN (CHN) @IFSC L’ascension continue du bloc dans l’escalade mondiale La saison 2025 confirme à nouveau que le bloc n’est plus seulement une spécialité parmi d’autres, mais bien le cœur battant de l’escalade moderne. Avec des athlètes comme Oriane Bertone, Sorato Anraku ou Mejdi Schalck, le niveau ne cesse de monter, et la compétition gagne en intensité, en spectacle et en technicité. Ces grimpeurs incarnent parfaitement cette dynamique, repoussant sans cesse les limites physiques et mentales, tout en captant un public de plus en plus large. Le bloc est aujourd’hui une vitrine incontournable de l’escalade, mêlant passion, audace et excellence, et cette Coupe du Monde 2025 en est la parfaite illustration. @IFSC
- Fusillade dans une salle d’escalade : le drame qui bouleverse Memphis Rox
Fusillade à Memphis Rox : le drame du 29 juin 2025 Parfois, même les lieux les plus lumineux ne suffisent pas à contenir l’ombre. Le 29 juin 2025, à 16h13, une fusillade a éclaté au 879 E. Mclemore Avenue, dans un quartier populaire de Memphis. Là où la salle d’escalade Memphis Rox se dresse comme un refuge et un symbole d’espoir, le calme de l’après-midi a été brutalement été oublié. Deux hommes ont été touchés : l’un est mort sur place, l’autre, grièvement blessé, a succombé peu après son arrivée à l’hôpital. Une arrestation a rapidement été effectuée, et l’enquête suit son cours. Selon les premières informations, les protagonistes se connaissaient, rendant cette tragédie d’autant plus douloureuse. Dans cet espace où l’escalade dépasse le simple sport pour devenir un symbole de résilience et de dépassement de soi, la violence n’avait pas sa place. Parmi les victimes se trouvait Jarmond Johnson , pilier de Memphis Rox , mentor respecté et grimpeur passionné, une figure inspirante et un véritable repère pour toute la communauté. Alors que l’enquête progresse, la douleur et le choc continuent de traverser la communauté. Comment un lieu pensé comme un sanctuaire a-t-il pu basculer dans une telle violence ? Pourtant, au cœur de cette horreur, des témoignages révèlent des actes héroïques : Jarmond lui-même aurait protégé les personnes présentes, tandis que d’autres employés et grimpeurs ont aidé à mettre en sécurité les témoins. La solidarité, même dans l’horreur, s’est révélée aussi forte que les murs de la salle. @reddit Jarmond Johnson : un mentor au cœur de la communauté Au-delà de son rôle d’employé, Jarmond incarnait l’âme même de Memphis Rox. Passionné d’alpinisme, il avait notamment atteint le sommet du mont Kenya en janvier 2024, une prouesse remarquable pour un jeune de 25 ans. Mais c’est surtout son engagement social qui le distinguait : coordinateur de l’action sociale, il œuvrait sans relâche pour offrir aux jeunes du quartier des perspectives nouvelles, une lueur d’espoir pour un avenir meilleur. Membre actif de la Honnold Foundation, il participait à des projets d’énergie solaire intégrés à la salle, mêlant passion pour la nature et conscience écologique. Pour ses pairs, Jarmond était « une lumière guidante », un mentor chaleureux et sage. Des figures emblématiques du sport comme Phil Henderson et Sam Elias lui ont rendu hommage, soulignant sa maturité précoce et sa générosité d’esprit. "J’ai toujours senti que j’allais mieux quand tu étais là. Tu pouvais me faire rire de tout. Le cœur est brisé, ouvert. Je ne sais vraiment pas quoi dire, si dire, comment dire, pourquoi dire. Que signifie « je t’aime » ? Que signifie « au revoir » ? Est-ce pour moi ? Pour toi ? Pour Memphis Rox ? C’est dur d’être un être humain vivant parfois. On a l’impression de tout contrôler, qu’on est aux commandes. Mais que signifie vraiment contrôler ? Tu étais tellement vieux pour quelqu’un d’aussi jeune. Tu avais une douceur qui vient de beaucoup d’expériences de vie. Quelle chose folle que l’escalade nous ait connectés. J’aurais aimé qu’on ait plus de temps." — Sam Elias Memphis Rox : un refuge communautaire unique à Soulsville Fondé en 2018 sur un terrain de 2 hectares au cœur de Soulsville, l’un des quartiers les plus défavorisés de Memphis, Memphis Rox n’est pas simplement une salle d’escalade c’est un véritable campus communautaire. Avec ses 2 900 m² dédiés à l’escalade, au yoga, à la méditation, au fitness, ainsi qu’un café interne, une garde-robe solidaire et un jardin éducatif, Memphis Rox incarne un modèle unique d’inclusion et d’engagement social. Ici, la notion de paiement traditionnelle est réinventée : aucun membre n’est refusé pour des raisons financières. Ceux qui le peuvent “payent en avance” pour permettre à d’autres d’accéder aux activités, et cinq heures de bénévolat par mois remplacent une adhésion de quatre semaines. Ce système repose sur un principe simple mais puissant: l’autonomisation par l’entraide, que ce soit par un coup de main ou un mot d’encouragement. Memphis Rox est gérée par One Family Memphis, une organisation à but non lucratif fondée par l’écrivain et réalisateur Tom Shadyac , qui œuvre à fournir des ressources et à cultiver une nouvelle génération de leaders issus de la diversité locale. Pour cette communauté, l’escalade est plus qu’un sport : c’est une métaphore vivante pour surmonter les obstacles de la vie. Ici, on croit fermement que “nous grimpons plus haut quand nous grimpons ensemble”. Violence et résilience à Memphis Rox Le drame du 29 juin interpelle profondément : comment un lieu conçu pour rassembler et protéger a-t-il pu devenir le théâtre d’une telle violence ? Situé dans le quartier de Soulsville, confronté à de nombreuses difficultés, Memphis Rox rappelle que même les espaces les plus lumineux ne sont pas à l’abri des tensions extérieures. Pourtant, cet incident ne remet pas en cause la mission de la salle ni la foi de sa communauté en l’escalade comme moyen d’élévation, physique et morale. Face au choc, Memphis Rox a fermé temporairement ses portes, offrant un temps de recueillement à ses membres. Mais la salle réaffirme sa volonté de rester un phare d’espoir et un moteur de changement. Les hommages affluent, la solidarité se structure, et la communauté internationale de l’escalade se mobilise pour soutenir cette cause. Cette tragédie, bien que dévastatrice, renforce la détermination collective à protéger ces espaces, à encourager le dialogue et à maintenir la flamme de l’espoir. Le chemin sera difficile, mais comme sur une paroi exigeante, chaque prise, chaque geste et chaque soutien comptent. Inspirés par la mémoire de Jarmond Johnson, Memphis Rox et ses grimpeurs sont prêts à continuer d’avancer, ensemble.
