BEAL Heritage Tour 2026 : La Boule de Patrick Edlinger renaît dans 25 salles européennes

Dernière mise à jour : il y a 2 heures
À l’occasion des 50 ans de sa première corde dynamique, BEAL lance le Heritage Tour, un événement qui fera étape dans 25 salles de 9 pays européens entre septembre et novembre 2026. Au cœur du projet : La Boule, voie emblématique libérée par Patrick Edlinger à la Sainte-Victoire, dont les prises ont été scannées sur le rocher puis reproduites pour permettre à une nouvelle génération de grimpeurs de se mesurer à ses mouvements.
Le 10 septembre 2026 à Arkose Pantin, BEAL donnera le coup d’envoi médiatique de son Heritage Tour, avant une ouverture au public dès le 11 septembre. Cette tournée européenne, imaginée pour célébrer les 50 ans de la première corde dynamique de la marque iséroise, traversera pendant près de trois mois 25 salles dans 9 pays, de Paris à Madrid en passant notamment par Bruxelles, Londres, Valence, Zurich, Toulouse, Grenoble ou Milan.
Pour cet anniversaire, BEAL aurait pu se contenter de regarder dans le rétroviseur et de raconter cinquante années de produits et d’innovations. La marque a préféré retourner sur le rocher.
À la Sainte-Victoire, les prises de la section emblématique de La Boule, voie libérée par Patrick Edlinger en 1984 et présentée par BEAL comme le premier 8a+ de l’histoire, ont été scannées en trois dimensions avant d’être reproduites pour pouvoir voyager de salle en salle. Un projet qui relie directement les débuts de BEAL dans l’escalade, son histoire avec Patrick Edlinger et la génération qui grimpe aujourd’hui.
À l’occasion du lancement du BEAL Heritage Tour, GrimpActu a échangé avec Michel Beal, à l’origine de la première corde d’escalade de la marque et témoin privilégié de cinquante années d’évolution de la discipline. De ses débuts aux côtés de Yannick Seigneur à son amitié avec Patrick Edlinger, en passant par l’évolution du matériel et sa vision de l’escalade actuelle, il nous raconte l’histoire qui se cache derrière cette tournée anniversaire.
BEAL : 50 ans d’histoire au bout de la corde
Pour comprendre le Heritage Tour, il faut remonter bien avant La Boule. Et même avant que BEAL ne fabrique sa première corde d’escalade.
L’histoire commence en 1951 à Vienne, en Isère, lorsque Pierre et Janine Beal fondent une entreprise familiale spécialisée dans la fabrication de cordons et de lacets. Leur fils Michel rejoint l’entreprise en 1974.
L’année suivante, un passage au Salon de la montagne de Grenoble va contribuer à changer sa trajectoire. Michel Beal y observe les cordes utilisées par les pratiquants et réalise que leur fabrication n’est finalement pas si éloignée du savoir-faire déjà maîtrisé par l’entreprise familiale.
À ce moment-là, difficile pourtant d’imaginer la suite.
« J’en étais bien loin, d’autant que je ne connaissais rien à la montagne, à la pratique, au milieu… », se souvient Michel Beal.
Pour transformer l’idée en véritable corde d’escalade, il faut donc aller chercher l’expertise là où elle se trouve : chez les pratiquants. La rencontre avec Yannick Seigneur, figure de l’alpinisme français mais également ingénieur, devient déterminante.
Le développement des premières cordes se fait alors dans un aller-retour permanent entre l’usine et le terrain.
« Yannick était enthousiaste, d’une volonté et d’une vitalité étonnantes ! […] On travaillait les week-ends sur ce développement. On fournissait chaque semaine une bicolore 9 mm x 80 m à Yannick qui la testait en escalade et faisait son rapport, pointant les défauts un par un pour ne pas nous décourager ! »
En 1976, la première corde dynamique BEAL voit le jour. Très colorée dans un univers où le matériel d’alpinisme reste dominé par des teintes plus sobres, elle est présentée par la marque comme la première corde ultra-dynamique du marché. Dix ans plus tard, BEAL revendique le statut de leader mondial des cordes d’escalade.
Entre-temps, une autre rencontre aura profondément marqué son histoire.
Patrick Edlinger, bien plus qu’un ambassadeur
En 1978, Patrick Edlinger n’a que 18 ans lorsqu’il est présenté à Michel Beal.
C’est Patrick Berhault qui fait les présentations. Michel se souvient d’un jeune homme très réservé et de Berhault lui annonçant déjà celui qu’il considère comme un futur grand grimpeur. La relation qui se construit dépasse rapidement celle d’une marque avec l’un de ses athlètes.
« La confiance puis l’amitié ont vite pris le pas. »
Au cours des années suivantes, Edlinger devient l’un des visages majeurs de l’escalade libre française. Son style, ses films et sa manière de se déplacer sur le rocher participent à faire connaître la discipline bien au-delà du cercle des pratiquants.
