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- Hold On Together : Re-grimper et se réinventer après un accident
Le jour se lève à peine sur les Gorges du Verdon, et déjà deux silhouettes avancent sur leurs vélos, fendues par le froid, guidées par une même conviction : que l’escalade n’est pas seulement une question de performance, mais de lien, de courage et de chemins qui se rejoignent. Ce matin-là, Eline Le Menestrel retrouve Lola Delnevo, dix ans après l’accident qui a bouleversé sa vie. Ensemble, elles ne viennent pas “conquérir” une voie, mais en tracer une nouvelle : celle de la sororité, de l’inclusivité et d’une aventure menée à la force du collectif. Dans le Verdon, la liberté a un goût de vent, de calcaire blond et de promesses tenues. Aujourd’hui, elle a aussi le visage lumineux de deux femmes déterminées à prouver qu’avec de la créativité, de la bienveillance et un soupçon d’audace, la falaise s’ouvre à toutes et à tous. Une rencontre qui change tout Lorsque Eline et Lola se croisent pour la première fois au Trento Film Festival, rien ne laisse encore présager ce qui naîtra de cette discussion improvisée. Elles participent à une table ronde sur le changement climatique, échangent avant de monter sur scène, observent la manière dont l’autre écoute, réagit, s’engage. Une attention réciproque, une sensibilité partagée : un premier lien se tisse. Eline est touchée par la présence de Lola, cette énergie calme et profonde qui se dégage d’elle, sa façon de raconter les choses avec franchise et douceur. Lola, elle, perçoit chez Eline une lucidité joyeuse, une intensité sincère qui inspire confiance. Entre deux interventions, la conversation glisse vers l’escalade — et c’est là que tout se rouvre. Car avant l’accident, la grimpe faisait partie de la vie de Lola au point d’en dessiner les contours. Et cet accident, survenu dix ans plus tôt, a renversé son monde en un instant. « Cet accident a bouleversé tout mon univers en moins de trente secondes, mais il m’a fallu des mois pour réaliser l’étendue du chaos » — Lola Delnevo La chute, la paraplégie complète, les difficultés invisibles, l’épuisante oscillation entre espoir et découragement. Mais aussi — et surtout — la présence constante de ses proches, qui venaient jour après jour à l’hôpital puis en rééducation. Une fidélité qui a façonné la force qu’elle porte encore. Alors, lorsque Eline la recontacte quelques mois plus tard pour lui proposer de rejoindre Ride to Change , quelque chose s’aligne. L’idée de retourner vers la verticalité retrouve sa place, discrètement mais clairement. Ce n’est pas un défi, ni une performance : c’est la rencontre de deux intentions justes. Autour d’elles, la petite équipe se construit déjà : Gibe et Paolo, amis de toujours ; Carla Oberto et Thomas Csak, réalisateurs au regard attentif. Bientôt, il sera temps de pédaler vers la falaise et de commencer cette aventure hors du commun. Rejoindre le Verdon à vélo : la première épreuve Le trajet de Manosque jusqu’à La Palud-sur-Verdon se transforme déjà en première épreuve. Deux vélos, un handbike, un fauteuil attaché derrière, des sacs remplis de matériel d’escalade. Chaque coup de pédale est un petit défi, chaque virage demande concentration et équilibre. Lola avance avec une aisance tranquille, rayonnante sur son handbike. Les automobilistes s’arrêtent, surpris et admiratifs : la voir ainsi, forte et autonome, est une vision qui élargit le champ du possible. À La Palud, la place du village est pleine de monde. Les amis venus de Grenoble et de Marseille viennent saluer Lola, impressionnés par son handbike et l’installation d’Eline, qui transporte un équipement complet de camping en plus du matériel de grande voie. L’ambiance est chaleureuse, presque familiale, et le Verdon semble un peu comme chez elles. Ce même soir, Gibe et Paolo arrivent en van, tandis que Carla et Thomas arrivent à vélo le lendemain. L’équipe est au complet pour filmer cette aventure et produire un film, et dès que la lumière devient belle, tout le monde reprend les vélos pour capturer quelques images. Pendant ce temps, Lola et Gibe révisent le système qu’elle utilisera pour grimper : corde statique, tagline, poulie, micro-traction, bloqueur, jumar, guidon de vélo customisé, harnais d’escalade et de parapente, ainsi que les médicaments pour gérer la douleur. Chacun prend le temps de comprendre le protocole : Le leader grimpe en tête avec un tagline et des cordes doubles ; Une fois au relais, il/elle hisse la corde statique et le sac de hissage, puis fixe le tout ; Le tagline est renvoyé aux seconds ; Lola installe son système avec l’aide des autres pour sortir du relais ; Elle commence à grimper sur la corde statique pendant que le leader tire les doubles ; Les seconds suivent à leur tour. Chaque geste est précis, chaque mouvement coordonné. La voie Démon, 150 mètres de calcaire raide, les attend. La montée vers la paroi devient déjà une chorégraphie : la cordée prend forme avant même d’avoir touché la falaise. Ici, la préparation n’est pas seulement technique : elle est collective, humaine et exigeante à chaque instant. L’approche : doutes, froid et premières victoires Le jour se lève à peine, mais le froid pique déjà. Les premiers kilomètres sur la route escarpée vers le Belvédère de la Carelle deviennent un véritable défi. Lola pédale sans gants, ses mains s’engourdissent rapidement, et son corps vacille sous l’effort. À un moment, elle doit s’allonger au sol. Eline se penche à ses côtés, inquiète, consciente que chaque détail compte. Le trajet, pourtant simple en apparence, devient le premier vrai test de cette aventure. Mais Lola se relève. Chaque coup de pédale retrouve sa précision, chaque mouvement son rythme. Elle avance avec cette ténacité tranquille qui la caractérise, portée par la conviction que l’effort partagé devient plus léger. Lola et Eline retrouvent Gibe et Paolo au Belvédère de la Carelle. Les garçons ont déjà installé une corde statique de 150 mètres dans les rappels des Dalles Grises. Gibe porte Lola jusqu’au pied des rappels. Elles ont choisi de grimper la voie Démon, 7a+ sur 150 mètres, car elle se situe juste à côté des rappels et présente une inclinaison suffisamment raide pour protéger les jambes de Lola. Malgré tout, elle doit rester équipée de protections pour ses genoux. «Je suis stressée, je pense à mille choses en même temps. Lola aussi est stressée. Elle n’a pas grimpé depuis 2018, à part un court entraînement avec Gibe et Paolo avant de venir. Nous commençons à la descendre sur la corde statique. Je me sens responsable d’elle, comme si elle était ma petite sœur, même si elle a plus de dix ans de plus que moi. Je vois à quel point elle galère. Les rappels ne sont pas raides, donc elle doit constamment se pousser du mur, et ses jambes se coincent dès qu’il y a un arbre ou un dièdre.» — Eline Le Menestrel Après cinquante mètres, Lola disparaît du champ de vision d'Eline. Elle fixe rapidement sa corde au relais et descend aussi vite que possible pour la rejoindre. Elle la trouve coincée dans un arbre et prend soin de ne pas lui montrer son stress. Sans hésiter, elle propose de la porter sur son dos jusqu’au bas des rappels. Elle contacte Gibe depuis son téléphone pour lui indiquer de progresser lentement, afin que le poids de Lola reste sur la corde statique et non sur elle. En théorie, le plan fonctionne ; en pratique, Eline porte la majeure partie du poids. Mais une certitude l’accompagne : elles sont ensemble, et elle sait exactement ce qu’elle fait, même si c’est la première fois. C’est dans ces moments que la cordée se révèle. Les gestes se synchronisent, les relais deviennent des points de confiance. Chaque difficulté franchie, chaque mouvement maîtrisé, se transforme en victoire partagée. Ce n’est pas encore le sommet, mais le chemin parcouru ensemble affirme déjà la puissance du collectif et l’intensité de cette aventure unique. 1000 tractions pour la liberté : la montée de Démon Au pied de la voie Démon, l’atmosphère change. Le calme de l’aube laisse place à une concentration presque sacrée. Chaque geste est prévu, chaque mouvement mesuré. Le système de corde statique, poulies, micro-tractions, bloqueurs, jumar et harnais customisés se déploie comme une mécanique minutieuse, façonnée pour transformer un rêve en réalité. « C’est incroyable de voir Lola remonter la corde statique. À chaque traction, elle monte d’environ 15 cm, et la voie fait 150 m : elle devra donc faire 1000 tractions. Le système de poulie réduit l’effort nécessaire, mais quand même… ça fait beaucoup. Souvent, elle doit utiliser une main pour se maintenir à distance du rocher et fait alors une traction à un bras. Cela a l’air extrêmement dur, je ne sais pas comment elle va arriver en haut. » — Eline Le Menestrel À côté d’elle, Eline suit chaque geste, encourage, ajuste, soutient. La paroi devient un espace intime, presque sacré. Là où beaucoup voient la difficulté, elles voient une danse : lente, exigeante, mais profondément vivante. Le dernier relais : quand l’humain dépasse tout À cinquante mètres du sommet, la fatigue se fait sentir et la paroi devient une dalle. Les bras de Lola brûlent, ses jambes frottent contre la paroi, et chaque geste demande une concentration extrême. «Nous trouvons une solution ensemble : je serai ses bras pour grimper pendant qu’elle utilise les siens pour se repousser du mur. Je tiens son guidon et commence à la tirer. Rapidement, nos deux corps se synchronisent, comme un seul. Seuls, nous sommes limités ; ensemble, nous sommes inarrêtables. » — Eline Le Menestrel Deux corps, un seul effort, un même souffle. Autour d’elles, l’équipe reste suspendue, silencieuse et attentive, prête à intervenir à chaque instant. Ce moment est rare, précieux : la montagne semble retenir son souffle pour laisser passer l’essentiel, la puissance du collectif. Et puis… la dernière traction. Le dernier souffle. Le sommet. Un vautour passe à quelques mètres. Eline éclate en larmes, Lola la serre contre elle. Personne ne parle. Il y a juste ce silence vibrant, chargé de gratitude, de soulagement et d’émerveillement. Chaque effort, chaque geste, chaque doute surmonté trouve ici son sens. Le retour : la douceur après la tempête Malgré la fatigue accumulée, Lola remonte sur son handbike. La Route des Crêtes s’ouvre devant elles comme un dernier cadeau, baignée de lumière dorée. Chaque coup de pédale est plus léger que le précédent, comme si la paroi leur avait rendu quelque chose d’inestimable. « Le bonheur d’être là, sur le mur, avec mes amis. C’est tout ce dont j’ai besoin pour atteindre le sommet de ma résistance mentale. » — Lola Delnevo Le trajet devient doux, presque silencieux. Le souffle de la vallée, le vent sur les visages, les rires étouffés de l’équipe qui les suit : tout se mêle dans une harmonie fragile et précieuse. Le soir tombe, la lumière s’adoucit, et l’équipe se retrouve autour d’un repas simple — des pâtes italiennes, des histoires échangées, des rires sincères. Les tensions se dissolvent, les douleurs s’apaisent, et ce qui reste est la certitude d’avoir accompli quelque chose de plus grand que soi : une aventure partagée, un défi humain, un lien renforcé. ➡️Le film de cette aventure, Hold On Together , réalisé par Topography Production, circule actuellement dans plusieurs festivals et événements. Il sera également disponible sur la chaîne YouTube d’Eline au printemps 2026. ✍️: Théo de GrimpActu.