- Des alpinistes suspendent un drapeau géant sur les Drus pour dénoncer le génocide à Gaza
Un collectif d’alpinistes a suspendu un drapeau de 145 m² sur la face ouest des Drus. Leur objectif : attirer l’attention du public et des autorités sur la situation humanitaire à Gaza. Pour le collectif, ce geste symbolique cherche à dénoncer le génocide en cours à Gaza et à rappeler l’importance du sport comme vecteur de message politique. Le drapeau, initialement prévu pour rester suspendu trois jours, a nécessité l’intervention de la gendarmerie pour être décroché en raison de l’accès difficile à cette paroi. 👉 Nous avons reçu le communiqué de presse du collectif et le partageons ci-dessous, publié tel quel, afin que chacun de nos lecteurs puisse en prendre connaissance. COMMUNIQUÉ DE PRESSE Chamonix, 16 août 2025 – Nous, collectif d’alpinistes, avons déployé un drapeau géant de 145m² dans la face ouest des Drus à Chamonix. Par cette action silencieuse mais visible de loin, nous dénonçons l’inaction des gouvernements face au génocide en cours à Gaza, perpétré par le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Un massacre d’ampleur historique, largement sous-estimé D’après le suivi des Nations Unies, plus de 62 000 morts ont été officiellement recensés à Gaza depuis octobre 2023, dont 70 % de femmes et d’enfants. Ces chiffres sont probablement très en-deçà de la réalité, faute de recensement possible dans les zones détruites, et n’incluent pas les milliers de disparus ni les victimes de la famine et des épidémies provoquées par le blocus. L’attentat terroriste du 7 octobre 2023, perpétré par le Hamas contre des civils israéliens, est utilisé comme prétexte par le gouvernement Netanyahu pour opérer un nettoyage ethnique de grande ampleur, des déplacements forcés de population et une intensification de la politique de colonisation dans l’ensemble des territoires palestiniens. Une stratégie délibérée d’extermination Pendant les cinq premiers mois de l’offensive, 25 000 tonnes d’explosifs ont été larguées sur Gaza, l’équivalent de deux bombes nucléaires selon un rapport des Nations Unies. Outre une destruction radicale et massive de ce territoire palestinien, le gouvernement israélien mène une politique assumée d’affamement de la population gazaouïe, plaçant plus d’un million de civils en situation de faim extrême. Des méthodes qualifiées par plusieurs experts indépendants et par un comité spécial de l’ONU (novembre 2024) de “méthodes correspondant aux caractéristiques d’un génocide”. Des crimes impunis Benjamin Netanyahu, déjà poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre, bénéficie toujours d’une impunité totale. L’armée israélienne a ciblé et tué 217 journalistes, ainsi que des centaines de soignants et de travailleurs humanitaires, y compris de grandes ONG internationales. Ces attaques visent à réduire au silence les témoins et à briser les réseaux d’assistance à la population civile. Un simulacre d’aide humanitaire Sous couvert d’acheminer de l’aide, Israël orchestre des distributions donnant lieu à de nouveaux massacres, tout en maintenant un contrôle total sur l’entrée des biens essentiels dans la bande de Gaza, afin de poursuivre sa politique d’affamement. Racisme d’État et dérive fasciste Le gouvernement Netanyahu s’appuie sur un discours raciste, suprémaciste, et une déshumanisation systématique des Palestiniens, relayés sans contrepoids dans certains médias français de propagande, sans qu’aucune sanction durable ne soit prise contre ces médias. La complicité des puissances occidentales Face à cette tragédie, les gouvernements occidentaux – lorsqu’ils ne soutiennent pas ouvertement le gouvernement israélien par appui politique et/ou maintien des livraisons d’armes – s’enferment dans une prudence diplomatique qui confine à la complicité. Cette complicité, ou à défaut ce laxisme, alimente la destruction de toute perspective de paix durable au Moyen-Orient et normalise des crimes de masse. La parole du monde du sport et de l’outdoor Nous, alpinistes, refusons que le monde du sport et de l’outdoor reste muet face à un génocide. Le sport a toujours été un levier politique, et utiliser ce moyen d’expression pour faire passer un message humaniste nous est apparu comme une évidence. Initialement prévu pour être suspendu pendant trois jours, les autorités ont déployé de grands moyens pour tenter de le décrocher par hélicoptère, dans cette face raide et difficile d’accès. La mobilisation disproportionnée de la gendarmerie pour enlever ce drapeau, comme la répression des drapeaux palestiniens sur le Tour de France, nous interroge : un symbole d’espoir pour un peuple opprimé est-il devenu une offense ? Nos revendications Nous exigeons que le gouvernement français : Agisse immédiatement pour mettre fin au génocide palestinien, en exerçant une pression politique, économique et diplomatique forte sur Israël. Œuvre concrètement à la mise en place d’une solution à deux États viable et sécurisée pour la coexistence pacifique des deux nations. Applique le mandat d’arrêt émis par la CPI contre les criminels de guerre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant. Nous demandons également aux fédérations sportives internationales qu’elles fassent concourir les athlètes israéliens sous bannière neutre, pour que le sport cesse de servir de vitrine à un gouvernement génocidaire – et comme cela a été imposé aux athlètes russes. Nous, alpinistes, avons choisi la montagne pour porter ce cri visuel au monde. Suspendre ce drapeau, c’est rappeler qu’aucune paroi, aussi haute soit-elle, ne peut cacher la vérité : un peuple est en train d’être exterminé, sous les yeux du monde. 👉 Le collectif Nous relayons ci-dessus le communiqué du collectif d’alpinistes, publié tel quel, afin de partager leur message et leur action auprès de nos lecteurs.
