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- VAUTOUR : le film de Seb Berthe et Hugo Parmentier est en ligne
En juin 2024, Seb Berthe et Hugo Parmentier tentaient de parcourir cinq grandes voies du huitième degré dans le Verdon en moins de 24 heures. Deux ans plus tard, le film VAUTOUR – L’ultra-trail de l’escalade retrace cette aventure de 1 500 mètres. Il est désormais disponible gratuitement sur YouTube. Le 29 juin 2024, à 1 heure du matin, Seb Berthe et Hugo Parmentier s’élançaient dans les gorges du Verdon avec un objectif particulièrement ambitieux : parcourir cinq grandes voies emblématiques en moins de 24 heures. Baptisé VAUTOUR, pour Verdon Abrasive Ultimate Tour, leur projet associait l’exigence technique de l’escalade dans le huitième degré à l’endurance d’une épreuve d’ultra-distance. Au programme : 1 500 mètres d’escalade répartis sur 50 longueurs, auxquels venaient s’ajouter les rappels, les transitions et les déplacements entre les différentes parois. Deux ans plus tard, cette aventure devient un film. Réalisé par Solidream, VAUTOUR – L’ultra-trail de l’escalade est disponible gratuitement sur les chaînes YouTube de Solidream et Montagne en Scène. Cinq grandes voies dans le huitième degré Seb Berthe et Hugo Parmentier avaient construit leur parcours autour de cinq lignes du Verdon : El Topo (8a), Le Pornographe (8a), Jolie Fleur (8b), Dame Cookie (8a+) et Mingus (8a). L’ensemble représentait 50 longueurs, dont neuf dans le huitième degré et vingt-cinq dans le septième. Une accumulation considérable à laquelle s’ajoutait une contrainte centrale : tout devait être réalisé en moins de 24 heures. La difficulté ne reposait donc pas uniquement sur les passages les plus durs. Il fallait également conserver suffisamment d’énergie au fil des voies, limiter le temps consacré aux manipulations de corde et gérer les transitions sans accumuler trop de retard. Après leur projet des 100 blocs cotés 7A à Fontainebleau, les deux grimpeurs souhaitaient explorer une autre forme d’endurance. Dans le Verdon, l’effort ne se limiterait plus à une succession de passages courts, mais s’étendrait sur des centaines de mètres d’escalade et une journée entière d’engagement. Une semaine pour préparer le parcours Avant de se lancer, Seb Berthe et Hugo Parmentier ont consacré près d’une semaine au repérage des voies. Ce temps leur a permis de mémoriser les passages clés, de tester les mouvements les plus difficiles et d’organiser leur progression. L’ordre des itinéraires devait notamment leur permettre de limiter leur exposition à la chaleur et d’aborder les sections les plus physiques au moment le plus favorable. Chaque transition, chaque rappel et chaque changement de matériel pouvait influencer le déroulement du défi. L’organisation au sol avait également été anticipée. Nourriture, eau, chaussons et équipement attendaient les grimpeurs à différents moments du parcours afin de réduire au maximum les temps d’arrêt. Malgré cette préparation, une grande part d’inconnu demeurait. Ni Seb Berthe ni Hugo Parmentier ne savaient précisément comment leur corps réagirait après plusieurs centaines de mètres : usure de la peau, fatigue des avant-bras, perte de lucidité ou difficulté à maintenir le rythme sur les longueurs les plus dures. Un film sur la performance et ses limites Réalisé par Morgan Monchaud et Brian Mathé pour Solidream, le documentaire revient sur l’ensemble du projet, depuis sa préparation jusqu’aux dernières heures du projet. Les images ont été tournées par Jean-Elie Lugon, Julia Cassidy, Morgan Monchaud, Hugo Parmentier et Seb Berthe. Elles racontent autant l’escalade que ce qui se joue entre les voies : les transitions réalisées dans l’urgence, les rappels, la course à pied, la fatigue et les décisions prises à mesure que l’objectif initial se fragilise. Le film accorde également une place centrale à la relation entre les deux grimpeurs et à leur manière de traverser ensemble les moments de fluidité comme les périodes de doute. Au-delà des chiffres, VAUTOUR interroge la recherche de performance à tout prix et ce qui demeure lorsque le résultat espéré n’est pas totalement atteint. ✍️ Théo de GrimpActu
- Calendrier World Climbing 2027 : toutes les compétitions
World Climbing a dévoilé le calendrier international d’escalade 2027. La saison comprendra 13 étapes du World Climbing Series, les Championnats du monde à Brno, cinq compétitions internationales de para-escalade et plusieurs rendez-vous qualificatifs pour les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles 2028. Retrouvez toutes les dates, les villes hôtes et les disciplines au programme. La saison internationale d’escalade 2027 s’annonce particulièrement dense. Du lancement du circuit à Tokyo, le 9 avril, jusqu’aux Championnats du monde jeunes organisés en Inde au mois de novembre, les meilleurs grimpeurs et grimpeuses de la planète participeront à des compétitions réparties en Asie, en Europe, en Amérique, en Afrique et en Océanie. Le World Climbing Series 2027, nouvelle appellation de l’ancienne Coupe du monde IFSC d’escalade, comportera 13 étapes. Six compétitions de bloc, six de difficulté et six de vitesse seront organisées au cours de la saison, certaines étapes réunissant plusieurs disciplines. Les Championnats du monde d’escalade et de para-escalade se dérouleront quant à eux du 13 au 22 août à Brno, en Tchéquie. Ils constitueront l’un des premiers rendez-vous permettant d’obtenir une qualification pour les Jeux de Los Angeles 2028. Mise à jour : cet article reprend le calendrier communiqué par World Climbing le 30 septembre 2026. Les dates et lieux peuvent encore évoluer au cours de la saison. Calendrier du World Climbing Series 2027 Le World Climbing Series succède officiellement à la Coupe du monde IFSC. Malgré ce changement d’identité, il reste le principal circuit international annuel réunissant les meilleurs spécialistes mondiaux du bloc, de la difficulté et de la vitesse. La saison débutera en avril par deux étapes de bloc au Japon et en Chine. Le circuit se poursuivra ensuite à Shanghai, Wujiang et Gunsan pour plusieurs compétitions de difficulté et de vitesse, avant de rejoindre l’Europe à la fin du mois de mai. Au total, le calendrier rassemble donc : 13 étapes internationales ; 6 compétitions de bloc ; 6 compétitions de difficulté ; 6 compétitions de vitesse ; 12 pays visités ; 2 étapes organisées en France. Les deux étapes françaises du calendrier World Climbing 2027 La France accueillera deux étapes du World Climbing Series en 2027 : Chamonix au mois de juillet, puis Paris en clôture du circuit au mois de septembre. Chamonix : difficulté et vitesse du 9 au 11 juillet Rendez-vous historique de la saison internationale, Chamonix accueillera les spécialistes de la difficulté et de la vitesse du 9 au 11 juillet 2027. L’étape se déroulera une nouvelle fois au cœur de la ville, face au massif du Mont-Blanc. Sa place dans le calendrier, au début de l’été, devrait lui permettre de conserver son statut de rendez-vous majeur du circuit européen. Paris : la finale du bloc du 24 au 26 septembre La dernière étape annoncée du World Climbing Series 2027 se déroulera à Paris du 24 au 26 septembre. Elle sera exclusivement consacrée au bloc. Après Tokyo, Keqiao, Berne, Innsbruck et Los Angeles, Paris constituera la sixième et dernière compétition de bloc de la saison. Sauf modification du règlement ou du calendrier, cette étape devrait donc jouer un rôle déterminant dans l’attribution des classements généraux. Une saison internationale répartie sur trois continents La première partie de la saison sera très largement asiatique. Les cinq premières compétitions seront organisées successivement à Tokyo, Keqiao, Shanghai, Wujiang et Gunsan entre le 9 avril et le 9 mai. Le circuit rejoindra ensuite l’Europe avec Berne, Manchester, Innsbruck, Chamonix, Madrid et Koper. Une étape aura également lieu à Los Angeles du 7 au 12 septembre, avant la conclusion de la saison à Paris. Plusieurs villes historiques conservent leur place dans le calendrier, notamment Innsbruck et Chamonix. Berne et la Communauté de Madrid accueilleront de nouveau le circuit, tandis que Manchester marquera le retour d’une compétition World Climbing en Grande-Bretagne pour la première fois depuis 2022. Les Championnats du monde d’escalade 2027 à Brno Le principal rendez-vous de la saison se déroulera à Brno, en Tchéquie, du 13 au 22 août 2027. Cette vingtième édition des Championnats du monde réunira les compétitions d’escalade et de para-escalade. Elle se déroulera à l’Arena Brno, une nouvelle enceinte multifonctionnelle située dans la deuxième plus grande ville du pays. La Tchéquie avait obtenu l’organisation de ces Championnats après un vote des fédérations nationales. Brno avait alors été préférée à Pékin avec 53,25 % des suffrages. La ville avait déjà accueilli une compétition lors de la première saison de Coupe du monde IFSC, en 2007. Ces Mondiaux posséderont une importance supplémentaire : ils feront partie du parcours de qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Qualifications olympiques : la route vers Los Angeles 2028 Le processus de qualification olympique débutera dès 2027. Pour la première fois aux Jeux de Los Angeles, le bloc, la difficulté et la vitesse disposeront de compétitions et de médailles distinctes. La première opportunité européenne sera proposée lors des Jeux européens d’Istanbul, organisés du 16 au 27 juin. Les Jeux panaméricains de Lima constitueront ensuite un rendez-vous qualificatif pour les grimpeurs et grimpeuses du continent américain. Les Championnats du monde de Brno offriront également des places pour LA28. Quatre autres tournois continentaux seront organisés entre octobre et novembre en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Chine. Calendrier des qualifications World Climbing pour LA28 Les compétitions organisées en 2027 devraient permettre d’attribuer environ la moitié des quotas olympiques. Les places restantes seront distribuées en 2028, notamment à travers l’Olympic Q-Series. Au total, 76 athlètes participeront aux compétitions d’escalade de Los Angeles 2028. Le quota prévoit au minimum 12 femmes et 12 hommes en bloc, autant en difficulté, ainsi que 14 femmes et 14 hommes en vitesse. Le calendrier international de para-escalade 2027 La saison 2027 sera la plus importante jamais organisée en para-escalade par World Climbing. Cinq étapes du World Climbing Para Series seront proposées à Manchester, Innsbruck, Los Angeles, Catane et Toulouse. Elles s’ajouteront aux Championnats du monde de Brno, portant à six le nombre de rendez-vous internationaux majeurs sur une même saison. Les Championnats du monde de Brno donneront aux para-grimpeurs de certaines catégories sportives une première occasion de se qualifier pour les Jeux paralympiques de Los Angeles 2028. Avant ce rendez-vous, la para-escalade intégrera pour la première fois un événement multisports à l’occasion des Championnats d’Europe paralympiques de Genève, organisés du 2 au 15 août 2027. Cette saison record interviendra un an avant les débuts de la para-escalade au programme des Jeux paralympiques. Toulouse accueillera la dernière étape de para-escalade La France organisera également la dernière étape du World Climbing Para Series, à Toulouse du 29 au 31 octobre 2027. Cette compétition interviendra après les Championnats du monde de Brno et les étapes de Los Angeles et de Catane. Elle portera à trois le nombre de grands rendez-vous internationaux World Climbing organisés en France en 2027 : Chamonix, du 9 au 11 juillet, en difficulté et en vitesse ; Paris, du 24 au 26 septembre, en bloc ; Toulouse, du 29 au 31 octobre, en para-escalade. Les Championnats du monde jeunes 2027 organisés en Inde La saison internationale se terminera par les Championnats du monde jeunes, programmés du 21 au 28 novembre 2027 à Jamshedpur. Il s’agira de la première organisation des Mondiaux jeunes d’escalade en Inde. Cette compétition marquera également le retour du circuit World Climbing dans le pays, après deux étapes de Coupe du monde organisées à Navi Mumbai en 2016 et 2017. Les dates essentielles de la saison 2027 Pour retenir les principaux rendez-vous du calendrier international d’escalade 2027 : 9 avril : lancement du World Climbing Series à Tokyo ; 9 au 11 juillet : étape française de Chamonix ; 13 au 22 août : Championnats du monde à Brno ; 7 au 12 septembre : étape de Los Angeles ; 24 au 26 septembre : finale du bloc à Paris ; 29 au 31 octobre : World Climbing Para Series à Toulouse ; 21 au 28 novembre : Championnats du monde jeunes à Jamshedpur. Avec 13 étapes du circuit principal, deux Championnats du monde, une saison de para-escalade sans précédent et le début des qualifications olympiques, 2027 constituera une année charnière pour l’escalade internationale. Cet article sera actualisé en cas de changement de dates, de lieux ou de disciplines annoncé par World Climbing. ✍️ Théo de GrimpActu
- Jules Marchaland libère King Kang et propose 9b+
Le 27 septembre 2026, Jules Marchaland a réalisé la première ascension de King Kang dans la grotte de Flatanger, en Norvège. Équipée par Adam Ondra en 2013, cette ligne très courte se conclut par un mouvement dynamique extrême. Le Français propose la cotation de 9b+, qui en ferait la voie la plus difficile de sa carrière. ©️Johan Nilsson Un ancien projet d’Adam Ondra vient de tomber dans la grotte mythique de Flatanger. Le Français Jules Marchaland a réussi la première ascension de King Kang, une ligne particulièrement courte dont il propose la cotation de 9b+. L’ascension a été réalisée le 27 septembre 2026, après seulement six journées réparties sur deux séjours. Si la cotation venait à être confirmée par de futures répétitions, King Kang constituerait le premier 9b+ de Marchaland et la voie la plus difficile de son parcours. Un projet équipé par Adam Ondra en 2013 L’histoire de King Kang remonte à 2013. Adam Ondra avait alors équipé la ligne et réussi séparément son mouvement clé : un jeté particulièrement spectaculaire situé dans la partie supérieure. Le Tchèque n’était cependant pas parvenu à réaliser ce mouvement après avoir enchaîné la première partie de la voie. Face à la difficulté de cette liaison, il avait finalement cessé de travailler le projet. Ondra avait néanmoins trouvé une sortie sur la gauche permettant d’éviter le jeté. Cette variante, baptisée Kangaroo’s Limb, avait été libérée en septembre 2013 avec une cotation de 9a+. Sur son carnet de croix, il la décrivait avec humour comme la « sortie de gauche du projet au jeté », tout en invitant les spécialistes des mouvements dynamiques à venir tenter la ligne directe. Treize ans plus tard, Jules Marchaland est finalement parvenu à relier la section d’approche et le mouvement imaginé par Ondra, donnant naissance à King Kang. Six journées réparties sur deux séjours Jules Marchaland avait découvert le projet en 2025, sur les conseils d’Adam Ondra. La ligne avait immédiatement rejoint sa liste de projets rêvés, mais son premier séjour ne lui avait pas permis de s’y investir pleinement. Malade pendant le voyage, le Français n’avait consacré que deux journées à la ligne. Il avait néanmoins réussi la variante de gauche, Kangaroo’s Limb (9a+), avant de repartir avec l’envie de revenir pour tenter la sortie directe. « Après avoir essayé ce projet au jeté l’année dernière, il est immédiatement devenu l’une des lignes qui me faisaient rêver. Adam me l’avait vraiment bien vendue et elle s’est révélée aussi belle que je l’espérais. » De retour à Flatanger en 2026, Marchaland s’est rapidement senti capable de réaliser le projet. Quatre journées supplémentaires lui auront finalement suffi pour réussir l’enchaînement, soit beaucoup moins de temps qu’il ne l’avait envisagé. « Je me suis senti assez bien, assez rapidement dans la voie. Je me suis donc dit que ce serait le projet parfait à essayer cette année. Ça s’est très, très bien passé. » Une entorse au pied juste avant le voyage La participation de Jules Marchaland à ce séjour avait pourtant été remise en question quelques jours avant son départ. Cinq jours avant le voyage, le Français s’est fait une entorse au gros orteil. Pendant un temps, il a pensé devoir renoncer à grimper dans son niveau maximum. La douleur ne se manifestait toutefois que dans certaines positions, notamment lorsqu’il devait charger fortement certains appuis. King Kang s’est finalement révélée être l’une des rares voies de la grotte qui ne sollicitait pas son pied de manière douloureuse. « Il s’est avéré que c’était l’une des seules voies qui ne me faisaient pas mal au pied. Je me suis senti assez bien assez rapidement, alors je me suis dit que ce serait le projet parfait à essayer