- Manon Hily à la conquête de la Bongada : Entre Défi et Plaisir, une Ascension en Méditation
Au cœur du secteur La Mainadera à Margalef , en Espagne, se dresse la Bongada , une voie envoûtante et redoutable, mêlant la difficulté brute à des moments de repos salvateurs. Ce défi de taille, coté 8c+ à 9a, s'étend sur environ 30 mètres, formant une ligne déversante que seuls les intrépides osent affronter. Ouverte par Renaud Moulin et Magi, la Bongada se décompose en deux parties, offrant un effort bloc et résistant. Cette voie, décrite comme une parenthèse athlétique, a récemment captivé l'attention d'une grimpeuse, Manon Hily qui a su enchaîner ses mouvements complexes. En 2020, notre intrépide grimpeuse a découvert cette ligne par hasard, attirée par l'énigme qui l'entourait. À l'époque, elle confesse : " En 2020, Je l’ai choisi un peu par hasard parcequ’elle était à coté d’une voie dans une grotte qui traversait tout en diagonale. Cette première ligne c’est Rocaina Dura un 8b/+. J’avais fait mon autre projet Pal Este en 8c en 2 jours du coup il me restait 4 jours pour aller voir plus dur. Je ne savais meme pas si elle etait dure facile si elle avait ete repétée ou pas. Il y avait les degaines et j’y suis allée. En quelques montées j’avais tous les mouvements et le dernier jour du trip je suis tombée tout en haut. Je me suis dit qu’un jour à l’occasion j’y retournerai. " Le destin l'a ramenée à Margalef, cette fois sans grande attente. Les vacances, le soleil et la compagnie des amis étaient les principaux objectifs, mais la Bongada a réclamé son attention dès le premier jour. " En arrivant le premier jour dedans je n’ai pas fait 3 mouvements differents dans le bas de voie . J’ai même pensé qu’une prise avait cassée tellement j’étais loin … Mais au final ce n’était rien d’autre que la fatigue du voyage et le temps de s’acclimater. " Le récit prend une tournure inattendue lorsque, dès le lendemain, notre grimpeuse, sans avoir répété les mouvements, se lance dans un essai. "Le lendemain c’etait repos puis le jour suivant je mettais deja un essai alors que j’avais pas fait les mouvements 2 jours avant. Je tombe tout en haut. Je me suis dit que ca allait le faire. " Les jours suivants, une petite pression s'installe. La possibilité de réussir crée un défi psychologique, mais Manon Hily reste concentrée, écartant toute pression inutile. " Le jour d’apres c’était plié . J’avoue avoir eu une petite pression quand j’ai vu qu’au final je pouvais la faire. Quand j’enchainais je me suis concentrée la dessus, sur ne pas prendre de pression inutile. J'ai envie de me dépasser et de faire la voie la plus dure que je n'ai jamais faite quand je m'approche de cette cotation ", confie-t-elle. À la descente, une fierté indescriptible l'envahit. Au-delà de la cotation, c'est le plaisir de grimper, de se concentrer, de fusionner avec son corps qui la comble. Cette conquête, bien que brève dans son projet olympique, devient essentielle. Une semaine en falaise qui révèle l'indispensabilité de grimper en extérieur, même au cœur d'un défi olympique. C'est presque vital, un pilier de motivation qui transcende les compétitions. La Bongada, plus qu'une voie, une expérience spirituelle, un rappel que la grimpe en plein air reste l'essence même de la passion. 💬 Manon Hily 📷 José Morán 🗞 GrimpActu!
- En pollera au sommet du Mont Blanc : l’ascension historique des Cholitas Escaladoras
En août 2025, quatre femmes aymaras vêtues de leurs polleras traditionnelles ont atteint le sommet du Mont Blanc. Leur ascension marque une nouvelle étape pour les Cholitas Escaladoras , ce collectif bolivien déjà révélé au grand public en 2020 grâce à un documentaire qui suivait plusieurs d’entre elles jusqu’au sommet de l’Aconcagua, en tenue traditionnelle. Depuis cette médiatisation en 2020, cinq années ont passé, et leurs trajectoires ont pris une ampleur inattendue. Leur histoire, d’abord perçue comme un geste singulier, s’est transformée au fil des saisons en mouvement durable. Elles ont multiplié les ascensions, formé de nouvelles recrues, et construit peu à peu une présence incontournable dans l’alpinisme andin. Aujourd’hui, c’est cette continuité – cette progression patiente, presque silencieuse – qui donne tout son sens à leur arrivée au Mont Blanc. Elles ne surgissent pas soudainement en Europe : elles y arrivent après un chemin de cinq ans qui n’a cessé de faire évoluer les règles du jeu cholitasescaladoras Polleras en altitude : une identité longtemps contenue Dans les rues haut perchées de La Paz et d’El Alto, à près de 4 000 mètres, les polleras colorées font partie du paysage. Ces jupes traditionnelles portées par les femmes aymaras et quechuas racontent pourtant une histoire moins simple qu’il n’y paraît : celle d’une identité longtemps stigmatisée, d’un vêtement associé à la marginalisation sociale, culturelle et raciale. Pendant des générations, “cholita” était une insulte. La pollera, elle, désignait la pauvreté. On demandait aux femmes qui voulaient “réussir” de l’abandonner, de gommer leur accent, de lisser tout ce qui rappelait un peu trop leurs origines indigènes. Et puis, sans qu’on puisse dater précisément le basculement, quelque chose s’est inversé. Une nouvelle génération de femmes s’est réapproprié ce mot, ce vêtement, cette présence. Elles en ont fait un symbole. Et certaines ont choisi un terrain inattendu pour le porter : la haute montagne. Là où personne ne les attendait — sur les arêtes glacées, au bord des crevasses, sur les sommets racontés depuis un siècle par des corps masculins et occidentaux — les polleras sont apparues. Ce mouvement a désormais un visage collectif : les Cholitas Escaladoras . De l’ombre des camps de base à la lumière des sommets Le groupe naît en 2015. Elles commencent par le Huayna Potosí (6088 m). Puis l’Illimani (6462 m). Et en 2019, cinq d’entre elles atteignent l’Aconcagua. Une première historique pour des femmes aymaras. Mais leur progression n’a rien d’une aventure sportive classique. Pendant des années, elles ont travaillé en montagne comme cuisinières, porteuses ou aides logistiques. Elles montaient, redescendaient, s’essoufflaient dans les mêmes pentes que les clients… mais restaient invisibles. Ni dans les récits, ni dans les photos, ni dans les carnets d’ascension. Alors le jour où elles ont décidé de prendre la corde elles-mêmes, rien n’avait de folklorique. Ce n’était pas une mise en scène. C’était un retour logique : prendre la place qu’elles maîtrisaient déjà, cette fois au premier plan. Aujourd’hui, ce sont elles qui ouvrent la marche. Le Mont Blanc : franchir une frontière symbolique Le 26 août 2025, quatre d’entre elles — Ana Lia Gonzales Magueño, Estrella Magueño, Heydi Gonzales et Teodora Puchuri — atteignent le sommet du Mont Blanc par l’itinéraire historique. À 4 810 mètres, elles brandissent le drapeau bolivien. Polleras sur doudounes. Superpositions improbables mais assumées. La scène a circulé dans les médias, mais l’important se trouve ailleurs : cette ascension s’inscrit dans une continuité. Après les Andes et l’Aconcagua, venir sur le Mont Blanc revenait à entrer dans une histoire qui, jusqu’ici, ne leur faisait pas de place. Et à le faire en pollera, là où tant de femmes indigènes ont entendu toute leur vie que “ce n’était pas une tenue sérieuse”. Car la pollera, en Bolivie, a servi de prétexte à des exclusions très concrètes :des écoles, des restaurants chics de La Paz, des banques, des universités, des entreprises occidentalisées… et bien sûr, le milieu élitiste de l’alpinisme. Ne pas l’enlever, c’était parfois perdre un emploi ou un service. Comme si une jupe pouvait décider de la légitimité d’un corps. cholitasescaladoras Une révolution sociologique en mouvement « Nos polleras ne nous empêchent pas de grimper », répètent-elles. Ce n’est pas seulement une phrase. C’est une critique de l’idée d’un matériel, d’un look, d’un corps “approprié” pour la montagne. La pollera devient un manifeste silencieux : on peut grimper sans renier sa langue, sa culture, son histoire. L’alpinisme s’est construit sur les mêmes images — hommes privilégiés, matériel dernier cri, récit héroïque. Les Cholitas cassent cette image. Par leurs corps, leur culture, leur classe sociale, elles élargissent l’imaginaire de la montagne et interrogent la légitimité de ceux que l’on voit en hauteur. Elles rappellent aussi que l’accès au matériel, aux formations, aux clubs, dépend d’un capital économique et social que beaucoup n’ont pas. Elles déplacent la verticalité vers l’égalité. Résister au machisme andin, tracer une voie féminine Dans les Andes, le machisme imprègne encore la vie quotidienne. La montagne n’y échappe pas. Pendant longtemps, on disait que l’altitude affaiblissait les femmes ou attirait la malchance. Ces croyances suffisaient à les écarter. Quand les Cholitas ont commencé à s’encorder, les réactions ont été vives : remarques, doutes, refus déguisés en “questions de sécurité”. Certaines ont été photographiées comme des curiosités folkloriques, plutôt que comme des alpinistes à part entière. Chaque ascension devenait alors un acte transgressif. Pas seulement atteindre un sommet : contester un ordre implicite. Et parce qu’elles sont visibles aujourd’hui, les jeunes les regardent autrement. Dans les rues de La Paz et d’El Alto, des filles posent des questions, observent leur matériel, imaginent d’autres trajectoires. Des écoles les invitent. Des familles acceptent enfin que leur fille rejoigne une sortie d’initiation. Même des agences d’expédition commencent à revoir leurs pratiques. Elles ne cherchent pas à devenir des héroïnes. Mais elles deviennent des références. L’avenir : Himalaya, 8 000 m, transmission Le collectif avance rapidement. Elles envisagent désormais un 8 000, peut-être en Himalaya. Elles se renseignent, se forment, calculent les coûts — bien plus élevés que dans les Andes. Parallèlement, elles organisent en Bolivie des journées d’initiation autour d’El Alto. Elles prêtent du matériel, apprennent à gérer la fatigue, à lire le terrain, à marcher encordées. Le but n’est pas de fabriquer des alpinistes en trois semaines, mais d’ouvrir la porte. Elles travaillent aussi à la création d’une génération de guides aymaras. Certaines suivent déjà des modules à l’École bolivienne de haute montagne. Elles négocient pour accéder à des stages d’observation, encore difficiles pour les femmes indigènes. À terme, elles veulent une filière complète, où des jeunes d’El Alto seraient formées par leurs aînées — sans avoir à franchir les barrières sociales habituelles. Pour elles, la montagne est un lieu d’apprentissage : décider, s’orienter, affronter l’inconnu. Se faire confiance. Redéfinir la hauteur Les Cholitas Escaladoras grimpent pour elles, pour leurs filles, pour leurs mères, pour toutes celles à qui l’on a répété que les sommets ne leur appartenaient pas. Leur présence transforme l’imaginaire collectif. Elle bouscule la manière dont on décide qui a le droit d’être en altitude. La montagne, longtemps espace réservé, devient entre leurs mains un terrain où se renversent des hiérarchies anciennes. Elles ne grimpent pas malgré leurs polleras. Elles grimpent avec . Et c’est là que tout se joue. ➡️ Pour suivre les aventures des Cholitasescaladoras, rendez-vous sur leur page Instagram : ici. cholitasescaladoras
- Le Passe-Muraille : quand la grimpe se mêle à l’art à Paris
