Lara Neumeier réussit l’Alpine Trilogy en moins d’un an
- GrimpActu

- 13 juin
- 5 min de lecture
Le 4 juin 2026, l'Allemande Lara Neumeier a franchi un cap majeur en réalisant l'ascension de Des Kaisers Neue Kleider (8b+, 250 m) dans le massif du Wilder Kaiser, en Autriche. Une performance qui lui permet de compléter l'emblématique Alpine Trilogy, l'un des enchaînements les plus prestigieux du haut niveau en grande voie.
Avec cet accomplissement, Lara Neumeier devient seulement la deuxième femme de l'histoire à réussir les trois itinéraires qui composent la Trilogy, après Barbara Zangerl. Plus remarquable encore : elle est la première grimpeuse à achever ce défi en moins d'un an.
Une nouvelle démonstration du talent de celle qui s'impose aujourd'hui comme l'une des figures les plus inspirantes de l'escalade traditionnelle et des grandes voies en Europe.

Qu'est-ce que l'Alpine Trilogy ?
Dans le monde de la grande voie, peu de défis possèdent une aura comparable à celle de l'Alpine Trilogy.
Le concept réunit trois voies mythiques ouvertes dans les années 1990 par trois légendes de l'escalade alpine européenne :
Silbergeier (8b+, Suisse)
End of Silence (8b+, Allemagne)
Des Kaisers Neue Kleider (8b+, Autriche)
Chacune représente une référence absolue dans son massif respectif.
Au-delà de la cotation, c'est surtout la combinaison entre difficulté technique, engagement psychologique, longueur des itinéraires et exposition qui fait leur réputation. Les grimpeurs doivent être capables d'évoluer à haut niveau pendant plusieurs centaines de mètres et une pression constante liée à l'environnement alpin.
Pour beaucoup, l'Alpine Trilogy constitue l'équivalent d'un "Grand Chelem" de la grande voie sportive européenne.
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Un projet construit sur douze mois
L'aventure de Lara Neumeier débute le 10 juin 2025 avec l'ascension de Silbergeier dans le Rätikon suisse.
Deux mois plus tard, le 26 août 2025, elle enchaîne End of Silence dans les Alpes de Berchtesgaden, devenant au passage seulement la deuxième femme à réussir cette voie historique ouverte par Thomas Huber.
Le dernier chapitre devait s'écrire sur les immenses falaises calcaires du Wilder Kaiser.
Mais rien ne s'est déroulé comme prévu. À l'automne 2025, Neumeier passe plusieurs jours dans Des Kaisers Neue Kleider et comprend rapidement que le projet est à sa portée. Pourtant, l'hiver s'installe prématurément. La neige recouvre la face, les journées raccourcissent et les conditions deviennent incompatibles avec une tentative sérieuse depuis le sol.
« J'ai dû accepter que ce ne serait pas pour 2025 », explique-t-elle.
Une décision difficile, mais qui allait finalement renforcer sa détermination.
Le retour au Wilder Kaiser
Après une coupure bienvenue au Nicaragua, où elle profite de l'hiver pour surfer et récupérer, la grimpeuse allemande reprend l'entraînement avec un objectif unique : revenir plus forte au printemps.
Fin mai 2026, la fenêtre météo tant attendue s'ouvre enfin. Les premiers jours sont pourtant loin d'être idéaux. De nouvelles chutes de neige, du froid puis de la pluie compliquent la reconnaissance des longueurs clés. Malgré ces conditions délicates, Neumeier parvient progressivement à valider les mouvements des six premières longueurs et à se familiariser avec le crux final.
Une semaine plus tard, elle réalise une première tentative complète depuis le sol.
Elle grimpe jusqu'à l'avant-dernière difficulté majeure avant de chuter dans le fameux passage en 8b+.
« J’avais dépensé trop d’énergie dans les longueurs du bas et, lorsque je suis arrivée là-haut, la tension corporelle exigée par cette longueur n’était tout simplement plus présente. Je suis redescendue ce jour-là avec des sentiments mitigés : heureuse d’avoir atteint un nouveau point culminant, heureuse d’avoir réussi les sept premières longueurs, mais sachant aussi que la prochaine tentative pouvait très bien se dérouler exactement de la même manière. »

