Hugo Parmentier et Esteban Daligault une trilogie inachevée au Grand Capucin
- GrimpActu

- il y a 14 heures
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Le 21 juin 2026, Hugo Parmentier et Esteban Daligault se sont lancés dans un défi hors norme au Grand Capucin : enchaîner ses trois grandes voies les plus difficiles en moins de 24 heures, entièrement en libre et sans frontale. Après deux 8a+ et environ 900 mètres d’escalade, un violent orage a interrompu leur tentative. De cet objectif inachevé est née une réflexion plus profonde sur la performance, le plaisir et leur manière d’envisager leurs futurs projets.
Trois grandes voies. Environ 1 350 mètres d’escalade. Deux 8a+, un 7c+. Moins de 24 heures pour tout parcourir, entièrement en libre et uniquement à la lumière naturelle.
Sur le papier, le projet imaginé par Hugo Parmentier et Esteban Daligault ressemble à une course contre le temps sur l'une des grandes parois du massif du Mont-Blanc.
Hugo lui trouve une formule : « un ultra-trail d'escalade ».
Mais le 21 juin, après deux voies parcourues à grande vitesse, ce sont finalement la montagne et un violent orage qui vont décider de l'issue de la journée. Et transformer un projet de performance en quelque chose que les deux grimpeurs n'avaient peut-être pas prévu de trouver.
Trois grandes voies du Grand Capucin en moins de 24 heures
Le projet repose sur trois itinéraires de près de 450 mètres chacun : la Voie Petit (8a+), Le Trésor de Romain (8a+) et L'Or du temps (7c+).
L'objectif est simple à formuler, beaucoup moins à réaliser : les enchaîner en moins de 24 heures, en libre et sans utiliser de frontale.
La Voie Petit donne à elle seule une idée de l'ampleur du défi. Habituellement parcourue sur deux jours, elle doit ici devenir la première étape d'une journée comprenant trois ascensions et autant de descentes.
Le projet s'inscrit dans la continuité de Vautour, réalisé par Hugo Parmentier dans le Verdon : quatre voies majeures parcourues en 24 heures, pour un total de 1 500 mètres et plus de 50 longueurs, dont près de 30 dans les septième et huitième degrés.
C'est Esteban qui imagine de transposer le concept en haute montagne :
« Ce serait marrant de faire pareil sur des voies montagne. »
Le Grand Capucin devient leur objectif.

Deux grimpeurs, deux expériences de la montagne
Si le niveau d'escalade n'est pas vraiment une inconnue pour les deux Français, leur rapport à la haute montagne est différent.
Esteban Daligault possède une expérience de la haute montagne bien plus ancienne qu’Hugo Parmentier.
« Esteban a fait le mont Blanc à 10 ans, son père est guide. Moi, la première fois que j'ai mis les pieds sur un glacier, c'était en 2021, et je n'y étais pas retourné avant 2024. »
Pour Hugo, le projet nécessite donc une véritable préparation à l'altitude et à l'environnement montagnard.
« J'ai vraiment dû me préparer et m'acclimater. Je me souviens de montées où mon cœur battait à 180 pulsations par minute, alors qu'Esté, il discutait tranquille ! »
Une première tentative envisagée en 2025 est finalement repoussée en raison d'une météo trop instable. Les deux grimpeurs profitent néanmoins de cette période pour parcourir les trois voies, repérer les descentes et réfléchir à la manière d'optimiser leur future tentative.
Un an plus tard, ils reviennent.
4 h 40, départ dans la Voie Petit
Le 21 juin 2026, jour du solstice d'été, la fenêtre semble enfin être là.
Après deux journées de repérage et d'acclimatation, les prévisions annoncent deux jours sans orage. Le choix du solstice prend alors tout son sens : puisque Hugo et Esteban veulent réaliser leur projet sans frontale, chaque minute de lumière naturelle compte. La veille, ils installent leur camp et montent suffisamment de nourriture et d'eau pour tenir la journée. Peut-être même un peu trop.
À 4 h 40, ils s'engagent dans la Voie Petit. Le jour se lève pendant leur progression.
Une prise casse sous le pied d'Esteban — « la prise s'est enfuie », plaisante-t-il — mais rien ne vient réellement perturber leur rythme.
Quatre heures plus tard, les 450 mètres de la Voie Petit sont derrière eux.