Il y a des moments où l’escalade va bien au-delà du geste sportif. Des instants où le corps en mouvement devient une ligne, une respiration, un trait de couleur dans l’espace. Du 4 décembre 2025 au 4 janvier 2025 , le Climbing District Buttes-Chaumont invite à vivre l’un de ces moments suspendus avec l’exposition “Le Passe-Muraille : l’escalade, l’art de franchir le mur” . Trois artistes-grimpeurs — Stuart Lim Beekmeyer , Coralie Huon et Chici Fang — y dévoilent leur façon unique de faire dialoguer art et verticalité.Ici, le mur n’est plus seulement un support : c’est une scène, une matière, un terrain d’expression. L’exposition imagine l’escalade comme un langage : une manière de raconter le monde, de traduire un geste, d’habiter l’espace. Et chacun des trois artistes revisite à sa façon cette rencontre entre mouvement, perception et création. Commissariat d'exposition : Xiangcheng GUO Trois visions de la verticalité : Stuart Lim Beekmeyer — sculpter le mouvement Architecte paysagiste de formation, Stuart Lim Beekmeyer explore l’espace comme un corps à habiter. Avec sa Technique Pixel , il transforme les gestes de peinture en volumes grimpables : « Ce que l’escalade apporte à l’art ? Principalement de la joie. Voir des gens interagir avec mon travail est une joie pure », confie-t-il. Pour Stuart, la grimpe et l’art partagent la même impulsion : toucher, pousser, transformer la surface. Chaque trace devient un point d’appui, chaque texture un élément de composition. Au Climbing District , ses murs se font interactifs : le spectateur grimpe, explore, ressent — et participe à ce qu’il appelle « une co-création en temps réel ». Ce n’est pas la performance qui prime, mais la présence du corps et la manière dont il écrit une chorégraphie unique dans l’espace. « Chaque trace, chaque texture devient un point d’appui. Le spectateur écrit sa propre chorégraphie dans l’espace. » Sa Pixel Technique naît d’un dialogue entre l’œil de l’artiste et celui du grimpeur. À partir de modèles 3D, il transforme des coups de pinceau en topographies grimpables, capturant l’ambiguïté de texture des roches naturelles. Pour Stuart, l’œuvre devrait disparaître pendant l’effort , ne laissant voir que le grimpeur, avant de réapparaître ensuite à la réflexion. L’artiste aime aussi créer un lien avec le contexte : en salle, le mur change selon l’ouvreur ; en extérieur, il imagine une œuvre grimpable en harmonie avec son environnement ; en galerie, il souhaite que le public ressente l’énergie d’une salle de bloc ou d’une falaise. Et parfois, un souvenir reste : Fontainebleau, un grain de texture qu’il n’a jamais pu saisir, lui rappelle que l’expérience complète d’une sculpture ne se mesure qu’en la vivant . Stuart Lim Beekmeyer Coralie Huon — la poésie suspendue Pour Coralie Huon, l’escalade est avant tout une expérience de pleine présence : un accord subtil entre le corps et l’esprit, entre l’œil et la main. « Ce que m’apporte la grimpe dans ma pratique artistique ? Des sensations que je ne trouve nulle part ailleurs, une osmose totale entre mouvement et intention », explique-t-elle. Ses illustrations traduisent ce dialogue intime avec la paroi, qu’elle soit artificielle ou naturelle. Chaque geste — tracer une ligne, équilibrer une forme, suivre un corps en mouvement — devient une exploration graphique et chorégraphique . Loin de glorifier le sommet, elle capte le chemin, l’émotion, le flow : ce moment fugace où l’on quitte le sol et où le geste devient fluide, presque effacé, un instant suspendu hors du temps. « L’escalade est une osmose totale entre mouvement et intention. Chaque geste devient un instant suspendu hors du temps. » Sur ses murs, les prises deviennent des points d’accroche poétiques , les grimpeurs se déplacent dans des compositions oscillant entre abstraction et récit. L’escalade, pour Coralie, ressemble à un dessin vivant : chaque mouvement compose une page blanche où l’on explore équilibre, hésitation et fluidité. Elle souhaite que les visiteurs découvrent ces sensations et se laissent surprendre par leurs propres interprétations, réinventant son travail à chaque regard. Coralie Huon Chici Fang — Kandinsky sur le mur Chici Fang perçoit chaque mur d’escalade comme une partition visuelle et musicale . Les couleurs, les formes et les trajectoires des prises composent un rythme que le grimpeur vient interpréter. « Si un mur est une toile, alors un grimpeur est un pinceau qui la traverse. » Son travail s’inspire de Kandinsky et de la synesthésie entre sons et couleurs. Chaque voie devient une œuvre vivante, jamais figée, qui s’active seulement lorsque quelqu’un grimpe. Les prises ne sont plus des objets fonctionnels, mais des notes, des pulsations, des signes invitant le corps à explorer et à créer sa propre chorégraphie. Pour Chici, l’escalade est avant tout une danse du corps et de l’esprit , où l’échec et la reprise font partie intégrante de l’expérience. Les imperfections et les tentatives multiples deviennent une forme de beauté et un moteur créatif. Elle souhaite que les visiteurs ressentent plaisir, curiosité et envie d’expérimenter eux-mêmes, transformant chaque mur en un espace de liberté et de jeu esthétique. Chici Fang Une exposition inspirée du “Passe-Muraille” de Marcel Aymé Le titre de l’exposition rend hommage à la célèbre nouvelle où un homme traverse les murs. Ici, le geste est symbolique : franchir les murs physiques, dépasser les limites créatives, et repousser les barrières mentales. À travers cette référence littéraire, l’exposition affirme que l’escalade est bien plus qu’un sport : c’est une métaphore de la liberté, de l’élan intérieur et de la transformation. Chaque mouvement devient un passage, chaque trajectoire une aventure à la fois physique et émotionnelle. L’escalade comme art total L’exposition montre que l’escalade contemporaine a évolué bien au-delà d’une simple pratique sportive pour devenir une véritable pratique culturelle et artistique . Les artistes invités transforment le mur en espace de création, où le corps devient à la fois outil, langage et interprète. Chaque geste sur la paroi est chargé d’émotion , de sensibilité et de poésie, révélant que grimper n’est pas seulement un effort physique, mais un acte de dépassement, d’imagination et de réinvention de l’espace. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de l’escalade artistique initiée par des figures comme Patrick Edlinger , qui voyait déjà ses ascensions comme une danse verticale, un mouvement esthétique et expressif. L’exposition vise également à faire découvrir cette pratique pleine d’esthétique au grand public, tout en enrichissant les possibles croisements entre art et sport . Ainsi, l’escalade est présentée comme une forme d’art total , où la verticalité devient scène , le geste devient langage et le mur devient un support infini de créativité et d’expérience . Le Passe Muraille ✍️ : Théo de GrimpActu.
- Quand le torse nu révèle les inégalités de genre : enquête sur l’inclusivité dans les salles d’escalade
Ce 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre, le collectif « Garde ton top » a rendu publique une enquête sur l’inclusivité dans les salles d’escalade françaises. Face à l’inaction de leur propre salle concernant le port du torse nu et le bien-être des personnes sexisées, ce groupe de grimpeur·euses a cherché à comprendre quelles pratiques étaient réellement mises en place ailleurs dans le pays. L’enquête, indépendante de tout média, a interrogé 30 salles d’escalade pour mesurer la manière dont elles accueillent les femmes, les personnes trans, non-binaires, agenres et intersexes, ainsi que les mesures concrètes prises pour rendre la pratique plus inclusive. Entre chiffres, témoignages et initiatives locales, cette étude révèle des tendances fortes : la présence ou non de femmes dans les équipes, les aménagements pour le confort et la sécurité, et la politique sur le torse nu semblent directement liées au sentiment d’accueil et de légitimité des personnes sexisées dans le milieu de l’escalade. Découvrez le cœur des salles, un univers où le plaisir de grimper se mêle encore trop souvent à des dynamiques de genre inégalitaires, mais où des solutions existent et peuvent transformer la pratique pour toutes et tous. Une enquête indépendante pour comprendre l’inclusivité en salle Face à l’absence de mesures concrètes dans leur propre salle, le collectif « Garde ton top » a décidé de mener un travail de terrain pour évaluer la situation dans d’autres salles d’escalade françaises. Entre janvier et mars 2025, les membres du collectif ont contacté 30 salles , appartenant majoritairement à des franchises reconnues telles que Climb Up, Arkose ou Block’Out. L’objectif ? Observer comment les salles abordent la question de l’inclusivité des personnes sexisées — femmes, personnes trans, non-binaires, agenres et intersexes — à travers plusieurs aspects concrets : la politique sur le port du torse nu ; la mise à disposition de protections périodiques ; la présence de vestiaires inclusifs ou d’autres aménagements favorisant la sécurité et le bien-être ; la représentation des femmes et minorités de genre parmi les ouvreuses et monitrices ; les formations et dispositifs de prévention contre le harcèlement sexiste ou sexuel. Chaque critère a été noté pour établir une note d’inclusivité , permettant de comparer les salles entre elles et de mettre en évidence les pratiques les plus avancées. L’enquête n’est pas scientifique au sens statistique, mais elle offre un panorama concret et instructif des initiatives existantes et des freins rencontrés. Cette démarche indépendante montre aussi à quel point les dynamiques de genre et l’inclusivité peuvent varier d’une salle à l’autre, et comment certaines décisions simples — comme interdire la grimpe torse nu — peuvent avoir un impact direct sur le confort et la sécurité des grimpeur·euses sexisé·es. Résultats clés de l’enquête : où en est l’inclusivité en salle ? L’enquête du collectif révèle des tendances fortes dans les pratiques des salles d’escalade françaises, tout en mettant en lumière les écarts entre les initiatives. 1. Port du torse nu : une mesure simple, révélatrice Parmi les 30 salles interrogées, 21 interdisent la grimpe torse nu (70 %), tandis que 9 salles (30 %) l’autorisent pour les hommes cisgenres. Selon le collectif, cette politique simple constitue un indicateur clé de l’attention portée au confort et à la sécurité des personnes sexisées . Les salles qui imposent le port du t-shirt sont en effet plus nombreuses à mettre en place d’autres aménagements inclusifs. 2. Protections périodiques et aménagements concrets 70 % des salles mettent à disposition des protections périodiques, un chiffre qui grimpe à 85 % pour celles interdisant le torse nu, contre seulement 33 % pour celles qui l’autorisent. Les affichages anti harcèlement étaient présent aussi bien dans les salles qui interdisent et autorisent la grimpe torse nu. 3. Représentation féminine dans les équipes L’enquête montre également que la présence de femmes dans les équipes d’ouvreurs et de moniteurs est corrélée avec l’interdiction du torse nu : Ouvreuses : 17 % dans les salles interdisant le torse nu, contre 3 % dans celles qui l’autorisent. Monitrices : 28 % contre 16 %.De plus, 38 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu n’ont aucune ouvreuse, contre 89 % des salles qui l’autorisent. Ces chiffres traduisent un réel déficit de représentativité dans certaines salles, alors que d’autres montrent des initiatives concrètes pour l’équilibre femmes/hommes dans leurs équipes. 