Para-escalade : les obstacles au-delà du mur

La para-escalade fera ses débuts aux Jeux paralympiques de Los Angeles en 2028. Mais quelles possibilités de pratique s’offrent aux personnes en situation de handicap ? Une étude publiée en 2025 explore les freins à la compétition. Pour GrimpActu, trois athlètes de haut niveau, Aloïs Pottier, Erwan Lievin et Oriane Ilpide, confrontent ces questions à leur quotidien, entre difficultés persistantes et soutiens décisifs.
Trouver une salle, des voies adaptées à sa manière de grimper, des partenaires disponibles et les moyens de se déplacer en compétition. Derrière les performances des para-grimpeurs, ces conditions très concrètes déterminent la possibilité de pratiquer régulièrement.
Une étude menée par Amy Griswold et Susan MacDermott, publiée en 2025 dans le Student Journal of Occupational Therapy, s’est penchée sur les obstacles à la participation aux compétitions de para-escalade. Les autrices ont recueilli les réponses de 108 personnes de 18 à 65 ans : des grimpeurs, des proches, des entraîneurs, des membres du personnel de salles et des bénévoles. Parmi les répondants, 60 se présentent comme pratiquants de l’escalade adaptée. Au total, 40 personnes déclarent participer à des compétitions de para-escalade.
L’enquête fait ressortir plusieurs difficultés : l’accessibilité des installations, l’accès aux financements, la compréhension des règles et des classifications, mais aussi la possibilité de trouver sa place dans une communauté de grimpeurs. Elle ne constitue pas un état des lieux des salles françaises. Les témoignages recueillis par GrimpActu permettent toutefois d’examiner comment ces questions se traduisent dans trois parcours de haut niveau, sans représenter toutes les expériences de pratique en situation de handicap.
Aloïs Pottier évolue en catégorie RP1, tandis qu’Erwan Lievin et Oriane Ilpide concourent en AU3. Leurs situations et leurs manières de grimper diffèrent, tout comme les adaptations dont ils ont besoin au quotidien.
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Avoir une salle ne signifie pas toujours pouvoir y grimper
Pour Aloïs Pottier, la différence se remarque parfois dès l’arrivée. Dans les salles récentes ou rénovées qu’il fréquente, l’accès en fauteuil ne lui pose généralement pas de problème. Dans certaines installations anciennes, les choses se compliquent. Une fois au pied du mur, il faut encore trouver des voies qui correspondent à sa manière de grimper. Toutes ne s’y prêtent pas, mais leur renouvellement lui ouvre régulièrement de nouvelles possibilités.
Cette distinction entre entrer dans une salle et pouvoir réellement l’utiliser traverse l’étude de Griswold et MacDermott. 92 % des répondants déclarent disposer d’une entrée extérieure et d’un stationnement accessibles. Pourtant, les réponses libres font apparaître des difficultés dans les espaces intérieurs, les sanitaires ou les vestiaires. Une personne amputée au-dessus du genou évoque notamment le besoin d’intimité pour ajuster sa prothèse.
L’accessibilité se joue ainsi dans une succession de détails, depuis l’arrivée jusqu’à la séance elle-même. Sur le mur, elle dépend aussi de l’ouverture, des prises et des mouvements proposés.
Erwan Lievin trouve globalement de quoi s’entraîner et prendre du plaisir dans les salles qu’il fréquente, même si certains passages lui conviennent moins. La voie lui réserve cependant une difficulté particulière : clipper avec une seule main dans les gros dévers. Le geste fait partie du quotidien de l’escalade en tête ; sa réalisation peut demander une organisation bien différente selon les possibilités du grimpeur.
Pour Oriane Ilpide, la diversité de l’offre francilienne constitue au contraire un appui important. Elle estime que les nombreux blocs ouverts pour des publics variés, de tailles et de profils différents, multiplient également ses possibilités de pratique. En voie, où elle trouve moins de salles à proximité, elle alterne entre plusieurs structures pour répondre à ses besoins.
Une offre abondante et variée laisse davantage de choix au grimpeur. Encore faut-il pouvoir y accéder, financièrement et géographiquement, puis trouver les conditions humaines pour pratiquer.
Trouver sa place, et des personnes avec qui revenir
Oriane a découvert l’escalade à sept ans, au périscolaire, sur une petite structure installée dans la salle des fêtes de son village. Elle s’y est immédiatement sentie à l’aise et entourée. Erwan garde lui aussi un souvenir très positif de ses premières séances, au lycée puis en STAPS, qu’il relie à la qualité de son entourage.
Ces débuts favorables comptent dans leurs récits. Ils rappellent qu’avant les classifications et les déplacements internationaux, il y a une rencontre avec l’activité et avec les personnes qui la rendent possible.
Dans l’enquête, des répondants décrivent justement ce qui peut manquer à cette rencontre : un groupe, un partenaire, un personnel familiarisé avec la para-escalade. Certains évoquent des attitudes maladroites, un manque de diversité ou des difficultés à se sentir pleinement à leur place. Ces témoignages ne permettent pas de mesurer la fréquence de telles situations, mais ils font apparaître une dimension de l’accessibilité que les équipements seuls ne résolvent pas.
Trouver un partenaire peut aussi conditionner directement la possibilité de s’entraîner. Aloïs, qui grimpait déjà avant son accident et s’est tourné vers la para-escalade en 2010, en fait l’une de ses principales difficultés :
« Dans ma discipline, je forme un binôme, voire un trinôme, avec une ou deux personnes qui m’assurent. »
Une séance nécessite donc de concilier plusieurs disponibilités. La confiance se construit avec les partenaires, tout comme les habitudes qui permettent de grimper régulièrement. Même lorsque le temps, le financement et la salle sont disponibles, l’entraînement reste tributaire de cette organisation collective.
Erwan et Oriane décrivent des expériences différentes. Le premier a facilement trouvé des personnes avec qui grimper et précise n’avoir jamais vraiment eu besoin d’un encadrement spécifique. La seconde souligne les liens qui se créent lorsqu’on travaille les mêmes blocs ou qu’on retrouve régulièrement les mêmes visages en salle.
Ces différences sont essentielles : elles montrent pourquoi les besoins d’un para-grimpeur ne peuvent pas être déduits de ceux d’un autre. Pour certains, les rencontres habituelles en salle suffisent à construire une pratique. Pour d’autres, un partenariat d’assurage stable représente une condition indispensable à sa régularité.

