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- Nouveaux coups de cœur : 5 livres pour améliorer ta grimpe
Il y a quelques mois , nous vous présentions cinq livres incontournables pour progresser en escalade . Depuis, nous avons découvert de nouveaux ouvrages qui approfondissent encore la compréhension de la progression, de l’entraînement et du mental en escalade. Grimper, ce n’est pas seulement une question de force ou de technique : c’est un équilibre subtil entre préparation physique, mental, résistance et prévention des blessures. Savoir planifier ses séances, gérer la fatigue, renforcer ses points faibles et se protéger des blessures est essentiel pour progresser durablement. Cette nouvelle sélection de cinq livres apporte des méthodes concrètes, basées sur l’expérience de grimpeurs et sur la science du sport. Que vous soyez débutant ou expérimenté, ces ouvrages vous aideront à optimiser vos entraînements, améliorer vos performances et grimper plus intelligemment, tout en prenant du plaisir à chaque séance. 1. Escalade Training – Les secrets de la planification Après le succès d’ Escalade Training, 100 exercices spécifiques d’entraînement , Hervé Di Domenico et Kevin Arc proposent un nouvel ouvrage consacré à la planification. Que vous soyez débutant, grimpeur régulier ou compétiteur, ce livre guide la structuration des séances et des cycles de progression. Il explique comment adapter votre entraînement selon vos objectifs : améliorer une qualité physique, franchir un palier de difficulté ou préparer un projet précis. Illustré d’exemples concrets de séances et de plans d’entraînement, il inclut également de nouveaux exercices de prévention des blessures, de mobilité et de renforcement spécifique. Nous avions questionné Kevin Arc à la sortie de son ouvrage. Pour découvrir l’interview, ça se passe ici : Escalade training : Les secrets de la planification 2. La psychologie en escalade – S’entraîner mentalement pour des performances optimales La performance ne se limite pas à la force ou à la technique : le mental joue un rôle déterminant. Peur de tomber, stress face à un passage difficile ou doute sur ses capacités… autant de facteurs qui peuvent limiter la progression. La psychologie en escalade explore comment gérer ces blocages et transformer votre état d’esprit en un véritable atout. Kevin Roet combine ses expériences personnelles avec les dernières recherches en psychologie sportive et en thérapie cognitivo-comportementale pour proposer des techniques concrètes. Le livre offre des exercices pratiques adaptés à différents profils de grimpeurs et explique comment activer le bon état d’esprit avant chaque séance ou projet. Au-delà de la gestion de la peur, l’ouvrage aborde la motivation à long terme, la concentration, la préparation mentale pour les compétitions et le plaisir de grimper. Avec ces outils, il devient possible de travailler au maximum de ses capacités physiques tout en restant confiant et serein. 3. Résiste – Apprendre et s’entraîner pour être plus résistant en escalade La résistance est une qualité clé pour progresser. Dans Résiste , Laurent Vigouroux, chercheur en sciences du sport, et Clément Lechaptois, grimpeur de bloc professionnel, proposent une approche scientifique et pratique pour développer cette compétence. Leur rencontre a donné naissance à la SmartBoard, une poutre de traction connectée permettant de mesurer avec précision la puissance et la résistance à l’entraînement. Forts de cette expérience, ils transmettent dans ce livre les secrets pour renforcer l’endurance musculaire spécifique à l’escalade, gérer la fatigue et optimiser les performances. Le livre propose des programmes détaillés adaptés à différents niveaux, des exercices ciblés sur les doigts, les avant-bras, le gainage et la respiration. Chaque chapitre combine théorie et pratique, permettant de comprendre non seulement quoi faire, mais aussi pourquoi le faire, pour progresser efficacement tout en évitant le surentraînement. 4. S’entraîner scientifiquement pour l’escalade – Optimiser ses performances grâce à la science L’entraînement en escalade peut sembler complexe : méthodes diverses, conseils contradictoires, tendances changeantes… Dans S’entraîner scientifiquement pour l’escalade , Sergio Consuegra, entraîneur de haut niveau espagnol, propose une approche claire et rigoureuse, basée sur la science du sport. Le livre analyse les besoins spécifiques des grimpeurs, des doigts aux bras, du gainage à la résistance générale, et explique les mécanismes physiologiques et biomécaniques derrière chaque méthode. La première partie introduit les bases de l’entraînement et l’adaptation du corps aux efforts. La deuxième partie détaille l’optimisation des qualités physiques : force, endurance, coordination, mobilité et prévention des blessures. Enfin, la troisième partie montre comment combiner ces éléments, ajuster volume et intensité, et planifier ses cycles pour une progression durable. Contrairement à d’autres ouvrages centrés sur la répétition d’exercices, Sergio Consuegra propose une logique derrière chaque entraînement : “ne pas s’entraîner davantage, mais mieux”, pour maximiser l’efficacité de chaque séance. 5. L’escalade sans blessures – Prévenir, soigner et grimper plus longtemps Grimper comporte des risques… mais tous ne sont pas inévitables ! L’escalade sans blessures , par le kinésithérapeute Jared Vagy, est le guide le plus complet sur la prévention et la rééducation en escalade. Destiné à tous les grimpeurs, débutants comme confirmés, il permet de comprendre comment éviter douleurs et blessures pour progresser sereinement. Grâce à son expérience auprès de grands champions – Adam Ondra, Sasha DiGiulian, Sean McColl ou Jonathan Siegrist – Jared Vagy propose des conseils précis pour corriger les postures, repérer les mouvements à risque et mettre en place des routines efficaces. Les exercices sont illustrés par des photos détaillées, pour pratiquer en toute sécurité et adapter chaque mouvement à son niveau. Au-delà de la technique, le livre aborde la logique de la prévention : écouter son corps, reconnaître les signes de surmenage, gérer la fatigue et structurer l’entraînement pour limiter les blessures. Que ce soit pour renforcer doigts, bras, gainage ou articulations, ce guide fournit des outils concrets pour grimper plus longtemps, plus fort et en toute sécurité.
- Katherine Choong : Enchaîner Zahir à la force du corps et de l’esprit
Certaines voies ne sont pas de simples itinéraires à gravir. Elles résonnent comme des aventures intérieures, des épreuves où le mental compte autant que la force. Zahir , grande voie mythique nichée au cœur des Alpes suisses, en fait partie. Pour Katherine Choong, l’une des grimpeuses les plus accomplies de sa génération, cette ligne représentait depuis longtemps un mélange d’admiration… et d’appréhension. Aujourd’hui, elle nous fait l’honneur de partager le récit de cette ascension hors norme. Une expérience intense, partagée avec une partenaire de cordée précieuse, et vécue dans une démarche aussi engagée que sincère. @ Julien Nadiras Une voie mythique des Alpes suisses "Zahir est une voie classique, l'une des plus difficiles des Alpes suisses, et depuis toujours, elle me faisait rêver autant qu’elle m’effrayait. Cette année, je me sentais prête : j’avais enfin le bagage nécessaire pour me lancer dans cette aventure." Seul un partenaire manquait à l’appel pour cette épopée, mais Eline, une amie et compagne de cordée, s’est vite imposée comme la partenaire idéale. "Quand je lui ai proposé Zahir, elle a eu l'idée de relever un défi supplémentaire en la réalisant en Ecopoint, c'est-à-dire uniquement en utilisant les transports publics et le vélo pour s’y rendre. Ce petit challenge supplémentaire m'a tout de suite motivée." Ainsi, en plus de l’effort physique et mental imposé par Zahir, s’ajoutait une dimension environnementale avec un voyage où le confort serait sacrifié au profit de la simplicité et de la nature. Un défi physique… et mental Dès le premier jour, Katherine et Eline se heurtent aux réalités de cette voie redoutable. La longueur en 6C, avec un premier point situé à une dizaine de mètres, les met immédiatement « dans l’ambiance ». Le premier jour, nous nous sommes lancées dans la 6c. Le premier point est à 10-15 mètres sur une dalle terrible, ce qui donne tout de suite le ton. La 8a qui suit est plutôt simple : un très joli mur déversant, homogène, avec un crux tout en haut. Mais ensuite vient la voie en 8b+, la troisième longueur. Là, on a vraiment galéré pour placer le premier point. Je n’arrivais pas à atteindre le spit, et une chute à ce moment-là aurait été vraiment problématique. Ce jour-là, nous avons réussi à grimper trois spits de plus, mais pas au-delà." Après une journée épuisante et sans avoir atteint le relais, le découragement commence à se faire sentir. "Le lendemain, Eline a réussi à placer un point supplémentaire, mais nous n’avions toujours pas hissé la corde jusqu’au relais ! Quelle galère. Nous étions complètement bloquées : il fallait trouver les méthodes, sans magnésie, avec des prises invisibles, tout en enchaînant les chutes qui demandaient une énergie mentale folle. Finalement, nous avons bricolé une sorte de perche avec ce qu’on avait sous la main et du strap pour réussir à monter la corde. Nous avions vraiment tout essayé avant, c’était notre dernière option." Après six jours à déchiffrer chaque mouvement, les grimpeuses commencent à maîtriser les difficultés de la voie... "Ensuite, nous avons réussi à décomposer chaque section, mais il nous a fallu au moins six jours avant de réussir tous les mouvements. Certains passages étaient très éloignés, et pendant plusieurs jours, j’ai cru que je ne pourrais pas les passer à cause de ma taille. Mais Eline m’a beaucoup aidée à trouver des méthodes adaptées, en serrant des intermédiaires minuscules et en utilisant des techniques un peu originales. Une fois, nous sommes allées repérer les longueurs du haut. Sur le papier, elles ne semblent pas extrêmes, mais en réalité, même le 6c m’a paru vraiment difficile. Et surtout, il y avait très peu de points ! À certains endroits, la chute n’était tout simplement pas permise." La puissance d’un duo de grimpeuses Si Katherine a su enchaîner Zahir, c’est en grande partie grâce à son duo avec Eline, dont le soutien et la positivité ont été cruciaux tout au long de l’ascension. "Eline a été d’un soutien incroyable. Elle incarne littéralement la joie : toujours de bonne humeur, toujours positive. Alors que moi, je panique un peu et me dis qu’on n’y arrivera jamais, elle est là pour me rappeler que tout ira bien et qu’on trouvera une solution. Ce partage de la charge mentale, essentiel dans une grande voie aussi complexe, a été un véritable soulagement pour Katherine, qui a pu se concentrer sur ses mouvements, sachant qu’Eline veillait à l’ensemble des détails." "Je sais que je peux lui faire confiance à 100 %. Avec quelqu’un d’autre, cela n’aurait clairement pas été pareil. Je lui dois cet enchaînement, sans aucun doute. Elle était aussi très proche de réussir la 8a et bougeait vraiment bien dans la 8b+. Maintenant, c’est à mon tour de me consacrer à son enchaînement. Elle va tout donner encore demain, et je serai là pour la soutenir autant qu’elle l’a fait pour moi." Zahir : un défi technique et mental La longueur clé de Zahir, ce fameux 8b+, aura marqué Katherine à jamais. "La longueur clé de Zahir, le 8b+, est une section d’environ 20-25 mètres avec des prises minuscules comme des lames de rasoir. Ça fait extrêmement mal à la peau, et la douleur était un facteur limitant majeur pour travailler la voie ! Pour moi, la grande difficulté était une section au milieu où un long mouvement m’obligeait à m’étendre et à trouver des petites prises intermédiaires ainsi qu’une méthode qui m’était propre pour la franchir. Quel soulagement quand j’ai trouvé la solution ! Ensuite, il y avait une section avec des prises très petites, où chaque placement de pied et chaque position du corps étaient cruciaux pour tenir les prises et éviter de tomber. C’est difficile à la base, mais c’est une longueur incroyable." @ Julien Nadiras Le jour de l’enchaînement Le jour de l’enchaînement, Katherine ressent une pression intense. Après deux chutes successives dans le crux du 8b+, le soleil tape sur le mur, le temps presse et la météo tourne... "Le jour de l’enchaînement, j’ai d’abord chuté deux fois dans le crux du 8b+. Il était déjà 11h30, le soleil frappait fort sur le mur, notre voyage touchait à sa fin et la météo se détériorait vraiment. Je savais que c’était ma dernière chance. En général, la pression de la dernière opportunité m’aide énormément à tout donner et à ne rien lâcher. Pour le troisième essai, j’étais déterminée. J’ai franchi le premier crux, puis le second, mais malheureusement, au tout dernier mouvement, ma prise a glissé légèrement et je suis tombée juste avant le bac final. Gérer cette déception et cette colère a été extrêmement difficile, mais après 30 secondes, je me suis remobilisée et un déclic s’est produit dans ma tête. Je savais que je pouvais y arriver, peu importe les circonstances. Peu importe la douleur, que mon doigt saigne sur les prises ou que le soleil chauffe ces minuscules croûtes, c’était maintenant ou jamais. Je suis donc entrée dans ma bulle pendant une heure, me reposant et repensant à d’autres moments de ma carrière où, bien que fatiguée, j’avais réussi grâce à ma force mentale. C’est vraiment la magie de l’escalade. Lorsque je me suis relancée dans la voie pour un quatrième essai, dès les premiers mouvements, la douleur et la fatigue ont disparu. J’ai passé les deux crux, et arrivé au dernier passage où j’étais tombée auparavant, je sentais ma main glisser à nouveau sur cette prise. Mais au lieu de paniquer, j’ai pris le temps de bien positionner mon pied et j’ai réussi à tenir la prise finale. C’était complètement fou, je n’en reviens toujours pas. Mais ce n’était que le début. Il restait encore cinq longueurs à gravir, et une fois l’euphorie de l’enchaînement de la 8b+ passée, j’ai senti que je ne pouvais plus fermer mes mains. J’étais épuisée, avec plus de peau sur les doigts et plus de pied. La fin a été longue et douloureuse, mais finalement, nous sommes arrivées au sommet vers 18 heures, complètement ravies." Une inspiration pour l’escalade responsable En réalisant cette ascension en mode Ecopoint, Katherine et Eline ont donné une dimension particulière à leur projet. "C’était la première fois que je réalisais une ascension en Ecopoint, et c’est clairement Eline qui m’a inspirée à me lancer dans cette aventure. Avant de commencer, j’avais beaucoup d’inquiétudes. Ce n’était pas tant le nombre de kilomètres à parcourir à vélo qui me préoccupait, mais plutôt toute la logistique autour. Avec seulement deux sacoches et un sac de grains à disposition, le matériel était réduit au minimum, et le confort aussi ! Après une longue journée sous la pluie, trempée jusqu'aux os, avec juste une tente pour se changer et se réchauffer, ce n’était pas facile. Il y avait aussi un peu de fatigue physique, surtout avec une marche d’approche très raide et exposée de deux heures." L’idée n’était pas seulement de grimper de manière écoresponsable, mais aussi de montrer qu’il est possible d’atteindre des sommets sans recourir à des moyens de transport polluants. "Bien sûr, nous n’allons pas changer le monde avec ça, mais l’idée est plutôt d’inspirer les gens et de montrer qu’on peut grimper à son maximum même en laissant la voiture à la maison. Si je peux le faire, tout le monde peut le faire, haha ! Cela donne aussi une dimension différente au voyage. Nous rencontrons beaucoup plus facilement des gens, et la solidarité est vraiment touchante." @ Julien Nadiras 💬 : Katherine Choong 📷 : Julien Nadiras ✍️ : Théo de GrimpActu
- Laura Rogora frappe fort : premier 8c+ à vue féminin de l’histoire
Une page historique vient de s’écrire dans le monde de l’escalade sportive. Le 28 juillet 2025, Laura Rogora a franchi un cap que personne, jusqu’ici, n’avait réalisé du côté féminin : enchaîner un 8c+ à vue. Et pas n’importe où. C’est dans le célèbre secteur de Déversé, aux Gorges du Loup (France), qu’elle a dompté la ligne ultra-physique de Ultimate Sacrifice , gravant son nom dans l’histoire de l'escalade. "Je me suis sentie satisfaite… et un peu incrédule. Honnêtement, je n’avais jamais imaginé que je pouvais vraiment réussir un 8c+ à vue." — Laura Rogora Un exploit hors normes L’ascension est exceptionnelle à bien des égards. La voie, un monstre de continuité, combine deux lignes redoutables : New Power Generation (8b) pour l’entrée, suivie de la section clé de Last Soul Sacrifice (8c). Autrement dit, une traversée où l’endurance se dispute SUR chaque prise, sur un mur en plein dévers. Résultat : un 8c+ à vue, sur une tentative unique, sans connaissance préalable de la voie, et avec une gestion de l’effort millimétrée. Du très, très haut niveau. "Je savais que si je passais la première partie intense, j’aurais une vraie chance. L’endurance est mon point fort." — Laura Rogora Pourtant, elle a bien failli tomber à deux reprises. Une première frayeur dans le 8b d’entrée, puis une hésitation finale, au moment de repérer les prises de sortie. "Sur la première partie, j’étais assez détendue : je n’avais rien à perdre. Mais après, j’ai commencé à stresser, car j’ai compris que j’avais une vraie chance." — Laura Rogora À quelques mouvements de la fin, une mauvaise lecture du crux l’a obligée à improviser dans l’urgence : "J’ai raté des prises à droite et mal lu le crux final. Heureusement, je m’en suis rendue compte à temps et j’ai pu revenir en arrière pour changer mon beta." Une décision lucide, révélatrice de son calme et de son expérience. "Je pense que c’est un mélange de force, de lucidité… et un peu de chance." — Laura Rogora Une journée de rêve Et comme si cela ne suffisait pas, la journée de Laura ne s’est pas arrêtée là. Quelques heures plus tard , elle enchaînait Trip Tik Tonik (9A) en seulement trois essais. " Sans aucun doute, mon meilleur jour d’escalade ", déclarait-elle sur instagram. Just Two Fix (9a/+), résolue la veille en huit essais, avait déjà annoncé la couleur. Dans les jours précédents, Laura avait également empilé PuntX (9a+), Kinematix (9a/+ première ascension féminine), ainsi qu’un flash magistral sur Hot ChiliX (8c). Une moisson de croix digne d’un rêve éveillé. Une progression fulgurante dans l’histoire de l’escalade féminine Jusqu’à présent, le niveau maximal féminin à vue culminait à 8c, atteint pour la première fois par Janja Garnbret en 2021 ( Fish Eye et American Hustle à Oliana), suivie de Chaehyun Seo ( L’Antagoniste en Espagne) puis Laura elle-même ( Ajo Crudo à Siurana). Mais l’étape du 8c+ restait inexplorée. Côté masculin, il faut remonter à 2007 pour voir l’Espagnol Patxi Usobiaga signer le premier 8c+ à vue avec Bizi Euskaraz à Etxauri. Avec cette ascension, Laura Rogora vient bousculer les limites du possible . Elle ne se contente plus de suivre le rythme du peloton féminin : elle trace la voie, seule, en tête. 👉 À lire aussi : 🎙️ Interview exclusive de Laura Rogora – “Je n’avais jamais imaginé réussir un 8c+ à vue” Laura Rogora fa la storia: primo 8c+ a vista femminile di sempre Una pagina storica è stata scritta nel mondo dell’arrampicata sportiva. Il 28 luglio 2025, Laura Rogora ha raggiunto un traguardo mai realizzato prima da una donna: salire un 8c+ a vista. E non in un posto qualunque. È infatti nel celebre settore Déversé, alle Gorges du Loup (Francia), che ha domato la linea ultra-fisica di Ultimate Sacrifice , incidendo il suo nome nella storia dell’arrampicata. “Mi sono sentita soddisfatta… e un po’ incredula. Onestamente, non avrei mai immaginato di poter davvero riuscire a fare un 8c+ a vista.” — Laura Rogora Un’impresa fuori dal comune La salita è eccezionale sotto molti aspetti. La via, un mostro di continuità, combina due linee temibili: New Power Generation (8b) come ingresso, seguita dalla sezione chiave di Last Soul Sacrifice (8c). In altre parole, una lunga traversata su muro strapiombante, dove ogni presa richiede resistenza pura. Il risultato: un 8c+ a vista, su tentativo unico, senza alcuna conoscenza preliminare della via e con una gestione dello sforzo millimetrica. Livello altissimo. “Sapevo che se fossi riuscita a superare la prima parte intensa, avrei avuto una vera possibilità. La resistenza è il mio punto forte.” Eppure, ha rischiato di cadere due volte. Un primo spavento nell’8b iniziale, poi un momento di esitazione finale, nel cercare le prese d’uscita. “Nella prima parte ero abbastanza rilassata: non avevo nulla da perdere. Ma dopo ho iniziato a sentire la pressione, perché ho capito che avevo una vera occasione.” A pochi movimenti dalla fine, una lettura sbagliata del crux l’ha costretta a improvvisare all’ultimo momento: “Ho mancato delle prese a destra e letto male il crux finale. Per fortuna me ne sono accorta in tempo e sono riuscita a tornare indietro per cambiare beta.” Una decisione lucida, segno della sua calma e della sua esperienza. “Penso che sia un mix di forza, lucidità… e un po’ di fortuna.” — Laura Rogora Una giornata da sogno E come se non bastasse, la giornata di Laura non si è conclusa lì. Qualche ora dopo, ha concatenato anche Trip Tik Tonik (9A) in soli tre tentativi. “Senza dubbio, il mio giorno migliore in assoluto di arrampicata,” ha dichiarato su Instagram. Il giorno prima, aveva già risolto Just Two Fix (9a/+) in otto tentativi, annunciando già il livello eccezionale del suo stato di forma. Nei giorni precedenti, Laura aveva anche salito PuntX (9a+), Kinematix (9a/+ — prima salita femminile), e realizzato un flash magistrale su Hot ChiliX (8c). Una collezione di croci da sogno. Un’accelerazione storica nell’arrampicata femminile Fino a oggi, il massimo grado femminile a vista era l’8c, raggiunto per la prima volta da Janja Garnbret nel 2021 ( Fish Eye e American Hustle a Oliana), seguita da Chaehyun Seo ( L’Antagoniste in Spagna) e poi dalla stessa Laura ( Ajo Crudo a Siurana). Ma l’8c+ a vista era ancora un traguardo inesplorato. Tra gli uomini, bisogna tornare al 2007 per ritrovare lo spagnolo Patxi Usobiaga firmare il primo 8c+ a vista con Bizi Euskaraz a Etxauri. Con questa salita, Laura Rogora sposta i limiti del possibile. Non si accontenta più di seguire il ritmo del gruppo femminile: apre la strada, da sola, davanti a tutte. 👉 Da leggere anche :🎙️ Intervista esclusiva a Laura Rogora – “Non avrei mai immaginato di riuscire a fare un 8c+ a vista” ✍️: Théo de GrimpActu 📷 : Niccolo Pieri
- Grimposphère : le nouveau Podcast escalade