4. La note d’inclusivité En combinant tous les critères (torse nu, protections périodiques, vestiaires inclusifs, formation du personnel, représentation féminine), le collectif a attribué une note d’inclusivité sur 10 : Moyenne globale : 3,1/10 Salles interdisant le torse nu : 3,8/10 Salles autorisant le torse nu : 1,6/10 Ces chiffres traduisent une corrélation nette entre l’attention portée aux personnes sexisées et la mise en place de mesures concrètes, allant au-delà du simple affichage. Analyse : comprendre les dynamiques derrière les chiffres Les résultats de l’enquête montrent plus qu’une simple statistique : ils mettent en lumière les mécanismes qui façonnent le quotidien des grimpeur·euses sexisé·es et l’expérience vécue dans les salles d’escalade. 1. L’impact du torse nu sur le bien-être des personnes sexisées Selon le collectif, la présence d’hommes torse nu dans les salles peut générer un malaise, voire un sentiment d’insécurité pour certaines grimpeuses ou personnes de genres diversifiés. Dans un espace partagé, ce détail vestimentaire n’est pas neutre : il renforce les dynamiques de genre et les hiérarchies implicites. Les salles qui interdisent le torse nu montrent une tendance à prêter davantage attention au confort et à la sécurité de tous·tes, en allant jusqu’à proposer des vestiaires inclusifs, des formations pour le personnel et des affichages de sensibilisation. L’interdiction du torse nu n’est pas seulement un code vestimentaire : elle devient un levier concret pour l’inclusion. 2. Représentativité et modèles La faible proportion de femmes et de personnes sexisées dans les équipes d’ouvreurs et de moniteurs a un impact direct : Les grimpeuses ont moins de modèles pour s’identifier et se sentir légitimes. Les voies sont souvent pensées selon des standards masculins, limitant l’accessibilité pour les corps différents et renforçant le sentiment d’exclusion. Les salles qui intègrent des ouvreuses et monitrices constatent, selon l’enquête, un enrichissement de la pratique : nouvelles approches des voies, conseils plus adaptés, et un environnement plus accueillant pour tous les profils. 3. Inclusion et aménagements concrets Au-delà de la question du torse nu, l’enquête souligne que des actions simples produisent un effet réel : mise à disposition de protections périodiques, affichages anti-harcèlement, vestiaires inclusifs, formations spécifiques. Les salles qui adoptent ces mesures créent un cercle vertueux : plus les personnes sexisées se sentent à l’aise, plus elles participent, progressent et envisagent des rôles de responsabilité au sein de la salle. 4. Un indicateur de sensibilité à l’inclusivité L’interdiction du torse nu apparaît comme un marqueur de l’intérêt d’une salle pour le bien-être des personnes sexisées. Les salles qui adoptent cette mesure montrent également une meilleure représentativité, des aménagements plus complets et un environnement plus sécurisant. À l’inverse, celles qui l’autorisent tendent à concentrer les initiatives sur le strict minimum, révélant une moindre conscience des enjeux de genre et d’inclusion. Vers des salles d’escalade plus inclusives et accueillantes Cette enquête du collectif « Garde ton top » met en lumière un constat clair : l’escalade reste un milieu encore largement genré et peu représentatif, mais elle montre également que des solutions concrètes existent et peuvent transformer profondément l’expérience de toutes et tous. Interdire le torse nu, aménager des vestiaires inclusifs, mettre à disposition des protections périodiques, diversifier les équipes d’ouvreurs et de monitrices… Ce sont autant de mesures simples qui, mises bout à bout, font la différence entre un espace où certaines personnes se sentent observées et contraintes, et un lieu où chacun·e peut grimper en confiance, progresser et prendre du plaisir. Mais l’inclusivité ne se limite pas à quelques règles : elle se construit aussi dans les gestes du quotidien, l’écoute des ressentis, la formation du personnel, et la reconnaissance de toutes les identités et de tous les corps. Les salles qui s’engagent sur cette voie deviennent des lieux de liberté, de respect et de partage, où l’escalade retrouve sa dimension universelle : un sport de dépassement de soi et de plaisir, accessible à tou·tes. Chaque grimpeur·euse, chaque moniteur·rice, chaque responsable de salle peut être acteur·rice de ce changement. Il suffit de regarder autour de soi, d’écouter, de s’informer et d’agir. Car au final, l’inclusion n’est pas seulement une question de règles ou de protocoles : c’est une question de communauté. Une communauté où chacun·e a sa place, où chaque corps est respecté, et où le plaisir de grimper ne connaît pas de barrières de genre, d’origine ou de condition sociale. Alors, que vous soyez grimpeur·euse expérimenté·e, débutant·e, membre d’une salle ou simplement passionné·e par l’escalade : imaginez, proposez, partagez et participez à rendre vos murs et falaises plus inclusifs. Le changement commence sur le tapis de la salle, et peut résonner bien au-delà. ➡️ Pour retrouver l’enquête en détail et tous les documents s’y rattachant, rendez‑vous ici : Enquete. ✍️: Théo de GrimpActu
- Janja Garnbret récolte 318 291 € pour les jeunes sportifs défavorisés
Dans la grande salle du Grand Union Hotel, au cœur de Ljubljana en Slovénie, les applaudissements n’avaient rien de protocolaires. Ce soir-là, ce n’était ni un podium ni un titre mondial que l’on mettait à l’honneur, mais un chiffre devenu symbole : 318 291,91 € , récoltés grâce à l’engagement de Janja Garnbret pour soutenir des jeunes sportifs issus de milieux défavorisés. L’événement marquait la clôture de son année d’ambassadrice au sein de la Fondation Leon Štukelj et Miroslav Cerar , une organisation slovène dédiée à l’accompagnement des talents sportifs et étudiants qui n’ont pas toujours les moyens de poursuivre leurs rêves. Un gala élégant, chargé d’émotion, où l’escalade a rappelé qu’elle sait, elle aussi, être un formidable moteur de solidarité. 318 291 € : le symbole d’une année d’engagement 📷 : Aleš Fevžer Une année d’ambassadrice portée avec conviction Lorsque Goran Dragić (joueur pro de basket) lui a remis le bâton caritatif l’an dernier, Janja Garnbret est entrée dans une lignée d’athlètes slovènes prestigieux devenus ambassadeurs de la Fondation Štukelj–Cerar. Mais, fidèle à sa manière d’aborder les voies les plus exigeantes, elle a pris ce rôle à bras-le-corps, avec humilité et détermination. Son objectif était clair : utiliser son influence, sa visibilité et l’élan de sa communauté pour soutenir des jeunes athlètes dont le talent se heurte parfois aux limites financières. Parmi les moments forts de son année, le marathon d’escalade de 24 heures à Slovenska Bistrica restera gravé dans toutes les mémoires. Cent voies grimpées par Janja elle-même, plus de 2 000 participants venus de 23 pays, et des milliers de voies parcourues par la communauté de grimpeurs de tous niveaux : cet événement a permis de rassembler plus de 61 000 € pour la fondation. Bien plus qu’une performance sportive, ce marathon a incarné l’esprit de l’escalade : dépassement de soi, partage et solidarité. Au fil des mois, entre compétitions, rencontres avec des partenaires et actions publiques, Janja a transformé chaque opportunité en levier pour sa cause. Elle n’a jamais cherché à briller seule : elle a entraîné avec elle des marques, des fans, des clubs et des athlètes d’autres disciplines, tous réunis autour d’une idée simple mais puissante : offrir à la nouvelle génération ce que la sienne a eu la chance de recevoir. Même dans les moments de doute ou lorsqu’elle a abordé des sujets sensibles, comme l es troubles alimentaires chez les sportifs , chaque effort avait le même moteur : créer un impact concret et durable. Et à voir les visages des jeunes bénéficiaires, l’objectif était clairement atteint. 318 291 € : le symbole d’une année d’engagement 318 291,91 € : un numéro qui restera pour toujours gravé dans le cœur de Janja Garnbret. Lors du gala, elle n’a pas seulement présenté un chiffre, elle a partagé un parcours, une année entière d’engagement et de solidarité. « Dans mon rôle d’ambassadrice, nous voulions collecter beaucoup pour les jeunes athlètes défavorisés. Il y a eu des moments de pression, mais ils ont été balayés par la fierté de ce que nous essayions de réaliser et par le plaisir de donner le meilleur de nous-mêmes. » Quand elle a commencé, son objectif était simple : dépasser les 200 000 €. Et voir la barre franchie à plus de 318 000 € a été pour elle u ne déclaration incroyable de ce que nous pouvons accomplir ensemble. « Je n’aurais jamais pensé que l’escalade pourrait atteindre cette étape, et je ne pourrais pas être plus heureuse d’être là pour ça. Cela signifiera tellement pour tant d’enfants qui pourront continuer à poursuivre leurs rêves. » La soirée a aussi été marquée par une vente aux enchères exceptionnelle , où chaque objet racontait un moment de sa carrière sportive : le maillot et la veste portés lors de son titre olympique à Paris, son sac à magnésie, quelques prises utilisées en finale olympique et même les chaussons qu’elle portait pendant le marathon caritatif. Chaque vente transformait un fragment de sa carrière en une nouvelle chance pour les jeunes talents. Janja Garnbret 📷 : Aleš Fevžer La Fondation Štukelj–Cerar : un tremplin pour les jeunes talents Créée en 2015 par le Comité olympique slovène, la Fondation Leon Štukelj et Miroslav Cerar soutient les jeunes sportifs et étudiants talentueux issus de milieux modestes. Plus qu’un simple financement, elle offre un accompagnement global : matériel, formation, mentorat et opportunités pour progresser dans leur discipline. Depuis sa création, la fondation a permis à des dizaines de jeunes de réaliser leurs rêves, qu’il s’agisse de grimper des murs d’escalade ou de franchir les podiums internationaux. Chaque année, un ambassadeur est nommé pour porter le message de solidarité et mobiliser des fonds. Cette année, après douze mois d’engagement intense, Janja Garnbret a transmis le flambeau à Tine Urnaut , capitaine de l’équipe slovène de volley-ball, rappelant que le rôle d’ambassadeur n’est pas seulement une responsabilité, mais aussi un privilège et un acte de solidarité envers la nouvelle génération. La fondation est ainsi devenue un véritable moteur de solidarité en Slovénie , où la passion pour le sport se conjugue avec la responsabilité sociale. Grâce à des initiatives comme celles de Janja Garnbret et à la continuité de ses successeurs, elle continue de transformer la vie des jeunes athlètes, leur offrant non seulement des moyens matériels mais aussi la confiance nécessaire pour rêver plus grand. La solidarité en action « Du fond du cœur, merci à tous ceux qui ont rendu cela possible ! À mes proches, à chacun d’entre vous qui a fait un don par texto, à tous ceux qui ont grimpé avec nous lors du marathon et ont fait de cet événement un moment plein de surprises, ainsi qu’à tous mes partenaires et entités qui ont rejoint notre vision : votre soutien a été indispensable. » Ce gala n’était pas seulement une célébration des chiffres, mais la preuve que la passion et l’engagement peuvent changer des vies . Pour les jeunes sportifs qui rêvent de grimper toujours plus haut, et pour tous ceux qui croient à la force de la solidarité, le message est clair : le sport est plus puissant lorsqu’il se partage. ✍️: Théo de GrimpActu.
