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- Max Bertone, champion de France de bloc 2026 : Interview
Il est l'un des athlètes les plus complets du circuit français. À seulement 18 ans, Max Bertone a déjà remporté des titres nationaux, brillé à l’international, et enchaîné des voies et des blocs extrêmes en extérieur. Le week-end dernier, une fois de plus, il a su imposer son rythme sur les Championnats de France de bloc à Montmartin-sur-Mer, aux côtés de sa sœur, Oriane Bertone. Dans une finale d’une densité exceptionnelle, Max a su conjuguer sang-froid, technique et énergie pour décrocher un nouveau titre de champion de France. Dans cette interview exclusive pour GrimpActu , il revient sur cette victoire, la compétition, l’état du bloc français et ses prochains objectifs. @Arthur Delicque Interview – Max Bertone GrimpActu : Tu es champion de France de bloc 2026. Qu’est-ce que ça représente pour toi ? Max Bertone : Ce n'est pas mon premier titre sénior, mais il est particulier car le bloc est une discipline dans laquelle je me suis relativement peu entraîné ces dernières années. Du coup c'est pour moi une surprise, même si l'an dernier j'avais déjà fait un bon championnat de France à Anse. La densité en bloc est énorme en France et c'est une satisfaction incroyable pour moi que de remporter cette compét de référence nationale. GrimpActu : À quel moment as-tu réalisé que le titre était pour toi ? Max Bertone : Au moment où j'ai flashé le dernier bloc. Tout était possible dans cette finale, même si le flash dans le bloc 2 m'a vraiment boosté. Bloc 1 : L’énergie avant tout GrimpActu : Sur le bloc 1 en coordination, tu as pris le temps de chauffer le public. C'était stratégique ou totalement spontané ? Max Bertone : C'est complètement délibéré. J'ai besoin de cette énergie pour trouver mon flow. Je grimpe comme ça aussi en diff. Si je ne me sens pas soutenu, je ne parviens pas à donner tout ce que j'ai ni à trouver l'énergie et le relâchement nécessaires. GrimpActu : Trois essais pour topper : qu’est-ce que tu ajustes concrètement entre chaque tentative ? Max Bertone : Le premier essai ne m'apprend presque rien, je zippe d'entrée sur le départ. Le second me permet d'engager la coordo et de comprendre que le bloc est à ma portée sur le run suivant. Je n'ai pas vraiment trouvé de complexité particulière sur ce problème-là. @Arthur Delicque Bloc 2 : Le coup parfait GrimpActu : Tu es le seul à topper ce bloc, et au premier essai. Ton style ? Max Bertone : C'est un bloc physique avec des réglettes. C'est clairement dans mes cordes et je savais que je serais à l'aise dans ce style. Ça n'a pas raté cette fois-ci. GrimpActu : À ce moment-là, tu sens que tu as pris un ascendant psychologique ? Max Bertone : Pas au point de me sentir au-dessus. C'était encore très ouvert et je savais que le bloc suivant se jouait plutôt sur un de mes points faibles. Bloc 3 : Lucidité sur ses limites GrimpActu : Sur la dalle, tu te fais surprendre ? Max Bertone : Au contraire, pas du tout. Je connais ma faiblesse en triceps et sur les mouvs de paumes. Je savais que sortir de ce volume rouge serait compliqué. Là non plus, ça n'a pas raté. GrimpActu : Avec le recul, tu changerais quelque chose ? Max Bertone : Oui. J’ai trouvé une solution lors du dernier essai et j’ai raté parce que j’ai voulu vérifier le temps qu’il me restait. En reculant la tête pour regarder le chrono, je suis parti en arrière. Je referais cette méthode sans hésiter. Bloc 4 : Rester naturel GrimpActu : Avant le dernier bloc, tu sais que le titre se joue là. Comment tu abordes ça ? Max Bertone : Il fallait rester naturel et ne pas chercher à contrôler tous les mouvs pour éviter les erreurs. La pression était là, mais j’ai réussi à rester focus sur le bloc sans gamberger. Une fois le premier mouv réussi, tout s’est déroulé sans encombre. @Arthur Delicque Le niveau du bloc français GrimpActu : Comment analyses-tu le niveau actuel du bloc français ? Max Bertone : C’est clairement la meilleure nation avec le Japon. Tu peux perdre dix places sur une zone ratée. Cette densité vient selon moi de l’émulation créée par l’ascension d’Oriane Bertone et Mejdi depuis quatre ou cinq ans, mais aussi de l’explosion des salles privées qui offrent énormément d’opportunités d’entraînement. L’évolution des blocs en compétition GrimpActu : Le niveau de cette compétition était particulièrement relevé, notamment dès les demi-finales. Quel regard portes-tu sur l’évolution des blocs en compétition ? Max Bertone : Je trouve que chaque compétition a une histoire particulière et qu'il est quasi impossible de dégager des tendances lourdes. Parfois c'est une team d'ouvreurs qui pose des problèmes "basiques" et on voit des grimpeurs comme Toby s'imposer. Parfois c'est plus débridé et aérien et Mejdi survole la compét. Pareil chez les filles. On retrouve maintenant des types de problèmes récurrents, mais de là à pouvoir se prononcer sur l'évolution de l'escalade moderne en bloc il y a un pas. @Arthur Delicque Les clés du très haut niveau GrimpActu : Qu’est-ce qui fait réellement la différence en bloc ? Max Bertone : Au vu du caractère aléatoire de cette discipline, le principal facteur qui joue sur une qualification ou la victoire c'est le scénario du tour et le style de l'ouverture. Tu ne peux pas construire en 4 ou 5 minutes ce que tu n'as pas su faire à l'entraînement. Du coup si le bloc colle à ton bagage technique et physique tu trouves la solution. Sinon tu repars à l'entraînement. GrimpActu : Y a-t-il un âge idéal pour performer en bloc ? Max Bertone : On le voit clairement depuis quelques années. Il n'y en a pas. La maturité physique joue beaucoup dans la précocité des performances, mais l'escalade reste une activité technique et si tu grimpes juste tu peux faire la différence quel que soit ton âge (dans certaines limites évidemment). GrimpActu : On parle souvent de routine de pré-performance avant d’aborder un bloc. Est-ce que tu as, toi aussi, une routine bien définie avant de t’élancer ? Max Bertone : Si tu parles des rituels qui rassurent, non, je n'en ai pas. Si tu parles de la préparation en iso pour être prêt à se mobiliser c'est différent. J'ai mes routines d'échauffement et de conditionnement mental à moi, comme tout le monde je pense. Bloc ou difficulté ? Pourquoi choisir ? GrimpActu : On parle beaucoup de spécialisation. Tu te positionnes comment ? Max Bertone : Pour le coup je ne me reconnais pas dans cette exigence de spécialisation pour l'instant. Je m'entraîne assez peu en bloc d'ailleurs et je fais quasiment que de la grimpe sur les séances que je fais. La spécialisation s'imposera peut-être à moi un jour, mais ce sera le résultat d'un constat inéluctable et non d'une volonté de ma part. Je kiffe le bloc et la diff. Je ne me vois pas choisir tant que ma progression ne s'arrête pas. Le revers du décor La finale a aussi été marquée par la blessure de Joshua Fourteau. GrimpActu : La blessure de Joshua Fourteau a marqué la finale. Comment vous avez vécu ce moment entre grimpeurs ? Max Bertone : On ne savait pas ce qui s'était réellement passé. On était tristes pour lui car il est en forme en ce moment et, comme pour Thomas on a eu les boules pour l'incident malheureux. Après, dans le flux de la compét, tu n'as pas vraiment le temps de gamberger. C'est ton tour, tu entres dans l'arène et tu oublies l'univers qui t'entoure pour te concentrer sur ton job. GrimpActu : Quelle est la partie la plus ingrate ou la plus exigeante de ton entraînement que le public n’imagine pas ? Max Bertone : Je pense que le public s'imagine maintenant ce qu'endurent les sportifs de haut niveau. Quelle que soit l'activité il y a une part de souffrance importante à encaisser pour parvenir à s'approcher des limites de la pratique et à performer. L'escalade ne fait pas exception. Si tu penses que tu vas prendre du plaisir tous les jours à l'entraînement, tu te trompes lourdement... ou alors c'est que tu ne fais pas du haut niveau. Et maintenant ? GrimpActu : Les Jeux, c’est dans un coin de la tête ? Max Bertone : Les JO de LA sont en effet un objectif, mais pas le seul et pas non plus le plus important pour moi. Ils sont au même niveau que les grands championnats et je ne souhaite pas me focaliser de façon trop serrée sur cet événement. J'ai envie de faire les belles compétitions de la saison, les coupes du monde, les championnats et la stratégie qu'on met en place avec mon père est finalement très ouverte à ce niveau. Là j'aimerais faire une finale en bloc si je me sélectionne pour la première partie de la saison. En diff j'aimerais remonter sur la boîte après l'argent de Bali l'an dernier. @Arthur Delicque ✍️ : Théo de GrimpActu
- Drifter’s Escape 9a+ : Connor Herson repousse les limites du trad à Squamish
À mi-hauteur du granit majestueux du Stawamus Chief à Squamish, une ligne spectaculaire attire tous les regards : Drifter’s Escape 9a+ , première voie de trad proposée à ce niveau de difficulté. Le 14 juillet 2025, le grimpeur américain Connor Herson réalise la première ascension après deux saisons d’engagement total. Cette performance historique établit un jalon mondial dans l’escalade traditionnelle moderne. ©Christian Adam / Black Diamond Une voie spectaculaire entre précision, audace et technique Drifter’s Escape frappe dès le premier regard. Ses fissures parfaites, sa ligne élégante et suspendue sur le dôme granitique du Stawamus Chief captivent autant qu’elles effraient. Mais derrière cette beauté se cache un projet monumental : des placements millimétrés, un crux explosif qui exige un jeté précis, et une gestion du risque à chaque mouvement. Perchée sur le granit, la voie impose : Une lecture parfaite de la fissure Une gestion chirurgicale des protections Une résistance mentale à haute intensité Une explosivité rare pour ce style Ici, il ne s’agit pas seulement de coincer des doigts : il faut oser, dynamiser, s’engager au-dessus de ses propres placements. Cette combinaison – technique, audace et sang-froid – confère à Drifter’s Escape sa dimension exceptionnelle. « C’est assez rare de trouver une voie aussi spéciale, qui m’a permis de réaliser ma meilleure performance en trad. Le pur jeté dans le crux est unique ! Le niveau de difficulté est juste parfait. Même si Drifter’s est sans aucun doute la plus extrême des voies de trad que j’ai réalisée et que je la ressens comme telle, c’est aussi vrai que je dois me frotter à d’autres longueurs de trad aussi exigeantes ailleurs dans le monde. » Herson est un habitué des voies de trad extrêmes. Ses réalisations incluent : The Nose, El Capitan 5.14a (8b+/8c) Cobra Crack, Squamish 5.14 (8b+) Crack of Destiny FA, Squamish 5.14 (8b+) The Shark FA, Squamish 5.14a (8b+) Magic Line, Yosemite 5.14 (8b+) Meltdown, Yosemite 5.14c (8c+) » ©Christian Adam / Black Diamond 5.15a / 9a+ en trad : un jalon historique Proposer une cotation 5.15a / 9a+ en escalade traditionnelle , c’est franchir une frontière rarement explorée. Le grimpeur californien a passé environ 20 sessions à travailler la voie avant de réussir son ascension, peaufinant chaque mouvement, testant chaque placement et repoussant ses limites à chaque tentative. Pour autant, Herson rappelle que le chiffre n’est qu’une formalité face à l’expérience vécue. Ce qui compte vraiment, ce sont les jours passés à décoder la ligne, les essais répétés, les micro-ajustements invisibles, et l’énergie partagée avec ses partenaires de cordée. « Il ne fait aucun doute que la cotation proposée suscitera beaucoup d’attention médiatique. Pourtant, je ne l’ai même pas cotée pendant plusieurs mois après l’avoir grimpée et je suis certain que le chiffre ne sera pas un élément déterminant de cette ascension lorsque je repenserai à ce moment, dans un an, cinq ans, dix ans. Le temps passé dans cette voie a été remarquablement amusant et positif, en grande partie grâce aux personnes qui m’ont épaulé. » Quand l’histoire dépasse la performance L’ascension a été documentée par Black Diamond et le réalisateur Eric Bissell. Une série de quatre épisodes sera dévoilée dès mars prochain dans le cadre de la campagne Born From the Climbing Life , tandis qu’une version longue sera projetée au Mellow Film Tour, dont le lancement aura lieu à Boulder. Mais au-delà des caméras, ce qui marque dans les mots de Herson, c’est la gratitude. L’importance de l’équipe. L’amitié. Le temps partagé. Car l’escalade traditionnelle n’est jamais une aventure solitaire. Elle est une construction collective : partenaires, assureurs, ouvreurs, mentors. ©Christian Adam / Black Diamond ✍️ : Théo de GrimpActu
