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  • DEJEPS Escalade en milieux naturels : comment entrer en formation ?

    Devenir moniteur d’escalade en milieu naturel ne commence pas le premier jour de formation. Bien avant de franchir les portes du centre de formation, les candidats doivent construire une expérience solide en escalade et en encadrement, atteindre les exigences techniques demandées et se préparer aux différents tests d’entrée. Pour Marie Gamen, ce parcours s’est construit sur près de deux ans. Après avoir découvert l’escalade à Chamonix, la grimpeuse de 30 ans a progressivement multiplié les grandes voies, travaillé son niveau physique, technique et mental avec un coach, puis rejoint une préparation spécifique au DE. Une longue phase de préparation qui l’a finalement menée jusqu’aux épreuves de sélection. Alors qu’elle s’apprête désormais à débuter sa formation, nous allons suivre Marie pendant une année pour découvrir de l’intérieur le parcours qui mène à l'obtention du DEJEPS escalade en milieux naturels, des premiers jours en formation jusqu’aux différentes étapes qui jalonneront cette année. Une préparation qui commence bien avant les tests Pour Marie, l’entrée en formation ne s’est donc pas décidée en quelques semaines. Lorsqu’elle commence à préparer sérieusement son projet, elle sait qu’il lui reste encore du chemin à parcourir avant de pouvoir se présenter aux tests. La première étape consiste à construire une expérience suffisamment solide en grandes voies. Avant d’attaquer sa liste de courses, Marie avait déjà réalisé plusieurs itinéraires dans des niveaux inférieurs à ceux demandés. Une manière de se familiariser progressivement avec ce terrain de pratique avant de s’attaquer aux exigences du diplôme. « Il faut bien commencer quelque part », résume-t-elle. Elle commence alors sa liste de courses environ deux ans avant de présenter les tests. Pendant cette période, les grandes voies deviennent une véritable ligne directrice de sa progression. Mais pour elle, préparer les tests ne signifie pas simplement enchaîner les voies demandées. Il faut également être capable de développer un niveau physique et technique suffisant pour arriver le jour des épreuves avec de la marge. Se faire accompagner pour progresser Pour structurer cette progression, Marie décide de faire appel à un coach spécialisé dans l’escalade. Pendant deux ans, le travail porte sur plusieurs dimensions de sa pratique : physique, technique, mais aussi mentale. L’objectif n’est pas de progresser le plus vite possible, mais de construire un niveau suffisamment solide tout en évitant les blessures et le surentraînement. « Les entraînements étaient progressifs et adaptés à mon niveau », explique-t-elle. Cet accompagnement lui permet également d’identifier plus précisément ses points forts et ses points faibles. Un travail qui prend toute son importance à l’approche des tests, puisque les épreuves demandent de mobiliser des compétences différentes. Pour Marie, le coaching aura finalement été bien plus qu’un simple programme d’entraînement : « Ça a été un véritable pilier et un tremplin dans ma progression pour atteindre le niveau demandé. » Une préparation spécifique aux tests d’entrée Après avoir travaillé sa progression pendant plusieurs mois, Marie rejoint également la préparation aux DE d’escalade proposée par l’AFRAT à Autrans. Cette formation de sept semaines est spécifiquement destinée aux candidats qui souhaitent préparer les tests d’entrée et leur future entrée en formation. Elle lui permet de continuer à travailler sa liste de courses tout en évoluant dans un groupe composé de personnes confrontées aux mêmes objectifs. Cette dynamique collective joue un rôle important dans son parcours. « Toutes les personnes inscrites étaient dans la même dynamique : évoluer, faire la liste de courses, s’encourager et se tirer vers le haut ! » Pour Marie, cette préparation devient à son tour un véritable point d’appui. Elle lui permet de confronter sa pratique à celle d’autres candidats, de mieux comprendre les attentes des tests et de cibler les aspects qu’elle doit encore améliorer. Avec son coach et la préparation de l’AFRAT, elle dispose progressivement de deux cadres pour accompagner sa progression jusqu’aux épreuves. Identifier ses points faibles avant le jour J À mesure que les tests approchent, une autre question devient essentielle : sur quoi faut-il encore travailler ? Marie identifie plusieurs points faibles, mais aussi des qualités sur lesquelles elle peut s’appuyer. Ce travail lui permet de mieux comprendre son propre fonctionnement en escalade et d’adapter sa préparation. « Ça m’a permis de prendre confiance en moi, de m’appuyer sur mes points forts, de réellement les utiliser, et aussi de progresser sur mes points faibles. » Cette connaissance de soi va notamment lui servir lors de l’épreuve de bloc. Avec plusieurs styles proposés, savoir rapidement dans quel type de mouvements elle est la plus à l’aise devient un véritable avantage. Mais avant d’en arriver aux tests, Marie doit également apprendre à gérer les périodes de doute qui accompagnent nécessairement une préparation aussi longue. Quand le doute s’installe Deux années de préparation ne sont pas deux années de progression linéaire. Marie connaît elle aussi des périodes de stagnation, voire l’impression de régresser. Des moments où le niveau semble ne plus avancer et où la question de sa légitimité à envisager le métier de moniteur peut commencer à se poser. « Parfois, j’ai eu de gros coups de moins bien, à me dire que je n’étais pas légitime à faire ce métier vis-à-vis de mon niveau », raconte-t-elle. Plutôt que de considérer ces périodes comme un échec, elle apprend progressivement à les accepter comme une partie normale du processus. Pour elle, la préparation mentale devient alors aussi importante que le travail physique. Elle utilise notamment des exercices de visualisation, en se projetant dans les situations auxquelles elle sera confrontée : grimper concentrée, atteindre le sommet d’une voie et surtout se voir capable de réussir. Une manière de se rappeler, le jour des tests, tout le travail accompli en amont. Deux jours pour franchir la dernière étape Après deux années de préparation, les tests arrivent enfin. Les épreuves se déroulent sur deux jours et vont permettre d’évaluer différentes facettes de la pratique de Marie. Voie, expérience en grandes voies et bloc : trois exercices qui demandent chacun une approche différente. La première épreuve se déroule en salle. Trois voies sont proposées et le candidat doit en valider deux pour réussir cette partie du test. Les cotations ne sont pas communiquées aux candidats, mais Marie estime que les voies de sa session se situaient entre 6b et 7a. « Nous avons eu, dans l’ordre, une 6b+, une 7a et une 6c+ », se souvient-elle. Une fois cette première étape passée, place à un exercice très différent : l’oral autour de la liste de grandes voies. Une liste de courses passée au crible Face à deux personnes, Marie doit revenir sur les grandes voies qu’elle a réalisées au cours de sa préparation. L’objectif n’est pas simplement de présenter une liste de noms et de cotations. Les examinateurs peuvent connaître les itinéraires évoqués et questionner le candidat sur différents aspects de son expérience : l’approche, l’équipement ou encore certaines longueurs clés. Pour Marie, cet oral ne ressemble pourtant pas au moment de pression qu’elle pouvait imaginer avant de le passer. « J’ai vraiment apprécié l’oral parce que c’était plus un vrai échange qu’un examen avec des passionnés. Je n’ai ressenti aucune pression ! » Une expérience qui illustre aussi l’importance de ne pas seulement chercher à « faire » les voies demandées, mais de réellement construire une expérience de la grande voie et d’être capable d’en parler. Le bloc, l’épreuve qui peut surprendre Dernière étape : le bloc. Et c’est probablement celle que Marie conseille de ne surtout pas négliger lors de la préparation. Quatre blocs sont proposés, avec des styles différents : force à doigts, force à bras, dalle et coordination. Le candidat dispose de deux heures pour valider un bloc. Sur le papier, les cotations annoncées peuvent sembler accessibles. Mais pour Marie, c’est justement ce qui peut conduire certains candidats à sous-estimer l’épreuve. « Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui se font surprendre en se disant que, sur le papier, ils annoncent une cotation en 6a, 6b, alors qu’en réalité, c’est plus dur que ça ! » La préparation doit donc intégrer aussi bien la voie que le bloc. Et dans cette épreuve, la capacité à identifier rapidement son style de prédilection peut faire gagner un temps précieux. Marie sait justement où elle se sent le plus à l’aise. Plutôt que de disperser ses essais, elle choisit de s’investir dans le style qui correspond le mieux à ses qualités. Résultat : elle valide son bloc en 45 minutes. « Je savais exactement le style qui me correspondait et celui dans lequel j’avais le plus de chance de réussir. » Une réussite construite bien avant les tests Derrière cette réussite se trouvent surtout deux années de travail : une progression en grandes voies, un entraînement structuré, une préparation spécifique et un travail important sur la confiance en soi. Marie avait également adopté une approche particulière face à l’éventualité d’un échec. Si elle réussissait, ce serait l’aboutissement de son travail. Si elle échouait, cela aurait simplement signifié qu’elle avait encore besoin de temps pour progresser avant d’entreprendre la formation. Une manière de relativiser l’enjeu et de ne pas transformer les tests en jugement définitif sur son niveau. Aujourd’hui, les épreuves sont derrière elle. Marie a réussi sa sélection et s’apprête désormais à découvrir une nouvelle étape : celle de la formation elle-même. La préparation est terminée. L’année de DEJEPS escalade en milieux naturels peut commencer. Et ce n’est que le début de l’aventure : dans les prochains épisodes de cette série, nous retrouverons Marie tout au long de son année de formation pour découvrir, étape après étape, les coulisses du DEJEPS escalade en milieux naturels, de ses premiers jours en formation jusqu’aux différentes épreuves et mises en situation qui rythmeront son parcours. ➡️ À lire également sur GrimpActu : Escalade sur Instagram : quand la visibilité prend le pas sur la compétence Encadrement en escalade : un diplôme de trop ? ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Coupe du monde de Koper : les favoris réunis pour l’avant-dernière étape de difficulté

    La Coupe du monde de difficulté reprend ses droits les 4 et 5 septembre à Koper, en Slovénie. Pour cette avant-dernière étape de la saison, une grande partie des meilleurs spécialistes mondiaux sera au rendez-vous. Huit Français feront le déplacement, tandis que Janja Garnbret disputera devant son public sa dernière Coupe du monde de l’année. Après la coupure estivale, le circuit international reprend ce week-end sur les rives de l’Adriatique. Koper accueille vendredi et samedi l’avant-dernière Coupe du monde de difficulté de la saison 2026, avant un ultime rendez-vous à Santiago. Et pour cette rentrée, peu de grands noms manqueront à l’appel. Les principaux protagonistes de la saison seront réunis en Slovénie, avec une équipe japonaise particulièrement solide, plusieurs prétendants aux podiums chez les hommes comme chez les femmes et, évidemment, une délégation slovène qui évoluera à domicile. De Kranj à Koper, près de trente ans de Coupe du monde Si Koper n’accueille la Coupe du monde que depuis quelques années, l’histoire de la Slovénie avec le circuit international est bien plus ancienne. Pendant plus de deux décennies, Kranj a été l’un des rendez-vous incontournables de la difficulté mondiale. Après plusieurs compétitions internationales organisées au début des années 1990, la ville accueille sa première Coupe du monde en 1996, avec 152 grimpeurs venus de 24 pays. Kranj s’installe ensuite durablement au calendrier et voit défiler plusieurs générations de champions, de Liv Sansoz et Yuji Hirayama à Adam Ondra, Jakob Schubert ou encore Janja Garnbret. Lorsque le mur de Kranj, devenu vieillissant, disparaît du calendrier en 2022, le rendez-vous slovène ne s’éteint pas pour autant : il déménage à Koper, où un nouveau mur extérieur capable d’accueillir une Coupe du monde vient d’être construit. La première édition organisée sur les bords de l’Adriatique, en septembre 2022, sourit immédiatement à la Slovénie : Luka Potočar décroche sa première victoire en Coupe du monde, tandis que Janja Garnbret termine deuxième derrière Ai Mori. Depuis, Koper est devenu le nouveau rendez-vous à domicile de Garnbret. Et la Slovène n’y a plus laissé échapper la victoire : première en 2023, 2024 puis 2025, elle tentera ce week-end de signer un quatrième succès consécutif devant son public. Huit Français au départ à Koper L’équipe de France se présentera avec six hommes et deux femmes. Chez les hommes, Sam Avezou sera accompagné d’Arsène Duval, Younès Aubert Masmoudi, Jordi Poles, Victor Guillermin et Pierre Marzullo. Le Français arrive en Slovénie sur une belle dynamique : la semaine dernière à Laval, il décrochait la médaille de bronze en difficulté aux Championnats d’Europe, quelques jours seulement avant de retrouver le circuit mondial à Koper. Chez les femmes, Zélia Avezou et Ina Plassoux Djiga représenteront la France. Zélia fera elle aussi partie des Tricolores à suivre de près : déjà montée sur un podium de Coupe du monde de difficulté cette saison, elle tentera de retrouver le top mondial face à un plateau particulièrement dense. Un plateau international particulièrement relevé Chez les femmes, Annie Sanders fait partie des principales forces en présence. L’Américaine compte déjà trois victoires et une médaille d’argent en Coupe du monde de difficulté cette saison. Face à elle, Chaehyun Seo affiche elle aussi une remarquable régularité avec une médaille d’argent et trois bronzes. Aleksandra Totkova, déjà deuxième cette année, sera également présente. La Slovénie pourra surtout compter sur une équipe particulièrement dense. Derrière Janja Garnbret, Rosa Rekar, Jennifer Buckley, Mia Krampl et Lucka Rakovec seront toutes au départ. Rekar arrive avec son statut de vice-championne du monde de difficulté, tandis que Rakovec reste sur une troisième place aux Championnats d’Europe. La densité sera tout aussi importante chez les hommes. Avec deux victoires et une deuxième place, Neo Suzuki fait partie des hommes forts de cette saison. Le Japon pourra également compter sur Sorato Anraku, vainqueur à Koper en 2025 et finaliste lors de chacune de ses apparitions en Coupe du monde de difficulté cette année, ainsi que sur Satone Yoshida. Alberto Ginés López, déjà auteur d’une victoire et de deux deuxièmes places cette saison, sera lui aussi au rendez-vous. Putra Tri Ramadani, Jakob Schubert, Luka Potočar et Dohyun Lee complètent une liste où figurent de nombreux athlètes déjà passés par une finale ou un podium cette année. Quelques absences sont néanmoins à signaler. Adam Ondra a déjà mis un terme à sa saison de Coupe du monde, tandis que Toby Roberts ne sera pas présent. Chez les femmes, la récente championne d’Europe Erin McNeice manquera également le rendez-vous slovène. Janja Garnbret veut terminer sa saison en beauté à domicile 🇸🇮 Difficile d’évoquer Koper sans que tous les regards se tournent vers Janja Garnbret. Devant son public, la double championne olympique disputera seulement sa quatrième Coupe du monde de l’année… et sa dernière de la saison 2026. Son retour en difficulté à Innsbruck s’était conclu de la meilleure des manières, avec une nouvelle victoire. Koper représente désormais une dernière occasion de s’imposer sur le circuit mondial cette année, devant un public slovène qui l’a vue dominer les trois dernières éditions. Triple tenante du titre à Koper, Garnbret entretient en effet une histoire particulière avec cette étape. Deuxième derrière Ai Mori lors de la première édition en 2022, elle s’est ensuite imposée trois années consécutives, en 2023, 2024 et 2025. La Slovène a toutefois déjà été battue cette saison. En difficulté, Annie Sanders était parvenue à la devancer à Wujiang. Quelques semaines plus tôt, Zélia Avezou avait également pris le meilleur sur Garnbret en bloc à Keqiao. À domicile, Janja Garnbret tentera donc de conclure sa courte saison de Coupe du monde par une quatrième victoire consécutive à Koper. Coupe du monde de Koper : programme et horaires La compétition débutera vendredi 4 septembre à 9h00 avec les qualifications féminines et masculines. Les meilleurs retrouveront le mur dès le soir même pour les demi-finales. Vendredi 4 septembre : 09h00 — Qualifications femmes et hommes 20h00 — Demi-finales femmes et hommes Samedi 5 septembre : 20h00 — Finale hommes 21h00 — Finale femmes Comment suivre la Coupe du monde de Koper en direct ? La Coupe du monde de Koper pourra être suivie en direct sur les différents diffuseurs de World Climbing. Les qualifications seront accessibles sur la chaîne YouTube officielle de World Climbing, tandis que la diffusion des demi-finales et des finales sera géobloquée en France, comme depuis le début de la saison. Pour suivre les phases finales depuis la France, il faudra donc se tourner vers HBO Max ou Eurosport, qui disposent des droits de diffusion en Europe. Le direct international de World Climbing restera disponible sur YouTube dans les territoires non concernés par ces restrictions. Certains spectateurs contournent également ce géoblocage à l’aide d’un VPN afin d’accéder au flux international proposé sur YouTube. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Sintonia : la première ouverture d’un big wall au Brésil par une équipe 100% féminine