L'escalade est en pleine effervescence, et au cœur de cette dynamique se trouvent deux jeunes passionnées, Agathe Clément et Gabrielle Gauthier, qui ont décidé de lancer le podcast Grimposphère . Ce projet ambitieux vise à explorer et à partager les multiples facettes de la grimpe, de ses acteurs et de ses enjeux actuels. Nous avons eu la chance de discuter avec elles pour en savoir plus sur leur parcours, leur vision et leurs ambitions pour Grimposphère. Présentation des fondatrices d’un podcast escalade innovant Agathe Clément et Gabrielle Gauthier, toutes deux âgées de 24 ans, ont découvert l'escalade grâce à leur famille. Agathe, initiée dès son plus jeune âge en forêt de Fontainebleau par sa mère, a rapidement pris goût à la compétition, tandis que Gabrielle a retrouvé la passion de la grimpe à travers la pratique du bloc après une pause de plusieurs années. Aujourd'hui, elles combinent leur amour pour l'escalade avec leurs carrières respectives, Agathe dans la création de projets autour de la grimpe et Gabrielle en tant que diététicienne et chargée de projet en nutrition. Parcours d’Agathe Clément, grimpeuse passionnée Agathe - Je suis Agathe Clément, 24 ans, grimpeuse passionnée depuis 20 ans. J’ai découvert l’escalade très jeune en forêt de Fontainebleau grâce à ma mère qui a grandi proche de la forêt. Je me suis inscrite au club près de chez moi et j’ai commencé les compétitions dans la foulée. J’ai participé à mes premières compétitions nationales en 2013 et j’ai commencé à prendre l’escalade plus au sérieux et m’entraîner rigoureusement l’année suivante. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, mes objectifs ont changé et je m'investis pour réaliser des projets de voie ou de bloc en extérieur. À côté de ma pratique personnelle, je souhaite développer des projets créatifs autour de l’escalade comme notre podcast Grimposphère. Gabrielle Gauthier, entre nutrition et grimpe Gabrielle - Je suis Gabrielle Gauthier, 24 ans. J’ai débuté l’escalade au collège grâce à mes sœurs et ma mère qui étaient inscrites en club. Après 2 années de cours en voie, j’ai un peu tout laissé tomber : j’aimais l’escalade mais j’y allais plus pour m’amuser avec les potes que pour l’escalade. C’est bien après, courant 2018, que j’ai redécouvert l’escalade avec la pratique du bloc, autant dire que ça a été un coup de foudre. Peu à peu j’ai compris que j’avais les capacités pour progresser et aller plus loin et je me suis orientée vers le milieu de la compétition il y a deux ans. En parallèle, je suis diététicienne et chargée de projet en nutrition. J’ai la chance de pouvoir relier mes passions lors de suivis nutritionnels ou encore d’interventions dans les salles et clubs d’escalade. Je m’excuse par avance pour mon rire (très) communicatif que vous entendrez probablement très régulièrement. Et non je ne suis ni une otarie ni une mouette aha." La naissance et la philosophie de Grimposphère L'idée de créer Grimposphère est née de leur désir commun de partager des discussions passionnantes qu'elles avaient souvent entre amis grimpeurs. Le format podcast s'est imposé naturellement, offrant une plateforme idéale pour des échanges approfondis loin de la culture du zapping. Elles ont trouvé le nom Grimposphère grâce à la mère d'Agathe, souhaitant représenter l'univers de l'escalade dans son ensemble. Pourquoi créer un podcast dédié à l’escalade ? "Cela faisait quelques années que nous écoutions des podcasts et nous avions chacune l’idée d’en créer un. Lorsque nous nous sommes rencontrées, nous avons suggéré de développer un projet autour de la grimpe ensemble. L’idée du podcast est venue naturellement. À cette époque, nous avions fait les mêmes constats : il y a plein de discussions passionnantes que nous aurions aimé enregistrer et partager ; nous voulions questionner différents acteurs de la grimpe, en apprendre plus sur leur rôle et leur vision du sport et de ses dynamiques. Entre l’idée et la réalisation, il a fallu attendre quelques mois avant que nous nous lancions vraiment. Nous voulions toutes les deux être prêtes à s’investir à 100% dans ce projet qui nous tient à cœur." Objectifs et public cible de Grimposphère Grimposphère s'adresse à tous les passionnés d'escalade, du néophyte au professionnel. Le podcast a pour objectif de faire découvrir les aspects cachés de ce sport, de partager des anecdotes et le quotidien des passionnés, et de mettre en lumière le travail des professionnels de l'univers vertical. En abordant des thèmes variés, y compris des sujets tabous ou d'actualité, Agathe et Gabrielle espèrent contribuer au développement de l'escalade tout en respectant ses valeurs fondamentales. "La Grimposphère est le podcast de l’univers vertical, où nous discutons avec celles et ceux qui façonnent la grimpe d’aujourd’hui et de demain. Ce podcast s’adresse à tous les passionnés de ce sport, des néophytes aux professionnels. L’objectif principal est de faire découvrir les faces cachées de l’escalade, partager des anecdotes et le quotidien des passionnés, mettre en avant le travail des professionnels de notre univers, ouvrir le débat sur des thèmes tabous ou des sujets d’actualités et aider le développement de l’escalade en respectant ses valeurs. Nous désirons avant tout que nos auditeurs apprennent des choses et passent un bon moment, avec une qualité d’écoute élevée." Les invités et contenus des premiers épisodes Pour leurs épisodes, les fondatrices de Grimposphère choisissent des invités aux profils divers, allant des athlètes aux professionnels de la santé, afin de représenter au mieux la diversité des grimpeurs. Elles prennent également en compte les actualités du moment pour sélectionner des invités pertinents, comme Zélia Avezou, choisie pour son implication dans les qualifications aux Jeux Olympiques. "Nous avons une liste infinie de personnes que nous aimerions interviewer à vrai dire ! Pour nous, chaque personne a une histoire et une vision du sport à partager. Nous souhaitons varier les profils pour maximiser la diversité et représenter au mieux la population des grimpeurs et grimpeuses. De plus, nous prenons en considération les actualités et événements des prochains mois pour sélectionner les invités. À titre d'exemple, notre première invitée, Zélia Avezou, a été en partie sélectionnée car elle participait aux étapes qualificatives pour les Jeux Olympiques quelques semaines après l’enregistrement et le lancement du podcast. C’est aussi important de préciser que nous avons principalement contacté des personnes que nous connaissons personnellement au début, pour plus de facilité." Des thématiques variées et engagées Agathe et Gabrielle ont une multitude de sujets qu'elles souhaitent aborder dans leurs futurs épisodes, notamment la place des femmes dans l'escalade, les enjeux de l'ouverture, la para escalade, la nutrition et l'impact environnemental de la pratique. Elles envisagent également des épisodes sous forme de tables rondes avec des invités spécialisés pour des débats encore plus riches. "Concernant les sujets que nous souhaitons aborder et qui nous excitent le plus : la liste est longue ! Nous avons des nouvelles idées d’invités et de thématiques toutes les semaines. Tout d'abord, il nous tient à cœur de donner la parole aux femmes qui façonnent le monde de l’escalade : athlètes, ouvreuses, entrepreneuses, professionnelles de santé. Concernant les sujets, nous gardons la surprise pour les prochains épisodes mais pour donner un avant-goût, nous souhaitons explorer les enjeux de l’ouverture, du handi-escalade, de la nutrition, de la place des femmes, de l’impact de notre pratique sur l’environnement et bien plus encore. Nous souhaitons créer des épisodes dédiés à certains sujets, sous forme de table ronde avec des invités spécialisés." "Les sujets évoqués dans la question précédente commencent à être intégrés dans des articles ou reportages, mais cela reste limité. Globalement, il nous semble que la parole se libère ces dernières années, notamment sur les questions d’écologie, de nutrition et de place des femmes. Les débats s’ouvrent grâce aux prises de parole des ambassadeurs du sport. De plus, nous pensons qu’il serait intéressant de se pencher plus en profondeur sur la démocratisation et la professionnalisation de l’escalade : les nouveaux acteurs du milieu, l’influence des Jeux Olympiques sur les fédérations, le rôle des clubs et des salles privées, le nouvel accompagnement des athlètes… La démocratisation de l’escalade est largement traitée par des médias non spécialisés, qui se sont intéressés à notre sport avec l’explosion du nombre de salles et de pratiquants sur les dernières années. Nous avons notamment vu des articles et vidéos de Konbini, Brut, Le Parisien, Le Monde..." Les invités et contenus des premiers épisodes Depuis son lancement, Grimposphère a déjà publié deux épisodes, accueillant Zélia Avezou et Arthur Le Bris. "Pour le moment deux épisodes sont sortis avec pour invités Zélia Avezou et Arthur Le Bris. Nous avons eu un accueil et des retours positifs et nous sommes satisfaites de l’énergie transmise dans ces épisodes ainsi que des thématiques abordées. Du côté des invités, il nous semble qu’ils ont tous passé un bon moment 😁Évidemment c’est le début de l’aventure, nous avons quelques pistes pour nous améliorer et optimiser la préparation des épisodes." Episode 1 : https://open.spotify.com/episode/0fVn4pKmP4Dau04MJgw6l6 Episode 2 : https://open.spotify.com/episode/0oGI73j2Ee2ak0PH2I1bOJ Défis techniques et apprentissages du lancement Le lancement de Grimposphère n'a pas été sans défis. De l'apprentissage technique à la gestion des bruits de fond lors des enregistrements, Agathe et Gabrielle ont dû surmonter de nombreux obstacles. Elles ont également lancé une cagnotte pour financer le projet et continuent de travailler sur la publication des épisodes sur différentes plateformes. "Ahaha les backstages ! Honnêtement, nous maîtrisons l’univers de la grimpe mais celui du son est tout nouveau pour nous. La première vraie difficulté a été dans l’apprentissage du fonctionnement du matériel (micros, carte son, logiciel de montage audio). Heureusement, nous avons de supers amis qui s’y connaissent bien et qui nous ont très gentiment aidé dans ce processus. Ensuite, un autre challenge est apparu lors de l’enregistrement des épisodes. En effet, il est difficile de trouver un local sans bruits environnants. Nous faisons le maximum pour proposer une qualité sonore élevée dans nos épisodes mais il est parfois complexe de supprimer les bruits de fond au montage. Nous avons encore des progrès à faire de ce côté-là et c’est un challenge à chaque enregistrement. Une autre difficulté a été le financement du projet (achat du matériel, rémunération de notre graphiste). Après avoir investi de notre côté, nous avons lancé une cagnotte pour faciliter le lancement. Si certains veulent participer, le lien est disponible sur notre compte Instagram 🙏🏼 Finalement, notre problème actuel reste la publication des épisodes sur la plateforme Deezer mais pas d’inquiétude, nous sommes sur le coup. Nous espérons que d’ici le prochain épisode, ce souci technique sera réglé !" Impact sur la communauté escalade et projets futurs Depuis son lancement, Grimposphère a reçu des retours très positifs de la communauté de l'escalade. Les auditeurs apprécient les thématiques abordées et la qualité des échanges. Agathe et Gabrielle espèrent que le podcast contribuera à l'évolution et à la professionnalisation de l'escalade, tout en préservant l'esprit libre et créatif de ce sport. " L’escalade est un sport profondément social, rempli de rencontres et d’échanges. De notre point de vue, les séances d’escalade sont aussi des moments d’entraide, d’encouragements, où l’on peut tous se tirer vers le haut de différentes manières. Nous sommes rarement seules à l’entraînement, et même lorsque c’est le cas nous finissons toujours par échanger avec des grimpeurs ou des grimpeuses ! D’ailleurs, nous nous sommes rencontrées grâce à une amie en commun pendant une session de bloc. Après quelques séances de grimpe, de nutrition et d'entraînement nous sommes rapidement devenues amies et c’est ainsi qu’un an plus tard est né notre bébé Grimposphère." "Comme évoqué précédemment, l’escalade tend à se professionnaliser et nous pensons qu’elle va continuer d’évoluer dans ce sens là. Plus de moyens financiers et humains, plus d’événements et concepts innovants. Nous espérons contribuer à cette évolution en proposant du contenu dans l’air du temps, qui favorise la diversité et les échanges. Nous souhaitons avant tout que la grimpe garde son esprit libre et créatif et préserve son lien précieux avec la nature." Projets futurs : Pour l'avenir, Agathe et Gabrielle prévoient de développer des formats de table ronde et d'organiser des événements pour rencontrer leurs auditeurs. Elles sont pleines d'idées et motivées pour faire grandir Grimposphère , espérant obtenir les financements et les sponsors nécessaires pour réaliser leurs projets. "Nous ne manquons pas d’idées de concepts et projets ! Chaque chose en son temps. Pour le moment nous observons et analysons comment la Grimposphère est accueillie par les grimpeurs et grimpeuses. À court terme, nous souhaitons développer un format de table ronde avec plusieurs invités pour traiter un sujet spécifique. À moyen terme, nous aimerions organiser des événements pour rencontrer nos auditeurs et auditrices. Nous avons quelques idées en tête mais nous aurons besoin de financement et sponsors pour réaliser tout ça." Pour découvrir Grimposphère et suivre les prochains épisodes, rendez-vous sur les principales plateformes de podcast et suivez Agathe et Gabrielle sur leurs réseaux sociaux. L'escalade a trouvé ses nouvelles voix, et elles sont déterminées à faire résonner loin leurs histoires et celles de leurs invités. 💬 : Grimposphère ✍️ : Théo de GrimpActu