- Évitez la fatigue musculaire : Les secrets pour prévenir la carence en vitamine D chez les grimpeurs
Cet article est rédigé par : Amandine Verchere, Diététicienne En tant que grimpeur ou grimpeuse pratiquant en intérieur, il est fort possible que ton statut en vitamine D ne soit pas optimal comme pour 70% des Français, selon l’Anses. Manque d’exposition à la lumière du jour et chasse au gras dans l’alimentation en sont-les deux causes principales. En effet, la vitamine D est activée sous la peau par les rayons ultra-violets (15 à 20 min d’exposition au soleil chaque jour suffisent, toujours selon l’Anses) et c’est une vitamine dite liposoluble, autrement dit qui se trouve dans les corps gras alimentaires et est stockée dans la graisse corporelle. Les conséquences d’une carence sur la performance et la santé Les conséquences d’une insuffisance d’apport en vitamine D pour la grimpe sont d’abord sur la puissance et la force musculaire car elle est directement impliquée dans la contraction musculaire ainsi que dans la conduction nerveuse. Prolongée, l’insuffisance peut déboucher sur une carence qui augmente le risque de fracture de fatigue car la vitamine D régule aussi la minéralisation des os. Catégories de grimpeurs les plus à risque Les adolescent.e.s, les grimpeurs et les grimpeuses de haut niveau sont les catégories les plus vulnérables face à ce risque car l’alimentation de ces athlètes ne permet pas toujours de couvrir leurs besoins tant ils sont élevés (y compris en ce qui concerne les autres nutriments, d’ailleurs). La vitamine D étant aussi impliquée dans la coagulation, la régulation hormonale et le système immunitaire, le déficit, sans parler de la carence, expose à fonctionnement général dégradé et à être plus sujet aux maladies surtout en hiver. Comment connaître son statut en vitamine D ? Pour connaître ton statut en vitamine D, il est nécessaire de faire une analyse de sang. La prise de suppléments sans avis médical est dangereuse car cette vitamine est stockée par l’organisme et toxique en cas de surdose. Alimentation et sources de vitamine D à privilégier Alors en attendant les résultats de l’analyse ou si les aiguilles t’effraient plus que les réglettes en dévers, pense à inclure des aliments de la liste suivante dans ton alimentation au quotidien : les produits laitiers enrichis en vitamine D le beurre les oeufs (c’est le jaune qui contient la vitamine D) les poissons gras, tels que le hareng, les sardines, le saumon et le maquereau (une portion par semaine, et plutôt les sardines que le saumon) certains champignons, (girolles ou chanterelles, cèpes, morilles) les abats (notamment le foie) ; le chocolat noir les céréales de petit déjeuner enrichis en vitamine D (si tu en consommes déjà mais pain et beurre c’est encore mieux) la viande (dans une moindre mesure). Amandine Verchère, diététicienne du sport : https://www.instagram.com/amandine.verchere/ 💬 amandine.verchere 📷 Émile Pino 🗞 GrimpActu!
- Stratégie nutritionnelle en escalade : es-tu concerné.e ?
Cet article est rédigé par : Amandine Verchere, Diététicienne Dans cet article, nous mettons en avant l'importance cruciale de l'éducation nutritionnelle, que ce soit pour les mini-mutants dévorant les parois ou les adultes cherchant à optimiser leur alimentation pour une progression saine. Des conseils adaptés deviennent particulièrement vitaux pour les jeunes compétiteurs dont la croissance rapide et les besoins énergétiques multiples peuvent influer sur leur développement physique et performances en général. Nous examinerons également comment les adultes, tentés par l'escalade comme moyen de se débarrasser de quelques kilos en trop, peuvent bénéficier d'une approche nutritionnelle basée sur la science, évitant ainsi les pièges des régimes à la mode. Pourquoi la nutrition est essentielle en escalade ? En général, on associe spontanément la diététique du sport avec le haut niveau et la recherche de performance. A juste titre car les grimpeurs de haut niveau ont des besoins spécifiques. Ils sont plus exposés aux carences et reçoivent parfois des conseils contradictoires voire contre-productifs. Avec eux, un travail d’éducation nutritionnelle est fondamental ainsi qu’un accompagnement régulier afin d’interpréter et réguler les situations vécues comme problématiques comme les fringales nocturnes ou les troubles digestifs. Cela étant, une stratégie nutritionnelle est aussi recommandée pour deux catégories de grimpeurs auxquelles on pense moins : les enfants/adolescent.e.s qui font de la compétition et les adultes qui se (re)mettent à l’escalade. Etant en pleine croissance et nécessitant aussi beaucoup d’énergie pour les apprentissages scolaires, les jeunes compétiteurs peuvent avoir des apports insuffisants, qui vont se répercuter différemment selon les cas : certains vont voir leur croissance ralentie en taille, poids et développement pubertaire, d’autres vont être souvent fatigués et donc moins performants à l’entrainement ou à l’école (ou tout à la fois !). Les besoins spécifiques des jeunes compétiteurs Dans l’idéal, dès qu’un jeune dépasse 6h d’entrainement par semaine, il devrait consulter un.e spécialiste de la diététique sportive une fois par an, exactement comme on le fait pour la visite de médicale à la rentrée. Cela permettrait de détecter assez tôt les profils à risque, de donner des conseils aux parents et à l’enfant/ado et d’éventuellement détecter des comportements alimentaires problématiques. Pour mini-mutants qui grimpent un nombre d’heures supérieur à celui de leurs années d’âge (exemple : 15h par semaine à 13 ans), comme on le voit de plus en plus, une stratégie nutritionnelle est indispensable car l’appétit de l’enfant de va pas être proportionnel à ses besoins et son emploi du temps bien chargé ne va pas faciliter les choses. Ces jeunes sont particulièrement exposés au risque de REDS, c’est à dire un déficit énergétique relatif dans le sport, risque majoré en cas de trouble alimentaire. Stratégies nutritionnelles pour les adultes Du côté des adultes, la pratique de l’escalade peut donner envie de s’alléger d’un surpoids ou de quelques kilos qui se sont installés au fil des années et dans ce cas, mieux vaut des conseils basés sur la science que des recommandations issues du marketing. Se lancer à corps perdu dans la grimpe avec une alimentation inadaptée (dernier régime à la mode, restriction alimentaire importante, alimentation végétarienne mal maîtrisée)…c’est se blesser à coup sûr, être fauché en plein vol dans sa progression. De plus, les adultes ont souvent une alimentation déséquilibrée en graisses (trop ou trop peu, avec un mauvais ratio en oméga 3), ont des croyances alimentaires bien ancrées ou veulent tout simplement aller trop vite pour retrouver leur niveau d’antan. Donc même si c’est pour grimper dans le 6, un accompagnement diététique peut changer la donne. Après tout, on va bien voir un kiné quand on s’est fait mal dans un bloc orange ! 💬 : @amandine.verchere 📷 : @leaelmadawar_sport 🗞 : @ grimp.ac tu
- Faut-il vraiment faire une sèche pour progresser en escalade ?