Cette relation entre Michel Beal et Patrick Edlinger est essentielle pour comprendre pourquoi, près d’un demi-siècle plus tard, BEAL a choisi de célébrer son anniversaire d’une manière assez particulière.
Plutôt que d’exposer son passé, la marque a décidé de le faire grimper.

Quand apprendre à tomber a révolutionné l’escalade
En cinquante ans, Michel Beal n’a pas seulement observé les transformations de son entreprise. Il a vu changer la manière même de pratiquer l’escalade.
Et lorsqu’on lui demande quelle évolution lui semble aujourd’hui la plus spectaculaire, sa réponse n’est ni l’arrivée des salles, ni la compétition, ni l’explosion du niveau.
C’est la chute.
À ses débuts aux côtés de Yannick Seigneur, Michel découvre une escalade traditionnelle où celui qui grimpe en tête cherche précisément à ne jamais tomber.
Puis cette relation au risque se transforme.
« Je pense que la plus grande évolution a consisté à apprivoiser la chute qui, d’un échec, d’un accident, est devenue un moyen de progresser. L’escalade sportive était née. »
Cette évolution des pratiques est indissociable, selon lui, de celle du matériel.
Les systèmes d’assurage se perfectionnent progressivement. Le huit, les plaquettes puis les dispositifs d’assurage plus modernes modifient la manière de retenir les chutes. Mais Michel Beal insiste particulièrement sur le changement de fonction de la corde.
« C’est la corde qui a joué le rôle essentiel en passant d’un rôle de sécurité pour les chutes accidentelles à un rôle essentiel de partenaire dans les chutes répétées. »
BEAL revendique avoir accompagné cette évolution, notamment avec le développement de cordes à haute absorption d’énergie et à faible force de choc.
Cinquante ans après cette première corde dynamique, la marque devait donc trouver comment raconter cette histoire.
BEAL Heritage Tour : faire revivre l’histoire plutôt que l’exposer
Pour son cinquantième anniversaire dans l’univers de la corde, BEAL ne souhaitait pas organiser une simple tournée rétrospective.
L’idée était plutôt de faire le lien entre l’héritage outdoor de la marque et les grimpeurs d’aujourd’hui, dont une grande partie découvre et pratique désormais l’escalade en salle.
Une question finit alors par guider le projet : comment faire voyager un morceau de falaise à travers l’Europe ? Ou, plus précisément, comment faire entrer l’extérieur à l’intérieur sans perdre ce qui fait la singularité du rocher ?
L’idée de scanner les prises d’une voie historique naît progressivement. Restait à choisir laquelle. BEAL sollicite alors Lucien Martinez, grimpeur, auteur, ancien rédacteur en chef de Grimper et ambassadeur de la marque, avec une question : quelle voie pourrait à la fois incarner l’histoire de l’escalade et celle de BEAL ?
Sa réponse : La Boule.
Pourquoi La Boule ?
Libérée par Patrick Edlinger en 1984 à la Sainte-Victoire, La Boule est présentée par BEAL comme le premier 8a+ de l’histoire.
Mais son intérêt pour le Heritage Tour dépasse largement sa cotation.
Pour Michel Beal, cette voie raconte d’abord quelque chose de Patrick Edlinger lui-même.
L’image d’un grimpeur élégant, presque chorégraphe du rocher, lui colle alors à la peau. Une qualité qui, paradoxalement, nourrit aussi les critiques de certains de ses contemporains.
« Patrick a passé sa vie à vouloir remettre les pendules à l’heure. Ses détracteurs disaient que ce qu’il faisait était facile, basé sur l’élégance et la beauté du geste. La Boule fait partie des grandes “remises au point”. »
Michel Beal se souvient encore de l’appel reçu après la réalisation.
« Il m’a appelé juste après sa réalisation, vraiment très fier de cette réussite qui le remettait en tête sur le plan de la difficulté. »
Edlinger avait prévu la présence d’un photographe et souhaite ensuite que BEAL utilise l’image obtenue pour une publicité.
Le détail prend tout son sens aujourd’hui : l’une des toutes premières publicités BEAL, publiée dans le deuxième numéro du magazine Vertical, montrait justement Patrick Edlinger dans La Boule, assuré avec une corde BEAL.
Plus de quarante ans plus tard, la même voie se retrouve donc une nouvelle fois au centre de l’image de la marque.
Et elle possède un autre atout pour le projet : son fameux jeté en dalle, un mouvement spectaculaire et immédiatement identifiable, suffisamment marquant pour être transformé en expérience à essayer et à partager.
Le choix de La Boule permet ainsi de réunir l’histoire de BEAL, celle d’Edlinger et un mouvement capable d’être transposé en salle. Encore fallait-il réussir à reproduire le rocher.