Le jour où tout s'est aligné
Le 4 juin, la pression est immense. Non seulement il s'agit probablement de la dernière opportunité de compléter l'Alpine Trilogy dans le délai qu'elle s'était fixé, mais une équipe de tournage suit également chacune de ses tentatives.
Une situation nouvelle pour celle qui vit sa première saison en tant qu'athlète professionnelle à temps plein. Malgré les pluies abondantes des jours précédents, la voie est suffisamment sèche.
Les quatre premières longueurs sont rapidement avalées. Puis survient un premier contretemps : une prise essentielle située juste avant un passage clé est encore humide.
Neumeier remonte sur corde fixe, sèche minutieusement la prise et redescend au relais.
Cette fois, ça passe. Sans chute. Une économie d'énergie qui va s'avérer décisive.
À 15 heures, elle atteint le relais situé sous la dernière longueur crux. Celle qui avait mis fin à sa tentative précédente. Après une longue récupération, elle s'élance. Cette fois, la tension corporelle est là. Les conditions aussi. Quelques minutes plus tard, elle clippe le relais. La Trilogy est gagnée.
À 19 heures, Lara Neumeier et son assureur Michi Wohlleben atteignent le sommet.
« Soulagée, heureuse et fière », résumera-t-elle quelques heures plus tard.
Une place dans l'histoire de l'escalade alpine
Au-delà de la réussite personnelle, cette ascension possède une véritable portée historique. Avant elle, seule Barbara Zangerl avait réussi l'intégralité de l'Alpine Trilogy.
Neumeier devient donc :
La deuxième femme de l'histoire à compléter la Trilogy.
La première femme à réussir les trois voies en moins d'un an.
La onzième personne seulement à inscrire son nom au palmarès complet du projet.
Un accomplissement qui confirme son évolution spectaculaire ces dernières années.
Connue pour ses performances en trad, en big wall et sur les grandes voies les plus exigeantes du monde, elle a notamment signé des ascensions remarquées dans le Yosemite, en Corse, en Sardaigne ou encore au Canada.
Avec la Trilogy, elle franchit un nouveau cap.
Les réflexions de Lara Neumeier sur l'Alpine Trilogy
« La Trilogie Alpine occupait mes pensées depuis longtemps, mais pendant longtemps ces trois voies m’ont semblé hors de portée. Elles ont une réputation particulière : des lignes magnifiques et un rocher exceptionnel, mais aussi une escalade extrêmement technique et mentalement exigeante, avec de longues sections engagées et une difficulté soutenue et puissante du début à la fin.
Ce qui a finalement changé, et pourquoi j’ai décidé en 2025 que ce serait un grand projet, tient à une simple prise de conscience : j’avais passé beaucoup de temps à grimper dans le Yosemite, en Sardaigne, en Corse et au Canada, tout en ayant à peine exploré certaines des meilleures falaises de grandes voies situées près de l’endroit où j’ai grandi.
Comme 2025 était ma première année en tant qu’athlète professionnelle à plein temps, je me sentais prête à me fixer un grand objectif qui mettrait à l’épreuve ma force, mes capacités et mon expérience.
Terminer cette trilogie douze mois plus tard me remplit de bonheur et d’une immense fierté. Au final, il s’agissait de bien plus que simplement réussir trois voies. C’était mon premier grand projet en tant qu’athlète professionnelle et il m’a appris ce que cela signifie réellement. Comment gérer la pression, comment être à la hauteur lorsque toute une équipe de tournage vous accompagne sur la paroi.
C’était aussi apprendre ce que signifie s’engager totalement dans un projet sans savoir à l’avance s’il est même réalisable ; passer des journées inoubliables sur la paroi avec des personnes extraordinaires ; oser, grandir à travers les moments difficiles et conserver sa motivation.
C’est le projet le plus grand, le plus long et le plus difficile de toute ma carrière de grimpeuse jusqu’à présent. Ces trois voies ont été une véritable épreuve, et le fait de l’avoir réussie me donne la confiance nécessaire pour voir plus grand encore. Rien de tout cela n’aurait été possible sans les personnes qui m’entourent : ma famille, tous mes amis et partenaires de grimpe qui partageaient la même passion et la même motivation. Merci à mes sponsors et à tous ceux qui ont cru en ce projet. Je n’aurais pas pu y parvenir sans vous. »
Un film attendu plus tard cette année
L'intégralité du projet a été documentée par une équipe de tournage soutenue par Arc'teryx et Red Bull.
Le film retraçant cette année exceptionnelle devrait être dévoilé dans le courant de l'année 2026 et promet de plonger les spectateurs au cœur de l'un des projets les plus emblématiques de l'escalade alpine contemporaine.

✍️ Théo de GrimpActu














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