- Militantisme en escalade : quand la grimpe rejoint les luttes
En plein cœur du Grésivaudan, Le Perchoir — lieu éco-responsable mêlant coworking, escalade et événementiel — vibre au rythme du OWL FEST. Alors que les qualifications battent leur plein, deux voix résonnent dans le brouhaha des moulinettes et des cris d’encouragement : la grimpeuse de trad Soline Kentzel et le spécialiste de grande-voie Sébastien Berthe invitent le public à une table ronde… sur un terrain inattendu : le militantisme en escalade . Qu’est-ce que le militantisme ? Le militantisme renvoie à l’engagement actif pour une cause , souvent au sein d’un collectif. Selon différentes sources : Académie française : activité d’une personne qui milite au sein d’un mouvement. Larousse : attitude des militants actifs dans les organisations politiques et syndicales. Wikipédia : engagement collectif pour protester contre une injustice. Council of Europe : soutien actif à une cause, un idéal, une idéologie ou un parti politique. En résumé : militer, c’est agir. Que ce soit seul·e ou en groupe, pour défendre une valeur ou répondre à une oppression. Mais au sein d’un même mouvement, tout le monde ne partage pas forcément les mêmes valeurs — et c’est là que les questions commencent. Il y a un nombre infini de causes pour lesquelles nous pouvons militer. Nous ne pouvons pas militer pour toutes les causes, au risque de se perdre dans sa propre lutte et de se noyer soi-même. Il peut donc arriver que dans un même mouvement qui lutte en faveur d'une cause spécifique, certaines idées divergent à propos d'autres sujets. @Nicolas Vaillant Inclusion et divergence de valeurs Faut-il exclure ceux qui ne partagent pas toutes nos valeurs ? Ou choisir d’inclure largement, tant qu’on se bat pour une même cause ciblée ? Des exemples tendus circulent : Faut-il inclure des fascistes dans l’écologie ? Peut-on accepter des féministes transphobes ? Il n’y a pas de réponse simple. Mais une chose est claire : l’écofascisme n’est pas de l’écologie , le féminisme ne peut pas porter des valeurs transphobes. Chaque mouvement navigue entre cohérence, ouverture et limites éthiques. Solidarité inter-luttes et intersectionnalité Pour Soline et Sébastien, l’essentiel tient en deux mots : solidarité inter-luttes . Certaines personnes subissent plusieurs formes d’oppression : c’est l’ intersectionnalité . Une femme racisée et handicapée, par exemple, affronte des injustices multiples. Peut-on attendre d’elle qu’elle milite partout ? Et en aurait-elle seulement l’énergie ? C’est ici que la solidarité intervient : les luttes se renforcent mutuellement , sans que chacun doive porter tout le poids. Diversité des formes de militantisme Le militantisme ne se limite pas à la rébellion ou aux manifestations. Il peut être violent ou non violent, artistique ou conventionnel, à grande ou petite échelle . Chaque personne peut trouver sa manière de militer, selon ses valeurs, ses compétences et son énergie . On peut agir pour soi ou pour les autres, par des manifestations pacifiques, la médiatisation engagée, des dons, des événements sportifs ou le soutien à une association ou entreprise engagée. “ On peut tous et toutes être et se considérer comme militant.es .” L’ idée centrale : toutes les formes d’action sont complémentaires et la convergence des luttes permet de progresser collectivement, même à travers des gestes qui paraissent modestes. Mais comment ces réflexions sur le militantisme se traduisent-elles concrètement dans le monde de l’escalade ? C’est ce que Soline et Sébastien explorent ensuite. @Julia Cassou Militantisme et escalade La réflexion sur le militantisme prend tout son sens lorsqu’on la relie à l’escalade. Pour Soline Kentzel et Sébastien Berthe, il existe deux manières principales de penser le lien entre militantisme et grimpe : faire du militantisme au service de l’escalade, ou utiliser l’escalade pour servir une cause. Le militantisme au service de l’escalade Certaines pratiques sportives, et plus particulièrement l’escalade en falaise, dépendent directement de l’environnement naturel : la qualité des rochers, les conditions météorologiques, la préservation des sites. Pour Soline et Sébastien, militer pour l’escalade , c’est agir pour que la pratique reste possible et respectueuse de l’environnement. Exemple concret : le Dawn Wall au Yosemite. Pour tenter l’une des grandes voies les plus longues et difficiles au monde, ils ont choisi de voyager en voilier depuis la France , plutôt que par avion. Ce choix imposait contraintes et temps supplémentaires, mais il incarnait un militantisme non-violent et concret , basé sur la réduction de l’empreinte écologique. L’objectif : montrer que performance et engagement éthique peuvent coexister , et inspirer d’autres grimpeur.ses à adopter une pratique consciente et responsable. ➡️ Si vous souhaitez en savoir plus sur cette aventure retrouvez l'article ici : Seb Berthe son retour victorieux sur le Dawn Wall Cette démarche illustre aussi l’idée que le sport peut véhiculer des valeurs : respect, patience, solidarité et sensibilité à l’environnement. Chaque action, même modeste, devient un exemple et une source d’inspiration. L’escalade au service du militantisme À l’inverse, l’escalade peut être utilisée comme outil pour agir en faveur d’une cause . La maîtrise technique et physique permet d’atteindre des lieux inaccessibles et de réaliser des actions visibles et médiatisées. Exemples concrets : Les écureuils : pour protéger des arbres menacés par la construction de l’autoroute A69, des grimpeur.ses ont utilisé des techniques de cordes pour occuper les arbres et bloquer l’abattage. Une forme de désobéissance civile non-violente , où l’escalade devient un outil d’action écologique. Affichage en hauteur : grimper sur des murs, bâtiments ou structures pour installer des banderoles ou des messages visibles, permettant de sensibiliser le public et les médias à une cause. Médiatisation de causes internationales : certaines actions de grimpe servent à attirer l’attention sur des situations géopolitiques ou sociales, comme des compétitions controversées ou des projets environnementaux problématiques. L’escalade devient alors un moyen concret d’agir , complémentaire à d’autres formes de militantisme comme les manifestations, les campagnes médiatiques ou le soutien à des associations. ➡️ Si vous voulez lire l’exemple d’un acte de militantisme, rendez-vous ici : Des alpinistes suspendent un drapeau géant sur les Drus pour dénoncer le génocide à Gaza Une action complémentaire et réfléchie Que ce soit le militantisme au service de l’escalade ou l’escalade au service du militantisme, l’essentiel est que chaque action ait du sens, soit en accord avec ses valeurs et contribue à un objectif collectif. Soline et Sébastien insistent sur la complémentarité des actions, la solidarité entre luttes, et sur le fait que toutes les formes de militantisme, même modestes, sont utiles et légitimes. Cette perspective permet de combiner technique, éthique et engagement, montrant que l’escalade n’est pas seulement un sport, mais aussi un vecteur de valeurs et d’actions concrètes pour le monde qui nous entoure. Initiatives originales et mise en situation Pour passer de la théorie à la pratique, Soline Kentzel et Sébastien Berthe ont proposé aux participant.es une activité immersive : réfléchir, en petits groupes, à des situations fictives mais parfaitement plausibles dans le milieu de l’escalade. L’objectif : montrer que militer, c’est aussi analyser un contexte, choisir une stratégie, mesurer les risques et agir collectivement . Quatre situations, quatre déclencheurs possibles de lutte Les groupes se sont penchés sur l’une des situations suivantes : Céüse en sueur Un projet de complexe hôtelier de luxe menace la mythique falaise de Céüse, au Col des Guérins. Sportwashing d’extrême droite à Fontainebleau Le média identitaire Frontière organise un grand événement d’escalade, avec une table ronde intitulée : « Comment le féminisme fait souffrir les hommes et fait baisser leur niveau en escalade ? » La gentrification par l’escalade À Aubervilliers, le groupe Arthrose ouvre sa 6ᵉ salle , à la place d’un bâtiment occupé depuis quinze ans par des mineur.es isolé.es , personnes sans-abris et familles immigrées. ICG 1 – Israelian Climbing Games Une énorme compétition est organisée en Cisjordanie , territoire palestinien colonisé, avec un prize money spectaculaire et des athlètes occidentaux invités. Chaque groupe devait imaginer deux réponses : une action conventionnelle (médiatisation, action juridique, mobilisation institutionnelle…) une action non conventionnelle (désobéissance civile, occupation, perturbation…). Pour chacune, il fallait définir l’objectif, les méthodes, les risques, la communication et les allié.es . Un vrai travail de stratégie militante , appliqué au monde de la grimpe. @Nicolas Vaillant Exemple : défendre la falaise de Céüse Prenons l’exemple du projet hôtelier menaçant Céüse. Deux actions ont émergé : l’une classique, l’autre beaucoup plus radicale. 1. L’action conventionnelle : la médiatisation Les participant.es ont imaginé une série de petites vidéos pédagogiques montrant l’impact écologique et social de la construction. Elles mobiliseraient : scientifiques juristes élu.es locaux habitant.es grimpeur.ses Objectifs : sensibiliser créer une couverture médiatique nationale atteindre les journaux télévisés valoriser la falaise comme patrimoine naturel et sportif Une action accessible, structurée, qui mise sur l’information et la pression médiatique. 2. L’action non conventionnelle : une ZAD au pied de la falaise En parallèle, les groupes ont proposé la création d’une ZAD sur la zone menacée. Principes : présence continue de 20 à 30 personnes , soutenues par un vaste réseau occupation non violente des zones stratégiques blocage du projet transformation de la zone en lieu de vie solidaire et militant : tables rondes rencontres avec les riverains événements festifs distribution hebdomadaire de pizzas ateliers, concerts, moments de partage Objectif : empêcher le début du chantier tout en rassemblant la communauté autour d’un projet écologique et social commun. Une manière concrète de penser l’action collective À travers cet exercice, les participant.es ont expérimenté ce que signifie vraiment penser une action militante : identifier les enjeux adapter la stratégie mesurer les risques réfléchir à la communication mobiliser ses compétences (dont l’escalade elle-même) Cette mise en situation montrait que le militantisme n’est jamais figé : il s’invente, se réinvente, et permet à chacun de trouver une place dans la lutte. Une conclusion pratique : militer, c’est déjà essayer Cette activité a permis de rendre le militantisme tangible , de montrer que la créativité et la coopération suffisent pour bâtir des actions pertinentes. Soline et Sébastien voulaient avant tout transmettre un message simple : Il n’existe pas une bonne manière de militer. Il existe des milliers de façons d’agir. Certain.es le feront en désobéissance civile, d’autres en créant, en parlant, en partageant, en construisant. L’essentiel est d’agir avec sens , en accord avec ses valeurs, et de reconnaître la valeur de toutes les formes de lutte. ✍️ Article réalisé par Nicolas Vaillant :
- La prévention des blessures en escalade : s’écouter, récupérer et s’adapter