Le soutien financier se mesure aussi en séances possibles
Pour Oriane, étudiante en master en activité physique adaptée, la gratuité des entrées constitue un soutien majeur :
« Grâce à ma place en équipe nationale, j’ai l’entrée gratuite dans toutes les salles d’Ile de France ce qui aujourd’hui, étant étudiante, est vraiment un luxe au vu du prix d’une entrée. »
Son club, Entre-Temps Escalade, prend en charge sa licence sportive ainsi qu’une partie de ses frais de déplacement et de participation aux compétitions. Elle bénéficie également du soutien financier de la Région Bourgogne-Franche-Comté. Ces appuis l’aident à poursuivre son parcours sportif, de la pratique régulière aux compétitions de haut niveau.
Le témoignage d’Aloïs montre une autre forme d’accompagnement. Depuis son arrivée dans l’Équipe Police nationale, il bénéficie d’un soutien financier et de temps pour s’entraîner :
« Ce soutien me permet de préparer mes compétitions plus sereinement et de me concentrer davantage sur ma progression. »
Il cite également l’Agence nationale du Sport parmi les appuis qui lui permettent d’aborder les échéances avec davantage de sérénité. Ces soutiens lui apportent des moyens financiers et du temps pour s’entraîner, deux ressources essentielles pour préparer ses échéances.
Ces parcours donnent une dimension concrète au principal obstacle relevé dans l’enquête : 75 % des répondants déclarent ne pas savoir où chercher une aide financière. Ce résultat décrit une difficulté à identifier les ressources disponibles. Il ne signifie pas que trois quarts des para-grimpeurs seraient privés de financement, ni que toutes les personnes interrogées ont engagé une demande.
Les dépenses, elles, peuvent s’accumuler : pratique en salle, déplacements, hébergement, inscriptions et, selon les situations, équipement spécifique. Pour Erwan, l’amélioration prioritaire serait une meilleure prise en charge des compétitions, particulièrement à l’international.
Les témoignages mettent ainsi en évidence deux réalités complémentaires : les soutiens peuvent transformer les conditions de pratique, tandis que les frais restant à la charge des athlètes continuent de peser sur leur parcours.
La classification, entre stabilité et sentiment de décalage
Pour concourir, il faut aussi trouver sa place dans le système de classification. C’est sur ce terrain qu’Erwan situe sa difficulté la plus importante :
« Le plus compliqué pour moi a été les classifications car je me retrouve entre deux catégories. Soit je suis trop avantagé dans une soit beaucoup trop désavantagé dans l’autre. »
Il attribue notamment ce décalage au nombre limité de catégories dans une discipline qui rassemble encore relativement peu de compétiteurs. Son témoignage porte sur l’équilibre sportif qu’il ressent dans sa propre situation.
Aloïs décrit, à l’inverse, une incertitude récemment levée : depuis sa dernière classification, il explique que sa catégorie a été consolidée. Cette stabilité lui permet de préparer ses échéances avec un sujet de préoccupation en moins.
L’étude aborde une autre facette du problème : la compréhension du système. 56 % des répondants jugent que le manuel consulté n’explique pas clairement l’éligibilité à la compétition, et 51 % trouvent peu claire l’attribution d’une classe sportive. Toutefois, 62 % déclarent ne pas avoir lu ce manuel. Parmi ceux qui l’ont consulté, les réponses témoignent généralement d’une meilleure compréhension.
Deux questions se dessinent donc. La première concerne la manière dont un athlète vit sa classification et ses conséquences sportives. La seconde tient à l’accès aux informations nécessaires pour comprendre les procédures.
Elles appellent des réponses différentes : un document plus accessible peut aider à se repérer, sans résoudre à lui seul le sentiment de décalage décrit par Erwan. À l’inverse, connaître sa catégorie ne dispense pas de pouvoir obtenir des explications sur les démarches et les règles.