    ➡️ Read the English version of this article here. Le 20 août 2026, Laura Pineau, Gisely Ferraz, Miya Tsudome, Danielle Pinto et Julia Trojan atteignaient ensemble le sommet de Pedra Baiana, au Brésil. Après plusieurs semaines d’ouverture, les cinq grimpeuses venaient de donner naissance à Sintonia, une nouvelle voie de 800 mètres. Une réalisation historique : jamais une équipe 100 % féminine n’avait encore ouvert de big wall au Brésil. Trois ans plus tôt, l’idée n’était encore qu’une phrase lancée au Yosemite. Horacio Gratton, un grimpeur argentin rencontré par Laura Pineau, lui parle alors des immenses parois granitiques du Brésil et lui glisse un nom : Pedra Baiana. « Il faut que tu ailles ouvrir une voie là-bas. » L’idée ne la quittera plus. Le projet avait pourtant quelque chose de démesuré. Laura rêvait depuis longtemps de découvrir le Brésil, d’en apprendre la langue et de s’immerger dans sa culture, mais son expérience de l’ouverture restait limitée. Après une année passée à grimper et voyager au Yosemite, elle décide malgré tout de transformer cette envie en véritable expédition : partir au Brésil et tenter d’ouvrir une nouvelle ligne de 800 mètres sur Pedra Baiana. Restait à construire l’équipe. Autour d’elle se réunissent Gisely Ferraz, grimpeuse professionnelle brésilienne expérimentée en big wall et en alpinisme ; Miya Tsudome, grimpeuse et réalisatrice avec laquelle Laura avait déjà partagé des aventures au Yosemite ; Danielle Pinto, monitrice d’escalade et professeure de yoga ; et Julia Trojan, ingénieure mécanique et grimpeuse ayant notamment de l’expérience dans le rééquipement. Cinq femmes aux parcours différents, dont certaines n’avaient encore jamais grimpé ensemble. Sur place, le projet commence par une incertitude : trouver une ligne. Une première tentative sur la partie centrale de la paroi s’arrête après deux longueurs devant une section dépourvue de prises. L’équipe repart alors explorer plus à droite et finit par découvrir une succession de cheminées et de fissures menant vers un immense mur vertical. Cette fois, la ligne est là. À partir du 2 août, les journées s’enchaînent. Deux longueurs ouvertes en moyenne, plus de douze heures passées sur la paroi, des rotations entre les différentes équipes et, progressivement, l’apprentissage d’un fonctionnement collectif. La voie traverse des fissures, des cheminées et des dalles avant de rejoindre un imposant headwall entre les neuvième et dix-septième longueurs. Sept longueurs n’ont pas encore été libérées et pourraient, selon l’équipe, atteindre des difficultés autour de 8a+/8b. Le 20 août à 16 h 30, après une dernière journée durant laquelle les cinq femmes progressent enfin toutes ensemble, l’équipe atteint le sommet. La nouvelle voie est baptisée Sintonia, « harmonie » en portugais. Un nom choisi pour raconter autant une ligne de 800 mètres que la manière dont cinq grimpeuses ont appris, au fil des jours, à fonctionner ensemble sur la paroi. Quelques jours après cette ouverture, Laura Pineau revient pour GrimpActu sur la naissance du projet, les coulisses de l’ouverture, une chute de neuf mètres à près de 500 mètres du sol et l’aventure collective qui les a conduites jusqu’au sommet de Pedra Baiana. Il y a encore trois ans, l’idée d’ouvrir un big wall au Brésil n’était qu’une suggestion lancée au Yosemite. Comment ce projet est-il devenu une réalité ? J’ai rencontré il y a trois ans un Argentin, Horacio Gratton, au Yosemite, qui m’a dit : « Laura, il y a des big walls de granite incroyables au Brésil, il faut que tu ailles ouvrir une voie sur Pedra Baiana. » Il avait planté cette petite graine qui ne m’a jamais quittée. J’ai toujours eu aussi un lien assez spécial avec le Brésil car, lorsque j’ai fait mes études supérieures aux États-Unis, j’étais toujours entourée de Brésiliens et je trouvais leur joie de vivre contagieuse. Je rêvais d’apprendre le portugais brésilien et d’aller vivre au Brésil plusieurs mois. Malgré mon manque d’expérience en ouverture, j’avais vraiment envie de tenter l’aventure et de gagner en expérience. Je savais qu’on avait une grande chance d’échouer, mais j’ai été optimiste jusqu’au bout et, avec cette super équipe, on a été soudées du premier jour jusqu’au dernier pour ouvrir cette voie. Vous étiez cinq grimpeuses qui n’aviez jamais grimpé ensemble auparavant. Comment avez-vous réussi à construire une équipe sur un projet aussi engagé ? Gisely Ferraz, grimpeuse professionnelle brésilienne, était notre pilier pour le big wall et l’alpinisme. Miya Tsudome, avec qui j’avais déjà partagé des aventures au Yosemite, apportait son expérience, son efficacité et son regard de réalisatrice, tout en grimpant à nos côtés. Danielle Pinto, monitrice d’escalade et professeure de yoga, rêvait depuis longtemps de vivre une aventure comme celle-ci. Et Julia Trojan, ingénieure mécanique en année sabbatique, voyageuse et grimpeuse passionnée, avait déjà une solide expérience du rééquipement. Je ne vais pas mentir en disant que c’était le scénario parfait de ne jamais avoir grimpé ensemble auparavant. C’est plutôt l’opposé. J’étais assez stressée les premiers jours, en me demandant comment autant de personnalités différentes allaient s’entendre. Il y a deux choses qui ont fait que cette équipe a été soudée du début à la fin. La première, c’est qu’on était toutes très motivées par l’objectif d’ouvrir une nouvelle voie pour les femmes. On avait toutes conscience que cet objectif était le plus important et qu’on était toutes prêtes à travailler très dur pour le réaliser. La seconde chose qui a créé une incroyable communication dès le deuxième jour, c’est que, le soir, au moment du dîner, Gisely Ferraz nous a familiarisées avec le concept du débrief qu’elle fait pendant ses stages d’escalade. Cela nous a permis, chaque soir, de parler ouvertement de ce qu’on avait bien fait dans la journée et de ce qu’on pouvait améliorer. Cela nous a aussi permis de nous sentir à l’aise pour nous parler ouvertement et nous dire les choses quand on avait des désaccords. Cela a instauré beaucoup de confiance et, pour moi, ces débriefs seront essentiels dans mes prochaines aventures. Avant d’ouvrir Sintonia, vous avez d’abord tenté une autre ligne. À quel moment avez-vous compris que vous aviez enfin trouvé votre voie ? On n’a pas immédiatement trouvé la bonne ligne. On voulait au départ vraiment grimper la face centrale. On avait repéré une ligne qui paraissait vraiment super et, après 4 h de nettoyage du trail pour accéder au pied de la face, on a vu des points sur les deux premières longueurs qu’on pensait faire, puis plus de points. On s’est dit : « Allons voir, on ne sait jamais. » Julia Trojan et moi avons grimpé les deux longueurs et on a compris pourquoi les ouvreurs avaient arrêté ici : il n’y avait plus de prises. On se disait aussi que ce serait dommage de ne pas commencer une voie depuis le bas complètement. Je pense que ce moment a été le plus difficile pour toute l’équipe parce qu’on commençait à se dire que peut-être on ne trouverait pas de ligne avec des prises… Et on ne voulait pas ouvrir une voie d’artif. À ce moment-là, on s’est dit : « Allons voir plus à droite de la voie Sangue Latino pour voir si on trouve des fissures ou une ligne qui paraît assez évidente », et on l’a trouvée. On a vu cette grande cheminée à droite d’un pilier qui menait à une paroi verticale. On est allées au pied et, quand on a vu des prises et les cheminées, on était hyper heureuses. Et je ne veux pas paraître superstitieuse, mais on a trouvé au pied de la voie une fleur magnifique, avec un cristal, et une feuille en forme de cœur. Il y avait trop de signes pour nous pour ne pas choisir cette voie. Cette même après-midi, on a passé 4 heures à ouvrir un trail et, le lendemain, Gisely et Danielle Pinto ont commencé à ouvrir la voie. Plus de douze heures sur la paroi et environ deux longueurs ouvertes par jour : à quoi ressemblait concrètement votre quotidien pendant l’ouverture ? Pour ouvrir une nouvelle voie sur un big wall de cette ampleur, il faut vraiment « vraiment » aimer la logistique. C’est un puzzle rempli de problèmes qu’il faut régler à longueur de journée. Je pense qu’avec les filles, on a décidé de la meilleure stratégie possible depuis le début. On a fait deux équipes de deux : Danielle & Gisely / Julia & Laura. Pourquoi ? Parce que Gisely et moi avions le plus d’expérience en big wall, alors que Julia et Danielle étaient vraiment novices dans ce domaine. Donc, en plus d’équiper les nouvelles longueurs chaque jour, on leur apprenait toutes les techniques de big wall : monter en jumar, hisser les sacs, les nœuds à connaître. Notre emploi du temps était simple : un jour de travail puis un jour de repos. Lorsqu’une équipe était sur le mur, l’autre se reposait dans la ville de Nova Belém. On ouvrait en moyenne 2 longueurs par jour et on passait plus de 12 h sur la paroi. Une fois la journée finie, on essayait de tout bien laisser en place pour les filles du lendemain et on se faisait des vocaux WhatsApp à 22 h pour débriefer de nos avancées et tenir au courant les filles de ce qui les attendait. On a vraiment été super organisées du premier jour jusqu’au dernier et cela nous a fait gagner beaucoup de temps. Le headwall, entre les longueurs 9 et 17, semble avoir constitué le véritable morceau de résistance de Sintonia. Qu’est-ce qui rendait cette partie si complexe à ouvrir ? Pour nous toutes, le Headwall, qui allait de la 9e à la 17e longueur, a vraiment été dur à ouvrir. On mettait plus de temps car l’escalade était très difficile et on essayait vraiment d’imaginer comment on pouvait grimper chaque longueur pour mettre les points au bon endroit. Et le mur était beaucoup plus vertical, donc c’était bien plus dur que les dalles du début ou de la fin. Sept longueurs restent encore à libérer. Que sait-on aujourd’hui de la difficulté de Sintonia et comment avez-vous progressé dans ces sections pendant l’ouverture ? Alors Sintonia est une voie de 800 mètres qui se situe sur la face Est du Big Wall brésilien Pedra Baiana. C’est un mix entre fissures à mains, cheminées, dalles et paroi technique verticale. Il y a 7 longueurs que nous n’avons pas enchaînées et nous pensons que c’est possible de les libérer, mais ce sera dur, autour de 8a+/8b, sur de petits cristaux en granite. Quand nous avons ouvert la voie, nous avons fait un mix entre escalade libre et artificielle. Nous avons utilisé ce qu’ils appellent au Brésil les « Negocinhos ». Ce sont comme des petits crochets que l’on utilisait entre chaque point quand on ne pouvait pas grimper en libre. Alors, avant d’arriver au Brésil en juin, je ne savais absolument pas ce qu’était un « negocinho », mais Gisely m’en avait déjà un peu parlé brièvement. Il faut imaginer une petite barre métallique de 4 cm avec un cercle au bout. Avec notre perfo, on avait deux embouts, un pour le negocinho et un pour les points. Celui du negocinho faisait 6 mm, donc cela fait un petit trou dans le mur qu’on voit à peine. Beaucoup de Brésiliens ouvrent leurs voies au Brésil avec les negocinhos et ce sont d’autres ouvreurs qui nous ont donné des negocinhos pour Baiana. Ils sont particulièrement adaptés à ce terrain car les cristaux sont tellement fragiles que des crochets normaux n’auraient pas suffi. On essayait d’ouvrir les longueurs difficiles et, lorsque les cristaux nous paraissaient fragiles, on en renforçait certains avec une colle transparente. C’est justement sur ce headwall que tu fais une chute de neuf mètres, à environ 500 mètres du sol. Que s’est-il passé ? Ce moment a sans aucun doute été le moment le plus effrayant pour tout le monde. Ma première erreur est que, cette journée-là, j’ai ouvert pendant 6 heures et c’est vraiment un problème. Il faisait 30 degrés, j’étais déshydratée à la fin et j’aurais dû arrêter au bout de 3 heures et laisser Julia prendre le relais. Quand on est dans le flow d’équipement, c’est dur de s’arrêter et on se dit qu’on va bientôt trouver la position pour le relais. Après avoir fini d’équiper cette longueur de 40 mètres, j’arrive enfin à un endroit où je peux mettre le relais. J’étais trois mètres au-dessus de mon dernier point et j’étais sur un negocinho. Il faut savoir que le negocinho ne fonctionne que si on met du poids dessus vers le bas. Si on se pousse en arrière, il n’y a rien qui va le retenir. Me voilà enfin au relais. J’ai un petit dévers au-dessus de moi, alors je me penche en arrière pour voir où est-ce que la voie va aller et, à ce moment-là, le negocinho saute. Je pars en plongeon arrière et je fais une chute de 9 mètres. C’était vraiment la pire chute de ma vie. J’ai commencé à pleurer et je n’arrivais plus à respirer pendant quelques secondes. J’entendais Miya et Julia à la radio qui me demandaient comment j’allais car elles ne pouvaient pas me voir. C’était vraiment horrible pour elles car elles se sont dit à ce moment-là qu’on allait devoir commencer une mission de sauvetage et on était déjà à 500 mètres de haut, au milieu de nulle part dans le Minas Gerais. Après quelques minutes, j’ai enfin pu reparler et je leur ai dit à la radio que tout allait bien et que j’avais juste besoin d’un moment. Le casque m’a sans aucun doute sauvé la vie et je n’avais qu’une mini-égratignure. Je pensais l’avoir cassé en deux tellement le choc a été violent, mais non. C’est une bonne leçon d’équipement que je n’oublierai pas. Je pense qu’au bout de 2 voire 3 heures d’équipement maximum, il faut changer de leader quoi qu’il arrive, sinon cela peut devenir dangereux. Leçon enregistrée pour ma part. Réaliser cette première avec une équipe 100 % féminine était au cœur du projet. Qu’est-ce que cela représentait pour toi ? Bien