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Jakob Schubert : interview après DNA et la confirmation du 9c

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GrimpActu
il y a 45 minutes
12 min de lecture

Le 10 octobre 2026, Jakob Schubert a réalisé la première répétition de DNA, à La Ramirole, dans les gorges du Verdon. En confirmant le 9c proposé par Seb Bouin, l’Autrichien devient le premier grimpeur à réussir deux voies de cette cotation. Pour GrimpActu, il raconte les apprentissages derrière cet enchaînement, l’origine des essais retransmis en direct et ce que cette expérience change dans ses envies pour la suite.


Libérée par Seb Bouin en 2022, DNA développe une cinquantaine de mètres dans le grand dévers de La Ramirole, au cœur des gorges du Verdon. Le Français avait consacré plus de 150 journées et quelque 250 essais à cette ligne avant de proposer 9c. Plus de quatre ans après son ouverture, Jakob Schubert réalise la première répétition et confirme la cotation : une première à ce niveau de difficulté.


L’enchaînement intervient lors de sa neuvième tentative retransmise en direct depuis le bas. Ce chiffre ne résume toutefois pas le travail engagé : depuis ses premiers essais en 2024, l’Autrichien a dû apprivoiser les séquences, affiner ses méthodes et apprendre à économiser son énergie. Déjà auteur de la première ascension de B.I.G., à Flatanger en 2023, il dispose désormais de deux expériences du 9c qu’il peut confronter.


Pour GrimpActu, Schubert revient sur ce qui lui a permis de franchir le cap et sur l’origine des retransmissions en direct. Il explique aussi pourquoi DNA lui a paru plus difficile que B.I.G., sans établir de hiérarchie absolue entre les deux voies. Enfin, il évoque une perspective qu’il n’envisageait pas forcément avant ce projet : poursuivre dans le 9c, voire explorer la possibilité de grimper plus dur.

Entretien recueilli par GrimpActu. Réponses traduites de l’anglais et légèrement éditées pour la clarté.


Jakob Schubert DNA
© Michael Piccolruaz

Apprendre DNA, des premières méthodes à la confiance

GrimpActu : Entre tes premiers essais dans DNA en 2024 et ton enchaînement cette année, qu’est-ce qui a le plus changé : ta condition physique, ta connaissance de la voie, tes méthodes ou ta confiance dans ta capacité à l’enchaîner ?


Jakob Schubert : Je pense que tous ces aspects ont évolué. Évidemment, ma condition physique a un peu changé depuis 2024, mais surtout parce que j’ai beaucoup travaillé la voie. Plus tu la grimpes, plus tu y progresses.

Ce qui a beaucoup plus changé, c’est clairement ma connaissance de la voie et, surtout, ma confiance dans ma capacité à l’enchaîner. Mais je pense que tout cela se développe au fil des essais.


Entre mon premier jour en 2024 et le dernier jour de ce séjour, j’avais déjà énormément progressé. Et cette année encore, j’ai beaucoup progressé chaque jour, en grimpant dans la voie, en y réfléchissant et en cherchant ce que je pouvais optimiser.

Je pense que c’est aussi l’une des compétences importantes d’un grimpeur lorsqu’il travaille un projet : savoir comment progresser dans une voie.


GrimpActu : Pendant les retransmissions en direct, tu es tombé plusieurs fois dans le crux principal. Qu’est-ce qui a finalement fait la différence lors de l’essai réussi ?


Jakob Schubert : Quelques petits détails. L’un des éléments importants, c’est que j’ai bénéficié de très bonnes conditions le jour de l’enchaînement. Mais je pense aussi que c’était l’un des premiers essais où je n’ai vraiment commis aucune erreur.


J’ai parfaitement grimpé du départ jusqu’au crux. Habituellement, il y avait toujours au moins un petit détail pour lequel je me disais que ce n’était pas idéal, ou que je ne l’avais pas réalisé de manière optimale. Cette fois, tout s’est très bien passé et, surtout, j’ai aussi très bien exécuté le crux.

Dans l’ensemble, il fallait aussi simplement du temps pour devenir de plus en plus efficace dans chaque séquence. Par exemple, dans la première partie, jusqu’au repos sur coincement de genou, j’étais beaucoup plus efficace que lors de mes premiers essais.