- Le rôle de l’image dans la construction de la culture escalade
Plus qu’un simple témoignage, chaque image d’escalade raconte un monde. Entre performances spectaculaires et émotions intenses, la photographie et la vidéo révèlent la beauté des gestes, des sites et des moments suspendus. Découvrez comment l’image façonne la culture escalade et influence les pratiques, de la falaise confidentielle aux podiums internationaux. Pour explorer ce rôle fondamental, nous sommes allés questionner Emile Pino , photographe passionné et spécialiste de la falaise. Son regard, à la croisée de la sensibilité artistique et d’une compréhension intime du sport, permet d’éclairer la place qu’occupe aujourd’hui l’image dans la construction de la culture escalade. 📷@Emile Pino L’image au cœur de l’expérience Dans ce contexte, l’outdoor tient une place particulière. Les falaises offrent un terrain d’expression unique, où l’environnement et le mouvement se répondent. Les grimpeurs deviennent des figures dans un tableau vivant : les parois, les blocs et les ciels créent la dramaturgie, et la photographie capture ces instants avec une intensité que la vidéo ou la mémoire seule ne peut restituer. « C'est l'ensemble des images d'un sport qui détermine la manière dont on le regarde, et l'escalade ne fait pas exception. C'est la vision que portent les créateurs de ces images qui explique aux spectateurs comment regarder ce sport, et en particulier aux nouveaux arrivants dans une discipline. » - Emile Pino Mais derrière cette esthétique souvent spectaculaire se cache un mécanisme plus profond. En choisissant ce qui est montré — un site, un style de grimpe, un type de mouvement — l’image participe à la construction de normes implicites. Elle définit ce qui est perçu comme désirable, légitime ou valorisé dans la culture de l’escalade. Les grimpeurs ne se contentent pas de regarder : ils s’inspirent, reproduisent, se déplacent vers les lieux mis en lumière et intègrent, parfois inconsciemment, l’éthique véhiculée par ces représentations. Quand l’image transforme la perception Certaines images possèdent un pouvoir particulier : celui de transformer durablement la perception d’un lieu ou d’une pratique.. Le cas du Hillary Step sur l’Everest est emblématique : la vision d’une file d’alpinistes à la queue leu leu a révélé au monde entier le tourisme de masse dans un lieu jadis perçu comme sauvage et inaccessible. « Cette image a fait un gros boom dans la communauté de l'alpinisme parce que les gens se sont rendus compte du tourisme de masse que représentait l'Everest . Ce sont les images de l'Everest qui façonnent la vision de la montagne dans l'esprit des gens. Jusqu'à ce qu'on montre la triste réalité de l'ascension de l'Everest, la manière de voir l'himalayisme était complètement différente. » - Emile Pino L’escalade connaît des phénomènes similaires, à une autre échelle. La médiatisation de certaines falaises transforme leur statut. Des sites autrefois confidentiels, fréquentés par quelques locaux ou initiés, deviennent des destinations majeures, attirant chaque saison des centaines de grimpeurs. « Si on prend l'exemple de La Saume, qui est une falaise dans les Hautes-Alpes prise d'assaut chaque été par des centaines voire des milliers de grimpeurs. C'est un site d'altitude où il fait frais. Avant qu'il y ait des images de cette falaise, c'était un petit coin de paradis réservé aux locaux, aux équipeurs et aux personnes qui avaient été introduites à ce spot. » - Emile Pino La photographie agit alors comme un véritable levier culturel. Elle révèle des lieux, popularise des pratiques, met en avant des styles de grimpe qui deviennent des références. Ce qui est montré devient ce qui est pratiqué . Les images médiatisées façonnent des normes : elles disent ce qui est “cool”, ce qui mérite d’être exploré, reproduit, valorisé. « Si on avait fait moins de films avec des grimpeurs en genouillères, la pratique aurait-elle été autant démocratisée ? Si les Wide Boyz n’existaient pas, la pratique de la fissure serait encore beaucoup plus niche aujourd’hui. Ou l’escalade de building plus récemment avec tout le cirque autour d’Alex Honnold et de Taipei 101 » - Emile Pino À l’image d’un plateau télé où l’on choisit à qui donner la parole, la médiatisation visuelle sélectionne les récits qui vont structurer l’imaginaire collectif de l’escalade. 📷@Emile Pino Performance et authenticité Pendant longtemps, la photographie d’escalade s’est concentrée presque exclusivement sur la performance : la cotation, la difficulté, l’exploit technique. L’image servait de preuve, de validation d’un niveau ou d’une réussite. Aujourd’hui, cet équilibre évolue. Sans disparaître, la performance partage désormais l’espace avec une recherche d’authenticité. Les images qui marquent durablement ne sont plus nécessairement celles d’un mouvement parfait, mais celles qui transmettent l’émotion brute : la fatigue après l’effort, la joie incontrôlable, parfois même les larmes. « Je pense à cette photo de Janja et Brooke Raboutou en larmes aux JO de Paris, ou à celle de Margo Hayes en pleurs après La Rambla. Matty Hong a déclenché au bon moment : ce n’est pas une photo dans la voie qui a fait le tour du monde, mais un portrait. Aujourd’hui, les gens font plus attention aux émotions, parce qu’il y a un trop-plein d’images de performanc e . » – Emile Pino Cette évolution influence profondément la manière dont l’escalade est perçue. L’émotion humanise la pratique, la rend plus accessible, plus proche de l’expérience vécue par la majorité des grimpeurs. Mais elle soulève aussi une question plus subtile : à force d’être recherchée, l’authenticité ne risque-t-elle pas de devenir une nouvelle norme ? Montrer la fatigue, l’abandon ou les larmes est aujourd’hui valorisé. L’émotion, autrefois marginale dans l’imaginaire visuel de l’escalade, s’installe au centre du récit. Une tension apparaît alors entre émotion sincère et émotion mise en scène. Comme la performance auparavant, l’émotion peut-elle devenir, elle aussi, performée ? 📷 @IFSC Tendances et innovation Cette quête d’authenticité se retrouve également dans les tendances actuelles de la photographie et de la vidéo d’escalade. Lors d’une table ronde au Salon de l’Escalade, Emile Pino et Julie Nau , directrice artistique de Blocbuster à Paris, ont évoqué un retour marqué vers des pratiques dites “manuelles”. L’argentique, le développement des pellicules, le travail du grain et des imperfections reviennent sur le devant de la scène. Chaque image redevient un objet, un tirage unique, porteur d’une intention forte. « On sent un vrai retour à la photographie manuelle. Ce n’est plus seulement une question de technique, mais une démarche qui donne une âme à l’image . » – Emile Pino Dans la vidéo, les processus de montage évoluent eux aussi. Les formats courts adoptent des esthétiques plus brutes : stop motion, papier déchiré, film leaks, bruitages de Super 8mm. L’image est volontairement dégradée pour retrouver une texture, une sensation de matière. Le vintage n’est plus un effet de style, mais une manière de raconter différemment. « Il y a beaucoup plus de recherche artistique de la part des personnes qui produisent des médias aujourd'hui. Les fabricants, par exemple, ont des directions artistiques beaucoup plus marquées qu’il y a quelques années. Certaines marques, comme Karma 8a, proposent des partis pris très forts et des visuels très reconnaissables. Le travail de Tim Nicolas Hopf, avec son style unique et sa collaboration avec des artistes partageant sa vision, illustre parfaitement cette approche : on découvre l’escalade d’une manière nouvelle, personnelle, presque immersive. » – Emile Pino Certaines approches ont profondément marqué l’imaginaire visuel de l’escalade. En vidéo, Mellow a importé une esthétique brute héritée du skate, renouvelant la narration du bloc outdoor. En photographie, Sam Pratt a contribué à populariser un noir et blanc émotionnel, centré sur les visages et les mains plutôt que sur la seule performance, influençant durablement toute une génération de créateurs. Une pratique façonnée par ses images À travers ces évolutions, une chose apparaît clairement : l’image ne se contente plus de documenter l’escalade, elle en devient l’un des moteurs culturels. Elle influence les pratiques, façonne les désirs, révèle des sensibilités et interroge les codes établis. Des falaises médiatisées aux esthétiques émergentes, de la performance brute à l’émotion partagée, chaque image participe à écrire une histoire collective. Ce que raconte cette transformation, c’est une escalade consciente de son image et capable de la questionner. Une discipline qui se regarde autant qu’elle se pratique, et dont la culture visuelle ne cesse d’évoluer. Loin de figer l’escalade dans un récit unique, l’image ouvre des perspectives, multiplie les regards et accompagne le sport dans ce qu’il a de plus vivant : sa capacité à se réinventer. 📷@Emile Pino ✍️ : Théo de GrimpActu
- La Zipette transforme l’entraînement en simulation de compétition internationale