sûr que c’était important. J’ai appris l’année dernière qu’aucune voie en big wall n’avait été ouverte par des femmes et je me suis dit qu’il serait peut-être temps de changer ça. Il y a encore de grandes inégalités hommes/femmes au Brésil et je savais que, si on réussissait, cela pourrait ouvrir de nouvelles portes aux grimpeuses brésiliennes. Je pense aussi que, dans le monde, il y a encore très, très peu de femmes qui ouvrent des voies et aujourd’hui, grâce à ce projet, j’ai réalisé à quel point on en est très capables aussi. Donc j’espère que notre équipe a pu ouvrir de nouvelles portes au Brésil pour les femmes, mais aussi dans le monde, parce que je pense sincèrement qu’on en a besoin. Au-delà de la performance, votre passage à Nova Belém semble avoir profondément marqué l’aventure. Qu’est-ce que tu en retiens ? Je pense que, pour moi, l’aspect social de ce projet restera à jamais l’aspect le plus important de cette aventure. On a été tellement bien accueillies dans cette ville de Nova Belém par la préfecture et tous ses habitants. On y a vraiment trouvé une famille brésilienne et on a partagé chaque moment qu’on vivait avec eux, là-haut. Lorsque nous avons fini notre ascension, on avait encore quelques jours dans la ville et on a été invitées à aller parler aux enfants de l’école. On pensait toutes qu’on allait parler à une petite classe de 30 élèves et, quand on est arrivées, on était devant 200 élèves qui avaient des étoiles dans les yeux en nous voyant. Encore une fois, les larmes ont coulé toutes seules. C’était un moment figé dans le temps qui nous a montré en direct l’impact de notre ascension. C’était vraiment magique et ce moment restera à jamais gravé en moi. Le 20 août à 16 h 30, vous êtes finalement toutes les cinq au sommet. Que ressens-tu à cet instant ? On était tellement heureuses et fières de nous de l’avoir fait. Cette journée jusqu’au sommet a été la seule journée où on grimpait toutes ensemble et où on avançait en même temps. Cela a été un moment parfait d’harmonie, « Sintonia », où toute l’équipe travaillait main dans la main pour atteindre ce sommet si attendu. On est aussi arrivées pile à l’heure pour un coucher de soleil incroyable et c’est exactement ce qu’on voulait. On a dû rester là-haut 1 h 30 et on a pu apprécier chaque minute de ce moment. C’est passé si vite. Maintenant que Sintonia existe, qu’aimerais-tu voir se passer sur cette voie ? J’espère sincèrement que beaucoup de grimpeurs vont venir répéter au moins « Perfeita Sintonia », qui est la 9e longueur de Sintonia avec une cotation max de 7a+. J’espère que cela permettra à plein de grimpeurs qui rêvent de grimper Pedra Baiana d’avoir une première expérience avec ce big wall et peut-être de dormir sur la grande vire à la 8e longueur. J’ai aussi très hâte de voir si des grimpeurs vont se motiver pour venir l’enchaîner. Je serai la première à les soutenir dans leurs ascensions et j’espère vraiment qu’il y aura des femmes dans cette équipe ! Pour l’instant, j’ai d’autres plans en tête pour l’année 2027, mais le Brésil est spécial et je compte bien y retourner un jour pour de nouvelles aventures. ➡️ À lire également sur GrimpActu : Laura Pineau & Kate Kelleghan : les premières femmes à réussir la Triple Crown du Yosemite en moins de 24h Laura Pineau et Kate Kelleghan réalisent un exploit historique sur The Naked Edge Laura Pineau : Première ascension féminine du Toit, une voie historique Sintonia: The First Big Wall Route Opened in Brazil by an All-Female Team On August 20, 2026, Laura Pineau, Gisely Ferraz, Miya Tsudome, Danielle Pinto and Julia Trojan stood together on the summit of Pedra Baiana, Brazil. After several weeks of route development, the five climbers had established Sintonia, a new 800-meter route. A historic achievement: never before had an all-female team opened a big wall route in Brazil. Three years earlier, the idea had been nothing more than a sentence spoken in Yosemite. Horacio Gratton, an Argentinian climber Laura Pineau met there, told her about Brazil’s incredible granite big walls and gave her a name: Pedra Baiana. “Laura, there are incredible granite big walls in Brazil. You have to go and open a route on Pedra Baiana.” The idea never left her. The project was ambitious. Laura had long dreamed of discovering Brazil, learning the language and immersing herself in its culture, but she still had limited experience opening new routes. After spending a year climbing and travelling in Yosemite, she nevertheless decided to turn that dream into an expedition: travel to Brazil and attempt to establish a new 800-meter line on Pedra Baiana. Then came the challenge of building a team. She was joined by Gisely Ferraz, a Brazilian professional climber with extensive big wall and mountaineering experience; Miya Tsudome, a climber and filmmaker with whom Laura had already shared adventures in Yosemite; Danielle Pinto, a climbing instructor and yoga teacher; and Julia Trojan, a mechanical engineer and climber with experience in route rebolting. Five women with different backgrounds, some of whom had never climbed together before. Once there, the project began with uncertainty: they first had to find a line. An initial attempt on the central part of the wall came to an end after two pitches when they encountered a section with no holds. The team went back down and explored farther to the right, eventually discovering a series of chimneys and cracks leading towards a huge vertical wall. This time, they had found their line. From August 2 onward, the days followed one another. An average of two pitches opened per day, more than twelve hours spent on the wall, rotations between teams and, gradually, the process of learning how to function together. The route crosses cracks, chimneys and slabs before reaching an imposing headwall between pitches nine and seventeen. Seven pitches have yet to be freed and, according to the team, could reach difficulties around 8a+/8b. At 4:30 p.m. on August 20, after a final day during which all five women were finally moving up the wall together, the team reached the summit. They named the new route Sintonia, Portuguese for “harmony”. A name that describes not only an 800-meter line, but also the way five climbers learned, day after day, to work together on the wall. A few days after the ascent, Laura Pineau spoke to GrimpActu about the origins of the project, what it took to open the route, a nine-meter fall nearly 500 meters above the ground, and the collective adventure that ultimately took them to the summit of Pedra Baiana. Three years ago, the idea of opening a big wall route in Brazil was just a suggestion made in Yosemite. How did that idea become a reality? Three years ago, I met an Argentinian climber, Horacio Gratton, in Yosemite, who told me: “Laura, there are incredible granite big walls in Brazil. You have to go and open a route on Pedra Baiana.” He planted this little seed that never left me. I have also always had a special connection with Brazil because, when I was studying in the United States, I was always surrounded by Brazilians and I found their joy for life contagious. I dreamed of learning Brazilian Portuguese and going to live in Brazil for several months. Despite my lack of experience opening routes, I really wanted to give it a try and gain experience. I knew there was a big chance that we would fail, but I stayed optimistic until the very end and, with this amazing team, we stuck together from the first day to the last to open this route. You were five climbers who had never all climbed together before. How did you manage to build a team for such a committing project? Gisely Ferraz, a Brazilian professional climber, was our pillar when it came to big wall climbing and mountaineering. Miya Tsudome, with whom I had already shared adventures in Yosemite, brought her experience, efficiency and filmmaker’s eye, while also climbing alongside us. Danielle Pinto, a climbing instructor and yoga teacher, had dreamed for years of experiencing an adventure like this. And Julia Trojan, a mechanical engineer on a sabbatical year, traveller and passionate climber, already had solid experience rebolting routes. I’m not going to lie and say that never having climbed together before was the perfect scenario. It was rather the opposite. I was quite stressed during the first few days, wondering how so many different personalities were going to get along. There were two things that kept this team together from beginning to end. The first was that we were all extremely motivated by the goal of opening a new route for women. We were all aware that this goal was the most important thing and that we were all ready to work very hard to achieve it. The second thing that created incredible communication from the second day onward was that, in the evenings over dinner, Gisely Ferraz introduced us to the debriefing concept she uses during her climbing courses. Every evening, it allowed us to openly discuss what we had done well during the day and what we could improve. It also helped us feel comfortable speaking openly to one another and saying what needed to be said whenever we disagreed. It created a lot of trust and, for me, these debriefs will be essential on my future adventures. Before opening Sintonia, you first attempted another line. When did you realise that you had finally found your route? We didn’t find the right line immediately. At first, we really wanted to climb the central face. We had spotted a line that looked really good and, after four hours of clearing the trail to reach the base of the wall, we saw bolts on the first two pitches we had planned to climb, and then no more bolts. We thought: “Let’s go and have a look, you never know.” Julia Trojan and I climbed the two pitches and understood why the first ascensionists had stopped there: there were no more holds. We also thought it would be a shame not to start a route completely from the ground up. I think that was the hardest moment for the whole team because we were starting to wonder whether we would actually find a line with holds… And we didn’t want to open an aid route. At that point, we said: “Let’s go farther right of Sangue Latino and see if we can find cracks or a line that looks obvious enough,” and we found it. We saw this huge chimney to the right of a pillar leading to a vertical wall. We went to the base and, when we saw the holds and the chimneys, we were so happy. And I don’t want to sound superstitious, but at the bottom of the route we found a beautiful flower, along with a crystal and a heart-shaped leaf. There were too many signs for us not to choose this route. That same afternoon, we spent four hours clearing a trail and, the following day, Gisely and Danielle Pinto started opening the route. More than twelve hours on the wall and around two new pitches per day: what did your daily routine actually look like during the opening? To open a new route on a big wall of this scale, you really, “really” have to love logistics. It’s a puzzle filled with problems that you have to solve all day long. I think the girls and I decided on the best possible strategy from the beginning. We formed two teams of two: Danielle & Gisely / Julia & Laura. Why? Because Gisely and I had the most big wall experience, while Julia and Danielle were really new to this type of climbing. So, in addition to opening new pitches every day, we were teaching them all the big wall techniques: ascending with jumars, hauling bags and the knots they needed to know. Our schedule was simple: one day working, then one day resting. When one team was on the wall, the other rested in the town of Nova Belém. We opened an average of two pitches per day and spent more than twelve hours on the wall. Once the day was over, we tried to leave everything properly set up for the girls coming the next day, and at 10 p.m. we would send each other WhatsApp voice messages to debrief on our progress and let the others know what was waiting for them. We were really well organised from the first day to the last and that saved us a lot of time. The headwall, between pitches 9 and 17, seems to have been the real crux of opening Sintonia. What made this section so complex? For all of us, the headwall, from pitch 9 to pitch 17, was really difficult to open. It took us longer because the climbing was very hard and we were really trying to imagine how each pitch could be climbed so that we could place the bolts in the right locations. The wall was also much more vertical, so it was much harder than the slabs at the beginning or the end. Seven pitches still remain to be freed. What do you currently know about the difficulty of Sintonia, and how did you progress through these sections while opening the route? So, Sintonia is an 800-meter route on the east face of the Brazilian big wall Pedra Baiana. It is a mix of hand cracks, chimneys, slabs and technical vertical climbing. There are seven pitches that we didn’t send and we think it is possible to free them, but it will be hard, around 8a+/8b, on small granite crystals. When we opened the route, we used a mix of free climbing and aid climbing. We used what they call “Negocinhos” in Brazil. They are like small hooks that we used between bolts when we couldn’t climb free. Before arriving in Brazil in June, I had absolutely no idea what a “Negocinho” was, although Gisely had already briefly told me about them. Imagine a small 4 cm metal bar with a loop at the end. We had two drill bits for our drill, one for the Negocinho and one for the bolts. The Negocinho bit was 6 mm, so it creates a tiny hole in the wall that you can barely see. A lot of Brazilians open their routes using Negocinhos, and other route developers gave us some to use on Baiana. They are particularly well suited to this terrain because the crystals are so fragile that normal hooks wouldn’t have been enough. We were trying to open the difficult pitches and, whenever the crystals seemed fragile, we reinforced some of them with transparent glue. It was on this headwall that you took a nine-meter fall, around 500 meters above the ground. What happened? This was without a doubt the scariest moment for everyone. My first mistake was that, that day, I had been opening for six hours, and that is really a problem. It was 30 degrees, I was dehydrated by the end and I should have stopped after three hours and let Julia take over. When you’re in the flow of opening, it’s hard to stop and you keep telling yourself that you’re about to find the right place for the belay. After finishing this 40-meter pitch, I finally reached a place where I could build the belay. I was three meters above my last bolt and I was on a Negocinho. You have to understand that a Negocinho only works when you put downward weight on it. If you push yourself backwards, there is nothing to hold it in place. So there I was, finally at the belay. There was a small overhang above me, so I leaned backwards to see where the route was going to go and, at that moment, the Negocinho popped out. I went flying backwards and fell nine meters. It was truly the worst fall of my life. I started crying and couldn’t breathe for a few seconds. I could hear Miya and Julia on the radio asking me how I was because they couldn’t see me. It was really horrible for them because, at that moment, they thought we were going to have to start a rescue operation, and we were already 500 meters up, in the middle of nowhere in Minas Gerais. After a few minutes, I was finally able to speak again and told them over the radio that everything was fine and that I just needed a moment. My helmet undoubtedly saved my life and I only had a tiny scratch. I thought I had broken it in half because