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Svana Bjarnason : grimper au haut niveau avec l’endométriose

Photo du rédacteur: GrimpActu
GrimpActu
il y a 3 heures
7 min de lecture

En mai 2026, Svana Bjarnason enchaîne son premier 8c+, huit mois après une opération liée à une endométriose profonde sévère. Derrière cette progression sportive, les douleurs restent présentes. Avec Andy, un documentaire réalisé par Clara Domas, la grimpeuse franco-islandaise choisit de raconter ce que ses résultats ne montrent pas. Pour GrimpActu, elle revient sur son quotidien, sa relation au corps et son besoin de faire comprendre la maladie.


Svana Bjarnason endométriose
© Fred Delay Goyet

La première fois qu’on lui parle d’endométriose, Svana Bjarnason éprouve du soulagement. On lui évoque « éventuellement un tout petit peu » de maladie. Elle envoie alors un message à ses parents : « Ouf ça va, je n’ai rien de mauvais dans le corps, juste un petit peu d’endométriose. »


Elle pense encore qu’il ne s’agit « que des douleurs de règles ». Cette réaction, elle la raconte aujourd’hui pour mesurer le chemin qui lui restait à parcourir dans la compréhension de ce qu’elle vivait.


« J’avais 33 ans, j’étais une femme et je n’y connaissais rien à cette maladie. Et ça, ce n’est pas normal. »


C’est aussi de cette méconnaissance qu’est née son envie de témoigner. Avant les projections d’Andy, Svana a répondu aux questions de GrimpActu. Ses mots racontent une réalité où une ascension réussie, un entraînement accompli ou une journée passée à sourire ne permettent pas de deviner l’intensité des douleurs.


Un parcours entre compétition et falaise

Passée notamment par l’équipe de France Jeunes, Svana Bjarnason a construit sa pratique autour de la compétition avant de donner davantage de place au rocher. Elle se décrit aujourd’hui comme « falaisiste à mi-temps, compétitrice à mi-temps ». Entre Paris et les falaises espagnoles, elle poursuit les deux pratiques.


Son parcours en falaise s’est déjà construit au fil de périodes difficiles. Pour enchaîner Fish Eye, 8c, elle a consacré trois années au projet et traversé deux opérations liées à des blessures. Puis sont venues Mind Control, également 8c, et American Hustle, de même cotation.


Ces étapes éclairent la place de la persévérance dans sa pratique. Elles ne suffisent pourtant pas à expliquer ce qu’elle affronte avec l’endométriose. À la préparation d’une voie et à la gestion des blessures s’ajoutent des symptômes chroniques dont elle ne maîtrise ni l’intensité ni le calendrier.


Continuer à chercher une progression sportive suppose alors de composer avec un état physique susceptible de changer rapidement. La grimpeuse peut envisager une séance, préparer un déplacement ou se présenter au pied d’une voie sans savoir exactement ce que son corps lui permettra de faire.


Svana Bjarnason endométriose
© Jon Bjarnason

Mettre un nom sur près de vingt années de douleurs

Svana a vécu près de vingt ans avec des douleurs sans en comprendre l’origine. Au fil du temps, celles-ci ont pris une place croissante dans son quotidien : difficultés à dormir, à sortir, à s’entraîner ou à voyager.


En 2025, elle reçoit un diagnostic d’endométriose profonde sévère. Le dossier de presse évoque des atteintes ligamentaires et digestives, ainsi que des douleurs neuropathiques. Pouvoir enfin nommer ce qu’elle ressent constitue une étape importante après des années d’errance médicale.


Pour Svana, le diagnostic ouvre la possibilité d’une prise en charge et apporte une explication à des souffrances longtemps incomprises. Il ne règle toutefois pas, à lui seul, la question des douleurs.


En septembre 2025, elle se fait opérer. Selon le dossier de presse, l’intervention retire les lésions identifiées, mais des douleurs inflammatoires et neuropathiques persistent ensuite.


Il n’existe actuellement pas de traitement garantissant la guérison de l’endométriose. Les prises en charge médicales et chirurgicales visent notamment à réduire les symptômes et à améliorer la qualité de vie. Une opération ne signifie donc pas nécessairement la disparition durable des douleurs. Cette réalité est indispensable pour comprendre la suite de son parcours : son retour au plus haut niveau personnel se déroule avec la maladie toujours présente.


Joe Blau, un premier 8c+ au milieu des douleurs

Le 17 mai 2026, à Oliana, Svana Bjarnason enchaîne Joe Blau, son premier 8c+. Huit mois après son opération, elle atteint ainsi le niveau le plus élevé de sa carrière en falaise.


L’ascension pourrait, vue de l’extérieur, ressembler à l’aboutissement d’un retour sportif. Dans son récit, elle appartient pourtant à une période où les douleurs continuent de rythmer les journées.


« Cette année j’ai atteint mon plus haut niveau en me battant quasi tous les jours contre des douleurs. »


Lorsqu’on lui demande ce que cette réussite a changé dans sa relation au corps, Svana décrit d’abord un sentiment de distance.


« J’ai eu — et ai toujours — l’impression que mon corps est une entité différente, que nous ne faisons plus une seule et même personne. »


Elle parle d’une « relation à long terme » dans laquelle elle s’est engagée avec lui. Une relation qui exige d’observer, d’apprendre et de réajuster ce qu’elle attend de chaque journée.