- 5 Podcasts francophones incontournables en escalade
Découvrez le monde de l'escalade à travers 5 podcasts incontournables. Sur notre site internet, nous sélectionnons les meilleurs podcasts pour vous, offrant récits inspirants et conseils d'experts. Que vous soyez novice ou passionné, venez découvrir notre sélection captivante où chaque épisode vous apportera des connaissances supplémentaires. Allez ! Le podcast qui parle d’escalade : Découvrez le premier podcast français dédié à l'escalade, offrant inspiration et motivation à tous les grimpeurs. Rencontrez des passionnés partageant leur parcours, anecdotes et secrets. Explorez leur vision de l'escalade, méthodes de progression, sources de motivation et récits de performances, plongeant dans des moments marquants comme si vous y étiez. Vertical Podcast : Préparation physique en escalade et bien plus : Dans ce podcast, Leo Pasek aborde la préparation physique pour l’escalade, sa spécialité depuis plus de 6ans, ainsi que divers sujets comme la nutrition. Coach et préparateur physique en escalade depuis plus de 2 ans, il partage les bonnes pratiques pour aider les auditeurs à progresse. BlokCast | Podcast escalade par BlokCorp : Dans "BlokCast" de BlokCorp, découvrez des interviews avec divers acteurs de l'escalade : athlètes, ouvreurs, entraîneurs, photographes, entrepreneurs. Un nouvel épisode captivant tous les premiers du mois vous plonge au cœur de l'univers de la grimpe, offrant une perspective unique sur cette passionnante communauté. Montagne en Scène: l'Interview Verticale : Le podcast du festival Montagne en Scène, "Interviews Verticales", présente des échanges exclusifs avec les plus grands sportifs de montagne, tels que Kilian Jornet, Vivian Bruchez, Nicolas Favresse, et bien d'autres. Ces interviews, captées sur leurs terrains de jeu, offrent des moments privilégiés avec des alpinistes, grimpeurs, skieurs et trailers renommés. Crimps et Causette : Katia et Chloé vous embarquent dans leur balado francophone, explorant les enjeux de l'escalade, surtout en Outaouais. Avec invités ou en partageant leurs propres expériences, elles abordent entraînement, voyages, et anecdotes, cherchant à transmettre connaissances et passion. Plongez dans l'univers de deux grimpeuses passionné es p
- Pablo Recourt : Flatanger, de la voile à la roue
Cet article est rédigé par : Pablo Recourt Flatanger : entre mythe et réalité Avez-vous déjà entendu parler de la grotte de Flatanger ? Vous savez, cette cathédrale de rochers surplombant les Fjords norvégiens dans laquelle Adam Ondra a fait naître le premier 9b+ de l’histoire de l’escalade avec Change . Un immense dévers fait d’un granite parfait, qui attire tous les plus gros grimpeurs du moment. Ces dernières années, elle a acquis une notoriété à coup de vidéos Youtube et de stories Instagram. C’est le spot de haut niveau à la mode, que tout le monde veut visiter. Ca se comprend : qui n’est pas tenté de faire son premier 8a dans un mur qui penche, avec vue sur la mer, en grimpant à côté des mégastar de l’escalade ? Seul petit bémol : la Norvège c’est loin et isolé. La plupart des grimpeurs s’y rendent en avion pour rentabiliser leurs 2 semaines de vacances. Pour moi, cette manière de consommer l’escalade n’a plus de sens aujourd’hui. Je suis parti découvrir d’autres imaginaires, bienvenue dans l’aventure. Je m’appelle Pablo, je suis un grimpeur bruxellois de 27 ans, et depuis plusieurs années je m’applique à intégrer mon engagement écologique dans ma pratique de l’escalade. Même si j’ai construit ma vie autour de ce sport, j’aime me rappeler que tout ceci n’est qu’un grand jeu. Et qu’aucune forme du vivant, que ce soit les plantes, la faune, les écosystèmes, les autres humain·es ou la planète tout simplement, rien ne mérite d’être mis en péril au profit de notre plaisir personnel. Concrètement, il a été démontré que le plus gros impact environnemental d’un·e grimpeur·euse, c’est son déplacement. Une voiture jusqu’à Freyr, un van jusqu’en Catalogne, un avion jusqu’en Afrique du Sud. Mais donc voyager loin signifie-t-il un gros impact ? Pas spécialement, il suffit d’accepter qu’aller plus loin demande juste plus de temps. Et ça tombe bien car le temps, ça se prend. Flatanger, là où les montagnes plongent dans la mer du Nord. Plus je pensais à aller me perdre là bas, plus ça faisait sens : pourquoi pas explorer une toute autre approche et y aller en bateau à voile ? Mes amis Stan et Emka, navigateur et navigatrice dans l’âme, ont un voilier de croisière et on s’est toujours dit qu’un jour on ferait une aventure ensemble. Je leur propose l’idée et on dirait que le destin nous a prémâché le travail : ils ont une expédition ski prévue au Cap Nord début du printemps (tout à fait normal me direz vous). Et Flatanger, c’est sur la route vers le nord ! Je propose aussi à mon amie Nolwen Berthier, grimpeuse française de renom et activiste écologiste, de rejoindre le projet. Je savais qu’elle serait séduite par l’idée et elle ne s’est pas beaucoup fait attendre. Et finalement, Simon, un réalisateur ami d’Emka s’embarque avec nous histoire de documenter cette aventure qui s’annonce grandiose ! Une aventure écoresponsable à la voile Fin mars 2025, l’équipe est au complet sur le petit ponton du port de Dunkerque. Après de longs préparatifs, le bateau est prêt à lever l’ancre, plein à craquer de provisions, de matériel de ski, de grimpe, d’instruments de musique et d’un vélo. Un vélo ? Ah oui j’ai oublié de vous dire : j’ai prévu de rentrer de Flatanger à vélo. Quitte à être là bas, j’ai envie d'explorer les immensités sauvages et de parcourir les Fjords. Et le vélo, c’est la meilleure manière de prendre conscience des territoires qu’on traverse. L’aventure commence par trois jours amarrés au port. La navigation c’est un grand jeu de patience où les conditions font les règles. On attend donc que le vent nous soit favorable et c’est pas plus mal comme ça. Ces quelques jours nous permettent de prendre nos marques sur le bateau, d’apprendre la théorie de navigation, et créer une dynamique d’équipe. Et puis il faut dire, habiter sur un bateau, même amarré au cœur d’une ville aussi charmante que Dunkerque, ça a déjà un goût de dépaysement. En tout cas, moi j’ai déjà l’impression d’avoir quitté ma vie d’avant. Cap au nord : traversée vers la Norvège 31 mars 2025. Il est 16h, le soleil brille et un bon gros vent souffle de l’Est. Il est temps de prendre la mer, cap au Nord ! Après avoir étudié les zones cycloniques, le plan de navigation consiste à viser d’abord les Shetlands, des îles perdues tout au nord de l’Angleterre. À peine 2h après avoir levé l’ancre, on rentre dans une bulle spatio-temporelle. Sur le bateau, le monde extérieur n’existe pas. Pas de réseau, pas d’internet, pas de contact avec ce qui se passe au-delà de cette immensité bleue qui nous entoure à perte de vue. Plus rien n’a d’importance à part ce qui se passe ici, maintenant, avec les gens à bord. On vit au fil du vent. Les heures n’ont plus trop d’importance ici, mis à part pour dicter qui veille quand sur notre cap, qu’on soit de jour ou de nuit. Les règles ne sont plus dictées par le temps. Seulement par les éléments, et nos besoins. Et ça a quelque chose de très apaisant. Manger quand on a faim, faire une sieste quand on a sommeil, prendre du temps pour soi quand on a envie d’être seul, rigoler quand on a envie d’être ensemble. La vie simplement. La traversée est rythmée par des séances de TRX sur le pont, des sessions musicales, des goûters plusieurs fois par jour, et de la lecture au soleil. Le temps passe vite lentement. Quatre jours et quatre nuits plus tard, alors que les nuages se lèvent en même temps que le soleil à l’horizon, des immenses masses rocheuses apparaissent au loin. Les Shetlands. Des îles isolées au milieu de l’océan, très peu habitées, où rien ne pousse à part des nids d’oiseaux marins. On y trouve une douche chaude, un fish and chips et une session live de musique irlandaise. On y fait escale d’une journée, histoire de se promener dans ces paysages captivants, mélange entre l’Islande et les Caraïbes. Après une dernière séance de poutre sur le port, il est déjà temps de reprendre la mer pour piquer à l’est. Objectif rejoindre la côte Norvégienne rapidement avant un gros coup de vent prévu dans trois jours. Cette deuxième traversée se fait sans trop d’embuche. Les températures dégringolent jour après jour et les paysages sont rythmés par ces immenses plateformes pétrolières tout droit sorties d’un film apocalyptique. Elles crachent des flammes ou de la fumée noire en surplombant la mer telles de hautes forteresses. Un bateau de sécurité veille autour d’elles et n’hésite pas à venir à notre rencontre si on s’approche un peu trop. On ne rigole pas avec l’or noir. C’est sans mentionner les dizaines et dizaines de cargos qui traversent notre route à toute allure, avec leurs millions de tonnes de marchandise. Bientôt les plateformes laissent un peu de place aussi à une autre industrie; celle du saumon. Des immenses bassins au milieu de l’océan, véritable usine à chair où tout est ultra optimisé pour que ce joli filet rose arrive dans votre assiette. Rien de tel pour se confronter à la domination malsaine du sapiens. Après avoir traversé cette charmante mer du nord, on aperçoit enfin les côtes norvégiennes. Des montagnes surgissant de l’eau. L’océan, la roche, et les sommets enneigés au loin. Une bouffée de beauté qui nous rappelle pourquoi on est venu ici. La nature. Découvrir Flatanger autrement Le vent le long des côtes norvégiennes est connu pour être capricieux, et on y navigue comme si c’était un grand cache-cache dans les Fjords. Quand le vent est favorable on prend la mer, quand il est trop fort on se réfugie dans les terres. On remonte ainsi la côte durant plusieurs jours, rythmé par les courtes escales. Plus on remonte au nord, plus les paysages sont sauvages et escarpés. Ça a quelque chose de magique de longer la côte. De l’observer, de l’admirer en attendant d’y apercevoir notre destination : cette immense grotte de granite qui surplombe la mer. Au bout de 14 jours de voyage, dont 9 de navigation, la voilà enfin. Euphorie et yeux écarquillés. En venant ici avec Nolwen, on avait envie de raconter une histoire différente. Approcher différemment ce site à renommée internationale par notre déplacement, mais aussi par la manière d’y grimper. Savez-vous que Flatanger n’est pas le nom d’une grotte, ni même du village (qui n’existe pas) d’à côté, mais de la commune tout entière ? C’est une région d’escalade toute entière, avec des dizaines de sites au granite parfait. Des couennes, des blocs, des grandes voies. Bien sûr que vous ne le saviez pas, et nous non plus car personne n’en parle. Les grimpeur·euses traversent le monde pour s’agglutiner dans cette grotte (qui est incroyable certes) sans prendre la peine de découvrir les pépites qui se cachent 2km plus loin. Sous les bons conseils de Thilo, ancien compétiteur international qui s’est installé là bas, on s’est donc régalé à explorer les différents sites de la région. Du rocher parfait rien que pour nous ! Quel