Babsi Zangerl réalise une ascension historique de Déjà (8c+)

Le 6 juillet 2026, Babsi Zangerl a réalisé la deuxième ascension en libre de Déjà, une grande voie de 400 mètres cotée 8c+ dans le Rätikon suisse. Quelques jours plus tard, Jacopo Larcher en a signé la troisième ascension. La performance de l’Autrichienne pourrait être la première réalisation féminine recensée d’une grande voie de ce niveau.
Douze longueurs, une paroi exposée plein sud et, au milieu de l’itinéraire, un passage en 8c+ qui avait résisté pendant vingt-sept ans. Sur la face sud des Kirchlispitzen, Déjà appartient à cette catégorie de grandes voies dont la difficulté ne se résume pas à une seule cotation.
Le 6 juillet, Babsi Zangerl en a réalisé la deuxième ascension en libre. L’Autrichienne a mené elle-même chacune des longueurs et terminé l'ascension en une journée, après avoir réussi la longueur clé à son troisième essai. Quelques jours plus tard, Jacopo Larcher a parcouru à son tour l’intégralité de l’itinéraire en tête, cette fois sans aucune chute. Pour le duo, cette double réussite prolonge une histoire déjà ancienne avec le Rätikon. Pour Zangerl, elle marque aussi un retour au plus haut niveau après plusieurs mois perturbés par une blessure au dos.

Déjà, un projet resté inachevé pendant vingt-sept ans
Ouverte en 1992 par Andres Lietha et Michi Wyser, Déjà parcourt environ 400 mètres sur la septième Kirchlispitze. Une grande partie de l’itinéraire avait alors été gravie en libre, mais sa cinquième longueur était restée irrésolue. Cette section, aujourd’hui cotée 8c+, concentre la principale difficulté de la voie : une escalade soutenue sur de petites prises agressives, où la chute reste possible presque jusqu’au relais.
L’histoire de Jacopo Larcher avec Déjà commence en 2015. Cette année-là, Fabian Buhl lui propose de venir travailler ce projet encore jamais entièrement libéré. Les deux grimpeurs ignorent alors si tous les mouvements sont réalisables.
En confrontant leurs méthodes, ils finissent par trouver une solution dans la longueur clé. Mais le passage exige des conditions particulièrement favorables et se révèle très éprouvant pour la peau. Larcher se tourne ensuite vers d’autres objectifs, tandis que Buhl poursuit le travail.
Le 27 novembre 2019, après plusieurs saisons d’efforts, l’Allemand réalise finalement la première ascension en libre de Déjà. Il met ainsi un terme à vingt-sept années d’incertitude autour de l’itinéraire.
Pour Larcher, cette première exploration restera longtemps sans conclusion personnelle. Il lui faudra attendre plus d’une décennie et un nouveau projet partagé avec Zangerl pour revenir terminer l’histoire.

Une longueur clé particulièrement exigeante
Zangerl et Larcher commencent à travailler sérieusement la voie ensemble en 2025. Tous deux connaissent déjà très bien le Rätikon, où ils ont répété plusieurs itinéraires difficiles au fil des années.
« Le Rätikon est comme une seconde maison pour nous, explique Zangerl. C’est ici que j’ai tenté mon premier véritable projet en grande voie, et nous y avons gravi énormément d’itinéraires ensemble. Déjà nous semblait être le projet idéal. »
Dès leurs premières journées dans l’itinéraire, la cinquième longueur s’impose comme le cœur du projet.
« C’est une longueur vraiment unique, extrêmement difficile et soutenue jusqu’au relais, poursuit-elle. On peut tomber presque partout. C’est probablement la longueur la plus dure que nous ayons jamais essayée dans une grande voie. »
À la difficulté technique s’ajoute la gestion des conditions. Orientée au sud, la paroi chauffe rapidement pendant l’été. Les prises coupantes du crux ne permettent que quelques essais avant que la peau ne soit trop abîmée. Face aux températures élevées, les deux grimpeurs adaptent leur organisation. Ils viennent grimper tôt le matin ou attendent la fin de journée, prolongeant parfois leurs séances jusqu’à minuit. La route habituelle menant à Grüscher Älpli étant fermée en semaine pour travaux, ils accèdent également à la paroi depuis le versant autrichien, en partie à vélo électrique.