the impact had been so violent, but I hadn’t. It’s a good lesson in route opening that I will never forget. I think that after two, or three hours maximum, you have to change leaders no matter what, otherwise it can become dangerous. Lesson learned for me. Achieving this first with an all-female team was at the heart of the project. What did that mean to you? Of course it was important. Last year, I learned that no big wall route had ever been opened by women in Brazil, and I thought that maybe it was time to change that. There are still major inequalities between men and women in Brazil and I knew that, if we succeeded, it could open new doors for Brazilian female climbers. I also think that, around the world, there are still very, very few women opening routes and today, thanks to this project, I realised just how capable we are of doing it too. So I hope our team was able to open new doors for women in Brazil, but also around the world, because I sincerely believe that we need it. Beyond the performance itself, your time in Nova Belém seems to have deeply shaped the adventure. What do you remember most about it? I think that, for me, the social side of this project will forever remain the most important part of this adventure. We were welcomed so warmly in the town of Nova Belém by the local authorities and all its residents. We really found a Brazilian family there and shared every moment we were experiencing up there with them. When we finished our ascent, we still had a few days left in town and we were invited to speak to the children at the school. We all thought we were going to speak to a small class of 30 students and, when we arrived, we found ourselves in front of 200 students with stars in their eyes as they looked at us. Once again, the tears just started flowing. It was a moment frozen in time that showed us directly the impact of our ascent. It was truly magical and that moment will stay with me forever. On August 20 at 4:30 p.m., all five of you finally stood on the summit. What did you feel at that moment? We were so happy and so proud of ourselves for having done it. That day, all the way to the summit, was the only day when we were all climbing together and moving upwards at the same time. It was a perfect moment of harmony, of “Sintonia”, with the whole team working hand in hand to reach this long-awaited summit. We also arrived just in time for an incredible sunset, which was exactly what we wanted. We stayed up there for about an hour and a half and were able to appreciate every minute of that moment. It went by so quickly. Now that Sintonia exists, what would you like to see happen on the route? I sincerely hope that lots of climbers will come and repeat at least “Perfeita Sintonia”, which is the ninth pitch of Sintonia, with a maximum grade of 7a+. I hope this will allow lots of climbers who dream of climbing Pedra Baiana to have their first experience on this big wall and maybe sleep on the huge ledge at the eighth pitch. I’m also really excited to see whether climbers will be motivated to come and free the whole route. I’ll be the first to support them in their attempts and I really hope there will be women on that team! For now, I have other plans in mind for 2027, but Brazil is special and I definitely plan to return one day for new adventures. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Louna Ladevant réalise la 5e répétition d’Ego Land 8c/+

    Louna Ladevant a réalisé le 13 août 2026 la cinquième répétition d’Ego Land, une grande voie de 410 mètres située dans le massif de la Marmolada di Ombretta, au cœur des Dolomites italiennes. Cotée jusqu’à 8c/+, cette ligne ouverte en 2024 combine escalade sportive, terrain d’aventure et engagement à plus de 2 800 mètres d’altitude. ©️Arthur Delicque Ego Land, une grande voie encore confidentielle Ouverte début août 2024 par les Italiens Max Faletti et Berni Rivadoissi, Ego Land s’est rapidement distinguée par son profil particulièrement complet. Quelques semaines seulement après son ouverture, Berni Rivadoissi et Luca Bana réalisaient la première répétition et libéraient intégralement la voie. Depuis, la ligne a attiré plusieurs grimpeurs de premier plan. Edu Marin et Marcello Bombardi signaient la deuxième répétition en août 2025, avant qu’Adam Ondra ne s’y attaque en juin 2026. Le 16 juillet, c’était au tour d’Enzo Oddo de répéter et libérer Ego Land. Louna Ladevant face à 410 mètres d’escalade Pour cette ascension, Louna Ladevant était accompagné de son frère Tristan Ladevant. Ensemble, ils ont affronté les 10 longueurs et 410 mètres de la voie, avec une difficulté maximale annoncée à 8c/+. La première partie présente un équipement relativement rapproché et des difficultés particulièrement soutenues : 7b+, 8a, 8c/+ et 8b+. Mais Ego Land change ensuite radicalement de registre. Du sport au trad, une voie en deux visages Les dernières longueurs se déroulent en escalade traditionnelle, avec un équipement à compléter par ses propres protections. Les cotations restent élevées — 8a, 8a, 7c, 7c, 7b et 6c — tandis que l'engagement augmente nettement. Cette transition entre escalade sportive et terrain d'aventure constitue l'une des particularités majeures de la voie. La difficulté physique et technique des longueurs s'ajoute ainsi à la nécessité de gérer l'assurage et la progression dans un environnement de haute montagne. C'est précisément cette combinaison qui a retenu l'attention de Louna Ladevant. « Bravo aux ouvreurs pour avoir imaginé cette ligne remarquable par la qualité du rocher, la difficulté, l’engagement et la diversité de l’escalade qu’elle propose. Une véritable King Line ! » ©️Arthur Delicque Une ascension de plus de onze heures Les conditions météorologiques ont également compliqué le projet. Les fenêtres permettant de s'engager dans la voie étaient limitées, laissant peu de marge à la cordée. Louna Ladevant a finalement libéré Ego Land le 13 août 2026, après plus de onze heures d'escalade, avec une arrivée au sommet à la frontale. L'ascension les a conduits à plus de 2 800 mètres d'altitude, dans le massif de la Marmolada di Ombretta. Tristan Ladevant a également joué un rôle important dans cette réalisation en accompagnant son frère dans son travail de la voie, et notamment en "remagnésiant" certains passages clés. Une partie réalisée à vue Louna n'a par ailleurs pas travaillé l'ensemble des difficultés dans les mêmes conditions. Faute de créneaux météorologiques suffisants, il a réalisé la deuxième moitié de la voie à vue, sans l'avoir préalablement travaillée ou répétée. Cette performance ajoute une dimension supplémentaire à une ascension déjà exigeante par sa longueur, son altitude et son engagement. ©️Arthur Delicque Dans la continuité de Wogü Cette nouvelle réalisation s'inscrit dans le parcours de Louna et Tristan Ladevant sur les grandes voies alpines difficiles. En 2023, Louna avait notamment libéré Wogü, une grande voie particulièrement exigeante située dans le Rätikon suisse. Ego Land représente une nouvelle étape dans cette recherche de lignes combinant difficulté technique et engagement en montagne. Le choix de la Marmolada n'est donc pas anodin : le massif dolomitique offre un terrain où l'escalade de haut niveau se confronte directement aux contraintes de l'environnement alpin. Une nouvelle référence dans les Dolomites ? Avec ses 410 mètres, 10 longueurs et une cotation maximale de 8c/+, Ego Land s'impose progressivement comme l'une des grandes lignes modernes de la Marmolada di Ombretta. La performance de Louna Ladevant confirme surtout l'intérêt d'une voie qui ne se résume pas à sa cotation maximale : pour la libérer intégralement, il faut conjuguer niveau technique, endurance, gestion de l'engagement et expérience de la grande voie en altitude. Après Adam Ondra et Enzo Oddo, la Française inscrit donc à son tour son nom dans l'histoire récente d'Ego Land. Et au vu du profil de la ligne, cette cinquième répétition pourrait bien contribuer à le faire connaître davantage au-delà des Dolomites. ©️Arthur Delicque ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Laura Rogora réalise Bibliographie 9b+ : elle nous raconte

    ➡️ You can find the Italian version of this article right here. À Céüse, Laura Rogora vient de franchir un nouveau cap dans l’histoire de l’escalade féminine en enchaînant Bibliographie, 9b+, en seulement six jours de travail. Une performance aussi rapide qu’inattendue, née d’un séjour qui ne devait être qu’une simple découverte de deux jours. Pour GrimpActu, la grimpeuse italienne revient en détail sur cette ascension, sa préparation, ses méthodes et l’importance du collectif qui l’a accompagnée. @Jan Novak Six jours pour transformer une découverte en 9b+ Il y a parfois des projets qui se dessinent avant même qu’on ait décidé de les commencer. Pour Laura Rogora, Bibliographie en est l’exemple parfait. Lorsqu’elle arrive à Céüse, l’Italienne ne sait pas encore ce qui l’attend. Elle n’a jamais essayé une voie de ce niveau et ne sait pas si la mythique ligne de la falaise française sera simplement difficile, ou totalement hors de portée. Le programme est d’ailleurs très différent de celui qui s’écrira quelques jours plus tard : deux journées pour découvrir la voie, comprendre ses mouvements, puis poursuivre le voyage vers d’autres falaises françaises. Mais dès les premiers essais, quelque chose change. Laura parvient à réaliser les mouvements des différentes sections et ne rencontre pas de passage qui lui semble totalement inaccessible. Ce constat, aussi simple soit-il, constitue le premier déclic. Elle ne sait pas encore combien de temps il lui faudra pour enchaîner la voie, mais une certitude commence à émerger : physiquement, le projet est peut-être à sa portée. « Dès les premiers essais, je me suis sentie étonnamment bien dans les différentes sections. Je pouvais faire les mouvements et je n’avais pas l’impression qu’une section était complètement impossible pour moi », explique-t-elle. Après seulement deux jours, le scénario initial n’a déjà plus beaucoup de sens. Pourquoi quitter Céüse alors que les progrès sont rapides et que la voie commence à se dessiner ? Le séjour d’exploration devient alors un véritable projet. Et six jours après son arrivée sur la ligne, Laura clippe le relais de Bibliographie. Une progression rapide, mais pas improvisée La vitesse avec laquelle Laura Rogora a réalisé Bibliographie constitue évidemment l’un des éléments les plus impressionnants de sa performance. Plusieurs des meilleurs grimpeurs de la planète ont consacré de nombreuses journées à cette voie. Elle n'en aura eu besoin que de six. Pour autant, la grimpeuse ne cherche pas à réduire cette réussite à une question de forme physique. Elle évoque plutôt une combinaison de facteurs : sa condition du moment, son expérience du haut niveau en falaise, sa capacité à essayer des mouvements difficiles, à tomber, à changer de méthode et surtout à s’adapter rapidement. Mais un élément semble avoir joué un rôle déterminant : la vitesse à laquelle elle a cerné la voie. « Je pense que le facteur le plus important a probablement été la vitesse à laquelle j’ai compris la voie. J’ai trouvé assez tôt des méthodes qui fonctionnaient bien pour moi et je n’ai pas eu besoin de consacrer beaucoup d’essais à comprendre les différentes sections.» Une fois les morceaux du puzzle assemblés, le travail change de nature. Il ne s’agit plus de découvrir Bibliographie, mais de réussir à enchaîner l’ensemble. Une méthode personnelle dans le crux Laura a bien regardé certaines vidéos d’autres grimpeurs ayant travaillé la voie. Mais lorsqu’il s’agit de son propre passage dans les sections les plus difficiles, elle ne s’est pas contentée de reproduire les méthodes existantes. Pour les deux crux, elle a notamment développé une méthode différente. Cette capacité à construire sa propre méthode fait partie intégrante de son expérience. Depuis son premier 9b, réalisé en 2020, la grimpeuse a accumulé plusieurs années de pratique du très haut niveau en falaise. Son approche a nécessairement évolué. « Maintenant, j’ai beaucoup plus d’expérience en escalade difficile en extérieur. Je connais mieux mon corps, je sais mieux comment aborder un projet difficile, gérer mes essais et, probablement le plus important, rester calme quand quelque chose ne fonctionne pas immédiatement. » Une expérience qui permet aussi de ne pas surinterpréter les échecs. Sur une voie de cette difficulté, tomber sur un mouvement ne signifie pas nécessairement que le projet est hors de portée. Le sixième jour, toutes les pièces sont en place Le jour de l’enchaînement, Laura n’a pourtant aucune garantie. Elle sait qu’elle possède les mouvements. Elle connaît parfaitement ses méthodes. Elle se sent bien physiquement dès l’échauffement. Mais Bibliographie reste un 9b+ : une voie dans laquelle la moindre erreur peut suffire à faire basculer un essai. Le déclic arrive lorsqu’elle franchit le premier crux. « Quand j’ai passé le premier crux, j’ai su que c’était possible. Je me suis bien reposée et tout s’est déroulé sans problème jusqu’en haut. » Une fois la première difficulté majeure passée, il reste encore à grimper jusqu’au relais. Mais cette fois, Laura possède ce qu’elle cherchait depuis son arrivée à Céüse : l’ensemble des méthodes nécessaires pour réaliser la voie. Le sixième jour, le projet devient réalité. Derrière les six jours, des mois de préparation La performance pourrait facilement être résumée à un chiffre : six jours. Mais cette lecture serait incomplète. Si Laura a pu aborder Bibliographie avec ce niveau d’efficacité, c’est aussi parce que le travail avait commencé bien avant son arrivée à Céüse. Son entraîneur, Alessandro Marrocchi, a joué un rôle central dans cette préparation. « Une grande partie du travail se fait avant d’arriver à la falaise. Les six jours sur Bibliographie étaient en réalité le résultat d’une préparation beaucoup plus longue. » Préparation physique, travail technique et construction de la capacité à performer sur des mouvements de très haute difficulté : l’ascension finale n’est donc que la partie visible d’un processus beaucoup plus long. Une ascension collective Il y a cependant une autre dimension que Laura tient particulièrement à mettre en avant. Dans son message publié après l’ascension, elle parle d’un « group send ». Une formule qui résume l’importance de toutes les personnes présentes autour d’elle pendant cette semaine. Marco Marotta l’a notamment accompagnée tout au long du projet et assuré Laura lors de tous ses essais. Mais il a dû quitter Céüse la veille de l’enchaînement. Le lendemain, un autre groupe a pris le relais. « Heureusement, j’ai trouvé un super groupe à Céüse qui a continué à maintenir l’ambiance et m’a encouragée pendant l’enchaînement. Je dois vraiment les remercier de m’avoir aidée à terminer ce projet. » La performance reste évidemment individuelle : c’est Laura qui doit effectuer chacun des mouvements de Bibliographie. Mais autour de la corde, l’atmosphère, les encouragements et la confiance jouent un rôle que les images de l’ascension ne permettent pas toujours de mesurer. Une troisième femme dans le 9b+ Avec Bibliographie, Laura Rogora rejoint également un cercle extrêmement restreint : celui des femmes ayant réalisé une voie cotée 9b+. Pourtant, cette dimension historique n’était pas dans sa tête lorsqu’elle travaillait la voie. « Quand je grimpais Bibliographie, je ne pensais pas à devenir la troisième femme à grimper du 9b+. Je pensais à grimper cette voie. C’était d’abord un défi personnel. » Elle mesure néanmoins la portée plus large de cette performance. « Le fait que cela ait une signification plus large pour l’escalade féminine est quelque chose dont je suis