Cet article est rédigé par : La Clinique de la Grimpe – Eliott Piguet, Olivier Lux et Paul Brasey La meilleur prévention des blessures c’est de s’écouter L’escalade s’est largement démocratisée à travers le monde, portée par sa médiatisation croissante et son intégration aux Jeux olympiques. À titre d’exemple, en Suisse romande, on ne comptait qu’environ trois salles d’escalade en 2010. Aujourd’hui, on en dénombre plus de cinquante, soit une augmentation d’environ 1 150 %. Cette expansion impressionnante a entraîné une hausse considérable du nombre de pratiquants et a largement contribué à la visibilité médiatique du sport. @Marvin Gourdol Cependant, cette croissance fulgurante s’accompagne de nouveaux défis. L’augmentation du nombre de grimpeurs et l’évolution rapide des styles de pratique modifient profondément les exigences physiques et techniques de ce sport. Les mouvements sont devenus plus explosifs, plus imprévisibles et plus exigeants pour l’ensemble du corps. Cette intensification des contraintes mécaniques, combinée à une fréquence d’entraînement souvent élevée, a entraîné une hausse notable des blessures au sein de la communauté. L’objectif de cet article est donc d’apporter des pistes de réflexion et de prévention pour aider les grimpeurs à préserver leur intégrité physique tout en continuant à progresser. Bien que la littérature scientifique sur l’escalade soit encore limitée, certains concepts clés issus d’autres disciplines sportives mieux étudiées peuvent être transposés utilement à cette pratique. On distingue généralement deux grands types de blessures en escalade : Les traumatismes directs , liés à un événement soudain (chute, choc, mauvaise réception). Les pathologies de surcharge , résultant de contraintes répétées et d’un manque de récupération. Bien entendu, cette distinction n’est pas absolue : une pathologie de surcharge peut parfois évoluer vers une lésion traumatique. En se penchant plus précisément sur les pathologies de surcharge, on peut distinguer deux grandes tendances à l’origine de ces troubles : un manque de récupération , un dépassement des capacités actuelles du corps . Ces deux facteurs peuvent s’entrecroiser et se renforcer mutuellement, menant à une surcharge progressive. Le corps humain est une machine extraordinairement bien conçue, capable de s’adapter aux contraintes que nous lui imposons. Tout au long de la vie, il évolue et se transforme en réponse aux stimulations qu’il reçoit. Toutefois, cette capacité d’adaptation a ses limites : lorsque les contraintes dépassent un certain seuil, elles peuvent provoquer des douleurs, des déséquilibres ou des dysfonctions. Heureusement, le corps possède également une formidable capacité de récupération, à condition qu’on lui en laisse le temps et les ressources nécessaires. Les capacités de récupération Comme toute machine, notre corps a besoin d’énergie pour bien fonctionner. Cette énergie dépend de plusieurs éléments que l’on peut représenter sous forme d’une pyramide de la récupération . La base de cette pyramide constitue les fondations : ce sont les principaux déterminants de la régénération physique et mentale. La base repose avant tout sur le repos, un concept large qui englobe plusieurs dimensions : Le repos psychologique , correspondant à un état de calme mental et d’attention tournée vers soi. Il permet de réduire le stress, d’améliorer la concentration et d’optimiser les processus de récupération. Des techniques comme la méditation, la respiration consciente ou la relaxation peuvent favoriser cet équilibre intérieur. Le sommeil , véritable clé de voûte de la récupération. C’est durant cette phase que le corps répare les micro-lésions provoquées par l’effort, régule les hormones et renforce le système immunitaire. Un sommeil de qualité est donc indispensable à une récupération optimale. Malheureusement, son importance est souvent sous-estimée : réduire la durée ou la qualité du sommeil revient à limiter la capacité du corps à se régénérer efficacement. L’ alimentation et l’ hydratation constituent des éléments tout aussi essentiels à la récupération que le repos. Elles en sont, en quelque sorte, la continuité naturelle. Pendant le sommeil, le corps répare les tissus, régénère les cellules et restaure les réserves énergétiques. Pour accomplir ces processus, il a besoin de nutriments adéquats. Une alimentation variée et équilibrée , riche en protéines (végétales et animales), en glucides complexes , en acides gras essentiels, ainsi qu’en vitamines et minéraux , fournit les matériaux nécessaires à la reconstruction musculaire et au bon fonctionnement métabolique. L’ hydratation , quant à elle, joue un rôle fondamental dans la performance et la récupération. L’eau participe à la régulation de la température corporelle, au transport des nutriments, à l’élimination des déchets métaboliques et au maintien de la souplesse des tissus. Une déshydratation, même légère, peut altérer la concentration, diminuer la force musculaire et ralentir les processus de réparation. Il est donc important de boire régulièrement tout au long de la journée, sans attendre la sensation de soif, et d’adapter ses apports hydriques à l’intensité de l’effort, aux conditions climatiques et aux besoins individuels. Après l’entraînement, la réhydratation permet de compenser les pertes en eau et en électrolytes, favorisant un retour plus rapide à l’équilibre. Le reste de la pyramide correspond à des adjuvants qui peuvent favoriser une meilleure récupération, comme les massages, les étirements, la cryothérapie ou certaines techniques de relaxation. Toutefois, il est essentiel de garder à l’esprit que ces méthodes ne sont que des compléments. Les véritables piliers de la récupération demeurent les deux socles fondamentaux décrits précédemment : le repos (physique et psychologique) et l’alimentation/hydratation. Il est important d’éviter l’erreur fréquente consistant à se concentrer sur les “étages supérieurs” de la pyramide, les méthodes accessoires, avant d’avoir solidement établi ces bases. Sans fondations solides, même les meilleures stratégies de récupération ne peuvent être pleinement efficaces. Le corps envoie constamment des signaux pour indiquer lorsque l’on risque de le pousser trop loin. Il est essentiel d’apprendre à l’écouter afin de prévenir les blessures. Blaise Dubois, fondateur de la Clinique du Coureur, a développé un outil précieux pour mieux comprendre ces signaux : la quantification du stress mécanique. Derrière ce terme technique se cache un concept simple : mesurer le stress que l’on impose à son corps lors d’une activité physique. Les signaux auxquels il faut prêter attention pour déterminer si l’on a dépassé la capacité d’adaptation de nos tissus sont les suivants : Douleur pendant l’effort Douleur persistante après la séance (environ 1 heure) Douleur le lendemain matin Raideur et/ou gonflement Voici quelques exemples concrets : Si, lors d’une séance de grimpe, aucune douleur n’est ressentie pendant la session, après celle-ci, ou le lendemain, cela signifie que la capacité maximale d’adaptation des tissus n’a pas été dépassée. En revanche, si l’on ressent une douleur localisée, par exemple au niveau d’un doigt, sans traumatisme évident, qui persiste après la séance et le lendemain, accompagnée d’une légère perte de mobilité, cela indique que l’on a dépassé la capacité de résistance de nos tissus. Le corps nous envoie alors un signal clair pour nous inciter à récupérer et/ou adapter notre activité pour ne pas redépasser la capacité de notre tissu. Cycle vertueux et cycle vicieux d’adaptation tissulaire Cycle d’adaptation (vertueux) Une surcharge mécanique adéquate entraîne une adaptation progressive du tissu : Surcharge → ajustement de la charge → adaptation positive → augmentation de la résilience tissulaire → gain de fonction. Cycle d’inadaptation (vicieux) À l’inverse, une surcharge mal gérée, sans adaptation de l’activité, conduit à une altération du tissu : Surcharge → absence d’ajustement de la charge → adaptation défaillante → fragilisation et désorganisation tissulaire → douleur → perte de fonction. ➡️ Si vous souhaitez aller plus loin sur l'adaptation tissulaire et ses mécanismes, cet article complémentaire est une excellente ressource : ici. Conclusion La prévention des blessures en escalade ne repose pas sur des méthodes complexes ou des technologies de pointe, mais avant tout sur une qualité fondamentale : l’écoute de soi . Apprendre à reconnaître les signaux que nous envoie notre corps, ajuster la charge d’entraînement, accorder une place suffisante au repos, au sommeil et à la récupération constituent les véritables fondations d’une pratique durable. Dans un contexte où l’escalade devient de plus en plus populaire, il est essentiel de rappeler que la performance ne se construit pas dans la douleur, mais dans la progression maîtrisée et le respect des limites physiologiques. En comprenant le fonctionnement du corps et en cultivant une approche consciente de sa pratique, chaque grimpeur peut favoriser un cycle vertueux d’adaptation, renforcer sa résilience et continuer à progresser, sans compromettre sa santé. @Marvin Gourdol
- Sécurité et prévention en escalade : bilan, enseignements et conseils
➡️ Retrouvez le bilan de sécurité 2025 ici : Accidents d’escalade 2025 : bilan et prévention Chaque année, la Fédération Française de Montagne et d’Escalade (FFME) publie un bilan détaillé sur l’accidentologie et la sécurité dans le milieu de l’escalade. Les chiffres récemment dévoilés pour la saison 2023-2024 nous offrent une vue d’ensemble sur les progrès réalisés, mais aussi sur les zones d’amélioration à cibler. Dans cet article, nous découvrons ces données pour en tirer des enseignements concrets et proposer des conseils pratiques afin de grimper en toute sécurité. Une communauté qui grandit, des enjeux qui persistent En 2024, le nombre de licenciés a atteint un nouveau record : 120 080 passionnés se sont joints à la grande famille de l’escalade. Ce chiffre impressionnant témoigne de l’attractivité croissante d’un sport qui conjugue dépassement de soi, plaisir et aventure. Mais, comme souvent, l’enthousiasme collectif n’est pas sans risque. 445 sinistres ont été recensés cette saison, un chiffre qui reste raisonnable avec un ratio de seulement 0,37 % par 100 licenciés . Cela démontre un réel effort de prévention, mais aussi un rappel que l’escalade reste une activité à pratiquer avec vigilance et sécurité. Derrière les chiffres : des tendances révélatrices 76 % des accidents sont liés à l’escalade, une légère baisse par rapport à 2023. Cette discipline est naturellement plus risquée que d'autres pratiques fédérales comme la randonnée, mais elle reste parfaitement accessible avec des mesures de sécurité adaptées. Les chutes normales continuent d’être la première cause d’accidents (61 %), qu’il s’agisse d’une mauvaise réception ou d’un déséquilibre soudain. Les mouvements traumatisants , eux, connaissent une hausse inquiétante, passant de 11 % à 24 % . Ces blessures reflètent souvent un manque d’échauffement ou une technique mal maîtrisée. L’importance de tirer les leçons des tragédies L’année 2024 a été marquée par deux accidents mortels, nous rappelant la fragilité de l’équilibre entre passion et prudence. Une chute de pierre a coûté la vie à un alpiniste dans le massif de l’Oisans, tandis qu’un grimpeur expérimenté a perdu la vie dans une grande voie non équipée dans les Pyrénées espagnoles. Ces drames rappellent que la préparation, l’analyse des conditions et un équipement adapté ne sont pas des options, mais des fondamentaux. Focus sur des pratiques sensibles : bloc, enrouleur et assurage Bloc : penser la hauteur autrement Si le bloc est souvent perçu comme plus accessible, il n’en reste pas moins risqué. Les compétitions intègrent désormais des hauteurs limitées pour les catégories jeunes, et la FFME insiste sur l’apprentissage progressif de la chute pour réduire les blessures. Enrouleurs automatiques : un outil à double tranchant Ces dispositifs pratiques ont provoqué plusieurs accidents cette année, souvent liés à des erreurs d’encordement. La FFME a publié de nouvelles consignes de sécurité, accompagnées de supports visuels et d’une vidéo pédagogique à venir. Assurage : un rôle trop souvent sous-estimé L’assurage, surtout en salle, reste une cause majeure d’accidents. Avec 25 % des sinistres sur structures artificielles liés à des erreurs d’assurage, il est temps de revaloriser l’importance de ce rôle. Choisissez des freins adaptés et prenez le temps de former vos partenaires. Grimper mieux, grimper plus sûr : 5 conseils essentiels Inspectez votre matériel : Avant chaque séance, inspectez votre matériel. Une corde trop courte ou un mousqueton mal verrouillé, et l’aventure peut virer au cauchemar. Prenez soin de votre corps : Un bon échauffement est essentiel pour éviter les blessures liées aux mouvements brutaux ou mal contrôlés. Soyez curieux, mais pas téméraires : Savoir renoncer est une force, pas une faiblesse. Une voie trop engagée ou des conditions douteuses ? Mieux vaut reporter votre ascension. Encouragez la formation : Que ce soit pour l’assurage, les techniques de descente ou la gestion des risques, il y a toujours à apprendre. Partagez vos expériences : Les retours d’expérience disponibles sur le site de la FFME sont une mine d’or pour mieux comprendre et éviter les erreurs courantes. Il est important de rappeler que les chiffres présentés ici ne reflètent que les sinistres recensés par la FFME, c’est-à-dire ceux rapportés par les licenciés et les structures affiliées. Le monde de l’escalade, bien plus vaste, a malheureusement connu d’autres accidents graves, parfois mortels, qui nous rappellent que notre passion, si belle soit-elle, n’est pas sans risques. Chaque voie est une aventure, mais aussi une responsabilité. Alors, prenez soin de votre sécurité, soyez attentifs à celle de vos partenaires, et n’oubliez jamais que la vigilance est le premier pas vers une pratique durable. Grimpez avec enthousiasme, partagez des moments uniques, et surtout, prenez le temps de savourer chaque ascension, bonne grimpe. 📊 : FFME 📝 : GrimpActu. 🗞️ : GrimpActu.