« Nous rentrions souvent chez nous vers une ou deux heures du matin, raconte Larcher. Presque chaque journée devenait une petite expédition. Nous avons découvert d’une manière complètement différente un endroit que nous connaissions pourtant déjà très bien. »
Et même une fois le crux franchi, l’ascension reste loin d’être acquise. Dans la partie supérieure, la onzième longueur présente un second crux majeur, estimé autour de 8b par les deux grimpeurs. Une difficulté suffisamment tardive pour faire basculer une tentative après plusieurs heures d’effort.
Trois essais dans le 8c+ avant de poursuivre vers le sommet
Le 6 juillet 2026, Babsi Zangerl s’élance depuis le bas de la paroi pour sa première véritable tentative d’enchaînement. Jusqu’à ce jour, elle n’a encore jamais réussi la longueur clé sans repos. Elle chute une première fois à la fin de la première section difficile. Lors de sa deuxième tentative, alors qu’elle se sent plus solide, sa main glisse de manière inattendue. Au troisième essai, la fatigue commence à s’installer.
« Je sentais qu’il ne me restait presque plus rien. Mais, d’une manière ou d’une autre, c’était juste suffisant. J’ai réussi à me battre jusqu’au bout de la longueur. »
En atteignant le relais, Zangerl vient de franchir le principal crux de Déjà. Il lui reste néanmoins sept longueurs à parcourir, dont le 8b situé près du sommet. Avec l’avancée de la journée, une nouvelle chute pourrait mettre fin à sa tentative.
« Après avoir réussi le crux, j’étais incroyablement heureuse, mais je suis également devenue nerveuse. Je savais qu’il restait encore beaucoup de chemin. Mais cette réussite m’a donné énormément de confiance. À partir de là, tout s’est mis à fonctionner. »
Zangerl ne tombe plus. Elle atteint le sommet après avoir gravi en tête toutes les longueurs de l’itinéraire, devenant ainsi la deuxième personne à réaliser Déjà en libre.
Cette réussite intervient après une longue interruption provoquée par une blessure au dos survenue à la fin de l’année 2025.
« Ce n’était pas seulement une question de difficulté, confie-t-elle. J’ai vécu cette ascension comme un véritable retour. »

Une première féminine à replacer dans son contexte
L’ascension de Babsi Zangerl constitue avec certitude la première ascension féminine de Déjà. Elle pourrait également représenter la première réalisation féminine recensée d’une grande voie actuellement cotée 8c+.
Cette qualification demande toutefois une précaution historique.
En 2009, l’Italienne Jenny Lavarda avait répété Solo per vecchi guerrieri, dans les Dolomites. La longueur clé de cette grande voie était alors annoncée à 8c+/9a. Les répétiteurs suivants ont cependant proposé des cotations sensiblement inférieures, jusqu’à 8b+.
À partir des cotations aujourd’hui retenues pour les deux itinéraires, Déjà serait donc la première grande voie en 8c+ gravie par une femme. Il reste néanmoins plus juste de présenter cette distinction comme une première recensée, dépendante du consensus entourant les cotations.
Jacopo Larcher boucle une histoire commencée en 2015
Quelques jours après l’ascension de Zangerl, le duo revient au pied de la Kirchlispitze en inversant les rôles. Larcher mène cette fois toutes les longueurs, tandis que sa partenaire l’assure.
L’Italien aborde la journée avec peu de certitudes. Il est encore fatigué par une semaine consacrée à l’ouverture d’une compétition et redoute des températures trop élevées. Une couverture nuageuse maintient finalement une grande partie de la face à l’ombre.