« Je suis beaucoup plus à son écoute qu’avant, je le connais mieux et j’accepte de, parfois, ne plus pouvoir lui en demander trop. »


Cette écoute comprend aussi la reconnaissance de ce qui l’aide. Dans son expérience, bouger peut lui apporter du soulagement lors des grosses crises. Elle explique que le mouvement conserve ainsi une fonction importante, y compris lorsque son état rend la pratique difficile. Ce qu’elle décrit relève de son vécu personnel : les réactions et les possibilités d’activité diffèrent d’une personne à l’autre.


L’enchaînement de Joe Blau trouve sa place dans cet équilibre, entre l’envie de progresser et l’acceptation des limites du moment. Il témoigne d’une capacité à grimper fort, sans effacer ce qui se joue avant et après la performance.


Svana Bjarnason endométriose
© William Barchelo

« La vraie performance était le cheminement, pas le résultat »

Svana n’a pas abandonné son envie d’élever son niveau en falaise. Elle souligne même que sa recherche sportive reste, dans son principe, proche de celle des années précédentes.


La maladie a cependant confirmé une conviction : la performance se mesure aussi à l’échelle de la personne qui l’accomplit.


Pour Svana, « une performance pour moi peut ne pas l’être pour quelqu’un d’autre et inversement ».


Une cotation permet de situer la difficulté d’une voie. Elle raconte beaucoup moins les conditions dans lesquelles une grimpeuse parvient à l’enchaîner, les adaptations nécessaires ou l’effort qu’a demandé le simple fait de revenir à la salle.


« Mais la vraie performance était le cheminement, pas le résultat. »


Lorsqu’elle évoque ce dont elle est le plus fière, Svana revient à des journées où elle pleurait de douleur à la falaise ou à l’entraînement, mais réussissait à grimper et y trouvait une aide.


Pour elle, atteindre le 8c+ appartient à cette histoire. Réussir à garder confiance au fil des jours en constitue une autre dimension, moins visible et tout aussi importante.


À l’entraînement comme en compétition, des symptômes invisibles

Ce que Svana aimerait faire comprendre au milieu de l’escalade commence par l’accumulation des symptômes. Dans les formes sévères, décrit-elle, le corps peut être presque constamment occupé à lutter.


Elle cite les douleurs pelviennes, l’inflammation, les problèmes digestifs, les douleurs neuropathiques, les ballonnements, les crampes utérines, la fatigue chronique, les saignements intenses et la charge mentale.


« Tous ces symptômes ne se voient en général pas, que ce soit à l’entraînement, en compétition ou en falaise, mais ils sont pourtant bien présents et ça impacte forcément l’état physique et l’humeur. »


À leur invisibilité s’ajoute leur variabilité. Certains jours sont plus faciles à gérer ; d’autres beaucoup moins. Et le passage d’un état à l’autre peut être rapide.


« On peut être en train de pleurer de douleurs et faire une perf une heure après. On peut aussi aller bien toute la journée devant tout le monde et souffrir atrocement le soir quand on est toute seule. »


Ces situations peuvent dérouter l’entourage. Elles expliquent aussi pourquoi une performance ne constitue pas une preuve d’absence de souffrance. La capacité à produire un effort à un moment donné ne renseigne pas sur l’ensemble d’une journée.


Son attente tient en quelques mots : « On a donc besoin de bienveillance et de compréhension. »


Svana Bjarnason endométriose
© Jorg Verhoeven

Avec Andy, faire entendre ce qui reste hors du cadre

C’est ce quotidien que Svana a choisi de rendre public dans Andy, un documentaire de 38 minutes réalisé par Clara Domas. Le film figure dans la sélection officielle du festival Femmes en Montagne, qui le présente comme un récit de son parcours face à la maladie et de son retour à l’escalade de haut niveau après une intervention chirurgicale.


Son envie de participer au documentaire vient notamment du manque d’informations qu’elle avait elle-même au moment où l’endométriose a été évoquée. Elle souhaite aider d’autres personnes à comprendre ce que ce diagnostic peut recouvrir.


« J’ai donc eu envie de faire ce docu pour sensibiliser, pour montrer ce qu’est réellement l’endométriose, qui est très loin de “juste des douleurs de règles”. »


Elle veut aussi rendre compte de ses répercussions psychiques. L’incertitude, les douleurs et les adaptations permanentes occupent une place qui dépasse les seuls moments de crise.


« Je voudrais que les spectateurs retiennent que c’est une maladie certes invisible, mais qui peut être très impactante, autant du point de vue physique que mental. »


Le changement qu’elle espère concerne autant le regard que les mots adressés aux personnes malades. Elle aimerait entendre davantage : « Je suis désolé-e pour toi, comment je peux aider ? »


Cette question laisse une place à la personne concernée pour exprimer ses besoins. Elle ouvre un échange, là où les comparaisons et les phrases qui relativisent la maladie peuvent refermer la discussion.


Où découvrir le documentaire ?

Andy sera projeté le 14 novembre 2026 au festival Femmes en Montagne, à Annecy, puis le 15 janvier 2027 à Paris, lors de l’événement Elles s’accrochent. Une mise en ligne est également annoncée pour le 28 mars 2027.


Avec ces projections, Svana souhaite donner une visibilité à ce qui demeure souvent absent des images de performance : les symptômes, les hésitations, les ajustements et les journées difficiles qui entourent une ascension.


Elle résume ainsi ce que représente pour elle ce cheminement :


« La vraie performance, ça a été de me relever jour après jour et continuer d’y croire. »


✍️ Théo, GrimpActu.



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