Cet article est rédigé par : Amandine Verchere, Diététicienne La sèche, un mythe bien ancré dans la grimpe Avec l’arrivée du printemps, la pression sociale sur la silhouette et le poids monte d’un cran, les régimes promettant une transformation radicale fleurissent dans tous les sens. Pour les grimpeurs et les grimpeuses déjà soumis à cette pression par la culture de leur sport, cela peut se traduire par la recherche du corps parfait, celui qui est sec, affuté, dont on voit les muscles bouger sous la peau sans un millimètre de gras entre les deux. Cette lutte contre le gras corporel fait partie intégrante de la culture et de l’esthétique de la grimpe. Cependant, du côté des professionnels de santé, on connaît bien le revers de la médaille : valorisation du corps maladivement maigre, de la rigidité et de la rigueur alimentaire qui mène malheureusement beaucoup d’athlètes de tous niveaux vers des désordres (voire des troubles) alimentaires, des blessures à répétition et finalement une baisse des performances. Les risques d’une restriction alimentaire mal encadrée Pour perdre du poids, il est nécessaire d’être en déficit énergétique afin d’obliger l’organisme à puiser dans ses réserves. Encore faut-il que la personne demandeuse ait des réserves à mobiliser et qu’elle ait éliminé toutes les autres causes possibles de sa non progression. Et si le problème n’était pas ton poids ? En d’autres termes, avant d’accuser son gras ou son poids comme étant un frein à la progression et de vouloir en perdre, il est indispensable de se poser les questions suivantes : Est-ce que je dors assez ? Est-ce que j’ai de réels temps de repos et de récupération ? Mon plan d’entraînement est-il adapté ? Ai-je des carences ? Et surtout, commencer par se poser LA question contre-intuitive : est-ce que je mange suffisamment ? Parce que se lancer dans une réduction d’apports alors qu’ils sont déjà insuffisants, c’est l’autoroute vers le REDS (ensemble de symptômes physiques et psychologiques reliés à une insuffisance d’énergie disponible), la mise en danger de la santé et adieu les performances. Tu peux donc avoir envie de perdre du poids, de faire une sèche parce que la culture de la grimpe t’a instillé dans le cerveau que ça permet de mieux grimper alors que ce qu’il te manque, c’est peut-être juste de l’énergie pour avoir plus de force. Le témoignage d’Emil Abrahamson ( Weight isn’t everything , disponible sur sa chaîne YouTube) ainsi que le documentaire Light en sont de bons exemples. Quoi qu’il en soit, pour savoir si ton organisme est suffisamment nourri, tu n’as pas d’autre choix que de consulter un.e spécialiste de l’alimentation du sport. Comment savoir si une sèche est pertinente ? Deuxième point important à connaître s’il existe effectivement une petite marge, deux-trois kilos kilos qui vont et qui viennent selon les périodes de l’année, ce qui est tout à fait normal, soit dit en passant. L’objectif serait alors de se retrouver à son poids de forme le plus bas pendant la saison de performance. Le rôle crucial de l’alimentation dans la performance Dans ce cas, avant de démarrer une quelconque optimisation de l’alimentation, la question la plus importante à se poser est celle de son rapport à la nourriture. En effet, les personnes qui catégorisent les aliments en « bons » vs « mauvais » s’engagent dans ce cas dans une pente glissante. Lorsqu’on hiérarchise les aliments et sans accompagnement adéquat dans la perte de poids, ce sont les aliments catégorisés comme « mauvais » qui sont supprimés de l’alimentation afin de diminuer l’apport calorique. Or les aliments considérés comme « mauvais » par ces personnes sont les pâtisseries, les gâteaux, les plats cuisinés, les fritures ou encore la charcuterie, alors qu’elles les apprécient et les trouvent bons au goût. Problème : la suppression de ces aliments entraîne une frustration propice au déclenchement de crises compulsives, pendant lesquelles ce n’est pas un gâteau mais le paquet qui va être consommé. Conséquence : le poids ne descend pas, voire augmente alors que la personne se sent « au régime » et les prises alimentaires se dérégulent progressivement. C’est pourquoi il est nécessaire d’être au clair avec son comportement alimentaire et déconstruire ses croyances alimentaires avant toute tentative. Le syndrome RED-S chez les grimpeurs Dernier point essentiel à savoir sur la perte de poids : plus elle est rapide, plus les conséquences sont sévères, avec la plupart du temps une reprise de poids avec un supplément (dans 95% des cas selon l’ANSES). Car quand le déficit énergétique est important, le métabolisme s’adapte en se mettant au ralenti, ce qui fait que l’organisme arrive à vivre avec moins d’énergie au quotidien. Cela se fait en perdant surtout de la masse musculaire, un peu de masse grasse et de l’eau. Mais quand le poids remonte, les cellules graisseuses se remplissent à nouveau et se multiplient, augmentant par la même occasion le pourcentage de masse grasse du corps. Donc au final, le régime « miracle » a surtout modifié la composition corporelle par effet rebond. Pire, chez les personnes prédisposées, la perte de poids donne l’illusion de contrôle du corps et provoque l’entrée dans une mécanique de trouble du comportement alimentaire de type anorexie. Les dangers des régimes express Conclusion, même si tout pousse à croire que faire une sèche c’est la routine avant l’été et que s’alléger de quelques kilos de gras est facile, la réalité est plus complexe avec de nombreux paramètres à prendre en compte. Une modification du régime alimentaire mal effectuée peut avoir des conséquences importantes et opposées à l’effet recherché. C’est la raison pour laquelle l’accompagnement par un.e professionnel.le de santé est essentiel, à commencer pour savoir si la perte de poids est pertinente, réaliste et réalisable, et dans tous les cas pour vérifier si la condition préalable est remplie : avoir un rapport sain à l’alimentation.
- Guide de l’alimentation éco-responsable pour les amoureux de la grimpe
Cet article a été rédigé par : Gabrielle Gauthier - Diététicienne En tant que passionné-e d’escalade, nous sommes tous plus ou moins sensibles à ce que nous mangeons ainsi qu’au réchauffement climatique. Si vous grimpez en extérieur, que ce soit en bloc ou en falaise, vous avez dû constater l’impact du climat sur le cailloux. Bientôt on pourra vraiment dire adieu aux condi idéales de l’hiver pour grimper à bleau tellement ce sera humide... Agir pour l’environnement tout en continuant à pratiquer son sport favori peut paraître compliqué. Mais il y a plusieurs leviers sur lesquels agir : les transports, le choix d’équipements, les tenues de sport et bien sûr l’alimentation. Dans cet article, je vous partagerai quelques conseils autour de la nutrition pour continuer à avoir une alimentation qui répond à vos besoins de sportifs tout en respectant davantage l’environnement. Petit rappel des bases de l’alimentation des grimpeurs : Je ne m'étalerai pas sur cette partie car ce n’est pas le thème du jour, mais voici quelques éléments bons à avoir en tête. L’alimentation idéale pour la pratique de l’escalade doit être Diversifiée, la Moins transformée, et en Quantité suffisante! Elle doit comprendre des féculents à chaque repas, suffisamment de protéines, les différents type de lipides (du gras), le plein de fruits et légumes pour les antioxydants, et bien sûr de l’eau en quantité. “Les gestes du quotidiens” L’alimentation ce n’est pas uniquement ce que l’on mange. C’est également relié à nos habitudes, nos valeurs et nos choix. Cela s’applique pour tout le monde, que l’on soit sportif-ve ou non. Réduire ses emballages, diminuer le gaspillage alimentaire, manger local, manger bio etc l’ensemble de ces actions définissent une alimentation éco-responsable : une alimentation plus durable. Plus durable