La musique monte, les projecteurs balaient les murs, le public s’agglutine au pied des blocs. Les chronos bipent sèchement. À la Zipette, l’entraînement a pris des airs de Coupe du monde. À l’approche des grandes échéances nationales — Championnats de France et compétitions sélectives — la salle a accueilli une simulation de compétition pensée pour confronter les meilleurs grimpeurs français à une réalité souvent sous-estimée : celle de la pression, du bruit, du regard des autres. Une immersion totale, où chaque détail comptait. 📸 @Arthur Delicque Reproduire le réel pour mieux y faire face Les simulations font partie de l’arsenal classique de la préparation au haut niveau. Mais entre un format d’entraînement et un véritable contest, l’écart reste souvent sensible. C’est précisément cet entre-deux que cette initiative a voulu combler. «Nous entraînons régulièrement les athlètes lors de simulations en stage, avec le même format de blocs qu’en compétition, mais il manque souvent certains éléments clés comme le public ou l’environnement sonore et visuel. Or, pour performer au mieux, il faut se rapprocher au maximum des conditions réelles.» - Esteban Daligault À la Zipette, ces paramètres ont été intégrés dans leur globalité. Lumières, musique, show, rythme imposé : tout concourait à créer un environnement dense, volontairement exigeant, où l’attention, le contrôle et la gestion du moment prenaient autant de place que l’exécution du mouvement. Des blocs au standard international Pour donner corps à cette ambition, il fallait des blocs à la hauteur. Un circuit complet de demi-finales a été ouvert sur une journée, avec une équipe d’ouvreurs reconnue : William Chérasse, Kevin Arc, Erwan Rucay et Kilian Arc. Leur mission : proposer des blocs exigeants, modernes, lisibles mais sans concession, dans l’esprit des compétitions internationales. Les styles se sont enchaînés, sollicitant coordination, engagement physique, précision et créativité. Des blocs où la moindre hésitation se paie cash, où le timing et la confiance deviennent décisifs. Exactement ce que recherchaient les athlètes présents. Ce format n’était pas une première : « Ce format avait déjà été proposé auparavant, notamment avec Climbing District ou à Chambéry Escalade, et c’était vraiment chouette de pouvoir le reproduire dans la superbe salle de la Zipette, qui a mis les moyens pour créer un événement de grande qualité. » - Esteban Daligault 📸 @Arthur Delicque Un plateau relevé et une vraie dynamique collective Ils étaient une quinzaine chez les hommes, près d’une dizaine chez les femmes, accompagnés de deux athlètes étrangers venus enrichir encore le niveau global. Tous ont joué le jeu, acceptant de se confronter à cette intensité particulière, différente de celle d’un entraînement classique. Mais la réussite de l’événement tient aussi à l’énergie collective qui l’a porté. La Zipette s’est appuyée sur un réseau solide : marques de prises comme Friction Dealer ou Cheeta, partenaires historiques, staff de la salle et bénévoles, souvent abonnés et passionnés, mobilisés pour faire de cette soirée un vrai moment de partage. « On voulait une simulation avec les meilleures athlètes, en conditions réelles, avec du public et des blocs type Coupe du monde », résume l’équipe de la salle, en lien étroit avec Esteban et Victor du Pôle France. Un projet construit à plusieurs mains, fidèle à l’esprit communautaire de l’escalade. Bien plus qu’un entraînement Au-delà des performances, cette simulation a rappelé une vérité parfois oubliée : l’escalade de haut niveau est aussi un sport du mental. Apprendre à grimper sous les projecteurs, à accepter l’erreur, à composer avec le bruit et l’attente, fait partie intégrante du chemin vers la performance. Pour le public, l’expérience a offert un spectacle intense, lisible, et inspirant. Pour les athlètes, elle a servi de révélateur, mettant en lumière les axes de progression, mais aussi la richesse de ces formats hybrides, à mi-chemin entre entraînement et compétition. 📸 @Arthur Delicque ✍️ : Théo de GrimpActu
- JO 2028 : comprendre le parcours complet des qualifications
Avant Long Beach, avant les finales baignées de soleil californien, avant même l’hymne, les médailles et les projecteurs braqués sur les meilleurs grimpeurs de la planète, il existe une autre épreuve. Une épreuve silencieuse, souvent invisible pour le grand public, mais tout aussi impitoyable : la qualification olympique. Pendant près de deux ans, les grimpeurs et grimpeuses qui nourrissent le rêve de Los Angeles 2028 vont s’affronter sur les murs du monde entier , de compétitions continentales en championnats majeurs, non pas pour la gloire immédiate, mais pour le droit de continuer à espérer. Une chute malvenue, un run manqué, une lecture approximative, et le sommet olympique peut soudain s’éloigner, parfois définitivement. Avec la validation officielle du système de qualification pour LA28, la route est désormais tracée. Une route exigeante, mondiale, rythmée par quelques rendez-vous clés, et profondément révélatrice de ce qu’est devenue l’escalade de haut niveau : un sport où la performance pure ne suffit plus, et où la régularité, la stratégie et la capacité à tenir sous pression comptent autant que la force des doigts. 📸 @IFSC Un système de qualification commun aux trois disciplines Même si le bloc, la difficulté et la vitesse seront séparés aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, le chemin pour y accéder est identique pour les trois disciplines . Un choix fort, qui simplifie la lecture du système tout en maintenant une exigence maximale. Chaque grimpeur engagé dans la course olympique devra se mesurer aux mêmes grandes compétitions internationales, avec des quotas spécifiques selon la discipline, mais une logique globale commune : récompenser la performance au plus haut niveau, sur plusieurs terrains et dans différents contextes . 2027 : la première sélection, la plus impitoyable L’année 2027 marquera un premier tournant décisif. Les compétitions internationales organisées par, ou en lien avec, la fédération internationale d’escalade attribueront environ la moitié des places disponibles pour LA28 . Les événements concernés sont : les Jeux Européens les Jeux Panaméricains le Championnat du monde d’escalade 2027 les qualifications continentales en Afrique, en Asie et en Océanie À chaque fois, une seule place par discipline et par genre sera mise en jeu. Cela signifie une chose très simple : il faudra gagner . Pas de calcul au classement général, pas de rattrapage possible. Ces compétitions fonctionneront comme des portes étroites, où seule la performance parfaite, au bon moment, permet de passer. Une sélection mondiale, mais équilibrée Le système a été conçu pour maintenir une représentation continentale forte , tout en garantissant un niveau sportif exceptionnel. Chaque continent dispose ainsi de ses propres épreuves qualificatives, offrant une chance réelle aux nations émergentes de placer un athlète sur la scène olympique. À cela s’ajoutent : une place par discipline et par genre pour le pays hôte , les États-Unis une place d’universalité , destinée à préserver la dimension réellement mondiale de l’escalade olympique L’objectif est clair : éviter une domination écrasante de quelques nations, sans jamais abaisser le niveau d’exigence. 2028 : l’Olympic Qualifier Series, dernière ligne droite Pour les grimpeurs qui n’auront pas décroché leur qualification en 2027, l’année 2028 sera celle du dernier combat . Les Olympic Qualifier Series (OQS) représenteront la dernière opportunité d’accéder aux Jeux. Cette série d’événements internationaux attribuera les places restantes, avec un minimum garanti de : quatre places en bloc , quatre places en difficulté , six places en vitesse . Selon les situations liées au pays hôte et aux places d’universalité, ce nombre pourra légèrement évoluer, mais l’esprit restera le même : une sélection sous très haute pression , face aux meilleurs grimpeurs n’ayant pas encore validé leur billet. 📸 @IFSC Quotas et limites nationales : un cadre strict Le nombre total d’athlètes engagés en escalade aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 ne dépassera jamais 76 grimpeurs , toutes disciplines confondues. Dans le détail : le bloc et la difficulté accueilleront chacun au minimum 12 femmes et 12 hommes, la vitesse sera strictement limitée à 14 athlètes par genre, chaque pays sera plafonné à deux grimpeurs par discipline et par genre . Ce cadre impose des choix parfois douloureux pour les nations les plus fortes, mais garantit une compétition lisible, intense et réellement mondiale. Qualification croisée : la récompense de la polyvalence Un point technique mérite une attention particulière : la qualification croisée en bloc et en difficulté . Lorsqu’un grimpeur se qualifie dans ces deux disciplines, il ne compte que pour une seule place dans le quota total des 76 athlètes , ce qui permet d’accueillir davantage de participants dans ces formats. Une subtilité qui favorise les profils complets, capables de s’exprimer sur différents terrains, sans pour autant déséquilibrer la compétition. Cette règle ne s’applique toutefois pas à la vitesse, dont le format reste strictement limité par le règlement olympique. Un système hérité de Paris 2024, mais affiné Le parcours de qualification pour LA28 s’inscrit dans la continuité de celui mis en place pour Paris 2024, tout en intégrant les retours d’expérience des athlètes, entraîneurs et fédérations nationales. Les priorités sont claires :réduire les déplacements inutiles, offrir plusieurs opportunités de qualification, préserver la santé des grimpeurs et maintenir un très haut niveau sportif sur l’ensemble du cycle olympique. Une approche plus mature, plus structurée, à l’image d’une escalade qui a définitivement trouvé sa place sur la scène olympique. 📸 @IFSC ✍️ : Théo de GrimpActu
- Oriane Bertone révèle ‘Kintsugi’, son voyage intérieur après les Mondiaux
Il y a ces moments où la magnésie retombe, où le bruit des salles s’éteint, où le corps, enfin, cesse de lutter. Pour les grimpeurs·euses de haut niveau, ces instants sont rares. Précieux. Après une saison 2025 longue et éprouvante, conclue à Séoul par une médaille mondiale qui l’a laissée à un souffle du titre suprême, Oriane Bertone a choisi de disparaître. Pas pour fuir. Pour respirer. Dans un long message publié sur Instagram, la vice-championne du monde raconte ce que les podiums ne montrent jamais : l’après. Ce moment fragile, suspendu, où la performance cesse d’occuper tout l’espace, et où l’athlète doit se retrouver. Loin des murs officiels, loin des calendriers, loin de la pression continue de l’excellence. 📷@Yulen Calleja Ordiz L’entre-deux : ce que la compétition ne montre jamais La fatigue invisible de la haute performance La compétition est un instant spectaculaire. Un point culminant. Mais elle reste minoritaire. Le vrai haut niveau se construit ailleurs, dans ce que personne ne filme. Dans la répétition, la rigueur quotidienne. Une saison internationale, ce n’est pas seulement des finales et des médailles. C’est une accumulation de voyages, d’entraînements millimétrés, d’attentes interminables, de frustrations muettes, d’émotions souvent contenues. C’est la capacité à recommencer quand il ne se passe rien. Quand l’excitation a disparu. Quand personne ne regarde. Oriane Bertone évoque précisément cet instant charnière : celui où, après avoir frôlé un rêve à Séoul, elle réalise combien chaque moment compte. Non par faiblesse, mais parce que l’exigence constante laisse des traces profondes. «Après une saison 2025 longue et éprouvante, frôler un rêve à Séoul en devenant vice-championne du monde m’a fait réaliser à quel point chaque instant compte. J’avais besoin de silence — d’une bouffée d’air — avant de rentrer chez moi et de tourner définitivement cette page.» Plutôt que d’enchaîner, Bertone choisit de couper. Radicalement. 📷@Yulen Calleja Ordiz Un mois pour réapprendre à marcher sans objectif Avec Adrien Lemaire et Yulen Calleja, elle part pour un mois entre la Corée du Sud et le Japon. Pas un stage, pas un projet sportif. Un voyage. Un vrai. Marcher sans but précis. Respirer sans chronomètre. Grimper pour le plaisir du mouvement, sans cotation, sans enjeu. C’est là que le récit prend une dimension universelle. Car cette quête, beaucoup de grimpeurs la connaissent, à leur échelle. Ce besoin de revenir à la sensation brute : le rocher sous les doigts, la fatigue saine dans les jambes, la joie simple d’un mouvement fluide. Japon, Corée : une leçon de lenteur et de présence Le voyage comme terrain d’escalade intérieur Oriane Bertone ne décrit pas une performance, mais une immersion. Des trains qui serpentent dans les montagnes boisées. Des cafés minuscules où le temps semble figé. Des temples qui émergent dans la brume du matin. Tokyo, immense et vibrante, traversée à pied, au rythme des odeurs de rue et des regards échangés sans mots. Ce sont des images que tout grimpeur comprend instinctivement. Parce que l’escalade, au fond, est aussi une école de l’attention. Regarder. Ressentir. Être pleinement là. Dans ce voyage, il y a de la fatigue, des rires, des silences partagés. Et cette sensation rare, presque déroutante, d’être exactement à sa place. Ce voyage m’a appris à rêver sans poursuivre quoi que ce soit, à ressentir sans mesurer, à simplement être, juste pour un instant. Nous avons essayé de capturer un peu de cette magie sur pellicule, de raconter une histoire là où les mots ne suffisent plus. 