« J’étais nerveux au départ et mes attentes étaient assez faibles. Mais dès que j’ai commencé à grimper, tout a changé. Je me sentais détendu, rapide et en confiance. »
Larcher franchit la longueur en 8c+ puis l’ensemble de l’itinéraire sans tomber. À 11 h 30, il rejoint le sommet et signe la troisième ascension en libre de Déjà.
Onze ans après avoir participé à la recherche des mouvements du crux avec Fabian Buhl, l’Italien achève ainsi un projet qui était resté en suspens.
« Nous retrouver ensemble au sommet, après avoir tous les deux gravi Déjà, était très spécial. Ce n’était pas seulement une question de voie, mais de toute l’aventure que nous avions partagée pour y parvenir. »
Pour Zangerl et Larcher, Déjà rejoint une longue liste de grandes voies difficiles réalisées ensemble dans le Rätikon. Mais entre le retour de l’Autrichienne, l’histoire personnelle de Larcher avec l’itinéraire et la portée potentiellement historique de cette première féminine, celle-ci occupe désormais une place à part.
➡️ Un court-métrage consacré à leur aventure est disponible
Babsi Zangerl Makes Historic Ascent of Déjà (8c+)
On 6 July 2026, Babsi Zangerl completed the second free ascent of Déjà, a 400-metre multi-pitch route graded 8c+ in Switzerland’s Rätikon massif. A few days later, Jacopo Larcher claimed the third free ascent. Zangerl’s achievement may be the first recorded female ascent of a multi-pitch route currently graded 8c+.
Twelve pitches, a south-facing wall and, halfway up the route, an 8c+ crux that remained unsolved for 27 years. On the south face of the Kirchlispitzen, Déjà belongs to a rare category of multi-pitch climbs whose difficulty extends far beyond a single grade.
On 6 July, Babsi Zangerl made the route’s second free ascent. The Austrian led every pitch herself and completed the route in a single day after sending the crux pitch on her third attempt.
A few days later, Jacopo Larcher took his turn on lead, climbing the entire route without a fall.
For the pair, this double ascent continues a long-standing relationship with the Rätikon. For Zangerl, it also marks a return to high-level climbing following a back injury that kept her away from hard projects for several months.
Déjà: a project left unfinished for 27 years
Déjà was established in 1992 by Andres Lietha and Michi Wyser on the seventh Kirchlispitze. Much of the 400-metre route was climbed free at the time, but its fifth pitch remained unresolved.
Now graded 8c+, this pitch represents the route’s main difficulty: sustained climbing on small, sharp holds, with the possibility of falling almost all the way to the belay.
Jacopo Larcher’s history with Déjà began in 2015, when Fabian Buhl invited him to try the project. At that point, neither climber knew whether the crux pitch was even possible.
By working together, they eventually found a viable sequence. However, the pitch required particularly favourable conditions and proved extremely demanding on the skin. Larcher later turned his attention to other objectives, while Buhl continued working on the route.
On 27 November 2019, after several seasons of effort, the German climber finally completed the first free ascent of Déjà, ending 27 years of uncertainty surrounding the line.
For Larcher, that early experience remained unfinished business. It would take another decade, and a new project shared with Zangerl, for him to return and complete the story.
A crux pitch unlike any other
Zangerl and Larcher began working seriously on Déjà together in 2025. Both already knew the Rätikon extremely well, having repeated several of the massif’s hardest routes over the years.
“The Rätikon feels like a second home to us,” Zangerl explained. “This is where I tried my first real multi-pitch project, and we have climbed countless routes here together over the years. Déjà felt like the perfect project.”
From their first days on the route, the fifth pitch emerged as the heart of the challenge.
“It is a truly unique pitch, extremely difficult and sustained all the way to the belay,” she continued. “You can fall almost anywhere. It is probably the hardest pitch we have ever tried on a multi-pitch route.”
Managing the conditions added another layer of difficulty. The south-facing wall heats up rapidly during the summer, while the sharp holds on the crux allow only a few serious attempts before the skin becomes too damaged.