Deuxième 8a+ : la chaleur s'invite dans le projet
Il faut maintenant redescendre les 450 mètres en rappel.
Un nouvel imprévu survient lorsque le Reverso d'Hugo chute jusqu'au pied de la paroi. La cordée poursuit sa descente au cabestan avant de rejoindre son camp, manger et repartir. Vers 11 heures, Hugo et Esteban attaquent Le Trésor de Romain (8a+).
La première longueur difficile passe, mais les conditions changent progressivement. La chaleur devient pesante, l'humidité augmente et le granit offre des sensations différentes. Malgré la fatigue accumulée, ils continuent.
À 16 heures, ils atteignent le sommet. Deux grandes voies en 8a+. Environ 900 mètres et 20 longueurs parcourus depuis le début de la journée. Surtout, les deux grimpeurs ont encore le sentiment d'avoir suffisamment d'énergie pour poursuivre.
La troisième voie semble toujours possible.
Puis l'orage
Au sommet du Trésor de Romain, il fait encore beau. La situation change pendant la descente. Quelques gouttes commencent à tomber. La pluie s'intensifie rapidement avant de laisser place à une véritable cascade de grêlons. La paroi est trempée. Le matériel aussi.
L'Or du temps (7c+), troisième et dernière voie du projet, ne sera pas tentée.
De retour à la tente, Hugo et Esteban imaginent encore une solution : attendre quelques heures, laisser sécher la face et repartir vers 2 heures du matin.
Leurs vêtements sont trempés. Leurs chaussons dégoulinent.
Mais ce n'est finalement pas ce qui les convainc définitivement d'arrêter.
Quand l'échec interroge la notion de performance
Ils auraient pu considérer cette journée comme un simple projet inachevé.
Deux voies sur trois. Environ 900 mètres au lieu des 1 350 espérés. Une troisième ligne abandonnée à cause d'un événement extérieur. Ils auraient aussi pu revenir.
Recommencer. Attendre une nouvelle fenêtre météorologique. Parcourir une nouvelle fois des voies qu'ils connaissent désormais parfaitement afin de pouvoir, enfin, valider la trilogie.
Mais une question apparaît : pourquoi ?
Esteban Daligault raconte :
« À quoi bon refaire une voie qu'on connaît par cœur alors qu'il y a tellement de belles lignes à découvrir dans le monde ? Juste pour dire qu'on a fait une trilogie ? On ne le faisait plus que pour la performance, tout ça n'avait plus de sens. »
Cette réflexion change la lecture de leur journée.
Depuis le départ, le projet pouvait être résumé par des chiffres : trois voies, 1 350 mètres, moins de 24 heures, deux 8a+, un 7c+.
Une performance mesurable, comparable, racontable.
L'orage interrompt cette logique et oblige les deux grimpeurs à revenir à ce qu'ils étaient venus chercher derrière ces chiffres.
« S'arrêter ainsi faisait mal au cœur, surtout vu l'investissement qu'on avait mis dans ce projet. Mais on a trouvé ce qu'on était venu chercher : grimper à toute vitesse dans de grosses difficultés, avec la banane et un super copain ! »
L'objectif n'est pas atteint.
Pour autant, leur journée n'est plus vraiment vécue comme un échec.

« Qu'est-ce que la performance ? »
La question résonne particulièrement chez Hugo Parmentier.
Après treize années passées dans l'univers du haut niveau en escalade, le Français s'interroge sur cette recherche permanente du projet suivant : plus difficile, plus long, plus rapide.
« Qu'est-ce que la performance ? Quelle place prend le plaisir dans tout ça ? Pourquoi pousser le bouchon toujours plus loin ? À l'heure du changement climatique d'origine humaine, devrait-on redéfinir cette notion ? »
Le questionnement dépasse alors largement la réussite ou non de cette trilogie.
À quel moment un projet cesse-t-il d'être une aventure que l'on désire vivre pour devenir une performance que l'on cherche simplement à valider ?
Au Grand Capucin, Hugo et Esteban semblent avoir trouvé une partie de leur réponse.
La performance reste une source de motivation. Ces projets les poussent à se préparer, à progresser et à imaginer de nouvelles aventures. Mais elle n'est plus nécessairement une finalité suffisante à elle seule.
Au Grand Capucin, « tout sauf l’escalade »
Lorsqu’on leur demande ce qui s’est révélé le plus difficile pendant cette tentative, Hugo et Esteban répondent avec un certain paradoxe :
« Tout sauf l’escalade ! »
Malgré deux grandes voies en 8a+, la difficulté s’est surtout déplacée ailleurs : altitude, acclimatation, logistique et météo. Contrairement au Verdon, où le défi était avant tout physique pour Hugo, le Grand Capucin ajoute une part d’incertitude impossible à maîtriser complètement.
Et ce 21 juin, c’est précisément elle qui finira par décider de l’issue du projet.
Deux voies plutôt que trois, mais une autre histoire
Le 21 juin, Hugo Parmentier et Esteban Daligault n’auront donc pas réalisé la trilogie imaginée. Ils auront néanmoins parcouru deux voies en 8a+, environ 900 mètres et 20 longueurs sur le Grand Capucin avant que l’orage ne mette un terme à leur tentative.
Sur le papier, l’objectif reste inachevé. Mais leur « Double Grand Capucin » raconte finalement autre chose : une journée où la recherche de performance s’est progressivement effacée derrière le plaisir de grimper, l’amitié et l’imprévisibilité de la montagne.
Ils étaient venus chercher trois voies en moins de 24 heures. Ils sont repartis avec deux, et peut-être une nouvelle manière d’envisager la performance.
➡️ Retrouvez la vidéo de leur aventure ci-dessous.
✍️ : Théo de GrimpActu














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