vraiment fière, mais ma motivation venait du projet lui-même. » Laura Rogora : « Je veux profiter de celle-ci » La question de la suite pourrait presque sembler inévitable. Après un 9b+ réalisé en seulement six jours, faut-il immédiatement chercher plus dur ? Laura, elle, refuse pour l’instant de céder à cette logique. « Je ne veux pas immédiatement me mettre la pression pour trouver quelque chose de plus difficile, mais cela me donne beaucoup de confiance et de motivation pour continuer à explorer ce que je peux faire sur le rocher. » Après plusieurs années consacrées à la compétition, puis un investissement toujours plus important dans l’escalade en falaise, Bibliographie représente ainsi moins une conclusion qu'une nouvelle indication de ce dont Laura est capable. Pour l’heure, elle préfère simplement savourer cette réussite. « Pour l’instant, je veux profiter de celle-ci. Ensuite, je suis sûre qu’un autre projet arrivera. » Et après avoir transformé en six jours un simple séjour de découverte à Céüse en l’une des ascensions les plus rapides jamais réalisées à ce niveau, difficile d’imaginer que la suite ne sera pas, elle aussi, particulièrement incroyable. Laura Rogora realizza Bibliographie 9b+: ce lo racconta A Céüse, Laura Rogora ha appena raggiunto un nuovo traguardo nella storia dell’arrampicata femminile, concatenando Bibliographie, 9b+, in soli sei giorni di lavoro. Una prestazione tanto rapida quanto inaspettata, nata da un soggiorno che avrebbe dovuto essere soltanto una semplice scoperta di due giorni. Per GrimpActu, la climber italiana racconta nel dettaglio questa salita, la sua preparazione, i suoi metodi e l’importanza del gruppo che l’ha accompagnata. Sei giorni per trasformare una scoperta in un 9b+ A volte ci sono progetti che prendono forma ancora prima di aver deciso di iniziarli. Per Laura Rogora, Bibliographie ne è l’esempio perfetto. Quando arriva a Céüse, l’italiana non sa ancora cosa l’aspetta. Non ha mai provato una via di questo livello e non sa se la mitica linea della falesia francese sarà semplicemente molto difficile o completamente fuori dalla sua portata. Il programma, del resto, è molto diverso da quello che si sarebbe scritto pochi giorni dopo: due giornate per scoprire la via, comprenderne i movimenti e poi proseguire il viaggio verso altre falesie francesi. Ma fin dai primi tentativi, qualcosa cambia. Laura riesce a realizzare i movimenti delle diverse sezioni e non incontra alcun passaggio che le sembri completamente inaccessibile. Questa constatazione, per quanto semplice, rappresenta il primo punto di svolta. Non sa ancora quanto tempo le servirà per concatenare la via, ma inizia a emergere una certezza: fisicamente, il progetto potrebbe essere alla sua portata. «Fin dai primi tentativi mi sono sentita sorprendentemente bene nelle diverse sezioni. Riuscivo a fare i movimenti e non avevo l’impressione che ci fosse una sezione completamente impossibile per me», racconta. Dopo appena due giorni, lo scenario iniziale non ha più molto senso. Perché lasciare Céüse quando i progressi sono così rapidi e la via comincia a prendere forma? Il soggiorno esplorativo diventa così un vero progetto. E sei giorni dopo essere arrivata sulla linea, Laura moschettona la catena di Bibliographie. Una progressione rapida, ma tutt’altro che improvvisata La velocità con cui Laura Rogora ha realizzato Bibliographie è ovviamente uno degli aspetti più impressionanti della sua prestazione. Diversi tra i migliori climber del pianeta hanno dedicato numerose giornate a questa via. Lei ne ha avuto bisogno soltanto di sei. La climber, però, non cerca di ridurre questo risultato a una semplice questione di forma fisica. Parla piuttosto di una combinazione di fattori: la sua condizione del momento, l’esperienza maturata ai massimi livelli in falesia, la capacità di provare movimenti difficili, cadere, cambiare metodo e soprattutto adattarsi rapidamente. Ma un elemento sembra aver avuto un ruolo determinante: la velocità con cui ha capito la via. «Penso che il fattore più importante sia stato probabilmente la velocità con cui ho capito la via. Ho trovato abbastanza presto dei metodi che funzionavano bene per me e non ho avuto bisogno di dedicare molti tentativi a comprendere le diverse sezioni.» Una volta ricomposti i pezzi del puzzle, il lavoro cambia natura. Non si tratta più di scoprire Bibliographie, ma di riuscire a concatenare l’intera via. Un metodo personale nei crux Laura ha guardato alcuni video di altri climber che avevano lavorato sulla via. Ma quando si è trattato di affrontare le sezioni più difficili, non si è limitata a riprodurre i metodi già esistenti. Per i due crux, in particolare, ha sviluppato un metodo diverso. Questa capacità di costruire il proprio metodo fa parte integrante della sua esperienza. Dal suo primo 9b, realizzato nel 2020, la climber ha accumulato diversi anni di pratica ai massimi livelli in falesia. Il suo approccio è quindi inevitabilmente cambiato. «Ora ho molta più esperienza nell’arrampicata difficile outdoor. Conosco meglio il mio corpo, so meglio come affrontare un progetto difficile, gestire i miei tentativi e, probabilmente la cosa più importante, rimanere calma quando qualcosa non funziona subito.» Un’esperienza che permette anche di non interpretare troppo i fallimenti. Su una via di questa difficoltà, cadere su un movimento non significa necessariamente che il progetto sia fuori portata. Il sesto giorno, tutti i pezzi sono al loro posto Il giorno della salita, Laura non ha comunque alcuna garanzia. Sa di avere i movimenti. Conosce perfettamente i suoi metodi. Si sente bene fisicamente già durante il riscaldamento. Ma Bibliographie resta un 9b+: una via in cui il minimo errore può essere sufficiente a compromettere un tentativo. La svolta arriva quando supera il primo crux. «Quando ho superato il primo crux, ho capito che era possibile. Mi sono riposata bene e da lì in poi è andato tutto senza problemi fino in catena.» Una volta superata la prima grande difficoltà, resta ancora da arrampicare fino alla catena. Ma questa volta Laura possiede ciò che cercava dal suo arrivo a Céüse: tutti i metodi necessari per realizzare la via. Il sesto giorno, il progetto diventa realtà. Dietro i sei giorni, mesi di preparazione La prestazione potrebbe essere facilmente riassunta con un numero: sei giorni. Ma sarebbe una lettura incompleta. Se Laura ha potuto affrontare Bibliographie con questo livello di efficacia, è anche perché il lavoro era iniziato molto prima del suo arrivo a Céüse. Il suo allenatore, Alessandro Marrocchi, ha avuto un ruolo centrale in questa preparazione. «Gran parte del lavoro viene svolto prima di arrivare in falesia. I sei giorni su Bibliographie erano in realtà il risultato di una preparazione molto più lunga.» Preparazione fisica, lavoro tecnico e sviluppo della capacità di esprimersi su movimenti di altissima difficoltà: la salita finale è quindi soltanto la parte visibile di un processo molto più lungo. Una salita collettiva C’è però un’altra dimensione che Laura tiene particolarmente a sottolineare. Nel suo messaggio pubblicato dopo la salita, parla di un “group send”. Un’espressione che riassume l’importanza di tutte le persone presenti intorno a lei durante quella settimana. Marco Marotta l’ha accompagnata per tutta la durata del progetto e ha fatto sicura a Laura durante tutti i suoi tentativi. Ma ha dovuto lasciare Céüse il giorno prima della salita. Il giorno successivo, un altro gruppo ha preso il suo posto. «Fortunatamente, ho trovato un gruppo fantastico a Céüse che ha continuato a mantenere l’atmosfera positiva e mi ha incoraggiata durante la salita. Devo davvero ringraziarli per avermi aiutata a portare a termine questo progetto.» La prestazione resta ovviamente individuale: è Laura a dover eseguire ogni singolo movimento di Bibliographie. Ma intorno alla corda, l’atmosfera, gli incoraggiamenti e la fiducia giocano un ruolo che le immagini della salita non permettono sempre di percepire. Laura Rogora è la terza donna nel 9b+ Con Bibliographie, Laura Rogora entra anche in un circolo estremamente ristretto: quello delle donne che hanno realizzato una via di grado 9b+. Eppure, questa dimensione storica non era nei suoi pensieri mentre lavorava sulla via. «Quando arrampicavo Bibliographie, non pensavo a diventare la terza donna a scalare un 9b+. Pensavo a scalare questa via. Prima di tutto era una sfida personale.» Laura riconosce comunque la portata più ampia di questa prestazione. «Il fatto che abbia un significato più ampio per l’arrampicata femminile è qualcosa di cui sono davvero orgogliosa, ma la mia motivazione nasceva dal progetto stesso.» Laura Rogora: «Voglio godermi questa salita» La domanda sul futuro potrebbe sembrare quasi inevitabile. Dopo un 9b+ realizzato in soli sei giorni, bisogna cercare immediatamente qualcosa di più difficile? Laura, però, per il momento rifiuta questa logica. «Non voglio mettermi subito pressione per trovare qualcosa di più difficile, ma questo mi dà molta fiducia e motivazione per continuare a esplorare ciò che posso fare sulla roccia.» Dopo diversi anni dedicati alle competizioni, seguiti da un investimento sempre maggiore nell’arrampicata outdoor, Bibliographie rappresenta quindi meno una conclusione che una nuova indicazione di ciò che Laura è capace di fare. Per il momento, preferisce semplicemente godersi questo risultato. «Per ora voglio godermi questa salita. Poi sono sicura che arriverà un altro progetto.» E dopo aver trasformato in soli sei giorni un semplice soggiorno esplorativo a Céüse in una delle salite più rapide mai realizzate a questo livello, è difficile immaginare che il seguito non sarà altrettanto sorprendente. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Simond rappelle plusieurs dégaines d'escalade ALPINISM et VERTIKA

    Simond a annoncé ce mercredi 5 août le rappel mondial de plusieurs modèles de dégaines ALPINISM et VERTIKA commercialisés entre le 1er janvier 2022 et le 23 juillet 2026. Le fabricant a identifié un défaut de fabrication sur certains mousquetons Rocky Fil pouvant compromettre leur résistance en cas de chute. Les utilisateurs concernés sont invités à contrôler immédiatement leur matériel avant toute nouvelle utilisation. L'information concerne un équipement de protection individuelle (EPI), utilisé quotidiennement par les grimpeurs.euses en falaise comme en grande voie. En raison du risque potentiel pour la sécurité des utilisateurs, Simond demande à tous les propriétaires des dégaines concernées de procéder à une inspection de leurs mousquetons en suivant la procédure officielle de contrôle. Un défaut identifié sur les mousquetons Rocky Fil Selon les informations communiquées par Simond, le problème provient du rivetage de la gâchette fil (wire gate) de certains mousquetons Rocky Fil équipant les dégaines ALPINISM et VERTIKA. Le fabricant explique avoir identifié un défaut d'assemblage du rivet. Dans certains cas, ce défaut peut provoquer la rupture de la gâchette fil et entraîner un risque de défaillance du mousqueton lors d'une chute. Visuellement, Simond précise qu'un rivet conforme présente une extrémité arrondie en forme de « champignon », tandis qu'un rivet défectueux possède une extrémité plate. Compte tenu du rôle essentiel d'un mousqueton dans la chaîne d'assurage, le fabricant a choisi de lancer une campagne de rappel à l'échelle internationale. Quels produits sont concernés ? Le rappel concerne les dégaines ALPINISM et VERTIKA achetées entre le 1er janvier 2022 et le 23 juillet 2026. Les références concernées sont : Alpinism Quickdraw 11 cm (4051175 / 8589547) Alpinism Quickdraw 17 cm (4051176 / 8589548) Pack de 5 Alpinism Quickdraws (4171656 / 8608405) Vertika Quickdraw 11 cm (5499689 / 8935765) Vertika Quickdraw 17 cm (5500194 / 8935909) Les grimpeurs possédant l'un de ces modèles sont invités à ne pas poursuivre leur utilisation sans avoir effectué les vérifications demandées. Que doivent faire les utilisateurs ? Avant toute nouvelle sortie, Simond demande aux utilisateurs concernés de : inspecter visuellement les mousquetons ; tester leur fonctionnement conformément à la procédure officielle ; comparer l'aspect du rivet avec les exemples fournis par le fabricant. En cas de doute, il est recommandé de cesser immédiatement d'utiliser la dégaine et de contacter le service dédié mis en place par Simond. Parallèlement à ce rappel, la marque indique avoir engagé plusieurs actions afin d'informer le plus grand nombre d'utilisateurs : contact direct des acheteurs identifiés ; campagne d'information sur ses canaux de communication ; affichage dans les magasins Decathlon. Un rappel qui concerne un équipement de protection individuelle Les dégaines font partie des équipements de protection individuelle (EPI) utilisés pour assurer la progression et la sécurité des grimpeurs. Toute défaillance potentielle d'un mousqueton peut avoir des conséquences graves en cas de chute. Ce type de rappel reste relativement rare dans le secteur de l'escalade, où les fabricants mettent généralement en place des procédures de contrôle qualité particulièrement strictes. Lorsqu'un défaut susceptible d'affecter la sécurité est identifié, la procédure consiste à informer rapidement les utilisateurs et à retirer les produits concernés du marché. Les grimpeurs possédant une dégaine ALPINISM ou VERTIKA achetée durant la période concernée ont donc tout intérêt à effectuer les vérifications demandées avant toute nouvelle utilisation. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • ONOS : l'association de l'Oisans qui fait vivre l'héritage de Jean-Michel Cambon