plaisir d’ajouter un goût d’aventure à notre escalade en grimpant dans des sites (presque) inconnus. En voici quelques-uns, si jamais vous passez par là, qu’il ne faut pas rater : Vingsand (bloc), Glasøyfjellet (bloc et voies), Seawall (grandes voies au-dessus de l’eau). Vous l’aurez sans doute compris dans la subtilité de mon introduction d’article, Hanshelleren Cave, la grotte de Flatanger est victime de son succès. Je ne vais pas vous mentir, grimper là bas, c’est incroyable. L’effort y est chouette avec ses longues voies aux bonnes préhensions dans du gros dévers, similaire à ce qu’on retrouve en salle. Le rocher est d’une beauté pure, comme j’en avais rarement vu auparavant. Des formes sorties de la plus belle des imaginations, des veines colorées, des surprises. Et la vue sur les fjords que tu peux admirer quand tu te reposes dans les voies. Quand on est arrivés sur place, on était en gros les premiers grimpeurs de la saison (ici on grimpe principalement en été). Après l’émerveillement, j’ai vite ressenti de la tristesse. La grotte ressemble à un champ de bataille, comme si elle avait été abandonnée du jour au lendemain à la fin de l’été passé. Malheureusement, en parler en masse sur internet attire (notamment) un public qui n’est pas forcément éduqué à grimper en extérieur. Les bons gestes pour limiter son impact ne sont pas aussi fréquents qu’il faudrait et ça se ressent : la grotte est tartinée de magnésie et de tick-marks, des déchets se cachent dans la moindre cavité, des tampons dans les fissures pour absorber l'humidité (??), les dégaines en places sont vieilles et parfois extrêmement dangereuses, les sentiers sont érodés au possible. J’aime croire qu’il y a des solutions à ce problème d’affluence, qui s’observe à peu près dans tous les grands sites naturels. Je pense que les grimpeur.euses ne sont pas négligeant·es mais que le fond du problème réside dans un manque de prise de conscience. En parler, éduquer et sensibiliser sont pour moi les clefs. Voici quelques petites choses à garder en tête : brosser ses voies en redescendant, ramasser les déchets (même si ce n’est pas à moi), rester discrets et respectueux quant à la faune et la flore en restant sur les sentiers. En trois mots : leave no trace. Ne pas laisser de trace de son passage. Si tout le monde fait attention à ça, on laisse le temps et l’espace à la nature de se régénérer et tout le monde s’y retrouve. Retour à vélo : 3500 km de solitude et de beauté Après trois semaines sur place à se régaler les doigts sur du joli granite, à observer les élans, à explorer les Fjords avoisinants, et à admirer les aurores boréales des nuits durant, il est temps pour nous de dire au revoir à Flatanger. Mais le voyage n’est pas fini, car le retour est simplement la troisième étape de cette aventure. Alors que Stan et Emka repartent vers le nord, Simon vers la Finlande pour filmer des écureuils volants, et que Nolwen entame son retour vers la France en train, j’enfourche mon vélo pour traverser la Scandinavie. Direction Freyr, 3500km et 30.000 D+. J’ai décidé de faire ce retour en mode ultra distance. Cette discipline du cyclisme consiste à partir très léger, rouler vite et beaucoup. Pour les amoureux des chiffres, mon vélo pèse 18 kg tout équipé et j’ai prévu 15 jours de voyage, soit 230 km/j. Ca peut paraître barbare comme approche, mais à ce moment là j’ai juste envie de rouler rouler rouler à travers des paysages, d’être seul des heures durant pour vivre mes émotions pleinement et sans contrainte, et de me remplir de magnifiques paysages jusqu’à n’en plus pouvoir. Et je n’ai pas été déçu. Je suis submergé par la beauté diverse de la Norvège. Je longe d’abord la côte jusqu’à Bergen, passant de fjord en fjord. Ils sont tous différents et authentiques. C’est une surprise à chaque fois que je passe un col ou un virage qui donne sur une nouvelle vallée. J’observe les rochers, la végétation, les animaux, et le climat changer jour après jour. La météo est vraiment rude les premiers jours. Il pleut de l’eau glaciale à longueur de journée, et je ne peux pas vraiment m’arrêter si je ne veux pas risquer l’hypothermie. Les nuits sont frugales. J’ai simplement un sac de couchage et un matelas avec moi, et je dors là où je peux. C’est dur mentalement mais ça va mieux jour après jour. Les températures remontent, le soleil apparaît de plus en plus souvent, les papillons et les insectes se font de moins en moins rare. Je passe d’une fin d'hiver au printemps fleuri, puis à l’été. Après avoir traversé les montagnes enneigées entre Bergen et Oslo, c’est définitivement l’été. J’ai traversé la partie dure du voyage. Je m’arrête deux jours à Böhuslan en Suède pour faire du trad sur du rocher parfait. Une belle découverte bonus. À partir de là ce n’est qu’une longue promenade à travers les champs. La Suède, Copenhague, le Danemark, l’Allemagne. Mon corps s’est habitué à l’effort et je peux avaler 250, 300km par jour sans trop de soucis. Une amie me rejoint pour le dernier push : Brême - Freyr d’une traite; soit 500 km en 34h avec quelques siestes de 1h par ci par là. C’est un beau délire. Tout cela n’est qu’un grand jeu et y jouer me rend heureux. Après l’aventure, la redescente “ Durant ces derniers 15 j d'ultradistance à travers la Scandinavie, je suis balloté entre ups and downs émotionnels. Littéralement shooté à l'adrénaline et aux endorphines. Les petites nuits offrent tout juste assez de repos pour faire récupérer mon corps. Mon esprit lui reste constamment dans le mouvement et l'effort, alerte. Une fatigue nerveuse profonde s'installe mais hors de question de lui laisser de l'espace, il faut continuer à avancer. Quand j’arrive et Belgique et que finalement ça s'arrête, que le combat mental se termine, tout s'écroule. La redescente commence. A priori mon corps va bien (je ne comprends pas trop comment c'est possible), mais émotionnellement je me sens très fragile. À fleur de peau. Un rien me brusque, et tout me fait monter les larmes aux yeux. Je n'ai plus aucune capacité d'adaptation. Ce que je perçois me paraît violent. Le mouvement, les bruits, les odeurs. Je me sens seul mais être entouré de monde est épuisant. Tristesse. J'ai envie de voir mes amis mais prendre des décisions et organiser des choses me paraît insurmontable. Lassitude. J'aimerai juste pouvoir me blottir dans un cocon de présence humaine, sans avoir à interagir. Douceur et bienveillance. “ C’est ce que j’écris quelques jours après être rentré. C’est important de parler aussi de ce genre de choses. Une aventure n’est jamais entièrement ensoleillée, ni noire ni blanche. Il y a des peurs, des déceptions, des imprévus. Il y a des moments de pur bonheur, des rencontres, des surprises. Il y a tout ce que l’on apprend sur le monde en allant un peu plus loin, mais il y a surtout tout ce que l’on apprend sur soi en créant l’espace pour les vivre pleinement et les partager. Et c’est pour ça que j’aime partir à l’aventure, ici ou là bas. C’est pour pouvoir les vivre : les émotions. Pablo Recourt
- “Far Enough” : Jean Rouaux, 11 500 km vers l’Ama Dablam
« Aller loin, vraiment loin, sans jamais quitter l’essentiel » Pendant que certains réservent leur prochain vol, planifient leur roadtrip au bout du monde ou cherchent un refuge cosy pour le week-end, Jean Rouaux, lui, a pris une autre direction. Une direction plus brute, plus lente. Il est parti à vélo, depuis le pas de sa porte, vers un sommet de l’Himalaya. Pas de van aménagé. Pas d’équipe logistique. Pas de raccourci. Seulement la route, l’usure, les imprévus, et une certaine idée de la liberté : celle qui coûte, qui oblige à douter, à ralentir, à endurer. C’est pour le Chamonix Film Festival que nous découvrons Far Enough , le film qui retrace cette odyssée. Un documentaire à l’image de son protagoniste : discret, exigeant, sincère. À travers cette aventure soutenue par Simond , marque pionnière née à Chamonix, c’est tout un regard qui s’ouvre sur la montagne d’aujourd’hui et celle qu’on rêve pour demain. Car ce festival, qui mêle cinéma, culture alpine et réflexion sur l’avenir, n’est pas qu’un écran pour projeter des exploits. C’est une scène pour interroger ce qu’est encore l’aventure, à l’heure des itinéraires sur GPS et des sommets en promo. Et dans cette quête de cohérence et d’héritage, la voix de Jean Rouaux trouve naturellement sa place. À 22 ans, ce Chamoniard nous rappelle que l’essentiel ne se trouve pas toujours au sommet. Parfois, il commence en bas de chez soi. Chapitre 1 — Le voyage vers l’Himalaya La ligne de départ Tout a commencé par une question simple : "Pourquoi ne pas commencer l'approche directement depuis Chamonix à vélo ?" Jean rêve de l’Himalaya depuis toujours. Comme un appel lointain, presque instinctif. L’idée s’affirme à mesure que se dessine l’itinéraire: traverser 14 pays, à la force des jambes, pour atteindre l’Ama Dablam, sommet emblématique du Népal. Inspiré par les pionniers, et notamment par l’exploit de Göran Kropp en 1996, Jean s’inscrit dans cette tradition où l’aventure commence bien avant le pied de la montagne . Ce ne sera pas une expédition, ce sera un pèlerinage. Une mise à l’épreuve du corps, du mental, et des idéaux. Avancer sans se retourner L’histoire débute dans une forme d’élan. Le rêve, l’itinéraire, la ligne d’horizon. Mais très vite, la réalité s’est imposée : dès le premier jour, Jean sent que l’effort ne serait pas symbolique. Il ne s’agit pas de poser un acte, mais de tenir. « Après cette première journée épuisante, je n’étais seulement qu’à hauteur d’Aoste. » Si proche de Chamonix. Si loin du but. En Croatie, puis en Serbie, ce n’est plus l’altitude mais la chaleur qui sculpte les journées. Le thermomètre flirte avec les 40°C, les heures deviennent longues, brûlantes. Il faut ruser avec le soleil, rouler tôt ou tard, dormir peu. C’est un fragment de voyage où le corps ne récupère jamais vraiment. Et Jean le sait : « C’est la partie du voyage durant laquelle je dormais le moins. » Il avance dans un état flottant, suspendu entre effort et vigilance. Le désert qui résiste Puis vient l’Asie centrale, l’espace infini, l’impression de solitude radicale. Mais là encore, rien ne se passe comme on l’imagine. Le paysage est plat, le ciel vaste, mais le vent est là. Constant. Opposant. Dix jours à lutter contre une force venue du nord, un souffle sibérien qui colle au visage, ralentit tout, use les nerfs. « J’ai dû faire preuve de patience. J’appuyais fort sur les pédales, et j’avoisinais à peine 15 km/h au milieu du désert. » Dans ces moments-là, il n’y a plus de carte, plus d’objectif lointain. Il ne reste qu’un rapport immédiat à la route : garder l’équilibre, garder le cap, avancer, mètre après mètre. Le mental prend le relais du corps. Et Jean s’y était préparé, non pas par des kilomètres d’entraînement, mais autrement : « Je ne m’y suis pas vraiment préparé physiquement. En revanche, j’ai fait un bon travail sur mon mental avant de partir. » Un monde trop plein À l’approche de l’Inde, une nouvelle forme de difficulté surgit. Non plus liée à l’effort, ni même à l’environnement naturel, mais à l’humain. La foule. Le bruit. L’agitation permanente. Après des semaines à rouler dans le silence du Pamir ou du Karakoram, Jean se retrouve plongé dans une marée humaine ininterrompue. « Le plus dur a été la densité de population. Se retrouver dans cette masse informe et si curieuse m’a vraiment angoissé. » Le choc est frontal, intérieur. Plus de solitude, plus de refuge visuel. Chaque arrêt devient une exposition, chaque regard, une tension. Ce n’est pas tant l’Inde qui blesse que le contraste. L’impossibilité de se retrouver à nouveau seul. Là, pour la première fois peut-être, le voyage devient vertige. Un itinéraire brisé Mais ce n’est pas le seul moment où le projet vacille. L’Iran devait faire partie du tracé. Une transition logique, terrestre, cohérente avec l’éthique du voyage. Mais une fois arrivé en Turquie, Jean