Du matériel adapté à une information accessible
La même difficulté apparaît autour des équipements. Dans l’enquête, 54 % des répondants ne savent pas s’ils peuvent concourir avec une orthèse, une prothèse ou une attelle. Pourtant, plus de la moitié déclarent avoir accès à du matériel adapté personnalisé.
La possibilité de s’équiper et la connaissance des conditions d’utilisation constituent donc deux étapes distinctes. Pour un athlète, il faut pouvoir identifier une solution, éventuellement la faire réaliser, puis vérifier sa compatibilité avec le cadre compétitif.
Les adaptations peuvent également intervenir en dehors du mur. Oriane travaille actuellement avec la fédération et une entreprise d’orthèses sur un projet de prothèse destiné à ses séances de préparation physique. Elle précise ne pas avoir besoin de matériel spécifique pour le reste de sa pratique.
Cette démarche illustre l’intérêt de partir d’un besoin précis. Les adaptations utiles à un sportif ne concernent pas nécessairement tous les aspects de son activité ; elles peuvent répondre à un exercice, à une situation ou à un objectif particulier.
Encore faut-il savoir à qui s’adresser. L’enquête relève que 40 % des répondants ignorent comment trouver un entraîneur dans leur région. D’autres ne savent pas quel contact solliciter pour obtenir des informations sur les compétitions nationales ou internationales. Le parcours peut ainsi devenir difficile à suivre, même lorsque des ressources existent.
Après la découverte, permettre une pratique durable
Pour répondre aux besoins exprimés, l’étude a débouché sur la création de ressources consacrées aux financements, aux équipements, aux classifications et à l’accueil en salle. Leur effet à long terme sur la participation n’a toutefois pas été évalué.
En France, la FFME propose également des outils pour accompagner les clubs et les pratiquants : formation « Escalade et Handicap », ressources pour développer l’accueil et passeports para-escalade permettant d’individualiser le suivi de la progression. Leur existence donne des moyens d’agir aux structures ; elle ne renseigne pas, à elle seule, sur les possibilités réellement accessibles à chaque grimpeur près de chez lui.
Les parcours d’Aloïs, d’Erwan et d’Oriane montrent ce qu’un environnement favorable peut apporter. Une salle adaptée, des partenaires, un club ou un dispositif de soutien permettent de dépasser certaines difficultés. Ils font aussi apparaître de nouveaux enjeux lorsque le projet sportif prend davantage de place.
Pour Oriane, le principal défi consiste désormais à maintenir l’équilibre entre ses études et sa carrière sportive. Lorsqu’elle envisage la suite, son souhait est clair :
« Ce qui favoriserait le plus ma pratique pour les années à venir serait de pouvoir vivre de l’escalade (avoir des cash-price aux compétitions, plus d’aides…). »
À deux ans des débuts paralympiques de la discipline, ces expériences invitent à regarder toute la continuité du parcours. Une première séance réussie, la possibilité de revenir chaque semaine et les moyens de rejoindre une compétition répondent à des besoins différents.
Pour Aloïs, cela passe notamment par des partenaires d’assurage disponibles. Pour Erwan, par une meilleure prise en charge des déplacements et une classification dans laquelle il puisse se reconnaître sportivement. Pour Oriane, par la possibilité de poursuivre ses études tout en construisant son avenir d’athlète. Trois parcours qui donnent un contenu concret à une même ambition : permettre à chacun de choisir la place que l’escalade prendra dans sa vie.
Para-escalade : où trouver des informations et un club ?
Vous souhaitez découvrir la para-escalade, rejoindre une structure ou vous renseigner sur la compétition ? La FFME propose plusieurs ressources pour orienter les pratiquants, leurs proches et les clubs.
Découvrir la para-escalade : les formes de pratique et les adaptations possibles.
Trouver un club accueillant des para-grimpeurs : une carte pour identifier une structure à contacter et échanger sur vos besoins.
Comprendre les classifications sportives : une présentation des catégories utilisées en compétition.
Consulter les règlements de compétition : les documents fédéraux, notamment le règlement para-escalade de la saison.
Développer l’accueil dans son club : formations, outils et dispositifs d’accompagnement pour les structures.
✍️ Théo de GrimpActu

Sources :
Étude : Griswold, A. C., & MacDermott, S. (2025). Identifying Barriers and Creating Resources to Improve Participation in Competitive Adaptive Rock Climbing. Student Journal of Occupational Therapy, 5(1), 61–72. Consulter la publication.
Témoignages : réponses d’Aloïs Pottier, Erwan Lievin et Oriane Ilpide recueillies par GrimpActu.
Contexte français : ressources de développement de la para-escalade et passeports para-escalade de la FFME.














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