pour les agriculteurs, les populations rurales, les ressources naturelles et environnementales, et bien sur pour ceux qui consomment au quotidien : nous tous. En tant que grimpeurs et grimpeuses, vous pouvez agir de différentes façon. Voici quelques exemples parmi tant à adopter au quotidien : Achetez-vous une gourde ! N’acheter pas de l’eau en bouteille et diminuer la consommation de jus industriels et de sodas. Pour une bouteille en plastique d’un litres, l’industrie a besoin de 3L d’eau. Vous qui adorez les fruits et légumes frais, tout comme Alex Megos, optez pour des sacs réutilisables en tissus lors de vos courses, ou gardez les sacs en papier de vos anciennes courses. Si vous grimpez en extérieur, prévoyez pour vos sortie un sac poubelle pour vos déchets ou ceux que vous trouvez qui ont été laissés (si cela vous gène, prévoyez une paire de gants au cas où). Privilégiez des casses croutes faits maison que vous pouvez transporter dans un tupperware pour vos sorties. Si vous acheter systématiquement un sandwich, un paquet de chips, des carottes râpées dans une barquette en plastique à chaque fois votre quantité d’emballage augmentera facilement. D’autant plus que, rien ne vaut un plat maison : il sera plus riche également nutritionnellement et vous aidera davantage à sortir votre projet ;) « Dans mon assiette éco-responsable de grimpeur-se » 1- Les protéines Dans mon assiette éco-responsable de grimpeur-se, il y a : des protéines. Elles sont indispensables pour nous autres accros à l’escalade. En tant que sportif-ve, nos besoins oscillent autour de 1,8 gr/kg/jour en protéines mais ils peuvent augmenter selon nos objectifs. Cependant manger des protéines animales au quotidien, à chaque repas, fait augmenter nos émissions de CO2 drastiquement. L’alimentation représente 25% de l’empreinte carbone des français et le cheptel bovin représente la moitié de cette empreinte! Soit 12,5% de l’empreinte carbone des français. Selon J-M Jancovici, la solution n’est pas que tout le monde s’arrête d’en consommer, cela aurait des conséquences négatives sur la société et l’économie mondiale. Mais de diviser la consommation de viande et laitage par 2 ou 3 des français. Il y a environ 30 millions de vaches en France, en divisant ce chiffre par deux on réduit les émissions par deux également (jusque là pas très difficile à comprendre). Où passent cette seconde moitié? Va-t-on ressentir cette différence? En réalité non, car beaucoup sont gaspillés et non consommés et le reste part souvent dans la production de produits ultra-transformés industriels. En changeant notre régime alimentaire ainsi, on peut réduire les émissions françaises par 4 ! Ce n’est pas rien ! (car moins de transports, moins d’agriculture intensive, moins de transformations et de gaspillages etc.) Il faudrait donc consommer des produits de meilleure qualité, moins transformés et en moins grande quantité et fréquence. Passer au régime végétarien ou végétalien est un choix personnel. J’ai fait le choix ici de montrer qu’en diminuant simplement nos apports en produits animaliers nous pouvons avoir un réel impact sur l’environnement. C’est une option qui peut permettre un premier pas très concret pour diminuer ses émissions. En tant que sportif-ve, on ne peut pas se permettre d’uniquement diminuer son apport en viande et poisson. Je le disais précédemment, nos besoins sont plus importants que les sédentaires. Il est donc indispensable de se tourner vers les protéines contenues dans les végétaux ! Pour que les protéines végétales soient complètes vous devez associer des céréales avec des légumineuses, aussi appelées légumes secs, dans l’idéal au sein du même repas ou alors au sein de la même journée. Voici quelques exemples d’aliments complémentaires pouvant vous apporter des profils protéiques complets et intéressants : Riz + pois cassés Riz + haricots rouges Semoule + pois chiche Maïs + haricots secs Riz + lentilles Cacahuètes + blé Riz + noix Lentilles + noisettes En terme de quantité cela représente 2/3 de céréales et 1/3 de légumineuses de votre apport total. Toutefois, il est plus compliqué d’atteindre la quantité de protéines que vous trouvez dans un filet de poulet par exemple, ces produits contenant une quantité moindre de protéines. Par exemple pour 150 gr de riz cuit avec 100 gr de pois chiche on arrive autour de 12 gr de protéines contre environ 37 gr pour un filet de poulet. Si vous souhaitez aller plus loin dans la démarche, je vous recommande de vous rapprochez auprès d’un professionnel spécialisé dans le sujet : diététicien-ne ou médecin nutritionniste. Il existe cependant quelques aliments ayant des profils protéiques complets et ne nécessitant pas de complémentarité. C’est le cas du soja et de tous ces dérivés (tofu, tempeh, ...), ainsi que du quinoa. Vous pouvez également vous tourner vers des alternatives végétales : il en existe de plus en plus et sont facilement accessibles dans vos super-marché. Toutes évidemment ne se valent pas, il vaut mieux tester pour trouver ceux que vous préférez personnellement. Par ailleurs, vous trouverez des quantités intéressantes en protéines dans la famille des oléagineux : amandes, noix, noisette, noix de cajoux, etc. À consommer dans vos collations, dans vos salades composées, fromage blanc etc. 2- Les fruits et légumes : Les fruits et légumes ont un impact moindre sur l’environnement. Mais c’est sans compter la culture intensive, les transports ou encore les transformations vers des conserves ou encore des produits préparés qui augmentent le taux d’émission lié à ces aliments. Apporter des fruits et légumes tous les jours dans notre assiette de sportif est nécessaire pour réduire nos inflammations, ou encore améliorer notre état de bien être global. Pour cela, acheter vos produits frais non transformés et le plus souvent issus d’agriculture biologique est indispensable. Mais, ce qui est vraiment nécessaire c’est d’acheter ses fruits et légumes de saisons! Acheter dans les marchés, épiceries ou encore maraichers : vous aurez déjà plus de chance de trouver du bio et local. Si vous n’êtes point fin connaisseur des produits de saisons, vous trouverez sur le site officiel Manger Bouger un calendrier des fruits et légumes de saisons. NB : vous pouvez également vous renseigner sur les saisons pour consommer les différents poissons, fromage, etc. 3- Le gras : poissons, oléagineux et huiles : Afin d’entretenir nos articulations, nos tendons et ligaments etc, grimpeuses et grimpeurs nous avons besoin d’un apport quotidien en bons gras et particulièrement en oméga 3 : catégorie de lipide souvent oublier dans notre alimentation. Les oméga 3 sont principalement trouvés dans les poissons dits gras : saumon, sardine, foie de morue et j’en passe. Pour des raisons éthiques liées aux élevages et les moyens de pêche comme le chalutage, ainsi que pour des raisons environnementales liées par exemple à la détérioration des fonds marins entre autre, nous nous devons de réduire notre consommation en produits de la mer. Pour vous donner une idée, un poisson sur deux consommés provient d’élevage. Il existe d’autres moyens d’apporter des oméga 3 dans nos repas qui peuvent être plus responsables et écologiques si nous y prêtons attention. Je parle des oléagineux alias les noix et graines riches en lipides. Rien n’est parfait et les noix peuvent elles aussi soulever des problématiques éthiques et environnementales : leur production et récolte demande une main d’oeuvre importante et souvent sous payé, ainsi qu’une quantité d’eau considérable. Sans parler des kilomètres parcourus par vos petites graines. Alors pourquoi en parler? Car en France, nous cultivons des noix de Grenoble, des noisettes, des amandes, des noix de pécan, des cacahuètes ou bien encore des graines de courges. En choisissant ces produits français, nous limitons énormément la casse tout en améliorant la santé de nos doigts. Si vous ne faites pas vos courses en vracs, il est moins évident de trouver l’origine des produits. Je vous invite à bien lire les différentes étiquettes et à vous renseigner sur internet si les marques ne sont pas transparentes sur leurs emballages. Quelque soit vos choix alimentaires, vous aurez un impact sur l’environnement. Car se nourrir requiert des ressources importantes à notre planète. Il est de notre devoir de mieux choisir les aliments que nous consommons. Sans trop s’attarder sur le sujet des huiles, privilégiez toujours une bonne huile d’olive dans vos cuissons et assaisonnement. Si vous pouvez assaisonner vos plats avec une huile de noix, de lin ou de colza c’est encore mieux. Mais limiter au mieux la consommation d’huile de friture, d’huile de palme qui sont ni bonnes pour votre corps et pour notre planète. 