reçoit une nouvelle brutale : le visa est annulé. Aucun plan B par la terre. Il faut prendre l’avion pour franchir la mer Caspienne. Il le fera, contraint, mais avec une forme de fêlure : « C’était dur de couper le projet en deux, après tant d’efforts pour rester fidèle à l’éthique que j’avais mise en place. » Ce détour forcé, court sur la carte, devient long dans la tête. Il marque un avant et un après. Et pourtant, Jean reprend la route. Le corps qui s'efface À mesure que les kilomètres s’enchaînent, le corps change. Il s’affaiblit, se creuse, s’adapte. Quinze kilos perdus. Des douleurs persistantes. Des muscles effacés. « Mes articulations endolories et mes muscles amincis comme marqueurs. » Pourtant, c’est dans cet état de dépouillement que quelque chose se renforce. Invisible, mais bien là. Ce n’est plus une aventure sportive. C’est une traversée. De soi. Du doute. Du réel. « La performance, c’est bien plus que le sommet. C’est la constance, l’humilité, la résilience au quotidien. » Et c’est peut-être ça que Jean venait chercher, sans le savoir exactement. La vérité d’un voyage qui, à force de lenteur, rend chaque étape plus essentielle, plus nue, plus vraie. Renoncer au sommet L’entrée au Népal aurait pu ressembler à un aboutissement. Après tant de frontières, de jours de selle, d’épreuves muettes, les montagnes se dressaient enfin. L’Himalaya, tant de fois imaginé, était là. Et avec lui, l’Ama Dablam, ce sommet que Jean portait en ligne de mire depuis Chamonix. Mais l’aventure avait encore une leçon à lui transmettre. À quelques pas du but, au moment où tout devait se concrétiser, son corps dit non. Une bactérie attrapée en route le met à terre. Fièvre, faiblesse, impossibilité de poursuivre. Pas de marge de manœuvre. Pas de compromis possible. « Mon arrivée au pied du sommet ne s’est pas déroulée comme je l’espérais. Après être tombé malade, ma santé ne me permettait plus de réaliser l’ascension. » Dans cette brutale évidence, il n’y a pas de colère. Pas de drame. Juste la conscience aigüe d’un autre type de sommet : celui qu’on accepte de ne pas gravir. Car après 11 500 kilomètres, l’essentiel n’était peut-être jamais là-haut. Il était partout ailleurs : dans les matins sans sommeil, dans les jours de vent contraire, dans la solitude du désert ou la foule oppressante d’un marché indien. Dans la constance. Dans l’humilité. Dans le fait de ne pas renoncer à la route, même quand elle vous échappe. Jean ne parle pas d’échec. Il parle de transformation. De cette ligne qu’on croyait tracer vers un sommet, et qui s’est révélée être une boucle intérieure. « Partir loin, lentement, rend l’objectif plus riche de sens. » Et parfois, ce sens émerge précisément dans ce qu’on ne contrôle pas. Chapitre 2 — Une aventure profondément écologique Une envie de simplicité et de cohérence Pour Jean, l’envie d’aborder la montagne autrement naît d’une quête profonde de simplicité. « J ’avais envie de tracer une ligne depuis le vrai point de départ : chez moi », explique-t-il. Cette démarche s’inspire des premières grandes expéditions, où atteindre le pied du sommet demandait des mois, voire des années de voyage. En partant à vélo, Jean recrée cette cohérence entre le chemin et la montagne. Chaque kilomètre devient une part intégrante de l’aventure, sans artifices ni compromis. « C’est une manière de redonner du sens à l’aventure, en assumant pleinement l’effort et le temps que cela implique. » Une conscience environnementale intégrée, pas un déclic brutal Contrairement à certains, Jean n’a pas eu de « déclic » soudain pour prendre conscience de l’impact environnemental des pratiques en montagne. « J ’ai toujours eu ça en tête. Pour moi, il est naturel de construire des projets qui prennent en compte leur impact. » Il tient toutefois à nuancer son propos : il ne s’agit pas de juger ceux qui pratiquent la montagne autrement, mais d’inciter à la réflexion. « Chacun est libre de ses choix, mais j’espère que mon approche soulève des questions. C’est en posant les bonnes questions que nous pourrons, collectivement, trouver des solutions pour limiter notre impact. » Penser l’aventure bas-carbone dans ses moindres détails Pour Jean, limiter l’impact écologique ne se réduit pas au simple calcul du carbone émis. « La pollution, ce n’est pas que le CO₂. C’est aussi ce que l’on consomme, ce que l’on laisse derrière soi, la façon dont on traverse les territoires. » Il a donc repensé toute la logique du projet : se déplacer à vélo, consommer local, bivouaquer en respectant les espaces naturels, partir léger et privilégier la réparation plutôt que le remplacement. Cette cohérence écologique est devenue une part essentielle de l’identité même de son aventure. Une démarche qui questionne le modèle des expéditions modernes Cette vision interroge aussi la tendance actuelle des expéditions ultra-équipées, souvent dépendantes d’équipes logistiques, de moyens motorisés ou de matériel à usage unique. En choisissant un voyage à la force du corps, Jean inscrit son aventure dans une lignée plus authentique, où la montagne se vit avec humilité, responsabilité et sobriété. Gérer les compromis sans renier ses valeurs Malgré sa volonté forte de cohérence écologique, Jean reconnaît que sa démarche n’a pas été parfaite. « Le retour s’est fait en avion, et j’ai dû faire envoyer une partie de mon matériel technique sur place, ce qui va à l’encontre de l’idée d’autonomie », confie-t-il. Ces compromis, loin d’être des renoncements, sont pour lui des réalités auxquelles il faut faire face avec honnêteté. « Je ne cherche pas à donner une leçon, mais à montrer que d’autres façons de faire sont possibles — même si elles impliquent parfois des concessions. » Cette expérience a également révélé les disparités dans la gestion environnementale à travers le monde. En Asie, dans certains villages traversés, la gestion des déchets est souvent inexistante. « J’essayais toujours de trouver des endroits dédiés pour jeter mes déchets, mais bien souvent, on me débarrassait spontanément de mes emballages en les jetant n’importe où, avec le sourire. » Cette situation a profondément marqué Jean, qui y voit le paradoxe entre les enjeux écologiques mondiaux et les réalités économiques locales. « Ces personnes vivant dans la pauvreté ne peuvent pas se préoccuper des microplastiques. Cela m’a fait réfléchir sur la complexité des défis écologiques à l’échelle globale. » La lenteur, une force révélatrice La lenteur imposée par le vélo a transformé la manière dont Jean a vécu cette aventure. Elle l’a obligé à affronter sans filtre fatigue, douleur et doute. « Ce n’est pas la vitesse qui construit la force, mais la capacité à encaisser, à rester présent quand ça brûle, quand ça fait mal. » Pour lui, cette expérience a révélé que la vraie performance ne se mesure pas au chronomètre, mais à la solidité du mental, à la résilience face à l’adversité. Voyager autrement, un engagement au quotidien Changer sa manière de voyager, c’est déjà une forme d’engagement, selon Jean. Mais il insiste : « Je ne cherche pas à inciter tout le monde à reproduire exactement ce que j’ai fait — c’est un projet long, exigeant, pas accessible à tous. » Son souhait est plutôt d’inspirer, d’encourager chacun à agir à son niveau, que ce soit en faveur de l’écologie, des valeurs humaines, ou d’une vision différente de l’aventure. « C’est une invitation à réfléchir autrement, à questionner nos pratiques et à trouver des solutions adaptées. » Au-delà d’un message militant, Jean voulait surtout partager une sensation : celle d’être en mouvement, porté par le vélo et par le rythme lent mais régulier des jours qui s’enchaînent. Malgré les rencontres, les difficultés et les paysages, il y a cette ligne continue, ce fil qui ne casse jamais. « C’est ça que j’avais envie de montrer : une quête simple, presque silencieuse, mais profondément vivante. » Une invitation à renouer avec l’essentiel, à retrouver le goût de la lenteur, et à repenser notre rapport à la montagne — et plus largement à notre planète — avec cohérence et humilité.
- Yannick Flohé flash Foundation's Edge 8C : premier flash confirmé d’un bloc 8C en Suisse
Il y a des moments où l’escalade franchit un nouveau cap, où un grimpeur parvient à repousser les limites du possible. Le 10 juillet 2025, Yannick Flohé a signé l’un de ces instants historiques : le premier flash confirmé d’un bloc coté 8C, avec "Foundations Edge" à Fionnay, en Suisse. Une performance exceptionnelle, qui inscrit son nom à jamais dans l'histoire du haut niveau. @bouldermax Un exploit mental et physique inédit dans le monde du bloc Flash. Un mot court pour un concept redoutablement exigeant. Réussir un bloc dès le premier essai, sans tomber, sans repères tactiles, uniquement armé d’observations, de conseils et d’intuition. Dans le monde du bloc, c’est un graal que très peu atteignent au-delà du 8B+. Et pourtant, à 25 ans, Yannick Flohé a réussi là où personne n’avait encore osé croire : flasher un 8C. Ce n’est pas seulement une réussite athlétique, c’est un exploit psychologique et stratégique. Car derrière ce succès, il y a des mois de préparation, de patience, et une lecture minutieuse du style local. « Je savais depuis longtemps que c’était probablement le 8C le plus flashable au monde, alors j’ai attendu le bon moment », confie-t-il. Avant d’ajouter : « Mon essai s’est parfaitement déroulé. J’ai atteint chaque prise comme il fallait. Je me sentais prêt physiquement et mentalement. » Foundations Edge : un bijou granitique au cœur des Alpes suisses Ouvert en 2013 par l’américain Dave Graham, "Foundations Edge" est un bijou granitique niché dans le cadre idyllique de Fionnay, dans le Valais. Une douzaine de mètres de mouvements exigeants, une combinaison subtile de gainage et de tenue de prises dans un toit, qui exige précision, puissance, et sang-froid. Tout ce qui fait la signature de Flohé, reconnu pour sa solidité en compétition comme sur Kilterboard. Bien qu’il suggère que la ligne soit « soft pour le niveau 8C », personne jusqu’à présent ne l’avait proposée à la décote. Et l’enchaîner sans aucun essai préalable reste un exploit d’une rare intensité. «Pour être honnête, je ne pense pas vraiment que ce soit un vrai 8C, même si personne ne l’a jamais décoté, et qu’il y en a clairement des plus faciles ailleurs. Mais coter un bloc reste toujours délicat, surtout en flash, donc je vais prendre ce 8C « soft » comme tous les autres chasseurs de croix gourmands». Le palmarès impressionnant de Yannick Flohé Ce flash monumental ne vient pas de nulle part. Yannick Flohé, c’est une carrière construite avec rigueur et passion, entre résine et rocher. Finaliste des Jeux Olympiques de Paris 2024, champion du monde combiné en 2021, il enchaîne podiums internationaux et blocs mythiques. Parmi ses perles récentes, on retrouve notamment "The Story of Three Worlds" (8C+), "Ephyra", "Return of the Dreamtime" ou encore "La Force Tranquille". Ce que peu de grimpeurs parviennent à faire, Yannick le maîtrise : enchaîner les styles, jongler entre l’explosivité du bloc, la rési de la difficulté et la finesse du flash. Un grimpeur complet, moderne, à l’aise aussi bien sous les projecteurs que dans les recoins alpins. Découvrez la vidéo exclusive de cet exploit exceptionnel Envie de voir par vous-même cet exploit hors normes ? La performance de Yannick Flohé a été intégralement filmée et la vidéo uncut est désormais en ligne. ✍️ Théo de GrimpActu 📷 @bouldermax
- Camilla Moroni signe une première féminine dans Histoire sans Fin