    Des centaines de grandes voies ouvertes par Jean-Michel Cambon serpentent encore aujourd'hui dans les parois de l'Oisans et des Écrins. Pour des milliers de grimpeurs, elles sont devenues des classiques. Mais derrière ces lignes mythiques se cache une réalité souvent ignorée : sans entretien, aucune voie n'est éternelle. Après la disparition de l'ouvreur en 2020, il fallait éviter que cet héritage exceptionnel ne se dégrade. C'est de cette nécessité qu'est née, un an plus tard, l'association Oisans Nouveau Oisans Sauvage (ONOS), devenue en quelques années l'un des principaux acteurs du rééquipement des grandes voies du massif. Certains ouvreurs laissent bien plus que des voies derrière eux : ils façonnent durablement un territoire. Jean-Michel Cambon fait partie de ceux-là. Disparu en mars 2020 lors d'un accident d'équipement, celui que beaucoup surnommaient le « Poinçonneur des parois » a ouvert et entretenu plusieurs centaines de grandes voies dans l'Oisans et les Écrins. Son travail a profondément marqué ces massifs, où ses itinéraires comptent aujourd'hui parmi les plus parcourus. Mais un tel héritage ne peut survivre sans entretien. Les ancrages vieillissent, le rocher évolue, les relais se dégradent et certaines lignes deviennent progressivement plus exposées. Sans un suivi régulier, une partie de ces itinéraires emblématiques risquait de disparaître ou de ne plus pouvoir être parcourue dans de bonnes conditions. C'est pour relever ce défi qu'est née, en 2021, l'association Oisans Nouveau Oisans Sauvage (ONOS). Sa mission est simple en apparence, mais immense sur le terrain : préserver les grandes voies de Jean-Michel Cambon en les rééquipant lorsque cela est nécessaire, tout en respectant fidèlement l'esprit de leur ouverture. Une association née d'un choc collectif Lorsque Jean-Michel Cambon disparaît au printemps 2020, c'est toute la communauté locale qui est bouleversée. Au-delà de la perte d'une figure majeure de l'activité, c'est surtout la disparition de celui qui entretenait, documentait et surveillait des milliers de longueurs qui inquiète. « Que vont devenir toutes ces voies ? » Cette question revient immédiatement chez ses proches. Sans entretien, les spits vieillissent, les relais se dégradent et certains itinéraires risquent peu à peu de devenir dangereux. Pour beaucoup, laisser cet héritage se détériorer était inconcevable. L'histoire d'ONOS commence presque par hasard. Après la disparition de Jean-Michel Cambon, un appel aux dons est lancé afin de financer une stèle en son hommage à Ailefroide. La générosité de la communauté dépasse largement les besoins du projet. Les proches de JMC décident alors d'utiliser le surplus pour acheter du matériel de rééquipement et remettre en état une première grande voie : Nous partirons dans l'Ivresse, à la Meije. Cette première initiative agit comme un déclencheur. Très vite, d'autres grimpeurs proposent leur aide, d'autres projets émergent et un collectif informel voit le jour. Devant l'enthousiasme suscité, la création d'une structure officielle devient une évidence. En 2021 naît Oisans Nouveau Oisans Sauvage, un nom directement inspiré des célèbres topos de Jean-Michel Cambon. Dans le même temps, l'association Topos Cambon, reprise par une partie de sa famille, poursuit la publication et la mise à jour de ses ouvrages. Une partie des bénéfices est reversée chaque année à ONOS afin de financer le matériel nécessaire au rééquipement. Passer du travail d'un homme à une organisation collective Si l'idée paraît simple sur le papier, sa mise en œuvre est un véritable défi. Pendant des décennies, Jean-Michel Cambon gérait quasiment seul l'entretien de ses itinéraires. Désormais, il faut répartir ce travail entre plusieurs dizaines de bénévoles, organiser les chantiers, suivre l'état de centaines de voies et conserver une vision globale du massif. Les premiers mois sont consacrés à un immense travail d'inventaire. Les bénévoles repartent des carnets manuscrits de JMC, recensent les secteurs prioritaires et créent ce qu'ils appellent aujourd'hui « le Grand Tableau », une base de données qui centralise les voies nécessitant une intervention et permet de hiérarchiser les futurs chantiers. Parallèlement, l'association met en place une véritable organisation : conseil d'administration, réunions régulières, outils collaboratifs, points de stockage du matériel dans l'Isère et les Hautes-Alpes, sans oublier une charte de rééquipement destinée à harmoniser les pratiques de tous les bénévoles. Aujourd'hui, ONOS travaille en lien étroit avec les refuges, les guides, le Parc national des Écrins, les collectivités locales et les associations locales afin de coordonner les interventions sur l'ensemble du territoire. Cette montée en puissance ne raconte pourtant qu'une partie de l'histoire. Car pour ONOS, l'enjeu n'est pas seulement de remplacer des ancrages : chaque intervention soulève une question plus fondamentale, celle du respect de l'œuvre des ouvreurs. Rééquiper sans dénaturer : toute la philosophie d'ONOS Remplacer un goujon ne consiste pas simplement à percer un nouveau trou dans la paroi. Chaque intervention pose une question essentielle : jusqu'où peut-on améliorer la sécurité sans modifier l'expérience imaginée par l'ouvreur ? Pour répondre à cette problématique, ONOS distingue deux notions fondamentales : l'exposition et l'engagement. L'exposition correspond au danger objectif : risque de retour au sol, chute sur une vire ou sur un relais. Sur ce point, l'association est claire : ces situations doivent être supprimées autant que possible. L'engagement, en revanche, fait partie intégrante de nombreuses grandes voies historiques. Espacement des points, impossibilité de faire demi-tour facilement, nécessité de garder son sang-froid... autant d'éléments qui participent à l'identité d'un itinéraire. L'objectif n'est donc pas de transformer une voie alpine en falaise école, mais de garantir que les protections existantes remplissent encore leur rôle. Les anciens ancrages sont remplacés par des goujons inox modernes, tout en respectant autant que possible le tracé et la philosophie de l'ouverture. Avant toute intervention, les ouvreurs encore vivants sont d'ailleurs consultés lorsque cela est possible, afin que leurs intentions soient respectées. Les équipes s'appuient également sur les recommandations techniques de l'UIAA et privilégient systématiquement l'utilisation d'ancrages en inox 316L, plus durables et mieux adaptés aux conditions de montagne Un travail colossal, souvent invisible En 2025, l'association franchit un nouveau cap. Elle rassemble désormais plus de 100 adhérents, dont environ 60 bénévoles actifs sur le terrain. Au cours de l'année, près de 1 200 points d'ancrage et une centaine de relais inox sont fournis aux équipes de rééquipement. Au total, 19 grandes voies, représentant près de 120 longueurs, retrouvent une nouvelle jeunesse. Parmi les chantiers les plus marquants figure Les Toboggans de l'Apocalypse, à Pont Escoffier : 23 longueurs, plus de 200 points remplacés, quinze jours de travail et seize bénévoles mobilisés. Autre chantier emblématique, Le Poing du Paria, au vallon de la Moulette, ou encore la remise en état de classiques incontournables comme La Petite Main, à l'Aiguille Dibona, ou Le Sacre du Printemps, au Pilier Rouge de Chardillon. Dans les coulisses d'un rééquipement : Le jour d'un rééquipement commence rarement au pied de la falaise. Il débute souvent plusieurs heures plus tôt, avec un sac chargé de perforateurs, de goujons, de forets et de cordes statiques sur les épaules. Après une longue marche d'approche, les bénévoles s'élèvent dans la paroi, parfois pour plusieurs jours. Suspendus sur leurs cordes, ils inspectent chaque ancrage, évaluent l'état du rocher, retirent les anciens spits avant de poser les nouveaux. À mesure que les heures passent, ils ne découvrent plus seulement une voie : ils finissent par en connaître chaque longueur, chaque relais et presque chaque aspérité. Derrière cette immersion dans la paroi se cache pourtant une organisation particulièrement rigoureuse. Chaque chantier fait l'objet de plusieurs semaines, voire plusieurs mois de préparation. Tout commence par un signalement. Un grimpeur, un guide ou un gardien de refuge alerte l'association sur l'état d'une voie : goujons vieillissants, relais dégradés, bloc instable ou éboulement récent. Les informations sont ensuite croisées avec les référents locaux avant de décider si une intervention est nécessaire. Si le projet est retenu, ONOS lance un appel à bénévoles. Un porteur de projet est désigné, les autorisations administratives sont demandées lorsque la voie se situe dans le cœur du Parc national des Écrins, la logistique est organisée — parfois jusqu'à prévoir un héliportage du matériel — puis l'association fournit tout l'équipement : perforateurs, forets, cordes statiques, goujons, plaquettes ou encore relais. Le chantier lui-même peut durer une journée… ou plusieurs semaines selon la longueur de la voie, son accès et les conditions météo. Une fois le travail terminé, les bénévoles rédigent un rapport détaillé afin que les informations puissent être archivées, transmises aux auteurs des Topos Cambon et diffusées auprès de la communauté. « On ne fait plus que passer, on habite la face » Au-delà de l'aspect technique, le rééquipement est souvent vécu comme une expérience profondément humaine. Ludivine, bénévole au sein d'ONOS, raconte le lien particulier qui se crée avec une voie lorsque l'on y passe plusieurs jours suspendu dans la paroi. « Rééquiper une voie, c'est un peu comme entrer en conversation intime avec la paroi. On ne fait plus que passer, on habite la face. À force d'analyser la voie, de compter les points et d'identifier les emplacements idéaux pour les nouveaux goujons, on finit par connaître chaque grain de roche. » Parmi les souvenirs les plus marquants figure Sentinelle Rouge, immense itinéraire de 400 mètres dominant le Valgaudemar. Quatre jours de travail répartis sur deux interventions auront été nécessaires avant qu'un violent orage n'éclate lors de la longue descente de nuit. « Aujourd'hui, quand je repense à Sentinelle Rouge, je ne vois pas seulement une ligne sécurisée. Je revois nos visages trempés, j'entends le tonnerre et je ressens cette satisfaction profonde d'avoir rendu cette voie magnifique à la communauté. » Adrien partage ce sentiment après le chantier du Poing du Paria. Entre les efforts physiques, les discussions sur les choix de rééquipement et les moments de partage, ces interventions créent un attachement particulier aux voies entretenues. Le topo papier, un acteur essentiel du rééquipement Le fonctionnement d'ONOS repose sur un modèle original. Contrairement à beaucoup d'associations, la principale source de financement ne provient pas des cotisations. Environ 70 % des recettes sont issues des bénéfices réalisés par l'association Topos Cambon, qui poursuit l'édition et la mise à jour des célèbres topos de Jean-Michel Cambon. Les ventes permettent ensuite de financer l'achat du matériel nécessaire au rééquipement. Les adhésions et les dons représentent les 30 % restants. Au total, près de 90 % des dépenses de l'association sont directement consacrées à l'achat du matériel utilisé sur les chantiers. Un fonctionnement qui rappelle une réalité parfois oubliée : acheter un topo ne sert pas seulement à trouver une voie. C'est aussi contribuer concrètement à l'entretien du patrimoine vertical. Une collaboration avec l'ensemble des acteurs de la montagne Aucun chantier ne pourrait voir le jour sans un important travail de concertation. ONOS travaille aujourd'hui avec les gardiens de refuges, les bureaux des guides, les communes, les secours en montagne, les fédérations ainsi qu'avec le Parc national des Écrins, dont les autorisations sont indispensables pour intervenir dans le cœur du parc. Les projets de rééquipement y sont étudiés chaque année dans le cadre de la Convention Alpinisme, Escalade et Canyonisme avant d'être validés. L'association collabore également avec les comités départementaux de la FFCAM afin de développer les stages Héritage Ouvreurs, destinés à former les futurs rééquipeurs. Sensibiliser les grimpeurs : un enjeu majeur Pour ONOS, remplacer des goujons ne suffit pas. L'association souhaite également faire évoluer le regard des pratiquants sur les falaises. Avec l'essor de l'escalade en salle, de nombreux grimpeurs découvrent désormais les sites naturels sans toujours connaître leur fonctionnement ni le travail réalisé en amont pour les équiper et les entretenir. « Les grimpeurs ne doivent pas être de simples consommateurs », résume Adrien. Acheter les topos, signaler une anomalie, respecter les interdictions temporaires, préserver les accès, entretenir les pieds de voie ou simplement comprendre que les points d'assurage vieillissent sont autant de gestes qui participent à la préservation des sites. L'association encourage également chacun à apprendre à reconnaître les signes de vieillissement d'un équipement : corrosion, anciens spits de 8 mm ou mélanges de matériaux pouvant provoquer une corrosion galvanique. Un patrimoine vivant à transmettre Les projets ne manquent pas pour les prochaines années. Martine is on the Rocks, Reine de la Nuit, Les Elfes… plusieurs grandes voies emblématiques figurent déjà parmi les prochains chantiers envisagés par l'association. Mais au-delà des chiffres et des voies rééquipées, ONOS poursuit un objectif plus large : préserver un patrimoine unique tout en transmettant une certaine vision de l'escalade. Une pratique où l'engagement garde sa place, où la sécurité est améliorée sans dénaturer les itinéraires, et où chaque grimpeur devient aussi acteur de la préservation des falaises. Quatre ans après sa création, l'association a déjà démontré qu'il était possible de reprendre le flambeau laissé par Jean-Michel Cambon. Non pas en copiant son œuvre — impossible tant elle était immense — mais en faisant vivre, collectivement, l'esprit qui l'animait. Une œuvre invisible pour la plupart des grimpeurs, mais indispensable pour que les générations futures puissent, elles aussi, parcourir ces lignes d'exception. ➡️ Pour retrouver toutes les informations sur ONOS, découvrir ses actions ou soutenir l'association, rendez-vous sur son site internet. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Climb Up en redressement judiciaire : cinq salles concernées

    Climb Up, premier réseau français de salles d'escalade indoor, a annoncé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire concernant sa holding et quatre sociétés d'exploitation représentant cinq salles. Le groupe assure que son réseau reste ouvert et que les activités habituelles sont maintenues, alors qu'il cherche à adapter son modèle économique après plusieurs années de forte croissance. Après plusieurs années d'expansion rapide, le leader français de l'escalade indoor fait face à un environnement économique qui a profondément évolué. Si la majorité du réseau poursuit son activité normalement, cette procédure marque un tournant pour l'entreprise fondée par François Petit. Une procédure qui concerne la holding et cinq salles Climb Up a sollicité l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire concernant Climb Up Investissements, la société de tête du groupe, ainsi que quatre sociétés d'exploitation regroupant cinq salles : Cergy Paris Aubervilliers Caen Orléans Mulhouse Wittenheim Cette décision ne concerne donc qu'une partie du groupe. Les 33 salles actuellement exploitées en France, dont cinq sous licence de marque, continuent d'accueillir leurs visiteurs. Les abonnements, cours, stages, compétitions, événements et écoles d'escalade sont maintenus. Le groupe insiste sur le fait qu'il s'agit d'une procédure destinée à permettre la poursuite de l'activité tout en élaborant un plan de redressement sous le contrôle du tribunal des activités économiques. Une croissance rapide confrontée à un nouveau contexte Depuis 2019, Climb Up a fortement accéléré son développement afin d'accompagner l'essor de l'escalade en France. Cette stratégie d'ouverture de nouvelles salles a permis au groupe de devenir le premier acteur français de l'escalade indoor. Mais les conditions économiques ont évolué rapidement ces dernières années. La crise sanitaire liée au Covid-19, l'inflation, l'augmentation des coûts de l'énergie et le ralentissement de la consommation observé depuis 2025 ont fragilisé l'équilibre économique de certaines structures. Les salles d'escalade indoor reposent en effet sur un modèle avec des charges fixes importantes : loyers, énergie, masse salariale, entretien des installations et renouvellement du matériel d'ouverture. Climb Up indique avoir choisi d'agir rapidement afin d'adapter son organisation et de construire un modèle économique plus durable. ➡️ À lire également : Les chiffres de l’escalade 2026 : 1,9 million de grimpeurs pour une discipline à maturité Que signifie un redressement judiciaire ? Contrairement à une liquidation judiciaire, un redressement judiciaire ne signifie pas la fermeture immédiate d'une entreprise. Cette procédure permet à une société rencontrant des difficultés de poursuivre son activité pendant qu'un plan de restructuration est étudié sous la supervision du tribunal. Pendant cette période, l'entreprise continue son exploitation afin d'évaluer les solutions permettant d'assurer sa pérennité. Les objectifs principaux sont notamment : maintenir l'activité ; préserver les emplois ; rééquilibrer la situation financière ; trouver des solutions avec les différents partenaires. Dans le cas de Climb Up, le groupe affirme vouloir utiliser cette procédure comme un outil pour préparer une nouvelle étape de son développement. Trois priorités pour préparer l'avenir Dans son communiqué, Climb Up annonce concentrer son action autour de trois axes : améliorer la qualité de l'accueil, de la sécurité et de l'expérience client ; retrouver de la fréquentation et renforcer la performance commerciale ; adapter ses coûts, son organisation et son parc de salles. Le fondateur du groupe, François Petit, présente cette démarche comme un choix anticipé plutôt qu'une réponse subie aux difficultés économiques : « Climb Up a toujours été une entreprise de projets. Aujourd'hui, nous ouvrons une nouvelle étape de son histoire. Nous faisons le choix d'agir rapidement pour renforcer notre modèle, préserver ce qui fait notre force et continuer à développer l'escalade partout en France. » Une étape importante pour le premier réseau français Cette procédure intervient dans un contexte où le marché français de l'escalade indoor arrive à maturité après plusieurs années de forte croissance. L'évolution de Climb Up sera suivie de près par l'ensemble du secteur, tant son réseau occupe une place centrale dans le développement de la pratique en France. À court terme, le groupe assure que les salles restent ouvertes et que les activités se poursuivent normalement. Les prochaines décisions dépendront désormais du travail engagé avec le tribunal et des mesures qui seront retenues dans le futur plan de redressement. Cette annonce intervient dans un contexte plus large de ralentissement du marché français des salles d'escalade privées. Ces derniers mois, plusieurs acteurs du secteur ont dû adapter leur stratégie, avec des fermetures de salles ou des restructurations, illustrant les défis économiques auxquels fait face l'escalade indoor après plusieurs années de forte croissance. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Comment choisir sa corde d’escalade ? Le guide complet