4- Écolo tu seras, l’eau du robinet tu boiras : Grimpeur-se en salle ou en extérieur, grimpeur-se de bloc, de voie ou de vitesse : buvons ! Buvons de l’eau : avant, pendant et après nos séances. C’est réellement indispensable pour vos performances, pour la fatigue, pour mieux récupérer : c’est indispensable pour tout ! Le premier réflexe à avoir reste d’avoir une gourde remplie avec soi constamment. J’entends que dans certaines villes la qualité de l’eau courante est moindre. Mais au lieu d’en venir à acheter des bouteilles d’eau pour votre consommation quotidienne, sachez qu’il est très simple de filtrer votre eau du robinet avec du charbon végétal, des graines de moringa ou encore des perles de céramiques. Vous préférez boire de l’eau en bouteille pour ces minéraux que certaines eaux apportent ? Sachez que ces minéraux se retrouvent également dans votre alimentation. Il est loin d’être indispensable de consommer de l’eau minéralisée lorsque l’on pratique de l’escalade sauf pour de rares exceptions. Donc privilégiez le plus souvent possible, votre gourde remplie d’eau du robinet. Conclusion : A chacun ses actions, nous n’avons pas tous les mêmes contraintes mais l’on peut tous agir à son échelle. Bien se nourrir tout en respectant la planète peut requérir un budget alimentaire plus important. À vous de juger se qui est plausible dans votre situation. Sachant qu’un petit geste réalisé quotidiennement sera, au bout d’un an, un geste avec un impact plus important. Il existe bien d’autres actions à mettre en place, cependant cela demande à s’organiser différemment et changer ses habitudes. Allez-y étape par étape selon se qui VOUS convient le mieux. Voir les effets positifs de nos actions sur la planète est un peu difficile, mais ne baissez pas les bras et regardez aussi ce que ces gestes amènent de bon dans votre quotidien. Résumé des bons gestes du grimpeur en extérieur : - Ramasser les déchets dans la nature - Utiliser des couverts réutilisables - Préparer votre repas : utiliser un tupperware ou récipient réutilisable - Buvez de l’eau dans votre gourde ou thermos -Exemple d’un pique nique falaise éco-responsable et sportif : Salade riz, lentilles, légumes de saisons, quelques noix concassées, vinaigrette à base d’huile d’olive Un morceau de fromage (que vous pouvez mettre aussi dans votre salade) et un fruit de saison (optionnel) 🖍 : Gabrielle Gauthier Nutritionniste 🗞 : GrimpActu. sources : livre : Le Monde sans fin de Jean-Marc Jancovici p 69 et p165 livre : Le Manuel de cuisine alternative de Gilles Daveau article du journal Le Monde « Un poisson sur deux consommé dans le monde provient d’élevage » 2011
- Bien récupérer de sa séance d'escalade par l'alimentation
Cet article a été rédigé par : Gabrielle Gauthier - Diététicienne Vous venez de tout donner pour toper votre bloc projet ou enchainer une belle voie en extérieur. Saviez-vous qu’après tant d’efforts, l'alimentation peut transformer votre manière de récupérer après l'escalade? Quelle que soit la discipline pratiquée, l’escalade est un sport complet qui met à rude épreuve votre corps et votre esprit! Muscles, tendons, mental : rien n’est épargné ! Une bonne assiette est la première étape vers une récupération optimisée. Qu’il s’agisse d’une collation ou d’un bon repas, bien vous nourrir après votre séance peut accélérer la récupération musculaire, prévenir les blessures et améliorer vos prochaines performances. Le rêve non ? Dans cet article, Gabrielle diététicienne spécialisée dans la nutrition sportive et passionnée de grimpe, vous partagera les éléments essentiels pour faire de votre alimentation une alliée à votre progression après chaque séance. Que se passe-t-il dans mon corps pendant ma séance d’escalade nécessitant de mettre en place une stratégie de récupération ? ● Transpiration et hydratation : Pendant l’effort sportif, en hiver comme en été, le corps évacue l’excédent de chaleur produit par les muscles via les pores de la peau : c’est la transpiration. Le corps perd de l’eau et des électrolytes et du sodium, en quantité plus ou moins importante qu’il est important de restaurer après l’effort. Une bonne hydratation aide non seulement à récupérer, mais aussi à maintenir une performance optimale lors des prochaines séances. ● Reconstitution des réserves énergétiques Grimper, que ce soit un bloc ou une voie, nécessite de l’énergie afin d’assurer les fonctions musculaires et de concentration. Le corps puise donc dans nos stocks d’énergie afin d’alimenter nos muscles. Ainsi nous pouvons enchaîner plusieurs mouvements en dynamique, en force tout comme en statique avec des efforts plus axés sur les jambes. La quantité d’énergie utilisée dépend de la durée, de l’intensité et de la qualité de la séance, mais il est crucial de reconstituer ses stocks après l’effort. C’est ce qui nous permet à la fois d’améliorer la récupération mais également d’avoir suffisamment d’énergie pour vos prochaines séances. ● Réparation et renforcement musculaire Concernant nos muscles, ils peuvent subir des micro-déchirures : c’est le signe que vous êtes sorti de votre zone de confort et que vous avez bien forcé! Il est nécessaire de les reconstruire après l’effort. Une bonne alimentation vous aidera à les réparer et à construire plus de fibres musculaires (ainsi vous aurez plus de biceps). Il en va de même quant à la sollicitation des tendons et ligaments : l’effort physique en escalade les sollicite et peut les fragiliser. Le renforcement de ces derniers se fait avec une pratique de l’escalade adaptée, des exercices spécifiques mais peut être améliorer avec l’alimentation. ● Lutter contre les inflammations Autre point, que l’on entend moins c’est la production de radicaux libres. Ce sont de petites molécules qui, en excès, produisent de l’inflammation et accélèrent le vieillissement cellulaire et provoquent de la fatigue. Après un effort, le corps a besoin d'antioxydants pour neutraliser ces radicaux libres et rétablir son équilibre. Moyen de prévention indispensable face aux inflammations notamment tendineuses. Ainsi, une bonne stratégie de récupération après l’escalade est essentielle pour maintenir vos performances, prévenir les blessures et favoriser votre progression. Elle peut passer certes par un bon sommeil, néanmoins votre alimentation est un pilier indispensable pour une récupération efficace et optimale. Salade de pâtes avec légumes et houmous, parfaite pour la récupération après l’escalade Quelles sont les meilleures options pour récupérer grâce à l'alimentation après une séance d’escalade ? Afin de répondre aux quatre enjeux cités précédemment, notre corps a besoin de nutriments spécifiques pour assurer une bonne récupération. ● Énergie : Les nutriments produisant de l’énergie sont les glucides, les protéines et les lipides. Cependant, la voie la plus simple et la plus efficace reste les glucides. Les protéines et lipides ayant d’autres rôles importants pour l’organisme, leur