Faced with high temperatures, the two climbers adapted their schedule. They climbed either early in the morning or late in the day, sometimes remaining on the wall until close to midnight.
With the usual road to Grüscher Älpli closed during the week because of construction work, they also approached the wall from the Austrian side, using electric bikes for part of the journey.
“We often arrived home at one or two in the morning,” Larcher recalled. “Almost every day became a small expedition. We experienced a place we already knew extremely well in a completely different way.”
Even after the crux, the ascent is far from over. Higher on the wall, the eleventh pitch presents another major obstacle, estimated at around 8b by both climbers. Its position near the top makes it capable of ending an attempt after hours of effort.
Three attempts on the 8c+ before the final push
On 6 July 2026, Babsi Zangerl left the ground for her first full redpoint attempt. Until that day, she had never climbed the crux pitch without resting.
She fell near the end of the first difficult section on her opening attempt. On her second try, despite feeling stronger, her hand unexpectedly slipped from a hold. By the time she began her third attempt, fatigue was setting in.
“I felt like I had almost nothing left,” she recalled. “But somehow, it was just enough. I managed to fight my way to the end of the pitch.”
Reaching the belay meant Zangerl had overcome the main obstacle on Déjà. Seven pitches still remained, however, including the difficult 8b pitch near the summit. With the day progressing, another fall could have brought her attempt to an end.
“After climbing the crux, I was incredibly happy, but I also became nervous,” she explained. “I knew there was still a long way to go. But succeeding on that pitch gave me a huge amount of confidence. From that point on, everything started to work.”
Zangerl did not fall again. After leading every pitch herself, she reached the summit and became the second person to complete Déjà in free climbing.
The achievement came after an extended break caused by a back injury sustained at the end of 2025.
“It was not only about the difficulty,” she said. “For me, this ascent felt like a real comeback.”
A female first ascent that requires historical context
Babsi Zangerl’s ascent is unquestionably the first female ascent of Déjà. It may also represent the first recorded female ascent of a multi-pitch route currently graded 8c+.
That distinction, however, requires some historical context.
In 2009, Italian climber Jenny Lavarda repeated Solo per vecchi guerrieri in the Dolomites. At the time, the route’s crux pitch was graded 8c+/9a. Subsequent repeaters proposed significantly lower grades, with the crux eventually being assessed as low as 8b+.
Based on the grades currently attributed to both routes, Déjà would therefore be the first 8c+ multi-pitch route climbed by a woman.
Nevertheless, it remains more accurate to describe Zangerl’s achievement as the first recorded ascent of its kind, as the distinction ultimately depends on the evolving consensus surrounding climbing grades.
Jacopo Larcher completes a journey that began in 2015
A few days after Zangerl’s ascent, the pair returned to the foot of the Kirchlispitze and reversed roles. This time, Larcher led every pitch while Zangerl belayed him.
The Italian started the day with few expectations. He was still tired after a long week of route-setting for a competition and feared that the conditions would be too warm. Cloud cover ultimately kept much of the south face in the shade.
“I was nervous at the start, and my expectations were quite low,” he explained. “But as soon as I began climbing, everything changed. I felt relaxed, fast and confident.”
Larcher climbed the 8c+ crux and completed the rest of the route without falling. By 11:30 a.m., he had reached the summit and secured the third free ascent of Déjà.
Eleven years after helping Fabian Buhl work out the moves on the crux pitch, Larcher had finally completed a project that had remained unfinished for him.
“Standing together at the summit after we had both climbed Déjà was very special,” he said. “It was not only about the route, but about the entire adventure we had shared to get there.”
For Zangerl and Larcher, Déjà joins a long list of difficult multi-pitch routes they have climbed together in the Rätikon. Yet between the Austrian’s comeback, Larcher’s personal history with the line and the potentially historic significance of its first female ascent, this route now holds a place of its own.
A short film documenting their journey on Déjà is available on La Sportiva’s YouTube channel.
✍️ : Théo de GrimpActu














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