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Oriane Bertone révèle ‘Kintsugi’, son voyage intérieur après les Mondiaux

  • Photo du rédacteur: GrimpActu
    GrimpActu
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Il y a ces moments où la magnésie retombe, où le bruit des salles s’éteint, où le corps, enfin, cesse de lutter. Pour les grimpeurs·euses de haut niveau, ces instants sont rares. Précieux. Après une saison 2025 longue et éprouvante, conclue à Séoul par une médaille mondiale qui l’a laissée à un souffle du titre suprême, Oriane Bertone a choisi de disparaître. Pas pour fuir. Pour respirer.


Dans un long message publié sur Instagram, la vice-championne du monde raconte ce que les podiums ne montrent jamais : l’après. Ce moment fragile, suspendu, où la performance cesse d’occuper tout l’espace, et où l’athlète doit se retrouver. Loin des murs officiels, loin des calendriers, loin de la pression continue de l’excellence.


Oriane Bertone Kintsugi
📷@Yulen Calleja Ordiz

L’entre-deux : ce que la compétition ne montre jamais


La fatigue invisible de la haute performance

La compétition est un instant spectaculaire. Un point culminant. Mais elle reste minoritaire. Le vrai haut niveau se construit ailleurs, dans ce que personne ne filme. Dans la répétition, la rigueur quotidienne.


Une saison internationale, ce n’est pas seulement des finales et des médailles. C’est une accumulation de voyages, d’entraînements millimétrés, d’attentes interminables, de frustrations muettes, d’émotions souvent contenues. C’est la capacité à recommencer quand il ne se passe rien. Quand l’excitation a disparu. Quand personne ne regarde.


Oriane Bertone évoque précisément cet instant charnière : celui où, après avoir frôlé un rêve à Séoul, elle réalise combien chaque moment compte. Non par faiblesse, mais parce que l’exigence constante laisse des traces profondes.


«Après une saison 2025 longue et éprouvante, frôler un rêve à Séoul en devenant vice-championne du monde m’a fait réaliser à quel point chaque instant compte. J’avais besoin de silence — d’une bouffée d’air — avant de rentrer chez moi et de tourner définitivement cette page.»

Plutôt que d’enchaîner, Bertone choisit de couper. Radicalement.


Oriane Bertone Kintsugi
📷@Yulen Calleja Ordiz

Un mois pour réapprendre à marcher sans objectif

Avec Adrien Lemaire et Yulen Calleja, elle part pour un mois entre la Corée du Sud et le Japon. Pas un stage, pas un projet sportif. Un voyage. Un vrai. Marcher sans but précis. Respirer sans chronomètre. Grimper pour le plaisir du mouvement, sans cotation, sans enjeu.


C’est là que le récit prend une dimension universelle. Car cette quête, beaucoup de grimpeurs la connaissent, à leur échelle. Ce besoin de revenir à la sensation brute : le rocher sous les doigts, la fatigue saine dans les jambes, la joie simple d’un mouvement fluide.


Japon, Corée : une leçon de lenteur et de présence


Le voyage comme terrain d’escalade intérieur

Oriane Bertone ne décrit pas une performance, mais une immersion. Des trains qui serpentent dans les montagnes boisées. Des cafés minuscules où le temps semble figé. Des temples qui émergent dans la brume du matin. Tokyo, immense et vibrante, traversée à pied, au rythme des odeurs de rue et des regards échangés sans mots.


Ce sont des images que tout grimpeur comprend instinctivement. Parce que l’escalade, au fond, est aussi une école de l’attention. Regarder. Ressentir. Être pleinement là.

Dans ce voyage, il y a de la fatigue, des rires, des silences partagés. Et cette sensation rare, presque déroutante, d’être exactement à sa place.


Ce voyage m’a appris à rêver sans poursuivre quoi que ce soit, à ressentir sans mesurer, à simplement être, juste pour un instant. Nous avons essayé de capturer un peu de cette magie sur pellicule, de raconter une histoire là où les mots ne suffisent plus.

Oriane Bertone Kintsugi
📷@Yulen Calleja Ordiz

Grimper sans prouver

L’un des messages les plus forts de ce témoignage tient dans ce refus temporaire de la mesure. Ne plus quantifier. Ne plus comparer. Juste ressentir. Une approche presque subversive dans un monde sportif obsédé par les chiffres et les classements.


Oriane Bertone rappelle, sans le dire frontalement, que l’escalade n’est pas née dans les compétitions. Elle est née du désir de se déplacer, d’explorer, de comprendre son corps dans l’espace. Ce retour aux fondamentaux agit comme un rappel salutaire pour toute la communauté.


Cette facette du haut niveau apparaît rarement dans les récits, et j’avais l’impression que peu d’entre nous parlaient de ce qui se passe entre les événements, entre les titres et les entraînements. Ça aussi, c’est une partie du voyage. Les road trips, les moments partagés — les plus silencieux — ceux qui te rappellent pourquoi tu as commencé à grimper.

Kintsugi : réparer sans effacer

De cette parenthèse est né un film : Kintsugi. Dans l’art japonais, le kintsugi consiste à réparer un objet brisé avec de l’or, en assumant ses fissures plutôt qu’en les cachant.

La métaphore est limpide. La saison 2025 a laissé des marques — physiques, mentales, émotionnelles. Plutôt que de les dissimuler, Oriane Bertone les transforme en matière vivante, en récit.


Projeté le 7 février à Arkose Issy, le film se présente comme « un petit morceau d’âme ». Pas un résumé de carrière. Pas un objet promotionnel. Une tentative de raconter ce qui se passe entre deux objectifs, entre deux sommets. Kintsugi ne célèbre pas une médaille. Il célèbre le chemin, les détours, les pauses nécessaires. Et interroge, en filigrane, notre rapport à la réussite dans l’escalade moderne.


Durer, c’est parfois savoir s’arrêter

En rendant visible ce hors-scène, Oriane Bertone offre une image plus honnête du haut niveau. Elle rappelle que la passion, seule, ne protège de rien. Que l’exigence a un coût. Et que durer, en escalade comme ailleurs, implique parfois de ralentir, voire de disparaître un instant.


Son récit dépasse le cadre de la compétition. Il parle à tous les grimpeurs·euses.

À celles et ceux qui s’épuisent à cocher. À ceux qui doutent. À ceux qui ont oublié pourquoi ils ont commencé.


Grimper, ce n’est pas seulement performer. C’est aussi apprendre à écouter, à respecter ses limites, et à se réparer. Parfois avec de l’or.


Oriane Bertone Kintsugi
📷@Yulen Calleja Ordiz

✍️ : Théo de GrimpActu



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