📷@Yulen Calleja Ordiz Grimper sans prouver L’un des messages les plus forts de ce témoignage tient dans ce refus temporaire de la mesure. Ne plus quantifier. Ne plus comparer. Juste ressentir. Une approche presque subversive dans un monde sportif obsédé par les chiffres et les classements. Oriane Bertone rappelle, sans le dire frontalement, que l’escalade n’est pas née dans les compétitions. Elle est née du désir de se déplacer, d’explorer, de comprendre son corps dans l’espace. Ce retour aux fondamentaux agit comme un rappel salutaire pour toute la communauté. Cette facette du haut niveau apparaît rarement dans les récits, et j’avais l’impression que peu d’entre nous parlaient de ce qui se passe entre les événements, entre les titres et les entraînements. Ça aussi, c’est une partie du voyage. Les road trips, les moments partagés — les plus silencieux — ceux qui te rappellent pourquoi tu as commencé à grimper. Kintsugi : réparer sans effacer De cette parenthèse est né un film : Kintsugi . Dans l’art japonais, le kintsugi consiste à réparer un objet brisé avec de l’or, en assumant ses fissures plutôt qu’en les cachant. La métaphore est limpide. La saison 2025 a laissé des marques — physiques, mentales, émotionnelles. Plutôt que de les dissimuler, Oriane Bertone les transforme en matière vivante, en récit. Projeté le 7 février à Arkose Issy, le film se présente comme « un petit morceau d’âme ». Pas un résumé de carrière. Pas un objet promotionnel. Une tentative de raconter ce qui se passe entre deux objectifs, entre deux sommets. Kintsugi ne célèbre pas une médaille. Il célèbre le chemin, les détours, les pauses nécessaires. Et interroge, en filigrane, notre rapport à la réussite dans l’escalade moderne. Durer, c’est parfois savoir s’arrêter En rendant visible ce hors-scène, Oriane Bertone offre une image plus honnête du haut niveau. Elle rappelle que la passion, seule, ne protège de rien. Que l’exigence a un coût. Et que durer, en escalade comme ailleurs, implique parfois de ralentir, voire de disparaître un instant. Son récit dépasse le cadre de la compétition. Il parle à tous les grimpeurs·euses. À celles et ceux qui s’épuisent à cocher. À ceux qui doutent. À ceux qui ont oublié pourquoi ils ont commencé. Grimper, ce n’est pas seulement performer. C’est aussi apprendre à écouter, à respecter ses limites, et à se réparer. Parfois avec de l’or. 📷@Yulen Calleja Ordiz ✍️ : Théo de GrimpActu
- Vestes et doudounes pour grimper au chaud cet hiver
L’hiver est souvent synonyme de meilleures conditions d’adhérence , mais aussi de doigts gelés, d’assurages parfois interminables et de pauses qui refroidissent vite . En falaise, en grande voie ou au pied des blocs, le froid peut rapidement transformer une bonne session en calvaire… à moins d’être bien équipé. Choisir la bonne veste ou la bonne doudoune en escalade, ce n’est pas seulement une question de chaleur : liberté de mouvement, résistance au vent et à l’humidité sont tout aussi essentielles. Une pièce mal adaptée peut vite devenir encombrante, voire inefficace. Dans cet article, GrimpActu a sélectionné 4 vestes et doudounes taillées pour la grimpe hivernale , capables de te garder au chaud lors des moments immobiles ou dans des conditions spécifiques. Du synthétique polyvalent au duvet ultra-chaud , sans oublier une hardshell incontournable pour affronter les intempéries, on passe en revue des modèles fiables et éprouvés sur le terrain. 📷@Nicolas Vaillant 5 conseils pour grimper par temps froid Couvrez-vous intelligemment : Superposez plusieurs couches : sous-vêtements techniques en mérinos, doudoune fine ou polaire, et hardshell ou doudoune premium en troisième couche. N’hésitez pas à protéger vos extrémités avec bonnet, gants et chaussettes chaudes. Munissez-vous également d’un collant sous votre pantalon. Choisissez vos horaires et secteurs : Privilégiez les voies orientées Sud et à l’abri du vent, grimpez aux heures les plus chaudes de la journée. Échauffez-vous avant et entre les voies : Les doigts, poignets et épaules ont besoin d’un échauffement spécifique : corde à sauter, exercices avec élastiques ou petits mouvements dynamiques pour rester chaud entre les essais. Bougez régulièrement pendant les pauses pour conserver la chaleur. Protégez vos mains et vos pieds : Gardez vos chaussons au chaud sous votre doudoune, utilisez des chaufferettes dans vos poches et enfilez vos gants dès que vous vous arrêtez. Vos extrémités sont les premières à souffrir du froid. Hydratez-vous et mangez chaud : Prévoyez thermos de boisson chaude et repas faciles à consommer. Même si grimper par temps froid peut ralentir la motivation, boire et manger chaud aide à raviver la flamme. ❄️ La Sportiva Supercouloir Down – La doudoune grand froid S’il n’en fallait qu’une pour affronter les températures les plus basses, ce serait clairement la Supercouloir Down Parka . Dans cette sélection GrimpActu, c’est la doudoune la plus chaude , pensée pour les conditions sévères et les moments où l’on reste longtemps immobile. Conçue pour les sorties en montagne et parfaitement adaptée à l’escalade hivernale, elle excelle lors de pauses prolongées, au relais ou au pied des voies , ou encore pendant des journées de grimpe par conditions négatives. L’objectif : conserver un maximum de chaleur sans se transformer en bonhomme Michelin. La veste mise sur un duvet naturel 1 000 cuin , offrant une isolation exceptionnelle pour un poids et un volume très contenus. Elle se compresse dans un sac de la taille d’un casque , pratique pour un sac déjà bien chargé. 👉 Points forts : Duvet naturel 1 000 cuin ultra-chaud et compressible, pour un maximum de chaleur sans encombrement. Capuche compatible casque et ajustable, idéale pour les longues pauses en falaise ou au relais. Tissu Pertex® Quantum résistant à l’abrasion, durable même en usage technique intensif. @La Sportiva 🧗♂️ Mammut Rime Pro Belay IN Hooded – Isolation synthétique La Rime Pro Belay IN Hooded de Mammut est conçue pour être portée par-dessus une couche intermédiaire , offrant une isolation fiable lors des pauses ou assurages. Son isolant synthétique LOOPINSULATION assure chaleur durable et facilité d’entretien . La coupe relaxée permet de porter d’autres couches en dessous sans restreindre les mouvements, idéale pour grimpe active ou ajustement du baudrier . 👉 Points forts : Isolant synthétique LOOPINSULATION, efficace par temps sec et facile à entretenir. Coupe relaxée, parfaite pour porter par-dessus d’autres couches sans gêner les mouvements. Poches et fermetures ergonomiques pour l’escalade : manipulation aisée avec les gants et compatibilité baudrier. @Mammut 🌧️ Arc’teryx Beta AR – La hardshell pour toutes les conditions La Beta AR est une hardshell robuste et légère, pensée pour être portée en couche externe . Elle protège contre la pluie, la neige et le vent, tout en restant respirante pendant l’effort . Son secret : une construction hybride en GORE-TEX PRO ePE . Les empiècements sur les épaules et le haut des bras assurent résistance maximale à l’abrasion , tandis que le buste plus léger réduit poids et volume pour un confort optimal. 👉 Points forts : GORE-TEX PRO ePE hybride : protection contre vent, pluie et neige, tout en restant respirante. Construction résistante à l’abrasion sur épaules et bras, légère sur le buste pour réduire le poids. Capuche Drop Hood™ ajustable et compatible casque, avec vision périphérique préservée. @Arc'teryx 🪶 Black Diamond Solution Hoody – La doudoune fine La Solution Hoody de Black Diamond est une doudoune synthétique légère , conçue pour se glisser facilement en deuxième couche sous une hardshell . Elle offre une isolation efficace lors des pauses ou assurages, même si les conditions sont légèrement humides, grâce à son garnissage synthétique performant. 👉 Points forts : Garnissage synthétique performant, isolant même en conditions légèrement humides. Ultra-légère et compressible, idéale pour se glisser sous une hardshell. Coupe ergonomique et stretch pour liberté de mouvement optimale lors de l’escalade. ✍️ : Théo de GrimpActu
- 3 exercices pour être plus fort sur les mouvements de talon
Les mouvements de talon peuvent être redoutables, surtout en dévers. La bonne nouvelle ? Avec quelques exercices ciblés, vous pouvez facilement renforcer vos muscles ischios-jambiers, si vous ne les connaissez pas vous allez vite comprendre leur intérêt ! Cet article a été écrit par Julien Remillieux, kinésithérapeute en équipe de France para escalade. Comprendre l’effort des talons : focus sur les ischios-jambiers Les mouvements de talon demandent une contraction importantes des muscles ischios-jambiers, un groupe de trois muscles situés à la partie postérieure de la cuisse. Ces derniers ont pour fonction la flexion du genou et l’extension de la hanche. Je parle donc ici des « talons » avec un effort de flexion de genou, ce qui est à différencier des talons où l’on pousse avec l’extérieur du pied ! La flexion est pour la majorité du temps associée à une rotation externe du tibia, c’est à dire avec le pied qui regarde vers l’extérieur. Ce détail peut être à prendre en compte dans les exercices pour cibler davantage le muscle biceps fémoral, acteur principal de cette rotation. Le choix de l’exercice peut dépendre de celui qui est le plus simple à mettre en place pour vous. Dans tous les cas chaque exercice peut être réaliser sous différentes modalités (temps de maintien, répétitions, intensité, repos) afin de répondre aux objectifs de chacun (remise en charge progressive post blessure, endurance, force). À titre indicatif, pour la réalisation de manière isolée d’un des trois exercices et pour une personne non blessée mais qui n’est pas encore habitué à ce type d’effort spécifique, je conseillerai : 2 séries de 12 répétitions par jambe avec à chaque répétition 5 secondes de maintien en haut, 4 minutes entre les deux séries, à faire 3 à 4 fois par semaines pendant 1 mois. L’effort doit être principalement ressentie à la partie postérieure de la cuisse. À chaque fois le pied peut être mis plus ou moins ouvert vers l’extérieur, pour cibler ou non le muscle biceps fémoral. 1. Le pont fessier Il faut ici chercher à tracter son talon dans le sol puis monter le bassin le plus haut possible. 2. Flexion du genou debout, avec la hanche en extension Pliez le genou tout en gardant votre genou en arrière par rapport à la jambe au sol, et sans vous pencher en avant ! Plus vous le faites haut plus ça sera intense. Vous crampez ? C’est peut être juste que votre muscle n‘est pas encore habitué à une contraction avec cette intensité et dans cette position, diminuez l’intensité ou l’angle de flexion ! 3. Tirage avec élastique Le plus spécifique à mon sens car il est réalisé dans une position proche de ce qui se fait sur le mur, en flexion de hanche ! Pour garder l’équilibre prévoyez un appui sur une chaise comme sur les photos. ➡️Pour plus de conseils spécifiques sur les exercices complémentaires à l’escalade, n’hésitez pas à contacter Julien sur Instagram @climb_exercises.