cette année. » Cette contrainte physique a donc paradoxalement renforcé son choix de se concentrer sur l’ancien projet d’Ondra. ©️Johan Nilsson Une voie qui se joue sur un mouvement King Kang présente une construction inhabituelle. La voie commence par une section d’environ 8b, qui conduit à un bon repos. Elle se poursuit par une séquence estimée autour de 8A+ bloc, jusqu’à la mise en place du jeté final. La difficulté se concentre alors dans ce mouvement dynamique particulièrement exigeant, qu’Adam Ondra était déjà parvenu à réaliser isolément en 2013, sans réussir à l’enchaîner après les mouvements précédents. Pour Jules Marchaland, ce jeté donne à King Kang le caractère d’une voie qui semble presque entièrement se jouer sur un seul mouvement. La préfatigue accumulée dans la section en 8A+ bloc modifie toutefois considérablement la difficulté du geste final. « Ce jeté est complètement fou et donne vraiment l’impression que toute la voie se joue sur un mouvement. » Cette configuration représentait autant une source de motivation qu’une crainte. Avant de réellement s’investir dans le projet, le Français redoutait de se retrouver enfermé dans une succession de journées identiques, à tomber encore et encore au même endroit. « Comme ça se joue principalement sur un mouvement, j’avais peur que toutes mes journées se ressemblent, en tombant tout le temps au même endroit. C’est quelque chose qui m’arrive assez souvent et je n’avais pas envie de retomber dans cette boucle. » Sa progression rapide lui a permis d’éviter ce scénario. Le format très court de la voie impliquait également moins de mouvements et de détails techniques à mémoriser que dans une ligne plus longue. Jules Marchaland estime avoir assimilé ces éléments plus rapidement que prévu, jusqu’à réussir le mouvement décisif avant que l’échec répété ne commence à peser mentalement. Pourquoi proposer 9b+ ? Après la première ascension, Jules Marchaland a proposé la cotation de 9b+. Un niveau qu’il a d’abord hésité à annoncer, notamment en raison de la faible longueur de la voie et du caractère très spécifique de son crux. « Je ne me sentais pas totalement légitime à proposer 9b+. Mais après en avoir discuté avec Adam, cette cotation nous a semblé cohérente. L’effort est très court, mais même une légère préfatigue fait une énorme différence avant un jeté aussi difficile. » La cotation devra désormais être confirmée ou ajustée par de futurs répétiteurs. Elle repose pour le moment sur les sensations de Jules et sur les échanges menés avec Adam Ondra, qui connaissait particulièrement bien le mouvement et les exigences de la ligne. King Kang rejoint ainsi la liste très restreinte des voies proposées à 9b+ dans le monde. Elle devient également l’une des lignes les plus difficiles de Flatanger, aux côtés de Change (9b+), B.I.G et Silence, toutes deux cotées 9c. La libération d’un ancien projet de Flatanger Au-delà de la cotation, cette ascension possède une dimension particulière pour Jules Marchaland. King Kang était l’un des projets historiques encore non libérés de la grotte norvégienne et avait été imaginé par l’un des grimpeurs ayant le plus contribué au développement de Flatanger. « C’était génial à essayer et je suis hyper content d’avoir pu libérer un vieux projet de cette grotte mythique. C’était une voie incroyable, qui m’a fait rêver avec ses mouvements dynamiques. C’est vraiment quelque chose que j’adore. » Marchaland a également tenu à remercier Adam Ondra pour lui avoir présenté le projet et lui avoir donné l’occasion de tenter cette ligne. « Merci à Adam de m’avoir parlé de ce projet et de m’avoir donné l’opportunité de le grimper. C’est un véritable honneur. » Avec King Kang, Jules Marchaland réalise une première ascension majeure dans l’un des sites les plus emblématiques de l’escalade mondiale. Reste désormais à attendre les prochaines répétitions pour savoir si la proposition de 9b+ sera confirmée. ©️Johan Nilsson ✍️ Théo de GrimpActu
- Babsi Zangerl réalise la première féminine de WoGü (8c)
➡️ You can find the English version of this article right here. Les 22 et 23 août 2026, Jacopo Larcher et Babsi Zangerl ont libéré WoGü (8c), grande voie mythique du Rätikon, à un jour d’intervalle. Après un mois de travail, les deux grimpeurs ont réussi dès leur première tentative depuis le bas. L’Autrichienne réalise au passage la première ascension féminine de la voie. Neuf longueurs, 270 mètres d’escalade et un itinéraire engagé ouvert par Beat Kammerlander à la fin des années 1990 : WoGü fait partie des grandes voies les plus emblématiques et difficiles des Alpes. Située sur la septième Kirchlispitze, dans le Rätikon suisse, elle n’avait jusqu’ici été libérée que par une poignée de grimpeurs. Les 22 et 23 août 2026, deux nouveaux noms se sont ajoutés à cette liste particulièrement courte. Jacopo Larcher a d’abord réussi la voie, avant que Babsi Zangerl la fasse dès le lendemain. Tous deux ont enchaîné WoGü lors de leur première tentative complète après plusieurs séances de travail réparties sur un mois. Au-delà de ce doublé réalisé en deux jours, l’ascension de Babsi Zangerl marque une étape historique : elle devient la première femme à libérer l’intégralité de WoGü. ©️Jonathan Faeth / Timeline Production Un projet commencé presque spontanément Le couple venait déjà de conclure un autre projet majeur dans le Rätikon avec l’ascension de Déjà, une grande voie encore plus difficile sur le papier. Leur matériel se trouvait toujours au pied de la paroi et WoGü, située seulement une cinquantaine de mètres plus loin, faisait partie des lignes qu’ils rêvaient de découvrir depuis plusieurs années. « Nous voulions aller voir cette voie depuis longtemps. Nous avions énormément de respect pour elle et pour son histoire. Elle était devenue légendaire à nos yeux et la grimper représentait un petit rêve. » Les images de Beat Kammerlander lors de son ouverture depuis le bas, puis celles d’Adam Ondra pendant la première ascension en libre, réalisée en 2008 alors qu’il n’avait que 15 ans, ont largement participé à construire la réputation de WoGü. Si sa difficulté maximale est inférieure à celle de Déjà, la voie se montre particulièrement soutenue. Elle enchaîne les passages techniques et les sections typées bloc, sur un calcaire exigeant et avec des points parfois très espacés. « C’est une voie de Beat Kammerlander, alors il faut s’attendre à de grandes distances entre les points. Arriver du bas jusqu’au sommet pour la première fois n’est probablement jamais simple. Mais c’est aussi ce qui rend ces voies aussi attirantes : elles restent toujours une aventure. » ➡️ À lire ici : Babsi Zangerl réalise une ascension historique de Déjà (8c+) Neuf longueurs et presque aucune marge d’erreur Larcher et Zangerl ont commencé à travailler WoGü durant la dernière semaine de juillet. Ils sont rapidement parvenus à réaliser séparément toutes les longueurs, mais l’enjeu principal était ailleurs : parvenir à les enchaîner au cours d’une même journée. Le couple a passé plusieurs soirées dans la paroi, la chaleur estivale rendant l’escalade difficile plus tôt dans la journée. Après être arrivés dans le Rätikon en fin d’après-midi, ils terminaient régulièrement leurs séances à la frontale. Certaines sections, particulièrement abrasives, les empêchaient également de grimper deux jours consécutifs. La première longueur cotée 8c développe environ 45 mètres. Elle commence par une longue section autour du 8a, ponctuée de quelques repos et d’un passage engagé, avant un mouvement de bloc difficile situé juste sous le relais. Une chute à cet endroit impose de recommencer l’ensemble de la longueur. La différence de taille entre les deux grimpeurs les a obligés à utiliser des méthodes différentes. Larcher a rapidement trouvé une solution correspondant à son allonge, tandis que Zangerl a dû consacrer davantage de temps à la recherche d’une méthode adaptée. Des 8b+ courts, techniques et engagés La difficulté de WoGü ne repose pas uniquement sur sa longueur en 8c. L’une des sections qui a demandé le plus de travail au couple est une longueur très courte en 8b+, haute d’environ douze mètres. Verticale, voire légèrement en dalle par endroits, elle se déroule sur de minuscules prises de mains et de pieds. La précision y est essentielle : le moindre déséquilibre peut provoquer la chute. La longueur suivante, surnommée Badewanne, constitue un autre morceau particulièrement redouté. La présence d’une dalle sous le grimpeur rend la chute impressionnante. Après un petit repos, la longueur se poursuit sur des réglettes extrêmement tranchante. Pour Jacopo Larcher, cette section et le court 8b+ précédent représentaient les deux plus grandes difficultés de l’itinéraire. Un second 8b+, plus raide et plus proche de l’escalade sportive, propose ensuite trois passages difficiles séparés par de bons repos. Les deux dernières longueurs sont plus abordables sur le papier, mais restent exigeantes, notamment lorsque la partie supérieure de la voie est humide. ©️Jonathan Faeth / Timeline Production Jacopo Larcher ouvre la voie sous la menace de la pluie Exactement un mois après leur première séance dans WoGü, les deux grimpeurs se sont estimés prêts à tenter l’enchaînement complet. Leur objectif était clair : chacun devait grimper toutes les longueurs en tête. L’un réaliserait sa tentative tandis que l’autre l’assurerait, avant d’échanger les rôles le lendemain. Babsi Zangerl avait été la première à tenter Déjà. Cette fois, Jacopo Larcher s’est donc lancé en premier. Les conditions ont pourtant failli repousser leur projet. Après une nuit pluvieuse, la paroi était entièrement trempée au réveil. Le couple a attendu jusqu’à midi dans son van sans réellement croire à une tentative possible, avant de voir progressivement le rocher sécher. Larcher a commencé prudemment, puis a retrouvé de la confiance au fil des longueurs. Il a franchi le premier 8c dès son premier essai de la journée, économisant ainsi une énergie précieuse pour la suite. Il est ensuite tombé dans le court 8b+ après avoir perdu l’équilibre. Quelques minutes de repos et une nouvelle révision de la méthode lui ont suffi pour réussir la longueur lors de sa tentative suivante. Badewanne lui a également demandé un essai supplémentaire. Après une erreur dans le début de la longueur, qui l’a conduit à saisir une dégaine, l’Italien est reparti presque immédiatement et a atteint le relais malgré une nouvelle alerte dans le crux supérieur. Les longueurs suivantes se sont déroulées sans chute. La dernière, pourtant l’une des moins difficiles de la voie, lui a réservé un ultime combat en raison de prises encore humides. « Nous n’étions même pas certains de pouvoir grimper avant midi et, quelques heures plus tard, je me retrouvais au sommet de l’une des grandes voies les plus emblématiques des Alpes. » Babsi Zangerl réalise la première ascension féminine Après une courte nuit, le couple est revenu au pied de la paroi pour la tentative de Babsi Zangerl. La météo était plus favorable, mais la hausse annoncée des températures a poussé l’Autrichienne à partir très tôt afin d’atteindre les longueurs les plus difficiles avant leur passage au soleil. La première dalle en 7a était encore complètement mouillée. Une difficulté loin d’être anodine sur un terrain technique et parfois engagé. Zangerl est néanmoins parvenue à franchir cette première étape avant de poursuivre sur une paroi globalement sèche. Dans le 8c, elle devait réaliser une méthode différente de celle de Larcher, avec un dernier mouvement jugé particulièrement aléatoire. Elle a atteint la dernière prise au terme d’un jeté engagé et a ainsi évité de devoir recommencer les 45 mètres de la longueur. Elle a ensuite réussi dès son premier essai du jour le court 8b+ qui l’inquiétait le plus. Les prises coupantes et la chaleur déjà présente auraient pu rendre les tentatives supplémentaires particulièrement coûteuses pour la peau. Badewanne est également passée dès le premier essai malgré une erreur de méthode qui l’a obligée à improviser. Même réussite dans le dernier 8b+, puis dans le 8a+ et les longueurs finales. Babsi Zangerl a ainsi atteint le sommet de WoGü sans chuter au cours de cette première tentative complète. Une journée après Larcher, elle devenait la première grimpeuse à libérer l’intégralité de la voie. « Nous savions que nous pouvions y arriver, mais nous ne pensions pas réussir tous les deux à un jour d’intervalle et dès notre première véritable tentative d’enchaînement. » Une voie libérée par seulement sept grimpeurs Avant l'enchaînement de Jacopo Larcher et Babsi Zangerl, seuls cinq grimpeurs avaient réalisé une ascension documentée de WoGü en libre. Adam Ondra avait signé la première libération en 2008, à seulement 15 ans. Edu Marín l’avait ensuite répétée en 2016, suivi par Roland Hemetzberger en 2017, Cédric Lachat en 2020 et Louna Ladevant en 2023. Pour le couple, ce doublé conclut un été particulièrement dense dans le Rätikon. Malgré leurs nombreuses expériences dans le massif, son calcaire technique, ses mouvements précis et l’engagement de ses voies continuent de leur imposer une période d’adaptation. WoGü aura finalement été la conclusion idéale. « Quel week-end parfait et quelle manière idéale de terminer notre saison dans le Rätikon. Immense respect à Beat pour avoir ouvert une telle ligne à cette époque. Tu es une légende et une grande source d’inspiration. » ©️Jonathan Faeth / Timeline Production Babsi Zangerl Claims the First woman Ascent of WoGü (8c) On August 22 and 23, 2026, Jacopo Larcher and Babsi Zangerl made back-to-back free ascents of WoGü (8c), one of the Rätikon’s most iconic multipitch routes. After working the line for a month, both climbers succeeded on their first complete redpoint attempts. Zangerl’s ascent also marked the first female free ascent of the route. Nine pitches, 270 metres of climbing and a demanding line established by Beat Kammerlander in the late 1990s: WoGü is widely regarded as one of the most iconic and difficult multipitch routes in the Alps. Located on the seventh Kirchlispitze in Switzerland’s Rätikon range, it had previously been free climbed by only a handful of climbers. On August 22 and 23, 2026, two more names were added to that short list. Jacopo Larcher completed the route first, before Babsi Zangerl followed just one day later. After several sessions spread over a month, both succeeded on their first full redpoint attempts. Beyond completing the route on consecutive days, Zangerl achieved an additional milestone by becoming the first woman to free climb WoGü in its entirety. A Project That Began Almost Spontaneously The pair had already completed another major project in the Rätikon with their ascents of Déjà, a multipitch route that is even more difficult on paper. Their equipment was still stored beneath the wall and WoGü, located only around 50 metres to the right, was a line they had wanted to try for several years. “We had wanted to check it out for years. At the same time, we had huge respect for it, knowing its history. For us, it was one of those routes that had become legendary and would have been a little dream to climb.” The iconic images of Beat Kammerlander during his ground-up ascent, followed by photographs of a 15-year-old Adam Ondra making the first free ascent in 2008, helped establish WoGü’s legendary reputation. Although its maximum grade is lower than that of Déjà, WoGü is considerably more sustained. It combines technical climbing with several hard, bouldery sections on demanding limestone, while some sections feature significant distances between the protection points. “It’s a Beat Kammerlander route, which means you can expect some big runouts. Getting from the bottom to the top for the first time probably isn’t going to be easy. But that is also what makes these routes so appealing to us. They are always an adventure.” Nine Pitches With Almost No Room for Error Larcher and Zangerl began working on WoGü during the final week of July. They quickly managed to climb each pitch individually, but the main challenge was to link every pitch within a single day. The pair spent several evenings on the wall, as the summer heat made climbing difficult earlier in the day. They would arrive in the Rätikon during the late afternoon and regularly finish their sessions by headlamp. Some sections were also extremely sharp and abrasive, meaning they were rarely able to climb on two consecutive days. The first 8c pitch is approximately 45 metres long. It begins with an extended section around 8a, featuring a few rests and a substantial runout, before ending with a difficult boulder problem immediately below the anchor. Falling at this point requires the climber