- Team Boulder Arena 4 : la compétition incontournable de bloc à Climbing District, Paris
Dans une salle transformée en véritable arène urbaine, entre lumière, basses qui vibrent dans le béton et souffle court des grimpeurs, le Team Boulder Arena 4 a offert ce week-end l’une des expériences d’escalade les plus intenses jamais vues à Paris. Athlètes internationaux, amateurs passionnés, DJ sets, partenaires engagés… Climbing District a réussi le pari fou de fusionner sport, culture et fête. Et l’édition 2025 restera dans les mémoires. @Nicolas Vaillant Un réveil musclé pour un format unique au monde À peine le soleil levé, les premières équipes foulent les tapis de Climbing District. Le silence du matin contraste avec l’électricité qui traverse déjà les murs : à 7h10 tapantes, le premier chausson vient claquer sur le bloc de qualification. Et dès cet instant, la mécanique est lancée, 260 équipes sont prêtes à se défier sur les tapis. À nos côtés, le speaker Remi Pelletier nous fera l’honneur de commenter en direct et sur place la compétition et de mettre une ambiance de feu. Le format Pro-Am du Team Boulder Arena, c’est un marathon de 20 blocs , une course contre la montre où chaque équipe — masculine ou féminine — dispose de 4 minutes pour atteindre le Top . Un seul grimpeur doit réussir le bloc, l’ascension continue. Aucun des deux n’y arrive ? L’aventure s’arrête net. La pression est totale, l’erreur impardonnable, la complicité indispensable. Gérer ses forces, anticiper le mur suivant, optimiser les essais… Le TBA4 n’est pas seulement un test physique : c’est un exercice mental d’une exigence rare. Comme le souligne Manu Cornu, participant du duo avec Sohta Amagasa « On se connaît depuis longtemps, on s’entend vraiment bien et on a deux profils très complémentaires. C’est une compétition où l’aspect stratégique est important, et on avait bien conscience de nos forces respectives. Au final, tout s’est vraiment bien passé. » @Nicolas Vaillant Au cœur de l’arène : le village partenaire et ses expériences Pendant que les grimpeur.ses s’élançaient sur les blocs, le Climbing District s’animait aussi autour du village partenaire, véritable cœur vivant de l’événement. Arc’teryx, partenaire officiel, accueillait les visiteurs dans un espace immersif où chaque détail respirait la passion de la grimpe. À côté, les marques Scarpa, Shokz, Hyperice, Symples ou YY Vertical proposaient ateliers, démonstrations et initiations pour petits et grands. Les curieux pouvaient s’entraîner sur les poutres, découvrir les innovations de chaque partenaire, tester le jeu vidéo Cairn de The Game Bakers ou s’initier à l’upcycling textile grâce à Artefact. Les pauses étaient l’occasion de siroter un thé à la verveine, de partager une bière, ou de se faire chouchouter par l’équipe d’ostéopathes Holistea. Entre sensations fortes sur les blocs et découvertes dans le village, l’atmosphère était celle d’une grande fête où sport, culture et convivialité se mêlaient naturellement. @Nicolas Vaillant La tension monte : les qualifications et l’ambiance dans l’arène Alors que les qualifications battent leur plein, Climbing District vibre de mille manières. De nombreux athlètes étaient présents, et les grimpeurs amateurs avaient ainsi la chance unique de s’élancer aux côtés de légendes telles que Brooke Raboutou , la meilleure diffeuse au monde, ou Hamish McArthur , également présent pour présenter son nouveau livre. La phase de qualification est longue et exigeante, s’étirant de 8 h à 17 h, et chaque essai compte. Les quatre minutes imparties par bloc pèsent sur chaque décision, chaque mouvement est calculé, et l’énergie doit être parfaitement dosée pour tenir jusqu’au bout des 20 blocs. Le public, libre de circuler entre les murs, assiste à des performances impressionnantes tout en explorant le village partenaire, tandis que la musique pulse et que les jeux de lumière accentuent chaque geste. Le speaker Rémi Pelletier , en maître de cérémonie, commente chaque tentative et électrise l’arène, transformant les premières heures de la journée en un véritable ballet de force, stratégie et complicité. Alors que la nuit tombe, la queue pour entrer dans la salle s’étend sur plus de cent mètres. L’euphorie monte et l’impatience se fait sentir : la grande finale débutera à 19h30 , promettant un spectacle immersif où lumière, musique et tension sportive s’unissent. Au programme, une affiche de rêve, avec des athlètes au plus haut niveau international prêts à en découdre, et des récompenses prestigieuses pour les premières places : 6 000 € ainsi qu’une sculpture originale de l’artiste Yvan Le Pays . Parmi les cinq équipes féminines qualifiées pour la finale, on retrouve : Brooke Raboutou / Cloe Coscoy Zélia Avezou / Mailys Piazzalunga Lily Abriat / Selma Mimoune, Melody Sekikawa / Saula Lerondel Maya Madere / Holly Toothill — un plateau de grimpeuses au très haut niveau, promettant une finale intense et spectaculaire. @Nicolas Vaillant Le moment décisif : la grande finale Autant dire qu’il y a du très haut niveau dans l’Arena. Les équipes qualifiées pour la finale féminine doivent se départager sur quatre blocs exigeants , où la stratégie et la précision sont essentielles. Le premier bloc , en particulier, est crucial : une seule grimpeuse de chaque équipe peut l’essayer, et un seul essai est autorisé. La moindre erreur et la finale s’arrête. Les femmes à l’honneur Pour les femmes, pas de mauvaise surprise : toutes réussissent ce bloc inaugural, et les essais s’enchaînent. Chaque run compte, toujours limité par le temps imparti de quatre minutes , et il faut qu’une des grimpeuses réussisse le bloc en le moins d’essais possible. Après une série de performances impressionnantes, c’est la team Brooke Raboutou / Cloe Coscoy qui s’impose, ayant toppé tous les blocs. Juste derrière, Melody Sekikawa / Saula Lerondel prennent la deuxième place, et Zélia Avezou / Mailys Piazzalunga complètent le podium. Saula Lerondel revient sur son duo avec Melody Sekikawa : « J’ai adoré cette compétition par équipe, surtout avec Melody. Réfléchir à la stratégie pour limiter les essais était super stimulant ! En qualifications, on s’est bien partagé les blocs et on a vraiment travaillé en complémentarité : elle sur les blocs physiques, moi sur la dalle et le bloc à doigts. Un peu déçue de ne pas avoir gagné, mais c’est le jeu, on gagne et on perd ensemble. Hâte de revenir l’année prochaine ! » Les hommes au sommet Chez les hommes, les cinq équipes qualifiées pour la finale étaient : Paul Jenft / Sam Richard, Abi Bark / Yoni Kartz, Antoine Girard / Léo Favot, Diego Fourbet / François Keiser Manu Cornu / Sohta Amagasa . Une rivalité amicale faisait rage depuis plusieurs jours entre Manu Cornu et Sam Richard, mais rien ne se déroule comme prévu. Sam Richard, associé à Paul Jenft, chute dès le premier bloc éliminatoire , laissant Manu Cornu et Sohta Amagasa prendre l’avantage. La règle impitoyable du premier essai se fait sentir : chaque bloc est un défi où concentration et stratégie sont essentielles. Les autres équipes avancent, et malgré un nombre limité de tops, le public est en délire devant ce spectacle qui mêle grimpe, suspense, musique et jeux de lumière. Au terme de cette finale haletante, c’est Manu Cornu et Sohta Amagasa qui s’imposent, suivis par Diego Fourbet / François Keiser à la deuxième place et Abi Bark / Yoni Kartz à la troisième. L’énergie de l’arène, l’exigence du format et la performance des athlètes ont offert un show mémorable pour tous les spectateurs présents. Manu Cornu revient sur sa performance avec Sohta Amagasa : « La compétition est allée très vite, et la différence s’est jouée sur un bloc hier. Nos deux profils complémentaires nous ont permis de couvrir différents styles et de nous épauler sur chaque mouvement. La finale était top, l’ouverture vraiment bien pensée, et il ne manquait pas grand-chose pour aller chercher quelques tops supplémentaires. » Clap de fin et after-party Après une journée intense, pleine de suspense, de prouesses et d’émotions, le Team Boulder Arena 4 tire sa révérence… mais la fête ne s’arrête pas là. Face à la salle, au Wanted Paris , grimpeurs, spectateurs et partenaires se retrouvent pour l’ after-party , où l’énergie de la journée continue de vibrer. Les discussions sur les blocs réussis, les stratégies gagnantes et les moments forts se mêlent aux DJ sets, aux rires et aux échanges autour d’un verre. ✍️ Article réalisé par Nicolas Vaillant :
- Zahir en style Écopoint avec Eline Le Menestrel et Katherine Choong
Zahir fait partie d’une imposante face dans le massif des Wendenstöcke. Située un peu au-dessus de la vallée de Gadmertal en Suisse, cette ligne est la plus exigeante en termes de cotation de ce massif. Après une approche longue et exposée pour parvenir à la paroi, ce n’est pas moins de 300 mètres et huit longueurs, dont une en 8b+, que se sont données pour objectif d'enchaîner Eline Le Menestrel et Katherine Choong. Cette dernière, encouragée au mieux par Eline, finit par réussir au bout de quinze jours. Mais c’était à une condition, d’y aller en style « Ecopoint ». Un concept que Katherine n’avait d’ailleurs pas expérimenté auparavant, contrairement à Eline qui en fait son mode de vie. Bien que le style « Ecopoint » suggère de nombreuses contraintes, ces deux grimpeuses prouvent que cette manière de voyager peut totalement se conjuguer à la notion même de performance. Un récit inspirant qui se concrétise en film par Julien Nadiras. @Julien Nadiras Le style Écopoint : quand escalade rime avec mobilité durable Vous vous demandez peut-être ce que signifie le terme d '« Ecopoint » ? Bien qu’il ait une histoire plus longue, ce concept est né tout récemment en 2020. Il ne traduit pas uniquement l’acte de réussir une ascension, mais la manière de se déplacer pour se rendre au lieu de cette dernière. Le terme « redpoint », c’est-à-dire le fait d’enchainer une voie après travail, laisse sa place à « Ecopoint », dont l'enchaînement n’est accepté que dans le cas où chaque tentative est effectuée par des moyens respectueux de l’environnement. Plus précisément, cela demande de repenser nos moyens d’accès à la falaise puisque 70% de l’impact carbone du grimpeur provient du transport. Elles ont donc opté pour le train et le vélo. Un voyage à contre-courant vers la falaise Effectivement, ces deux grimpeuses l’ont bien compris en préparant leur monture. C’était environ 30 kg chacune qu’elles devaient porter sur leur vélo jusqu’à la falaise. Chaque petite chose compte, chaque gramme pèse. Que ce soit pour le confort, l’alimentation ou le matériel, tout doit être compté, planifié et optimisé au mieux. Du village au campement de la falaise, ce n’est pas moins de 23 kilomètres et 1200 mètres de dénivelé positif qui les attendaient avec ce chargement. Mais cela n’est pas le seul impact. Le confort est mis de côté pour ne garder qu’une tente et une alimentation bien définie au préalable : « On n’avait pas tout le choix, on a mangé beaucoup de polenta et des lyophilisés. » nous confie Eline. Il faut trouver des aliments à la fois légers et assez nutritifs pour tenir les jours. Tout déplacement a un coût. Y a-t-il même un jour de repos si l’on sait qu’il s’agit aussi du moment pour elles de reprendre le vélo afin de recharger les provisions au village ? Le manque de confort allié aux essais dans la voie contribue d’autant plus à diminuer la forme physique et mentale au fur et à mesure que les jours passent. Mais cela ne les empêche pas de rester 19 jours là-haut, en face à face avec Zahir. Cette façon de voyager devient nécessaire pour Eline. C’est notamment pour elle un moyen de se rendre compte du lieu dans lequel on se trouve. On n’y passe plus seulement, on le ressent. Ainsi, ce style a pour but de sensibiliser et promouvoir une pratique durable basée sur une réduction drastique de la consommation en carburant. Cela permet de véhiculer l’idée même que le résultat de performance est redéfini. Le processus d'enchaînement et le cheminement pour y arriver deviennent des facteurs pris en compte pour définir ce que l’on considère comme une performance. Autrement dit, pour Eline et Katherine, leur objectif ne réside plus seulement dans la réussite de l'enchaînement de la voie, mais dans une motivation plus globale d’y parvenir en mobilité douce (vélo, marche, transports en commun, auto-stop). Alors que seule la voie comptait auparavant, ce style d’ « Ecopoint » change beaucoup de choses lors de la préparation ainsi que durant le séjour. L’engagement est beaucoup plus important. D’un engagement moral, cela devient aussi un engagement mental et sportif. @Julien Nadiras Zahir : une grande voie exigeante au cœur des Alpes suisses Zahir est une grande-voie alpine de 300 mètres de haut découpée en neuf longueurs (6c, 8a+, 8b+, 7c, 7A+, 7b, 7b+, 6c). Elle