fonction énergétique est secondaire. Les glucides jouent un rôle clé dans la récupération en remplissant deux fonctions principales : - Reconstituer les réserves énergétiques Lors de séances d’escalade ce sont principalement les réserves dans les muscles, pour des efforts courts et intenses, et les réserves de graisses corporelles, pour des efforts prolongés à intensité modérés, qui sont utilisés. - Apporter l’énergie nécessaire à la réparation et à la fabrication musculaire Sans énergie, sans glucides, les muscles ne peuvent entamer leur processus de réparation ! Pour faire une comparaison simple : si l’on n'appuie pas sur un interrupteur, alors la lumière ne s’allumera jamais. L’énergie fournie par les glucides rend la récupération plus rapide et efficace, à condition que les autres nutriments soient présents... ● Réparation, Construction : Maintenant que nous avons de l’énergie pour assurer la récupération, nous avons besoin de nutriments permettant de fabriquer des fibres musculaires. C’est le rôle principal des protéines. Une association des glucides et des protéines dans le repas post séance est nécessaire pour la récupération. ● Diminuer les inflammations : Afin de diminuer les inflammations, donc diminuer les quantités de radicaux libres dans l'organisme, on adoptera la stratégie d’une bonne hydratation, de bons lipides et surtout d’une alimentation pleine d’antioxydants. Ces antioxydants sont retrouvés dans l’alimentation sous forme de vitamines. On y retrouve les vitamines suivantes : On peut également compléter avec la vitamine D, bien qu’elle ne soit pas un antioxydant direct car elle module les mécanismes de l’inflammation et contribue à protéger les cellules contre le stress oxydatif. De plus, les vitamines antioxydantes travaillent souvent en synergie avec des minéraux (zinc, sélénium) et d’autres composés comme les polyphénols et le glutathion pour renforcer leurs effets protecteurs. Pour maximiser l’apport en vitamines antioxydantes, privilégiez une alimentation variée et colorée, riche en fruits, légumes, noix et huiles végétales. Concernant les huiles justement, les lipides dans tout ça, à quoi servent-ils ? Leur utilisation pendant une activité physique dépend majoritairement de l’intensité et de la durée de l’effort (effort modéré ou prolongé). Après une séance de sport, les lipides contribuent à la récupération cellulaire, à la gestion de l’inflammation et au soutien des fonctions métaboliques. Ils sont nécessaires également à la production de certaines hormones, comme la testostérone et les corticostéroïdes, qui jouent un rôle dans la récupération musculaire et la gestion du stress lié à l’effort physique. Les lipides doivent être consommés en quantités modérées, en privilégiant les sources de bonne qualité. Exemples d’aliments riches en lipides utiles après le sport : - Avocats (oméga 9, action anti-inflammatoire). - Poissons gras (saumon, maquereau, etc. – riches en oméga 3). - Fruits oléagineux (amandes, noix, etc.). - Huiles végétales (olive, colza, lin). ● Réhydratation : Boire pendant une séance est une étape importante, mais insuffisante pour compenser toutes les pertes. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer : perte d’électrolytes, capacité d’absorption limitée, déshydratation préalable, chaleur, etc. Après l’effort, il est donc important de continuer à boire de l’eau et, idéalement, consommez des aliments riches en électrolytes tels que des bananes, des noix ou encore des légumes verts. Concernant le sodium perdu lors de l’effort, un simple assaisonnement suffit généralement pour couvrir les besoins en sodium suite à une séance d’escalade, inutile de chercher à en consommer plus. Cependant, lors d’efforts prolongés ou dans des conditions très chaudes, des apports plus spécifiques peuvent être envisagés. Niveau quantité, ça donne quoi ? Maintenant que vous savez ce qu’il faut apporter à votre corps, il est temps de mettre cela en pratique ! Un repas de récupération, pour les pratiquant.es d’escalade, ressemble beaucoup à un repas équilibré. Cependant, nous n’avons pas encore abordé le sujet des quantités. Plutôt que de fournir des grammages précis, il est important de rappeler que chaque grimpeur·se a des besoins nutritionnels différents, selon la durée et l’intensité des séances. Ce qu’il faut retenir : plus votre séance est longue et/ou intense plus la quantité de glucidesà intégrer au repas sera importante. Par exemple, après une séance de voie, il est recommandé d’augmenter son apport en glucides sur le repas suivant. Les besoins quotidiens en glucides d’un.e grimpeur.se varient généralement entre 4 et 8 g/kg (8 étant assez rare pour le commun des grimpeur.ses)*. À titre indicatif, pour un.e grimpeur.se de 70 kg, cela représente entre 280 et 560 g de glucides par jour. Adaptez ces chiffres selon vos ressentis et vos séances. Côté hydratation, je vous conseille de boire 50 cL à 1L d’eau dans l’heure suivant votre séance d’escalade pour favoriser la récupération. Exemples de plats pour bien récupérer de sa séance : Exemples de repas de récupération : ● Soupe de lentilles corail et épinard ● Salade de pâtes au houmous -Pâtes, houmous, huile d’olive, courgette, carotte, tomate, petites pousses d’épinards, persil, curry, assaisonnement au choix- ● Entrée : Salade betterave, fêta, mâche et noix ; Plat : Poulet sauce curcuma et riz ● Wok de nouilles épicées aux brocolis et tofu ou poulet au choix ● Papillote de saumon, riz et poivrons Exemples de collations post-séance, (si le repas est éloigné) : ● Porridge aux fruits rouges ● Fromage blanc (ou petit-suisse, skyr), mélanges d’oléagineux, 1 kiwi ou 2 clémentines ● Banana-bread (une part) et 3-4 noix de pécan ● Tranche de pain complet avec un morceau de fromage, 2 clémentines ● 1 tranche de pain complet avec du fromage à tartiner et 1 tranche de saumon fumé En résumé, une récupération efficace après une séance d’escalade repose sur une alimentation équilibrée et une hydratation adaptée. Si cela semble évident, il est parfois tentant de se laisser séduire par des aliments ultra-transformés ou une pinte pour célébrer l’effort. En veillant à offrir à votre corps les nutriments dont il a besoin, vous optimisez votre récupération et préparez vos prochaines performances. L’essentiel est de trouver un équilibre entre performance, récupération et plaisir. Après tout, grimper, c’est aussi prendre du plaisir dans l’effort et hors des murs ! Gabrielle Gauthier, diététicienne spécialisée en nutrition sportive et passionnée d’escalade Qui suis-je ? Je m’appelle Gabrielle Gauthier, je suis diététicienne à mon compte depuis bientôt 3 ans et spécialisée dans l’accompagnement nutritionnel sportif et des personnes atteintes d’obésité. Avec mon activité, je propose des accompagnements personnalisés en distanciel, et des interventions de préventions dans les écoles, les entreprises et les salles d’escalade. Je pratique l’escalade en bloc et en voie, en salle et en extérieur en tant qu’amatrice et compétitrice. J’ai la chance de vivre de mes passions que sont l’escalade et la nutrition à travers mon activité de diététicienne et mon podcast d’escalade Grimposphère cofondé avec Agathe Clément. Vous pouvez me contacter par mail : gabrielleg.nutrition@gmail.com et par message instagram : @gabrielle.nutrition Pour plus d’informations, retrouvez mes services sur mon site internet : gabrielleg.nutrition.wixsite.com Vous souhaitez en apprendre plus sur le timing du repas de récupération, sur la fenêtre anabolique ou encore la collation post séance ? N’hésitez pas à nous en faire part en commentaire ou à prendre rendez-vous avec Gabrielle! *source : Peak Nutrition, Marie Hines et Mercedes Pollmeier L’ensemble des connaissances de l’article proviennent des différents cours de nutrition quej’ai pu avoir lors de ma formation BTS Diététique.