- Escalade sur Instagram : quand la visibilité prend le pas sur la compétence
En quelques années, Instagram est devenu un espace central de transmission en escalade. Conseils techniques, routines d’entraînement, analyses de mouvements : jamais les grimpeurs n’ont eu accès à autant de contenus, aussi facilement. Mais à mesure que les publications se multiplient, une question commence à émerger dans le milieu : qui parle, et avec quelle légitimité ? Derrière les comptes à forte visibilité, de plus en plus de pratiquants proposent conseils, accompagnements, voire coaching, sans toujours disposer des compétences, de l’expérience ou des diplômes requis. Longtemps discutée à voix basse, cette réalité est aujourd’hui publiquement questionnée par des athlètes, des entraîneurs et des professionnels de l’escalade. Car un décalage fondamental apparaît : en escalade, le corps et la technique se construisent progressivement, sur des mois et des années , là où les réseaux sociaux valorisent la rapidité, la performance visible et les résultats immédiats. Une logique qui entre parfois en contradiction avec la réalité de la progression sur le mur. Sans chercher à désigner des coupables, GrimpActu a souhaité prendre du recul sur cette transformation. Pour appuyer cette réflexion, nous sommes allés interroger plusieurs professionnels reconnus du milieu : Kevin Arc , ancien athlète de haut niveau, entraîneur depuis 2015 et titulaire d’un Diplôme d’État de perfectionnement sportif ; Manu Cornu , athlète de haut niveau ; et Fred Vionnet , entraîneur d’escalade depuis plus de vingt ans, breveté et diplômé d’État en escalade en milieu naturel et en entraînement. À travers leurs regards croisés, une question traverse l’ensemble des échanges : comment Instagram redessine-t-il la transmission des savoirs en escalade, et quelles en sont les conséquences pour les pratiquants comme pour les métiers du milieu ? @ Guillaume Bouju Quand l’algorithme remplace l’expérience Sur Instagram, la visibilité est devenue un critère central de reconnaissance. Plus un contenu est vu, partagé ou liké, plus il semble crédible. Ce mécanisme, bien connu des plateformes sociales, agit comme une preuve sociale : ce qui circule beaucoup est perçu comme pertinent , indépendamment de la compétence réelle de la personne qui s’exprime. En escalade, cette logique modifie profondément la perception de l’autorité. Là où l’expertise reposait historiquement sur l’expérience de terrain, la formation ou le temps passé à observer et accompagner des grimpeurs, elle se trouve aujourd’hui concurrencée par la capacité à produire des contenus attractifs. Être visible devient parfois suffisant pour être écouté. Cette transformation est particulièrement marquée dans le champ de l’entraînement. Les formats courts et spectaculaires mettent souvent en avant des exercices physiques, des routines de force ou des protocoles « clés en main », facilement reproductibles et visuellement impactants. Mais ce qui fonctionne bien pour l’algorithme n’est pas toujours ce qui est pertinent pour la progression d’un grimpeur. Car l’escalade ne se résume pas à une accumulation d’exercices. C’est une discipline d’apprentissage moteur complexe, fondée sur la gestuelle, la coordination, la lecture et les sensations. La préparation physique n’y prend réellement du sens qu’à partir d’un certain niveau de maîtrise technique. Pourtant, sur les réseaux sociaux, cette hiérarchie est souvent inversée : l’entraînement devient central, parfois même avant que les bases de la pratique ne soient construites. L’autre limite majeure de ces contenus réside dans leur caractère générique . Pensés pour toucher le plus grand nombre, ils ne tiennent que rarement compte des différences de niveau, d’âge, d’historique de pratique ou de blessures. Or, en escalade, un conseil pertinent hors contexte peut rapidement devenir contre-productif, voire dangereux. En favorisant ce qui est simple, rapide et spectaculaire, l’algorithme ne se contente pas de diffuser des contenus : il oriente la manière dont les grimpeurs conçoivent leur progression . Il valorise l’idée de résultats visibles à court terme, là où la réalité du mur impose lenteur, adaptation et patience. C’est ce décalage, plus que la présence des réseaux eux-mêmes, qui commence aujourd’hui à interroger une partie du milieu. « On commence à le dire » Ce qui était jusqu’ici murmuré dans les salles ou en falaise commence à être formulé publiquement. Entraîneurs, athlètes et professionnels du milieu expriment aujourd’hui une même inquiétude : la confusion croissante entre visibilité et compétence , et ses effets directs sur la pratique. Pour Kevin Arc, ancien athlète de haut niveau et entraîneur depuis près de dix ans, le problème ne réside pas dans le partage de contenus, mais dans l’inversion des priorités qu’il observe sur les réseaux sociaux. « Pour progresser en escalade, il faut d’abord grimper. La discipline repose sur la gestuelle, la coordination, la lecture, le placement, les sensations. La préparation physique ne devient réellement pertinente qu’après un haut niveau de pratique, quand les leviers techniques sont déjà bien exploités. » Or, sur Instagram, cette hiérarchie est souvent bouleversée. Programmes de force, entraînements sur poutre ou routines standardisées sont proposés à des grimpeurs qui n’ont pas encore construit leur base technique. « Sur Instagram, on voit l’inverse : des programmes, de la poutre, de la force, proposés à des grimpeurs qui n’ont pas encore construit leur base technique. C’est une aberration. La popularité d’un compte ne donne aucune garantie sur la compréhension du développement à long terme d’un grimpeur.» Les conséquences, Kevin Arc les observe directement sur le terrain : blessures, surentraînement précoce, progressions rapides mais artificielles, suivies de plateaux brutaux. Il rappelle une réalité physiologique souvent ignorée dans les formats courts : « Il faut aussi rappeler une réalité souvent oubliée : le renforcement des doigts et des tissus mous (tendons, poulies) est un processus très long, très lent, qui se mesure en mois voire en années, pas en semaines. Accélérer artificiellement ce processus pour coller à des formats ou à des promesses de résultats rapides, c’est prendre des risques inutiles.» Du côté de Fred Vionnet, entraîneur d’escalade depuis plus de vingt ans et diplômé d’État, la dérive est aussi structurelle. Il distingue clairement le simple partage de conseils et le coaching vendu contre rémunération — un cadre légal souvent méconnu, voire ignoré. «Pour coacher contre rémunération, ou vendre un programme, il faut une chose : un diplôme reconnu. C’est obligatoire et c’est censé protéger des escrocs.» Mais au-delà de l’aspect légal, Fred pointe surtout une confusion méthodologique entretenue par les réseaux sociaux. « L’exercice n’est qu’une brique du mur de la maison... et on le met plus en avant que la méthode. La méthode est difficilement résumable en un post. » Cette surabondance d’informations crée un brouillage chez les pratiquants, notamment chez les grimpeurs débutants et intermédiaires. « D’ailleurs beaucoup de grimpeurs viennent me voir car ils sont perdus. Ils ne savent pas comment s’y prendre pour s’entraîner car ils ne parviennent pas à trier les informations. Ni à les organiser pour en sortir une méthode.» Manu Cornu, athlète de haut niveau, adopte un regard plus nuancé sur le phénomène. Pour lui, le problème n’est pas la visibilité en soi, ni le fait que des pratiquants partagent leur expérience. « Le vrai problème, ce n’est pas tant la visibilité mais ce qui est dit et dans quel but. […] Chaque personne qui fait son petit vlog, partage ses tips ou son ressenti participe à faire connaître l’escalade. » La ligne rouge apparaît lorsque cette visibilité sert à vendre des programmes ou à donner des conseils engageant la santé des pratiquants. « En revanche, là où ça me pose souci, c’est quand cette visibilité sert à vendre des programmes, des planifications, ou à donner des avis sur la gestion des blessures. À mon sens, là on dessert la cause. » Sans posture de dénonciation, Manu insiste sur l’importance du contact humain et du regard extérieur, toujours central dans la culture de l’escalade. « Ce qui compte avant tout, c’est de garder du contact humain. Dans toutes les salles, il y a des grimpeurs et grimpeuses d’expérience : si vous avez un doute, posez des questions. C’est aussi ça qui fait la force de notre milieu : pouvoir se retrouver sur un même mur, du débutant à l’expert. Il faut en profiter. » Kevin Arc Le corps comme preuve Sur les réseaux sociaux, le corps devient un signe visible de compétence . En escalade, cela se traduit par les bras, les doigts, la gestuelle ou la performance sur un bloc : plus le corps est fort, sec et spectaculaire, plus celui qui grimpe est perçu comme légitime . Dans ce contexte, l’expertise technique ou la formation n’est pas toujours nécessaire pour convaincre. Kevin Arc illustre bien ce phénomène : « Sur Instagram, la mise en avant de la force et des routines spectaculaires donne l’impression d’être un grimpeur légitime, même si la technique ou l’expérience manque. » Cette dynamique transforme la perception de l’autorité. Là où autrefois la crédibilité reposait sur des années de pratique, l’observation des autres grimpeurs et la validation par les pairs, être vu suffit parfois pour être écouté . Les muscles, les figures acrobatiques en bloc ou les performances sur le mur deviennent des preuves tangibles, facilement consommables par le public. Fred Vionnet nuance ce constat : « Les gens confondent souvent l’exercice et la méthode. Montrer qu’on fait un mouvement spectaculaire ne garantit pas que l’on sait construire un entraînement efficace. Mais sur Instagram, ça passe pour une preuve. » Le problème de ce modèle est double : Il favorise les raccourcis : un grimpeur peut être jugé compétent uniquement sur ce qu’il montre, alors que sa progression réelle ou sa capacité à accompagner d’autres grimpeurs reste inconnue. Il valorise le spectaculaire au détriment de l’essentiel : la technique, la gestuelle fine, la lecture du bloc ou l’adaptation du corps à la pratique, toutes ces compétences invisibles à l’écran, sont sous-représentées. Manu Cornu rappelle l’importance de remettre le corps et la performance visible dans leur contexte : « Dans toutes les salles, il y a des grimpeurs et grimpeuses d’expérience : si vous avez un doute, posez des questions. C’est aussi ça qui fait la force de notre milieu : pouvoir se retrouver sur un même mur, du débutant à l’expert.. » Cette logique de “preuve physique” s’inscrit dans un mécanisme social plus large : la culture de l’escalade sur Instagram valorise la visibilité immédiate, le spectaculaire et l’impact visuel, souvent au détriment de la patience, de l’individualisation et de l’observation