to repeat the entire first section. The difference in height between the two climbers meant they had to use different beta. Larcher quickly found a sequence that suited his reach, while Zangerl needed more time to discover an alternative method. Short, Technical and Runout 8b+ Pitches The difficulty of WoGü does not rest solely on its 8c pitch. One of the sections requiring the most work was a very short 8b+ pitch measuring approximately 12 metres. Vertical and, in places, slightly less than vertical, it follows extremely small handholds and footholds. Precision is essential, as even the slightest mistake or loss of balance can result in a fall. The following pitch, known as Badewanne, presented another significant challenge. Its opening section is difficult to read and cannot simply be climbed by pulling from one bolt to the next. A slab beneath the climber also makes falling feel particularly uncomfortable. After a small rest, the pitch continues through a crimpy section on extremely sharp holds. For Larcher, Badewanne and the short 8b+ below it were the two most challenging sections of the entire route. Another 8b+ follows higher on the wall. Steeper and more similar to sport climbing, it features three difficult sections separated by very good rests, although the protection remains widely spaced. The final two pitches are easier on paper, but they still require concentration, especially when the upper section of the last pitch is wet. Jacopo Larcher Sets Off After the Rain Exactly one month after their first session on WoGü, the two climbers felt ready to attempt the complete route. Their objective was clear: both wanted to lead every pitch. One would climb while the other belayed, before switching roles the following day. As Babsi Zangerl had gone first on Déjà, it was Larcher’s turn to make the first attempt. The weather almost forced them to postpone their plans. After heavy rain during the night, the wall was completely soaked the following morning. The pair waited in their van until midday and did not believe climbing would be possible. When the rock began to dry, however, they decided to hike to the base of the route. Larcher started cautiously but became increasingly confident as he progressed. He completed the first 8c pitch on his first attempt of the day, saving valuable energy for the remaining difficulties. He then fell on the short 8b+ after losing his balance. The pitch was sufficiently short and technical that he did not need much time to recover. After reviewing the sequence and resting for a few minutes, he set off again and reached the anchor. Badewanne also required a second attempt. Larcher made a mistake in the opening section and grabbed a quickdraw. After another short rest, he started again and completed the pitch, despite nearly falling at the upper crux. The following pitches went smoothly, allowing him to reach the final section quickly. Although it is one of the easiest pitches on paper, its upper part was still wet and forced him to fight until the very end. “We weren’t even sure we would climb until noon, and a few hours later I was standing on top after climbing one of the most iconic multipitches in the Alps.” Babsi Zangerl Makes the First Female Ascent Following a short night, the pair returned to the base of the wall for Babsi Zangerl’s attempt. The weather forecast was more favourable, but rising temperatures encouraged the Austrian climber to start very early so that she could reach the most difficult pitches while they were still in the shade. The first 7a slab was still completely wet. This was far from straightforward on technical and occasionally runout terrain. Zangerl nevertheless fought her way through this difficult opening pitch, while the rest of the wall appeared largely dry. On the 8c pitch, she had to use a different sequence from Larcher. The final move was particularly low-percentage and she was determined not to repeat the entire 45-metre pitch. Climbing confidently, she reached the final section and committed to a throw for the last hold, successfully completing the pitch on her first attempt of the day. She then reached the short 8b+ that had worried her the most. The insecure climbing, sharp holds and increasing heat meant additional attempts could have been particularly costly for her skin. Nevertheless, everything went smoothly and she completed it first go. Badewanne followed. After making a mistake in her planned sequence, Zangerl was forced to improvise, but she still completed the pitch on her first attempt. She also climbed the final 8b+ first go, despite being concerned about a long move in the middle of the pitch. The following 8a+ felt more difficult than expected, but she completed it without falling, along with the final pitch. Zangerl therefore reached the top of WoGü without falling during her first complete redpoint attempt. One day after Larcher, she became the first woman to free climb the entire route. “We knew we could do it, but we didn’t expect to both climb it back-to-back and on our first full redpoint attempts.” A Route Free Climbed by Only Seven Climbers Before the ascents of Jacopo Larcher and Babsi Zangerl, only five climbers had completed documented free ascents of WoGü. Adam Ondra made the first free ascent in 2008, when he was only 15 years old. Edu Marín repeated the route in 2016, followed by Roland Hemetzberger in 2017, Cédric Lachat in 2020 and Louna Ladevant in 2023. Zangerl’s achievement should not be described as the first female ascent of an 8c multipitch pitch, but more precisely as the first female free ascent of WoGü in its entirety. For the pair, the back-to-back ascents brought an intense summer in the Rätikon to a fitting conclusion. Despite spending many years climbing in the range, its technical movement, uncompromising limestone and often serious protection continue to demand a period of adaptation. WoGü ultimately provided an ideal conclusion to their season: a route steeped in climbing history, demanding enough to require a month of preparation and finally completed together on consecutive days on the seventh Kirchlispitze. “What a perfect weekend and the perfect way to end our Rätikon season for this year. Huge respect to Beat for putting up such a line back in the day. You’re a legend and a big inspiration.” ©️Jonathan Faeth / Timeline Production ✍️ Théo – GrimpActu
- Quatre 9a pour Giovanni Placci, un 9a flash pour Filip Schenk
➡️ You can find the Italian version of this article right here. Du 15 au 18 septembre 2026, Giovanni Placci a enchaîné quatre 9a en quatre jours entre La Stazione et Albenga. Le dernier jour, Filip Schenk a également marqué cette semaine en réussissant Vivi si muore 9a flash, après quinze minutes d’effort et un ultime mouvement vers une prise invisible. ©️Alberto di Guida À peine sa saison internationale terminée, Giovanni Placci avait déjà retrouvé le rocher. Quelques jours après la dernière étape de Coupe du monde à Koper, l’Italien de 25 ans s’est offert une séquence particulièrement dense : quatre voies cotées 9a en quatre journées consécutives. Quatre journées et quatre 9a Le 15 septembre, Giovanni Placci a commencé avec Prima Classe 9a, réussie dès son deuxième essai. Le lendemain, il s’est rendu à Albenga pour tenter Narcissus 9a, finalement enchaînée à sa troisième tentative. Placci a poursuivi le 17 septembre avec Trainspotting 9a, également réalisée au deuxième essai, avant de conclure cette série le 18 septembre au sommet de Vivi si muore 9a. Au-delà de l’accumulation des quatre voies, la manière dont l’Italien a abordé les lignes de La Stazione donne une autre dimension à cette série. Trois tentatives flash manquées de peu Giovanni Placci souhaitait tenter flash les trois 9a de La Stazione. Leur caractère proche de l’escalade de compétition, associé à des mouvements adaptés à son style, en faisait un terrain particulièrement favorable après plusieurs mois consacrés au circuit international. L’exercice ne lui était pas inconnu. Au cours de l’été, il avait déjà réussi The Famous Gem 9a flash à La Saume. Cette fois, il n’est toutefois pas parvenu à transformer ses premières tentatives. « Le jeu du flash ne laisse aucune place à l’erreur. Je suis passé très près dans les trois voies, particulièrement dans Vivi si muore, où ma main droite a glissé dans le dernier mouvement. » Cette chute à un mouvement du sommet illustre la faible marge qui l’a séparé d’un nouveau 9a flash. Ses deux autres tentatives se sont également achevées près de la réussite, avant qu’il ne concrétise rapidement lors des essais suivants. Prima Classe et Trainspotting ont ainsi été enchaînées au deuxième essai. À Albenga, une tentative supplémentaire lui aura été nécessaire pour venir à bout de Narcissus. ©️Alberto di Guida Filip Schenk réussit le flash de Vivi si muore Le 18 septembre, Filip Schenk s’est offert Vivi si muore dès son premier essai. Après environ quinze minutes d’effort, l’Italien de 26 ans est parvenu à maîtriser les trois sections de la ligne avant de réussir le mouvement final vers une prise impossible à voir. Équipée puis libérée par Lorenzo Bogliacino en 2025, la voie est composée de trois parties séparées par des repos relativement confortables. La première section est la plus intense, tandis que le dernier passage comporte un mouvement particulièrement aléatoire vers une prise invisible pendant son exécution. Pour préparer sa tentative, Schenk a bénéficié des conseils de Giorgio Tomatis, qui travaillait lui-même la voie et lui a présenté les mouvements. Giovanni Placci l’a ensuite aidé à choisir sa méthode et l’a encouragé à se lancer dans une tentative flash. Arrivé au dernier mouvement après quinze minutes de combat, Schenk s’est jeté vers la prise finale et est parvenu à la tenir dès son premier passage. Issu de la compétition, il estime que son expérience l’a aidé à lire la ligne, choisir la bonne méthode et gérer la pression. Cette réussite lui donne désormais envie de repousser ses limites dans l’exercice du flash. Un retour immédiat vers la falaise Cette semaine italienne marque le début d’une nouvelle période pour Giovanni Placci. Après une saison largement structurée autour des compétitions, il souhaite désormais accorder davantage de temps à ses projets en extérieur. « Après avoir terminé la saison de compétition avec la Coupe du monde de Koper, j’avais hâte de retourner sur le rocher. L’année dernière, je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à l’escalade en extérieur, mais cette année, je veux vraiment m’y investir davantage. » La Stazione constituait une destination particulièrement adaptée à cette transition. Placci décrit le site comme très proche de l’escalade de compétition, une caractéristique qui lui permettait d’exploiter sa forme du moment tout en retrouvant les exigences propres à la falaise. Malgré ses trois flashs manqués, l’Italien retient surtout son niveau physique et la qualité des voies rencontrées. « Cette fois, je les ai manqués. Malgré cela, je suis vraiment heureux d’avoir grimpé ces belles lignes et de me sentir actuellement dans une telle forme. » La Rage d’Adam 9b/+ reste l’objectif principal Ces quatre 9a ne constituaient pourtant pas le but majeur de sa reprise en extérieur. Giovanni Placci garde en ligne de mire La Rage d’Adam 9b/+, son projet à La Ramirole. En attendant des conditions plus favorables pour retourner travailler cette voie, il avait choisi de consacrer une semaine à des lignes moins difficiles que son objectif principal et à la découverte de nouveaux sites. ©️Alberto di Guida Quattro 9a per Giovanni Placci, un 9a flash per Filip Schenk Dal 15 al 18 settembre 2026, Giovanni Placci ha salito quattro vie di 9a in quattro giorni tra La Stazione e Albenga. Nell’ultima giornata, Filip Schenk ha completato questa eccezionale sequenza realizzando Vivi si muore 9a flash, dopo quindici minuti di lotta e un ultimo movimento verso una presa cieca. Appena conclusa la stagione internazionale, Giovanni Placci era già tornato sulla roccia. Pochi giorni dopo l’ultima tappa di Coppa del Mondo a Koper, il venticinquenne italiano ha completato una sequenza particolarmente intensa: quattro vie di 9a in quattro giornate consecutive. ©️Alberto di Guida Quattro giorni e quattro 9a Il 15 settembre, Giovanni Placci ha iniziato con Prima Classe 9a, chiusa al secondo tentativo. Il giorno seguente si è spostato ad Albenga per provare Narcissus 9a, completata al terzo tentativo. Il 17 settembre Placci ha aggiunto Trainspotting 9a, anche questa salita al secondo tentativo, prima di concludere la serie il 18 settembre su Vivi si muore 9a. Al di là dei quattro 9a, il modo in cui l’italiano ha affrontato le vie de La Stazione aggiunge un’altra dimensione a questa serie. Tre tentativi flash sfiorati Giovanni Placci voleva provare flash le tre vie di 9a de La Stazione. Il loro stile vicino all’arrampicata di gara e i movimenti particolarmente adatti alle sue caratteristiche rendevano la falesia un terreno ideale dopo diversi mesi dedicati al circuito internazionale. L’esercizio non era nuovo per lui. Durante l’estate aveva già salito The Famous Gem 9a flash a La Saume. Questa volta, però, non è riuscito a concretizzare i primi tentativi. « Nel gioco del flash non c’è spazio per gli errori. Sono andato molto vicino su tutte e tre le vie, soprattutto su Vivi si muore, dove la mano destra mi è scivolata sull’ultimo movimento. » La caduta a un solo movimento dalla catena mostra quanto poco sia mancato a Placci per realizzare un altro 9a flash. Anche gli altri due tentativi si sono conclusi vicino alla riuscita, prima che l’italiano completasse rapidamente le vie nei giri successivi. Prima Classe e Trainspotting sono state quindi chiuse al secondo tentativo. Ad Albenga gli è servito un tentativo in più per completare Narcissus. Filip Schenk realizza il flash di Vivi si muore Il 18 settembre, Filip Schenk ha salito Vivi si muore al primo tentativo. Dopo circa quindici minuti di arrampicata, il ventiseienne italiano è riuscito a gestire le tre sezioni della via prima di completare il movimento finale verso una presa non visibile. Chiodata e liberata da Lorenzo Bogliacino nel 2025, la via è composta da tre parti separate da riposi relativamente buoni. La prima sezione è la più intensa, mentre la parte conclusiva presenta un movimento particolarmente aleatorio verso una presa che non può essere vista durante l’esecuzione. Per preparare il tentativo, Schenk ha potuto contare sui consigli di Giorgio Tomatis, che stava lavorando la via e gli ha mostrato i movimenti. Giovanni Placci lo ha poi aiutato a scegliere la soluzione migliore e lo ha incoraggiato a tentare il flash. Arrivato all’ultimo movimento dopo quindici minuti di lotta, Schenk si è lanciato verso la presa finale ed è riuscito a tenerla al primo tentativo. La sua esperienza nelle competizioni lo ha aiutato a leggere la linea, scegliere il metodo più adatto e gestire la pressione. Questa salita gli ha dato ora la motivazione per cercare nuovamente il flash e alzare progressivamente il proprio limite. Un ritorno immediato sulla roccia Questa settimana italiana segna l’inizio di un nuovo periodo per Giovanni Placci. Dopo una stagione organizzata principalmente intorno alle competizioni, ora vuole dedicare più tempo ai suoi progetti in falesia. « Dopo aver concluso la stagione agonistica con la Coppa del Mondo di Koper, non vedevo l’ora di tornare sulla roccia. L’anno scorso non ho avuto molto tempo da dedicare all’arrampicata outdoor, ma quest’anno voglio davvero investirci di più. » La Stazione rappresentava una destinazione particolarmente adatta a questa transizione. Placci descrive il sito come molto vicino all’arrampicata di gara, una caratteristica che gli ha permesso di sfruttare la forma del momento ritrovando allo stesso tempo le esigenze specifiche della falesia. Nonostante i tre flash mancati, l’italiano conserva soprattutto le buone sensazioni fisiche e la qualità delle vie incontrate. « Questa volta non ci sono riuscito. Nonostante ciò, sono davvero felice di aver salito queste bellissime vie e di sentirmi così in forma in questo momento. » La Rage d’Adam 9b/+ rimane l’obiettivo principale I quattro 9a non rappresentavano però l’obiettivo principale del suo ritorno sulla roccia. Giovanni Placci continua ad avere nel mirino La Rage d’Adam 9b/+, il suo progetto a La Ramirole. In attesa di condizioni più favorevoli per tornare a lavorare la via, aveva scelto di dedicare una settimana a linee meno difficili rispetto al suo obiettivo principale e alla scoperta di nuove falesie. ©️Alberto di Guida ✍️ Théo de GrimpActu
- Performance en escalade : quels sont les facteurs physiques qui font vraiment la différence ?