Au début, j’arrivais encore très, très daubé. Même avec un gros repos, je ne récupérais pas complètement de cette première longueur. J’ai fini par réussir à la grimper beaucoup plus efficacement, en dépensant moins d’énergie.


Des essais partagés en direct

Les retransmissions ont permis aux spectateurs de suivre une partie de ce travail, avec l’incertitude propre à chaque tentative. L’origine du dispositif remonte toutefois à B.I.G., lorsque Schubert et son équipe cherchaient une nouvelle manière de raconter son retour dans la voie.


GrimpActu : Le direct occupe une place croissante dans le divertissement, mais reste rare en escalade en extérieur. Tu fais partie des premiers grimpeurs à avoir utilisé ce format pour partager des essais au plus haut niveau. D’où est venue cette idée ?


Jakob Schubert : À l’origine, l’idée vient de mon manager, Florian Klinger. Il l’a surtout proposée à l’occasion de mon deuxième séjour pour B.I.G.

L’année précédente, nous avions déjà réalisé une superbe vidéo sur cette voie avec Adam. Nous ne voulions donc pas refaire la même vidéo, le même contenu, et nous avons réfléchi à ce que nous pouvions changer ou proposer de nouveau. C’est comme ça que l’idée est née.


Florian me connaissait aussi et savait que j’aime beaucoup regarder des directs. J’adore le sport en direct, mais je regarde également beaucoup de streams sur Twitch, que ce soit du jeu vidéo ou des échecs.


L’idée de tenter l’expérience m’a donc immédiatement plu. Nous avions tout ce qu’il fallait pour essayer : la bonne équipe autour de nous, et notamment une équipe de tournage très motivée à l’idée de tenter tout cela. C’est ainsi que nous avons commencé.



DNA et B.I.G. : comparer la difficulté à travers les styles

Après l’enchaînement vient l’évaluation de la cotation. Schubert distingue ici deux choses : la difficulté que DNA a représentée pour lui et celle qu’elle pourrait opposer à un grimpeur aux qualités ou au gabarit différents.


GrimpActu : Après avoir réalisé la première répétition de DNA, confirmes-tu le 9c proposé par Seb Bouin ? Comment comparerais-tu DNA et B.I.G. en matière de difficulté, de style et d’exigences physiques ?


Jakob Schubert : Oui, je confirme la cotation. Je suis assez certain que 9c est une cotation tout à fait juste pour DNA.

Ce qui est assez amusant, c’est que, pour le moment, les grimpeurs ayant atteint le 9c désigneraient chacun une voie différente comme étant la plus difficile ou la plus facile pour eux, selon leur style.

Par exemple, Adam m’a dit un jour que, pour lui, Silence n’était pas si difficile et que B.I.G. pourrait même être la plus dure. Seb ne trouve pas DNA si dure. Et, pour moi, B.I.G. est probablement la plus facile, tandis que DNA m’a semblé beaucoup plus difficile, simplement à cause de son style.


B.I.G. me correspondait beaucoup mieux, tant pour les mouvements difficiles que pour les prises utilisées. Dans DNA, j’ai dû apprendre beaucoup de choses que j’avais assez peu pratiquées auparavant, notamment ces coincements de genou très techniques.

Je pense aussi que DNA est une voie très morphologique, où presque chaque passage de bloc devient plus difficile quand on est plus petit. J’ai donc davantage peiné dans certains passages que Seb et Adam, je pense, notamment à cause de ma taille.

Pour mon style et mon gabarit, DNA m’a semblé plus difficile que B.I.G., mais cela ne signifie pas qu’elle est globalement plus dure. Je pense que toutes ces voies peuvent se situer à un niveau similaire en matière de cotation : cela dépend simplement de ton style.


Après DNA, l’envie de poursuivre

La place qu’il donne à DNA dans son parcours éclaire aussi ses projets. Alors qu’il avait envisagé de tourner la page des voies aussi exigeantes après cet objectif, l’expérience lui donne aujourd’hui envie de se confronter à un autre 9c.


GrimpActu : Maintenant que tu as grimpé deux voies cotées 9c, as-tu davantage envie d’en essayer d’autres de ce niveau ou de trouver un projet qui pourrait repousser encore la difficulté, potentiellement vers le 9c+ ?