du progrès réel. Les grimpeurs débutants ou intermédiaires, confrontés à ces modèles, peuvent se sentir poussés à imiter ce qu’ils voient , parfois sans encadrement ni ajustement, au risque de frustration ou de blessures. @ Guillaume Bouju Le flou autour du coaching en ligne Instagram a démocratisé la diffusion des conseils et programmes d’escalade. Mais derrière cette accessibilité se cache une zone grise : à partir de quel moment parle-t-on vraiment de coaching, et sur quelles bases peut-il être considéré comme fiable ? Fred Vionnet rappelle la distinction essentielle : « Pour coacher contre rémunération, ou vendre un programme, il faut une chose : un diplôme reconnu. C’est obligatoire et c’est censé protéger des escrocs. » Pour les contenus gratuits, la question n’est pas légale mais méthodologique et sécuritaire . Les conseils universels, présentés pour toucher un large public, peuvent sembler inoffensifs à l’écran, mais appliqués sans contexte, ils comportent des risques : blessures, surentraînement ou progressions artificielles. Kevin Arc souligne ce décalage : « Le vrai problème sur Instagram, c’est que les conseils sont presque toujours très généraux, instantanés, pensés pour toucher le plus grand nombre. Or la base même de l’entraînement, surtout en escalade, c’est exactement l’inverse : l’individualisation, le cas par cas, l’adaptation au niveau, à l’historique, à l’âge, aux blessures et au volume de pratique de chaque grimpeur. Sans ça, un programme peut faire plus de mal que de bien » Au-delà de la sécurité, ce flou a un impact sur la profession . Les entraîneurs diplômés se retrouvent concurrencés par la visibilité , alors que leur expertise repose sur des années de formation et d’expérience. Manu Cornu insiste : « Ce n’est bénéfique ni pour les novices qui se font piéger, ni pour les vrais professionnels, que ce soit les kinés ou les coachs. » Ce flou a plusieurs conséquences concrètes : Les grimpeurs peuvent être perdus , incapables de distinguer un conseil adapté d’un simple format viral. Les entraîneurs diplômés voient leur légitimité remise en question par la popularité des influenceurs. Le milieu est confronté à un risque sanitaire et éthique , difficile à encadrer par la régulation. Pour encadrer et entraîner en escalade de manière sécurisée et professionnelle, il existe des parcours de formation officiels proposés par la Fédération Française de Montagne et Escalade (FFME). Ces formations couvrent tous les niveaux, de l’initiation à l’entraînement de haut niveau, et permettent de développer compétences techniques, pédagogiques et encadrantes. À côté de ces parcours fédéraux, des formations plus générales comme la licence ou le master STAPS offrent également un socle scientifique et méthodologique solide pour l’encadrement et l’entraînement sportif. En résumé, le coaching en ligne sur Instagram est à la fois une opportunité et un danger : il permet de diffuser la pratique et de motiver de nombreux grimpeurs, mais il peut aussi déformer la progression, banaliser les erreurs et mettre en danger ceux qui suivent les conseils sans recul ni encadrement professionnel . Cette confusion méthodologique et le manque de repères ne sont pas seulement pédagogiques : ils sont amplifiés par la logique même des réseaux sociaux, où la visibilité et la popularité deviennent des enjeux économiques. L’économie de l’attention Sur Instagram, chaque publication lutte pour capter l’attention. Likes, partages, commentaires et abonnés deviennent autant de signes de popularité immédiate. Dans ce contexte, la reconnaissance ne repose plus uniquement sur l’expérience ou la compétence, mais sur la capacité à produire un contenu attrayant et viral. Cette course à la visibilité est souvent liée à des enjeux financiers : partenariats commerciaux, publications sponsorisées ou vente de programmes d’entraînement. Elle favorise le spectaculaire et le court-termisme, parfois au détriment de la progression réelle et de la sécurité des pratiquants. Kevin Arc souligne ce décalage : « Les programmes qui font le plus parler ne sont pas toujours les plus adaptés. Instagram valorise ce qui attire l’œil, pas ce qui est pertinent sur le long terme. » Fred Vionnet ajoute : « Certains jeunes pratiquants pensent qu’il suffit de poster pour être légitime. Pour un entraîneur diplômé, ça peut être frustrant : l’expertise se construit avec le temps et la pratique, pas avec le nombre de followers. » Manu Cornu complète : « Là, on alerte sur certains mauvais profils, mais il ne faut pas oublier qu’il existe aussi des personnes qui font un très bon travail , sans forcément avoir des comptes Instagram ultra populaires. » L’économie de l’attention est donc un moteur puissant : elle peut amplifier le partage de contenus utiles, mais elle peut aussi renforcer la confusion entre visibilité et compétence. Comprendre cette logique est essentiel pour distinguer ce qui relève du savoir réel de ce qui relève simplement de l’effet d’affichage. Fred Vionnet @grimpisme Redonner de la valeur à la compétence Face à l’influence croissante de la visibilité et de l’économie de l’attention, une question centrale se pose : comment rétablir la primauté de la compétence et de l’expérience dans la pratique et l’enseignement de l’escalade ? Plusieurs leviers apparaissent clairement à travers les témoignages des professionnels : Remettre l’expérience et l’observation au centre : Kevin Arc rappelle que la base de l’expertise repose sur l’expérience réelle, l’observation attentive et l’accompagnement individualisé : « Un bon grimpeur ou un bon entraîneur, ce n’est pas celui qui montre le plus d’exercices, mais celui qui sait quand les prescrire, et surtout à qui. » La compétence ne se démontre pas uniquement par le spectaculaire ou la quantité de contenus postés, mais par la capacité à adapter conseils et entraînements à chaque grimpeur. Valoriser la formation et les diplômes : Fred Vionnet insiste sur le rôle des parcours de formation, qu’ils soient fédéraux (FFME) ou universitaires (licence et master STAPS) : « Suivre une formation solide donne des repères scientifiques et méthodologiques. C’est un gage de sécurité, de rigueur et de responsabilité. » Ces diplômes permettent d’encadrer correctement les grimpeurs, d’éviter les blessures et de structurer un apprentissage progressif. Encourager le regard critique et le contact humain : Manu Cornu souligne l’importance de ne pas se fier uniquement aux contenus en ligne : « Le meilleur moyen de progresser reste d’échanger avec des grimpeurs expérimentés et de poser des questions. Instagram peut inspirer, mais il ne remplace pas le terrain ni le dialogue . » Le contact direct et l’expérience partagée permettent de filtrer les conseils et de distinguer ceux qui sont fiables de ceux qui sont simplement viraux. Promouvoir une culture de progression longue et personnalisée : Redonner de la valeur à la compétence passe aussi par une pédagogie qui respecte le rythme de chaque grimpeur, l’apprentissage technique et la sécurité physiologique : patience, individualisation et observation deviennent des critères essentiels pour évaluer la qualité d’un entraînement ou d’un conseil. En intégrant ces principes, la communauté peut commencer à inverser la logique actuelle où la visibilité prime sur la compétence. Instagram et les réseaux sociaux restent des outils puissants pour partager la pratique et motiver les grimpeurs, mais leur rôle doit être recontextualisé : la légitimité vient de l’expérience, de la formation et du temps consacré à observer et accompagner la progression réelle, et non de l’algorithme ou du nombre de likes. Conclusion Instagram a profondément transformé la manière dont les grimpeurs accèdent aux savoirs et à l’inspiration. La plateforme permet de partager des conseils, de montrer des performances et de créer des communautés autour de la passion de l’escalade. Mais elle a aussi bouleversé les repères traditionnels : la visibilité peut se substituer à l’expérience, le spectaculaire au fondement technique, et l’instantané à la progression réelle. Les témoignages de Kevin Arc, Manu Cornu et Fred Vionnet soulignent un point central : la compétence ne se mesure pas aux likes ni au nombre de followers. Elle repose sur l’expérience, la formation, l’observation attentive et la capacité à adapter l’enseignement à chaque grimpeur. L’enjeu pour la communauté n’est pas de rejeter les réseaux sociaux, mais de les remettre à leur juste place. Instagram peut inspirer et motiver, mais il ne peut remplacer le terrain, le contact humain et la rigueur pédagogique. La valorisation de la compétence passe par la patience, l’individualisation et le respect des étapes de progression, mais aussi par la reconnaissance des parcours de formation et des diplômes qui structurent l’encadrement. À terme, la question reste ouverte : comment préserver cette exigence de compétence dans un environnement où la rapidité et le spectaculaire sont toujours récompensés par l’algorithme ? Et surtout, comment faire en sorte que les réseaux sociaux servent réellement la pratique et la culture de l’escalade, plutôt que de la déformer ? Manu Cornu @IFSC ✍️ : Théo de GrimpActu
- Skwama : 10 ans à accompagner les grimpeurs dans leur pratique
Il y a dix ans, au cœur du Trentin, un chausson est né. Léger, précis, sensible, il promettait aux grimpeurs une expérience unique sur le rocher et en salle. Ce chausson, c’est le Skwama de La Sportiva. Dix ans plus tard, il s’impose toujours comme un incontournable, adopté par des générations d’athlètes pour son équilibre parfait entre performance et confort. La célébration de cet anniversaire, avec la Skwama 10th Anniversary Edition , n’est pas seulement un hommage au passé : c’est un appel à continuer à grimper plus haut, plus fort, avec style. Le premier prototype : un atterrissage parfait Dans l’univers exigeant des chaussons d’escalade, chaque détail compte. Les ingénieurs de La Sportiva savaient qu’il fallait un projet ambitieux pour créer un modèle capable de concilier légèreté, souplesse et précision. Pourtant, dès le premier prototype , l’évidence était là. Pietro Dal Prà, membre de l’équipe Product Development, se souvient : « J’ai enfilé le Skwama et j’ai immédiatement été impressionné. Volume, structure, tension… tout était parfait. J’ai dit à Luca Gabrielli : "C’est bon, on l’a !" Personne ne s’attend à ce que le premier prototype fonctionne aussi bien. » Cette perfection initiale est devenue le socle d’une décennie de succès. Le Skwama n’a jamais eu besoin de révisions majeures : sa conception originale a immédiatement trouvé sa place dans le monde de l’escalade. Polyvalence et performance : le secret du succès Qu’est-ce qui distingue le Skwama des autres chaussons d’escalade ? Son équilibre signature : Polyvalence : adapté aux débutants ambitieux comme aux athlètes élite, en bloc, en voie ou sur des reliefs complexes. Fit précis : une forme qui épouse différentes morphologies de pied, pour un maintien optimal sans compromis sur le confort. Sensibilité et fiabilité : chaque pas devient un dialogue avec le rocher, chaque mouvement gagne en confiance et en contrôle. Année après année, grimpeurs amateurs et professionnels ont choisi le Skwama pour franchir leurs limites, témoignant de l’exigence et de la passion des équipes de La Sportiva à Ziano di Fiemme . Skwama 10th Anniversary Edition : Pour fêter ses dix ans, le Skwama se pare d’un nouveau coloris Purple / Yellow , tout en conservant les caractéristiques qui ont fait sa renommée : Talon cambré et S-HeelTMM pour la stabilité et les crochetages précis. Semelle Vibram® XS Grip2 – 3,5 mm pour une adhérence maximale sur les prises techniques. Système P3 – Permanent Power Platform pour conserver durablement la forme du chausson. Empeigne microfibre & daim avec fermeture auto-agrippante pour un ajustement enveloppant et performant. Plus qu’un simple chausson, cette édition anniversaire est un symbole : la rencontre entre héritage et innovation. Skwama Diaries : dix ans d’aventures humaines Dix ans de Skwama, ce sont aussi des histoires gravées dans la roche . La série vidéo Skwama Diaries , réalisée avec EpicTV, met en lumière dix athlètes qui ont marqué l’histoire du chausson : Anak Verhoeven, Adam Ondra, Jacopo Larcher, Brooke Raboutou et bien d’autres. Chacun partage ses moments forts, ses défis, mais aussi ces instants intimes où le chausson devient prolongement du pied, prolongement de soi.