Pourquoi deux grimpeurs capables de réaliser les mêmes mouvements séparément n’obtiennent-ils pas toujours le même résultat dans une voie ou un bloc ? Force des doigts, explosivité, endurance des avant-bras, récupération ou encore rapport poids-puissance : plusieurs qualités physiques peuvent influencer la performance, mais leur importance varie selon le type d’effort. La performance en escalade ne se résume toutefois pas au physique. Elle résulte de l’interaction entre de nombreux facteurs : les capacités techniques et mentales, la lecture, la gestion de l’effort, la récupération ou encore les conditions de pratique. Nous avons déjà consacré un article à cette approche globale : ➡️ À lire ici : « La performance en escalade : pour une approche multifactorielle » Dans ce nouvel article, nous avons choisi de nous concentrer sur l’un de ces grands piliers : les facteurs physiques et physiologiques. Quelles qualités font réellement la différence ? Pourquoi les exigences ne sont-elles pas les mêmes en bloc et en voie ? Et comment identifier le facteur qui limite véritablement notre progression ? Force maximale, explosivité, endurance, récupération et économie de mouvement : découvrons ensemble les mécanismes physiques de la performance en escalade. ©️ Nicolas Vaillant Bloc et voie : des contraintes physiques différentes Comparer le bloc et la voie revient presque à comparer le sprint et la course de fond. Les deux disciplines reposent sur une même activité, mais elles ne sollicitent pas l’organisme de la même manière. En bloc, l’effort est généralement court, intense et composé d’un nombre limité de mouvements. Le grimpeur doit être capable de produire beaucoup de force, parfois très rapidement, pour tenir une petite prise, réaliser un mouvement explosif ou stabiliser une réception. En voie, l’effort s’étend sur une durée plus importante. Il faut produire de la force, mais aussi la répéter, gérer la fatigue et profiter de chaque relâchement pour récupérer. La difficulté ne réside donc pas seulement dans la réalisation d’un mouvement isolé, mais dans la capacité à enchaîner l’ensemble de la voie. Ces différences ne doivent pas être considérées comme une opposition stricte. Un bloqueur a besoin d’endurance pour répéter ses essais et soutenir certaines séquences. Un grimpeur de voie doit posséder suffisamment de force pour franchir les passages les plus difficiles. Ce sont surtout la proportion et la combinaison de ces qualités qui varient. La performance physique se joue à deux niveaux Pour comprendre ce qui limite un grimpeur, il ne suffit pas d’étudier la force de ses doigts. La performance physique repose sur deux ensembles de facteurs. Les facteurs généraux concernent le corps dans son ensemble : sa capacité à produire et transmettre la force, à se placer efficacement et à supporter la répétition des entraînements. Les facteurs locaux concernent principalement les doigts et les avant-bras. Ils déterminent la force que le grimpeur peut exercer sur une prise, la vitesse à laquelle il peut la produire, la durée pendant laquelle il peut la maintenir et sa capacité à récupérer entre deux contractions. Ces deux niveaux sont indissociables. Des avant-bras puissants perdent une partie de leur efficacité si le reste du corps ne permet pas de transmettre correctement la force. À l’inverse, un grimpeur mobile et bien gainé restera limité s’il ne peut plus tenir les prises. Les facteurs généraux : construire un corps capable de grimper Avant de nous concentrer sur les avant-bras, il faut considérer le grimpeur dans son ensemble. Pour produire un mouvement efficace, le corps doit être capable de générer de la force, de la transmettre jusqu’aux prises et de maintenir des positions parfois contraignantes. Le rapport poids-puissance En escalade, le pratiquant doit déplacer son propre corps. La relation entre la force disponible et la masse à déplacer influence donc naturellement la performance. Prenons deux grimpeurs capables de produire une force similaire. Celui pour lequel chaque mouvement représente le plus faible pourcentage de ses capacités disposera généralement de davantage de marge pour se déplacer, se stabiliser et répéter les efforts. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut chercher à perdre du poids à tout prix. Le véritable objectif consiste à développer une force utile par rapport à sa masse corporelle, tout en préservant sa santé, sa récupération et sa capacité à s’entraîner. Une restriction alimentaire excessive peut provoquer une diminution de l’énergie disponible, une moins bonne récupération et une fragilisation de l’organisme. À terme, elle risque donc de produire l’effet inverse de celui recherché. Pour la majorité des grimpeurs, développer la force, la technique et la coordination constitue une démarche plus pertinente et plus durable. Mobilité, stabilité et transmission de la force La force produite par les doigts ne fonctionne jamais de manière isolée. Pour être utile, elle doit s’inscrire dans une chaîne corporelle suffisamment stable et mobile. Une bonne mobilité permet de rapprocher le bassin du mur, d’atteindre certaines amplitudes et de mieux utiliser les membres inférieurs. La stabilité du tronc et des épaules aide quant à elle à transmettre la force entre les différents points d’appui. Un grimpeur peut posséder des doigts solides tout en étant limité par une épaule instable, un manque de mobilité de hanche ou une difficulté à maintenir la tension entre ses pieds et ses mains. Dans ce cas, renforcer uniquement les doigts ne répond pas au véritable problème. La performance générale dépend donc moins de la puissance d’un muscle isolé que de la capacité du corps à coordonner l’ensemble de ses segments. Pouvoir s’entraîner sans se blesser La prévention des blessures fait également partie de la performance. Pour progresser, le grimpeur doit pouvoir répéter les séances tout en laissant le temps aux muscles, aux tendons et aux poulies de s’adapter. Les muscles progressent généralement plus vite que les tissus conjonctifs. Une augmentation brutale de l’intensité, du volume ou du nombre de séances spécifiques peut alors créer un décalage entre les capacités musculaires et la résistance des structures sollicitées. Un entraînement efficace ne cherche donc pas seulement à provoquer une adaptation. Il doit également organiser une progression que le corps peut réellement absorber. Lorsque les facteurs généraux sont suffisamment développés, la limitation apparaît souvent à une échelle beaucoup plus petite : celle des doigts et des avant-bras. Les facteurs locaux : quand les avant-bras deviennent le maillon faible Dans de nombreuses situations, la chute survient lorsque le grimpeur n’est plus capable de produire ou de maintenir la force nécessaire sur une prise. Les doigts commencent à s’ouvrir, la qualité des placements se dégrade et le mouvement suivant devient impossible. Les muscles des avant-bras sont relativement petits, mais ils doivent assurer une succession de contractions parfois très intenses. Leur performance dépend alors d’une chaîne logique : produire de la force, la mobiliser rapidement, la répéter et récupérer entre les mouvements. 1. Produire suffisamment de force pour tenir les prises La force maximale de préhension correspond à la force la plus importante qu’un grimpeur peut produire sur une prise. Elle constitue l’un des principaux facteurs physiques de la performance, particulièrement en bloc. Plus cette force maximale est élevée, plus une prise donnée représente un faible pourcentage des capacités du grimpeur. Si un mouvement exige presque toute sa force disponible, il disposera de très peu de marge pour se déplacer ou poursuivre l’effort. Pour un grimpeur plus fort, la même prise pourra être tenue avec une sollicitation relative moins importante. Développer sa force maximale ne sert donc pas uniquement à tenir des prises plus petites. Cela peut également rendre certaines prises moins coûteuses et faciliter la répétition des mouvements. Mais posséder suffisamment de force ne garantit pas encore la réussite. Dans les mouvements les plus rapides, il faut aussi être capable de la produire presque instantanément. 2. Mobiliser cette force rapidement Lors d’un mouvement dynamique, le grimpeur ne dispose parfois que de quelques fractions de seconde pour saisir et stabiliser la prise suivante. La vitesse à laquelle il produit sa force devient alors aussi importante que la quantité totale de force dont il dispose. Cette qualité est souvent appelée taux de développement de la force. Elle se rapproche de l’explosivité et intervient fortement dans la force de contact : la capacité à refermer rapidement les doigts et à retenir le corps au moment où la main rencontre la prise. Un grimpeur peut donc être suffisamment fort pour tenir une prise lorsqu’il est correctement installé, mais ne pas réussir à mobiliser cette force assez vite après un jeté. Il touche la prise, mais ses doigts ne produisent pas immédiatement la tension nécessaire pour stopper son mouvement. Cette capacité joue un rôle particulièrement important en bloc. En voie, elle intervient également dans les passages dynamiques ou lorsqu’une prise doit être saisie rapidement, mais la difficulté principale réside souvent dans la répétition de l’effort. 3. Répéter les contractions sans perdre trop de force Réussir un mouvement isolé ne suffit pas pour enchaîner une voie. Il faut pouvoir répéter les contractions sans que la force disponible diminue au point de provoquer la chute. L’endurance locale des avant-bras désigne cette capacité à maintenir ou reproduire un effort au fil des mouvements. Elle dépend à la fois : de l’intensité de chaque contraction ; de sa durée ; du nombre de mouvements ; du temps de relâchement entre les prises ; de la force maximale du grimpeur ; de sa capacité à récupérer. Un grimpeur plus fort peut parfois sembler plus endurant simplement parce que chaque prise représente un pourcentage moins élevé de sa force maximale. À l’inverse, un grimpeur très endurant restera limité si certains mouvements dépassent sa capacité maximale. Pour évaluer l’accumulation de l’effort, la recherche utilise notamment l’intégrale force-temps. Cette donnée tient compte de la force produite et de la durée pendant laquelle elle est maintenue. Sans entrer dans les calculs, elle illustre une idée essentielle : plus un grimpeur peut produire de force longtemps ou répéter des contractions importantes, plus sa capacité à soutenir l’effort est élevée. L’endurance n’est toutefois pas seulement la capacité à résister à la fatigue. Elle dépend également de la manière dont les avant-bras produisent et renouvellent leur énergie. 4. Alimenter les avant-bras pendant l’effort Lorsqu’un grimpeur serre une prise, les muscles fléchisseurs des doigts se contractent de manière isométrique : ils produisent de la force sans mouvement important du muscle. Dans les passages difficiles, ces contractions sont souvent courtes et intenses. L’organisme mobilise alors en priorité des réserves immédiatement disponibles, notamment par l’intermédiaire du système anaérobie alactique. Ce système peut fournir rapidement de l’énergie, mais ses réserves sont limitées. Entre deux prises, lors d’un changement de main ou d’un relâchement, le système aérobie participe à la reconstitution de ces réserves. L’effort du grimpeur prend donc la forme d’une alternance permanente : contraction intense → relâchement partiel → reconstitution → nouvelle contraction. Cette alternance explique pourquoi quelques secondes de décontraction peuvent faire une différence importante dans une voie. Mais pour en profiter, encore faut-il que le sang puisse circuler correctement dans les avant-bras. 5. Récupérer entre les mouvements Lorsqu’une contraction devient très intense, la pression exercée par les muscles peut limiter temporairement la circulation sanguine. L’apport en oxygène diminue, tandis que l’élimination des sous-produits de l’effort devient plus difficile. Dès que le grimpeur relâche partiellement sa prise, le flux sanguin peut reprendre. Il apporte de l’oxygène, contribue à restaurer les réserves énergétiques et prépare les muscles à la contraction suivante. Avec l’entraînement, l’organisme peut devenir plus efficace. L’irrigation des avant-bras s’améliore, les échanges avec les muscles sont facilités et la réoxygénation devient plus rapide. Les grimpeurs expérimentés ne sont donc pas uniquement capables de tolérer davantage de fatigue : ils savent aussi mieux récupérer dès qu’une occasion se présente. Cela explique pourquoi une position considérée comme reposante par un grimpeur entraîné peut ne procurer presque aucun bénéfice à un débutant. Il faut posséder les qualités physiologiques nécessaires, mais également savoir relâcher réellement la main, organiser sa respiration et utiliser efficacement ses appuis. Nous retrouvons alors le lien entre les facteurs locaux et le fonctionnement général du corps. ©️ Nicolas Vaillant L’économie de mouvement relie tous les facteurs La meilleure manière de prolonger un effort n’est pas toujours d’augmenter ses capacités physiques. Elle peut aussi consister à réduire le coût de chaque mouvement. Un grimpeur efficace utilise moins de force pour accomplir une même séquence. Il charge davantage ses pieds, place son bassin au bon endroit, limite les contractions inutiles et choisit rapidement une méthode adaptée. Ses avant-bras sont moins sollicités et disposent de davantage de ressources pour les passages difficiles. L’économie de mouvement dépend notamment : de la précision des pieds ; du placement du bassin ; de la coordination ; de la lecture ; de la respiration ; du relâchement ; du choix des méthodes ; de la confiance et de l’engagement. La technique ne remplace pas les qualités physiques, mais elle permet de mieux les exploiter. À l’inverse, une hésitation, une mauvaise lecture ou un placement imprécis peuvent augmenter considérablement la dépense énergétique. L’efficacité constitue ainsi le lien entre les facteurs généraux et locaux : mieux le corps organise le mouvement, moins les doigts doivent produire de force inutilement. ➡️Pour aller encore plus loin dans votre compréhension et votre pratique de l’escalade, découvrez ces trois articles complémentaires : ➡️Comment bien s’entraîner en escalade : principes, méthodes et planification pour progresser ➡️Les systèmes énergétiques au service de la performance en escalade ➡️Faut-il vraiment faire une sèche pour progresser en escalade ? ✍️ Théo de GrimpActu 📚Cet article s’appuie notamment sur l’ouvrage S’entraîner scientifiquement pour l’escalade, de Sergio Consuegra, publié en 2025 aux Éditions du Mont-Blanc. Le livre approfondit les mécanismes physiologiques et biomécaniques de l’entraînement en escalade.