Jakob Schubert : Je pense que les deux m’intéressent. Pour être honnête, il y a un an, lorsque je me suis promis d’enchaîner DNA et que j’en ai fait mon grand objectif, je me demandais si ce ne serait pas mon dernier investissement dans un projet aussi difficile. Je pensais qu’ensuite, je n’essaierais peut-être plus de 9c ou de voies plus dures.

Mais maintenant que j’ai vécu tout ce processus, que j’y ai pris beaucoup de plaisir et que je me dis même que DNA est peut-être le plus difficile des 9c pour moi, je peux m’imaginer essayer d’en répéter un autre.


Évidemment, je reste aussi toujours ouvert à l’idée de trouver un projet vraiment difficile et magnifique. Mais c’est beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense, surtout lorsqu’on ne taille pas de prises et qu’on n’utilise pas beaucoup de Sika, ce qui est mon cas.


Trouver un 9c ou un 9c+ naturel quelque part dans le monde est très difficile. Il faut soit connaître des personnes très douées pour dénicher ce genre de lignes et qui t’en parlent, soit consacrer beaucoup de temps à voyager et à chercher un tel projet.

Je ne sais pas si je suis encore assez jeune pour grimper un jour 9c+. C’est peut-être pour la prochaine génération, ou du moins pour ceux qui ont vingt ans aujourd’hui. Mais on verra, je reste ouvert à cette possibilité.


Évidemment, lorsque je grimpe un 9c comme DNA ou B.I.G., j’ai toujours le sentiment que je pourrais peut-être grimper un peu plus dur, mais cela reste assez difficile à imaginer. Alors, peut-être que je vais rester à cette cotation pour le moment et essayer de répéter un autre 9c.


Jakob Schubert DNA
© Michael Piccolruaz

✍️ Théo de GrimpActu


Jakob Schubert: an interview after DNA and the confirmation of 9c


On October 10, 2026, Jakob Schubert made the first repeat of DNA at La Ramirole in France’s Verdon Gorge. Confirming Seb Bouin’s proposed 9c grade, the Austrian became the first climber to complete two routes at this level. Speaking to GrimpActu, he discusses what he learned while working towards the ascent, how his livestreamed attempts came about, and how the experience has shaped his ambitions for the future.


First climbed by Seb Bouin in 2022, DNA follows around 50 metres of steeply overhanging rock at La Ramirole, in the heart of the Verdon Gorge. The French climber devoted more than 150 days and around 250 attempts to the line before proposing 9c. More than four years later, Jakob Schubert made its first repeat and confirmed the grade: a first at this level of difficulty.


The ascent came on his ninth livestreamed attempt from the ground. That number, however, captures only part of the work involved. Since first trying the route in 2024, the Austrian had to learn its sequences, refine his beta and become more efficient. Having already made the first ascent of B.I.G. in Flatanger in 2023, he now has two personal experiences of 9c to compare.


Speaking to GrimpActu, Schubert explains what finally made the difference and how the livestreams began. He also discusses why DNA felt harder to him than B.I.G., without suggesting that one route is necessarily harder for everyone. Finally, he considers a prospect he was not sure he would pursue before this project: continuing to climb 9c, or perhaps exploring the possibility of going even harder.


Interview by GrimpActu. Answers in the original English, lightly edited for clarity.


Learning DNA: from finding beta to building confidence

GrimpActu: Between first trying DNA in 2024 and completing it this year, what changed the most: your physical condition, your knowledge of the route, your beta, or your confidence that you could actually climb it?


Jakob Schubert: I think all these things changed. Obviously, my physical condition changed a bit since 2024, but mostly just because I trained a lot on the route. The more you climb it, the better you get at it.

What changed much more was definitely my knowledge of the route and, above all, the confidence that I could climb it. But I think all these things evolve through trying the route.


From the first day of trying it in 2024 to the last day of that trip, I made huge progress. And again, I made quite a lot of progress this year every day, being on the route, thinking about it and thinking about what I could optimise.

I think that is also one of the important skills of a climber when projecting: knowing how to get better on a route.


GrimpActu: During the livestreams, you fell several times at the main crux. What ultimately made the difference on the successful attempt?


Jakob Schubert: A few small differences. One main thing was definitely that I had quite good conditions on the day I sent it. But I also think it was one of the first tries where I really did not make any mistakes.