    La corde est bien plus qu’un simple équipement d’escalade. Elle constitue le lien de confiance entre le grimpeur et son assureur, le dernier rempart en cas de chute et l’un des éléments les plus sollicités de toute la chaîne d’assurage. Pourtant, choisir une corde d’escalade n’est pas toujours évident. Entre les cordes à simple, à double ou jumelées, les différents diamètres, les longueurs disponibles et les traitements spécifiques, il est facile de se sentir perdu face à l’offre actuelle. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’existe pas une corde idéale, mais une corde adaptée à votre pratique. Que vous grimpiez en salle, en falaise sportive, en grande voie ou en alpinisme, certains critères seront plus importants que d’autres. Voici tout ce qu’il faut savoir pour choisir la corde qui vous accompagnera dans vos prochaines séances. ➡️ Sommaire : Quelle corde choisir selon votre pratique ? Les différents types de cordes Quelle longueur choisir ? Quel diamètre choisir ? Faut-il une corde Dry ? Comment entretenir sa corde ? Quand remplacer sa corde ? Les erreurs à éviter Quelle corde d’escalade choisir selon votre pratique ? Avant même de comparer les caractéristiques techniques, la première question à se poser est simple : où et comment allez-vous grimper ? Vous grimpez principalement en salle : La salle représente souvent la porte d’entrée dans la pratique de l’escalade. Les voies sont généralement courtes, les points parfaitement équipés et les conditions très contrôlées. Dans ce contexte, une corde à simple robuste et durable est souvent le meilleur choix. Le poids n’est pas un critère déterminant puisque les marches d’approche sont inexistantes. En revanche, la résistance à l’usure devient essentielle, notamment lorsque la corde est utilisée plusieurs fois par semaine. Un diamètre intermédiaire à relativement important offre généralement un bon compromis entre durabilité, confort d’assurage et longévité. 👉 Nous vous conseillons : la Contact Wall 9.8 de Petzl. Vous pratiquez l’escalade sportive en falaise : La majorité des grimpeurs en falaise utilisent une corde à simple. Facile à manipuler, polyvalente et adaptée aux voies d’une longueur, elle répond à la grande majorité des besoins en couenne. Le choix se fera alors principalement sur la longueur, le diamètre et le poids. Si vous grimpez régulièrement des voies dépassant 30 mètres, une corde de 70 ou 80 mètres devient rapidement intéressante. Elle permet non seulement d’accéder à davantage d’itinéraires, mais aussi de prolonger la durée de vie de la corde en recoupant les extrémités usées. 👉 Nous vous conseillons : la Volta Vous aimez la grande voie : Dès que l’itinéraire comporte plusieurs longueurs et nécessite des rappels pour redescendre, les besoins changent. Les cordes à double prennent alors tout leur sens. Elles permettent de limiter les frottements dans les itinéraires sinueux, d’allonger les rappels et d’apporter davantage de sécurité sur les terrains engagés. Leur utilisation demande davantage de technique, mais elles restent la référence pour la grande voie, l’alpinisme rocheux et les terrains d’aventure. 👉 Nous vous conseillons : la Rumba 8mm Vous pratiquez l’alpinisme ou la cascade de glace : En montagne, chaque gramme compte. Les itinéraires sont souvent plus longs, les approches plus exigeantes et les conditions météorologiques plus variables. Les cordes légères, bénéficiant d’un traitement hydrophobe performant, sont généralement privilégiées. L’objectif est de limiter l’absorption d’eau, conserver une bonne fluidité et garantir des performances constantes malgré l’humidité, la neige ou le gel. 👉 Nous vous conseillons : Paso Guide 7.7mm Les différents types de cordes Avant de s'intéresser aux cordes utilisées en escalade, il est important de distinguer deux grandes familles : les cordes statiques et les cordes dynamiques. Les cordes statiques et semi-statiques : à ne pas utiliser pour grimper. Contrairement aux cordes d'escalade, les cordes statiques et semi-statiques possèdent très peu d'élasticité. Elles sont conçues pour supporter une charge tout en limitant l'allongement. On les retrouve notamment dans des activités comme : les travaux en hauteur ; le secours et les interventions sur corde ; la spéléologie ; le canyoning ; certaines opérations d'élagage ou de maintenance. Leur faible capacité d'absorption des chocs les rend inadaptées à l'assurage en escalade. En cas de chute, les forces transmises au grimpeur et aux ancrages seraient beaucoup trop importantes. Pour l'escalade, l'alpinisme ou la cascade de glace, il faut toujours utiliser une corde dynamique répondant aux normes en vigueur. Les cordes dynamiques : la référence pour l'escalade : Les cordes dynamiques sont spécialement conçues pour absorber l'énergie générée lors d'une chute grâce à leur capacité d'allongement. C'est cette élasticité qui permet de réduire la force de choc et d'améliorer la sécurité du grimpeur. On distingue quatre grandes catégories de cordes dynamiques. La corde à simple La corde à simple est la plus répandue. Comme son nom l'indique, elle s'utilise sur un seul brin et se reconnaît grâce au symbole « 1 » figurant sur ses extrémités. Elle offre plusieurs avantages : utilisation intuitive ; assurage simplifié ; excellente résistance à l'usure ; grande polyvalence. C'est aujourd'hui le choix privilégié pour l'escalade sportive en salle et en falaise. 👉 MAMBO®10.1 mm La corde à double : La corde à double fonctionne avec deux brins indépendants. Le grimpeur peut mousquetonner alternativement l'un ou l'autre des brins dans les dégaines afin de réduire les frottements et d'optimiser le cheminement de la corde. Cette configuration permet également de réaliser des rappels de grande longueur et d'apporter une redondance appréciable dans les terrains engagés. Les cordes à double se reconnaissent grâce au symbole « 1/2 ». 👉 TANGO®8.5 mm La corde jumelée : Plus rare aujourd'hui, la corde jumelée s'utilise également avec deux brins. La différence majeure est que les deux brins doivent toujours être mousquetonnés ensemble. Ils fonctionnent comme une seule corde. Très légère, elle reste utilisée dans certains contextes spécifiques en alpinisme et en progression glaciaire. Les cordes multi-homologuées : Certaines cordes modernes bénéficient de plusieurs certifications simultanées. Elles peuvent être utilisées comme corde à simple, à double ou jumelée selon les situations. Cette polyvalence séduit les grimpeurs expérimentés qui souhaitent limiter le nombre d'équipements transportés. En contrepartie, elles demandent généralement davantage d'expérience à l'utilisation. La force de choc : l’impact réel d’une chute La force de choc correspond à la force maximale transmise au grimpeur et au système d’assurage lors de l’arrêt d’une chute. Quand un grimpeur tombe, son corps accumule de l’énergie due à la vitesse. Au moment de l’arrêt, cette énergie doit être absorbée par l’ensemble de la chaîne d’assurage : corde, assureur, dégaines et points d’ancrage. Le rôle de la corde dynamique est justement d’absorber une partie de cette énergie en s’allongeant légèrement, afin de limiter la brutalité de l’arrêt. Plus la force de choc est faible, plus la chute est progressive et confortable, aussi bien pour le grimpeur que pour les protections. Cette valeur est exprimée en kilonewtons (kN). En escalade sportive, les cordes modernes affichent généralement une force de choc comprise entre 7 et 9 kN, ce qui garantit un bon compromis entre sécurité et absorption de l’énergie. Quelle longueur de corde choisir ? La longueur est souvent sous-estimée au moment de l’achat, alors qu’elle peut avoir un impact direct sur la sécurité. Une règle simple doit toujours être respectée : la corde doit être suffisamment longue pour permettre la descente complète du grimpeur. Les cordes de 50 mètres : Elles conviennent aux petites falaises, à certaines écoles d’escalade ou à une utilisation en salle. Aujourd’hui, elles deviennent toutefois de plus en plus rares comme unique corde de falaise. Les cordes de 60 mètres : Pendant longtemps, elles ont constitué le standard de l’escalade sportive. Elles restent adaptées à de nombreux sites, mais desormais beaucoup de voies modernes dépassent cette limite. Les cordes de 70 mètres : C’est probablement le format le plus polyvalent aujourd’hui. Une corde de 70 mètres permet d’accéder à une immense majorité des voies sportives tout en conservant un poids raisonnable. Les cordes de 80 mètres : De plus en plus populaires, elles offrent davantage de marge de sécurité et une durée de vie potentiellement plus longue grâce à la possibilité de recouper régulièrement les extrémités usées. Les cordes de 100 mètres : Elles répondent à des usages très spécifiques : falaises particulièrement hautes, voyages sur certains spots internationaux ou installations en salle. Quel diamètre de corde choisir ? Le diamètre influence directement la durabilité, le poids, la fluidité de manipulation et le confort d’assurage. Les cordes fines : moins de 9,4 mm Ces cordes sont destinées aux grimpeurs recherchant avant tout la légèreté et la performance. Elles limitent le poids transporté lors des approches et améliorent la fluidité de progression. En contrepartie, leur durée de vie est généralement plus courte et elles nécessitent davantage de vigilance à l’assurage. Les cordes polyvalentes : entre 9,4 et 9,8 mm C’est souvent la plage de diamètre la plus pertinente pour la majorité des grimpeurs. Ces modèles offrent un excellent équilibre entre résistance, poids, maniabilité et longévité. Pour un premier achat, difficile de se tromper avec ce type de diamètre. Les cordes épaisses : au-delà de 9,8 mm Très résistantes à l’usure, elles séduisent les grimpeurs qui pratiquent fréquemment et ne veulent pas changer leur corde trop souvent, les clubs ou les structures collectives. Leur principal inconvénient reste leur poids plus important et une maniabilité souvent moins agréable. Faut-il choisir une corde avec traitement Dry ? Les traitements hydrophobes sont devenus courants sur les cordes modernes. Leur objectif est simple : limiter l’absorption d’eau par les fibres. Pour une utilisation exclusivement en salle Un traitement Dry n’est pas indispensable. La corde est rarement exposée à l’humidité et les bénéfices restent limités. Pour l’escalade en falaise Un traitement de gaine peut être intéressant. Il améliore la résistance aux salissures, réduit l’absorption d’eau occasionnelle et contribue à préserver la fluidité de la corde dans le temps. Pour l’alpinisme et la cascade de glace Le traitement complet de l’âme et de la gaine devient fortement recommandé. Une corde qui absorbe l’eau peut devenir plus lourde, plus rigide et plus difficile à manipuler. En conditions froides, elle risque également de geler. Comment entretenir sa corde d’escalade ? Une corde bien entretenue conservera plus longtemps ses performances et ses qualités de sécurité. Évitez les sources de chaleur Le coffre d’une voiture en plein été, un radiateur ou une exposition prolongée au soleil peuvent accélérer le vieillissement des fibres. Utilisez une bâche à corde Le sable, la poussière et les petits cailloux sont les ennemis invisibles de votre corde. Ils peuvent pénétrer dans la gaine et provoquer une abrasion progressive des fibres internes. Évitez de marcher sur votre corde Même si elle paraît robuste, une corde n’apprécie ni les semelles sales, ni les petits gravillons, ni les crampons. Limitez les frottements Un cheminement optimisé de la corde réduit son usure et améliore également le confort du grimpeur. Dans les itinéraires sinueux, l’utilisation de dégaines rallongées permet souvent de limiter considérablement les frottements. Lavez votre corde lorsqu'elle est trop sale Un nettoyage occasionnel permet de préserver ses performances et de prolonger sa durée de vie. Faites-la tremper dans de l'eau tiède avec un savon doux (type savon de Marseille) ou un nettoyant spécifique pour corde. Brossez-la délicatement si nécessaire, puis laissez-la sécher à l'abri des UV et de toute source de chaleur. Évitez le lave-linge, les détergents agressifs et le sèche-linge. Quand faut-il changer sa corde ? Même la meilleure corde n’est pas éternelle. Une corde doit être remplacée si : elle présente une zone dure ou écrasée ; sa gaine est fortement endommagée ; elle a subi un événement exceptionnel ; elle devient difficile à manipuler ; son historique est inconnu. Par ailleurs, les fabricants fixent généralement une durée de vie maximale de dix ans à compter de sa date de fabrication, même en l’absence d’utilisation. Dans le cadre d’une pratique intensive, un remplacement beaucoup plus fréquent peut être nécessaire. Les erreurs les plus fréquentes lors du choix d’une corde Acheter la corde la plus fine alors que l’on débute. Sous-estimer la longueur nécessaire. Négliger les conditions de pratique. Choisir uniquement en fonction du prix. Oublier la compatibilité avec son système d’assurage. Conserver une corde trop ancienne. Négliger son entretien. En résumé Choisir une corde d’escalade revient avant tout à identifier sa pratique principale. Pour l’escalade sportive, une corde à simple de 70/80 mètres avec un diamètre polyvalent constitue souvent le meilleur compromis. Les adeptes de grande voie et d’alpinisme s’orienteront davantage vers des cordes à double, tandis que les pratiquants recherchant la polyvalence pourront s’intéresser aux modèles multi-homologués. Longueur, diamètre, poids, traitement hydrophobe et durabilité sont autant de critères à mettre en balance selon vos objectifs. Une corde bien choisie ne se contente pas d’assurer votre sécurité : elle contribue aussi à rendre chaque sortie plus fluide, plus confortable et plus agréable. 👉 Cet article a été réalisé en collaboration avec la marque Petzl, dans le cadre d’un partenariat rémunéré. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • World Climbing : pourquoi le vote sur Israël n'a finalement pas eu lieu ?