- Baisse de performance : les bonnes questions à se poser
Cet article a été rédigé par : Amandine Verchere - Diététicienne D.E Baisse de performance en escalade : comprendre le phénomène Si tu fais partie des grimpeurs-euses avec un bon niveau et que tu t’es déjà fait rouster dans une voie normalement « rando », si ton explication (ou celles de tes potes) est que tu n’es pas assez fit et qu’il faudrait t’entrainer plus et manger moins, cet article est pour toi. Et pour les autres aussi car la tentation de se restreindre arrive vite lorsqu’on traverse une baisse de forme. Alors oui, parfois on peut avoir réellement besoin de perdre du poids et cela doit se faire avec un suivi approprié par un.e professionnel.le de santé formé.e. Il est possible de trouver un nouvel équilibre entre poids, alimentation et entrainement mais il ne faut pas s’attendre à ce que la performance soit au rendez-vous de manière certaine. En effet, les études scientifiques sur le sujet indiquent qu’il n’y a pas de preuve que la perte de poids améliore la performance, contrairement à la prise de force dans les avants-bras, au travail de la souplesse ou encore de l’endurance . Alimentation et performance : les idées reçues à éviter En revanche, le lien entre une alimentation troublée et la blessure est bien établi par la recherche donc on ne diminue pas ses apports alimentaires comme ça, juste parce qu’on a été vexé.e par une voie ou un bloc, au risque de mettre le doigt dans l’engrenage de la sous-alimentation-blessure. En diététique du sport, on ne parle d’engrenage mais du cycle de la sous-alimentation-blessure (underfueling-injury cycle), un cercle très vicieux puisqu’il entretient la non-performance de la façon suivante : L’athlète connaît une baisse de forme et décide d’adopter un comportement de restriction alimentaire. En parallèle, il met les bouchées doubles à l’entrainement pour essayer de retrouver le niveau du pic de forme. Mais sur la résine, les sensations ne sont pas bonnes. Alors il/elle s’entraine encore plus dur et mange encore moins…jusqu’au moment où l’organisme n’a plus les ressources pour réparer les muscles et les articulations au fur et à mesure et c’est la blessure. De fait, ne pouvant plus s’entrainer comme d’habitude, le/la grimpeur.se ne se sent pas très en forme et se fait rouster dans des cotations qui ne devraient pas poser de problème…et repart dans un nouveau cycle. Cf études de Gronahug (2018), Arazi (2016), Laffaye (2016), Mermier (2000), Ozimek (2017), Laval (2019), Michael (2019), Giles (2020) et Vereide (2022). Pour les retrouver, taper le nom, l’année et « climbing abilities » dans le moteur de recherche google scholar. Les bonnes questions à se poser pour retrouver la forme La restriction alimentaire, celle qui fait éviter, juger voire diaboliser certains aliments et manger moins que nécessaire n’est donc jamais une bonne idée. Attention, cela ne signifie pas qu’il faille manger le double de ses rations sans réfléchir quand les performances ne sont pas au rendez-vous ! Mais plutôt se poser les bonnes questions, à savoir : Depuis combien de temps étais-je en pic de forme (car comme son nom l’indique, c’est un pic, pas un état constant, et en général il dure environ 3 semaines) ? Ai-je une dette de sommeil ces derniers temps ? Est-ce que j’ai consommé de l’alcool récemment ? Peut-être devrais-je vérifier mon statut en fer, en vitamine D, etc, avec un médecin? Y a-t-il un virus qui circule dans l’équipe en ce moment ? Pour les personnes concernées : est-ce que cela se reproduit à chaque fois au même moment de mon cycle menstruel ? Ai-je des soucis professionnels ou personnels qui parasitent ma concentration ? Celles et ceux qui ont une pratique d’escalade vraiment intensive ont aussi intérêt à se poser la question de l’alimentation, non pas pour diminuer leurs apports mais au contraire pour vérifier qu’ils sont en relation avec leur dépense énergétique. De trop nombreux sportifs ne mangent pas suffisamment du fait que l’appétit est coupé par l’effort, ce qui augmente le risque de faible disponibilité énergétique et de blessure. En résumé, il est important de garder à l’esprit que la recherche en médecine du sport, physiologie et alimentation a démontré à ne nombreuses reprises que l’indice de masse corporelle n’est pas associé à une meilleure performance en escalade. Les données anthropométriques (taille et poids) n’interviennent que dans 1,8 à 4% de l’aptitude à grimper, il y a donc plus à perdre qu’à gagner à chercher à manger moins pour perdre du poids lorsque qu’on vise la performance. La vigilance est donc de rigueur lorsque notre état de forme est en baisse car la solution qui semble la plus immédiate n’est pas toujours la meilleure. Rappel, on considère la pratique intensive pour les mineurs dès que le nombre d’heures d’entrainement est supérieur à l’âge (exemple : 15h/semaine à l’âge de 12 ans) et pour les adultes à partir de 5h/jour. Mermier (2000), Laffaye (2016). 💬 : Amandine Verchere 🗞️ : GrimpActu.