- « À l’air libre » : une BD féministe pour raconter l’escalade autrement
Avec « À l’air libre », l’illustratrice et autrice Marie Noppe imagine un récit où la grimpe croise la sororité, le féminisme, l’écologie et un coming out. Un projet de bande dessinée qui interroge aussi les représentations encore très masculines de la montagne et cherche à ouvrir la voie à d’autres corps, d’autres sensibilités et d’autres manières de vivre l’aventure. Pendant longtemps, les grands récits de montagne ont raconté des sommets à conquérir, des parois à dominer et des exploits accomplis par des hommes présentés comme forts, audacieux et solitaires. Les femmes, lorsqu’elles apparaissaient, restaient souvent en retrait. Quant aux personnes queer, trans, non binaires ou intersexes, leur présence demeurait presque invisible. C’est précisément cet imaginaire que Marie Noppe veut déplacer avec À l’air libre. Illustratrice passionnée d’escalade, qu’elle pratique depuis vingt ans, elle travaille depuis longtemps dans des salles et connaît intimement les dynamiques qui traversent ce milieu. Elle a répondu aux questions de GrimpActu pour présenter son projet, mais aussi partager son regard sur la place des femmes et des personnes queer dans les récits de montagne, le sexisme encore présent dans l’escalade et le pouvoir des représentations. ©️Marie Noppe - Extraits de la bande dessinée À l’air libre Une histoire de grimpe, d’amour et d’émancipation À l’air libre suit un groupe d’amies qui grimpent et s’entraînent à Bruxelles. Elles participent également à des manifestations, fréquentent des espaces queer et LGBTQIA+ et cherchent, au quotidien, à prendre leur place face aux rapports de domination et au sexisme ambiant. L’une d’elles traverse un profond bouleversement. Elle ne se reconnaît plus dans son couple hétérosexuel, prend conscience du sexisme ordinaire qui s’y joue et tombe peu à peu amoureuse d’une de ses amies. Après sa rupture, les deux personnages partent à vélo vers un projet d’escalade. Le voyage mêle alors aventure sportive, naissance d’une relation, coming out et reconstruction personnelle. « On suit à la fois l’aventure sportive et la transformation intérieure des deux personnages », résume Marie. La grimpe ne sert donc pas de simple arrière-plan. Elle accompagne l’émancipation des protagonistes, construit leurs liens et leur permet d’éprouver leur force. Contrairement à de nombreux récits sportifs, leur niveau n’est cependant jamais annoncé. « On sent que les protagonistes ont de la force et de l’expérience, mais elles n’expriment pas clairement leur niveau. Cela laisse l’imaginaire des lecteur·ices fonctionner et permet aussi de s’identifier, de se projeter. » Avec ce choix, Marie s’éloigne d’une narration structurée autour des cotations, de la difficulté et de l’exploit. Ses personnages n’ont pas besoin d’atteindre un niveau exceptionnel pour être légitimes à vivre et raconter une aventure. Qui raconte encore la montagne ? Dans son mémoire de fin de master en bande dessinée à l’École supérieure des arts Saint-Luc de Bruxelles, Marie Noppe s’est intéressée à la sous-représentation des personnes sexisées dans les récits consacrés à l’escalade et à la montagne. Elle a pour cela étudié un corpus de 25 œuvres. Son constat est sans détour : les femmes y sont très peu présentes comme autrices et certains schémas narratifs se répètent. Les personnages masculins affrontent la montagne et détaillent leurs prises de risques et leurs exploits. Les femmes sont fréquemment reléguées à des rôles secondaires : celle qui s’inquiète, celle qui soigne ou celle dont la présence est sexualisée. Parfois, elles ne sont même pas nommées. « Il est temps de diversifier les représentations et de montrer des personnes sexisées fortes, musclées, qui partent à l’aventure », défend Marie. Elle observe également que lorsque les femmes et les minorités de genre prennent la parole, la montagne peut devenir le décor d’un récit plus sensible, traversé par d’autres enjeux que la seule performance. Cette absence ne reflète pourtant pas l’histoire. Des femmes pratiquent l’alpinisme et explorent la montagne depuis bien plus longtemps que les récits dominants ne le laissent penser. Pour Marie, leur faible visibilité tient notamment à une double difficulté : raconter la montagne dans un univers historiquement masculin, tout en s’imposant dans un secteur de la bande dessinée lui aussi longtemps dominé par les hommes. « Le dessin est politique » Face à ce manque, Marie Noppe a choisi de créer les images qu’elle aurait aimé rencontrer. Depuis plusieurs années, elle participe à des marchés d’illustration et représente régulièrement la montagne, les femmes et les corps dans toute leur diversité. « Le dessin est politique et changer les représentations rend les lieux plus accessibles. Être visibilisé·e peut générer un changement profond et rendre chaque personne légitime à occuper ces espaces. » Dans ses illustrations, les corps peuvent être musclés, gros, enceints, âgés ou non valides. Une manière de s’opposer aux standards physiques omniprésents dans le sport comme dans l’escalade. Le culte de la minceur et la grossophobie exercent une pression particulièrement forte sur les femmes et les personnes sexisées, dont les corps restent observés, commentés et soumis à de nombreuses injonctions. Représenter d’autres corps ne relève donc pas d’un simple choix graphique. C’est affirmer que l’aventure, la force et la montagne ne sont réservées ni à un genre ni à une silhouette particulière. ©️Marie Noppe - Extraits de la bande dessinée À l’air libre L’escalade est-elle réellement un milieu égalitaire ? L’escalade cultive volontiers l’image d’un univers ouvert, progressiste et égalitaire. Marie Noppe ne partage pas cette vision. Selon elle, cet idéal a longtemps empêché de reconnaître et de nommer les mécanismes de domination et les violences sexistes à l’œuvre. « C’est à cause de cette image un peu utopique qu’on a mis du temps à nommer les violences sexistes qui se déroulent dans ce milieu », estime-t-elle. Dans les salles comme en extérieur, elle décrit notamment un « sexisme spatial » : les espaces de musculation ou les profils très déversants restent davantage occupés par les hommes. Le torse nu illustre aussi cette différence entre les corps autorisés à s’exposer librement et ceux qui restent observés, commentés ou contraints. Marie pointe également une répartition très genrée des fonctions. Les femmes sont plus souvent associées à l’administration ou à l’encadrement, tandis que l’ouverture, la direction sportive et l’entraînement vers le haut niveau restent largement masculins. Certains noms de voies participent aussi à cette atmosphère lorsqu’ils mobilisent des références sexistes, sexuelles ou violentes. Elle observe enfin la reproduction de stéréotypes dans certains couples de grimpeurs : l’homme équipe, conseille ou infantilise sa partenaire, parfois en commentant son corps ou sa pratique. Des initiatives destinées aux personnes queer existent dans certaines grandes villes, mais restent rares et souvent isolées du reste de la communauté. Malgré ce constat, Marie refuse de considérer l’escalade comme définitivement figée. « Je crois que c’est un milieu où il est possible que ça change, que ça bouge déjà à certains endroits et que c’est un superbe cadre de luttes, rempli de personnes belles, fortes et inspirantes. » Dénoncer ces mécanismes ne revient donc pas à rejeter la grimpe, mais à vouloir la rapprocher des valeurs d’ouverture qu’elle revendique. La sororité pour reprendre sa place Si À l’air libre aborde le sexisme et les discriminations, le récit ne se limite pas à leur dénonciation. La joie de grimper, la liberté, le dépassement de soi, la confiance et le plaisir d’être dehors y occupent une place essentielle. La sororité permet aux personnages de s’entraider, de se construire et d’occuper ensemble des lieux dont elles peuvent se sentir exclues. Marie en a elle-même fait l’expérience en participant à l’organisation d’une journée FINTA à Freyr avec le Club alpin belge. L’acronyme désigne les femmes ainsi que les personnes intersexes, non binaires, trans et agenres. Cette première journée dédiée sur le site belge a été rendue possible par « une poignée de personnes déterminées à faire bouger les choses ». Pour Marie, ces rendez-vous ne constituent pas un repli. Ils renforcent la confiance et la légitimité de personnes confrontées aux violences sexistes et sexuelles, afin qu’elles puissent prendre pleinement leur place dans la grimpe. « Il y a beaucoup de joie dans la grimpe et les montagnes. Il faut simplement laisser de la place et que certains acceptent de repenser leurs privilèges. » Ralentir pour imaginer un autre rapport à l’aventure Le voyage à vélo apporte une autre dimension politique au projet. Aller grimper sans voiture, accepter la lenteur et faire du trajet une partie intégrante de l’aventure permettent de s’éloigner d’une logique d’efficacité, de consommation et de performance. Le vélo ouvre un temps de contemplation et de déconnexion. Il accompagne le cheminement émotionnel des personnages tout en dessinant une pratique plus sobre de la montagne. Pour Marie, ce choix porte « une envie de raconter un monde possible », dans lequel partir à l’aventure signifie aussi ralentir, observer et habiter autrement les territoires traversés. L’intime, le sportif, l’écologique et le politique ne constituent donc pas quatre sujets juxtaposés. Ils avancent ensemble, portés par les corps et les relations des personnages. Un projet désormais à la recherche d’un éditeur Marie Noppe a présenté À l’air libre en juin 2026, à l’occasion de son jury de fin de master en bande dessinée à Saint-Luc Bruxelles. Le projet a ensuite intégré le top 20 du prix Raymond Leblanc 2026, une sélection qui lui a permis de gagner en visibilité et de recueillir de premiers retours. La bande dessinée compte actuellement environ 90 pages. Marie poursuit son travail tout en recherchant une maison d’édition susceptible de l’accompagner, avec l’espoir de donner une nouvelle dimension au projet en 2027. Certaines de ses planches seront également exposées au Musée de la BD à Bruxelles, du 9 octobre au 31 janvier. À travers cette histoire, elle souhaite d’abord parler aux personnes qui aiment la montagne et l’escalade, mais aussi aux personnes queer et à la communauté LGBTQIA+. Sans refermer le récit sur celles et ceux qu’il représente directement : son ambition est également de toucher un public plus large, de rendre visible le sexisme encore présent dans la grimpe et d’ouvrir des discussions. À l’air libre ne cherche ainsi pas uniquement à ajouter de nouveaux personnages dans un décor ancien. Le projet tente de transformer le récit lui-même : remplacer la conquête par le cheminement, l’individualisme par la sororité et la domination de la montagne par une autre façon de l’habiter. ➡️ À lire également : Sexisme et violences en escalade : l’engagement de Sophie Berthe Quand le torse nu révèle les inégalités de genre : enquête sur l’inclusivité dans les salles d’escalade Lizzie Le Blond : pionnière de l’alpinisme au féminin ©️Marie Noppe - Extraits de la bande dessinée À l’air libre ✍️: Théo de GrimpActu
- Après les incendies, les grimpeurs de Bleau appelés à faire collectif
Les 26 et 27 septembre, Fanatic Climbing organisera deux rendez-vous consacrés à l’avenir de l’escalade en forêt de Fontainebleau. Un forum réunira d’abord les grimpeurs à Karma Fontainebleau, avant une journée de nettoyage et de sensibilisation à Franchard Isatis. En toile de fond : les conséquences des incendies survenus en juillet. Les incendies qui ont touché environ un dixième de la forêt de Fontainebleau au milieu du mois de juillet ont profondément marqué la communauté locale. Pour Fanatic Climbing, cette catastrophe écologique a aussi mis en évidence la fragilité d’un territoire qui constitue à la fois un milieu naturel, un espace de vie et l’un des principaux sites de bloc au monde. Deux mois après les incendies, l’association entend désormais transformer cette prise de conscience en actions. Elle donne rendez-vous aux grimpeurs et grimpeuses les samedi 26 et dimanche 27 septembre pour deux journées complémentaires : la première consacrée à la réflexion collective, la seconde à une intervention concrète sur le terrain. ➡️ À lire également : Incendie à Fontainebleau : les secteurs d'escalade touchés et l'avenir du massif Un forum pour construire une réponse commune La première rencontre se déroulera le samedi 26 septembre, de 20h à 22h, à la salle Karma Fontainebleau. Ouverte aux grimpeurs et aux grimpeuses sans réservation, cette réunion publique prendra la forme d’un forum horizontal autour d’une question centrale : « Pourquoi et comment faire collectif ? » L’objectif ne sera donc pas de présenter un programme d’action déjà établi, mais de permettre aux pratiquants d’échanger sur le futur de l’escalade à Fontainebleau. Les discussions devront faire émerger ce qui rassemble la communauté, ses objectifs communs ainsi que différentes pistes d’intervention sur les sites après les incendies. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large. Une quinzaine d’associations locales liées à l’escalade ont décidé de proposer des rendez-vous publics mensuels, organisés à tour de rôle par les structures participantes. Fanatic Climbing accueillera le premier d’entre eux. Derrière cette démarche apparaît notamment la volonté de mieux coordonner les initiatives et de faciliter les échanges avec les institutions, l’Office national des forêts et les autres usagers de la forêt. Le chantier reste encore largement ouvert : quelles priorités définir, comment répartir les rôles et de quelle manière représenter une communauté de pratiquants particulièrement diverse ? ©️Arthur Delicque Nettoyer et sensibiliser à Franchard Isatis Le lendemain, dimanche 27 septembre, l’association retrouvera un format d’action qu’elle organise déjà depuis plusieurs années. Une journée de nettoyage se tiendra de 10h à 17h dans le secteur de Franchard Isatis, avec un rendez-vous fixé sur le parking du site. Le programme prévoit le ramassage des déchets ainsi que le nettoyage des prises et des blocs les plus sales. Fanatic Climbing indique que les sécheresses successives, suivies de fortes précipitations, ont fait réapparaître des déchets jusque-là enfouis dans le sable. Les participants sont invités à apporter leurs brosses, leurs pulvérisateurs et leurs perches afin de contribuer à l’opération. La journée comportera également un volet de sensibilisation. L’association souhaite rappeler les bonnes pratiques en forêt et transmettre aux grimpeurs les informations concernant les secteurs touchés par les incendies. Selon elle, une partie des pratiquants ne connaît pas encore précisément la situation des zones brûlées. Cette présence sur le terrain doit aussi permettre de poursuivre de manière informelle les échanges engagés la veille. Au-delà du nettoyage ponctuel d’un secteur, Fanatic Climbing envisage ainsi de participer, lorsque les conditions le permettront, à de futures actions de restauration des sites touchés. Deux rendez-vous, un même enjeu Ces deux journées traduisent les deux orientations retenues par l’association après les incendies : contribuer à structurer une réponse collective et continuer à intervenir concrètement en forêt. Le forum de Karma doit ouvrir la discussion, tandis que le nettoyage d’Isatis permettra de confronter cette réflexion aux réalités du terrain. À l’issue de la journée du dimanche, Fanatic Climbing organisera son assemblée générale à 17h15 sur le parking de Franchard Isatis, suivie d’un apéritif convivial. Cette dernière partie sera réservée aux membres à jour de leur cotisation. La question centrale restera toutefois ouverte au-delà de ce week-end : comment la communauté peut-elle mieux s’organiser pour préserver durablement les sites de Fontainebleau et prendre part aux décisions qui concernent leur avenir ? 👉 À lire également : Le Monde s'empare de la surfréquentation de Fontainebleau : la Mecque du bloc face à ses limites ©️Arthur Delicque ✍️ Théo de GrimpActu