La cordée italienne formée par Camilla Moroni et Pietro Vidi vient de réaliser un exploit sur l’un des joyaux du granite alpin : Histoire sans Fin , une voie aussi exigeante qu’esthétique au Petit Clocher du Portalet, dans les Alpes suisses. Cerise sur le gâteau : Camilla réalise la première ascension libre féminine de cet itinéraire coté 8b+/5.14a, considéré comme l’un des plus beaux big walls de granite de ce niveau en Europe. Un mur de légende, une ligne de caractère Ouverte en libre pour la première fois en 2021 par les Belges Sébastien Berthe et Siebe Vanhee, Histoire sans Fin déroule ses 200 mètres d’escalade sur huit longueurs techniques, avec une difficulté culminant à 8b+. L’arête sculptée du Portalet attire autant par sa beauté que par la complexité de ses mouvements, entre fissures puissantes, dalles précaires et passages sur arêtes aériennes. Arrivés sur place le 1er juillet, Moroni et Vidi ont jonglé entre essais matinaux et orages alpins pour travailler les longueurs pendant trois jours. Après une période de repos stratégique, les deux grimpeurs sont retournés dans la voie les 9 et 10 juillet pour peaufiner leurs méthodes. Le 12 juillet, ils se lancent dans l’ascension complète. @onsen_productions Un combat mental et physique pour Camilla Moroni Pour Camilla ce projet représentait un retour aux sources : « Après la saison de compétition, j’ai eu besoin de couper. Trois semaines en falaise, loin des salles, sans préparation spécifique. » Un pari audacieux, d’autant plus qu’elle n’avait pas porté de baudrier depuis six mois. Malgré un départ hésitant – notamment sur le 7c en traversée où elle chute à plusieurs reprises – Camilla s’accroche. La quatrième longueur, un 8b+ technique sur arête, lui résiste : trois chutes avant de l'enchaîner. Grâce à un astucieux talon/pointe pour compenser sa taille, et avec le soutien constant de Pietro, elle passe enfin. Mais le plus dur reste à venir : le 8b de la sixième longueur, « c elle qui m’effrayait le plus ». Après une première tentative infructueuse, elle parvient à enchaîner la voie lors de son deuxième essai, au prix d’un effort mental colossal. La dernière longueur, une dalle en 8a+, se laisse enchaîner dès le premier essai. La cordée sort au sommet après près de 12 heures sur le mur. Elle nous raconte : « Deux jours avant l’ascension finale, je n’étais pas très confiante. Mais après une journée de repos, j’ai remis mon esprit en mode compétition. J’ai grimpé la fissure en 7c+, ce qui m’a bien fatiguée, puis j’ai chuté trois fois dans la traversée 7c à cause d’erreurs bêtes. La longueur suivante, un 8b+ technique, commence sur un arête et se termine par un petit passage bloc. En raison de ma taille, j’ai dû utiliser un talon pointe pour atteindre une prise. Un grand merci à Pietro pour m’avoir aidée à trouver cette méthode alternative ! Ce jour-là, les conditions étaient bonnes et les mouvements m’ont semblé plus faciles que d’habitude, mais j’ai quand même glissé trois fois des pieds. Une fois cette longueur enchaînée, nous avons continué vers le 8b sur arête, la longueur que je redoutais le plus. Pietro l’a enchaînée à vue et m’a soutenue depuis le relais. Lors de ma première tentative, j’ai chuté à seulement quelques mouvements du repos. Cette longueur a été une vraie bataille mentale. J’étais fatiguée, mais j’ai réussi à l’enchaîner au deuxième essai. Je savais alors que la voie était presque terminée. La dernière longueur est une dalle en 8a+, qui ne demande pas beaucoup de puissance mais de la concentration. Je l’ai réussie à vue, et peu après, nous étions au sommet. Quelle sensation incroyable ! » « Pendant les jours passés sur la voie, j’ai dû m’habituer à utiliser des chaussons plus rigides pour les micro-pieds. D’habitude, je grimpe avec des chaussons souples, donc il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter. J’ai alterné entre les Instinct VS et les Vapor S. Je remercie énormément Pietro pour son soutien tout au long de cette aventure ! » — Camilla Moroni @onsen_productions Un sans-faute pour Pietro Vidi De son côté, Pietro Vidi réalise une ascension impeccable : aucune chute, toutes les longueurs en tête. « C amilla m’a montré une photo de la voie l’an dernier, et j’ai tout de suite su que je voulais grimper cette arête folle . » Après quelques jours d’adaptation et un peu de malchance avec la météo, il enchaîne la voie avec fluidité. « Nous avons passé trois jours là-bas sous tente, mais le mauvais temps ne nous a permis de grimper que quelques heures le matin. Nous sommes revenus la semaine suivante avec de bien meilleures conditions, et avons passé deux jours à travailler les longueurs. On en a enchaîné la majorité, ce qui nous a mis en confiance pour une tentative. On a commencé à grimper le samedi après une journée de repos. Après une bonne bataille dans la première longueur (fissure de 45m), tout s’est enchaîné assez facilement. J’ai passé la longueur clé en 8b+ sans trop de difficulté, et contre toute attente, mes pieds ne sont pas partis dans la dalle technique en 8b. Je suis allé jusqu’en haut sans chutes. C’était une ascension fluide et rapide pour moi, même si je suis resté près de 12 heures sur la paroi pour soutenir Camilla dans sa bataille. Après avoir grimpé cette voie et Lurking Fear, je peux dire que ma technique en dalle n’est pas trop mauvaise ! » — Pietro Vidi Un message fort pour la grimpe féminine La performance de Camilla Moroni est une nouvelle pierre posée sur l’édifice de l’escalade féminine . Elle démontre, une fois de plus, qu’au-delà des compétitions et des podiums, les grimpeuses de haut niveau peuvent exceller dans les grandes voies les plus dures, avec autant d'engagement, de technique et de ténacité que leurs homologues. @onsen_productions ✍️: Théo de GrimpActu 📷 : @onsen_productions
- Ouvrir un bloc à Fontainebleau : entre passion, création et respect
Ouvrir un bloc, c’est peut-être l’un des derniers gestes "sauvages" de l’escalade. Une activité à la frontière entre exploration, création et humilité. Dans la forêt de Fontainebleau, pourtant parcourue depuis plus d’un siècle, il reste encore des lignes silencieuses, invisibles aux yeux pressés. Il suffit parfois d’un regard un peu plus curieux, d’un détour hors sentier ou d’une lumière rasante pour qu’un nouveau passage prenne forme. Ouvrir, c’est alors entrer en dialogue avec le rocher, et laisser une trace : parfois éphémère, parfois mythique. Dans cet article, nous partageons une réflexion sur ce que signifie "ouvrir un bloc" à Bleau : l’envie, la technique, les règles du jeu, les écueils, mais aussi la joie de participer à une histoire collective qui continue de s’écrire, prise après prise. @Nicolas Vaillant Fontainebleau : un siècle d’ouverture, de passion et d’audace Depuis plus d’un siècle, la forêt de Fontainebleau est un terrain unique pour les grimpeurs, où l’histoire de l’escalade s’écrit directement sur le grès. Il y a environ 35 millions d’années, la mer recouvrait cette région, laissant derrière elle des dunes de sable qui, avec le temps, se sont transformées en blocs de grès aux formes variées, fragiles à l’intérieur mais robustes en surface. À partir des années 1910, des pionniers comme Jacques de Lépiney et Pierre Allain ouvrent les premiers blocs, posant les bases d’une discipline en pleine évolution. Les décennies suivantes voient apparaître des blocs majeurs, comme « La Marie Rose » en 1946, premier 6a référencé, ou encore les exploits des années 80 avec des ouvreurs comme Jacky Godoffe, qui marque l’histoire avec des passages comme « C’était demain » (8a) ou « Mouvement perpétuel » (8b). L’équipement a lui aussi évolué : ce n’est qu’à la fin des années 90 que le crashpad apparaît, permettant une pratique plus sûre et plus engagée. Aujourd’hui, grimper à Fontainebleau, c’est aussi entrer en dialogue avec cette histoire, s’inscrire dans une tradition de passionnés et contribuer à faire vivre cette forêt emblématique. C’est dans cet esprit que nous avons questionnés deux grimpeurs/ouvreurs, Fanny et Loïc, qui vivent cette passion au quotidien. À travers leurs témoignages, se dessine une autre manière d’habiter la forêt et de participer, à leur échelle, à l’histoire du bloc à Bleau. Ouvrir un bloc : entre intuition, méthode et rencontre Ouvrir un bloc, c’est poser un regard neuf sur un rocher que d’autres ont peut-être déjà croisé sans le remarquer. Imaginer une ligne là où il n’y a, à première vue, que de la pierre et de la mousse. C’est un acte de création, de lecture du relief, une forme de dialogue entre le grimpeur, la matière, et la forêt. C’est ce que raconte Fanny, grimpeuse passionnée depuis l’enfance : « Un jour comme un autre, je me promenais avec mon chien, « Shadow », au fin fond de la forêt. J’ai trouvé un bloc très chouette, et j’y suis retournée le lendemain pour le brosser, le grimper et le cartographier. Ça m’a fait vibrer ! Depuis, je suis devenue boulimique de l’ouverture » Certaines ouvertures naissent comme ça, d’une errance ou d’une intuition. D’autres naissent d’un regard plus stratégique. Loïc, grimpeur expérimenté installé à Bleau, explique : « Mon déménagement à Fontainebleau a pas mal changé mon rapport au lieu. D’ailleurs, dès les premiers mois sur place, j’ai réalisé ma première “première ascension”. Comme maintenant j’habite à moins de 10 minutes à vélo du secteur le plus proche, j’ai rapidement grimpé tous les classiques de ce petit secteur : Le rocher d’Avon. C’est alors que j’ai commencé à regarder le rocher avec un autre œil. Et s’il restait des lignes à ouvrir dans ce secteur pourtant déjà bien développé ? Je me suis alors tourné vers un des plus beaux blocs du secteur, appelé “Master of Puppets”, côté 7b. Je me suis demandé s’il était possible de suivre une ligne de petites préhensions pour mener au départ debout de “Master of Puppets”. C’est ainsi que j’ai ouvert “Master of Puppies” (je venais d’adopter un bébé chien), une ligne à la gestuelle très intéressante que j’ai décidé de coter 8a. Depuis, la ligne a été répétée, répertoriée, et a l’air d’être appréciée des grimpeurs. C’est une vraie joie d’entendre que le bloc s’enchaîne bien et qu’il plaît aux autres ! On a l’impression d’avoir laissé une petite empreinte pour l’escalade dans la forêt de Fontainebleau. Mais qu’il s’agisse d’un coup de cœur ou d’une démarche plus méthodique, l’ouverture d’un bloc commence bien avant le premier essai, et se poursuit bien après la réussite d'une section. @Nicolas Vaillant Le travail de terrain : nettoyage, essais et ajustements Une fois le bloc repéré, la vraie aventure commence. Il faut brosser la surface, enlever la mousse, la terre et les feuilles qui recouvrent les prises. On vérifie que tout est stable, quitte à enlever les éléments dangereux. Ce travail peut paraître fastidieux, mais il est indispensable : c’est là que le bloc se révèle. Viennent ensuite les essais. On teste les prises, on enchaîne les mouvements, on tombe, on ajuste. Parfois la ligne paraît impossible. Il faut alors modifier la séquence, ou même envisager de créer une variante plus logique. Ce processus peut prendre des jours, des semaines, parfois plus. Loïc raconte : « En réalité, j’ai l’avantage d’avoir un niveau relativement élevé en bloc, ce qui me permet de me tourner vers des lignes peu prisues et souvent discrètes, dans des secteurs déjà bien développés. Il faut alors garder l’esprit ouvert, imaginer des lignes qui paraissent presque impossibles, tâter les prises et tester les mouvements sans avoir de certitudes que le bloc passe. Le rocher de Fontainebleau étant très adhérent, il est possible de tenir des prises qui paraissent quasi intenables à la simple vue et sans magnésie dessus. C’est de cette façon que j’ai par exemple pu ouvrir Master of Puppies ou encore L’Épaule du Gain, 8a+ au Calvaire. Parfois aussi, on brosse des lignes, et c’est simplement impossible.» Ce travail se fait souvent à plusieurs. On partage les idées, on affine les cotations. Mais l’ouverture demande aussi de la solitude, de la persévérance et un certain entêtement à revenir encore et encore. Fanny, de son côté, souligne un autre plaisir dans l’ouverture : « Ce qui me plaît le plus, ce n’est pas forcément de faire la « First Ascent », mais c’est surtout bartasser et cartographier. J’apprécie sortir ma boussole pour pouvoir fournir la