ne passe pas inaperçue puisqu’elle est l’une des exigeantes des Alpes suisses. Équipée entre 1996 et 2004 par les Suisses Iwan Wolf et Gunther Habersatter, elle est de ces lignes éprouvantes, tant physiquement que psychologiquement. En effet, si la première cotation semble sans difficulté, elle donne directement le ton avec le premier point situé à 15 mètres dans une dalle. S'ensuit tout au long de la grande-voie des passages exposés où le mental est mis à rude épreuve. Le déchiffrement du 8b+ n’a pas été chose aisée. Ce n’est qu’au bout du sixième jour que les deux grimpeuses finissent par déchiffrer tous les mouvements de la voie. Cette incertitude à répéter inlassablement cette longueur durant six jours inflige un coup au moral, mais aussi aux doigts. En effet, une des plus grandes difficultés résidait dans la gestion de la peau, comme le souligne Katherine : « La longueur clé de Zahir, le 8b+, est une section d’environ 20-25 mètres avec des prises minuscules comme des lames de rasoir. Ça fait extrêmement mal à la peau, et la douleur est un facteur limitant majeur pour travailler la voie ! ». Au fil des jours et des essais, chaque mouvement sur ces petits bouts de caillou valait son importance et influait sur la performance. Si les longueurs d’après paraissent moins difficiles, le ressenti n’est pas le même. Entre 6c et 7b+, les points sont très espacés. La peur est définitivement là. On pourrait penser qu’à force de côtoyer les grandes hauteurs en grande-voie, cette appréhension du vide disparaît. Mais ce n’est pas le cas. Elle est bien là. Enfouie quelque part, ce sont dans ces moments de fatigue et d’incertitudes que ce malaise du vide refait surface. Il faut rester concentré jusqu’au bout. Souffler. Ne pas se précipiter. Et bien grimper pour espérer gérer le stress et ne pas tomber dans des sections moins dures sur le papier. Au bout du quinzième jour, Katherine finit par réussir toutes les longueurs et atteint la fin de Zahir. C’est une immense joie pour la grimpeuse suisse qui s’est battue sans relâche malgré la fatigue des jours d’avant. C’est une victoire qu’elle doit à sa partenaire de grimpe : « Je sais que je peux lui faire confiance à 100 %. Avec quelqu’un d’autre, cela n’aurait clairement pas été pareil. Je lui dois cet enchaînement, sans aucun doute . » Si Eline ne parvient pas à l’enchainer, il en ressort une belle réussite collective. Les efforts combinés de chacune et leur admiration l’une envers l’autre procurent toujours davantage de motivation à chercher les limites. Il est rapide de penser que les compromis à effectuer pour s’implanter dans une démarche durable deviennent trop épuisants pour arriver à performer. Elles prouvent le contraire. ➡️ Découvrez l’article complet sur l’enchaînement de Katherine Choong ici: Katherine Choong : Enchaîner Zahir à la force du corps et de l’esprit @Julien Nadiras Un film pour raconter une performance durable et humaine Fort d’inspiration, ce récit au sein du massif des Wendenstöcke prend place au sein de nombreux festivals sous forme de film. Sous l'œil du vidéaste et grimpeur Julien Nadiras, ce court-métrage a pour vocation de comprendre un peu mieux l’intention d’Eline et Katherine en s'aventurant dans un lieu aussi austère. Plus qu’un film centré sur la performance, ce dernier retrace leur parcours du début à la fin de leur séjour, des moments difficiles aux instants de joie intense : « Le fait d’y aller à vélo change l’approche du film, montrer leur approche à vélo est une partie importante tout comme leur complicité » explique Julien Nadiras. C’est dans cette ambiance qu’une chanson est née. Les deux amies nous dévoilent leurs doutes et leurs incertitudes, mais aussi ce qu’elles recherchent en se fixant un tel projet en style « Ecopoint ». Ainsi, elles appellent à essayer et à proposer de nouvelles façons de vivre nos pratiques en meilleure adéquation avec nos valeurs et plus respectueuses de l’environnement. Au vu de ce film, je me suis demandé si le parcours n’était-il pas plus beau que le résultat ? Le chemin emprunté pour atteindre le but n’est-il pas devenu lui-même l’objectif principal ? Redéfinir la performance en escalade grâce à l’Écopoint Elles ont montré à elles deux que la performance pouvait avoir sa place dans une démarche durable. Pensez-vous toujours que le style « Ecopoint » exclut de son langage le champ lexical de la performance ? Si l’on prend la performance comme une réussite et un exploit, ne serait-ce finalement pas cela la performance ? Celle de créer des exploits par un engagement total. Cela commencera dans un premier temps par un engagement moral afin d’agir en accord avec ses valeurs. Se sentir en adéquation avec ses convictions est peut-être la chose la plus importante qu’une personne peut souhaiter. Et si c’était possible de conjuguer nos valeurs avec nos pratiques ? Cela paraît parfois impossible ou irréalisable, ou seulement trop compliqué vis-à-vis de l’objectif prévu. Pourtant, on est souvent étonné des ressources que l’on a, de l'énergie que l’on peut puiser pour atteindre un objectif qui nous tient à cœur. Le résultat serait-il aussi beau sans processus ? Le sommet n’est-il pas plus apprécié après un long chemin éprouvant dans un lieu que l’on apprend à connaître ? Chaque chemin propose son histoire et devient presque plus important que le but. De ce fait, ajouté à l’engagement moral, il s’agit de s’impliquer dans un engagement mental et sportif où l’on interroge notre place au sein de l’environnement ainsi que le fonctionnement de notre corps face aux épreuves. Cette démarche devient un moyen de se découvrir, de se comprendre soi-même et de chercher des sensations fortes autant émotionnellement que physiquement. C’est peut-être tout simplement cela que sont allées chercher Eline et Katherine en se donnant pour objectif d'enchaîner Zahir en style « Ecopoint ». Elles savaient que les conditions allaient être difficiles et que le processus allait être long. Ces deux grimpeuses ne sont probablement pas allées chercher uniquement une voie, mais un voyage total. @Julien Nadiras Liste des festivals projetant Zahir (sujette à être complétée au fur et à mesure des confirmations de sélection) Tour : Montagne en scène 11.2025 – 01.2026 A venir Dijon Écran Aventure 10.10.2025 Inkafest Mountain Film 14-25.10.2025 Festival Image Montagne 31.10.2025 Rencontres Ciné Montagne 07.11.2025 Graz Mountain Film 11-15.11.2025 Femmes en Montagnes 15.11.2025 Alpin Mountain film festival Romania 15-21.11.2025 Festival du film international de montagne d'Autrans 3-7.12.2025 HoryZonty Festival Slovakia 6-8.11.2025 ✍️ Article réalisé par Nicolas Vaillant :
- OWL Fest 2025 au Perchoir : escalade, engagement et fête au cœur de l'Isère
Il est midi dans la vallée du Grésivaudan. Le soleil tape doucement sur les parois qui bordent la route, et déjà, on entend la rumeur d’une foule enjouée monter depuis les abords du Perchoir, ce lieu hybride qui mêle grimpe, café et musique. Ici, la grimpe ne se vit pas seulement sur les murs elle se raconte, se partage, s’écoute. Entre ses volumes colorés, son café-restaurant labellisé Écotable et ses grandes baies ouvertes sur les montagnes, le Perchoir s’est imposé comme un refuge moderne pour grimpeurs, artistes et rêveurs. C’est ici que s’est tenue, le 11 octobre, la deuxième édition du OWL Fest un rendez-vous déjà mythique dans la culture grimpe contemporaine. Au programme : un contest par équipes mixte, des tables rondes sur l’engagement et l’écologie, des stands créatifs et festifs, et une soirée musicale pour prolonger la journée dans la convivialité. @Nicolas Vaillant L’esprit du OWL Fest : grimper, vibrer, militer Deux ans à peine après sa création, l’événement affiche déjà complet. Le OWL Fest n’est pas qu’un simple contest : c’est une célébration de la grimpe dans toutes ses dimensions / effort, partage, engagement et fête. Dès midi, la première vague de participants s’élance sur les blocs. 150 grimpeurs et grimpeuses, répartis en équipes de trois, vont passer trois heures intenses à lire les lignes, chercher les prises, tester les méthodes. La deuxième vague prend le relais à 15h30, et l’énergie ne faiblit pas. Sur les tapis, les chutes se mêlent aux rires, et chaque essai devient un petit moment partagé. La compétition n’est pas une fin en soi : ce qui compte, c’est le plaisir de grimper ensemble, l’échange entre amis et la camaraderie qui traverse la salle. L’ambiance est détendue, vibrante, vivante : on s’encourage, on rit, on se félicite. La grimpe redevient ce qu’elle est dans ses racines, un jeu collectif, joyeux et inclusif. Un village d’initiatives et de curiosités Mais le OWL Fest, c’est bien plus qu’une suite de blocs à enchaîner. Tout autour du Perchoir, un petit village effervescent s’est installé : stand de sérigraphie textile et corporelle, pour se décorer ou floquer son t-shirt du jour, bar à paillettes, devenu passage obligé, symbole assumé d’une grimpe décomplexée, stand de piercing tenu par Les Meufs de Pique , jeux en bois, poutres et barres de traction, pour prolonger le plaisir autrement, et bien sûr, bar et restauration en continu, carburant indispensable à la fête. À 19h, alors que le soleil se couche sur la vallée, une démonstration de pole dance sportive attire la foule. Force, grâce et engagement : encore une autre manière de célébrer le corps en mouvement. @Nicolas Vaillant Escalade et engagement : deux tables rondes pour réfléchir L’esprit du OWL Fest, c’est aussi penser la grimpe. Deux tables rondes ont rythmé l’après-midi, donnant à l’événement une dimension militante et réflexive. CLIPPE : rouvrir les falaises, réinventer la gestion À 13h, quelques curieux s’installent pour écouter les membres de l’association CLIPPE , actifs dans la Drôme et le Vercors. Leur mission : rouvrir les sites naturels d’escalade (SNE) fermés après le déconventionnement de la FFME. Petite équipe de bénévoles une quinzaine de membres seulement, CLIPPE milite pour un modèle de gestion locale et solidaire, sans monétisation, fondé sur la confiance et la proximité. Leur approche réinvente le rapport entre grimpeurs, collectivités et propriétaires. ➡️ Un travail de fond que nous vous racontons plus en détail dans notre article : Le Collectif CLIPPE, rétablir l’accès aux falaises du Royans . Escalade et militantisme : croiser les luttes À 16h, la salle se fait plus silencieuse. Sébastien Berthe et Soline Kentzel , figures fortes d’une grimpe engagée, animent une table ronde passionnante sur les formes de militantisme. On y parle de non-violence, d’intersectionnalité, de désarmement, de luttes écologiques et sociales. Leur message est clair : “On ne peut pas militer pour tout, mais chacun peut trouver sa forme de lutte. Ce qui compte, c’est la convergence des valeurs.” L’atelier qui suit met les participants à contribution : en petits groupes, ils imaginent des stratégies d’action pour contrer des projets fictifs privatisation de falaises, sport washing politique, ou dérives économiques de l’escalade. Des actions conventionnelles (mobiliser experts, médias, juristes) côtoient des actions non conventionnelles (créer une ZAD, manifester, occuper). La réflexion est vive, les débats passionnés : preuve que la grimpe, aujourd’hui, ne se limite plus à la performance, mais s’enracine dans une culture de la conscience et du collectif. @Nicolas Vaillant La finale : lumière, intensité, apothéose La nuit tombe sur le Perchoir. À 20h30, la voix de La Mortille résonne dans les haut-parleurs : la finale peut commencer. Les projecteurs balaient les murs, les prises scintillent, la foule s’agglutine autour des tapis. Les quatre équipes qualifiées s’élancent tour à tour. Les blocs sont exigeants, les méthodes se cherchent, les encouragements explosent à chaque mouvement. Après des minutes d’intensité pure, la Team Trois Fromages (Lily Abriat, Kito Martini, Jo Perrin), s’impose face à la Team Faya (Chloé Caulier, Hannes Van Duysen, Corentin Laporte), dans une ambiance incroyable et bienveillante. Les applaudissements couvrent la musique : ici, chaque chute est une victoire partagée. La nuit, l’après-grimpe et la fête 23h. Les blocs se taisent, mais la fête, elle, ne fait que commencer. Direction le Ninkasi, à cinq minutes du Perchoir. Les verres s’entrechoquent, les corps se délient, la musique prend le relais. Fi-L0 ouvre le bal avec un set électronique tout en nuances, puis Decklicat embarque la salle dans une transe techno sensible. R1 enchaîne deux heures d’“acide grenobloise” envoûtante, avant que Vieux Dock ne clôture la nuit sur une note euphorique. Les sourires sont fatigués, les visages encore couverts de paillettes. L’esprit du OWL Fest, c’est celui d’une communauté soudée, libre fière d’appartenir à un mouvement qui danse autant qu’il grimpe. ✍️ Article réalisé par Nicolas Vaillant :