- GRAVE 2026 : trois jours pour grimper sans voiture
Du 11 au 13 septembre 2026, une soixantaine de grimpeurs et grimpeuses se retrouveront dans le Royans pour le premier Grand Rassemblement à Vélo-Escalade. Organisé par Mountain Wilderness avec le soutien de la FFCAM, le GRAVE entend démontrer qu’une autre manière de rejoindre les falaises est possible. Et si l’aventure commençait avant même d’atteindre la falaise ? Grimper sans voiture dans le Royans Pour rejoindre le camp de base, les participants devront d’abord prendre le train jusqu’à la gare de Saint-Hilaire–Saint-Nazaire, en Isère. Ils poursuivront ensuite leur trajet à vélo jusqu’au camping des Bords de Lyonne, situé à Saint-Jean-en-Royans, dans la Drôme. Une fois sur place, même principe : les falaises seront exclusivement rejointes à vélo. Cordes, dégaines, chaussons, casques et matériel de camping devront donc être transportés sans recourir à la voiture individuelle. Le choix du Royans ne doit rien au hasard. Avec plusieurs sites d’escalade accessibles au terme de trajets cyclables relativement abordables, le territoire offre un terrain adapté pour expérimenter cette mobilité à l’échelle d’un rassemblement. Le trajet comme partie intégrante de l’aventure Pour de nombreux grimpeurs, la voiture reste aujourd’hui le moyen le plus simple, et parfois le seul envisagé, pour accéder aux falaises. Cette dépendance entraîne pourtant des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi des problèmes de circulation, de stationnement et de fréquentation dans des espaces naturels parfois fragiles. Le GRAVE ne prétend pas apporter une solution applicable immédiatement à tous les sites et à toutes les pratiques. L’événement cherche plutôt à ouvrir une voie : montrer qu’il est possible de rejoindre une falaise, de transporter son matériel et de partir grimper plusieurs jours en combinant le train et le vélo. Dans cette approche, le déplacement ne constitue plus seulement une contrainte à réduire. Il devient une partie de la sortie, susceptible de modifier le rapport au temps, à la performance et au territoire traversé. Trois jours entre escalade, ateliers et rencontres Installé au camping des Bords de Lyonne, le camp de base accueillera les participants pendant toute la durée du rassemblement. Les journées du samedi et du dimanche seront consacrées à l’escalade sur les falaises environnantes, avec l’accompagnement du comité départemental FFCAM de la Drôme. Plusieurs temps d’échange viendront compléter le programme. Une présentation du travail de l’association CLIPPE est notamment prévue à la falaise de la Taupinière. Un atelier consacré à l’escalade et aux milieux naturels abordera également la protection de la faune et de la flore, ainsi que les enjeux liés à l’équipement et au conventionnement des sites. Des séances de yoga et un atelier consacré à la pratique du vélo-grimpe rythmeront aussi le week-end. Le programme détaillé est disponible sur les sites de Mountain Wilderness et de Vélogrimpe. Une soirée ouverte gratuitement au public Si les inscriptions au rassemblement sont désormais complètes, la soirée du samedi 12 septembre restera accessible gratuitement au public, au camping des Bords de Lyonne. À 20 heures, la table ronde « Aller en montagne sans voiture : à quoi bon ? » réunira : Eline Le Menestrel, grimpeuse professionnelle et engagée dans le développement du vélo-grimpe ; Fiona Mille, présidente de Mountain Wilderness France ; Florian Garibal, co-créateur des éditions Aventures sans voitures. La discussion sera suivie, à 21 heures, de Ride to Change, un spectacle d’Eline Le Menestrel mêlant théâtre et film documentaire. La grimpeuse y raconte les apprentissages tirés de ses voyages à vélo et la manière dont ces expériences individuelles peuvent nourrir une réflexion plus collective sur nos façons de pratiquer la montagne. ➡️ À lire également sur GrimpActu : Le Collectif CLIPPE : Rétablir l'Accès aux Falaises du Royans Escalade sans voiture depuis Grenoble : le guide pour grimper en bus, vélo ou train Zahir en style Écopoint avec Eline Le Menestrel et Katherine Choong ✍️ : Théo de GrimpActu
- BEAL Heritage Tour 2026 : La Boule de Patrick Edlinger renaît dans 25 salles européennes
À l’occasion des 50 ans de sa première corde dynamique, BEAL lance le Heritage Tour, un événement qui fera étape dans 25 salles de 9 pays européens entre septembre et novembre 2026. Au cœur du projet : La Boule, voie emblématique libérée par Patrick Edlinger à la Sainte-Victoire, dont les prises ont été scannées sur le rocher puis reproduites pour permettre à une nouvelle génération de grimpeurs de se mesurer à ses mouvements. Le 10 septembre 2026 à Arkose Pantin, BEAL donnera le coup d’envoi médiatique de son Heritage Tour, avant une ouverture au public dès le 11 septembre. Cette tournée européenne, imaginée pour célébrer les 50 ans de la première corde dynamique de la marque iséroise, traversera pendant près de trois mois 25 salles dans 9 pays, de Paris à Madrid en passant notamment par Bruxelles, Londres, Valence, Zurich, Toulouse, Grenoble ou Milan. Pour cet anniversaire, BEAL aurait pu se contenter de regarder dans le rétroviseur et de raconter cinquante années de produits et d’innovations. La marque a préféré retourner sur le rocher. À la Sainte-Victoire, les prises de la section emblématique de La Boule, voie libérée par Patrick Edlinger en 1984 et présentée par BEAL comme le premier 8a+ de l’histoire, ont été scannées en trois dimensions avant d’être reproduites pour pouvoir voyager de salle en salle. Un projet qui relie directement les débuts de BEAL dans l’escalade, son histoire avec Patrick Edlinger et la génération qui grimpe aujourd’hui. À l’occasion du lancement du BEAL Heritage Tour, GrimpActu a échangé avec Michel Beal, à l’origine de la première corde d’escalade de la marque et témoin privilégié de cinquante années d’évolution de la discipline. De ses débuts aux côtés de Yannick Seigneur à son amitié avec Patrick Edlinger, en passant par l’évolution du matériel et sa vision de l’escalade actuelle, il nous raconte l’histoire qui se cache derrière cette tournée anniversaire. BEAL : 50 ans d’histoire au bout de la corde Pour comprendre le Heritage Tour, il faut remonter bien avant La Boule. Et même avant que BEAL ne fabrique sa première corde d’escalade. L’histoire commence en 1951 à Vienne, en Isère, lorsque Pierre et Janine Beal fondent une entreprise familiale spécialisée dans la fabrication de cordons et de lacets. Leur fils Michel rejoint l’entreprise en 1974. L’année suivante, un passage au Salon de la montagne de Grenoble va contribuer à changer sa trajectoire. Michel Beal y observe les cordes utilisées par les pratiquants et réalise que leur fabrication n’est finalement pas si éloignée du savoir-faire déjà maîtrisé par l’entreprise familiale. À ce moment-là, difficile pourtant d’imaginer la suite. « J’en étais bien loin, d’autant que je ne connaissais rien à la montagne, à la pratique, au milieu… », se souvient Michel Beal. Pour transformer l’idée en véritable corde d’escalade, il faut donc aller chercher l’expertise là où elle se trouve : chez les pratiquants. La rencontre avec Yannick Seigneur, figure de l’alpinisme français mais également ingénieur, devient déterminante. Le développement des premières cordes se fait alors dans un aller-retour permanent entre l’usine et le terrain. « Yannick était enthousiaste, d’une volonté et d’une vitalité étonnantes ! […] On travaillait les week-ends sur ce développement. On fournissait chaque semaine une bicolore 9 mm x 80 m à Yannick qui la testait en escalade et faisait son rapport, pointant les défauts un par un pour ne pas nous décourager ! » En 1976, la première corde dynamique BEAL voit le jour. Très colorée dans un univers où le matériel d’alpinisme reste dominé par des teintes plus sobres, elle est présentée par la marque comme la première corde ultra-dynamique du marché. Dix ans plus tard, BEAL revendique le statut de leader mondial des cordes d’escalade. Entre-temps, une autre rencontre aura profondément marqué son histoire. Patrick Edlinger, bien plus qu’un ambassadeur En 1978, Patrick Edlinger n’a que 18 ans lorsqu’il est présenté à Michel Beal. C’est Patrick Berhault qui fait les présentations. Michel se souvient d’un jeune homme très réservé et de Berhault lui annonçant déjà celui qu’il considère comme un futur grand grimpeur. La relation qui se construit dépasse rapidement celle d’une marque avec l’un de ses athlètes. « La confiance puis l’amitié ont vite pris le pas. » Au cours des années suivantes, Edlinger devient l’un des visages majeurs de l’escalade libre française. Son style, ses films et sa manière de se déplacer sur le rocher participent à faire connaître la discipline bien au-delà du cercle des pratiquants. Cette relation entre Michel Beal et Patrick Edlinger est essentielle pour comprendre pourquoi, près d’un demi-siècle plus tard, BEAL a choisi de célébrer son anniversaire d’une manière assez particulière. Plutôt que d’exposer son passé, la marque a décidé de le faire grimper. Quand apprendre à tomber a révolutionné l’escalade En cinquante ans, Michel Beal n’a pas seulement observé les transformations de son entreprise. Il a vu changer la manière même de pratiquer l’escalade. Et lorsqu’on lui demande quelle évolution lui semble aujourd’hui la plus spectaculaire, sa réponse n’est ni l’arrivée des salles, ni la compétition, ni l’explosion du niveau. C’est la chute. À ses débuts aux côtés de Yannick Seigneur, Michel découvre une escalade traditionnelle où celui qui grimpe en tête cherche précisément à ne jamais tomber. Puis cette relation au risque se transforme. « Je pense que la plus grande évolution a consisté à apprivoiser la chute qui, d’un échec, d’un accident, est devenue un moyen de progresser. L’escalade sportive était née. » Cette évolution des pratiques est indissociable, selon lui, de celle du matériel. Les systèmes d’assurage se perfectionnent progressivement. Le huit, les plaquettes puis les dispositifs d’assurage plus modernes modifient la manière de retenir les chutes. Mais Michel Beal insiste particulièrement sur le changement de fonction de la corde. « C’est la corde qui a joué le rôle essentiel en passant d’un rôle de sécurité pour les chutes accidentelles à un rôle essentiel de partenaire dans les chutes répétées. » BEAL revendique avoir accompagné cette évolution, notamment avec le développement de cordes à haute absorption d’énergie et à faible force de choc. Cinquante ans après cette première corde dynamique, la marque devait donc trouver comment raconter cette histoire. BEAL Heritage Tour : faire revivre l’histoire plutôt que l’exposer Pour son cinquantième anniversaire dans l’univers de la corde, BEAL ne souhaitait pas organiser une simple tournée rétrospective. L’idée était plutôt de faire le lien entre l’héritage outdoor de la marque et les grimpeurs d’aujourd’hui, dont une grande partie découvre et pratique désormais l’escalade en salle. Une question finit alors par guider le projet : comment faire voyager un morceau de falaise à travers l’Europe ? Ou, plus précisément, comment faire entrer l’extérieur à l’intérieur sans perdre ce qui fait la singularité du rocher ? L’idée de scanner les prises d’une voie historique naît progressivement. Restait à choisir laquelle. BEAL sollicite alors Lucien Martinez, grimpeur, auteur, ancien rédacteur en chef de Grimper et ambassadeur de la marque, avec une question : quelle voie pourrait à la fois incarner l’histoire de l’escalade et celle de BEAL ? Sa réponse : La Boule. Pourquoi La Boule ? Libérée par Patrick Edlinger en 1984 à la Sainte-Victoire, La Boule est présentée par BEAL comme le premier 8a+ de l’histoire. Mais son intérêt pour le Heritage Tour dépasse largement sa cotation. Pour Michel Beal, cette voie raconte d’abord quelque chose de Patrick Edlinger lui-même. L’image d’un grimpeur élégant, presque chorégraphe du rocher, lui colle alors à la peau. Une qualité qui, paradoxalement, nourrit aussi les critiques de certains de ses contemporains. « Patrick a passé sa vie à vouloir remettre les pendules à l’heure. Ses détracteurs disaient que ce qu’il faisait était facile, basé sur l’élégance et la beauté du geste. La Boule fait partie des grandes “remises au point”. » Michel Beal se souvient encore de l’appel reçu après la réalisation. « Il m’a appelé juste après sa réalisation, vraiment très fier de cette réussite qui le remettait en tête sur le plan de la difficulté. » Edlinger avait prévu la présence d’un photographe et souhaite ensuite que BEAL utilise l’image obtenue pour une publicité. Le détail prend tout son sens aujourd’hui : l’une des toutes premières publicités BEAL, publiée dans le deuxième numéro du magazine Vertical, montrait justement Patrick Edlinger dans La Boule, assuré avec une corde BEAL. Plus de quarante ans plus tard, la même voie se retrouve donc une nouvelle fois au centre de l’image de la marque. Et elle possède un autre atout pour le projet : son fameux jeté en dalle, un mouvement spectaculaire et immédiatement identifiable, suffisamment marquant pour être transformé en expérience à essayer et à partager. Le choix de La Boule permet ainsi de réunir l’histoire de BEAL, celle d’Edlinger et un mouvement capable d’être transposé en salle. Encore fallait-il réussir à reproduire le rocher. Du rocher à la salle : comment La Boule a été reproduite Reproduire La Boule en salle ne consistait pas simplement à créer des prises ressemblant à celles de la voie. Pour conserver au mieux les reliefs du passage original, le projet a nécessité une chaîne de fabrication spécifique, depuis le scan réalisé directement à la Sainte-Victoire jusqu'à la production des prises destinées aux salles. La même histoire, deux manières de la grimper Une fois installées dans les salles partenaires, les prises de La Boule seront utilisées de deux façons. La première proposition permet de se confronter à la séquence originale en 8a+, avec le mouvement emblématique réalisé par Patrick Edlinger. La seconde vise à ouvrir cette expérience à