localisation précise des blocs. Il est quand même important de préciser que malgré ma passion pour l’ouverture, j’essaie au maximum de respecter le lieu dans lequel je suis. » @Nicolas Vaillant Respecter l’écosystème fragile de la forêt de Fontainebleau La forêt de Fontainebleau n’est pas qu’un terrain de jeu, c’est un écosystème fragile. Chaque plante, insecte, chaque rocher joue un rôle dans cet équilibre. Le grès lui-même, bien que solide en apparence, peut se dégrader s’il est maltraité. Ouvrir un bloc implique donc de le faire en connaissance de cause. Ne pas piétiner la végétation, ne pas creuser au pied des blocs, utiliser des brosses adaptées pour ne pas agresser la roche, éviter le pof et utiliser la magnésie avec parcimonie : tout cela fait partie du rôle de l’ouvreur. Certains secteurs sont interdits à la grimpe pour protéger la faune ou la flore. La création de circuits, quant à elle, est encadrée par la Commission d’Escalade Bellifontaine (Cosiroc), en lien avec l’ONF. Ouvrir, c’est donc aussi se renseigner, s’adapter et parfois renoncer. Fanny le rappelle : « Il y a beaucoup de blocs que j’aurais aimé brosser, mais que j’ai laissés sous la mousse pour y préserver l’écosystème qui y vit. J’espère pouvoir encore longtemps brosser des pépites dans cette forêt mythique ! » Défis environnementaux liés à la croissance de la pratique Avec l’arrivée des beaux jours, la forêt de Fontainebleau voit affluer un nombre croissant de grimpeurs venus de toute l’Europe, attirés par la renommée mondiale de ses blocs de grès. Cette popularité s’est accentuée ces dernières années, portée par l’essor des salles d’escalade, la médiatisation du sport et les réseaux sociaux. Cependant, cette affluence grandissante exerce une pression importante sur un écosystème fragile. Les sentiers et les abords des secteurs emblématiques, comme Cuvier ou Apremont, souffrent d’une érosion marquée due au piétinement intensif. Le grès, bien que robuste, est aussi vulnérable à l’usure provoquée par le brossage régulier des mousses et lichens, ainsi que par l’usage massif de magnésie qui altère la roche. Par ailleurs, la fréquentation perturbe la faune locale, notamment durant les périodes de reproduction, et génère un surplus de déchets malgré une sensibilisation croissante des pratiquants. Initiatives locales pour préserver les blocs et la nature Parmi les initiatives concrètes pour préserver la forêt de Fontainebleau et ses célèbres blocs, l’association Fanatic Climbing se distingue par son engagement régulier dans des journées de nettoyage, comme celle du « Toilettage de printemps » organisé le 6 avril 2025 au bas Cuvier. Plus de 80 bénévoles, grimpeurs amateurs et professionnels, se sont réunis sous un soleil radieux pour ramasser déchets, seringues et autres détritus laissés sur place, tout en débarrassant les blocs de la magnésie accumulée. Ces actions, menées en partenariat avec l’ONF et d’autres associations locales, sont autant d’occasions de sensibiliser la communauté d’escalade à l’importance du respect de l’environnement, en conjuguant passion et responsabilité. Si la tâche reste immense, ces journées illustrent une volonté collective de prendre soin d’un terrain de jeu unique, où chaque grimpeur peut devenir acteur d’une préservation durable. @Denis Lejeune ✍️: Théo de GrimpActu 📷 : Nicolas Vaillant - Denis Lejeune 💬: Loïc Debry & Fanny
- « Générations Futures » (9A) : l’héritage vertical de Hugo Parmentier à Céüse
Il y a des lignes qui dépassent la performance. Des lignes qui racontent une histoire, une époque, une vision. Avec « Générations Futures », sa dernière réalisation en première ascension dans le célèbre cirque calcaire de Céüse, Hugo Parmentier entre dans une nouvelle dimension. Plus qu’un enchaînement, c’est une déclaration d’amour à la grimpe en grande envolée, une lettre ouverte aux passionnés, et un appel au rêve. Céüse, temple intemporel de l’escalade Située dans les Hautes-Alpes, la falaise de Céüse n’a plus besoin de carte de visite. C’est là que les plus grandes pages de l’escalade sportive moderne se sont écrites, de Biographie par Chris Sharma à Bibliographie par Alex Megos. Mais au-delà des cotations mythiques, Céüse impose le respect par l’esthétique de ses murs, l’engagement physique et mental qu’ils exigent, et la pureté de leur calcaire bleuté. C’est dans ce décor quasi mystique qu’Hugo Parmentier vient d’ouvrir « Générations Futures », une voie de plus de 60 mètres qui trace un itinéraire audacieux dans le bombé bleu de Nitshapa, secteur encore préservé de la foule. Jerome Tanon Une ligne d’exception née d’un rêve éveillé Ce n’est pas une voie qu’on enchaîne à la volée. C’est un projet qu’on apprivoise. Une vision, d’abord née d’une photo sur Instagram postée en 2021 par Jean-Baptiste Jourjon, ouvreur chambrien réputé. Pour Hugo, alors encore engagé dans le circuit de compétition, ce n’était qu’un mirage lointain. Il aura fallu une pause sabbatique, un besoin de retour au rocher, et une complicité avec sa compagne Tess, pour que le rêve prenne forme. Et quel rêve : mouvements variés, prises multiples, rocher sculpté à la perfection, amplitude rare, runouts engagés… Avec en prime la logistique bien réelle d’une voie peu visitée : marche d’approche rallongée, tirage de corde complexe, lichens à brosser sur un caillou pourtant somptueux, et l’impossibilité de tricher avec les méthodes. Du vrai travail de pionnier. « C’est sans doute la plus belle longueur de ma vie » Un effort au long cours, suspendu hors du temps Sur le papier, « Générations Futures » pourrait se lire comme un condensé d’épuisement : deux trips avortés par des pluies diluviennes, une maladie, et un enchaînement difficile à finaliser, même pour un athlète aussi affûté. Pourtant, dans les mots d’Hugo, c’est autre chose qui ressort : une sorte de félicité verticale, d’état de grâce suspendu à la corde comme au temps. « À chaque run, je réalisais le privilège que j’avais de grimper là » Car cette ascension n’est pas un simple trophée. Elle est vécue, partagée, offerte. Avec Tess, qui jongle entre ses propres projets à Demi Lune, avec les amis qui viennent filmer cette aventure (Jérôme Tanon et Jan Novak), avec les générations futures, justement, à qui cette ligne est désormais léguée. Jerome Tanon Un pas de plus vers l’héritage En nommant la voie « Générations Futures », l'équipeur ouvre un espace symbolique : celui de la transmission. Il inscrit sa trace dans une falaise où chaque voie majeure devient chapitre d’une mémoire collective. Dans un monde de performances parfois standardisées, où la surenchère de la cotation fait la une, cette ligne se distingue par sa beauté intrinsèque, sa logique de grimpe, et son engagement. Une ligne manifeste « Générations Futures », c’est plus qu’un nom. C’est une invitation. À grimper avec les yeux ouverts, à explorer avec humilité, à oser les voies longues, complexes, moins “instagrammables” mais tellement plus profondes. Avec cette première, Hugo Parmentier confirme ce que beaucoup pressentaient : il est bien plus qu’un compétiteur reconverti. C’est un grimpeur complet, sensible, visionnaire. Et à Céüse, il vient de graver un message intemporel dans le calcaire des légendes. ✍️ Théo de GrimpActu 💬 Hugo Parmentier 📷 Jerome Tanon
- Lara Neumeier enchaîne Silbergeier : une ascension légendaire dans le Rätikon
Le 10 juin 2025, la grimpeuse allemande Lara Neumeier a réussi l’ascension de Silbergeier (8b+, 240 m), l’une des grande voies les plus emblématiques et exigeantes des Alpes. Située sur la Kirchlispitze dans le Rätikon Suisse, cette ligne est une légende, une épreuve aussi physique que mentale, que peu de grimpeurs osent réellement affronter. Et pourtant, Lara l’a fait en 3,5 jours de travail , et un seul jour pour l’enchaînement . Une performance exceptionnelle qui confirme son statut grandissant parmi les grimpeuses d’élite. Silbergeier : une légende verticale Ouvert par Beat Kammerlander au début des années 90, Silbergeier est plus qu’une voie, c’est une épreuve initiatique. Avec ses six longueurs soutenues (8b, 7c+, 8a+, 7a+, 8b+, 7c+/8a), elle combine dalles techniques, prises coupantes, et mouvements exigeant une précision millimétrique. C’est une épreuve aussi mentale que physique, un combat contre la verticalité et soi-même. Nombreux sont ceux qui rêvent de l’enchaîner. Peu y parviennent. Lara Neumeier rejoint ainsi un cercle très restreint de grimpeurs d’élite ayant dompté cette ligne vertigineuse, suivant les traces de sa coéquipière Nina Caprez , première femme à signer l’ascension complète. Une ascension marquée par les imprévus L’histoire de cette réussite n’est pas celle d’un enchaînement fluide sous ciel bleu. Non. C’est celle d’une persévérance sans faille, d’un mental à toute épreuve. Lara découvre Silbergeier en mai. En quelques jours, elle déchiffre les premières longueurs, s’habitue au style fin et délicat… mais pas encore de crux. Le mauvais temps s’installe. Trois semaines de pluie et d’instabilité. Loin de baisser les bras, elle met ce temps à profit : repos, récupération, préparation mentale. Quand enfin une fenêtre météo s’ouvre, tout semble jouer contre elle : douleurs physiques, imprévus mécaniques... même une prise clé se casse dans la longueur crux. « J’avais mes règles, une facture de réparation de voiture salée, et des amis m’ont appelée pour m’annoncer qu’une prise clé du crux venait de casser. Et puis, à quelques kilomètres du parking… ma voiture est encore tombée en panne. Honnêtement, je n’étais même pas sûre d’arriver jusqu’à la paroi. Mais d’une manière ou d’une autre, j’y suis arrivée. » confie-t-elle. Et pourtant, elle y est. Elle grimpe. Fatiguée, mais concentrée. Et quelque chose bascule. L’énergie revient, le mouvement devient instinct. Elle enchaîne. La dalle cède. La prise cassée ne freine pas son passage... « La journée a commencé lentement. J’étais fatiguée, pas vraiment dedans. La première longueur m’a explosée mais je suis passée. Et là, quelque chose a changé. J’ai commencé à grimper avec concentration et précision. Quand je suis arrivée au crux, j’ai retravaillé la séquence et même si une prise cruciale avait cassé la veille, ma méthode fonctionnait toujours. J’ai attendu que l’ombre arrive. J’ai pris une grande inspiration. Et j’ai enchaîné. Il restait une dernière longueur. Des mouvements blocs, bien piégeux. J’ai pris le temps de comprendre, j’ai tout donné et j’ai topé !! » Un projet plus grand : l’Alpine Trilogy Cette ascension n’est pas une fin en soi, mais le premier acte d’un projet encore plus ambitieux : l’Alpine Trilogy . Trois voies mythiques, trois piliers de la grimpe alpine moderne : Silbergeier (Rätikon, Suisse), End of Silence (Berchtesgaden, Allemagne) et Des Kaisers neue Kleider (Wilder Kaiser, Autriche). Trois chefs-d'œuvre verticaux, imaginés par Kammerlander, Albert et Güllich. Lara veut les enchaîner tous. Et elle vient de cocher la première case. «Parfois, on se rend compte que ce n’est pas une question de conditions parfaites ou de timing idéal c’est juste le fait d’être là, malgré tout, et de tout donner. » Initiée dans les années 1990, l’Alpine Trilogy regroupe trois grandes voies devenues légendaires dans le monde de l’escalade alpine moderne. Toutes cotées 8b+, elles représentent un défi extrême, à la fois physique, mental et logistique. Chaque voie a été ouverte par une figure emblématique de l’époque : Silbergeier , dans le Rätikon suisse, a été équipée et libérée par Beat Kammerlander en 1993. End of Silence , tracée dans le massif du Feuerhorn à Berchtesgaden (Allemagne), a été réalisée par Thomas Huber en 1994. Enfin, Des Kaisers neue Kleider , au cœur du Wilder Kaiser en Autriche, a été ouverte la même année par Stefan Glowacz. Trois lignes d’exception, devenues des piliers de la grimpe alpine, que seuls quelques grimpeurs au monde ont réussi à enchaîner. ✍️ Théo de GrimpActu 💬 Lara Neumeier 📸 Ray Demski