Du rocher à la salle : comment La Boule a été reproduite
Reproduire La Boule en salle ne consistait pas simplement à créer des prises ressemblant à celles de la voie. Pour conserver au mieux les reliefs du passage original, le projet a nécessité une chaîne de fabrication spécifique, depuis le scan réalisé directement à la Sainte-Victoire jusqu'à la production des prises destinées aux salles.
La même histoire, deux manières de la grimper
Une fois installées dans les salles partenaires, les prises de La Boule seront utilisées de deux façons. La première proposition permet de se confronter à la séquence originale en 8a+, avec le mouvement emblématique réalisé par Patrick Edlinger.
La seconde vise à ouvrir cette expérience à beaucoup plus de pratiquants : les mêmes prises scannées issues du crux sont intégrées dans une voie en 6a+. Les ouvreurs de chaque salle sont libres de compléter cette version, donnant ainsi à chaque étape du Heritage Tour sa propre interprétation.
Deux difficultés, mais une même ambition : permettre aux grimpeurs de toucher une reproduction du rocher et de mettre leurs doigts dans une histoire qu’ils n’ont, pour beaucoup, jamais connue.
Faire grimper La Boule à une génération qui n’a pas connu Edlinger
Un grimpeur de 18 ans qui essayera La Boule pendant le Heritage Tour est né près d’un quart de siècle après son ouverture.
Il appartient à une génération pour laquelle l’escalade se pratique largement en salle, où tomber et recommencer fait partie de l’apprentissage et où les performances internationales sont accessibles presque instantanément sur les réseaux sociaux.
L’escalade d’Edlinger appartient à un autre monde.
Et c’est précisément ce fossé temporel que BEAL cherche à réduire.
« Pouvoir tenter le passage clé d’une voie appartenant à l’histoire de l’escalade, c’est une première en salle d’escalade. », estime Michel Beal.
Mais lorsqu’il évoque ce qu’il aimerait transmettre à cette nouvelle génération, Michel revient moins sur la difficulté que sur ce qui caractérisait, selon lui, Patrick Edlinger.
« Par son élégance, Patrick savait transmettre une émotion intense. »
Une vision qui fait écho à son regard sur l’escalade actuelle.
Michel refuse pourtant d’opposer les époques.
« Je ne veux pas jouer le rôle du vieux nostalgique pour qui tout était mieux “avant”. »
La recherche de difficulté, rappelle-t-il, existait déjà. Mais elle s’accompagnait selon lui d’une autre préoccupation.
« Il y avait en même temps une recherche de beauté de la ligne, beauté du geste… L’aspect esthétique me manque un peu, mais il est peut-être incompatible avec le niveau actuel. »
À travers La Boule, le Heritage Tour ne cherche donc pas seulement à reproduire une difficulté. Il remet entre les mains des grimpeurs d’aujourd’hui un mouvement, une voie et une certaine mémoire de l’escalade française.
BEAL Heritage Tour : 25 salles dans 9 pays européens
Le BEAL Heritage Tour sera officiellement lancé le 10 septembre 2026 à Arkose Pantin, à l’occasion d’une soirée réservée aux médias qui marquera également les 50 ans de la première corde dynamique BEAL et les 30 ans d’Arkose Pantin.
Dès le 11 septembre, le Heritage Tour ouvrira ses portes au public à Arkose Pantin, donnant aux grimpeurs l’occasion de découvrir et d’essayer la reproduction de La Boule. La tournée poursuivra ensuite son chemin à travers l’Europe jusqu’au 28 novembre 2026, avec 25 étapes dans 9 pays européens, dont 10 en France.
Sur chaque étape, BEAL prévoit également d’être présent pour accompagner l’événement et proposer différentes animations autour de la tournée.
Et dans cinquante ans ?
De la petite entreprise familiale de cordons et lacets aux premières expérimentations avec Yannick Seigneur, de l’arrivée d’un Patrick Edlinger de 18 ans au développement de l’escalade sportive, puis du rocher de Sainte-Victoire aux scanners 3D et aux salles modernes, cinquante années séparent désormais la première corde dynamique BEAL du Heritage Tour.
Les pratiques ont changé. Les niveaux ont explosé. Les technologies aussi.
Mais lorsqu’on demande à Michel Beal ce qu’il aimerait que l’on retienne encore de BEAL dans cinquante ans, en 2076, sa réponse ne concerne finalement ni les cordes, ni les innovations, ni les performances.
Elle revient à ce qui, selon lui, accompagne l’entreprise depuis ses débuts dans l’escalade :
« J’aimerais surtout que BEAL ait su perpétuer ses histoires d’amitiés qui ont été l’âme des 50 premières années. »

✍️ : Théo de GrimpActu














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