beaucoup plus de pratiquants : les mêmes prises scannées issues du crux sont intégrées dans une voie en 6a+. Les ouvreurs de chaque salle sont libres de compléter cette version, donnant ainsi à chaque étape du Heritage Tour sa propre interprétation. Deux difficultés, mais une même ambition : permettre aux grimpeurs de toucher une reproduction du rocher et de mettre leurs doigts dans une histoire qu’ils n’ont, pour beaucoup, jamais connue. Faire grimper La Boule à une génération qui n’a pas connu Edlinger Un grimpeur de 18 ans qui essayera La Boule pendant le Heritage Tour est né près d’un quart de siècle après son ouverture. Il appartient à une génération pour laquelle l’escalade se pratique largement en salle, où tomber et recommencer fait partie de l’apprentissage et où les performances internationales sont accessibles presque instantanément sur les réseaux sociaux. L’escalade d’Edlinger appartient à un autre monde. Et c’est précisément ce fossé temporel que BEAL cherche à réduire. « Pouvoir tenter le passage clé d’une voie appartenant à l’histoire de l’escalade, c’est une première en salle d’escalade. », estime Michel Beal. Mais lorsqu’il évoque ce qu’il aimerait transmettre à cette nouvelle génération, Michel revient moins sur la difficulté que sur ce qui caractérisait, selon lui, Patrick Edlinger. « Par son élégance, Patrick savait transmettre une émotion intense. » Une vision qui fait écho à son regard sur l’escalade actuelle. Michel refuse pourtant d’opposer les époques. « Je ne veux pas jouer le rôle du vieux nostalgique pour qui tout était mieux “avant”. » La recherche de difficulté, rappelle-t-il, existait déjà. Mais elle s’accompagnait selon lui d’une autre préoccupation. « Il y avait en même temps une recherche de beauté de la ligne, beauté du geste… L’aspect esthétique me manque un peu, mais il est peut-être incompatible avec le niveau actuel. » À travers La Boule, le Heritage Tour ne cherche donc pas seulement à reproduire une difficulté. Il remet entre les mains des grimpeurs d’aujourd’hui un mouvement, une voie et une certaine mémoire de l’escalade française. BEAL Heritage Tour : 25 salles dans 9 pays européens Le BEAL Heritage Tour sera officiellement lancé le 10 septembre 2026 à Arkose Pantin, à l’occasion d’une soirée réservée aux médias qui marquera également les 50 ans de la première corde dynamique BEAL et les 30 ans d’Arkose Pantin. Dès le 11 septembre, le Heritage Tour ouvrira ses portes au public à Arkose Pantin, donnant aux grimpeurs l’occasion de découvrir et d’essayer la reproduction de La Boule. La tournée poursuivra ensuite son chemin à travers l’Europe jusqu’au 28 novembre 2026, avec 25 étapes dans 9 pays européens, dont 10 en France. Sur chaque étape, BEAL prévoit également d’être présent pour accompagner l’événement et proposer différentes animations autour de la tournée. Et dans cinquante ans ? De la petite entreprise familiale de cordons et lacets aux premières expérimentations avec Yannick Seigneur, de l’arrivée d’un Patrick Edlinger de 18 ans au développement de l’escalade sportive, puis du rocher de Sainte-Victoire aux scanners 3D et aux salles modernes, cinquante années séparent désormais la première corde dynamique BEAL du Heritage Tour. Les pratiques ont changé. Les niveaux ont explosé. Les technologies aussi. Mais lorsqu’on demande à Michel Beal ce qu’il aimerait que l’on retienne encore de BEAL dans cinquante ans, en 2076, sa réponse ne concerne finalement ni les cordes, ni les innovations, ni les performances. Elle revient à ce qui, selon lui, accompagne l’entreprise depuis ses débuts dans l’escalade : « J’aimerais surtout que BEAL ait su perpétuer ses histoires d’amitiés qui ont été l’âme des 50 premières années. » Cet article a été réalisé en collaboration avec la marque Beal, dans le cadre d’un partenariat rémunéré. ✍️ : Théo de GrimpActu
- Babsi Zangerl réalise une ascension historique de Déjà (8c+)
➡️ You can find the English version of this article right here. Le 6 juillet 2026, Babsi Zangerl a réalisé la deuxième ascension en libre de Déjà, une grande voie de 400 mètres cotée 8c+ dans le Rätikon suisse. Quelques jours plus tard, Jacopo Larcher en a signé la troisième ascension. La performance de l’Autrichienne pourrait être la première réalisation féminine recensée d’une grande voie de ce niveau. Douze longueurs, une paroi exposée plein sud et, au milieu de l’itinéraire, un passage en 8c+ qui avait résisté pendant vingt-sept ans. Sur la face sud des Kirchlispitzen, Déjà appartient à cette catégorie de grandes voies dont la difficulté ne se résume pas à une seule cotation. Le 6 juillet, Babsi Zangerl en a réalisé la deuxième ascension en libre. L’Autrichienne a mené elle-même chacune des longueurs et terminé l'ascension en une journée, après avoir réussi la longueur clé à son troisième essai. Quelques jours plus tard, Jacopo Larcher a parcouru à son tour l’intégralité de l’itinéraire en tête, cette fois sans aucune chute. Pour le duo, cette double réussite prolonge une histoire déjà ancienne avec le Rätikon. Pour Zangerl, elle marque aussi un retour au plus haut niveau après plusieurs mois perturbés par une blessure au dos. ©️Christian Adam Déjà, un projet resté inachevé pendant vingt-sept ans Ouverte en 1992 par Andres Lietha et Michi Wyser, Déjà parcourt environ 400 mètres sur la septième Kirchlispitze. Une grande partie de l’itinéraire avait alors été gravie en libre, mais sa cinquième longueur était restée irrésolue. Cette section, aujourd’hui cotée 8c+, concentre la principale difficulté de la voie : une escalade soutenue sur de petites prises agressives, où la chute reste possible presque jusqu’au relais. L’histoire de Jacopo Larcher avec Déjà commence en 2015. Cette année-là, Fabian Buhl lui propose de venir travailler ce projet encore jamais entièrement libéré. Les deux grimpeurs ignorent alors si tous les mouvements sont réalisables. En confrontant leurs méthodes, ils finissent par trouver une solution dans la longueur clé. Mais le passage exige des conditions particulièrement favorables et se révèle très éprouvant pour la peau. Larcher se tourne ensuite vers d’autres objectifs, tandis que Buhl poursuit le travail. Le 27 novembre 2019, après plusieurs saisons d’efforts, l’Allemand réalise finalement la première ascension en libre de Déjà. Il met ainsi un terme à vingt-sept années d’incertitude autour de l’itinéraire. Pour Larcher, cette première exploration restera longtemps sans conclusion personnelle. Il lui faudra attendre plus d’une décennie et un nouveau projet partagé avec Zangerl pour revenir terminer l’histoire. ©️Christian Adam Une longueur clé particulièrement exigeante Zangerl et Larcher commencent à travailler sérieusement la voie ensemble en 2025. Tous deux connaissent déjà très bien le Rätikon, où ils ont répété plusieurs itinéraires difficiles au fil des années. « Le Rätikon est comme une seconde maison pour nous, explique Zangerl. C’est ici que j’ai tenté mon premier véritable projet en grande voie, et nous y avons gravi énormément d’itinéraires ensemble. Déjà nous semblait être le projet idéal. » Dès leurs premières journées dans l’itinéraire, la cinquième longueur s’impose comme le cœur du projet. « C’est une longueur vraiment unique, extrêmement difficile et soutenue jusqu’au relais, poursuit-elle. On peut tomber presque partout. C’est probablement la longueur la plus dure que nous ayons jamais essayée dans une grande voie. » À la difficulté technique s’ajoute la gestion des conditions. Orientée au sud, la paroi chauffe rapidement pendant l’été. Les prises coupantes du crux ne permettent que quelques essais avant que la peau ne soit trop abîmée. Face aux températures élevées, les deux grimpeurs adaptent leur organisation. Ils viennent grimper tôt le matin ou attendent la fin de journée, prolongeant parfois leurs séances jusqu’à minuit. La route habituelle menant à Grüscher Älpli étant fermée en semaine pour travaux, ils accèdent également à la paroi depuis le versant autrichien, en partie à vélo électrique. « Nous rentrions souvent chez nous vers une ou deux heures du matin, raconte Larcher. Presque chaque journée devenait une petite expédition. Nous avons découvert d’une manière complètement différente un endroit que nous connaissions pourtant déjà très bien. » Et même une fois le crux franchi, l’ascension reste loin d’être acquise. Dans la partie supérieure, la onzième longueur présente un second crux majeur, estimé autour de 8b par les deux grimpeurs. Une difficulté suffisamment tardive pour faire basculer une tentative après plusieurs heures d’effort. Trois essais dans le 8c+ avant de poursuivre vers le sommet Le 6 juillet 2026, Babsi Zangerl s’élance depuis le bas de la paroi pour sa première véritable tentative d’enchaînement. Jusqu’à ce jour, elle n’a encore jamais réussi la longueur clé sans repos. Elle chute une première fois à la fin de la première section difficile. Lors de sa deuxième tentative, alors qu’elle se sent plus solide, sa main glisse de manière inattendue. Au troisième essai, la fatigue commence à s’installer. « Je sentais qu’il ne me restait presque plus rien. Mais, d’une manière ou d’une autre, c’était juste suffisant. J’ai réussi à me battre jusqu’au bout de la longueur. » En atteignant le relais, Zangerl vient de franchir le principal crux de Déjà. Il lui reste néanmoins sept longueurs à parcourir, dont le 8b situé près du sommet. Avec l’avancée de la journée, une nouvelle chute pourrait mettre fin à sa tentative. « Après avoir réussi le crux, j’étais incroyablement heureuse, mais je suis également devenue nerveuse. Je savais qu’il restait encore beaucoup de chemin. Mais cette réussite m’a donné énormément de confiance. À partir de là, tout s’est mis à fonctionner. » Zangerl ne tombe plus. Elle atteint le sommet après avoir gravi en tête toutes les longueurs de l’itinéraire, devenant ainsi la deuxième personne à réaliser Déjà en libre. Cette réussite intervient après une longue interruption provoquée par une blessure au dos survenue à la fin de l’année 2025. « Ce n’était pas seulement une question de difficulté, confie-t-elle. J’ai vécu cette ascension comme un véritable retour. » ©️Christian Adam Une première féminine à replacer dans son contexte L’ascension de Babsi Zangerl constitue avec certitude la première ascension féminine de Déjà. Elle pourrait également représenter la première réalisation féminine recensée d’une grande voie actuellement cotée 8c+. Cette qualification demande toutefois une précaution historique. En 2009, l’Italienne Jenny Lavarda avait répété Solo per vecchi guerrieri, dans les Dolomites. La longueur clé de cette grande voie était alors annoncée à 8c+/9a. Les répétiteurs suivants ont cependant proposé des cotations sensiblement inférieures, jusqu’à 8b+. À partir des cotations aujourd’hui retenues pour les deux itinéraires, Déjà serait donc la première grande voie en 8c+ gravie par une femme. Il reste néanmoins plus juste de présenter cette distinction comme une première recensée, dépendante du consensus entourant les cotations. Jacopo Larcher boucle une histoire commencée en 2015 Quelques jours après l’ascension de Zangerl, le duo revient au pied de la Kirchlispitze en inversant les rôles. Larcher mène cette fois toutes les longueurs, tandis que sa partenaire l’assure. L’Italien aborde la journée avec peu de certitudes. Il est encore fatigué par une semaine consacrée à l’ouverture d’une compétition et redoute des températures trop élevées. Une couverture nuageuse maintient finalement une grande partie de la face à l’ombre. « J’étais nerveux au départ et mes attentes étaient assez faibles. Mais dès que j’ai commencé à grimper, tout a changé. Je me sentais détendu, rapide et en confiance. » Larcher franchit la longueur en 8c+ puis l’ensemble de l’itinéraire sans tomber. À 11 h 30, il rejoint le sommet et signe la troisième ascension en libre de Déjà. Onze ans après avoir participé à la recherche des mouvements du crux avec Fabian Buhl, l’Italien achève ainsi un projet qui était resté en suspens. « Nous retrouver ensemble au sommet, après avoir tous les deux gravi Déjà, était très spécial. Ce n’était pas seulement une question de voie, mais de toute l’aventure que nous avions partagée pour y parvenir. » Pour Zangerl et Larcher, Déjà rejoint une longue liste de grandes voies difficiles réalisées ensemble dans le Rätikon. Mais entre le retour de l’Autrichienne, l’histoire personnelle de Larcher avec l’itinéraire et la portée potentiellement historique de cette première féminine, celle-ci occupe désormais une place à part. ➡️ Un court-métrage consacré à leur aventure est disponible Babsi Zangerl Makes Historic Ascent of Déjà (8c+) On 6 July 2026, Babsi Zangerl completed the second free ascent of Déjà, a 400-metre multi-pitch route graded 8c+ in Switzerland’s Rätikon massif. A few days later, Jacopo Larcher claimed the third free ascent. Zangerl’s achievement may be the first recorded female ascent of a multi-pitch route currently graded 8c+. Twelve pitches, a south-facing wall and, halfway up the route, an 8c+ crux that remained unsolved for 27 years. On the south face of the Kirchlispitzen, Déjà belongs to a rare category of multi-pitch climbs whose difficulty extends far beyond a single grade. On 6 July, Babsi Zangerl made the route’s second free ascent. The Austrian led every pitch herself and completed the route in a single day after sending the crux pitch on her third attempt. A few days later, Jacopo Larcher took his turn on lead, climbing the entire route without a fall. For the pair, this double ascent continues a long-standing relationship with the Rätikon. For Zangerl, it also marks a return to high-level climbing following a back injury that kept her away from hard projects for several months. Déjà: a project left unfinished for 27 years Déjà was established in 1992 by Andres Lietha and Michi Wyser on the seventh Kirchlispitze. Much of the 400-metre route was climbed free at the time, but its fifth pitch remained unresolved. Now graded 8c+, this pitch represents the route’s main difficulty: sustained climbing on small, sharp holds, with the possibility of falling almost all the way to the belay. Jacopo Larcher’s history with Déjà began in 2015, when Fabian Buhl invited him to try the project. At that point, neither climber knew whether the crux pitch was even possible. By working together, they eventually found a viable sequence. However, the pitch required particularly favourable conditions and proved extremely demanding on the skin. Larcher later turned his attention to other objectives, while Buhl continued working on the route. On 27 November 2019, after several seasons of effort, the German climber finally completed the first free ascent of Déjà, ending 27 years of uncertainty surrounding the line. For Larcher, that early experience remained unfinished business. It would take another decade, and a new project shared with Zangerl, for him to return and complete the story. A crux pitch unlike any other Zangerl and Larcher began working seriously on Déjà together in 2025. Both already knew the Rätikon