I climbed perfectly from the start up to the crux. Usually, there was always at least one small thing where I felt it was not ideal or I had not done it optimally. In this case, everything went really well and, most importantly, I also executed the crux really well.

All in all, it was also just a matter of getting better and better at every single sequence. For example, especially in the first part up to the kneebar rest, I was much more efficient than on my first tries.


At first, I still got very, very pumped. Even though I had a big rest, it was still not enough to fully recover from that first pitch. Eventually, I was able to climb it much more efficiently and use less energy.


Sharing the attempts live

The livestreams allowed viewers to follow part of that process, with the uncertainty of each attempt unfolding in real time. The idea, however, dates back to B.I.G., when Schubert and his team were looking for a new way to document his return to the route.


GrimpActu: Livestreaming is playing an increasingly important role in entertainment, but it remains rare in outdoor climbing. You were among the first climbers to use this format to share attempts at the very highest level. Where did the idea come from?


Jakob Schubert: Originally, the idea actually came from my manager, Florian Klinger, mainly because I was making this second trip to B.I.G.

The year before, we had already made an amazing video about the route together with Adam. We did not want to make the same video again, the same content, so we thought about things we could change or something new we could come up with. That is how the idea was created.


Florian also knew me and knew that I am someone who really likes livestreams. I love watching live sports, but I also watch a lot of Twitch streams, whether it is gaming or chess content.


So I immediately liked the idea of trying this out. Everything was there for us to try it: the right team around us, especially the camera team, who were really psyched to give it a go. That is how we started.



DNA and B.I.G.: comparing difficulty across styles

After the ascent comes the assessment of the grade. Here, Schubert distinguishes between the challenge DNA presented to him personally and how it might feel to a climber with different strengths or a different build.


GrimpActu: Having made the first repeat of DNA, do you confirm the 9c grade proposed by Seb Bouin? How would you compare DNA and B.I.G. in terms of difficulty, style and physical demands?


Jakob Schubert: Yes, I do confirm the grade. I am pretty sure 9c is a very accurate grade for DNA.


Funnily enough, I think that right now, all the 9c climbers would name different routes as the hardest and easiest for them, depending on their style.

For example, Adam told me once that, for him, Silence is just not that hard, and B.I.G. might even be the hardest one. Seb does not think DNA is that bad. For me, B.I.G. is probably the easiest one, and DNA felt much harder just because of the style.

B.I.G. was much more my style in terms of the hard moves and the holds you use. On DNA, I had to learn a lot of things I had not really done much before, especially these very technical kneebars.


I also think DNA is a very morpho route, where almost every boulder problem gets harder the shorter you are. So I struggled more on some of the boulder problems compared to Seb and Adam, I think, partly because of my height.

For my style and my size, it felt harder than B.I.G., but that does not mean it is a harder route overall. I think they could all be similar in terms of the grade. It just depends on your style.


After DNA, the motivation to keep going

The place DNA holds in his climbing career also helps explain his plans. Having considered stepping away from projects this demanding after DNA, Schubert now sees himself trying another 9c.


GrimpActu: Now that you have climbed two routes graded 9c, are you more interested in trying other routes at this level or in finding a project that could push the difficulty even further, potentially towards 9c+?


Jakob Schubert: I think both. To be honest, a year ago, when I promised myself I wanted to send DNA and set it as my big goal, I was not sure whether this might be my last push for such a hard project. Maybe I would not try 9c or harder anymore after that.

But now that I have been through this process and had a lot of fun, and even have the thought that DNA might be the hardest of all the 9cs for me, I can see myself trying to repeat another one.


Obviously, I am also always open to finding a really hard and amazing project. But that is much harder than people think, especially if you are not chipping or using a lot of Sika, which I do not.


Finding a natural 9c or 9c+ somewhere in the world is very difficult. You either need people who are very good at finding this stuff and telling you about it, or you have to invest a lot of time travelling and trying to find a project like that.


I am not sure if I am young enough to ever climb 9c+. Maybe that is for the next generation, or at least for the people who are in their twenties now. But let’s see. I am still open to it.


Obviously, whenever I climb a 9c like DNA or B.I.G., I still have the feeling that maybe I could climb a bit harder, but it is quite hard to imagine. So maybe I will just stick to this grade for now and try to repeat another 9c.


✍️ Théo, GrimpActu


Jakob Schubert DNA

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