- Les chiffres de l’escalade 2026 : 1,9 million de grimpeurs pour une discipline à maturité
Il suffit d’entrer dans une salle un soir de semaine pour le sentir. Le bruit sourd des chaussons sur les volumes, les éclats de rire après une chute, les regards concentrés avant un pas délicat. L’escalade n’est plus une pratique marginale. Elle est devenue un mode de vie , un refuge, un terrain d’expression personnelle. En 2026, ce ressenti collectif trouve une confirmation chiffrée. Présenté en janvier à Paris, lors du Salon de l’Escalade, l’Observatoire de l’Escalade s’impose une nouvelle fois comme le baromètre de référence de la discipline en France. Portée par l’Union des entreprises Sport & Cycle, en lien étroit avec les salles privées, la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade, et incarnée cette année par le regard du grimpeur de haut niveau Mika Mawem, cette étude s’appuie sur plusieurs milliers de pratiquants et une centaine de salles interrogées. Son constat est clair : la grimpe française arrive à maturité. Plus structurée, plus inclusive, plus consciente de ses enjeux. Une discipline qui ne cherche plus seulement à croître, mais à trouver son équilibre . Une pratique arrivée à maturité Avec 1,9 million de pratiquants , soit près de 4 % de la population française , l’escalade s’est solidement ancrée dans le paysage sportif national. Après une décennie de croissance soutenue — portée par l’essor des salles, l’effet Jeux Olympiques et une forte attractivité chez les jeunes — la pratique atteint aujourd’hui un plateau . Mais attention :👉 stabilité ne signifie pas stagnation . Ce plateau marque plutôt : une normalisation de la pratique une fidélisation accrue une montée en exigence des grimpeurs L’escalade n’est plus “le sport à la mode” que l’on teste une fois. Elle devient un engagement régulier , parfois même un pilier de vie. Source : Etude « Sport dans la ville » - USC Salles d’escalade : un modèle solide… mais sous tension Les salles privées continuent d’accueillir du monde, avec une fréquentation qui reste stable, mais leurs recettes globales connaissent un léger recul ( -5% CA ), notamment sur les activités annexes comme les boutiques, la restauration ou les événements d’entreprise. Cela rappelle une vérité fondamentale : les grimpeurs viennent avant tout pour grimper , pas pour consommer à tout prix. Pour les exploitants, l’enjeu est clair : maintenir une qualité d’expérience élevée sans trahir l’esprit de l’escalade tout en assurant la viabilité économique Un équilibre délicat, mais nécessaire. Un maillage territorial encore inégal En 2025, la France comptait 291 salles privées marchandes et plus de 1 070 structures affiliées FFME . En moyenne, il y a une installation pour 26 174 habitants , mais cette moyenne masque de fortes disparités. Certaines zones urbaines sont saturées alors que d’autres territoires restent largement sous-équipés. Cette inégalité est l’un des grands leviers de développement de la discipline. Pour que la pratique continue de se diffuser, il faudra mieux répartir l’offre, renforcer la complémentarité entre le public et le privé, et garantir un accès équitable aux installations. Car sans accès, il n’y a pas de passion durable . Source : Etude « Sport dans la ville » - USC Féminisation : une transformation profonde de la grimpe L’escalade devient (presque) paritaire. C’est sans doute le chiffre le plus marquant de l’Observatoire 2026 : 48 % des pratiquants sont des femmes 42 % des nouveaux pratiquants sont des grimpeuses La féminisation n’est plus une tendance : c’est une réalité structurelle . Les salles sont plus mixtes, les approches moins élitistes, et l’attention au plaisir, à la progression et au collectif s’intensifie. L’étude note cependant que les pratiques féminines peuvent être plus irrégulières et que la consommation d’équipement est légèrement inférieure. Ce constat n’indique pas un désengagement, mais souligne le besoin de cadres rassurants , de parcours plus flexibles et d’espaces réellement inclusifs. Les cours encadrés, l’accompagnement et la convivialité deviennent ainsi des facteurs clés de fidélisation , permettant à toutes et tous de trouver leur place dans la discipline. Source : Etude « Sport dans la ville » - USC Les salles, nouveaux lieux de vie de la communauté grimpe Boire, manger, partager : la grimpe ne s’arrête pas au dernier mouvement. Aujourd’hui, la séance ne se termine plus au déchaussage : 69 % boivent un verre après grimper 57 % se restaurent sur place 55 % participent à des animations festives Les salles deviennent des tiers-lieux : espaces sociaux lieux de rencontres incubateurs de communautés locales C’est ici que naissent : les projets de sorties falaises les cordées improbables l’esprit de transmission entre générations de grimpeurs 👉 Ce lien social est l’une des plus grandes richesses de l’escalade moderne. Une alternance des pratiques qui façonne la communauté Ce qui rend ces lieux si vivants, c’est aussi la cohabitation naturelle des styles de grimpe . Dans une même soirée, les pratiques s’entremêlent et se répondent. Le bloc attire les séances courtes et intenses, les échanges spontanés au pied des tapis, l’émulation collective autour d’un mouvement clé. La voie installe un autre tempo : celui de la patience, de la lecture, de la confiance entre partenaires. La pratique encadrée, les cours adultes ou enfants, structurent les parcours et facilitent l’entrée dans la discipline. L’outdoor, enfin, plane comme un horizon commun, nourrissant les discussions et donnant du sens à l’entraînement en salle. Cette alternance des pratiques permet à chacun de trouver sa place, quel que soit son niveau, son âge ou ses objectifs. Elle crée des ponts entre les profils, évite les cloisonnements et renforce ce sentiment d’appartenance qui fait revenir, semaine après semaine. Source : Etude « Sport dans la ville » - USC Le prix des entrées : un accès juste pour tous Derrière chaque séance, il y a aussi un choix conscient : celui du budget . Et pour les salles, trouver le juste équilibre entre viabilité économique et accessibilité est un défi permanent. En 2026, l’Observatoire confirme que le niveau de prix attendu reste similaire pour tous les profils de pratiquants : débutants, grimpeurs réguliers ou experts. Cette homogénéité montre une chose essentielle : l’escalade n’est pas un sport réservé à quelques initiés. Elle se veut ouverte et inclusive , avec des tarifs qui ne freinent pas l’envie de pratiquer. Pour les salles, cela implique : proposer des forfaits adaptés à tous , du ticket à la séance aux abonnements réguliers maintenir une qualité d’expérience constante , quel que soit le prix payé offrir des solutions pour les jeunes, les familles et les pratiquants occasionnels , afin que l’accès à la grimpe reste universel Cette attention au juste prix participe autant à la fidélisation des grimpeurs qu’au développement de la discipline . Elle traduit aussi un principe fondamental de l’escalade moderne : la pratique prime sur le profit , et chaque entrée est une invitation à découvrir, progresser et partager. Source : Etude « Sport dans la ville » - USC Les chaussons : entre performance et fidélité Dans une salle, les chaussons sont plus qu’un simple accessoire : ils incarnent l’engagement du grimpeur . Posséder ses propres chaussons, c’est affirmer sa régularité, son confort et sa maîtrise. L’Observatoire 2026 confirme cette tendance : près de 6 grimpeurs sur 10 possèdent leurs propres chaussons , avec un prix moyen autour de 105 € . Le renouvellement est fréquent : 96 % des pratiquants changent leurs chaussons tous les deux ans ou moins , signe d’un équipement au cœur de leur pratique. Plus intéressant encore, 60 % font appel au ressemelage , révélant un souci de durabilité et un attachement à leurs matériels. Ces chiffres traduisent une réalité importante : le chausson n’est pas seulement un outil de performance, c’est un lien entre le grimpeur et sa pratique , un objet qui accompagne l’évolution, le plaisir et la fidélité à la discipline. Il symbolise aussi l’émergence d’une consommation plus responsable , où l’on prend soin de ses affaires plutôt que de les remplacer systématiquement. Source : Etude « Sport dans la ville » - USC L’escalade en 2026 n’est plus seulement un sport : elle est une expérience, un mode de vie, un terrain de rencontres et de dépassement . Entre salles animées, communautés soudées et pratiques diversifiées, chaque grimpeur trouve sa place, quel que soit son niveau ou son âge. Les chiffres le confirment : la discipline a atteint une maturité qui ne sacrifie ni l’accessibilité, ni le plaisir, ni la liberté. La féminisation, la fidélité aux salles, l’investissement dans son matériel et la convivialité des espaces témoignent d’une pratique consciente, responsable et profondément humaine. Mais au‑delà des statistiques et des études, l’essentiel se vit entre les murs et sur les falaises : le bruit des chaussons, le partage après la séance, l’échange de conseils, la joie de réussir un mouvement que l’on pensait impossible . Chaque sortie est une invitation à se dépasser, à explorer, à transmettre. ✍️: Théo de GrimpActu 📚 Cet article s’appuie sur l’étude de l’Observatoire de l’Escalade 2026, réalisée par Union Sport & Cycle.