extremely well, having repeated several of the massif’s hardest routes over the years. “The Rätikon feels like a second home to us,” Zangerl explained. “This is where I tried my first real multi-pitch project, and we have climbed countless routes here together over the years. Déjà felt like the perfect project.” From their first days on the route, the fifth pitch emerged as the heart of the challenge. “It is a truly unique pitch, extremely difficult and sustained all the way to the belay,” she continued. “You can fall almost anywhere. It is probably the hardest pitch we have ever tried on a multi-pitch route.” Managing the conditions added another layer of difficulty. The south-facing wall heats up rapidly during the summer, while the sharp holds on the crux allow only a few serious attempts before the skin becomes too damaged. Faced with high temperatures, the two climbers adapted their schedule. They climbed either early in the morning or late in the day, sometimes remaining on the wall until close to midnight. With the usual road to Grüscher Älpli closed during the week because of construction work, they also approached the wall from the Austrian side, using electric bikes for part of the journey. “We often arrived home at one or two in the morning,” Larcher recalled. “Almost every day became a small expedition. We experienced a place we already knew extremely well in a completely different way.” Even after the crux, the ascent is far from over. Higher on the wall, the eleventh pitch presents another major obstacle, estimated at around 8b by both climbers. Its position near the top makes it capable of ending an attempt after hours of effort. Three attempts on the 8c+ before the final push On 6 July 2026, Babsi Zangerl left the ground for her first full redpoint attempt. Until that day, she had never climbed the crux pitch without resting. She fell near the end of the first difficult section on her opening attempt. On her second try, despite feeling stronger, her hand unexpectedly slipped from a hold. By the time she began her third attempt, fatigue was setting in. “I felt like I had almost nothing left,” she recalled. “But somehow, it was just enough. I managed to fight my way to the end of the pitch.” Reaching the belay meant Zangerl had overcome the main obstacle on Déjà. Seven pitches still remained, however, including the difficult 8b pitch near the summit. With the day progressing, another fall could have brought her attempt to an end. “After climbing the crux, I was incredibly happy, but I also became nervous,” she explained. “I knew there was still a long way to go. But succeeding on that pitch gave me a huge amount of confidence. From that point on, everything started to work.” Zangerl did not fall again. After leading every pitch herself, she reached the summit and became the second person to complete Déjà in free climbing. The achievement came after an extended break caused by a back injury sustained at the end of 2025. “It was not only about the difficulty,” she said. “For me, this ascent felt like a real comeback.” A female first ascent that requires historical context Babsi Zangerl’s ascent is unquestionably the first female ascent of Déjà. It may also represent the first recorded female ascent of a multi-pitch route currently graded 8c+. That distinction, however, requires some historical context. In 2009, Italian climber Jenny Lavarda repeated Solo per vecchi guerrieri in the Dolomites. At the time, the route’s crux pitch was graded 8c+/9a. Subsequent repeaters proposed significantly lower grades, with the crux eventually being assessed as low as 8b+. Based on the grades currently attributed to both routes, Déjà would therefore be the first 8c+ multi-pitch route climbed by a woman. Nevertheless, it remains more accurate to describe Zangerl’s achievement as the first recorded ascent of its kind, as the distinction ultimately depends on the evolving consensus surrounding climbing grades. Jacopo Larcher completes a journey that began in 2015 A few days after Zangerl’s ascent, the pair returned to the foot of the Kirchlispitze and reversed roles. This time, Larcher led every pitch while Zangerl belayed him. The Italian started the day with few expectations. He was still tired after a long week of route-setting for a competition and feared that the conditions would be too warm. Cloud cover ultimately kept much of the south face in the shade. “I was nervous at the start, and my expectations were quite low,” he explained. “But as soon as I began climbing, everything changed. I felt relaxed, fast and confident.” Larcher climbed the 8c+ crux and completed the rest of the route without falling. By 11:30 a.m., he had reached the summit and secured the third free ascent of Déjà. Eleven years after helping Fabian Buhl work out the moves on the crux pitch, Larcher had finally completed a project that had remained unfinished for him. “Standing together at the summit after we had both climbed Déjà was very special,” he said. “It was not only about the route, but about the entire adventure we had shared to get there.” For Zangerl and Larcher, Déjà joins a long list of difficult multi-pitch routes they have climbed together in the Rätikon. Yet between the Austrian’s comeback, Larcher’s personal history with the line and the potentially historic significance of its first female ascent, this route now holds a place of its own. A short film documenting their journey on Déjà is available on La Sportiva’s YouTube channel. ✍️ : Théo de GrimpActu
- Hugo Parmentier et Esteban Daligault une trilogie inachevée au Grand Capucin
Le 21 juin 2026, Hugo Parmentier et Esteban Daligault se sont lancés dans un défi hors norme au Grand Capucin : enchaîner ses trois grandes voies les plus difficiles en moins de 24 heures, entièrement en libre et sans frontale. Après deux 8a+ et environ 900 mètres d’escalade, un violent orage a interrompu leur tentative. De cet objectif inachevé est née une réflexion plus profonde sur la performance, le plaisir et leur manière d’envisager leurs futurs projets. Trois grandes voies. Environ 1 350 mètres d’escalade. Deux 8a+, un 7c+. Moins de 24 heures pour tout parcourir, entièrement en libre et uniquement à la lumière naturelle. Sur le papier, le projet imaginé par Hugo Parmentier et Esteban Daligault ressemble à une course contre le temps sur l'une des grandes parois du massif du Mont-Blanc. Hugo lui trouve une formule : « un ultra-trail d'escalade ». Mais le 21 juin, après deux voies parcourues à grande vitesse, ce sont finalement la montagne et un violent orage qui vont décider de l'issue de la journée. Et transformer un projet de performance en quelque chose que les deux grimpeurs n'avaient peut-être pas prévu de trouver. Trois grandes voies du Grand Capucin en moins de 24 heures Le projet repose sur trois itinéraires de près de 450 mètres chacun : la Voie Petit (8a+), Le Trésor de Romain (8a+) et L'Or du temps (7c+). L'objectif est simple à formuler, beaucoup moins à réaliser : les enchaîner en moins de 24 heures, en libre et sans utiliser de frontale. La Voie Petit donne à elle seule une idée de l'ampleur du défi. Habituellement parcourue sur deux jours, elle doit ici devenir la première étape d'une journée comprenant trois ascensions et autant de descentes. Le projet s'inscrit dans la continuité de Vautour, réalisé par Hugo Parmentier dans le Verdon : quatre voies majeures parcourues en 24 heures, pour un total de 1 500 mètres et plus de 50 longueurs, dont près de 30 dans les septième et huitième degrés. ➡️ À lire également : VAUTOUR : Le projet de Seb Berthe et Hugo Parmentier dans le Verdon C'est Esteban qui imagine de transposer le concept en haute montagne : « Ce serait marrant de faire pareil sur des voies montagne. » Le Grand Capucin devient leur objectif. ©️ Arthur Delicque Deux grimpeurs, deux expériences de la montagne Si le niveau d'escalade n'est pas vraiment une inconnue pour les deux Français, leur rapport à la haute montagne est différent. Esteban Daligault possède une expérience de la haute montagne bien plus ancienne qu’Hugo Parmentier. « Esteban a fait le mont Blanc à 10 ans, son père est guide. Moi, la première fois que j'ai mis les pieds sur un glacier, c'était en 2021, et je n'y étais pas retourné avant 2024. » Pour Hugo, le projet nécessite donc une véritable préparation à l'altitude et à l'environnement montagnard. « J'ai vraiment dû me préparer et m'acclimater. Je me souviens de montées où mon cœur battait à 180 pulsations par minute, alors qu'Esté, il discutait tranquille ! » Une première tentative envisagée en 2025 est finalement repoussée en raison d'une météo trop instable. Les deux grimpeurs profitent néanmoins de cette période pour parcourir les trois voies, repérer les descentes et réfléchir à la manière d'optimiser leur future tentative. Un an plus tard, ils reviennent. 4 h 40, départ dans la Voie Petit Le 21 juin 2026, jour du solstice d'été, la fenêtre semble enfin être là. Après deux journées de repérage et d'acclimatation, les prévisions annoncent deux jours sans orage. Le choix du solstice prend alors tout son sens : puisque Hugo et Esteban veulent réaliser leur projet sans frontale, chaque minute de lumière naturelle compte. La veille, ils installent leur camp et montent suffisamment de nourriture et d'eau pour tenir la journée. Peut-être même un peu trop. À 4 h 40, ils s'engagent dans la Voie Petit. Le jour se lève pendant leur progression. Une prise casse sous le pied d'Esteban — « la prise s'est enfuie », plaisante-t-il — mais rien ne vient réellement perturber leur rythme. Quatre heures plus tard, les 450 mètres de la Voie Petit sont derrière eux. ©️ Arthur Delicque Deuxième 8a+ : la chaleur s'invite dans le projet Il faut maintenant redescendre les 450 mètres en rappel. Un nouvel imprévu survient lorsque le Reverso d'Hugo chute jusqu'au pied de la paroi. La cordée poursuit sa descente au cabestan avant de rejoindre son camp, manger et repartir. Vers 11 heures, Hugo et Esteban attaquent Le Trésor de Romain (8a+). La première longueur difficile passe, mais les conditions changent progressivement. La chaleur devient pesante, l'humidité augmente et le granit offre des sensations différentes. Malgré la fatigue accumulée, ils continuent. À 16 heures, ils atteignent le sommet. Deux grandes voies en 8a+. Environ 900 mètres et 20 longueurs parcourus depuis le début de la journée. Surtout, les deux grimpeurs ont encore le sentiment d'avoir suffisamment d'énergie pour poursuivre. La troisième voie semble toujours possible. Puis l'orage Au sommet du Trésor de Romain, il fait encore beau. La situation change pendant la descente. Quelques gouttes commencent à tomber. La pluie s'intensifie rapidement avant de laisser place à une véritable cascade de grêlons. La paroi est trempée. Le matériel aussi. L'Or du temps (7c+), troisième et dernière voie du projet, ne sera pas tentée. De retour à la tente, Hugo et Esteban imaginent encore une solution : attendre quelques heures, laisser sécher la face et repartir vers 2 heures du matin. Leurs vêtements sont trempés. Leurs chaussons dégoulinent. Mais ce n'est finalement pas ce qui les convainc définitivement d'arrêter. Quand l'échec interroge la notion de performance Ils auraient pu considérer cette journée comme un simple projet inachevé. Deux voies sur trois. Environ 900 mètres au lieu des 1 350 espérés. Une troisième ligne abandonnée à cause d'un événement extérieur. Ils auraient aussi pu revenir. Recommencer. Attendre une nouvelle fenêtre météorologique. Parcourir une nouvelle fois des voies qu'ils connaissent désormais parfaitement afin de pouvoir, enfin, valider la trilogie. Mais une question apparaît : pourquoi ? Esteban Daligault raconte : « À quoi bon refaire une voie qu'on connaît par cœur alors qu'il y a tellement de belles lignes à découvrir dans le monde ? Juste pour dire qu'on a fait une trilogie ? On ne le faisait plus que pour la performance, tout ça n'avait plus de sens. » Cette réflexion change la lecture de leur journée. Depuis le départ, le projet pouvait être résumé par des chiffres : trois voies, 1 350 mètres, moins de 24 heures, deux 8a+, un 7c+. Une performance mesurable, comparable, racontable. L'orage interrompt cette logique et oblige les deux grimpeurs à revenir à ce qu'ils étaient venus chercher derrière ces chiffres. « S'arrêter ainsi faisait mal au cœur, surtout vu l'investissement qu'on avait mis dans ce projet. Mais on a trouvé ce qu'on était venu chercher : grimper à toute vitesse dans de grosses difficultés, avec la banane et un super copain ! » L'objectif n'est pas atteint. Pour autant, leur journée n'est plus vraiment vécue comme un échec. ©️ Arthur Delicque « Qu'est-ce que la performance ? » La question résonne particulièrement chez Hugo Parmentier. Après treize années passées dans l'univers du haut niveau en escalade, le Français s'interroge sur cette recherche permanente du projet suivant : plus difficile, plus long, plus rapide. « Qu'est-ce que la performance ? Quelle place prend le plaisir dans tout ça ? Pourquoi pousser le bouchon toujours plus loin ? À l'heure du changement climatique d'origine humaine, devrait-on redéfinir cette notion ? » Le questionnement dépasse alors largement la réussite ou non de cette trilogie. À quel moment un projet cesse-t-il d'être une aventure que l'on désire vivre pour devenir une performance que l'on cherche simplement à valider ? Au Grand Capucin, Hugo et Esteban semblent avoir trouvé une partie de leur réponse. La performance reste une source de motivation. Ces projets les poussent à se préparer, à progresser et à imaginer de nouvelles aventures. Mais elle n'est plus nécessairement une finalité suffisante à elle seule. Au Grand Capucin, « tout sauf l’escalade » Lorsqu’on leur demande ce qui s’est révélé le plus difficile pendant cette tentative, Hugo et Esteban répondent avec un certain paradoxe : « Tout sauf l’escalade ! » Malgré deux grandes voies en 8a+, la difficulté s’est surtout déplacée ailleurs : altitude, acclimatation, logistique et météo. Contrairement au Verdon, où le défi était avant tout physique pour Hugo, le Grand Capucin ajoute une part d’incertitude impossible à maîtriser complètement. Et ce 21 juin, c’est précisément elle qui finira par décider de l’issue du projet. Deux voies plutôt que trois, mais une autre histoire Le 21 juin, Hugo Parmentier et Esteban Daligault n’auront donc pas réalisé la trilogie imaginée. Ils auront néanmoins parcouru deux voies en 8a+, environ 900 mètres et 20 longueurs sur le Grand Capucin avant que l’orage ne mette un terme à leur tentative. Sur le papier, l’objectif reste inachevé. Mais leur « Double Grand Capucin » raconte finalement autre chose : une journée où la recherche de performance s’est progressivement effacée derrière le plaisir de grimper, l’amitié et l’imprévisibilité de la montagne. Ils étaient venus chercher trois voies en moins de 24 heures. Ils sont repartis avec deux, et peut-être une nouvelle manière d’envisager la performance. ➡️ Retrouvez la vidéo de leur aventure ci-dessous. ✍️ : Théo de GrimpActu