    L'Assemblée générale extraordinaire de World Climbing, organisée le 23 juillet 2026, devait se prononcer sur une éventuelle suspension des fédérations israélienne, russe et biélorusse. Mais contre toute attente, ces votes n'ont jamais eu lieu. À la place, les fédérations membres ont adopté une motion instaurant une nouvelle approche fondée sur des principes généraux pour traiter ce type de situations à l'avenir. Une Assemblée générale très attendue Depuis plusieurs mois, la communauté internationale de l'escalade attendait cette Assemblée générale extraordinaire de World Climbing. La Palestine Climbing Association (PCA) avait demandé la suspension de l'Israel Climbing Association (ILCA), estimant que certaines de ses activités étaient incompatibles avec les statuts de la fédération internationale. Des propositions similaires concernaient également les fédérations russe et biélorusse. Avant cette réunion, tout laissait penser que les fédérations membres seraient amenées à voter séparément sur chacune de ces demandes de suspension. C'est d'ailleurs ce scénario qui avait conduit World Climbing à convoquer cette Assemblée générale exceptionnelle. Finalement, le déroulement de la réunion a pris une tout autre direction. Une motion change le cours du vote Avant l'examen des propositions de suspension, les fédérations membres ont adopté une motion proposant une approche différente. Plutôt que de se prononcer sur des cas particuliers, World Climbing mettra désormais en place un cadre fondé sur des principes ("principles-based approach") destiné à guider les futures décisions concernant le statut de ses fédérations nationales. À la suite de l'adoption de cette motion, les trois votes prévus sur Israël, la Russie et la Biélorussie ont été retirés de l'ordre du jour. Aucune recommandation de suspension n'a donc été formulée à l'encontre de ces fédérations. Que prévoit cette nouvelle approche ? Dans son communiqué, World Climbing explique vouloir disposer d'un cadre général permettant d'évaluer les situations de manière cohérente, plutôt que de traiter chaque dossier individuellement. L'objectif est de définir des critères applicables à toutes les fédérations nationales lorsqu'une question relative au respect des statuts ou à leur participation au sein de l'organisation se pose. Cette évolution marque un changement de méthode plus qu'une décision sur le fond des dossiers actuellement examinés. Les dossiers transmis à la Commission disciplinaire Si aucun vote de suspension n'a eu lieu, les accusations visant la fédération israélienne et la Fédération russe d'escalade ne disparaissent pas pour autant. World Climbing annonce que ces deux dossiers seront transmis à sa Commission disciplinaire afin d'examiner si des violations de ses statuts ont pu être commises. La fédération internationale précise toutefois que cette saisine ne signifie pas qu'une violation des statuts a été constatée et n'entraîne aucune conséquence immédiate. La Commission disciplinaire devra désormais examiner les éléments qui lui seront soumis avant toute éventuelle décision. En revanche, aucune procédure disciplinaire similaire n'a été annoncée concernant la fédération biélorusse. Aucun changement pour les athlètes Cette décision ne modifie pas les règles de participation aux compétitions internationales. Les grimpeurs israéliens continuent donc de représenter leur fédération nationale. De leur côté, les athlètes russes et biélorusses restent soumis au régime actuellement en vigueur, qui autorise leur participation uniquement sous statut d'athlètes neutres lorsqu'ils remplissent les critères établis par World Climbing. Une volonté d'encadrer les futures décisions Au-delà des trois dossiers examinés, cette Assemblée générale marque une évolution dans la gouvernance de World Climbing. Plutôt que de se prononcer ponctuellement sur chaque conflit international, la fédération souhaite désormais disposer d'un cadre de référence commun pour évaluer les situations susceptibles de remettre en cause le statut d'une fédération membre. Il reste désormais à connaître les critères précis qui composeront cette nouvelle approche et la manière dont ils seront appliqués lors de futurs dossiers. Ce qu'il faut retenir Les votes sur la suspension d'Israël, de la Russie et de la Biélorussie n'ont finalement pas eu lieu. Une motion alternative a été adoptée par les fédérations membres de World Climbing. Aucune fédération nationale n'a été suspendue. Les dossiers concernant la fédération israélienne et la fédération russe sont transmis à la Commission disciplinaire. Le statut des athlètes reste inchangé. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Symon Welfringer réalise une première historique en Himalaya

    Le Français Symon Welfringer réalise une première historique en Himalaya avec l'ouverture de The Leopard of Higher Ground, une nouvelle voie gravie en escalade libre sur la face ouest du Tahu Rutum, au Pakistan. Accompagné de Siebe Vanhee et Sean Villanueva, l'alpiniste signe une performance inédite entre 6 000 et 6 700 mètres d'altitude, où jamais une voie n'avait été ouverte en libre aussi haut dans l'Himalaya. Une première historique pour l'escalade libre en Himalaya L'histoire de l'escalade libre en Himalaya vient de connaître un nouveau chapitre. Du 15 au 29 juin 2026, Symon Welfringer, Siebe Vanhee et Sean Villanueva ont ouvert The Leopard of Higher Ground, une nouvelle voie sur la face ouest du Tahu Rutum, dans le Karakoram pakistanais. Réalisée intégralement en escalade libre, cette ascension repousse les limites du big wall en haute altitude. Jamais une ouverture de voie en libre n'avait été réalisée à une telle altitude dans l'Himalaya, faisant de cette expédition l'une des performances majeures de l'alpinisme moderne. Symon Welfringer et une cordée internationale Avant même le début de l'ascension, Symon Welfringer s'interroge sur sa place au sein de cette équipe. Sean Villanueva et Siebe Vanhee grimpent ensemble depuis de nombreuses années et possèdent déjà une solide expérience commune en expédition. Le Français explique avoir d'abord eu le sentiment de devoir trouver sa légitimité dans cette cordée déjà bien rodée. Cette impression disparaît progressivement lors de la partie mixte de la face, où son expérience d'alpiniste lui permet d'apporter toute son expertise. Symon nous raconte... Symon Welfringer : « La face a deux parties rocheuses, séparées en son milieu par une zone en mixte. À ce moment-là, j'ai retrouvé mes repères classiques, et ça m'a rassuré dans ma légitimité, et mis en confiance dans la cordée. » Quinze jours suspendus entre 6 000 et 6 700 mètres Après cinq jours de trek pour rejoindre le pied de la montagne à 4 600 mètres, l'expédition connaît un premier coup dur. Un quatrième membre de l'équipe est contraint d'abandonner en raison du mal aigu des montagnes, transformant les deux cordées initialement prévues en une seule équipe de trois grimpeurs. La progression s'effectue ensuite en style capsule, une méthode consistant à installer plusieurs camps suspendus (portaledges) tout en hissant progressivement le matériel. Pendant quinze jours, les trois alpinistes vivent littéralement accrochés à la paroi. Une tempête de neige les immobilise durant trois jours dans leurs portaledges avant qu'une fenêtre météo favorable ne leur permette de poursuivre l'ascension jusqu'au sommet de leur ligne. Symon Welfringer : « La météo était bonne, la ligne était dingue, le rocher pile comme on l'imaginait, dans les difficultés qu'on souhaitait. Tout est passé en escalade libre à vue, sans artif, c'était le graal. » Une voie intégralement gravie en libre La réussite de The Leopard of Higher Ground ne tient pas uniquement à son altitude. L'ensemble de la voie a été parcouru à vue, sans recours à la progression artificielle. Les passages les plus difficiles atteignent environ 7b, une cotation largement à la portée technique des trois grimpeurs. Mais en haute altitude, la difficulté ne se résume pas uniquement au niveau des mouvements. Symon Welfringer : « Les longueurs dures étaient dans le 7b, ce qui n'est pas extrême pour nous, explique-t-il. Mais étant donné le côté aventureux de la chose, la fatigue, les risques liés aux chutes de pierres, l'outillage, la logistique, ça joue dans la façon dont tu te déplaces sur la paroi. » Quand la logistique devient la véritable difficulté À plus de 6 000 mètres, chaque longueur exige une importante préparation. Transport du matériel, installation des camps, hissage des sacs, gestion de l'isolement, risques de chutes de pierres et fatigue liée à l'altitude transforment chaque progression en véritable expédition. Selon Symon Welfringer, une seule journée d'escalade nécessitait souvent deux jours consacrés à la logistique. Une aventure aussi marquante sur le plan humain Au retour de l'expédition, Symon Welfringer évoque un sentiment bien différent de la simple satisfaction sportive. L'alpiniste décrit une expérience difficile à assimiler, comme si l'intensité vécue durant ces deux semaines dépassait les émotions habituellement associées à une réussite. Symon Welfringer : « Je suis évidemment content, mais ce qui prédomine, c'est autre chose, tente-t-il d'expliquer. Je réalise ce qu'on a fait, je m'amuse à retracer la ligne, mais ce n'est bizarrement pas une joie franche. » Il reconnaît avoir réalisé un rêve majeur de sa carrière, tout en expliquant que ce bonheur demande encore du temps pour être pleinement intégré. Symon Welfringer : « Je n'ai jamais rien fait d'aussi beau, j'ai coché une énorme case de mes rêves d'alpiniste. Mais ce que je ressens ne correspond pas à ce que j'imaginais. C'est comme si j'allais devoir digérer tout ça, comme si ce bonheur, je ne l'avais pas encore consommé. » Un hommage à Kyle Dempster Le nom de la voie, The Leopard of Higher Ground, possède une double signification. Il fait d'abord référence au nom local du Tahu Rutum, associé au léopard des neiges, emblème des hautes montagnes du Karakoram. Mais il rend surtout hommage à Kyle Dempster, alpiniste américain disparu en 2016. En 2013, celui-ci avait tenté une ascension en solitaire sur cette même face sans atteindre le sommet. Plus tard, il ouvrira à Salt Lake City un café baptisé Higher Ground, dont le nom inspire directement celui de cette nouvelle voie. Les trois ascensionnistes ont également réussi à gravir en libre deux longueurs que Dempster avait franchies en escalade artificielle, un clin d'œil fort à son héritage. ✍️ : Théo de GrimpActu

  • Gaston Rébuffat : la photo envoyée dans l’espace par la NASA recréée au Mont-Blanc

    Près de cinquante ans après son départ à bord des sondes Voyager, l'une des images les plus célèbres de l'alpinisme a été recréée dans le massif du Mont-Blanc. Les Chamoniards Noa Barrau et Jean Rouaux sont parvenus à retrouver l'emplacement exact du cliché mythique de Gaston Rébuffat, immortalisé par Georges Tairraz, avant de le reproduire dans des conditions proches de celles de l'époque. Au-delà de l'hommage, cette reconstitution met aussi en lumière les profondes transformations du paysage alpin. Photographe & réalisateur : @noa_barrau Une photographie légendaire de Gaston Rébuffat Certaines images dépassent largement le cadre de l'alpinisme. Celle de Gaston Rébuffat debout sur une étroite pointe rocheuse, suspendu au-dessus du vide dans le massif du Mont-Blanc, fait partie de ces photographies devenues des symboles. Réalisé par le photographe Georges Tairraz au milieu du XXe siècle, ce cliché a acquis une dimension mondiale lorsqu'il a été sélectionné par la NASA en 1977 pour figurer sur le Golden Record, le disque embarqué à bord des sondes Voyager destiné à représenter la Terre auprès d'éventuelles civilisations extraterrestres. Le 3 juillet 2026, cette image historique a retrouvé vie grâce à deux jeunes passionnés originaires de la vallée de Chamonix : le photographe et réalisateur Noa Barrau (23 ans) et l'alpiniste Jean Rouaux (24 ans). Pourquoi la photo de Gaston Rébuffat est devenue mythique Le choix de la NASA ne doit rien au hasard. Le Golden Record rassemble une sélection d'images, de sons et de musiques censés illustrer la diversité de notre planète. Parmi ces quelques dizaines de photographies figure celle de Gaston Rébuffat, représentant à la fois l'exploration, la montagne et la relation entre l'homme et son environnement. Depuis près d'un demi-siècle, cette image voyage dans l'espace à bord des sondes Voyager, aujourd'hui les objets fabriqués par l'homme les plus éloignés de la Terre. Cette photographie est également devenue un monument de l'histoire de l'alpinisme français, même si son lieu exact est longtemps resté méconnu. Comment le lieu exact de la photo a été retrouvé Une antécime plutôt que le sommet de l'Aiguille du Roc Contrairement à une idée largement répandue, le célèbre cliché n'a pas été réalisé au sommet de l'Aiguille du Roc. Les recherches menées par Noa Barrau et Jean Rouaux les ont conduits vers une antécime située sous le sommet principal, un emplacement rarement documenté et difficilement identifiable depuis la vallée. Avant d'entreprendre l'ascension, les deux Chamoniards ont effectué plusieurs phases de reconnaissance, dont deux survols en parapente, afin de confirmer que la fine pointe rocheuse existait toujours malgré l'évolution du relief. Plus de deux jours d'ascension La reconstitution a nécessité une véritable expédition. Deux rotations jusqu'au bivouac de la Tour Rouge, à environ 3 300 mètres d'altitude, ont permis d'acheminer progressivement les cordes, le matériel photographique et l'équipement nécessaire à la sécurité. L'accès final à la pointe rocheuse s'est déroulé sur plus de deux jours d'escalade dans un terrain mêlant rocher, neige et passages techniques. Photographe & réalisateur : @noa_barrau Une reconstitution fidèle jusque dans les moindres détails L'objectif n'était pas seulement de retrouver le bon point de vue. Grâce au guide chamoniard Jean-Franck Charlet, qui avait connu Gaston Rébuffat lors de tournages en montagne, les deux jeunes alpinistes ont pu réunir une partie de l'équipement utilisé à cette époque : vêtements, chaussures et accessoires inspirés du matériel du milieu du XXe siècle. Jean Rouaux a également choisi de grimper avec un encordement traditionnel, simplement noué autour de la taille, afin de reproduire le plus fidèlement possible la posture et l'esthétique visibles sur la photographie originale, tout en conservant les dispositifs de sécurité modernes nécessaires à une telle ascension. La montagne a profondément changé en cinquante ans Au-delà de l'hommage historique, la comparaison entre les deux images révèle une réalité frappante. Le recul des glaciers, la diminution de l'enneigement et la transformation des reliefs apparaissent nettement entre la photographie originale et sa reproduction réalisée en 2026. Cette évolution confère une nouvelle lecture au cliché. L'image qui représentait la Terre au moment de son départ vers les étoiles devient aujourd'hui un témoignage visuel des effets du changement climatique sur le massif du Mont-Blanc. Pour Noa Barrau, la démarche consistait autant à célébrer l'héritage de Gaston Rébuffat qu'à documenter les mutations rapides de la haute montagne observées depuis plusieurs décennies. Un dialogue entre l'alpinisme d'hier et celui d'aujourd'hui Cette reconstitution met également en regard deux générations d'alpinistes. D'un côté, les pulls en laine, les lourdes chaussures de montagne, les cordes anciennes et les techniques d'encordement du siècle dernier. De l'autre, une nouvelle génération qui documente ses ascensions grâce aux appareils photo hybrides numériques, aux drones et aux caméras embarquées, tout en s'appuyant sur les standards actuels de sécurité. Ce projet illustre ainsi la manière dont le patrimoine de l'alpinisme continue d'inspirer les pratiquants contemporains, sans perdre de vue les évolutions du milieu montagnard. ➡️ À lire également : “Far Enough” : Jean Rouaux, 11 500 km vers l’Ama Dablam Photographe & réalisateur : @noa_barrau ✍️ : Théo de GrimpActu

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