- Micronutriments et escalade : la force invisible qui fait tenir dans le temps
Il y a des jours où tout semble en place : la peau accroche, la tête est claire, le corps répond. Et puis d’autres où, sans raison apparente, la fatigue s’installe, les avant-bras brûlent trop vite et la motivation s’effrite. En escalade, la différence ne se joue pas toujours sur l’entraînement ou le mental. Parfois, elle se cache dans l’invisible : les micronutriments . Vitamines, minéraux, électrolytes… Ils ne font pas la une des discussions au pied des voies, et pourtant, ils conditionnent notre capacité à grimper, à récupérer et à durer dans le temps. Dans cet article, nous allons explorer le rôle fondamental des micronutriments pour le grimpeur, et passer en revue les principaux d’entre eux , pour comprendre pourquoi certaines carences sont fréquentes et comment les prévenir intelligemment. L’objectif n’est pas de transformer l’alimentation en contrainte, mais d’en faire un allié discret, au service de la progression, de la santé et du plaisir de grimper sur le long terme. 📷Nicolas Vaillant Micronutriments : pourquoi ils comptent pour le grimpeur Les micronutriments regroupent les vitamines et les minéraux . Contrairement aux glucides, protéines et lipides, ils n’apportent pas de calories. Leur rôle est ailleurs : ils orchestrent . Ils interviennent dans : la production d’énergie, la contraction musculaire, la solidité des os et des tendons, le transport de l’oxygène, le fonctionnement du système nerveux, la récupération et l’immunité. Le paradoxe est là : ils sont nécessaires en très petites quantités, mais leur absence peut tout faire basculer . Et quand on grimpe plusieurs fois par semaine leurs besoins deviennent plus spécifiques. ➡️ Vous vous sentez parfois moins performant sans raison apparente ? Découvrez notre article Baisse de performance : les bonnes questions à se poser Les principaux micronutriments pour le grimpeur Voyons maintenant comment ces alliés invisibles agissent concrètement sur votre corps et quelles stratégies adopter pour éviter les carences. Nous passerons en revue les principaux micronutriments qui jouent un rôle clé dans votre pratique de l’escalade et votre performance au quotidien. Vitamine B12 La vitamine B12 est cruciale pour la formation des globules rouges et le bon fonctionnement du système nerveux. Elle assure le transport optimal de l’oxygène vers les muscles et soutient la concentration et la coordination — deux qualités indispensables dans le crux d’une voie. Sources principales : poissons (saumon, thon, truite), œufs, produits laitiers, viande. Pour les végétariens et véganes : une supplémentation en cyanocobalamine (souvent 2000 μg par semaine) est recommandée, car la B12 végétale n’est pas suffisamment biodisponible. Effets possibles d’une carence : Fatigue persistante et sensation de faiblesse, Anémie mégaloblastique (globules rouges immatures), Picotements ou engourdissements dans les mains et les pieds, Troubles de la mémoire et de la concentration, Dépression ou baisse de motivation, Manque de coordination et déséquilibre. Précaution : certaines sources comme la spiruline, la levure de bière ou les champignons fermentés contiennent une forme de B12 inutilisable par le corps. Calcium Le calcium ne renforce pas seulement les os : il soutient aussi la contraction musculaire et la protection des tendons. En escalade, la répétition des mouvements et les contraintes sur les articulations augmentent le besoin de calcium pour limiter le risque de fractures de stress. Sources principales : Animales : sardines, fromages à pâte dure (parmesan, comté), œufs Végétales : brocoli, chou frisé, bok choy, tofu enrichi, lait de soja enrichi, graines de sésame, fruits secs Astuce : tremper les légumineuses et certaines céréales améliore l’absorption en diminuant les antinutriments comme les phytates. Mythe à éviter : le lait n’est pas la seule ou meilleure source de calcium. L’absorption dépend de la proportion avec le phosphore et la vitamine D. 📷Nicolas Vaillant Vitamine D Indispensable à l’absorption du calcium, la vitamine D influence la santé musculaire, osseuse et immunitaire. Son déficit est fréquent chez les grimpeurs passant beaucoup de temps en salle ou dans des zones ombragées. Sources principales : poissons gras (saumon sauvage, maquereau, sardines), œufs entiers, huile de foie de morue. Une exposition solaire régulière (10 à 30 minutes, plusieurs fois par semaine) reste le moyen le plus naturel de compléter vos apports, selon la couleur de peau. Un déficit prolongé peut fragiliser les os, ralentir la récupération et réduire les performances, tout en augmentant la vulnérabilité aux infections. Une alimentation trop pauvre en graisses peut limiter l’assimilation de cette vitamine liposoluble, il est donc important d’intégrer des sources de bonnes graisses dans vos repas. Fer Le fer est essentiel pour le transport de l’oxygène dans le sang et la production d’énergie. Il est indispensable pour maintenir l’endurance et la force musculaire lors des séances de grimpe. Sources principales : Fer héminique (animale) : viande rouge, foie, fruits de mer Fer non héminique (végétale) : épinards, légumineuses, tofu, graines de courge (à associer à de la vitamine C pour améliorer l’absorption) Astuce : éviter café, thé et produits laitiers autour des repas riches en fer. Mangez des légumes crus, des fruits secs grillés. Faire tremper les légumineuses et certaines graines pour réduire les antinutriments. Effets possibles d’une carence : Fatigue et baisse d’endurance Essoufflement et baisse de performance Irritabilité et troubles de la concentration Sodium et Potassium Ces électrolytes travaillent main dans la main pour maintenir l’équilibre hydrique, la contraction musculaire et la transmission nerveuse. Le sodium soutient la force musculaire et régule la pression sanguine, tandis que le potassium stabilise la fonction musculaire et cardiaque. Lors d’une longue journée en falaise par temps chaud, ces minéraux deviennent essentiels : ils aident à prévenir les crampes, à maintenir votre énergie et à éviter la fatigue prématurée, surtout lors des voies exigeantes ou des sessions de bloc répétitives. ➡️ Pour aller plus loin sur la récupération après l’effort, consultez notre article Bien récupérer de sa séance d'escalade par l'alimentation. Sources principales : légumes-feuilles, pommes de terre, betteraves, bananes, légumineuses, chocolat noir (>90%). Le sel iodé reste également une source naturelle de sodium et peut compléter vos besoins lors d’efforts intenses. Astuce grimpeur : en cas de forte transpiration ou d’entraînement prolongé, pensez à rééquilibrer vos apports en électrolytes par des aliments riches en potassium et sodium, ou par des boissons adaptées, pour soutenir vos performances et protéger vos muscles. Iode L’iode est un minéral souvent discret dans l’alimentation, mais crucial pour le bon fonctionnement de la thyroïde. Pour un grimpeur, un apport insuffisant en iode peut se traduire par une fatigue inhabituelle, une baisse de motivation et des performances réduites, même si l’entraînement et l’alimentation semblent corrects. Sources principales : poissons et fruits de mer, sel iodé, algues (à consommer avec modération pour éviter un excès). Certains légumes comme les épinards, le brocoli, ou les fruits comme les fraises et myrtilles contiennent également de petites quantités d’iode, mais elles varient selon la richesse du sol. Astuce grimpeur : pour la majorité des sportifs, le sel iodé suffit à couvrir les besoins quotidiens, mais si votre alimentation est très pauvre en produits marins ou si vous suivez un régime végétal strict, un suivi médical peut être nécessaire pour éviter les carences ou les excès, tous deux nuisibles à la performance et à la santé. Ce qu’un grimpeur doit retenir 👉 Une alimentation variée et cohérente couvre la majorité des besoins. 👉 Certains profils doivent être particulièrement vigilants : grimpeurs en déficit calorique, végétariens, véganes, phases d’entraînement intensif. 👉 Pour certains grimpeurs, des besoins spécifiques en micronutriments peuvent être utiles pour soutenir l’énergie, la récupération et la performance : magnésium, vitamine C, vitamines B1, B6 et B9, par exemple. 👉 La supplémentation doit être ciblée, réfléchie, et jamais automatique. En résumé : prendre soin de ses micronutriments, c’est respecter son corps et lui donner les moyens de durer. En escalade, durer, c’est revenir sur les voies avec plaisir et énergie, encore et encore. Avec une alimentation variée et adaptée, complétée si nécessaire par des suppléments ciblés, vous grimpez non seulement plus fort, mais plus longtemps et en meilleure santé. ✍️: Théo de GrimpActu 📚 Cet article s’inspire du livre La Nutrition pour l’escalade , qui explore en profondeur le rôle de l’alimentation dans la progression des grimpeurs, en s’appuyant sur trois piliers : la santé, la performance et l’esthétique.












